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18 juillet 2021

Magouilles et corruption des élites - Partie 12 : Stratégie de la tension et corruption en Belgique

bois de la cambre 2021 - Copie

Continuons notre saga de la corruption des élites européennes avec le cas de la Belgique à la grande époque du réseau stay-behind, des années 50 aux années 90. Où l'on retrouve la combinaison gagnante: politique, magouilles, extrême-droite, obstruction judiciaire. Avec à la clé deux vagues de massacres restées impunies, quelques meurtres, beaucoup de trafics et d'argent détourné.

Et des réseaux pédocriminels, doit-on ajouter, mais on en reparlera plus tard.

 

Pour s'y retrouver dans la suite des épisodes, voici le plan: 

1. La 2e Guerre Mondiale, oeuvre du fascisme financier.

2. Le sabotage de la dénazification.

3. Recyclage des Nazis et Collabos dans les nouvelles structures: 

     1) Les services sercets

     2) La banque et l'industrie

     3) La politique et les syndicats

     4) Le monde universitaire

     5) Les médias et la culture

     6) La justice

4. La création de l’Europe, un monstre sans tête au service du fascisme financier

     1) Le cas Jean Monnet, sbire du capital anglais et US

     2) Avant l’Europe, ou la mise en place du piège européen

     3) Les peuples immobilisés dans les sables mouvants européens

5. Une Europe fasciste déguisée en démocratie

     1) Stratégie de la tension : Angleterre, Suisse, Italie, France, Belgique

 

Le cas de la Belgique est un peu particulier, tant les liens des services belges avec leurs homologues Anglais en particulier, mais aussi avec les US, étaient étroits depuis le début du XXe siècle et la Première Guerre mondiale. Ce n’est pas pour rien que l’OTAN s’y est installée après avoir éjectée de France par de Gaulle. Dès 1947 et le déploiement du plan Marshall, les intérêts US et ceux des industriels Belges se sont rejoints, notamment autour de la "construction européenne".

En novembre 1990, le scandale Gladio qui a traversé l’Europe n’a pas épargné la Belgique, où le ministre de la Défense Guy Coëme a été obligé d’admettre qu’une armée secrète liée à l’OTAN existait bel et bien. Mais il a dit qu’il n’était pas au courant, tout comme le le 1er ministre et le reste du gouvernement. Le Sénat a tout de même pu mettre en place une commission d’enquête qui a permis d’éclaircir certains points, mais a laissé d’énormes zones d’ombre comme c’est le cas de toutes les commissions d’enquête parlementaire.

2019-04-07 18_06_01-L’ex-chef du réseau Stay-behind livre ses secrets mais aucun nom - La Libre

Et moins d’un mois après le déclenchement du scandale qui a suivi les déclarations du 1er ministre italien Giulio Andreotti, le 23 novembre 1990, le gouvernement belge a décidé de supprimer une partie du "service clandestin" et de cesser officiellement sa participation à ce groupe atlantiste qui n’avait plus rien de secret malgré les dénégations et tentatives de minimisation officielles.

D’après le témoignage donné par André Moyen, un ancien des renseignements et du stay-behind, le ministre de l’Intérieur Vleeschauwer l’a envoyé rencontrer son homologue italien dès septembre 1945, le ministre de l’Intérieur Mario Scelba, "avec pour mission d’élaborer des stratégies pour empêcher les communistes d’accéder au pouvoir", écrit Daniele Ganser, "La Guerre froide touchant à sa fin, Moyen confirma à ses anciens ennemis que, durant des années de service actif, il avait directement participé à l’Opération Gladio et à des missions secrètes contre les partis communistes de nombreux pays".

Le réseau stay-behind belge a été mis en place à partir de 1949, avec une branche liée aux renseignements de l’armée, le SGR (Service général du renseignement), chargé du renseignement, et aussi d’agir en cas d’invasion soviétique. Il y avait aussi une branche civile, dépendant des services secrets de la police, la Sureté de l’Etat, qui s’appelait le STC/mob (Section Training Communication and Mobilisation). Mais, les choses ont un peu trainé, en raison des crises internes, une constante dans ce pays dont la devise est pourtant "l’union fait la force".

