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22 mars 2019

Deux femmes ayant dénoncé le système d'exploitation sexuelle tuées dans des circonstances étranges

Imane Fadil 1

Le 16 mars, plusieurs médias ont évoqué le décès soudain d’une jeune femme, Imane Fadil, une italienne qui était l’un des principaux témoins à charge contre Berlusconi dans l’affaire du Rubygate.

Quelques semaines plus tôt en Argentine, une ex playmate devenue présentatrice télé a été retrouvée morte dans des circonstances peu claires, alors qu'elle commençait à porter plainte contre des types du show biz, et avait dénoncé un an plus tôt l'existence d'un réseau pédocriminel international.

 

Empoisonnement aux produits radioactifs d’un témoin-clé dans l’affaire du Rubygate

La jeune femme de 34 ans avait dénoncé les partouzes de Berlusconi, est décédée le 1er mars après plus d’un mois d’hospitalisation suite à un violent malaise alors qu’elle se trouvait chez un ami le 29 janvier. Les causes n’ont été élucidées que cinq jours après sa mort, quand les analyses toxicologiques ont montré un empoisonnement par des produits radioactifs, du cobalt et deux autres substances qui ne se trouvent pas en l‘état dans le commerce et ne peuvent être mélangés qu’en laboratoire. Et aucune pathologie n’explique sa mort.

Imane Fadil 2

Les produits radioactifs sont décidément des substances à la mode, que l’on a tendance à attribuer automatiquement aux Russes. Comme s’ils voulaient signer les empoisonnements réalisés sur des sols étrangers [1], ce qui semble tout à fait improbable en réalité.

Imane Fadil, d’origine marocaine, avait été l’une des protagonistes du "Rubygate" [2] en 2012, ce scandale sur les soirées "bunga bunga" dans la villa de Berlusconi à Arcore. Mi janvier 2019 (deux semaines avant son hospitalisation), la justice avait refusé à Imane Fadil de se constituer partie civile dans un des volets de l’affaire du Rubygate portant sur de la subornation de témoin à qui il a versé d’importantes sommes d’argent.

Par ailleurs, elle terminait l’écriture d’un livre intitulé "J’ai rencontré le diable", qu’elle comptait publier. Mais étrangement, les éditeurs ne semblaient pas se bousculer.

L’article de 20 Minutes sur ce décès se termine comme suite : "Dans sa dernière interview faite au Fatto, en avril 2018, elle se déclare convaincue qu'"une secte satanique composée uniquement de femmes" se réunissait à Arcore", rappelle le quotidien". Ah tiens.

A l’hôpital, Imane Fadil a dit craindre d’avoir été empoisonnée.

Berlu, lui, déclare qu’il n’a jamais rencontré Imane Fadil.

A la morgue, un écriteau mentionne que le corps ne doit en aucun cas être approché, pas même par les proches de la jeune femme. Alors qu’a priori, il n’a subi aucune dégradation, d’autant que l’autopsie n’est prévue qu’entre le 20 et le 21 mars. Quant au dossier médical, il a été également récupéré par la justice.

Au sujet de son livre sur l’affaire Berlusconi, cette jeune femme venue à Milan pour devenir mannequin, et qui est passée par les partouzes de Berlusconi, a dit au sujet des soirées à la villa d’Arcore : "Là-bas c’est le Mal, je l’ai vu, c’est lucifer". Et apparemment, Imane Fadil était décidée à tout dire quitte à passer pour une dingue.

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En avril 2018, elle avait dit au journal Il Fatto qu’elle était convaincue qu’une sorte de secte satanique presque entièrement composée de "dizaines et de dizaines" femmes était active à la villa de Berlusconi. Elle disait que dans les sous-sols près d’une piscine souterraine elle avait vu une sorte de vestiaire où vingt à trente longues tuniques probablement portées lors de "messes noires" selon elle, étaient entreposées.

Imane Fadil évoquait aussi des sortes de rites orgiaques, et disait qu’il y avait "beaucoup plus" dans cette histoire que des partouzes. "Ce monsieur [Berlusconi] fait partie d’une secte qui invoque le diable", avait-elle affirmé.

Surtout, quand le journaliste lui a fait remarquer que ses propos seraient certainement critiqués, elle a répondu sans hésiter qu’elle s’en fichait, qu’elle n'’avait jamais raconté cela jusqu’à ce moment parce qu’elle n‘avait pas les preuves, ajoutant "alors que je les ai maintenant, sans équivoque".

2019-03-22 22_09_49-Morte Imane Fadil, giallo sulle cause

Le journaliste lui a alors demandé de les montrer, et elle lui a répondu: "pas encore, je le ferai plus tard. Mais il ne manque pas grand-chose, je dois juste finir ce livre. Et alors tout le monde saura".

Le livre d'Imane Fadil est, selon l'avocat de la jeune femme, entre les mains de la justice qui a très vité précisé qu'elle n’avait rien trouvé de bien choquant là-dedans. Même si, paradoxalement, les propos d'Imane Fadil dans ce même bouquin sont qualifiés d’ "extravagants" par la même justice.

Si les propos d’Imane Fadil concernant les aspects sectaires de l’affaire ne sont pas pris au sérieux, le reste de ses déclarations a en revanche permis de dessiner les contours de l’affaire des soirées "bunga bunga". Dont Berlusconi s'est toujours dit "très fier", et cela jusque devant les tribunaux.

2019-03-22 22_14_06-Le indagini sulla morte di Imane Fadil - Il Post

En gros, de jeunes nanas étaient invitées à ces soirées et plus elles étaient gentilles avec les vieux types, plus elles avaient de chance d’avoir un job ici ou là (par exemple chez Mediaset, la boite de production télé de Berlusconi, ou même en politique).

Le 21 mars, après l’autopsie du corps d’Imane Fadil (qui se serait terminée quelques jours auparavant), les experts ont affirmé qu’en fait il n’y avait aucune trace de produit radioactif sur ses organes internes.

Le 22 mars, on apprenait dans Libération que une ex-députée d’un parti de Berlusconi, une certaine Souad Sbai, également présidente de l’association Femmes marocaines en Italie "avait donné, le 17 mars, une interview à la Repubblica dans laquelle elle appelle à «suivre la piste marocaine pour la mort d’Imane Fadil» car «ils savent utiliser le poison». Selon elle, le mannequin aurait «beaucoup fréquenté» l’ambassade du Maroc à Rome «comme d’autres très belles femmes», si bien qu’elle met en cause dans cette mort «la haute diplomatie marocaine. Ce à quoi l’ambassade du Royaume du Maroc a immédiatement répliqué par une plainte pour diffamation". Est-ce une tentative maladroite de contre-feu ?

 

En Argentine, décès d’un mannequin qui a dénoncé un réseau pédophile

2019-03-17 19_17_44-NATACHA JAITT EN LO DE MIRTHA LEGRAND - YouTube

Fin février, on apprenait qu’une certaine Natacha Jaitt, 41 ans, une people présentatrice de télé et ex modèle de Play Boy, avait été retrouvée morte dans des circonstances qui interrogent sa famille, au cours d’une soirée de travail avec quelques personnes, afin de préparer un événement. Elle avait été retrouvée nue et inconsciente, dans la nuit, alors que seulement cinq autres personnes étaient autour d’elle. Certaines autres avaient pris soin de quitter les lieux avant l’arrivée de la police, notamment une jeune prostituée de 19 ans.

Il y a des témoins qui mentent, comme Gonzalo Rigoni, propriétaire des lieux où a eu lieu le décès, qui a dit ne pas connaître Natacha Jaitt jusqu’au jour où plusieurs enregistrements de conversations entre eux ont été diffusés.

Un autre témoin censé ne pas la connaître, le propriétaire des lieux où s’est déroulée la soirée Gonzalo Rigoni, a déclaré que Natacha Jaitt "était complètement droguée", et "visiblement sous les effets de la cocaïne", qu’elle aurait pris en quantité selon certains témoins.

Cependant, selon ses proches elle ne prenait plus de drogue depuis un moment en raison notamment d’un traitement médical. C’est en tout cas après avoir passé un long moment avec Rigoni que Natacha Jaitt a été retrouvée morte.

2019-03-22 20_47_28-La muerte de Natacha Jaitt_ fuerte declaración y llanto en vivo de Raúl Velaztiq

Un autre témoin présent, l’organisateur d’évènementiel Raúl Jesús Velaztiqui Duarte avec lequel elle s’était rendue sur place, a même été mis en prison pour avoir menti au sujet de la nuit de la mort de Natacha Jaitt. Il est ressorti tout en restant officiellement suspect, et depuis il se plaint d’avoir été trainé dans la boue, et même "traité de pédophile".

L’autopsie dit qu’elle avait été victime d’une hémorragie interne aux trompes utérines et d’une insuffisance respiratoire, mais n’aurait pas permis de dire s’il y a eu intoxication. La famille, qui est convaincue que Natacha Jaitt a été empoisonnée au cours de cette soirée, a donc sollicité auprès du procureur l’exhumation du corps afin de procéder à des analyses.

Les proches de Natacha signalent que depuis sa mort, des mots de passe de ses appareils (téléphone, tablette…) ont été changés, et que des mouvements ont été observés .

2019-03-17 19_16_52-NATACHA JAITT EN LO DE MIRTHA LEGRAND - YouTube

Peu avant son décès, Natacha Jaitt avait porté plainte contre des types pour viols[3]. Le 21 février, elle avait déclaré à la sortie d’une audience : "S’ils restent en liberté, je les tue".

En mars 2018, elle avait dénoncé des abus sexuels contre les mineurs entraînés par un club de football, l’Independiante. Elle a expliqué qu’elle avait déjà dénoncé les abus dans un autre club en 1990, sur des enfants pauvres qui étaient en pension soi-disant pour apprendre le foot, et qui étaient la cible de plusieurs pédophiles qui dirigeaient le club ou entrainaient les enfants.

Depuis 2012, plusieurs clubs de foot argentins sont dans la ligne de mire de la justice pour des violences sexuelles contre les enfants, le tout dans la plus parfaite impunité durant des années.

Jaitt couverture

Elle avait aussi évoqué un réseau, parlant à l’occasion d’une émission télé de journalistes, de politiciens, de religieuses, d’acteurs, d’entrepreneurs, de people de téléréalité, de producteurs et présentateurs de télévision qui participaient.

Elle avait cité plusieurs personnes, comme le député Gustavo Vera[4], les journalistes Jorge Lanata, Carlos Pagni et Juan Cruz Sanz (qui apparaît nu et prenant de la cocaïne sur une vidé), ou encore le communicant Leonardo Cohen Arazi, qui a fait un tour en prison en préventive pour abus sexuels sur des mineurs prostitués dans le cadre du réseau du club de l’Independiente, et qui déclare aujourd’hui avoir "beaucoup de choses à dire et beaucoup de vérités à éclairer".

Selon Jaitt, Cohen Arazi n’était pas du tout "communicant" ni dans les "relations publiques", et a démarré comme portier dans une boîte, commençant à rabattre des gamins qui cherchaient du boulot. Elle a expliqué durant ce "dîner" assez incroyable que Cohen Arazi était un peu l’un des proxénètes en chef, et qu'il payait des gamins de 200 à 1000 pesos (5 à 22 euros) suivant les "prestations". Et Jaitt a ajouté qu'au passage il transmet aussi le HIV à ses victimes.

 

 

jaitt tweet

Après ces déclarations, Natacha Jaitt a écrit plusieurs fois sur les réseaux sociaux qu’elle se sentait menacée.

Derrière cette bande de pédophiles centrée sur un club de foot, il y avait selon elle de la prostitution de mineurs. Cohen Arazi, par exemple utilisait notamment des émissions de téléréalité afin de recruter de la chair fraiche, qui passait à l’antenne sans avoir à passer le casting contre des services sexuels. Le réseau impliquait des people de la « farandula », la Jet Set locale, jeunes et moins jeunes. Par ailleurs, diverses personnalités du milieu savent ce qu’il se passe et ne disent rien, a aussi déclaré Jaitt.

Dans cette même émission, Jaitt a dit qu’elle avait été payée par un type probablement lié à une agence de renseignement d’espionner des personnalités puissantes en Argentine.

Parmi les types qu’elle a cités comme cibles de cet espionnage au cours de ce grand moment de télévision, le député Vera est assez intéressant. Il passe pour un type de gauche, tout en fréquentant la "farandula" et en étant notoirement ami avec Bergoglio, alias le pape François. Jaitt a dit qu’elle a espionné Vera pendant environ un an, ce qui lui aurait permis de comprendre qu’il tirait les ficelles d’un vaste réseau pédophile, et qu’il était lui-même pédophile.

2019-03-22 22_21_46-La muerte de Natacha Jaitt_ se conocieron los resultados de los análisis toxicol

Au sujet de Vera, ami d’une invitée de l’émission, Jaitt a lancé : "Savez-vous qu’il est un pédophile ? Qu’il est un trafiquant ?  Savez-vous qu’il récupère des bordels qui ont été fermés et qu’il les garde illégalement pour lui ?", et dit qu’elle avait en main des enregistrements de prostituées qui évoquaient tout cela.

Gustavo Vera est accessoirement il directeur de la Fondation La Alameda, qui lutte contre la traite des êtres humains, l’esclavage, l’exploitation des enfants, la prostitution et le narcotrafic [5]. C’est par ce biais qu’il parvient à récupérer l’exploitation clandestine de bordels. C’est aussi par biais qu’il a rencontré Bergoglio à l’époque où il était "prêtre des rues" [6]. L’invitée amie de Vera a rétorqué à Jaitt que Vera "dénonce" justement l’exploitation sexuelle, ce à quoi Jaitt lui a répondu qu’ "il dénonce cela pour pouvoir le faire lui-même". Un cas assez fréquent…

Natacha Jaitt a précisé qu’elle avait transmis toutes les infos et tous les éléments de preuve concernant Vera à la justice et au sénat. Des victimes de ce réseau auraient également témoigné auprès des enquêteurs.

Un mois avant sa mort elle avait d’ailleurs été entendue comme témoin dans l’enquête sur l’affaire du club pédophile.

 



[1] Le ex espion russe Litvinenko aurait été empoisonné au polonium, un produit radioactif que seuls les Russes continueraient à fabriquer, ce qui est faux comme l’ont démontré diverses enquêtes.

[2] L’affaire du Rubygate, qui concerne les partouzes organisées par Berlusconi en présence de fille parfois mineures qui étaient rémunérées, a été divisée en de nombreux volets. Près d’une vingtaine de procès liés à cette affaire ont déjà eu lieu.

[3] Deux types dénommés Pablo Yotich, un producteur qu’elle considérait comme un ami, et Maxi Giusto.

[4] Politicien et « activiste social », Gustavo Vera a porté plainte contre Jaitt pour ces accusations, mais on n‘a eu aucune nouvelle de cette plainte depuis.

[5] L’ONG a été créé en 2001 en tant qu’association de quartier. Elle a donné naissance à un syndicat des ouvriers du textile, puis s’est occupée aussi de narcotrafic et de mafia.

[6] Au passage, Natacha Jaitt a dit lors de cette émission que Bergoglio avait protégé un prêtre pédophile, qu’il avait envoyé ouvrir un orphelinat pour enfants des rues. En 2009 ce curé, Julio Cesar Grassi, a pris 15 ans de prison pour des viols sur deux victimes. Bergoglio l’a aussi aidé à diffamer les victimes et à mener une campagne de propagande dans les médias.

11 mars 2019

Le cardinal George Pell condamné mais le jugement reste secret : que veut-on cacher ?

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Focus sur l’affaire Pell, et sur les zones restées dans l’ombre. Parce que dans cette affaire qui voit enfin condamner le n°3 du Vatican, il est question de violences sexuelles contre des mineurs mais on n'en sait pas plus car la justice impose le secret. Par ailleurs, une victime déclare que Pell était impliqué avec d’autres prêtres australiens dans un culte satanique qui violait et tuait des enfants.

 

En Australie, une commission d’enquête sur les abus sexuels commis sur des mineurs par l’Eglise entre 1950 et 2010 a conclu récemment que 7% des curés avaient fait l’objet d’au moins une accusation de pédophilie [1]… Et ce n’est probablement qu’un début.

 

Omerta judiciaire

Début 2018, la "saga Pell" a commencé dans les médias. Il faut que dire que Pell, ex archevêque de Melbourne et Sidney, cardinal depuis 2003 et secrétaire d’Etat à l’économie depuis 2013, était le n°3 dans la hiérarchie du Vatican. Et que plusieurs affaires d’abus sexuels non prescrites étaient parvenues jusqu’aux tribunaux.

On apprenait donc que Pell allait devoir répondre d’accusations floues d’ "agressions sexuelles" et que "Le tribunal de Melbourne a écarté plusieurs autres chefs d’accusation de même nature". Ledit prélat niait et décidait de plaider non coupable, tout en démissionnant du Vatican[2] pour rentrer en Australie se défendre.

Son avocat avait alors déclaré avec beaucoup de tact que les accusations portées contre Pell étaient "le fruit de problèmes mentaux, de fantasmes ou sont de l’invention pure, dans le but de punir le représentant de l’Eglise catholique dans ce pays pour n’avoir pas empêché les agressions pédophiles commises par d’autres. Le cardinal Pell a été perçu comme le visage de cette responsabilité".

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Il a été jugé une première fois en juillet et septembre 2018 mais le jury a bloqué sans tomber d’accord sur une condamnation. Un nouveau procès a donc été organisé en novembre. Le tout avec un "suppressing order" qui interdit aux médias d’évoquer l’affaire et la procédure ! [3]

Pell a donc été reconnu coupable en février 2019, la sanction restant à ce jour secrète, de même que le délibéré, et il a fallu deux mois pour savoir qu’il avait été jugé coupable. Si sanction il y a, elle ne doit pas être bien lourde puisque les faits reprochés restent limités : "un chef d'agressions sexuelles et de quatre chefs d'attentat à la pudeur contre deux enfants de chœur alors âgés de 12 et 13 ans, des faits commis dans la sacristie de la cathédrale Saint-Patrick-de-Melbourne dans les années 1990", selon Le Parisien. Selon le Guardian, il s’agit plutôt de fellations imposées à deux enfants de chœur après la messe en 1996, et d’actes de masturbation sur les mêmes victimes (dont l’une est morte en 2014 d’une overdose d’héroïne).

C’est en tout cas, à ce jour, le plus haut curé à être condamné en justice, même s’il a fait appel et s’il était défendu par un avocat à 50.000$ la journée qui a sorti diverses attestations médicales et des amis de Pell, comme Graig Craven le président de l’Université Catholique d’Australie ou son collègue Portelli qui a déclaré qu’il était toujours avec Pell après la messe…

Une autre procédure, qui avait été étouffée dans le passé, est également en cours contre Pell, à propos de viols de garçons commis dans les années 70 à la piscine d’une école catholique.

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Pour en arriver à ce procès de 2018-2019, certes entouré d’étranges injonctions au silence, il a fallu une grande persévérance aux victimes.

Quand un de ses copains, le prêtre pédophile (65 victimes sur plusieurs dizaines d’années[4]) Gerard Ridsdale, a comparu au tribunal en 1993, Pell l’a accompagné devant toutes les caméras présentes, peut-être pour tenter de réduire sa sentence.

C’est seulement en 2013 que la police de l’Etat de Victoria se décide à mettre en place une cellule d’enquête sur les faits reprochés à Pell.

Depuis quelques années déjà, Pell était dans la ligne de mire pour avoir couvert divers cas de violences sexuelles commises par des curés. Pell "avait été entendu à plusieurs reprises par la commission d'enquête au sujet des prêtres pédophiles du diocèse de Ballarat dans les années 1970 et 1980. Il présenta ses excuses au nom de l'Eglise mais assura n'avoir aucun souvenir de plaintes reçues pour des crimes commis par des membres de l'église", explique Le Figaro du 26 février 2019.

 

Les abus rituels

Kevin O'Donnell

Fiona Barnett, cette australienne qui dénonce le réseau pédophile dont elle a été victime durant son enfance, explique sur son blog que "la commission royale fédérale sur les abus contre les enfants a reçu de nombreux récits sur les crimes lucifériens de George Pell contre les enfants (…) Mais cela aussi a été étouffé par le gouvernement australien". Et de préciser qu’elle entend le terme "rituel", dans le même sens "que le Premier ministre australien dans ses excuses aux nombreuses victimes mineures d’abus sexuels organisés".

En 2004, une victime d’abus rituels, James Shanahan, a écrit à Pell pour dire qu’il avait, enfant, été obligé d’assister au meurtre rituel d’une fillette de 5 ans sur un autel, par des prêtres. Il demandait réparations, et Pell les a lui a accordées, entendant par là-même que les faits dénoncés par Shanahan étaient a priori réels.

Shanahan s’est vu proposer 33.000$ puis 50.000$ contre la promesse de n’entamer aucune poursuite.

James Shanahan a donc témoigné auprès de la commission d’enquête. Il a expliqué que pour lui, les abus ont commencé en 1961 à 11 ans, quand il assistait le prêtre pendant les messes, à Sandringham.  Ce curé lui donnait des cours particuliers d’ "éducation sexuelle". Il a aussi raconté avoir été violé lors de cérémonies, notamment par des prêtres, et avoir été obligé d’assister à trois meurtres : une fillette, un ado et un jeune garçon, tous fortement drogués. C’est le curé Thomas O’Keefe qui l’aurait embarqué dans ce culte, dans lequel la victime a également identifié un autre curé, Kevin O'Donnell.

Les faits ont eu lieu entre 1961 et 1964, a déclaré Shanahan, qui a contacté la police à ce sujet pour la première fois en 1998, sans que cela n’entraîne la moindre enquête.

Shanahan explique qu’il a été victime de nombreux traumatismes physiques et psychologiques, de simulacres de meurtre, puis d’électrochocs, de chocs acoustiques pendant qu’O’Donnell lui criait dans une oreille "des choses sans aucun sens comme ‘Dieu est le démon, Satan est bon’, ‘le bon est le démon et le démon est bon’", écrit-il. Il était forcé à ne plus ressentir les électrochocs, sinon il était puni. "Tout cela était conçu pour dépasser ma confiance dans mes propres sens et pour accepter ce que ces prêtres disaient être la réalité", précise-t-il.

Bongiorno

Une autre fois, O’Donnell lui a demandé de choisir qui pouvait avoir la vie sauve, entre un bébé et un garçon de 6 ou 8 ans qu'il ne connaissait pas. S’il ne choisissait pas l'un ou l'autre, les deux allaient être tués. "Le garçon me regardait avec la terreur dans les yeux et j'ai donc choisi le bébé. Instantanément, sembla-t-il, O’Donnell lui coupa la gorge. Il a placé ses doigts dans la plaie, puis a inséré ses doigts imbibés de sang dans ma bouche en disant: «Tu l'as tuée». Le corps du bébé a ensuite été coupé comme vous le feriez avec un poulet. Une jambe a été poussée dans mon visage et on m'a dit de la manger".

Là encore, si les faits décrits semblent relever de la pure fiction, ou de la folie, rappelons que l’Eglise l’a indemnisé suite à ce témoignage et que Pell ainsi que le chef de la commission de l’église ont admis qu’il disait la vérité. Et ce qu’il dit n’est pas du tout exceptionnel quand on a entendu 10 ou 20 témoignages de victimes de groupuscules satanistes, lucifériens et consorts. O’Keefe était présent lors de cette « cérémonie ».

La femme dont il était amoureux a aussi été massacrée sous ses yeux, probablement, selon lui, pour bien lui montrer que l’amour tue, et associer ce sentiment aux choses les plus négatives.

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Il dit avoir vu O’Donnell commettre quatre meurtres au total et dans lesquels il a joué un rôle d’une manière ou d’une autre. Apparemment, O’Donnell aimait bien boire le sang frais de ses victimes. Une autre fois, c’est lui qui a dû tuer une adolescente avec un couteau, alors qu’O’Donnell lui tenait les mains.

O’Keefe et un autre curé, le père Bongiorno, ont aussi été reliés à l’affaire du meurtre de Maria James, la mère d’une victime[5]. Avant d’être tuée en juin 1980, celle-ci avait l’intention de parler avec Bongiorno qui avait abusé de son fils, et qui a été vu un peu plus tard par un témoin, couvert de sang, à proximité du lieu du crime. En 2015, Bongiorno a été entendu comme suspect mais son ADN n’aurait pas correspondu avec celui retrouvé sur la scène du crime et il a présenté un faux alibi[6]. L’affaire a à nouveau été rouverte en novembre 2018. O’Keefe aussi agressé le fils de Maria James et les deux fils le soupçonnent fortement d’avoir commis le meurtre, qui a été particulièrement sadique L’enquête, quant à elle, a été bâclée.

Dès les années 70, O’Keefe (mort en 1984) avait été impliqué comme d’autres curés de Melbourne à la même époque dans des affaires d’abus sexuels sur mineurs.

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O’Donnell, lui, a obtenu en 1995 le titre de plus vieux détenu de l’Etat de Victoria, après avoir admis les agressions de deux garçons et deux filles ente 1942 et 1992. Il avait été condamné pour les violences sexuelles commises contre 10 garçons et deux filles dont certains n’avaient que 5 ans, et a failli passer une nouvelle fois au tribunal en 2010 pour les viols de deux sœurs dans les années 80 et 90, dont l’une s’est suicidée. Jusqu’au bout, O’Donnell a eu le soutien de son supérieur, George Pell.

En 2015, lors d’une nouvelle vague de révélations d’abus sexuels commis par des membres de l’Eglise d’Australie, trois églises de Melbourne, dont Ste Mary et la Dandenong church qui était dirigée par O’Donnell de 1958 à 1986, ont pris feu la même nuit. Ces trois églises étaient justement pointées du doigt pour avoir été « le lieu durant des dizaines d’années de terribles abus sexuels infligés à de nombreux enfants par des prêtres pédophiles connus », lisait-on alors dans New.com.

Au moins cinq hommes et femmes victimes de Ronald Pickering, un curé qui officiait dans l’une de ces églises, se sont suicidés et parfois la cérémonie a eu lieu dans cette même église. Il est mort en 2009 sans avoir été condamné mais l’Eglise a admis les abus.

Pell était alors le supérieur de tout ce petit monde et certaines familles de victimes lui demandent des comptes pour cela aussi.

 

Pourquoi tous ces satanistes dans l’Eglise catholique ?

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Au fil des témoignages que j’ai pu entendre ou lire, il apparait clairement que les "religieux " sont très présents dans les sectes de type sataniste, et ils président même parfois les séances, même lorsqu’il y a des viols d’enfants et des meurtres.

Il n’est pas rare que des prêtres ou autres gradés cathos soient présents dans ces sectes, et ils commettent exactement les mêmes actes que les autres. L’Eglise n’est probablement pas plus vérolée que les milieux politiques et économiques dès qu’on grimpe un peu en niveau de pouvoir. Fiona Barnett mentionne aussi des prêtres présents lors des "cérémonies" auxquelles elle a subi des viols collectifs et assisté à une dizaine de meurtres d’enfants, le tout de manière plus ou moins ritualisée.

James Shanahan explique : "Mais comment garder ce système de mensonges et d'exploitation en fonctionnement génération après génération? À travers l'utilisation de sociétés secrètes de la même manière que les empereurs romains utilisaient le culte de Mithra. Les sociétés secrètes sont des complots contre le public. Les membres au pouvoir (souvent des psychopathes) sponsorisent d'autres membres dans des positions de pouvoir et de privilège qui, à leur tour, sont redevables à leurs sponsors et sont donc contrôlables.

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Pour éviter toute évasion de cet esclavage, les activités illégales et immorales sont encouragées, ce qui compromet davantage l'individu et garantit le respect des règles face à la menace d'exposition et l'approbation du public. Les implications les plus efficaces sont la pédophilie et enfin les meurtres rituels. C'est le point de non-retour. Ainsi, les personnes les plus puissantes et les plus perverses de notre société sont inévitablement les mêmes et contrôlent totalement notre société quand et où cela compte". Cela résume ce que l’on m’a déjà expliqué et ce que je comprends aujourd’hui du système dans lequel nous vivons.

En effet, les réseaux pédocriminels, tout comme les sectes ou loges satanistes, ne sont un but en soi que pour quelques illuminés. En réalité, ce sont des moyens extrêmement efficaces qui permettent de coopter puis de corrompre, de donner encore plus de pouvoir et de corrompre encore plus.

Ces dernières années, plusieurs curés du Vatican ont dénoncé l’existence de satanistes au cœur des structures catholiques. Evidemment, les médias mainstream les font passer des illuminés, comme le prêtre exorciste du Vatican Gabriel Amorth qui verrait l’antéchrist partout. Celui-ci avait dénoncé en 2010, il est vrai, l’existence de cultes sataniques ou lucifériens au Vatican, dont les membres pouvaient occuper tous les grades de la hiérarchie, jusqu’aux cardinaux.

 


Danneels, qui est cardinal en Belgique et membre de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, directement issue de l’Inquisition, pour faire appliquer une certaine vision de la foi et l’organisation de l’Eglise, est apparu dans les méandres du dossier Dutroux. Un député qui avait entre les mains une cassette du meurtre de deux des fillettes enlevées est venu le voir, choqué, et Danneels n’avait rien trouvé de mieux à lui demander que "Suis-je également dessus ?" (sur la cassette).

Bref. Il ne serait pas surprenant que l’affaire Pell soit la brindille qui cache la forêt vierge. Il est évident que l’on n’a soulevé qu’un petit morceau du tapis, et que même si "on" n’est pas du tout pressé de regarder tout ce qu’il y a dessous, d’autres témoignages et d’autres affaires viendront, et pas seulement pour parler d’abus isolés.

 



[1] Ce taux varie grandement selon les institutions, à se demander si certaines ne sont pas juste des filiales du réseau pédophile catholique. Ainsi, on compte 0,3% de bonnes sœurs des sœurs du pardon à Brisbane accusées d’abus sexuels sur mineurs, 0,6% chez les sœurs de Saint-Joseph du Sacré Cœur, mais 40% chez les frères de Saint Jean de Dieu, 22% chez les Christian Brothers, 22% chez la Salésiens, 20,4% chez les frères maristes etc. On est bien loin des 2% de pédophiles dans l’Eglise qu’a admis François 1er.

[2] Selon d’autres sources, le pape l’aurait éjecté du Vatican quand il a été mis en examen, avec interdiction de dire la messe et d’être au contact d’enfants jusqu’à ce qu’il soit blanchi par la justice.

[3] Ce système existe dans les pays anglo-saxons, et est brandi soi-disant pour éviter d’influencer les jurés. En réalité il s’agit très souvent d’affaires qu’on cherche à mettre sous le tapis.

[4] Toutes ces condamnations contre Ridsdale ont été réalisées en plusieurs procédures, entre 1993 et 2017.

[5] Le corps a été retrouvé à l’arrière de sa boutique de livres d’occasion à Melbourné, lardé de 68 coups de couteau. Le magasin se trouvait à quelques dizaines de mètres de l’église Ste Mary.

[6] Ce faux alibi a été fourni par Sean O’Connell, un ami rencontré au séminaire. Par ailleurs, selon les fils de la victime, il y avait probablement deux personnes sur les lieux.

03 mars 2019

Anneke Lucas, survivante du réseau belge: les élites pédophiles sont une réalité

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Anneke Lucas, une survivante du réseau pédophile belge devenue professeur de yoga aux Etats-Unis, a écrit un livre sur cette période de sa vie. Depuis quelques années, elle dénonce le système pédophile, les réseaux et le système de corruption qui va avec. Dans plusieurs interviews récentes, elle explique qu’elle continue à ajouter des pièces manquantes au puzzle de sa vie, et a compris très récemment à quel point ses tortionnaires étaient des gens puissants.

 

Certains passages du texte ont été adaptés suite à un entretien avec Anneke Lucas 

Anneke Lucas raconte très bien cette sorte de routine, presque silencieuse, quand sa mère l’emmenait le soir dans diverses villas, manoirs, châteaux et autres appartements de luxe, parfois des bars, où des partouzes avaient lieu avec des gens du gratin. Sa mère n’avait pas un mot à dire : l’enfant savait ce qu’il allait se passer, d’ailleurs elle en était effrayée, et elle savait comment elle devait se comporter pour ne pas déplaire à sa mère.

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"Aux orgies autour de Bruxelles, que ce soit dans des bars, des villas ou des châteaux, vous ne savez jamais ce qu’il peut arriver. L’atmosphère de Bruxelles était sanguinaire. Le réseau, parce que c’est ma réalité et que je dois le savoir, est une partie de l’ombre qui ne peut pas être connue", écrit-elle dans son livre.

Comme l’ont dit d’autres victimes de ce type d’abus, Anneke explique qu’elle avait tellement peur lors des violences, que son esprit se fixait sur un tas de détails, sur le trajet, sur les lieux des faits, sur les attitudes des pervers...

Dans le livre, l’auteure parle surtout des années 1973 et 1974, quand elle avait 10 et 11 ans, mais les abus graves ont commencé avant. Dans un message sur Facebook en novembre 2018, elle explique qu’à l’âge de 9 ans, elle a été amenée depuis la Suisse jusqu’à l’aéroport JFK à New York dans un jet privé, sans passer par la douane. 

Elle écrit qu’elle a été envoyée ainsi sur la côte est des Etats-Unis, en Suisse, en Allemagne, en France, et bien-sûr en Belgique. Elle a été utilisée plus de cinq ans dans ce réseau, qu’elle a d’abord décrit comme une sorte de "club" très fermé d’hommes adultes où drogue et alcool circulaient à foison, et où "les enfants étaient une marchandise".

 

Anneke Lucas : survivante du Réseau pédocriminel Belge - Témoignage VOSTFR (12/2016)

mk-polis2.eklablog.com/anneke-lucas-su... Anneke Lucas est née en 1963. C'est une femme d'affaire belge, fondatrice du Liberation Prison Yoga (un organisme à but non lucratif fondé en 2014 visant à traiter par le yoga et la méditation les traumatismes physiques et psychologiques des personnes incarcérées).

https://gloria.tv

"Mon pays d'origine est en train d'étouffer sous une lourde couverture appelée déni. Sous cette couverture, des enfants sont violés, torturés et tués. Cela affecte l'atmosphère du lieu. Les personnes sensibles se rendant sur place sentent que quelque chose ne va pas", écrit-elle sur son blog. Et c’est vrai, que l’ambiance nocturne de nombreux lieux en Belgique inspire la méfiance malgré une apparence à première vue "festive". Ce décorum festif, parfois même se voulant un peu classe, dissimule à peine une réalité qui peut être absolument sordide.

 

Le même réseau que celui de l’affaire Dutroux

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Anneke Lucas est donc née en Belgique en 1963, et les faits qu’elle décrit se passent au milieu des années 70. Elle évoque des personnages, des lieux qui sont également cités dans le tentaculaire dossier de l’affaire Dutroux. En fait, son témoignage permet d’observer le « réseau politico pédophilo affairiste » belge de l’époque sous un nouvel angle.

Anneke Lucas mentionne Braine l’Alleud, par exemple, Knokke, Anvers, Bruxelles ou Faulx-les-Tombes, où se trouve un château où diverses partouzes ont été organisées par Nihoul et sa bande à l’époque, et qui hébergeait aussi des groupes scolaires lors de "classes vertes".

Elle cite aussi "Pépé", "le plus grand boss, le plus grand sadique, ministre, fumeur de pipe", qui était souvent présent lors des orgies et semblait avoir le dessus sur tout le monde. Cette description correspond à celle de "VDB" (Paul Vanden Boeynants), qui fut ministre de la Défense en 1974, proche de l’extrême droite et des réseaux de l’OTAN, cité également par Regina Louf et plusieurs témoins de l’affaire Dutroux. Elle parle encore d’un procureur général proche de "Pépé", ou encore d'un Italien croisé lors de quelques "soirées", qui s’appelait Giulio et n’est pas sans rappeler un certain Giulio Andreotti, premier ministre durant des lustres, membre de la loge affairiste P2 et proche de "VDB"…

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Elle cite également un personnage qui semble correspondre à Jean-Michel Nihoul, le complice de Dutroux qui n’a été condamné que pour un trafic d’ecstasy et une association de malfaiteurs, mais qui n’a officiellement pas été relié aux enlèvements commis par Dutroux, cela au terme d’une interminable procédure saucissonnée et progressivement vidée de sa substance. Ledit Nihoul est mentionné par Anneke Lucas. Selon elle, comme selon différents témoins entendus dans le cadre de l'affaire Dutroux, il était présent dans les orgies, dans les années 70.

Anneke Lucas raconte ces soirées qui se déroulent, pour les pervers, comme des "jeux". Par exemple, on lui demande, à 10 ans, lors d’une soirée, de "choisir" quel pervers va la violer en premier. Puis c’est Giulio qui la "choisit" et elle doit s’ "occuper de lui". Apparemment, le type aimait se faire uriner dessus et les pratiques masochistes.

C’est lors d’une de ces soirées, quand elle avait 10 ans, qu’elle a croisé un jeune type âgé d’environ dix ans de plus qu’elle, membre du réseau. Une relation démarre, toujours, bien-sûr, dans la violence la plus totale, avec ce décalage surréaliste entre cette relation pédophile normalisée dans le réseau, mais qui selon nombre de citoyens devrait envoyer le pédophile en prison pendant au moins 20 ans.

Elle explique que cette "relation" posait un problème, car Anneke a été moins sollicitée pour les partouzes pendant quelque temps. Le jeune homme s’appelait Patrick, et il semble qu’il s’agit de Patrick Haemers, qui fut arrêté pour des braquages, puis pour avoir organisé l’enlèvement de Vanden Boeynants, et trainait surtout dans le milieu des partouzes, selon des témoins de l’affaire Dutroux.

Haemers s’est notamment trouvé derrière la mise en œuvre de l’enlèvement en 1989 de Vanden Boeynants, durant quelques jours. Un enlèvement qui selon Etienne Delhuvenne, l’avocat d’Haemers, était commandité par un homme d’affaires belge concurrent de VDB, qui aurait versé 5 millions de francs belges à Haemers. Delhuvenne [1] a déclaré en janvier 2019, tout récemment donc, que le "suicide" de Patrick Haemers dans sa prison en mai 1993 arrangeait ce commanditaire [2] et ses amis. On reprochait à Haemers une série de braquages, qu’il a dit ensuite avoir commis "pour des raisons politiques", un peu comme le gang des lyonnais en France.

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Le père de Patrick Haemers, Achille, était un patron d’entreprises qui traînait dans les mêmes lieux de partouzes à Bruxelles que Nihoul et des policiers, magistrats et politiques proches ou impliqués dans le réseau belge. D’ailleurs, Anneke Lucas présente Patrick comme un fils de bourgeois, qui roulait en Porsche ou en BMW. Achille Haemers fréquentait d’ailleurs régulièrement Nihoul depuis "1974-1976", selon les déclarations de Nihoul aux enquêteurs de la PJ de Bruxelles, même s’il a pu enlever quelques années à leur amitié.

L’ex-femme d’un pédophile condamné qui grenouillait dans les milieux de la pédopornographie, Raymond Corvillain, a confirmé aux enquêteurs les liens entre son mari, Nihoul, Achille Haemers et un dénommé Serge Frantsévitch, et les étranges discussions sur l’importation de chevaux "blancs et bruns, chers mais bons et jeunes". Selon elle, après avoir vu l'affaire à la télé, il s’agissait d’enfants [3]. Cette femme a également déclaré, comme le rapporte le quotidien la DH, que Corvillain "procurait des enfants à Dutroux, à Nihoul, à l'armurier de Haemers", et que Dutroux était venu plusieurs fois au domicile familial. Frantsévitch était aussi lié à l’avocat d’Haemers, Delhuvenne, et la justice belge les soupçonnait d’être "complices de sociétés- écrans destinées à camoufler des bénéfices tirés du commerce de cassettes pédophiles". Frantsévitch était aussi lié à Jacques Monsieur, le célèbre trafiquant d’armes belges, très à droite lui aussi, arrêté aux Etats-Unis et condamné en octobre 2018 à 4 ans de prison et 1,2 million d’euros d’amende "pour une dizaine de ventes illicites d'armes et de matériel de guerre, entre 2006 et 2009[4].

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Patrick Haemers est également relié par divers témoins aux protagonistes des tueries du Brabant, une série de massacres par armes à feu commis entre 1982 et 1985 dans des supermarchés, des armureries, des restos, et qui sont liées à l’extrême droite et aux réseaux Gladio locaux [5]. "Après deux commissions d'enquête et trois décennies de recherches, les auteurs de cette vague de braquages et d'assassinats commis entre 1982 et 1985, qui ont fait 28 morts, dont des enfants, n'ont toujours pas été identifiés. L'intention des tueurs du Brabant n'a jamais été déterminée non plus", résume la presse belge.