 

Mise en place du stay-behind en Belgique

spaak Time

Dès 1947, la collaboration entre la Sûreté de l’Etat et la CIA était lancée, pour remplir comme le disait le 1er ministre et futur secrétaire général de l’OTAN Paul-Henri Spaak, une "mission commune" contre les "activités communistes en Belgique et dans les pays voisins" [1]. Depuis, la Belgique est une véritable tête de pont, voire un laboratoire de l’influence US en Europe.

C’est aussi dès 1947 que le ministre de l’intérieur belge a sollicité un responsable des renseignements militaires ayant collaboré avec l’OSS pendant la guerre puis avec la CIA[2], André Moyen, pour prendre contact avec le patron du SDECE (renseignements français) Henri Ribière afin de collaborer au développement du stay-behind[3]. Le tout avec la bénédiction de Jules Moch, ministre de l’Intérieur français.

Moyen a immédiatement entrepris de constituer un réseau privé de renseignement anticommuniste appelé Milpol, financé par des banques belges, qui transmettait ses informations au SDRA. Le réseau a été étendu au Congo Belge sous le nom de "Crocodile" à la demande de Herman Robiliart, responsable de L’Union minière[4]. A partir de là, Moyen a assuré la liaison entre les réseaux stay-behind Belge et Français.

Moyen, qui rendait compte régulièrement à l’attaché militaire US à Bruxelles pour le compte (du moins en général) des autorités belges, a mis en place une quinzaine de groupes stay-behind en Belgique, placés ensuite sous la responsabilité du SDRA-8. L’un des premiers faits marquants de ce réseau est l'assassinat d’un leader communiste très populaire, Julien Lahaut.

2018-12-08 12_50_39-La guerre secrète en Belgique, par Daniele Ganser

Et en 1949 –année de la création de l’OTAN[5], le chef des renseignements britanniques écrivait au 1er ministre Belge Paul-Henri Spaak (pilier du Bilderberg dès ses débuts) au sujet de la poursuite de "la coopération belgo-britannique entre les services spéciaux" avec comme objectif d’échanger des informations sur les "ennemis" (les communistes) et de préparer des "organisations appropriées de renseignement et d’action" [6]. Mais les belges voulaient absolument traiter aussi avec les US et Spaak leur a demandé de se mettre d’accord entre eux sur une collaboration à 3.

Un Tripartite Meeting a rapidement été mis en place sous le nom de Comité Clandestin de l’Union Occidentale (CCUO), qui existe toujours. Et Spaak a été récompensé de ses bons et loyaux services par une nomination au poste de secrétaire général de l’OTAN en 1957. 

La France, puis les Pays-Bas et le Luxembourg ont rejoint le CCUO dans les mois suivants et l’OTAN en a pris la direction en 1951 devenant le Coordination and Planning Committee puis l’Allied Coordination Committee (ACC) en 1958 quand les US ont rejoint les 5 autres (l’Allemagne, l’Italie, le Danemark et la Norvège sont arrivés les années suivantes). La dernière réunion de l’ACC a eu lieu pas plus tard que les 23 et 24 octobre 1990, quinze jours avant les révélations d’Andreotti au Parlement italien.

OTAN cartoon

En 1952 le 1er ministre Van Houtte a réclamé que le gouvernement soit mis au courant des informations récoltées sur le territoire, des actions de sabotage économique ou de "la mise en action de l’armée secrète", et mener "de manière autonome" ce qu’il qualifie de "guerre psychologique" [7]. Cela n’allait donc pas de soi pour les US.

Les renseignements civils, la Sûreté de l’Etat (plus spécifiquement une cellule appelée STC/Mob), ont d’abord recruté beaucoup d’agents de l’armée clandestine hors de leurs rangs, avant de changer de braquet en 1968. Ses missions concernant le Gladio ne sont pas très claires : il y avait l’action en cas d’occupation, mais aussi un volet renseignement et actions psychologiques qui aurait officiellement été abandonné à la fin des années 60. Mais on peut en douter.

Le volet militaire (appelé SDRA 8[8]), placé sous l’autorité du Service Général du Renseignement de l’armée, était en lien direct avec l’OTAN et le gouvernement belge. A l’origine il devait gérer les réseaux d’exfiltration et les actions de sabotage, d’après le rapport du Sénat. Dans les années 70, les agents des renseignements militaires qui étaient généralement des paracommandos et monarchistes, se seraient mis à recruter des non militaires "dans tous les milieux et dans toutes les professions". Les agents étaient formés en Grande-Bretagne, ou bien des instructeurs anglais venaient les former en Belgique, jusqu’à ce que les belges cessent les missions de sabotage pour les laisser aux US, toujours dans les années 70.

harpoon

Certains membres des renseignements militaires belges (le SDRA 8) étaient aussi formés aux Etats-Unis et collaboraient "régulièrement" avec les Forces Spéciales US. Leur pro-américanisme était d’ailleurs un des critères de recrutement, à la hauteur de l’anticommunisme.

Le Gladio belge était équipé du même système radio qu’en Suisse, en Italie et ailleurs : le système Harpoon qui permettait un cryptage de haut niveau. Comme en France, les cellules locales étaient très cloisonnées, chaque agent ne connaissant que les quelques membres de sa propre cellule.

Quant aux noms des agents, ils n’étaient connus que de très peu de responsables et les listes étaient déposées à Washington[9]. "On disait aux agents qu’ils faisaient partie d’une organisation européenne dans les bases se situaient à Londres et à Washington. La structure complète de l’organisation n’était pas divulguée", précise le rapport sénatorial.

Des exercices avaient lieu aussi bien en Belgique notamment avec des agents étrangers, anglais ou US, dont certaines ressemblaient à des attaques de barbouzes, qu’en dehors du territoire national.

2021-07-18 14_02_14-Vielsalm _ le mystère de l’attaque de la caserne élucidé _ - DH Les Sports+ - Op

On citera par exemple l’attaque de la caserne de gendarmerie de Vielsalm en 1984 alors que comme par hasard un exercice similaire était en cours dans le même secteur avec des membres belges du stay-behind et des militaires US des Forces Spéciales entraînés à la guerre non conventionnelle sur la base de l’armée US de Fort Bragg.

En effet, chaque année avaient lieu des "exercices Oesling"dans le cadre de l’OTAN –et du stay-behind. Des caches d’armes et de munitions ont aussi été disséminées un peu partout.

Plusieurs 1er ministres ou ministres de la défense des années 80 ont dit ignorer l’existence de ces branches spéciales des renseignements civils et militaires, alors que selon les responsables de ces services ils étaient informés régulièrement de son activité.

Une des premières manifestations du Gladio Belge a eu lieu lors à la suite de la crise de la "question royale" après la guerre : la droite voulait le retour du Roi, la gauche voulait la République[10], avec un point culminant en 1950 quand le Roi Baudouin a prêté serment. Le 18 août 1950, le leader communiste Julien Lahaut a été abattu devant chez lui dans la soirée par deux types qui ont sonné à sa porte. L’affaire a été conclue par un non-lieu en 1972.

meurtre Lahaut

Il a fallu attendre 2015 pour avoir la confirmation quasi officielle que l’armée stay-behind était derrière cet assassinat. "Julien Lahaut assassiné par un réseau soutenu par l’Etat belge", titrait la RTBF en mai 2015. Cette affirmation était la conclusion des recherches menées par des historiens aidés par une souscription publique et quelques subsides, pas par la justice ni par la police, ni par l’Etat évidemment.

"L'attentat a été commandité au sein du réseau anticommuniste d'André Moyen, soutenu par le patronat de grandes entreprises et bénéficiant de soutiens policiers et à la Sûreté de l'Etat" car Lahaut, un homme vraiment intègre et très apprécié à gauche, défendait la République (et de fait la monarchie avait été lamentable durant la guerre).

Ce sont en effet des agents du réseau de Moyen qui ont assassiné Lahaut, officiellement par excès de zèle [11]. L’assassin serait François Goossens, qui dès 1950 se vantait même du meurtre mais se savait intouchable et n‘a donc jamais été arrêté. L’équipe était composée de partisans de l’extrême droite flamande : outre Goossens, Jan Hamelrijck, et les frères Alex et Eugène Devillé, tous parfaitement connus de la police et de la justice.

2021-07-18 14_08_18-Il y a 70 ans, Julien Lahaut était assassiné à Seraing - Opera

André Moyen[12] a comme on l'a vu déclaré publiquement avoir été à la tête du réseau anticommuniste belge [13]. Ledit réseau était soutenu financièrement par la finance Belge et notamment la Société Générale qui contrôlait alors un tiers de l’économie belge, ainsi que par les grandes entreprises (Union minière filiale de la Société Générale, Brufina le bras financier de la Banque de Bruxelles devenu ING…)[14], par la Sûreté de l’Etat et par la justice : "il existait une collusion entre le réseau d’André Moyen et la police judiciaire de Liège, Bruxelles et Anvers qui a empêché le juge d’instruction de Liège d’aboutir dans son enquête", explique l’un des historiens qui ont mené les recherches.