Dans un post sur Facebook du 28 septembre 2018, Anneke Lucas écrit que Patrick Haemers, qui l’a sauvée du réseau en lui permettant d’avoir la vie sauve, lui a fait des recommandations parmi lesquelles quitter le pays : "tu ne voudrais pas être là dans les années 80", lui aurait-il dit. En tout cas, elle a suivi son conseil. Et elle relie Haemers aux tueries du Brabant, cette série de massacres de civils qui ont eu lieu au début des années 80.

Ce réseau n’hésitait pas à massacrer des enfants, et Anneke Lucas mentionne un petit garçon blond d’environ 7 ans, torturé et tué lors d’une orgie. Elle évoque un "petit groupe d’aristocrates" belges, donc, "qui violaient, torturaient et tuaient des enfants. Ce groupe était si violent que les enfants ne pouvaient pas survivre à leur rencontre avec ces hommes". Elle parle de "chasses" au cours desquelles des enfants étaient tués par balles, de pratiques qui relèvent de ce qu’on appelle Daesh, c'est-à-dire l'horreur absolue.

 

Sur l’organisation du réseau

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"Nihoul est l'intermédiaire entre les parents, les souteneurs, les pédophiles et ‘pépé’. Il organise tout dans les orgies, court sans relâche pour faire plaisir à tous les gros bonnets", m'a précisé Anneke Lucas lors de l'entretien vidéo. Ce qui correspond parfaitement aux déclarations d’autres témoins de l’affaire Dutroux. Nihoul connaissait tout le monde, il avait même géré la communication lors de plusieurs élections locales à Bruxelles [6]. Il connaissait le gratin et les truands.

D’après ce que décrit Anneke Lucas, dans son cas Nihoul jouait un peu le rôle de maquereau en chef.

Parfois il pouvait y avoir plusieurs enfants, qui tous savaient comment agir, et surtout ce qu’il ne fallait pas faire, lors des soirées sadiques. Ces enfants pouvaient être ceux des aristocrates qui partouzaient, venir de foyers ou d’autres familles, mais aussi de l’étranger (elle parle notamment d’un garçon marocain d’une douzaine d’années).

Dans le réseau, il y avait les habitués et les occasionnels, parfois des gens de passage. Tout le monde n’assistait pas à la totalité de la soirée.

Anneke Lucas écrit qu’elle se doute que tout cela est incroyable pour beaucoup de gens. Comment ces gens en arrivent-ils à déshumaniser des enfants à ce point, à en faire de simples objets sexuels ? Ces gens qu’on voit à la télé, qui nous font la morale, qui se drapent si facilement dans cette vertu qu’au final, ils n’auraient pas ?

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"Et si c’est ce qui se passe au sommet, si les rassemblements les plus exclusifs et les plus enviés des VIP servent de couverture à certains des crimes les plus odieux de la planète, qu’est-ce que cela signifie pour la société? Qu’est-ce que cela dit de tous ceux qui parmi nous cherchent à gravir les échelons jusqu’au sommet ? », interroge Anneke Lucas, "L’escalade est-elle une tentative de donner un sens à sa vie pour celui dont l’âme est morte ?".

La question se pose en effet. Car il semble que plus on monte dans la hiérarchie dans certains milieux, plus ce genre de pratique se banalise. Et ce que dit l’auteure est très intéressant, car il semble aussi que tout ce cela, ces orgies, ces réseaux pédophiles, ne sont pas un but mais un moyen :

  • De corrompre des personnes utiles
  • De masquer d’autres magouilles, notamment les détournements massifs d’argent par une certaine classe politico-affairiste.

En effet, la justice, lorsqu’elle est confrontée à une affaire de réseau pédophile, surtout s’il implique des personnalités, n’ira pas chercher plus loin. Derrière, il sera donc assez facile d’organiser, par exemple, du trafic d’armes ou de drogue, des marchés truqués, de la fraude fiscale à grande échelle.

Cependant, l’horreur peut aller très loin. Il y a une part de sadisme, de toute-puissance, mais aussi une part calculée, qui tient semble-t-il de l’endoctrinement, aussi bien pour les victimes que pour les membres du réseau, quels qu’ils soient. Anneke Lucas raconte par exemple une scène qui semble impliquer Nihoul : " Il est allé dans la cuisine. Après quelques minutes il est revenu, avec des gants de cuisine, amenant une énorme plaque à pâtisserie en métal. Je pouvais sentir la viande, mais pas en identifier la sorte. Ca sentait mauvais. Il l’a déposé. Des fesses. Presque noires avec des trucs sanglants rouges- horrible. « Maintenant, je vais essayer de les remettre ensemble pour toi ». Il a couru à l’intérieur et est revenu avec un second plateau qu’il a aligné avec le premier dans le milieu de la table rectangulaire. Le second plateau avait la tête et les épaules. D’un garçon. Les joues creuses et la peau rétrécie, carbonisées à l'exception de quelques taches de cheveux blonds. Morceau par morceau, il a assemblé le puzzle jusqu'à ce que tout le cadavre soit disposé, avec les maigres membres noircis."

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Anneke Lucas écrit qu’elle a été forcée à assister à plusieurs séances de tortures suivies de meurtres : des enfants, des adolescentes… Anneke a expliqué lors d'une vidéo sur Collective Evolution de meurtres d'enfants. Elle explique avoir été elle-même forcée à tuer une fillette. Elle savait que c'était pour qu'elle se sente coupable pour le reste de sa vie, et cela a marché. "Je sentais que j'étais moi même un tortionnaire," explique-t-elle, "Mais j'ai toujours agi dans les différentes situations pour faire le moins de mal. Je savais que si je disais non ce serait pire".

Ce passage peut sembler incroyable, d’autant que Nihoul se pavane toujours dans les médias, se posant en victime du système judiciaire [7] et de la vendetta populaire. Nihoul se plaint beaucoup, mais il y a énormément de choses surréalistes dans le traitement de son cas, notamment le fait qu'on n'est pas revenu sur son alibi pour l'un des enlèvements de victime de Dutroux, alors qu'il a été prouvé que cet alibi ne tenait pas. Et ces témoins qui l'ont reconnu comme étant présent lors de diverses partouzes en présence de mineures... Par ailleurs, il est clair que Nihoul fréquentait les personnes citées par Anneke Lucas, personnes au sujet desquelles divers témoignages à charge concordent parfaitement.

Anneke raconte un épisode où "Pépé" et un certain Jean dirigeaient une séance en présence d’une dizaine d’enfants. On leur a tous donné un lapin, et "Pépé" leur a demandé "qui doit avoir la vie sauve ? Toi ou le lapin ?", et Anneke explique qu'elle a dû tuer son lapin en premier, les autres enfants après elle. S’ils ne donnaient pas la bonne réponse, les enfants risquaient d’être massacrés à la place du lapin.

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La mère d’Anneke, qui était en fait une maquerelle, était quelqu’un d’apprécié en société. Personne dans l’entourage de la famille ne se serait douté une seconde de ce qu’il se passait dans l’intimité. Il s’agissait d’une femme psychorigide, décrite comme une psychopathe par sa fille, manipulatrice et autoritaire. Elle décrit une mère qui considérait sa fille comme une rivale, qu’il fallait maintenir la tête sous l’eau.

Cette mère, une fois qu’elle l’avait déposée en voiture à l’entrée des villas, ne voulait rien savoir. Elle pouvait aussi bien la laisser quelques jours chez des gens, qui en faisaient ce qu’ils voulaient ou presque. Cette femme était, selon sa fille, dans le déni le plus complet. Selon Anneke, sa mère voulait se faire bien voir dans la haute société, en l’occurrence les meneurs du réseau, quel qu’en soit le prix finalement. Quand elle était enfant, Anneke elle-même s’était convaincue que sa mère ignorait tout de ce qu’il lui arrivait dans ces partouzes.

Dans une vidéo, Anneke explique qu’elle a subi un véritable dressage pour apprendre à se comporter dans les rapports sexuels avec les types. Elle explique qu’on l’obligeait à regarder des films, qui décomposaient les réactions des types, leur visage, leurs mimiques, et ainsi "savoir en regardant le visage de quelqu’un ce qu’il aimait ou en regardant son corps ce qu’il aimait sexuellement". Tout cela, c’était pour l’ "entraîner à être une esclave sexuelle pour l’élite".

Anneke Lucas Describes How She Was Trained For Child Sex Slavery - (CETV)

Un départ précipité pour sauver sa vie

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Anneke Lucas raconte aussi une "soirée" dans une villa en octobre 1974, où elle a cru mourir. L'un des meneurs du réseau avait embarqué plusieurs enfants et adolescents pour torturer minutieusement Anneke, en la saignant littéralement dans ce qui ressemblait à un atelier de boucher. Cela faisait partie de leur endoctrinement, de leur formation…  Et puis à un moment, elle s’est rendu compte que d’autres enfants ont été massacrés avant elle dans cette pièce où elle avait été emmenée, et que ce soir-là c’était certainement son tour. Finalement, la séance a été interrompue par un proche de "Pépé". 

Quand elle parvient à se remettre debout, elle se retrouve avec « Pépé », son ami venu la chercher, Patrick et une fillette. Anneke explique que « Pépé » a alors déclaré qu'elle a eu la vie sauve, mais qu'il y avait "un prix à payer". Il a regardé la petite, de 8 ou 9 ans selon Anneke, et a dit que ce serait elle ou la fillette.

La petite semblait avoir peur et Anneke, qui avait alors 11 ans, ne savait pas trop quoi faire, elle a cherché à gagner du temps et à décrypter ce qu’on attendait d’elle. Il n'y avait pas de choix. 

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Puis Patrick l'a amenée dans une autre villa près de Bruxelles, où les faits étaient censés se dérouler : Anneke a compris que c’était elle qui devait mourir. Elle est conduite dans un couloir puis dans une pièce avec des fauteuils en demi cercle, de vieux rideaux, où la fillette était nue, attachée sur une chaise de dentiste allongée. Cinq ou six hommes, dont "Pépé" étaient présents pour le spectacle. Patrick a servi un tas de coke sur une table, chacun se sert.

Elle explique que dans les circonstances liées au réseau, elle a toujours choisi de faire la chose qui serait la moins mauvaise. Même sa vie n'avait pas d'importance, car elle pensait mourir de toute façon. Si Anneke n'avait pas fait cela elle-même, elle était certaine que cette fillette aurait été tuée de manière encore plus sadique, avec encore plus sadique.

A travers des bribes de phrases des convives, Anneke comprend que quelque chose a basculé, que Patrick a négocié quelque chose contre sa vie. Elle l’a interrogé, et Patrick lui a répondu "C’est rien. Je vais juste travailler pour Pépé. C’est tout". Elle comprend que pour éviter que le réseau ne la massacre cette nuit-là, Patrick a négocié avec le chef, avec "Pépé", pour le prendre lui à sa place, comme homme de main prêt à tout.

"Pépé" leur a alors mis un grand rasoir dans les mains. Patrick lui a expliqué comment faire, comment s’y prendre pour que scarifier la fillette soit presque un plaisir, lui a montré comment cet acte était plaisant. C'est bien-sûr resté une torture pour Anneke de faire cela. Jusqu’au moment où "Pépé" lui a tendu un poignard et lui a dit "il suffit de lui couper la gorge", d’un air négligent. Finalement, Anneke a dû la tuer : "j’ai tué une petite fille. Je suis prête à mourir. Avec ma dernière force je tire l’énorme poignard de sa chair. Je tombe et tout devient noir". Je résume énormément car ces quelques pages sont difficiles à lire et à résumer.

2019-03-03 17_02_09-Les confessions de Michel Nihoul_ _Mon plus grand regret, c’est de ne pas avoir

Mais l’auteure décrit parfaitement la "mise en scène", le "jeu de rôle", comme on pourrait qualifier ce réseau de dingues, l’étau silencieux qui se met en place autour de chacun des personnages, et des enfants victimes surtout. Elle décrit ce qu’il se passe dans sa tête à ce moment-là, le combat intérieur qu’elle mène du haut de ses 11 ans, comme une gamine complètement conditionnée.

Au petit matin, il l’a redéposée chez ses parents. Au moment de la quitter, il lui a fait des recommandations, pour s’en sortir dans l’avenir : il lui a dit de retourner chez sa mère, mais d’en partir dès qu’elle le pourrait, vers 15 ou 16 ans. Et de quitter la Belgique aussitôt que possible. "Dans les années 80, tu ne devras plus être ici, tu dois simplement me croire là-dessus", lui a-t-il dit, "tu dois de déplacer, à Paris, à Londres, et tu dois apprendre l’anglais pour déménager à New York (…) Tu ne dois jamais devenir une prostituée. Ne prends jamais d’argent contre du sexe, ne laisse jamais un amant te donner de l’argent, n’aies jamais de relations sexuelles pour obtenir quelque chose de quelqu’un …". Il lui a aussi dit de ne jamais acheter de drogue elle-même, et de ne rien faire pour en obtenir. Il lui a dit avec qui se marier, et c'est ce qu'elle a fait aussi. 

Enfin, il lui a demandé d’oublier tout cela, de ne jamais parler à personne de tout ce qu’elle avait connu dans le système. Il l’a redéposée chez elle, et ils ne se sont jamais revus.

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Au retour au domicile familial, Anneke dit à sa mère pourquoi elle a des marques sur tout le corps. Une fois de plus, celle-ci faisait comme s’il ne pouvait rien y avoir de grave, mais Anneke lui dit "tu sais où j’ai eu ces marques ? C’est arrivé à la soirée. La dernière où tu m’as amenée. Parce que c’est ce qu’il se passe, là. Les enfants sont torturés. Tués, maman. C’est pas pour cela que vous m’avez emmenée là-bas, pour vous débarrasser de moi ? Pour que je sois tuée ?", explique Anneke Lucas lors de l'entretien.

Et elle a raconté à sa mère que Patrick avait passé un accord, suite auquel elle n’avait plus désormais à aller aux orgies. "Tu n’auras plus d’appel" de Mme X (la mère d’une copine, qui organisait certaines des orgies), "c’est fini".

Et en effet, il n’y a plus eu d’appels à la maison. Sa mère, une dernière fois, avait fait en sorte de l'emmener, en novembre 1974, quand sa mère l’a ramenée chez cette Mme X, où des gens, quelques artistocrates, l'attendaient, des gens qu'elle savait être parmi les plus sadiques du réseau. Elle a réchappé de justesse à cette soirée au cours de laquelle on lui a tiré dessus.

Mais ensuite, la vie de famille a pris des apparences de normalité, comme s’il n’y avait jamais eu cette période où sa mère vendait Anneke à ce réseau.

 

La reconstruction

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Anneke Lucas raconte qu’elle a démarré une psychothérapie en 1989, à l’âge de 26 ans. Elle dit que c’est seulement là qu’elle a compris qu’elle avait été agressée toute son enfance, et qu’elle a pleuré sans arrêt pendant trois semaines. Puis elle a changé. Mais aujourd’hui encore, elle explique qu’elle doit continuer à se battre par moments.

"Une fille qui est violée par un homme à un jeune âge subit un lavage de cerveau qui lui fait croire que son corps existe seulement pour le plaisir des hommes - qu’elle est un objet à cette fin. Si elle est utilisée dans un but sexuel au lieu d’être aimée correctement, elle est susceptible de confondre le sexe avec l'amour, ou va grandir en croyant que la seule façon dont elle peut être aimée est d’attirer les hommes sexuellement", m'a expliqué Anneke Lucas lors de notre entretien.

C’est justement là l’objectif "éducatif" de ces milieux capables de vendre leurs enfants, surtout les filles, comme de véritables prostitués, et cela dès le plus jeune âge, y compris dans les "hautes sphères".

Tout ce qu’elle décrit n’est que violence, il n’y a jamais de respect, jamais de vérités claires et simples. Tout est dans le faux-semblants et le mensonge.

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"Je me souviens d’innombrables visages, d’innombrables regards méprisants. Je revois le regard glacé d'un de ces hommes, les débutants maladroits agissant comme si j’étais tellement habituée et eux tellement adolescents, les charmeurs qui cherchaient un contact du regard…", écrit Anneke Lucas "Je me souviens de ces centaines d’hommes qui sont entrés dans une chambre dans cette villa, et aucun d’entre eux n’a dit : « non, c’est un enfant. Je ne peux pas faire ça. Je suis venu à cette fête mais maintenant je suis seul dans une chambre avec un enfant et je ne peux pas faire cela »".

C’est à l’âge de 15 ans qu’Anneke Lucas a pu enfin quitter le domicile familial, après une fin de scolarité erratique à trainer dans les cafés plutôt qu’aller en cours. Elle s’est mise en couple avec un type plus âgé, puis l’a quitté un an plus tard. Elle explique que même si elle sortait pas mal, dans les concerts, les soirées entre jeunes, elle a toujours suivi les recommandations de Patrick. A 16 ans elle est partie dans le sud de la France, puis a rencontré son père biologique, un compositeur belge. Mais, explique-t-elle, "je sentais qu’aucune relation n’était possible sans sexe, et nous avons entamé une relation"

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En 1982, à 18 ans, elle s’est installée à Londres avec son copain de l’époque, puis à Paris, et en 1986 elle est arrivée à New York comme jeune fille au pair. Elle a démarré une psychothérapie à 26 ans, ce qui l’a amenée à ouvrir les yeux sur son passé, à se rappeler toutes ces choses qui finalement, n’étaient pas normales. Elle s’est aussi raccrochée à la foi, puis a commencé à étudier et à travailler dans le cinéma à Los Angeles.

Elle a coupé le contact avec cette mère qui a toujours cruellement manqué d’empathie et s’est empressée de tenter de tout mettre sous le tapis. Anneke a donc fini par couper les ponts avec elle.

Elle s’est mariée en 1995, a divorcé un peu moins de dix ans plus tard, et entre temps elle a découvert le yoga et a mené une thérapie psycho-analytique assez intensive, qui lui a permis d’aller au fond de son histoire.

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Nous sommes alors en 1997. A peine un an plus tôt, l’affaire Dutroux a animé les chroniques à travers le monde et a même fait vasciller l'Etat quand le peuple s'est mobilisé dans des marches blanches et des "comités blancs", fermement résolus à ce que ces atrocités n'arrivent plus jamais.

Quand l’une des survivantes du réseau Dutroux a écrit son livre au moment de ce scandale, Anneke Lucas a contacté des journalistes belges à qui elle a raconté une partie de son histoire. "J’ai aussi rencontré cette survivante, qui a aussi écrit un livre sur son expérience dans le réseau, « Silence ! On tue des enfants », et dont la très bonne mémoire m’a aidée à remettre en place certaines pièces du puzzle sur mon propre passé", dit Anneke Lucas dans une vidéo. Mais, très vite et grâce notamment à une campagne médiatique contre les témoins et les enquêteurs qui étayaient leurs dires, le pays a été très divisé sur l’existence ou non du réseau. Anneke Lucas a alors choisi de s’écarter de cette histoire pour sa propre santé, et on ne peut que la comprendre.

Elle a continué sa vie, avec le yoga, a eu sa fille, a poursuivi son analyse. Elle a enseigné le yoga, notamment dans des prisons à travers le Liberation Prison Yoga Project. 

Si elle a mis si longtemps à parler, c’est parce qu’elle était encore trop traumatisée et effrayée par toutes les menaces et toute la violence qu’elle avait vécus, raconte-t-elle dans une interview de janvier 2017.

Le 20 décembre 2018, la première partie d’une interview vidéo d’Anneke Lucas a été diffusée sur le net. Elle y revenait sur le fait que depuis la première fois où elle s'était exprimée publiquement sur son histoire dans le réseau belge (nous en avions parlé à l’époque) en 2016, elle a reçu des milliers de messages, et a été approchée par des gens qui l’ont aidée à identifier certains de ses abuseurs, dont certains n’étaient pas belges : "Je ne pensais pas que j’avais à faire à des gens étaient si importants, je n’imaginais pas qu’ils étaient sur la scène mondiale".

Elle explique aussi que le fait pour une de leurs victimes de voir ces tarés à la télé, ou même en photo, rend le souvenir des violences "si vivant et réel", qu’elle s’est rappelée de viols commis par ces types quand elle avait 10 ans. Elle explique aussi qu’à chaque instant lors des soirées, des partouzes ou quand elle était simplement en présence de ces dingues, elle avait parfaitement conscience que l’un d’entre eux pouvait décider de la tuer. Et qu’elle devait donc faire attention à tout, être en éveil, surveiller chaque comportement.

Anneke Lucas: I Was a Sex Slave to Europe's Elite at Age 6 (SEQUEL-PART 1) (Human Trafficking)

 

Dans cette vidéo du 21 décembre 2018, Anneke explique que "Il est facile de dire oui, les politiciens sont corrompus. Mais c’est un peu plus dur de dire de concevoir qu’un politicien qui est corrompu viole et tue aussi des enfants (…) On dit : ‘non, ça je ne peux pas le croire’". Elle explique que les gens le ressentiraient une telle chose comme une trahison personnelle. 

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Mais "c’est une addiction", dit-elle, comme les junkies prêts à n’importe quoi pour recommencer, pour avoir de nouveau un trip. "Ces gens ont un cerveau et une intelligence, et cela les rend les plus dangereux du monde. C’est une addiction au pouvoir. C’est une addiction dont je sais tout, parce que j’été gravement abusée. Je sais ce que c’est que les gens autour rient alors qu’on est au plus mal"

Elle explique son cas de conscience sur le fait de nommer les noms des tarés qui l’ont agressée, qui étaient dans ce réseau. Il y a les risques de poursuites, l’exposition, la sécurité, mais la possibilité, peut-être, de sauver des enfants, de se confronter au besoin de revanche, de révéler l’horreur.

Mais dans le contexte actuel, avec les lois actuelles, il est très risqué de dénoncer personnellement les pervers. "Il y a encore beaucoup de travail à faire, nous n’en sommes qu’au tout début du changement, le tout début où les gens sont vraiment en train de comprendre que… ces ténèbres sont vraiment là. Il y a tellement d’hypocrisie, tellement de mensonges, et toute cette hypocrisie et ces mensonges, nous sommes seulement en train de commencer à les regarder. Ce sont les gens à qui nous avons donné notre pouvoir".

Anneke Lucas: Why I Won't Publicly Name Names (SEQUEL-PART 2)

Anneke Lucas intervient beaucoup sur les méthodes qui peuvent aider les victimes, à travers des articles, des conférences, un documentaire… On en retrouve une partie ici (en anglais).

https://theshiftnetwork.com/blog/2018-12-10/anneke-lucas-answers-question

FireShot Capture 006 - Lutter contre l’exploitation sexuelle, une chambre d’hôtel à la fois _ - ici

Sur son blog, que je recommande de suivre, elle raconte les faits, analyse aussi beaucoup le fonctionnement du système, de la propagande, et met en perspective certains "faits de société".

Par exemple, elle explique qu’à 9 ans, elle a entendu une discussion entre un  agresseurs et l’un de ses amis, sur l’objectif "sociétal" de sexualiser les enfants. C’était à l’été 1972 sur une île de la côte est. "J’étais désignée comme l’exemple que sexualiser les enfants est bon sur tous les plans, et j’étais décrite comme heureuse (d’être sexuelle) et bien adaptée", écrit-elle dans un article de son blog.

Elle s’interroge aussi sur la pertinence de la prison dans un système aussi inégalitaire que les Etats-Unis : "l'incarcération de masse est un masque couvrant le véritable problème, vendu par le biais des lois sur les drogues, et même si nous nous réveillons lentement et réalisons de quoi il s'agit, le problème n'a pas encore eu la révolution qu'il mérite".

Anneke Lucas a également lancé un mouvement pour lutter contre le proxénétisme de mineures à New-York, en agissant par exemple sur les hôtels, où on laisse trop souvent entrer des mineures seules avec des types en pleine nuit.

 

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Il est crucial que la parole des victimes, qu’il s’agisse de victime d’inceste, de viols, ou même d’abus commis par des réseaux, y compris si ceux-ci impliquent des "élites", puisse se libérer.

Pour ne parler que des réseaux pédocriminels d’élite, comme celui dont parle Anneke Lucas, les victimes sont nombreuses. Et beaucoup ont besoin, envie de parler, mais elles ne le peuvent pas car comme le dit Anneke, les risques sont grands. Certains témoins sont assassinés, d’autres réduits à l’état de loques, traqués, attaqués médiatiquement ou en justice, s’ils montrent la moindre velléité de dénoncer quoi que ce soit.

Ceux qui parlent font preuve d’un grand courage et, il faut le dire, d’une certaine abnégation. Ces témoignages doivent être diffusés afin de permettre aux citoyens de comprendre ce qu’il se passe réellement dans les coulisses, et qui occupe les plus hautes fonctions de nos pays soi-disant "civilisés".

Beaucoup de victimes ont par ailleurs beaucoup de mal à gérer avec l'impunité des pervers- quoi de plus normal... Et les enfants d'hier grandissent. Le besoin de vérité fait monter la pression, et la chape de plomb va certainement finir par sauter. Mais d'ici là les gens doivent comprendre qu'à l'heure où on écrit et lit ces lignes, des enfants sont victimes de ces réseaux, en France comme ailleurs.

 

Article précédent sur Anneke Lucas:

Témoignage d'Anneke Lucas, survivante du réseau pédophile Belge: Dutroux n'était pas un prédateur isolé. - donde vamos

Il y a deux ou trois jours, le témoignage d'Anneke Lucas a été diffusé sur le net. Cette Belge originaire de Bruxelles se présente comme une survivante de trafic sexuel, et a fondé en 2014 Liberation Prison Yoga afin d'aider d'autres victimes.

http://dondevamos.canalblog.com

 



[1] Delhuvenne, qui avait des idées très à droite (il a défendu des membres du Front de la jeunesse, d’extrême-droite), a aussi été impliqué dans quelques magouilles. Il a été condamnée en 2000 par défaut à trois ans de prison ferme pour escroquerie, faux et proxénétisme. En 2003 il a été poursuivi pour avoir détourné 250.000 euros d’une maison de repos.

[2] Delhuvenne a déclaré à la presse belge le 12 janvier 2019 : « Je connais le nom de cet homme qui est revenu dans une autre affaire. C'est pour cela que Patrick Haemers croyait qu'il serait acquitté: dans le box, il voulait révéler qui étai(en)t son ou ses donneurs d'ordre. Son suicide, si c'était un suicide, a empêché que les noms sortent", dit l'ancien avocat. Le commanditaire de l'enlèvement aurait versé 5 millions de francs belges (125.000 euros) à Patrick Haemers sur un compte bancaire en Amérique du Sud, selon Etienne Delhuvenne. "Les preuves, après la mort de Haemers, je les ai données au commissaire X. Celui-ci a identifié le compte bancaire et n'y a pas trouvé 5 mais 10 millions de francs belges. Les 5 millions qui s'étaient ajoutés provenaient de la rançon versée. Tout ce volet a été occulté. Haemers, mort en cellule, n'était plus là pour parler »

[3] La société Logitel de Corvillain et Frantsévitch aurait en réalité servi à couvrir un trafic d’enfants. L’ex-femme de Corvillain explique aux enquêteurs : « J’ai été témoin d’une conversation entre Nihoul, Haemers et Frantsevitch à propos de chevaux (…) Il s’agissait de jeunes chevaux blancs et bruns, chers mais bons et jeunes. Frantsevitch devait aller voir les chevaux dans un pays du bloc de l’Est (…) Cela ne s’est pas fait parce que quelque chose n’était pas en ordre, j’entendais que sinon, ils se feraient arrêter à l’aéroport. J’ai également entendu que Nihoul s’est fort énervé à ce sujet ».

[4] Selon La DH du 19/10/2018, « Il a été reconnu coupable d'avoir servi d'intermédaire dans des ventes de fusils d'assaut, de cartouches, d'avions de chasse ou encore de chars à destination notamment du Tchad, de l'Iran, de l'Indonésie et de la Mauritanie. Il avait soutenu avoir cessé ses activités de marchand d'armes depuis le début des années 2000 mais disait avoir néanmoins été recontacté par d'anciennes connaissances du milieu ».

[5] Toutefois, on n‘est évidemment pas près d’avoir le fin mot de l’histoire sur le plan judiciaire, même si des gendarmes ont récemment été inculpés dans un dossier connexe (la spécialité belge est le saucissonnage des dossiers chauds) puis vite relâchés. Selon Paris Match Belgique du 22 février 2019, « il est leur est reproché d’avoir sciemment dissimulé des informations dans le cadre de leurs fonctions passées. Les poursuites à leur encontre sont à mettre en relation directe avec la découverte, en novembre 1986, dans le canal Bruxelles-Charleroi à Ronquières, d’importantes pièces à conviction ».

[6] Nihoul a travaillé via sa boîte de relations publiques sobrement intitulée « Nihoul International » pour la promotion des campagnes électorales de plusieurs politiciens du PSC, le parti social-chrétien, très à droite, dont Vanden Boeynants était l’une des figures de proue, et un libéral. Parmi ceux-ci : Jean Leroy, Michel Demaret et Philippe Deleuze.

[7] Pas plus tard qu’en mars 2017, il osait encore déclarer à la presse belge que son « plus grand regret, c’est de ne pas avoir sauvé les enfants ». A 76 ans, il vivait sur la côte flamande, à Zeebruges. « Il revient aussi sur sa libération. "Quand j’ai été libéré, je me suis dit : ‘C’est bon c’est fini.’ Mais ça ne se passe pas comme ça. On voulait me tuer." », déclare-t-il au journal. On s’interroge : qui voulait donc le tuer, et pourquoi, lui qui est acquitté pour le volet « enlèvements d’enfants ». « Quand nous lui demandons s’il a des regrets par rapport à sa vie, il répond : "De ne pas avoir sauvé les enfants. Non pas d’avoir été un héros, parce que je me fiche d’être un héros, mais pour ne pas avoir sauvé ces enfants. Ça, c’est mon plus grand regret. Et je vais vous dire, il n’y a pas un jour où je ne pense pas à cette affaire. Je ris mais parfois, c’est pour ne pas pleurer." ».

En février 2017, il recherchait 50 hôtesses via Facebook, mais, précisait-il à la presse, « pas pour le sexe ».

03 février 2019

Magouilles et corruption des élites - Partie 2: Le sabotage de la dénazification

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Les citoyens relèvent la tête, il est temps de contribuer à diffuser des outils de lecture du monde actuel. Car, si nos dirigeants nous enfoncent dans la mondialisation et l’ultra libéralisme économique et financier, ce n’est pas par pragmatisme (on l’a bien compris au vu des résultats économiques et sociaux désastreux de ces politiques), mais par idéologie. Il s'agit d'une idéologie totalement élitiste, on pourrait presque parler d'eugénisme social, et qui est souvent complétée par une gestion fascisante de la société et des rapports sociaux.

Ce très long article (seulement la 2de partie est publiée aujourd'hui) permettra de comprendre les liens existants entre certaines mouvances d'extrême droite, fidèles représentants du fascisme, le processus de création européenne qui relève de la même idéologie, et les lobbys qui représentent avec un grand succès les milieux patronaux et financiers. Aujourd'hui, focus sur le traitement des différents "collabos" après la guerre et la montée en puissance de la mafia.

 

 

PARTIE 1:

 

Magouilles et corruption des élites - Partie 1 : La 2e Guerre Mondiale, œuvre du fascisme financier - donde vamos

Les citoyens relèvent la tête, il est temps de contribuer à diffuser des outils de lecture du monde actuel. Car, si nos dirigeants nous enfoncent dans la mondialisation et l'ultra libéralisme économique et financier, ce n'est pas par pragmatisme (on l'a bien compris au vu des résultats économiques et sociaux désastreux de ces politiques), mais par idéologie.

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PARTIE 2: 

 

Le "Sabotage de la dénazification"

Annie Lacroix-Riz parle de "sabotage de la dénazification politique et culturelle", ainsi qu’ "économique", par les Américains et leurs alliés du "grand capital". En effet, à la fin de la guerre, il n’était pas question pour les US de déstabiliser l’économie allemande avec des sanctions, et surtout pas contre les grands industriels et financiers ou leurs actionnaires.

D’ailleurs, on se rappelle que les usines clés de l’industrie allemande, où étaient souvent placés des capitaux américains, ont généralement évité les bombardements alliés [1]. Il fallait que l’argent continue à rentrer. "La plupart des installations appartenant aux filiales des entreprises américaines en France, en Belgique et aux Pays-Bas subirent si peu de dégâts suite aux bombardements alliés qu’il ne fut pas rare que "des usines qui, une semaine plus tôt, avaient encore produit pour l’armée allemande, se mirent brusquement à fournir le même matériel aux armées alliées", comme l’écrit Robert Sobel à propos des filiales d’ITT", explique Jacques Pauwels dans " Big Business avec Hitler".

Dans le même ordre d’idées, alors qu’on aurait pu s’attendre à ce qu’après-guerre, les US condamnent ou au moins sanctionnent les entreprises américaines qui avaient fait du business et possédaient des sites industriels dans l’Allemagne d’Hitler, eh bien il n’en a rien été. Au contraire même :  Pauwels rappelle que "Une fois la guerre terminée, ITT, General Motors et les autres grandes entreprises américaines qui avaient fait des affaires en Allemagne non seulement ne furent pas sanctionnées, mais elles furent dédommagées pour les dégâts que leurs filiales avaient subis suite aux bombardements anglo-américains[2]

 

L’exfiltration et la réinsertion des Nazis

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Passons donc sur la guerre en elle-même, sur la Collaboration politique et économique, et sur l’œuvre durant la guerre des mafias de fascistes protégés, qui s’en prenaient aussi bien aux Juifs qu’aux Résistants, aux communistes et à leurs concurrents en affaires.

Nous allons voir à travers différents exemples à quel point ce "sabotage" de toute tentative sérieuse d’épuration ou de dénazification a été important, car de fait il arrangeait tout le monde. Sauf, bien-sûr, la démocratie et les libertés des peuples, mais à ce stade nous avons bien compris que ce n’est pas du tout là l’objectif, ni de ceux qui nous dirigent, ni de ceux qui ont le pouvoir.

Commençons avec le cas le plus emblématique qui reflète ce sabotage : l’opération Paperclip, destinée à faire sortir d’Allemagne et des pays alliés, à la fin de la guerre, des milliers de nazis. Ces criminels ont été exfiltrés avec l’aide de l’église catholique (la "ratline" via les monastères italiens, ou encore la filière Opus Dei, qui passait par Madrid pour finir le plus souvent en Argentine [3]) mais aussi et surtout avec l'aide de la CIA. Cette fuite a aussi été organisée avec la contribution de nazis comme Otto Skorzeny ou Reinhard Gehlen (dont on va reparler), qui ont mis en place ces réseaux d’exfiltration, devenus ensuite des réseaux d’agents voués à la défense des intérêts US partout dans le monde.

2018-12-15 11_12_01-Klaus Barbie, el carnicero nazi que ayudó a Pablo Escobar a formar su imperio _

C’est pour cela qu’on a, par exemple, retrouvé Klaus Barbie en Bolivie, où il trafiquait de la drogue [4], où il a contribué à la traque de Che Guevara et à son assassinat en Bolivie avec la bénédiction de la CIA, et conseillé les dictateurs du moment pour la répression des opposants, à laquelle il a pris une part active et pas seulement en Bolivie. C’est aussi comme cela qu’Eichmann a été rattrapé en Argentine, contre la volonté de la CIA et des services allemands, qui savaient parfaitement où le trouver. C’est pour cela que Mengele a vécu paisiblement à Buenos Aires en Argentine, au Paraguay [5]il était proche du dictateur Stroessner et aurait fait dans le trafic de drogues, et au Brésil, après un passage au Canada en 1962. Même Hitler, selon certains, aurait pu s’échapper de cette manière pour aller vivre en Amérique Latine [6].

En Amérique Latine où des réseaux de nazis ont facilité l’exfiltration de congénères, notamment en Argentine [7], et en Afrique, ces nazis ont aidé les dictateurs, participant à la formation des forces de répression, ou à la traque et à l’élimination des opposants.

Par exemple, Walter Rauff, inventeur des fourgons à gaz et responsable de la mort de plus de 100.000 personnes, a fui grâce au Vatican et s’est réfugié au Chili où il a été l’un des conseillers de la DINA, la police politique de Pinochet. Il est mort en 1984 sans jamais avoir été inquiété bien qu’il avait été localisé officiellement en 1961. Rauff a aussi travaillé pour le Mossad dès la fin des années 40 et c’est même son agent traitant au Mossad qui lui a permis d’obtenir des papiers pour l’Amérique Latine [8].

2019-01-27 18_29_12-Colonia Dignidad_ La peligrosa secta que ayudó a implantar un régimen de terror

Un lieu sordide appelé "Colonia Dignidad", a servi de centre de la répression dans le cadre du plan Condor[9], établi dans plusieurs dictatures latino-américaines. Colonia Dignidad était une véritable colonie Allemande, en contact avec les autorités allemandes et chiliennes, et c’était surtout un lieu de tortures, de meurtres d’opposants, de viols systématiques d’enfants [10], ainsi que d’expérimentations [11], qui passait pour une secte. Des enfants étaient torturés devant leurs parents, violés, parfois tués. Ce complexe a été créé par d’anciens SS, derrière un certain Franz Pfeiffer Richter qui dirigeait le Parti Nazi Chilien[12].

La Colonie a eu les mains libres jusqu’en 1996 [13]. Son patron pendant des dizaines d’années, le médecin allemand et ancien nazi Paul Schafer [14], invitait des politiciens à la colonie et filmait tout. On a appris récemment que parmi ces visiteurs il y avait le ministre la justice et sénateur Hernán Larraín, ancien fan du régime Pinochet, qui avait défendu publiquement Schafer et s’était indigné de l’intrusion de la police dans la propriété à l'occasion d'une perquisition.

L’un des premiers soutiens de la colonie était un certain Gerhard Mertens, marchand d’armes international qui gérait la boîte Merex Corp. basée à Bonn et fondée en 1966 avec Skorzeny. Ledit Mertens était depuis des années rémunéré par la DIA (Defense Intelligence Agency) et la CIA, et collaborait avec le BND, les services secrets allemands [15], eux-mêmes créés par un autre nazi, Reinhard Gehlen. Il a aussi officié comme conseiller militaire, notamment en Egypte au début des années 50. Merex a fourni des millions de munitions aux Contras qui s’opposaient au gouvernement démocratique du Nicaragua. On pourrait élargir longtemps sur ces magouilles, liées conjointement aux Nazis et à la CIA, c’est d’ailleurs édifiant et trop peu connu.

Un peu dans la même catégorie, on peut citer le cas du Suisse François Genoud, qui fut aussi bien nazi qu’un important soutien de mouvements terroristes arabes, au moins depuis la fin des années 50 aux années 90. Nazi de la première heure (il était le légataire des écrits de Goebbels et son exécuteur testamentaire), ce banquier passait déjà pour un des banquiers du IIIe Reich. Il a aussi travaillé pour l’Abwehr pendant la guerre, a été recruté en 1941 par l’officier de l’armée et ex gestapiste (et futur parton de la police criminelle allemande) Paul Dickopf dont il est devenu l’ami, afin de travailler pour les renseignements nazis, alors qu’il travaillait déjà pour les renseignements suisses. Pendant la guerre il se livre à des trafics d’or, de devises et de faux papiers, puis est emprisonné un petit moment en 1944 pour espionnage en faveur de l’Allemagne, et aide les US à exfiltrer ses amis nazis, notamment vers l’Afrique du nord et le Moyen-Orient.

2019-02-03 15_01_39-L'éditeur pronazi François Genoud est mortLe banquier antisémite finançait aussi

En 1951, Genoud, qui était un ami de gens comme Klaus Barbie dont il a financé la défense, Martin Bormann dont il a géré une partie des investissements pour le compte d’Hitler, ou Otto Skorzeny, édite les livres du Nazi belge Léon Degrelle et d’autres collabos français, et puis très vite il commence à s’occuper des mouvements d’opposition terroristes ou non en Algérie où il finance le FLN dès 1962, au Maroc, au Liban, en Egypte notamment. Puis, il finance divers groupes islamistes comme les Frères Musulmans, via notamment la banque Al-Taqwa qu’il a cofondée [16] en 1988 avec d’autres Nazis.

Cette banque basée dans trois paradis fiscaux (Suisse, Bahamas, Liechtenstein) a perdu sa licence en 2001 en raison de ses activités douteuses : elle a carrément été accusée d’avoir financé Al Qaïda, le Hamas et le GIA algérien. Son directeur, un Suisse converti au centre islamique de Genève qui se faisait appeler Ahmad Huber, s’affichait en même temps comme néo-nazi, et mettait des portraits d’Hitler chez lui. C’était un proche de Genoud. 