Tout cela a permis de clore l’enquête sur la mort de Julien Lahaut par un non-lieu en 1972. C’est après cela qu’André Moyen a commencé à parler de quelques détails relatifs à cette affaire. Mais il est resté protégé car sinon c’est tout le réseau stay-behind qui risquait d’être mis à jour.

La Brufina a également rémunéré Moyen –et ses hommes – pour surveiller des employés. Ca faisait quelques rentrées d’argent dont Moyen pouvait disposer sans contrôle. Mais pour les US, ses infos étaient souvent exagérées voire sensationnalistes, comme quand il a affirmé que l’URSS avait fait des largages d’armes en Belgique à l’été 1948 alors que c’était complètement faux.

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Après 1950, André Moyen a continué ses basses œuvres, grâce aux contrats avec les grandes entreprises, notamment via l’entreprise de sécurité privée G4S[15], toujours active. En contact avec les US depuis la fin de la guerre, il a rencontré Irving Brown via son agent traitant le colonel René Solborg, lui-même très proche des milieux d’extrême droite français et leader d’un groupuscule appelé la "Fraternité mondiale" créée en 1950 à Paris depuis le siège de l’UNESCO [16].

En parallèle, il était aussi en contact avec les responsables français, suisses et italiens du stay-behind. Dès 1949, le ministre de l’Intérieur le baron Albert De Vleeschauwer l’a mis en contact avec Jules Moch, ministre français de l’Intérieur, et Mario Scelba le ministre de l’Intérieur italien[17]. Il était aussi en lien avec les militaires, de l’Allemagne à l’Espagne en plus de la CIA, selon plusieurs observateurs.

On l’a aussi retrouvé dans l’officine anticommuniste "Paix et Liberté", qui avait des succursales dans plusieurs pays d’Europe, dont la France et l’Italie.

Un des collègues de Moyen, Emile Delcourt, autre fervent anticommuniste et ex-résistant, a lui aussi créé son propre réseau privé, dont l’objectif était "l’élimination des agents communistes de Belgique et la protection de l’industrie belge contre des possibles sabotages ou des grèves d’inspiration communiste", c’est-à-dire en fait l’ensemble des mouvements de contestation[18]. Là encore, les financements provenaient de l’Union Minière du Haut-Katanga (filiale de la Société Générale) et de la Banque de Bruxelles (Brufina). Pas de chance, les soviétiques avaient réussi à infiltrer le réseau de Delcourt.

 

gladio belgique 1

Un paquet de structures officieuses ont été créées pour gérer et organiser le réseau stay-behind belge. En parallèle du système stay-behind officiel, un groupe appelé Catena pour "Comité anti-terroriste nord-africain", visait à empêcher l’indépendance des colonies Africaines de la France et de la Belgique notamment.

On retrouvait dans ce groupe piloté par un ancien colonel de l'armée française, Michel Mercier des types du stay-behind et des renseignements belges occupés à traquer les militants indépendantistes jusqu’en Europe. La Catena était d’ailleurs très similaire à la Main Rouge : mêmes objectifs, mêmes méthodes, mêmes recrues. Des attentats contre des sympathisants de l’indépendance de l’Algérie ont eu lieu en Belgique dans les années 50.

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La Catena était en lien avec des groupes similaires dans toute l’Europe, faisant partie d’une sorte d’Internationale fasciste, et a notamment contribué à exfiltrer des fascistes – terroristes italiens.

Il y avait aussi la succursale belge de "Paix et Liberté" créée en 1951, avec comme d’habitude de l’argent de la Brufina et de la Société Générale, et Marcel De Roover, nommé directeur de la Brufina (filiale de la Banque de Bruxelles) en 1941 et proche des milieux financiers aussi bien que de l’extrême droite belge en était l’un des piliers. Beaucoup de ses membres étaient aussi agents des renseignements et autres barbouzes.

Quant à De Roover, on le retrouve comme intermédiaire dans le financement de plusieurs groupuscules anticommunistes, voire carrément fascistes comme la Légion nationale de l’avocat d’affaires Paul Hoornaert, grand admirateur de Mussolini [19].