Certains soupçonnent également Genoud, avec ses amis nazis impliqués dans la finance, d’avoir contribué à dissimuler l’argent des Nazis, c’est-à-dire les milliards volés aux Juifs et aux peuples pillés par cette clique. Ce genre de manoeuvre semble d'ailleurs être devenu sa sépcialité, comme le montre une anecdote citée par la CIA. Dans les années 80, les archives de la CIA mentionnent en effet une drôle d’affaire impliquant Genoud : il est écrit dans une note d’information de septembre 1987 concernant François Genoud que "Après être rentré de Suisse, il est devenu un des dirigeants principaux de la Banque Commerciale Arabe. L’émir du Koweït a déposé 500.000 £ à la banque pour l’assistance aux orphelins de la guerre d’Algérie. L’argent a disparu et Genoud a été accusé d’avoir détourné les fonds vers les terroristes palestiniens" par les algériens, qui l’ont arrêté quelque temps.

2019-02-03 17_08_40-Destination Lune - Les anciens nazis de la Nasa _ ARTE

Une autre partie des Nazis et collabos s’est trouvée recyclée dans la politique européenne, nationale, ou dans la banque, les services secrets[18], l’industrie, et cela aussi bien en Allemagne qu’en France (Mitterrand, Papon, Bousquet [19]…), en Belgique, aux Pays-Bas, en Autriche, au Danemark et ailleurs. La liste des ordures recyclées dans la société, et dans les structures étatiques d’après-guerre est très longue et particulièrement alarmante, au point qu’on est obligé de se demander si ce n’est pas dans le 4e Reich que nous vivons aujourd’hui. On va revenir sur tout cela.

Les USA ont aidé et accueilli de nombreux nazis, que ce soit à la NASA, dans les universités pour la recherche dans différents domaines tels que la psychologie et la psychiatrie, le nucléaire, la chimie, et même dans les renseignements. Un certain Otto Albrecht von Bolschwing, qui fut SS et aide de camp d’Eichmann (il a organisé des pogroms contre les juifs en Roumanie) puis banquier pendant la guerre, a ainsi rejoint l’organisation Gehlen puis la CIA, d’abord en Europe puis aux Etats-Unis. Il a été naturalisé en 1959[17] et a perdu ladite nationalité en 1982, peu avant sa mort mais après le scandale de l’affaire Eichmann. On va revenir sur tout cela par la suite.

Tout ce recyclage a été possible grâce aux contacts étroits déjà noués pendant la guerre, notamment par Allen Dulles, qui était en poste en Suisse en tant que chef de la division européenne des renseignements US. Auparavant, il était le copropriétaire de la grande firme d’avocats Sullivan & Cromwell, qui travaillait pour les plus grands monopoles US de Wall Street.

 

Le pouvoir des mafias

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A la Libération, très peu des truands collabos et/ou nazis ont été condamnés. Que ce soit à Paris ou sur la côte d’Azur, ils ont su rester proches des milieux politiques, on va y revenir car cela donnera notamment la French Connection (un trafic de drogue centré sur Marseille, qui importait la matière première d’Asie et du Moyen-Orient pour la transformer dans les labos clandestins [20], et l’expédier en majorité vers les Etats-Unis, dans les années 60 et 70 surtout), qui a été largement couverte, si ce n’est implémentée par les milieux politiques français [21]. Nombre de hauts fonctionnaires et politiciens Collabos ont également pu poursuivre leurs activités quasiment sans encombres.

Paul Carbone était avec Lidro Spirito, né dans le sud de l’Italie, un des deux grands mafieux qui régnaient sur Marseille dans les années 30. Ils étaient très actifs dans la traite des femmes jusqu’au Maghreb (notamment Le Caire qui était la plaque tournante de ce qu’on a appelé la "traite des blanches"), ainsi que dans le jeu et le trafic de drogue.

Pendant la guerre, Carbone était en contact avec les autorités allemandes et même avec la Gestapo, conseillant par exemple aux Allemands de faire sortir de prison un diplomate péruvien appelé Carlos Fernandez Bacula, emprisonné en Allemagne puis en France pour trafic de drogue. Carbone avait aussi proposé à un lieutenant-colonel de l’Abwehr de mettre en place un trafic d’héroïne. Quand le Péruvien est sorti de prison, c’est chez Etienne Léandri, ce Corse qui a travaillé pour la Gestapo durant la guerre, qu’il l’a planqué.

Le protecteur de Carbone et François Spirito, Simon Sabiani, régnait politiquement sur Marseille où il était élu et dirigeait la Légion des Volontaires Français, qui a collaboré avec les nazis. Condamné à mort à la Libération, il a fait un passage en Italie en 1945, où il était en contact sur place avec Marcel Déat, autre fasciste patron du Parti Populaire Français que Sabiani avait rallié dès 1936 [22]. Pendant les années 30, Spirito a utilisé les hommes de main des mafieux Carbone et Spirito pour être réélu et mater les manifestation d’opposition. La symbiose était donc complète. 

Mafia et République 1 3 Naissance d'un pouvoir invisible 1929 1945 – ARTE 2017

De fait, la mafia n’est pas en dehors du pouvoir, elle en est un rouage, un corollaire indispensable. Que ce soit en termes de pouvoir économique ou politique, parfois même militaire, la mafia joue un rôle nécessaire car elle peut mener des opérations hors du champ du contrôle démocratique (Parlements, médias) et ainsi rapporter de grandes quantités d’argent.

La proximité entre truands et politiques s’est exportée jusqu’à Paris avant la guerre, et s’y est renforcée au fil des années comme l'a montré l'exemple des Hauts-de-Seine, royaume du RPR et, un temps, de Pasqua, puis de Sarkoléon. Quand la guerre a éclaté, Sabiani qui dirigeait le Parti populaire Français pour la zone sud et était en contact avec Pierre Laval, le bras droit de Pétain, a demandé à faire libérer les truands qui avaient été mis en prison afin de renforcer les troupes de la « Révolution Nationale » et de lutter contre la Résistance. A Marseille, les Allemands ont donc pu s’appuyer sur "les services du PPF de Sabiani et des gangsters Carbone et Spirito[23], deux mafieux qui ont créé la première filière de transformation de l’opium à destination des Etats-Unis dès les années 30. Spirito avait même son bureau à côté du SS en chef Ernst Dunker à Marseille.

Simon Sabiani, Paul Carbone et François Spirito à Marseille en 1934 - AFP STF

Carbone a donc poursuivi son trafic de drogue international pendant la guerre avec la bénédiction des Allemands et grâce à ce diplomate péruvien germanophile dont il était partenaire. Puis ce sont les frères Guérini qui ont repris le flambeau avec la bénédiction du Roi de Marseille, Gaston Deferre.

Un des proches de Carbone et de Sabiani, mais aussi d’Henri Lafont [24] ce truand bras-droit de la Gestapo, était le proxénète, spécialiste du racket et trafiquant d’héroïne Auguste Ricord, qui a été le co-auteur, avec le déjà célèbre braqueur Alfredo Palmeri, du vol de passeports français vierges dans les coffres de l’imprimerie de Melun. Ces passeports "permettront aux agents de l’Abwehr ou de la Gestapo de se mêler sans tarder à la foule des réfugiés qui errent encore sur les routes", écrivent Louis Sapin et Pierre Galante dans "La grande filière. Croissance, déferlement et débâcle de la French Connection". Ricord n’avait pas non plus hésité à collaborer avec la Gestapo à Paris [25], à travers une organisation de mafieux fascistes dirigée par Henri Lafont, appelée "La Carlingue". Certains des membres de la carlingue disposaient de cartes de police et travaillaient à la demande de la gestapo, tout en continuant leurs différents business en toute impunité [26]. A Paris et Lyon, Henri Lafond, un célèbre truand, sera ainsi recruté par la Gestapo. Les mafieux se retrouvent ainsi dans les services d’ordres nazis et vichystes.

Les auteurs rappellent aussi que le groupe de Corses auxquels appartenaient Ricord, Palmeri et quelques autres, "S’ils ne disposent pas de la carte de la police allemande, ses membres –qui sont d’ailleurs pour la plupart des italiens- ont dans leur poche une attestation bilingue avec la mention :’Les autorités allemandes sont invitées à aider le porteur de cette carte. En cas d’arrestation, prière de se mettre en rapport avec le service dont il dépend".

PPF Doriot

Un certain Etienne Léandri, monté à la capitale dans les années 30 pour y étudier le droit, a trainé dans les soirées parisiennes pendant toute l’Occupation, et a aussi collaboré de près avec la Gestapo à Nice, tout en vendant des crèmes de beauté aux allemands grâce à des passe-droits pour pouvoir les fabriquer. A cette époque, il se vante de gagner beaucoup d’argent et même de pouvoir financer le PPF de Doriot. En 1943, il a largement financé les obsèques de Paul Carbone, où étaient également présents Otto Abetz, ambassadeur de Berlin à Paris, un tas d’officiers Allemands, des membres du PPF de Doriot, ainsi que Tino Rossi ou Mistinguett…  Léandri était également proche, pendant et après la guerre d’un milliardaire US, Virgil Neil, qui était devenu le fournisseur exclusif de crèmes à raser de la Wehrmacht grâce à ses amitiés avec des membres des services secrets nazis. On notera au passage que Neil utilisait des sociétés écrans basées à Monaco (un paradis fiscal) pour mener ses transactions.

Il s’enfuit en Allemagne en 1944 avec une centaine de membres de PPF, puis revient rapidement en France bien qu’il ait pris 20 ans de travaux forcés pour collaboration[27]. Devenu quelques années plus tard un proche de Charles Pasqua [28], Léandri a pu continuer ses activités.

Les truands Carbone et Spirito sont remplacés par une nouvelle génération, comme les frères Guérini qui joueront un rôle central dans la French Connexion jusque dans les années 60. Ils étaient liés de près au "socialiste" Gaston Defferre qui a régné sur Marseille de 1953 jusqu’à sa mort en 1986, dans une relation semblable à celle de Sabiani, qui en 1944, selon la CIA "était le leader des Corses en France", avec Carbone et Spirito. On retrouve beaucoup de types au passé obscur dans les rangs de la French Connection, comme le chimiste Franz Kopp, ancien colonel de la Wehrmacht qui a travaillé pour divers mafieux.

 

En France, un discret retour des milieux fascistes

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En France, on connait les cas Bousquet, Papon, Leguay, ou encore Touvier [29]. Eux ont tout de même été jugés. Mais ils ne représentent qu'une petite partie de ces nazis et collaborateurs qui n’ont pas hésité à participer à la répression durant la guerre, et qui ont pu mener tranquillement la suite de leur carrière après la guerre. Et si cela n’avait tenu qu’aux autorités, ils seraient tous morts sans avoir jamais été renvoyés au tribunal.

On notera aussi que beaucoup d’entre eux sont parvenus à s’acheter une image de résistant à la fin de la guerre. C’est le débat de ce qu’on appelle les "vichysto-résistants" sur lesquels règne un lourd soupçon de la part de nombreux résistants historiques. 

Quelques collabos, généralement parmi les plus meurtriers et les plus visibles, ont été fusillés à la Libération, notamment quelques gestapistes comme Henri Lafont. Mais il existe de nombreux cas surprenants, comme celui Jean Barbier. Chef à Grenoble du Parti Populaire Français de Jacques Doriot durant la guerre, il a incorporé la Waffen SS, travaillait aussi pour la Gestapo a dénoncé et torturé à tour de bras. En 1944 il a fui avec les Allemands mais a tenté de déserter, a été arrêté puis libéré par les US, et s’est enfui à nouveau quand il a été reconnu en France, avant d’être condamné par contumace. Dès 1946 il s’est installé sous un faux nom à Marseille, jusqu’à ce qu’une de ses victimes le dénonce en 1962. Il sera à nouveau condamné à mort en 1965 puis gracié par De Gaulle dès 1966.

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Robert Schuman, un des "pères fondateurs" de l’Europe, n’avait pas caché ses sympathies fascistes avant et même pendant la guerre (il a notamment voté les pleins pouvoirs à Pétain en 1940), ce qui ne l’a pas empêché de devenir une icône de la politique nationale et européenne. Mitterrand, qui était un grand ami de René Bousquet, s’est entouré de plusieurs vichystes dans son cabinet dans les années 50. S’il a pu se construire un passé de Résistant à la fin de la guerre, ce passage de sa vie reste l’objet de nombreuses controverses et de vrais résistants se montrent très sceptiques. D’ailleurs, il a réclamé la Francisque, une breloque vichyste pour services rendus, et l’a obtenue en 1943.

Révoqué en 1945, Jean Leguay a gagné les Etats-Unis, passant dans le privé : "il travaille successivement pour le parfumeur Nina Ricci (il en est le vice-président pour la distribution) puis pour le groupe Warner Lambert, l’un des leaders américains de la chimie fine pharmaceutique et des cométiques, dont il dirige les filiales françaises" selon Philippe Valode dans "Le Destin des hommesde Pétain". Dès 1957 Leguay obtient sa réintégration dans le corps préfectoral. Il est quand-même repéré par les Klarsfeld, qui débusquent les nazis impunis, est inculpé en 1978 pour crimes contre l’Humanité, mais meurt en 1989 avant qu’un procès n’ait eu lieu.

2019-02-03 16_04_36-1993, l'assassinat de René Bousquet _ justice ne sera pas rendue - Archives vidé

Bousquet lui-même a d’ailleurs été recruté très tôt par les services américains, qui l’ont libéré en 1945 de la résidence surveillée où les Nazis l’avaient placé à la fin de la guerre. Du coup, alors que ce haut fonctionnaire avait joué un rôle important dans la police vichyste [30], et avait été préfet en zone occupée. "En avril 1945, les troupes américaines le libèrent et lui proposent de rejoindre les Etats-Unis, à la demande de l’Office of Strategic Studies (l’OSS), ancêtre de la CIA, qui a flairé l’importance du personnage[31]. Mais finalement il rentre en France dès le 18 mai 1945 et doit faire un passage à la prison de Fresnes avant de travailler comme conseiller technique à la direction générale de la Banque d’Indochine dont il devient rapidement secrétaire général [32] puis dont il a dirigé de nombreuses filiales dans le monde.

Bousquet a aussi intégré le conseil d’administration de La Dépêche de Toulouse en 1959, en faisant un organe pro-Mitterrand.  Puis il tente de se lancer en politique, côté "socialiste" tout en siégeant dans divers conseils d’administration. Philippe Valode dans "Le destin des hommes de Pétain", explique que Bousquet est parvenu à conserver la garde rapprochée qui l’entourait avant et pendant la guerre, lors de sa carrière d’après-guerre. Il cite Jean Leguay, qui a été directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur en zone occupée, Ingrand, qui "participe largement aux négociations avec les Allemands et à l’organisation des rafles de juifs en zone occupée et en zone libre, ainsi qu’à leur transfert de la zone libre vers la zone occupée", le tout sous les ordres de Bousquet, les deux avaient participé à l’organisation de la rafle du Vel d’hiv (13.000 personnes, dont plus de 4.000 mineurs). En 1943 il est nommé préfet de l’Orne.

Hélas, Bousquet a été assassiné en 1993, quelques semaines avant son procès, par "un déséquilibré".

Pour citer encore un autre exemple, au hasard, prenons dans le secteur agricole. L’Etat vichyste, qui a beaucoup misé sur la culture paysanne et l’agriculture pour approvisionner suffisamment les français et l'Allemagne, avait créé la "Corporation Paysanne" dès 1940 afin d’organiser le secteur. L’un de ses dirigeants, nommé par Pétain, était le syndicaliste paysan (UNSA) Camille Laurens. L’individu avait aussi, comme Mitterrand, obtenu la plus haute distinction du régime vichyste, la francisque, qu’il fallait réclamer. Dès 1945, Laurens, devenu résistant à la fin de la guerre, se présente aux législatives, ce qui provoque quelques remous car il s’agissait tout de même d’élire une assemblée constituante. Il a été élu au nom de la lutte contre "le péril marxiste", mais son élection a été invalidée par les députés. Il s’est représenté en 1946 a été réélu par l’électorat paysan du Cantal où Laurens installe sa petite hégémonie. Pourquoi une telle persévérance ? "Il y eut immédiatement, aux côtés du nouveau député du Cantal, un groupe de notables profondément maréchalistes qui accédèrent bientôt aux responsabilités politiques", explique l’historien Gilles Richard, dans l’article "Parti paysan et société rurale dans la France d’après-guerre – l’exemple du cantal (1945-1962)". Laurens devient ensuite ministre de l’Agriculture sous quatre gouvernements successifs entre 1951 et 1953.

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A Nantes, il y a par exemple le cas André Morice. Pendant la guerre il était le directeur, avec Théophile Badiou, de l’Entreprise nantaise de travaux publics et paysagers (ENTPP), qui avait beaucoup travaillé avec l’occupant durant la guerre, notamment pour construire le "mur de l’Atlantique". Si Badiou a pris une lourde amende après la guerre pour collaboration économique, de son côté Morice a su louvoyer et éviter une condamnation. Il a donc repris à la fois la direction de l’entreprise et la politique, au parti radical de droite, tout en menant la réorganisation de la fédération locale pour en faire un tremplin, est parvenu à occuper des fonctions ministérielles jusqu’en 1957, à devenir maire de Nantes de 1965 à 1977, et sénateur de 1965 à 1983.

Quant aux patrons et dirigeants qui ont allègrement collaboré pendant la guerre, on s’est rarement empressé de les condamner. Les comités professionnels d’épuration d’après-guerre ont fonctionné au ralenti, protégeant les responsables les plus élevés, qui se sont aussi bien enrichis grâce aux nazis. Le cas du comité de la fédération du BTP est assez révélateur.

Dans l'article "Un grand patronat français peu renouvelé à la Libération", Hervé Joly mentionne une liste de grands patrons collabos, dont finalement peu ont reçu une condmnation qui, quand elle a eu lieu, fut symbolique : "L. Renault ou M. Paul-Cavallier, arrêtés, sont morts (respectivement en octobre 1944 et janvier 1946) avant d’avoir été jugés. G.-J. Painvin (Ugine et CCF), R.-P. Duchemin (Kuhlman), H. Jahan (Paribas) ou H. Ardant (Société générale) ont finalement bénéficié de non-lieux judiciaires ; seul P. Baudoin a été condamné par la Haute Cour à cinq ans de travaux forcés, mais en qualité d’ancien ministre des Affaires étrangères ; de même, tous sauf A. Laurent-Atthalin, H. Jahan (Paribas) et J. Frossard (Kuhlman), sanctionnés d’une interdiction de conserver un poste de commandement, ont été mis hors de cause par la Commission nationale interprofessionnelle d’épuration (CNIE). Mais ces décisions clémentes sont intervenues tardivement, entre 1947 et 1949, après que les campagnes menées à la Libération contre certains dirigeants les aient déjà amenés à démissionner". 

 

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La situation globale après la guerre était instable : les communistes, nombreux dans la Résistance, étaient puissants, les Russes avaient réussi un partage de l’Europe qui ne plaisait pas aux Américains, et le continent était ravagé sur tous les plans.

L’urgence pour les milieux industriels et financiers, américains en tête, était d’établir une hégémonie sur l’Europe de l’Ouest. Comment imposer cette hégémonie ? Plusieurs leviers ont été utilisés, dont le principal était la création de l’Europe, cette vieille chimère de certains milieux politiques et économiques.

Cette idée était, il faut bien le dire, assez osée : alors que les cendres des villes détruites étaient encore fumantes, des Monnet, Schuman et compagnie ont imposé une "Europe" où on ouvrait grand les bras aux Allemands. On va voir qu’ils se sont donné du mal pour imposer cette Europe "contre les peuples", comme l’a dit fièrement Jean Monnet, mais qu’ils ont eu de grands soutiens et que finalement, il aurait été impossible de faire autrement.

L’intégration européenne avait pour seul objectif de créer un marché libre pour l’économie US, sans aucune entrave. Le bonus était d’intégrer militairement l’Europe dans l’OTAN, et politiquement dans l’ONU et ses satellites, le FMI et la BRI, la banque mondiale et la banque des règlements internationaux.

 


[1] Dans "Big Business avec Hitler", Jacques Pauwels rapporte (p.304) que "Bernard Baruch, un financier de Wall Street devenu conseiller du président Roosevelt, aurait donné l’ordre de ne pas bombarder - ou légèrement seulement - certaines usines situées en Allemagne, notamment les filiales des entreprises américaines. Si c’est vrai, cela expliquerait pourquoi le centre historique de Cologne fut écrasé sous les bombes, alors que la gigantesque usine de Ford-Werke, en bordure de la ville et clairement visible du ciel, eut la réputation d’être l’endroit le plus sûr de la ville durant les raids aériens, même si, de temps à autre, quelques bombes s’écrasèrent sur son vaste terrain.". A Anvers en Belgique, l’usine Ford a aussi été épargnée par les bombes, tout comme les usines d’AEG à Nuremberg (dont un gros actionnaire était General Electric), ou le site de Bayer, qui était liée à la Standard Oil via l’IG Farben, à Leverkursen.

[2] Pauwels précise que "General Motors et ITT reçurent de l’État américain des dédommagements s’élevant respectivement à 33 et 27 millions de dollars, partiellement sous la forme de réductions d’impôts. Dans le cas d’ITT, il s’agit principalement d’indemniser l’usine qui produisait des chasseurs du type Focke-Wulf ".

[3] L’Opus Dei, dont le fondateur était un membre du cabinet de Franco, tout comme son ami Licio Gelli le fondateur de la Loge P2, très active dans le stay-behind, s’est fait beaucoup d’argent grâce à l’exfiltration des criminels de guerre nazis. Par exemple, Martin Bormann et 13 des plus hauts dignitaires nazis ont rejoint l’Amérique latine, déguisés en prêtre et munis de passeports du Vatican avec des noms à consonance espagnole.

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[4] Barbie le nazi (surnommé « le boucher de Lyon », responsable de 10.000 arrestations, de tortures, de déportations, et de l’assassinat de nombreux Résistants comme Jean Moulin, environ 6.000 et disparitions à son actif), arrivé en 1951 en Bolivie, a obtenu la nationalité en 1957, et a travaillé notamment avec Pablo Escobar pour la fourniture de matière première destinée à la fabrication de cocaïne, qui était transformée par Escobar dans ses laboratoires en Colombie. De 1946 à 1951, il était un informateur du service de contre-espionnage de l’armée d’Allemagne de l’ouest. En Bolivie, Barbie, alias Klaus Altmann, n’était pas du tout repenti, s’étant même fait virer en 1966 d’u club Allemand de La Paz pour avoir crié « Heil Hitler », ce qui a jeté un froid. Hugo Banzer, le dictateur Bolivien (d’origine allemande) de 1971 à 1978 et de 1997 à 2001, a décidé produire de la coca à la place du coton, et Barbie, avec ses réseaux, a contribué à la mise en place des circuits de vente.

Banzer avait nommé Barbie/Altman à la direction de la compagnie commerciale maritime nationale, la Transmarítima Boliviana (la Bolvie n’a pas de côte) qui lui permettait de transporter diverses marchandises partout dans le monde et voyager lui-même, notamment en Europe. Parmi ces marchandises, il y avait semble-t-il des armes. Plusieurs proches de Banzer ont été arrêtés en 1978, si bien qu’il a du organiser des élections qu’il a perdues malgré d’importantes fraudes. Mais en 1980 le « coup d’Etat de la cocaïne » a mis au pouvoir le général Garcia Meza, très proche du plus gros narco du pays, Roberto Suarez Gomez, l’un des organisateurs du coup d’Etat avec le général Arce Gomez, ami de Klaus Barbie qui a joué un rôle également dans l’organisation du coup d’Etat. Barbie a notamment fait appel a à l’un des leaders du réseau Gladio italien et membre de la loge P2, Stefano Delle Chiaie, qui était alors en fuite pour le meurtre à Washington d’un politicien chilien d’opposition. Delle Chiaie est donc arrivé en Bolivie avec 200 mercenaires Argentins déjà habitués au massacre des opposants à la dictature. Delle Chiaie lui-même était en contact permanent avec la CIA., qui l’a même prévenu en 1982 quand les Italiens et le bureau des stupéfiants US s’apprêtaient à le faire arrêter en Bolivie.

[5] Mengele a vécu au Paraguay au moins en 1960 et de 1963 à 1964, dans le village d’une charmante petite communauté allemande appelée Hohenau, sous le nom de José Mengele.

[6] Le journaliste Jacques Robert dans « L’évasion d’Adolf Hitler », paru en 1989, explique que la mort d’Hitler était une mise en scène et qu’il s’est enfui. Plusieurs témoignages collectés par la CIA disent qu’Hitler a été vu en Amérique Latine. 

[7] Selon un document de la CIA de 1953 sur "les nationalistes allemands et les activités néo fascistes en Argentine", les Nazis établis en Argentine étaient en lien à la fin des années 40 avec les néo nazis italiens, qui on va le voir plus bas ont été le bras armé des réseaux Gladio mis en place par les US pour conserver la mainmise politique, et par conséquent économique, sur l’Europe.

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[8] En 1966 au Chili, il déclarait à un journaliste qui l’interrogeait sur ses actes durant la guerre : "Je dirais que je referais la même chose aujourd’hui. Il n’y avait rien d’autre à faire". Il a fui le Chili durant la période d’Allende, qui menaçait de l’envoyer au tribunal et de saisir son usine. Il est revenu après le coup d’Etat de Pinochet, pour devenir conseiller en chef de la DINA, chargée de lutter contre l’opposition par la terreur et les meurtres de masse. On estime que dans les premiers mois qui ont suivi le meurtre d’Allende et le coup d’Etat, environ 30.000 personnes ciblées (leaders politiques, syndicalistes, intellectuels, étudiants, artistes) ont été éliminés.

[9] La police secrète de Pinochet, la DINA, a envoyé des opposants prisonniers par centaines à Colonia Dignidad. Cela, alors que l’ambassade d’Allemagne au Chili était en contact permanent avec la colonie.

[10] Les enfants de familles pauvres et analphabètes des alentours étaient récupérés quand leurs parents devaient les amener au seul hôpital du coin, qui se trouvait dans la colonie. Il suffisait de dire aux parents que leur enfant était mort et de leur faire signer à leur insu un document d’adoption.

[11] Des documents déclassifiés, divulgués en 2016 par la justice chilienne, montrent selon les médias locaux que la Colonia Dignidad, appelée également « Villa Bavaria », la villa bavaroise, était « un centre d’endoctrinement qui créait des ‘robots humains’ au moyen d’enfermement et de tortures. Dans cet endroit, on abusait sexuellement de dizaines de mineurs, on appliquait des techniques d’expérimentation avec des psychotropes illégaux et des électrochocs sur les membres de la communauté ». D’importants stocks d’armes et de munitions y étaient aussi planqués, et Schäfer était mandaté pour acheter des armes sur le marché noir.

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[12] Le Partido Nacional Socialista Obrero (PNSO), le parti national socialiste ouvrier. Pfeiffer avait, selon divers témoins, des contacts réguliers avec le parti nazi des Etats-Unis ainsi qu’avec le Ku Klux Klan. Dès sa création en 1962, le PNSO a rejoint l’Union Mondiale des Nationaux Socialistes (World Union of National Socialists -WUNS, une fédération de nazis basées aux Etats-Unis). En 1975, Pfeiffer, qui a entretemps été condamné pour des attentats, est nommé coordinateur idéologique de l’ « Alliance mondiale des nationaux révolutionnaires ».

[13] Un 1996, le pédophile allemand, Paul Schafer, un ancien des jeunesses hitlériennes devenu un pilier de la colonie à partir de 1961 et proche de Pinochet, a été condamné et a pris la fuite. Il était poursuivi pour tortures, disparitions, viols sur 16 mineurs, meurtre etc. Il a été arrêté en 2006.

[14] Paul Schäfer a dû quitter l’Allemagne pour des faits de pédophilie. Il avait monté une sorte de secte pédophile dans l’Allemagne d’après-guerre, appelée « la mission sociale privée », une œuvre soi-disant caritative dans l’Allemagne ruinée de la fin des années 40. Il enseignait carrément abuser des enfants qui étaient placés sous sa tutelle, et a fini par être dénoncé. Il a donc fui au chili avec 300 adeptes et contribue à la fondation de la Colonia Dignidad en 1961.

[15] Cf. "The Nazi hydra in America : Suppressed historty of a century, Wall Street and the Rise of the Fourth Reich" de Glen Yeadon (p.421).

[16] La licence de la banque Al Taqwa a a été retirée par les US

[17] Plus d’un millier de Nazis seraient officiellement entrés aux Etats-Unis à la fin de la guerre, selon les chiffres officiels, mais des archives indiquent plutôt un chiffre de 6 à 8.000. ET c’est sans compter ceux qui ont été envoyés en Amérique Latine, en Afrique ou au Moyen-Orient.

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[18] Par exemple, l’organisation ODESSA d’Otto Skorzeny, officier SS recruté par la CIA, a recyclé pas mal de nazis dans les pays du Maghreb. Emprisonné pour nazisme à la fin de la guerre, ce très proche d’Hitler a été mystérieusement acquitté, et a rejoint l’Espagne franquiste avec l’aide des américains. Skorzeny a même travaillé pour le Mossad, notamment en Egypte. Le réseau Gehlen, de Reinhard Gehlen et qui regroupait plein de gestapistes, informait la CIA sur tout ce qu’il passait en URSS, et a été intégré au BND, les services secrets allemands en 1956.

[19] Haut fonctionnaire prometteur dans les années 30, Bousquet aurait la responsabilité de 40% des Juifs déportés pendant la guerre. En 1941, Darnand le nomme au Secrétariat général à la Police. En 1943, il a retourné sa veste, fait quelques actes favorables à la Résistance, puis en 1944 les Allemands l’envoient en résidence surveillée en Bavière. Les US le libèrent, lui proposent de travailler avec eux dans le renseignement militaire, mais il refuse et rentre en France  où il fait un passage à Fresnes avant d’être acquitté pour toute Collaboration. Une procédure est lancée contre lui en 1989, que Mitterrand fait tout pour freiner. Il est quand-même inculpé en 1991, mais est assassiné le 8 juin 1993.

[20] Ces laboratoires se trouvaient principalement sur la Côte d’Azur autour de Marseille, mais aussi à Paris et au havre, selon un rapport d’un comité du congrès US de 1971 sur le trafic de drogue.

[21] Les mafieux corses, notamment Carbone et Spirito, ont commencé le trafic d’opium dans les colonies françaises, comme l’Indochine, dès le début du XXe siècle.

[22] Sabiani s’est enfui à Barcelone où il est mort en 1956.

[23] Cf. Jean Defrasne, Que sais-je ? « L’Occupation allemande ». Jacques Follorou et Vincent Nouzille dans "Les parrains Corses : leur histoire, leurs réseaux, leurs protections", expliquent qu’en 1943 à Marseille, le Nazi qui dirigeait une section locale de la police secrète a recruté "plus de 200 agents locaux" et obtenu "facilement l’aide des hommes de main du PPF marseillais, qui pourchassent nuit et jour les opposants (…) Les frères Palmiéri, gros bras de carbone et Spirito, militants actifs du PPF, sont parmi les éléments les plus zélés de cette police prallèle. Ils extorquent des fortunes aux juifs qu’ils traquent, tout en prélevant leur dîme sur les saisies de biens qu’ils signalent aux Allemands". Afin de lutter contre les communistes, Sabiani a aussi promis le droit de porter des armes en intégrant une bande appelée la "Garde française", ce qui a fait accourir à Marseille pas mal de truands.

[24] Un documentaire qui retrace le parcours de Lafont :

Henri Lafont le parrain de la gestapo

[25] Ricord a été condamné à la Libération, pour des délits de droit commun, ainsi qu’à la peine de mort, par un tribunal militaire. Mais il s’est enfui en Amérique Latin, d’abord en Argentine dont il a obtenu la nationalité avant d’être expulsé, puis au Paraguay où il a été arrêté en 1972 à la demande du bureau des stupéfiants US en raison de son implication dans l’importation d‘héroïne aux Etats-Unis. Sur 20 ans de prison il en fait 10, sort en 1983 et meurt en 1985.

[26] Selon des inspecteurs de police chargés d’enquêter sur eux à la Libération, cités par Jacques Follorou et Vincent Nouzille dans leur livre "Les parrains Corses : leur histoire, leurs réseaux, leurs protections", la clique de la Carlingue s’adonnait en toute tranquillité à une liste de méfaits assez variée : "Pillage de biens juifs, récupération d’or, de bijoux de valeur, chasse aux patriotes, lutte contre les maquisards étaient les moindres actions de cette équipe de tueurs à la solde des Allemands qui les chargeaient des hautes et basses œuvres de leur justice : enlèvements, exécutions, disparition des traces de crimes, etc."

[27] C’est grâce à Lucky Luciano que Léandri est introduit auprès la CIA, et reprend ses trafics dans le cadre de la stratégie de la CIA. Le juge Gilbert Thiel écrit dans son livre "Mafias" que "Etienne Léandri avait représenté plusieurs fois les intérêts de Lucky Luciano auprès de la CIA, laquelle, en contrepartie des services ainsi rendus, lui apporta son aide pour obtenir l’effacement de sa condamnation en France".

[28] "Les deux premiers à accourir au chevet d’Etienne ont été Charles Pasqua et son fiston Pierre. C’est dire si la famille Pasqua doit beaucoup à l’ami Etienne, le grand argentier du clan", écrit Nicolas Beau dans "La Maison Pasqua", paru en 2001. "Ce natif de l’île de beauté est au mieux avec les Corses de l’UDR : Achille Peretti, Paul Comiti, René Tomasini, et naturellement Charles Pasqua".

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[29] Paul Touvier a dirigé la milice à Lyon, traqué les Juifs et les Résistants, puis est parti en cavale à la Libération, a été condamné à mort deux fois mais parvient à s’échapper in extremis, se planque dans des monastères, obtient une grâce présidentielle en 1967. Mais il reste planqué, car de nouvelles charges apparaissent contre lui, notamment l’assassinat d’un couple de Juifs, les Basch. Il est de nouveau arrêté en 1989 à l’abbaye de Wisques, puis a été condamné à la prison à perpétuité pour crimes contre l’humanité en 1994.

Touvier a donc bénéficié de nombreux soutiens dans sa fuite. Il a par exemple été aidé, pour obtenir la grâce de 1967, par un flic, le commissaire Tonnot, qu’un témoin a accusé d’avoir « tronçonné le dossier Touvier, d’en avoir fait sauter l’essentiel », notamment des pièces concernant l’assassinat d’Hélène et Victor Basch. Tonnot a été arrêté en 1975, car il était devenu « le souteneur des souteneurs » lyonnais, selon un article du Nouvel Observateur. Selon diverses accusations, Tonnot, frère d’un directeur de banque et soi-disant terreur du milieu lyonnais, « protégeait quinze hôtels de passe sur lesquels il prélevait une forte dîme ». Tonnot était très proche des gaullistes, ayant participé aux négociation d’Evian sur l’indépendance de l’Algérie. Selon Le Nouvel Observateur, « c’est lui qui, à Alger, en juillet 1962, a pris en charge le transport ou la destruction des archives de la police algéroise ». Puis, ajoute Guy Sitbon dans son article, « il a eu une carrière étonnante pour un homme entré dans le service comme gardien de la paix : il devait être promu commissaire divisionnaire en novembre 1972 ». Il avait donc la pleine et totale confiance des autorités.

Les soutiens de Touvier ont été nombreux du côté de l’Eglise, comme l’explique le rapport rendu en 1992 par des historiens au sujet de Touvier : « Parmi les réseaux qui ont protégé le tortionnaire, figurent des congrégations de contemplatifs de toutes obédiences (bénédictins traditionalistes de Solesmes et de Fontgombault, riches abbayes de Hautecombe, de la Grande Chartreuse, de Tamié et de Fontgombault, prieurés intégristes comme celui de Nice), des religieux engagés (jésuites, dominicains, pradosiens), des mouvements caritatifs (Saint-Vincent-de-Paul et le Secours catholique qui versait une aide mensuelle à Touvier), des services de l'église (Pax Christi, l'Aumônerie des prisons.). Parmi les personnalités ayant aidé Touvier, figurent le cardinal Jean Villot, secrétaire d'Etat au Vatican, Mgr Rodhain, fondateur du Secours catholique, Mgr Ancel, évêque auxiliaire de Lyon, Mgr Julien Gouet, responsable du secrétariat général de l'épiscopat, l'abbé Lucien Bourgeon qui se parait du titre d'aumônier du général de Gaulle, Mgr Duquaire, secrétaire particulier du primat des Gaules, Mgr Gerlier. Si, en novembre 1971, le président Pompidou signe un décret annulant l'interdiction de séjour et la confiscation des biens de Touvier, c'est sur sollicitation du père Léopold Bruckberger, son conseiller spirituel, mais aussi de Mgr Duquaire », lit-on dans l’Humanité du 10 janvier 1992.

[30] Certains disent qu’il aurait fait de la « résistance passive » au début de la guerre, et aurait laissé en place les hauts fonctionnaires francs-maçons, ou aidé des prisonniers de guerre à fuir. Des arguments qui ont probablement été sortis durant les poursuites judiciaires qu’il a connues. En 1942, il met en place une gestapo à la française en lien avec le général SS Karl Oberg. Les missions principales de cette « police » : traquer les Juifs et les résistants.

[31] Jean-Paul Lefebvre-Filleau et Gilles Perrault, « Ces Français qui ont collaboré avec le IIIe Reich ».

[32] Selon Philippe Valode dans son livre « Le destin des hommes de Pétain », Bousquet est nommé secrétaire général de la Banque d’Indochine « sur décision du président [de la banque] Jean Laurent (l’ancien chef de cabinet de De Gaulle, alors sous-secrétaire d’Etat à la Défense). Il y retrouve comme directeur général adjoint Paul de Thomasson, l’ancien directeur de la Banque de Paris et des Pays-Bas, également ancien administrateur de biens juifs séquestrés ».

 

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19 janvier 2019

Magouilles et corruption des élites - Partie 1 : La 2e Guerre Mondiale, œuvre du fascisme financier

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Les citoyens relèvent la tête, il est temps de contribuer à diffuser des outils de lecture du monde actuel. Car, si nos dirigeants nous enfoncent dans la mondialisation et l’ultra libéralisme économique et financier, ce n’est pas par pragmatisme (on l’a bien compris au vu des résultats économiques et sociaux désastreux de ces politiques), mais par idéologie. Il s'agit d'une idéologie totalement élitiste, on pourrait presque parler d'eugénisme social, et qui est souvent complétée par une gestion fascisante de la société et des rapports sociaux.

Ce très long article (seulement le début est publié aujourd'hui) permettra de comprendre les liens existants entre certaines mouvances d'extrême droite, fidèles représentantes du fascisme, le processus de création européenne qui relève de la même idéologie, et les lobbys qui représentent avec un grand succès les milieux patronaux et financiers. Ces connexions ne datent pas des années 30, mais comme il ne s'agit pas de revoir toute l'histoire de France, nous allons débuter ce récit avant la guerre.

 

On observe au regard de la succession de mouvements sociaux/ répressions/ régressions dans la société française depuis la "révolution" (terme à prendre avec un certain recul, quoi qu'après tout une révolution est un tout complet), cette idéologie fasciste ne peut s’affirmer que par la manipulation et par la force. C’est-à-dire dans une forme de totalitarisme, devenu un "totalitarisme bright", car aujourd’hui le totalitaire a un sourire de dentifrice, et un beau costume. L’autocrate n’est plus en uniforme militaire, il est carrément en uniforme de banquier.

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Et si, mandat après mandat, gouvernement après gouvernement, ceux qui incarnent ce fascisme financier continuent à détruire les pays comme si aucune alternative n’était possible, c’est parce qu’en effet, pour ces gens-là, il n’y a pas d’alternative.

D’abord parce qu'eux et leurs amis du gratin ont intérêt à continuer cette destruction jusqu’au bout, parce que c’est dans leur intérêt personnel et celui de leur caste. Ensuite, parce que ceux qui prennent les décisions sur le plan politique sont tenus par différents groupuscules, pour différentes raisons, et ne pourraient de toute manière pas agir autrement.

On entre là dans le vif du sujet.

 

La 2e Guerre Mondiale : l’œuvre du fascisme financier

Pour bien comprendre où nous en sommes aujourd’hui, il faut d’abord examiner comment les choses se sont déroulées jusqu’ici.

On pourrait remonter à l’Ancien Régime et ce serait très intéressant, on devrait même au moins commencer aux prémices de la "Grande Guerre", dans les années 1910, mais l’idée ici est de faire le plus court possible et c'est raté. 

On va donc commencer avant la deuxième guerre, quand les mécanismes par lesquels opère ce fascisme financier pour s’enrichir, et ce faisant, décidant de la pluie et du beau temps dans le monde entier, sont devenus franchement visibles. Même si l’historiographie officielle évite encore soigneusement le sujet, les archives sont là (surtout à l’étranger).