 

La stratégie de la tension en Belgique : les années de plomb

A partir de 1970, le stay-behind belge a davantage misé sur le renseignement, et a commencé à recruter des agents dans des structures vitales pour le pays, comme les transports, les télécoms, l’énergie… Il recrutait plutôt des gens dont la présence serait pérenne dans l’entreprise, donc pas des cadres dirigeants mais plutôt des ingénieurs, qui avaient accès à des informations importantes. Ces agents rapportaient au service un tas d’informations stratégiques sur leurs entreprises et leur secteur d’activité [20].

2018-12-02 16_23_52-PREPARATION FOR CLANDESTINE ACTIVITY IN WESTERN EUROPE

L’Ennemi affiché pour les US était donc "le communisme" au sens le plus large. Le rapport de la commission d’enquête belge sur les magouilles US du stay-behind mentionne un document rédigé par le général Westmoreland, chef d’état-major de l’armée US, en mars 1970.

Cette note précisait les intentions des US dans les pays colonisés après-guerre envers les groupes et mouvements qui n’allaient pas dans le sens de leurs intérêts, et préconisait d’avoir des agents dans les services de renseignements des pays hôtes, de mener des actions – y compris violentes - contre les communistes avec ou sans l’accord des autorités locales, ou encore d’infiltrer ces groupes pour les pousser à faire n’importe quoi : "les services de renseignements de l’armée US chercheront à pénétrer le milieu des insurgés au moyen d’agents en mission spéciale avec pour tâche de former des groupes d’action spéciale parmi les éléments les plus radicaux de la rébellion", afin que ces groupes "agissant sous le contrôle du service de renseignements de l’armée US" mènent des "actions violentes et non violentes en fonction de la nature du cas".

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La note Westmoreland préconisait également des interventions directes dans des pays "amis" jugés trop timides dans leurs actions anticommunistes, de manière, comme le résume le sénat belge en 1991, à "convaincre leurs gouvernements et leurs opinions publiques des réalités du danger et de l’impérieuse nécessité d’un sursaut".

Ces opérations selon Westmoreland devaient bien-sûr être dirigées par l’armée US, avec comme hommes de main "les éléments les plus radicaux de la rébellion".

En 1974, la Belgique, bon élève du stay-behind, a donc mis en place le Public Information Office (PIO), là encore avec une branche militaire et une branche civile. Créé en tant que structure publique[21] par le ministre de la Défense Paul Vanden Boyenants[22], il avait pour objectif de mener une propagande anticommuniste et anti anti militaritiste dans les forces armées et à l’extérieur, à travers le recrutement de conférenciers dont certains avaient été formés au Centre psychologique militaire, et qui étaient proches de journalistes pour les intoxiquer quand il le fallait ou propager la bonne parole par leur canal.

Mais la branche militaire du PIO s’est rapidement dotée d’un groupe d’action pour l’activisme politique et le renseignement, de 445 militaires et officiers de réserve : "sabotage organisé de conférences, infiltration et utilisation d’associations et de groupes que l’on estimait a priori favorables aux thèses de l’armée" et anticommunistes tels que "le NEM Club, le CEPIC [Centre des indépendants], mais aussi la Confrérie des Hospitaliers de Notre-Dame d’Aulne, l’Ordre souverain et militaire du Temple de Jérusalem, la milice de Jésus Christ", raconte le rapport du sénat.

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Il s’agit de groupuscules d’extrême droite et atlantistes, plus ou moins politiques, qui recrutaient dans les milieux politiques, et de pseudo groupuscules templiers, très prisés des services US, tous très présents dans la région de Charleroi. Les membres du PIO étaient présents dans ces ordres, de même que des militaires responsables du stay-behind et / ou des renseignements. La même configuration qu’en France en plus concentré.

L’objectif était de faire de l’entrisme et de manipuler ces groupes pour qu’ils aillent dans le sens voulu. En plus de ces activités, le PIO, dont la direction a été confiée au major Jean Bougerol [23], a développé une compétence en matière de propagande et de renseignement, et son influence rayonnait dans les milieux d’extrême-droite. Cependant, les infos sont incomplètes au sujet du PIO car la Sûreté Belge a refusé de donner les noms de ses membres et de préciser certaines actions du PIO.