 

Des élites favorables à Hitler

Times 13 avril 1936

Le rôle des élites industrielles, financières et politiques dans le triomphe des idées fascistes mériterait à lui seul une encyclopédie. Le fascisme, c’est-à-dire l’autoritarisme politique, va de pair avec une forme d’ultra nationalisme, mais a pour rôle premier de faire la part belle aux intérêts financiers et industriels.

L’historienne Annie Lacroix-Riz a beaucoup travaillé sur cette question. Elle a notamment étudié un petit groupe qui s'appelaitr la "synarchie" [1], composé de banquiers, d’industriels et de technocrates aux idées clairement fascistes, généralement pro-Nazis [2], qui ont œuvré dans les années 30 pour que la France capitule face aux Allemands. En parallèle, ces mêmes individus ont fait prospérer leur business aussi bien avant que pendant l’Occupation. Toutefois, nombreux sont ceux qui continuent à nier l’existence de cette "synarchie", et crient au complotisme. Mais finalement cette "synarchie" n’était que l'une des multiples vitrines de ce pouvoir financier, pas plus efficace que d'autres.

Antony Sutton, un économiste anglo-américain qui a pu voir de nombreux documents sur les transactions et alliances entre Wall Street et l’industrie allemande dans les années 30, a montré à quel point l’argent de Wall Street a renforcé l’effort de guerre allemand, puis le 3e Reich. C’est grâce à Wall Street, par exemple, qu’Hitler a toujours pu avoir du pétrole pour faire la guerre. 

Time 14 avrl 1941

En France, la Collaboration a concerné de nombreux industriels et banquiers, des politiques ainsi que divers truands fascistes qui étaient bien pratiques pour mener les basses œuvres, comme réduire l’opposition au silence.

Le patronat, en effet, n’aime ni la dissidence ni la contestation. Il aime l’Ordre, et veut que l’ordre reste bien établi tel qu’il l’a toujours été, c’est-à-dire avec une disponibilité de main d’œuvre corvéable à merci qui ne peut pas contester sa condition, ou dont la contestation n’a pas d’impact sur la politique menée. Evidemment, un régime fasciste, voir nazi, où les syndicats et la gauche sont interdits [3], et où les salaires sont comprimés au maximum, constitue pour eux le régime parfait.

D’importantes sommes d’argent US ont été versées à l’Allemagne des années 20 et 30, de l'argent qui a en grande partie servi à réarmer le pays après la première Guerre.

Grâce aux prêts américians liés aux plans d’ "aide" économique à l’Europe, les plans Dawes (du nom du banquier de Wall Street qui a mené les négociations) signé en 1924 et Young en 1929 (Owen D. Young a été le n°1 de General Electric en 1922 et a aussi travaillé pour JP Morgan), l’Allemagne a bénéficié de fonds importants certes pour stabiliser le mark, mais aussi pour se réarmer, se renforcer sur le plan industriel, et d'un autre côté elle a pu très largement échapper aux réparations de guerre. Au passage, les US ont aussi imposé à la France de quitter la Ruhr allemande qu’elle occupait depuis la fin de la Première Guerre, et qui était à l’époque un pôle industriel crucial pour l’économie.

Hitler et Hjalmar Schacht

Ces deux plans ont entraîné la création de la BRI, la Banque des Règlements Internationaux, à Bâle (en Suisse) en 1930, pour répartir l’argent US en Europe, contre la mise en œuvre de politiques libérales et d’austérité.

Cette banque qui existe toujours était dirigée par un certain Thomas McKittrick, ami des frères Allen et John Foster Dulles a beaucoup servi à financer le 3e Reich. Certains qualifient McKittrick de "banquier d’Hitler", notamment parce qu’il a accepté les dépôts d’or volé aux Juifs et aux pays pillés et de réaliser des échanges commerciaux avec l’étranger pour le compte de la Reichsbank, la banque du 3e Reich[4]. Autre anecdote sur la création de BRI : celui qui en a rédigé la charte était Hjalmar Schacht, alors patron de Reichsbank, qui a mis tout son pouvoir au service d’Hitler.

Ladite "BRI" a été créé pour financer l’Europe et principalement l’Allemagne, à qui des banques comme JP Morgan avaient prêté des millions de dollars. Ils voulaient donc revoir leur argent, et il fallait donc injecter de l’argent frais pour que l’Allemagne soit à nouveau en capacité de rembourser l’argent privé qui lui avait été prêté. C’est d’ailleurs exactement ce qu’il s’est passé avec la Grèce.

Les usines Ford, dont le propriétaire Henri Ford affichait ses sympathies nazies avant la guerre, a fourni le IIIe Reich en utilisant aussi des prisonniers de guerre (surtout des français) pour produire des véhicules destinés à la Wehrmacht. Ford a installé des usines en Allemagne dès les années 30, et les antennes allemande et US de Ford ont toujours collaboré, aussi bien entre elles qu’avec le 3e Reich.

General Motors était aussi très proche du Reich : sa filiale Opel, le plus gros fabriquant d’automobiles allemand racheté en 1929, a conservé ses usines pendant le réarmement et pendant la guerre, et son vice-président à l’époque, responsable des exportations, était Graeme K. Howard, qui a aussi écrit un bouquin intitulé "l’Amérique et le Nouvel Ordre Mondial".

Selon Antony Sutton, les deux plus gros producteurs de tanks en Allemagne avant la 2e guerre étaient Opel, lié à General Motors et contrôlée par la banque JP Morgan, et Ford AG. Il faut dire que, dès 1922, Henri Ford a financé le NSDAP, le parti national socialiste d’Hitler, ce qui lui a valu une haute distinction en 1936.

Unilever, Dunlop, Renault, Pechiney, Air France [5], pour citer des entreprises respectivement hollandaise, anglaise et françaises, ont travaillé avec le Reich sans se poser de questions, par appât du gain et souvent par idéologie. Le comité des Forges, le "syndicat de patrons" qui régnait en France sur le secteur de l’acier, était ravi de vendre ses productions en Allemagne. Il finançait en France les ligues fascistes comme La Cagoule, un groupe créé en 1935 ayant revendiqué jusqu’à 12.000 membres rien qu’à Paris [6], qui tentaient d’imposer un Etat fasciste en commettant divers attentats.

Les chefs des principaux partis collaborationnistes en 1941

Selon l’historien Jacques Pauwels dans son livre "Big business avec Hitler", le trust allemand IG Farben, qui était un pilier central de l’effort de guerre nazi, "avait des liens avec pas moins d’une cinquantaine d’autes entreprises américaines, dont Alcoa, Dow Chemical, Monsanto, et DuPont". Beaucoup de ces noms sont toujours connus et c’est logique : ces entreprises continuent à vouloir transformer les citoyens en esclaves car c’est le plus rentable. Ce sont les mêmes qui passent outre les précautions sanitaires et environnementales, les lois fiscales et sociales.

La Rockefeller Chase Bank n’a pas été dérangée non plus de travailler pour l’Allemagne pendant la guerre. La Standard Oil des Rockefeller a fourni le pétrole nécessaire pour alimenter les avions et véhicules de guerre allemands et travaillait directement avec IG Farben, le conglomérat chimique allemand divisé en BASF, Bayer, Hoechst et Agfa après la guerre. La Standard Oil a aussi permis des transferts de technologie vers l’Allemagne nazie pour fabriquer du caoutchouc synthétique ou en essence synthétique à partir de charbon [7].

De nombreux investissements venus de Wall Street, via notamment le cabinet Sullivan & Cromwell des frères Allen et John Foster Dulles, alors avocats d’affaires à New York, ont contribué à l’effort de guerre nazi. La plupart des grandes banques US de Wall Street ont aidé les Nazis, en les finançant ou en fabriquant l’armement. On pourrait continuer la liste pendant longtemps.

Ces gens qui ont financé ou contribué à l’effort de guerre du 3e Reich ont permis le pillage de l’Europe et de ses citoyens par les nazis, parce que c’est leur idéologie et parce qu’ils y avaient un intérêt.

Louis Renault, Hitler et Goering en 1939 devant un véhicule Renault

En France, un certain Louis Renault, patron du groupe Renault, a rencontré Hitler à plusieurs reprises au cours des années 30, et a fait participer son groupe à l’effort de guerre nazi, notamment en fabriquant des chars. Louis Renault, en plus d’être proche des valeurs fascistes voire nazies, était aussi un fan du concept d’Etats-Unis d’Europe, dès les années 30 .

Le neveu par alliance de Renault, François Lehideux, était un ponte de la banque Worms –une banque dont on va reparler, qui tenait "sous sa coupe" la moitié de l’industrie française [8]. Il était aussi un membre de la synarchie, financier du groupe d’extrême droite La Cagoule, puis a été un pilier du régime de Vichy. Le groupe Renault a été nationalisé à la Libération [9].

On peut aussi évoquer le cas d’Eugène Schueller, le fondateur de l’Oréal, qui était un leader de la Cagoule et de la synarchie dans les années 30, puis fut un collaborateur zélé du régime nazi pendant la guerre. Ce grand ami du n°1 de la Cagoule qui s’appelait en fait l’Organisation secrète d'action révolutionnaire nationale (OSARN) a réussi à développer son entreprise aussi bien pendant (grâce aux biens "aryanisés") qu’après la guerre.

En 1938, la France applaudit l’Anschluss, c’est-à-dire l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne, et l’année suivante le gouvernement reconnait le régime de Franco en Espagne comme parfaitement légitime.

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La situation en 1939 est la suite logique des années précédentes : "Sur le plan économique, les relations commerciales et financières nouées entre les entreprises françaises et allemandes durant l’entre-deux-guerres se poursuivent sans interruption. En juillet 1939, quelques semaines avant l’entrée en guerre de la France et tandis que les intentions du régime nazi ne font aucun doute, l’entreprise sidérurgique allemande Krupp assurait sa production militaire avec une part non négligeable de charbon en provenance de France", résume l’Institut d’Histoire Sociale de la CGT.

"Le patronat de la métallurgie, "menacé" de réquisitions par l’occupant, se mobilise dans sa grande majorité au service de l’économie de guerre allemande. Ainsi, les Aciéries du Nord, liées au groupe de Wendel, assurent, avec ses huit usines, la maintenance du matériel roulant ferroviaire dont fait usage l’armée allemande. Alais, Froges et Camargue, ancêtre de Pechiney, fournit en aluminium l’aéronautique nazie, tandis que les Chantiers navals du Trait, propriété de la banque Worms, achèvent pour la marine allemande des sous-marins commandés initialement par le ministère de la Défense".

Eugène Schueller, avec son groupe l’Oréal fondé en 1910, a financé un parti clairement fasciste et collabo, le "Mouvement Social Révolutionnaire pour la Révolution nationale", dirigé par son ami Eugène Deloncle, qui rejoint rapidement de Rassemblement National Populaire (RNP) de Marcel Déat. Et travaille de près avec la Gestapo durant la guerre.

Bref, au total environ 200 personnes ont été réellement "condamnées" en France pour collaboration économique, généralement à des "peines" ridicules d’ "indignité nationale" temporaires. Les chiffres sont un peu moins lamentables en Allemagne, mais au final la plupart des patrons et dirigeants d’entreprises collaborationnistes, ou même franchement nazis, n’ont pas été condamnés. En 2007, par exemple, les Allemands ont découvert avec effroi que la gentille famille de milliardaires qui avait racheté Daimler (la maison mère de BMW notamment) en 1959, avait activement participé à l’accession d’Hitler au pouvoir [10].

 

Crise économique, profits menacés, stratégie du choc

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Sur le plan économique, l’Europe des années 30 ne s’était pas relevée du krach de 1929, qui a plongé le monde dans une longue crise économique. Le capital et le profit étaient menacés (et donc la bourse par voie de conséquence), et les gouvernements successifs n’ont eu comme objectif que de maintenir au mieux les profits. La situation est d’ailleurs très semblable à aujourd’hui : on vit encore une crise de surproduction en raison notamment de la faiblesse du pouvoir d’achat en France et ailleurs.

Un cercle vicieux commence alors : pour maintenir ses profits, le patronat réclame que les politiques compriment les salaires, réduisent leurs impôts et donc les dépenses publiques. Les années 30 ont donc connu, comme aujourd’hui, de fortes attaques contre les salaires, qui ont été réduits par les politiques à la solde du patronat.

D’autres attaques ont été menées contre l’Etat providence (encore embryonnaire certes mais il y avait déjà les week-ends, un peu de congés, l’ébauche d’une assistance publique pour les vieux et les plus démunis…), cela au nom de "la saine gestion financière", selon les propos d’un certain André François-Poncet en 1931.

François Poncet est intéressent, on va s'y arrêter deux minutes. Au début de sa carrière, dès 1919, il a été rédacteur puis éditeur du "bulletin quotidien" du Comité des Forges, qui était en fait le journal économique de référence. Ce "bulletin" donnait le "la" aux rédactions de divers journaux appartenant au Comité des Forges (le "syndicat" des patrons de la sidérurgie dont l’ex patron du Medef Ernest Antoine Sellière est l’un des descendants). Accessoirement, Poncet a été en 1926 l’un des membres fondateurs de la Fédération pour l’entente européenne [11], et avait adhéré à la section française du Comité pour les intérêts communs des peuples de l'Europe, créée en 1925. Puis Poncet a été ambassadeur de France à Berlin de 1931 à 1936. Et il a même été placé comme député par les lobbys patronaux, tant il a bien défendu dès 1932 la fin des réparations que l’Allemagne devait théoriquement verser suite aux dommages de la Première Guerre, ainsi que le réarmement de l’Allemagne.

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Parmi les lobbys qui ont mené ces attaques contre les acquis sociaux et la démocratie, il y avait un groupe appelé la "synarchie", composé de banquiers et d'hommes de main élus. Mais cette "synarchie", bien qu’ayant montré une certaine influence, n’était qu’un des nombreux labels qui servaient d’outil de propagande à on ne sait trop quel pouvoir derrière, pouvoir qui est à chercher du côté des très gros détenteurs de capital.

Le Comité des Forges, qui était le syndicat des patrons de la métallurgie, était un autre front, X-mines, le lobby de polytechnique, ou la Banque de France, en étaient encore d’autres, etc.[12] Tous ces groupuscules se mélangent (on retrouve les mêmes individus dans plusieurs groupuscules, comme par exemple François De Wendel, patron de la sidérurgie dans l’Est de la France et leader durant des années du Comité des forges, mais aussi membre de 200 familles actionnaires de la Banque de France et ambassadeur à Berlin) au point de former un microcosme, une sorte de biotope.

En 1931, le taux de chômage commence à grimper (les premières comptabilisations des chômeurs commencent au début des années 30), le salaire minimum est réduit de 15%, etc. L’austérité imposée au pays (les politiques "déflationnistes" : baisse du nombre de fonctionnaires et de leurs salaires, baisse des dépenses publiques, augmentation des taxes et impôts…) a fini par entraîner la déflation, c’est-à-dire une baisse des prix qui aggrave la baisse de la production[13].

On notera d’ailleurs que cette politique de déflation est menée par Pierre Laval, avocat et homme des banques, qui déjà avait obtenu les pleins pouvoirs pour passer à l’action, et qui devint l’un des piliers du régime de Vichy durant la guerre. Cette politique fut un échec, à tel point que le Front populaire a remporté les élections de 1936. La situation était la même en Belgique et, je suppose, dans plusieurs autres pays européens.

Pierre Laval est un personnage des plus surprenants, aux valeurs très variables : il a commencé comme militant et député socialiste (SFIO) pendant la Première Guerre, il prend ensuite l’étiquette de socialiste "indépendant" jusqu’en 1940, et sera entre temps dix fois ministre et quatre fois président du Conseil (1er ministre). Laval a entamé en parallèle de sa carrière politique une carrière dans le business, au fil des années 20.

Laval Homme de l'année - Time 4 janvier 1942

En 1931, il a même droit à une tournée triomphale aux Etats-Unis, une exception pour un Français, et est même désigné "Homme de l’année", par le magazine Time, créé aux USA par Henry Luce, très proche des idées fascistes. En 1940, Laval est l’un des principaux moteurs derrière le vote des pleins pouvoirs à Pétain [14], et il collabore ensuite sans aucun problème avec l’Allemagne.

Suite aux politiques d’austérité, d’énormes grèves ont eu lieu, notamment en 1936, et ont été réprimées dans le sang par des "forces de l’ordre" à la botte des politiques, eux-mêmes à la botte du patronat bien qu’à l’époque le Front Populaire était au pouvoir [15]. Au passage, les ligues fascistes sont dissoutes.

En avril 1938, le nouveau président du Conseil Daladier –mis en place par un patronat qui finit quand-même excédé par le Front Populaire-  déclare qu’il veut "remettre la France au travail", et il passe ses "décrets misère" en novembre, des lois passées comme le fait le micron, par décret donc sans discussion au Parlement.

Au programme : nouvelles taxes et impôts, baisse des salaires, augmentation du temps de travail, avec une semaine qui passe à 48h (+ 8 heures) sur 6 jours au lieu de 5. Il fallait en finir avec "la semaine des deux dimanche", disait Daladier : "Cette loi [qui créé le samedi de congé] est responsable de tous les maux de l’économie, dit-il. On ne peut pas avoir une classe ouvrière “à deux dimanches” et un patronat qui s’étrangle pour faire vivre le pays !". Cela peut sembler stupide puisqu’il n’y avait déjà pas assez de travail, mais l’objectif était de comprimer les salaires et un taux de chômage élevé permettait de réduire les salaires.

Bref, comme le dit Annie Lacroix-Riz, c’est la stratégie du choc, exactement comme aujourd’hui avec la micronie triomphante, et "la stratégie du choc, pour être acceptée, doit provoquer un effet de stupeur et donc l’impression d’absurdité totale".

On était en plein dedans dans les années 30, et on y est à nouveau car nous ne sommes jamais sortis de la crise de 2006 -2008. Aujourd’hui le grand capital, même en pompant la quasi-totalité de la croissance créée chaque année, se demande où et comment il sera possible d’accumuler encore plus. On arrive aux limites de cet accaparement [16].

Comment faire pour gratter encore du fric dans des pays exsangues économiquement ? Eh bien en poussant au réarmement et à la guerre. En plus comme on l’a vu, la guerre c’est très bien parce que ça calme les ardeurs sociales des classes populaires.

Selon diverses archives, étudiées par des historiens étrangers et parfois français, l’effort de guerre français a été en partie saboté, et l'affaire de cette parfaitement inefficace "ligne Maginot" n’en est qu’un lamentable exemple.

 

PARTIE 2 :

 

Magouilles et corruption des élites - Partie 2: Le sabotage de la dénazification - donde vamos

Les citoyens relèvent la tête, il est temps de contribuer à diffuser des outils de lecture du monde actuel. Car, si nos dirigeants nous enfoncent dans la mondialisation et l'ultra libéralisme économique et financier, ce n'est pas par pragmatisme (on l'a bien compris au vu des résultats économiques et sociaux désastreux de ces politiques), mais par idéologie.

http://dondevamos.canalblog.com

 


[1] On avait déjà parlé de la synarchie sur ce blog il y a plus de 10 ans (le temps passe vite !), avec l’exemple de la banque Worms, qui finançait dans les années 30 divers groupuscules fascisants et pro-Nazis, comme la Cagoule dont François Mitterrand le royaliste était a minima très proche. Ces groupes ont tenté plusieurs coups d’Etat fascistes en France dans les années 30. La banque Worms regroupait le lobby du Comité des Forges, devenu le CNPF puis le Medef, et celui de la Banque de France (un organisme privé dirigé par des banquiers), et une partie de ses dirigeants étaient des proches de Pierre Laval. Après-guerre, la quasi-totalité des individus qui gravitaient dans et autour de cette synarchie ont été réinsérés dans la politique et l’administration, notamment un ponte du RPR, Georges Albertini. Il est amusant de constater que les "historiens officiels", ceux qu’on voit sur les plateaux télé mais qui ne mettent jamais le nez dans des archives, nient encore l’existence de la synarchie, et crient au conspirationnisme de bas étage. Vidéo sur la Cagoule :

La cagoule , enquête sur une conspiration d'extrème droite.

[2] Pour n‘en citer qu’un, il y a par exemple Jean Coutrot, polytechnicien fan de Vichy et grand fan également d’Alistair Crowley, le sataniste le plus connu du début du XX e siècle.

[3] "Le Ier mai fut proclamé par les nazis « Journée du travail national» et, cette année 1933, fêté avec beaucoup d’éclat, comme il seyait à un parti «socialiste". Mais, le lendemain, les bâtiments des syndicats allemands furent occupés manu militari par les SA, leurs dirigeants expédiés dans des camps de concentration et leurs biens -pour une valeur de plus de 184 millions de RM - saisis60. Désormais, dans l’État d’Hitler, les syndicats étaient interdits", écrit l’historien Jacques Pauwels dans le livre "Big Business avec Hitler".

[4] Les liens étaient semble-t-il si étroits entre la BRI / BIS et la Reichsbank que le vice-président de cette dernière, jugé pour crimes de guerre, a fait référence à la BRI comme étant la seule « branche étrangère » de la Reichsbank !

[5] Selon Colombat et Servenay dans « Histoire secrète du patronat » (p. 39), plusieurs dirigeants de l’entreprise ont été arrêté à la Libération : « Parmi eux, le président de la compagnie aérienne, son vice-président et trois autres administrateurs –dont les représentants de la Banque de l’Afrique occidentale française et de la Banque d’Indochine. Motif : ils ont livré à la compagnie allemande Lufthansa le matériel d‘Air France et, en accord avec Vichy, envoyé en Allemagne des travailleurs de l’entreprise ».

[6] La Cagoule, sur laquelle on va revenir, était financée par divers patrons, et se voulait un groupe insurrectionnel d’extrême droite, qui a d’ailleurs commis des meurtres et attentats comme une fusillade lors d’une manifestation de gauche contre la diffusion d’un film organisée par un groupe d’extrême droite, à Clichy en 1937, ayant entraîné 5 morts et 200 blessés, ou "l'explosion, le 11 septembre 1937, de l'immeuble parisien de la Confédération générale du patronat français, près de l'Etoile", raconte le quotidien belge Le Soir du 28 juin 1991. Le groupe a aussi convoyé des armes pour aider Franco à vaincre les Républicains, tué des opposants en France, et noué des relations avec l’Allemagne d’Hitler comme avec l’Italie de Mussolini.

[7] Pour donner un exemple exposé par Antony Sutton : "en 1939, la branche allemande de la Standard fît une usine pour la production du carburant synthétique pour l’aviation. Du tétraéthyle fut exporté en urgence depuis les États-Unis pour la Wehrmacht et une assistance majeure fut donnée pour la fabrication du caoutchouc butyle, tout en maintenant secret aux États-Unis le processus d’IG Farben".

[8] Cf. Annie Lacroix-Riz, "Le Choix de la défaite : les élites françaises dans les années 30". Selon des documents des renseignements sur la banque Worms, celle-ci était dirigée par des gens qui défendaient leurs intérêts en poussant à l’établissement d’un Etat fasciste, et ont donc freiné l’effort de guerre français tout en soutenant celui de l’Allemagne, avant de collaborer avec les Nazis sous Vichy. Son directeur général était Jacques Barnaud, inspecteur des finances, directeur de cabinet de Painlevé, Loucheur et Doumer au ministère des Finances, il a rejoint la banque Worms dès 1927 et en est devenu associé le 31 décembre 1929.

[9] L’ordonnance de nationalisation du 16 janvier 1945 signée par le Général De Gaulle précise : "Dès juin 1940 Monsieur RENAULT qui se trouvait en mission en Amérique s’était empressé de regagner la France afin de mettre ses usines à la disposition de la puissance occupante, c’est en considération de ces faits, que d’autre part les usines Renault ont constitué un instrument entre les mains de l’ennemi que le gouvernement a décidé de procéder à la nationalisation de ces usines, ainsi qu’à la confiscation des biens et participation de Louis RENAULT. Le gouvernement provisoire de la République Française est ainsi conscient, en proposant ces mesures d’une part de contribuer au redressement moral et matériel du pays dans le cadre de l’effort de guerre des Nations Unies, d’autre part de répondre par des réformes hardies aux vœux de la Résistance Française et de la classe ouvrière toute entière".

[10] Libération du 22/11/2007 a évoqué un documentaire diffusé en Allemagne, sur le passé trouble de cette famille, déjà très riche dans les années 30, et qui s’est enrichie pendant la guerre. "Membre du parti nazi, le NSDAP, dès 1933, Günter Quandt (1881-1954) utilise dès les années 30 les relations que lui assure le remariage de son ex-épouse Magda avec Goebbels, le chef de la propagande de Hitler", explique cet article. Grâce aux esclaves des camps de concentration, les usines de la famille "tournent à plein régime" .

[11] Selon l’historien Jean-Michel Guieu, la première conférence en 1926 "réunit un certain nombre d’hommes d’État et de parlementaires européens décide à l’unanimité la constitution de la Fédération pour l’Entente européenne". Et "le Comité fédéral s’est vanté d’avoir eu une grande influence sur les projets européens d’Aristide Briand et du Quai d’Orsay". D’autres groupuscules du même type avaient été comme Pan Europe du comte Coudenhove-Karlegi ou l’Union Douanière Européenne.

[12] Annie Lacroix-Riz "Le choix de la défaite : Les élites françaises dans les années 1930".

[13] "A partir de 1932, la politique d'équilibre budgétaire menée vaut de facto encouragement à la déflation, vue souvent comme un mal nécessaire pour rétablir la compétitivité sans recourir à la dévaluation. En 1934-35, spécialement avec Laval, l’objectif déflationniste devient explicite (…) Paradoxalement, plus les dépenses sont rabotées, plus le déficit grossit, alors qu'en 1930 le budget était encore équilibre. Les dépenses ne baissent pas vraiment (si elles perdent 10% en valeur de 1930 à 1935, elles passent de 15 à 19% du PIB) tandis que les recettes, plus sensibles à la conjoncture, chutent de 20%, ce qui aggrave le déficit, celui-ci dépassant 10 milliards en 1935 (soit seulement 4% du PIB), tandis que le poids de la dette explose (de 75% du PIB en 1930 à 133% en 1935) surtout du fait du recul du PIB. La défiance qui en résulte – contre laquelle on prétend lutter par la rigueur - rend le recours à l'emprunt difficile (les taux d'intérêt sur la dette publique augmentent de moitié en cinq ans", écrivait le professeur d’économie Pierre-Cyrille Hautecoeur dans Les Echos.

[14] En fait, Laval avait tenté de mettre Pétain au pouvoir dès 1937.

 

[15] Mais il faut dire qu’à l’instar des "socialistes", le Front Populaire a accompli le programme des banques et des industriels sans trop rechigner, et n’a pas hésité à passer en force contre le monde ouvrier.

[16] Selon l’Express Business du 4 juillet 2018, "Le montant cumulé des 500 plus grandes fortunes de France a été multiplié par trois en dix ans, atteignant un record de 650 milliards d'euros, selon le classement 2018 du magazine Challenges à paraître jeudi, et encore dominé par Bernard Arnault. La fortune cumulée des plus riches de France représente ainsi près de 30% du PIB du pays en 2018, contre 10% en 2009, après la crise financière". Et c’est exactement pareil au niveau mondial. Selon le Guardian du 26 octobre 2018, "Les milliardaires ont gagné plus d'argent en 2017 que durant n'importe quelle année de leur histoire connue". Les 2.158 personnes les plus riches de la planète ont augmenté leur richesse de plus de 19% en 2017 pour atteindre les 8.900 milliards de dollars (7.829 milliards d'euros.

02 janvier 2019

Affaire d'Outreau : premiers boulets de canon contre Chérif quand il achève le récit de sa vie ?

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Comme c'est étrange. Alors que plus personne ne parlait de l'affaire d'Outreau, nous avons eu droit à deux articles dans La Voix du Nord pour donner une véritable tribune à l'un des acquittés, le curé Dominique Wiel. Et puis le 31 décembre, une fumeuse histoire d'alerte au risque d'attentat de la part de Chérif Delay, l'une des victimes d'Outreau, a été diffusée dans les commissariats et sur le web peu après qu'il ait fini son livre. Y aurait-il un lien de cause à effet ?

 

Pourquoi cette journaliste de La Voix du Nord a-t-elle été chercher Wiel, pour publier les 24 et 25 décembre deux articles d'une rare complaisance donnant la parole sans contradiction aucune à cet acquitté [1]?

Parce qu'il est vrai qu'on ne parle plus de cette affaire d'Outreau, une des plus glauques qu'ont connu les prétoires en ce début de XXe siècle. Il faut dire que d'un point de vue historique, le résultat de la propagande anti-victimes qui s'est considérablement renforcée depuis les procès médiatiques de 2004 et 2005 montre au grand jour ses effets délétères: c'est ce que certains spécialistes appellent déjà "l'effet Outreau". Il n'y a pas que le terrible constat de la baisse de 40 % des condamnations sur pour viol, ni l'omerta imposée aux victimes, ce n'est pas seulement la mascarade médiatique qui a régné avant, pendant, et après ces procès, qui laisseront des traces indélébiles dans ce que d'aucuns osent encore appeler un "état de droit".

Le pire reste l'impunité des coupables.

Il serait plus décent de ne pas trop revenir avec cet ancien récit sur l'affaire d'Outreau, celui qu'on appelle le scénario des "enfants menteurs". 

Ou alors il faudra que l'on reparle, une fois de plus, de ces 12 enfants reconnus victimes, dont certains de proxénétisme, à l'issue du procès en appel, et peut être que l'on rentre dans le détail de certains témoignages, y compris parmi ceux des coupables ou bien de certains acquittés. On reviendra aussi sur le traitement des enfants victimes, pendant et après les procès, sur ces gens qui sont restés hors du champ de l'instruction, ou encore sur les "dossiers bis", "et des 60 et quelques enfants cités dans ce dossier qui s'est lentement dégonflé sur le plan judiciaire. Il y a tant de choses à dire. 

 

Wiel raconte sa vie dans la Voix du Nord

FireShot Capture 4 - Calais_ 2018 L’abbé Wiel, acquitté d’Outrea_ - http___www

On savait que ce canard n'avait pas brillé par son impartialité et la qualité de ses enquêtes au sujet de cette affaire d'Outreau, mais à quoi servait-il d'offrir une telle tribune à cet individu qui, bien qu'acquitté, n'a pas fait preuve de charité une seule seconde envers les enfants impliqués dans cette affaire, qu'ils aient été reconnus victimes ou non. Mais on y reviendra.

Wiel, donc, évoque gracieusement dans le quotidien local sa vie, son oeuvre, et ce qui deviendra certainement un jour un véritable scandale judiciaire, du genre de l'affaire Dreyfus mais pour les enfants victimes de pédocriminalité, d'actes de tortures et de réseaux pédophiles.

La journaliste appelle donc Wiel en cette veille de Noël et se dit qu'il ne voudrait pas parler de tout cela, lui l'Acquitté. "Mais non", écrit-elle -et l'on ne peut que deviner l'ébahissement de la journaliste, "Il accepte volontiers de revenir sur cet épisode complètement improbable de sa vie".

Pourtant, depuis 2012 il était censé "arrêter" de revenir sur cette histoire.

Par ailleurs, "Improbable" n'est pas le mot adéquat au vu du dossier. S'il a été mis en préventive plusieurs mois, et s'il a été condamné en première instance, c'est parce qu'il y avait tout de même quelques éléments à avoir posé questions aux magistrats durant les 3 ans d'instruction. 

Et Wiel d'expliquer : "Je l'ai fait encore il y a quelques jours à Dieppe pour le Rotary" (de parler de lui et de l'affaire). Ah tiens, Wiel continue donc sa propagande "révisionniste" comme dirait Duponpon, son story-telling sur cette affaire, et cela auprès des amis du Rotary, un club qui sert de vivier à la franc-maçonnerie, mais qui sert aussi à diffuser des mots d'ordre, des tendances. Serait-on en train de s'agiter de ce côté-là aussi?

Aujourd'hui, Wiel, qui a toujours traité les enfants de menteurs, même ceux qui ont été reconnus victimes [2], qui a toujours nié la culpabilité des deux couples reconnus coupables, ce Wiel qui avait lancé une pétition dans le quartier afin d'annuler le placement des enfants du couple D (dont Chérif) au tout début de l'affaire [3], "dit ne pas en vouloir aux enfants". Eh bien alors qu'il cesse de réécrire l'histoire

Wiel veut aussi "des excuses" de la part du juge Burgaud. Ah tiens, et pour quoi donc? 

outreau enfants menteurs

Rappelons que malgré une enquête de l'inspection des services judiciaires et une enquête parlementaire largement à charge, le juge Burgaud n'a pas été sanctionné, au contraire il a obtenu une promotion en devenant juge anti-terroriste. Il n'y a donc pas eu de faute. 

Dans l'interview qui accompagne l'article, on apprend que Wiel a déménagé à Calais il y a deux ans, pour "être plus proche du travail" qu'il fait "auprès des migrants" par le biais du Secours Catholique, nous dit-on. Parmi les "missions" qu'il accomplit en faveur des migrants, il y a l'école, preuve qu'il n'est pas effarouché par ces enfants menteurs pathologiques capables d'inventer de toutes pièces des affaires de réseaux pédophiles impliquant des gens qu'ils sont souvent censés ne pas connaître, d'après les intéressés eux-mêmes : "J'ai fait l'école aussi, j'ai donné des cours de français et je continue actuellement à le faire à raison de trois matins par semaine"...

On apprend aussi que Wiel, cet ami et soutien d'un curé pédophile dénommé François Lefort (condamné à 8 ans de prison pour des viols sur de jeunes sénégalais dont certains se sont rétractés comme par miracle après cette condamnation, du coup il demande la révision du procès)  accueille chez lui des migrants qui sortent de l'hôpital. 

 

Les voeux de bonne année des autorités à Chérif 

FireShot Capture 5 - Cherif Delay, une des victimes de l'af_ - https___www

Le 31 décembre, dans la soirée, nous avons pu découvrir avec stupéfaction -c'est le moins qu'on puisse dire- une alerte diffusée par la police, afin de signaler aux focres de l'ordre du pays que Chérif était armé, montait sur Paris afin d'y commettre un attentat, et qu'il fallait tirer à vue car il ne se laisserait pas faire!

Incroyable. Le même jour, Chérif n'était pas seul, il n'a pas bougé, il était "en famille". Il 'n'est pas du tout dans un délire terroriste et a bien d'autres choses en tête, notamment parce qu'il a terminé tout récemment un livre dans lequel il raconte ce qu'il a vécu depuis "l'affaire".

Et puis, vers le milieu de la matinée, on voit apparaître sur Twitter les premiers "signalements", selon lesquels Chérif serait "dangereux" et même "armé", et qu'il se rend à Paris. Un Tweet espagnol date du 31/12 à 10h 26, et publie même la fiche officielle de la police, où on trouvait aussi, étrangement, le nom de la personne qui l'aurait dénoncé à la police. Dénoncé, apparemment suite à son live sur Facebook la veille, dans lequel il brandissait un faux flingue et menaçait l'un des acquittés.

fiche police 31 dec - Copie

Pas pour "terrorisme", en tout cas.

Bref, Chérif a bien été arrêté, mais pour les menaces sur Facebook,  desquelles il s'est excusé publiquement. 

Pourquoi donc une fiche de polic intitulée carrément "ALERTE MENACE ATTENTAT", signalant notamment que Chérif menace de mort "un individu non identifié", ce qui est faux, on sait très bien qui aurait pu être visé (si toutefois Chérif avait réellement eu l'intention de le faire, ce qui est loin d'être avéré) puisque c'est clair dans la vidéo diffusée sur Facebook (retirée rapidement).

De plus, l'avis de police signale comme lieu de passage probable de l' "individu" la gare du Nord, qui correspond à la direction pour aller vers la région des "Hauts-de-France" où s'est déroulée l'affaire.

Quant au document, il ne s'agit pas d'une imitation, il s'agit bien d'un vrai avis émis par la police.

La fiche précise en outre que Chérif serait "déterminé", et que l' "individu déclare ne pas se laisser interpeller sans qu'il soit abattu". Et puis la fiche mentionne que des investigations sont menées.

Et puis, le truc fait effet boule de neige sur Twitter, les propos les plus débiles circulent de la part d'individus prompts à cracher du venin sans prendre le temps de vérifier leurs informations, et on voit même apparaître deux espèces d'articles, notamment sur LCI, bourrés d'approximations loins hélas d'être anodines, qui veulent rassurer le bon peuple parce que le monstre serait "interpellé". 

Alors qu'il était déjà en garde-à-vue depuis 16h le lundi 31, et jusqu'au lendemain dans la journée.

FireShot Capture 3 - RO-1 sur Twitter _ _🔴🔴 #Paris #Franc_ - https___twitter

L'article de LCI remonte au 31 décembre vers 23h. Il n'est pas question d' "attentat" terroriste, et précisé qu'il est incarcéré pour une autre raison. Mais il y est écrit que Chérif voulait s'en prendre à "un ancien codétenu". Or, c'est bien à l'un des protagonistes de l'affaire d'Outreau qu'il adressait ces menaces. Et il n'a pas été interpellé en train de faire le déplacement mais au domicile qu'il fréquente le plus souvent.

Bref, en voyant une telle "chose" au soir du 31 décembre, on se dit "mais qu'est-ce qu'il leur prend?

On n'ose imaginer un traquenard, peut-être même morbide, de la part d'on ne sait qui. Ce serait là une vilaine théorie du complot, et tout le monde sait bien que les complots n'existent pas. 

Toujours est il qi'au fil des Tweets, le Chérif "potentiellement armé" de la police devient un Chérif "armé et extrêmement dangereux", puis il est même déclaré "en fuite", et on a senti une certaine frénésie se mettre en place sur Twitter, malgré beaucoup de commentaires apelant à la raison.

FireShot Capture 2 - La Plume Libre sur _ - https___twitter

On est finalement rassuré que Chérif n'ait pas croisé un escadron de policiers fatigués et aux aguets ce soir-là. Qui sait ce qu'il aurait pu arriver? La bavure eut été énorme.

Cet incendie, allumé on ne sait trop par qui ni comment, mais on devine un peu pourquoi, a été éteint.

L'info n'a pas été reprise dans les médias, mais il sera intéressant de comprendre comment cet amalgame a été fait entre une "alerte attentat" et un jeune homme en crise de nerf qui menace quelqu'un qui, selon lui, lui a fait du mal.

 

L'affaire d'Outreau, un réseau pédophile sans coupables

Espérons que ces articles ne sont pas les premiers d'une série de "reportages" et autres fake news destinés à nous apitoyer encore une fois sur le sort de ceux qui sont appelés "les acquittés d'Outreau", et/ou à décrédibiliser les victimes.  

Chérif, il faut le rappeler, a été reconnu victime de viols répétés, par différents adultes. D'autres enfants ont décrit les mêmes faits, au total 12 d'entre eux ont été reconnus comme victimes à l'issue du procès en appel.  

Il faut redire ce dont il a été question: Les enfants avaient décrit au cours de l'instruction, mais aussi à la barre dans des conditions effroyables, de véritables partouzes pédophiles, des échanges de billets de banque, des actes filmés, en France mais aussi en Belgique, où ont eu lieu de nombreux déplacements. Ce qui manque dans cette affaire, ce ne sont pas les éléments, ce ne sont pas les victimes, car on en compte tout de même 16 dans les dossiers Outreau et dans un dossier lié au même réseau mais qui a été disjoint, par exemple. Non, ce qui manque ce sont les coupables. 

Comme l'avait dit l'une des victimes, à l'issue du procès de Daniel legrand à Rennes en 2015, "Le combat n’est pas terminé, ça fait 10 ans que je me bats et c’est pas terminé, c’est très très loin d’être terminé …". Malgré la propagande à travers des articles, des livres, des films ou des conférences ubuesques, qu'on a connus jusqu'à présent, et désormais les histoires d' "alertes attentat" bidons, l'Histoire fait son chemin.

 


[1] Wiel avait tout été condamné à 7 ans de prison en première instance, puis a été acquitté en appel. 

[2] Dans son livre "Que Dieu ait pitié de nous" publié en 2006, Wiel déclare que les deux couples condamnés sont innocents ou presque, et il a même été jusqu’à écrire une lettre ouverte aux deux ainés du couple D. pour les traiter de menteurs.  Il leur écrit : "je n’ai jamais cru à vos récits de viols, et même jamais cru à la culpabilité de vos parents". Ceci, alors que ces deux enfants ont été reconnus comme victimes, de leurs parents et d’un autre couple, et indemnisés pour cela (modestement comparé aux sommes mirobolantes perçues par les acquittés, mais ils ont été reconnus victimes par la même justice qui a acquitté Wiel).

[3] Myriam Badaoui, qui avait parlé avant les procès, avait d'ailleurs fourni une explication sur cette célérité du curé à faire revenir ses enfants au domicile où ils ont subi tant d'abus.