Bougerol, accusé par certains d'avoir été "le cerveau" des tueries du Brabant, fournissait aussi des articles tout prêts à un quotidien francophone, La Dernière Heure, sous le nom de "Miller", qui était aussi le nom d’un obscur réseau "antisubversion" qu’il avait monté en 1979.

L’une de ces revues était "Inforep", dirigé par l’épouse d’un officier de réserve anticommuniste, qui était une des journalistes de l’agence de presse Chine-Libre, travaillait pour une revue européenne ainsi que pour le quotidien La Dernière Heure à la fin des années 70[24].

Bougerol s’apprêtait même à créer sa propre agence de presse, certainement sur le modèle d’Aginter Press au Portugal, à la fin des années 70. Et il voyageait beaucoup à cette époque : Liban, Taïwan, Irland, Espagne, Italie, Pays-Bas, Allemagne, France…

2021-07-18 14_44_04-Tueries du Brabant_ Jean Bougerol est mort _avec ses secrets_ - DH Les Sports+ -

En avril 1991, la revue Libertés expliquait que "En 1978, une vingtaine de journalistes professionnels, officiers de réserve par ailleurs, ont été affectés au "Public Information Office"". René Haquin qui était l’une des grandes plumes d’un quotidien national francophone dit "de référence", Le Soir, était par exemple lieutenant de réserve. Evidemment, on a beaucoup minimisé cette dépendance de ces "journalistes" vis-à-vis des autorités militaires.

Les activités occultes du PIO étaient d’abord financées par de l’argent public puis par des entreprises comme la SA Promotion et Distributions Générales (PDG) contrôlée par le baron de Bonvoisin (proche de Vanden Boyenants) via un prête-nom, ce qui a donné lieu à quelques scandales politico financiers en parallèle. En 1978, le ministre de la défense, dont on reparlera plus tard, Van den Boyenants, a décidé de couvrir toutes les magouilles du PIO et de financer ses activités avec son ministère[25].

Quant au CEPIC (Centre politique des indépendants et cadres chrétiens), créé et dirigé par Vanden Boeynants jusqu’à sa dissolution en 1982, il constituait un micro parti à la droite du PSC, le parti chrétien. Parmi les membres il y avait Bonvoisin ou Jean-Pierre Grafé, tous deux cités comme pédos dans le dossier Dutroux, ou l’avocat Jean-Paul Dumont lui aussi cité dans le dossier.

En 1978, c’est par exemple un membre du CEPIC et intime de Vanden Boeynants, Joseph Michel, qui a permis à Nihoul de sortir de prison plus rapidement que prévu. Le même Michel a éliminé de l’instruction de l’affaire Dutroux le juge Connerotte, qui commençait à gratter trop près du pouvoir politique, et à encadrer les recherches de son successeur le juge Langlois. On va revenir sur tout cela plus tard.

Van den boeynants 2

Le CEPIC était en lien avec duvers groupuscules d'extrême-droite, et plusieurs de ses membres ont été assassinés lors des massacres du Brabant au début des années 80, comme:

  • les deux gérants d’un sex shop impliqués dans l’organisation de partouzes pédocriminelles,
  • Léon Finné une des victimes de l’attaque d’Overijse,
  • Le patron de l’auberge Aux Trois Canards où le gratin local allait se restaurer, notamment des proches de Vanden Boeynants impliqués dans le réseau. Jacques Van Camp, le propriétaire des Trois Canards lieu de l’attaque du 2 octobre 1982, a eu une altercation avec deux des tueurs sur le parking après la fermeture, juste avant le braquage de l’établissement. Il a finalement pris une balle dans la tête lors de la fuite des types.

Le sabotage était un autre grand domaine d’action du stay-behind, apparemment à comprendre au sens large. Comme dans les autres pays concernés, des caches d’armes ont été installées un peu partout dans le pays, de l’équipement a été fourni par les US et les anglais, et des exercices militaires ont été menés conjointement sur le sol belge et aussi à l’international, dans la clandestinité. Parmi ces exercices, il y avait des exfiltrations d’un pays à l’autre en toute discrétion.

2021-07-18 15_02_20-Réseau _Gladio__ le _patron_ des espions s'exprime pour la 1ère fois depuis 1991

En 1984, un de ces exercices appelés "Oesling 84"  avait un volet consistant à parachuter en Belgique un escadron des Forces Spéciales US en Belgique, dont l’objectif était d’attaquer la caserne militaire Sergent Ratz à Vielsalm et d’y voler des armes avec des paracommandos belges. Les US ont tiré sur les militaires : "Barbelés cisaillés, milicien ligoté, barreaux de l'armurerie sciés, double vitrage découpé au diamant, dépôt dévalisé: 20 fusils automatiques légers (Fal), des mitraillettes Vigneron et trois vieux Lee Ensfield. L'adjudant de garde, M. Freches, dégaîna (son arme n'était pas chargée) et fut abattu d'une rafale (quatre balles dans le corps). Il survécut", racontait Le Soir en 1990. En fait, ce militaire a été abattu par une première rafale, puis un type est venu l’achever de trois balles supplémentaires et il n’a survécu que par miracle.

L’objectif était de faire flipper la police et de l’amener à réagir, tout en faisant croire à la population que la menace "Rouge" était réelle : des armes volées lors de cette opération ont été ensuite planquées dans un squat de Bruxelles utilisé par un groupe communiste/ révolutionnaire (les CCC les Cellules Communistes Combattantes). Les autorités ont évidemment nié toute implication d’un groupe armé officiel dans cette affaire, pointant du doigt des éterroristesé.

CCC tract avertissement attentat

Puis, on a appris que lesdites CCC, auxquels on a imputé par moins de 27 attentats en 1984 et 1985 contre divers "symboles" du capitalisme, étaient en réalité une création de l’extrême droite.

Mais ces attentats bidons ont quand-même servi de prétexte à un vaste coup de filet contre les militants de gauche, discréditant les communistes en Belgique : "La Sûreté de l’État et très certainement la gendarmerie profitèrent des événements pour investir 120 immeubles de mouvements pacifistes, gauchistes et tiers-mondistes, pour saisir un grand nombre de publications et des listes d’adresses et de numéros de téléphone, et pour interroger des leaders de la gauche au cours d’une opération appelée ‘opération mammouth’. Était-ce là la raison du délai mis pour arrêter les auteurs ? Parallèlement, les services de renseignement intensifièrent les contacts avec leurs homologues étrangers", écrit Lode Van Outreve dans son article sur "Les services de renseignements et de sécurité".

années de plomb belgique

Cela, "jusqu’à ce que des journalistes découvrent que le réseau terroriste bâti par Pierre Carette au début des années 1980 était en fait composé d’agents proches de l’extrême droite. Le bras droit de Carette, Marc de Laever, rejoignit d’ailleurs par la suite un mouvement néo-nazi allemand", écrit Daniele Ganser.

Selon les déclarations en octobre 1985 d’un membre belge du commando nommé Lucien Dislaire seul inculpé dans l’affaire avant d’obtenir un non-lieu, l’opération était pilotée par un état-major en Grande-Bretagne et relayé par un QG au Luxembourg et deux cellules de contact en Belgique[26].

L’opération Oesling 84 était donc importante, et depuis le début du mois d’octobre 1984 plusieurs attaques du même genre ont été recensées, notamment :

  • Attaque à la grenade de la gendarmerie de Neufchâteau en pleine nuit, sans que les gendarmes ne soient prévenus,
  • Attaque contre la gendarmerie de Longlier,
  • Attaque contre un dépôt de carburants à Bastogne,
  • Sabotage du relais RTBF (radio été télé publique belge), dans la forêt d’Anlier.

affiche anti CEPIC

Mais après le scandale de la caserne de Vielsalm, l’exercice a tourné court et les US auraient été renvoyés. outre-Atlantique.

Un autre attentat qui a eu lieu en juillet 1981 dans un journal de gauche, Pour, très critique envers l’extrême-droite et les services de renseignement. Lode Van Outrive écrit que le journal "avait été infiltré par des agents de la Sûreté de l’État, soupçonnés d’avoir collaboré avec des personnes d’extrême droite pour allumer l’incendie"

De leur côté, les CCC ont été accusées d’avoir commis 21 attentats en 1984 et 1985, au cours d’un procès qui pour le coup a eu lieu rapidement, dès 1988. Notamment avec des explosifs militaires et des armes volées par l’armée dans des casernes militaires, donc. Ces attaques visaient en général des symboles capitalistes comme le siège de la Fédération des Entreprises de Belgique attaqué le 1er mai 1985, des sites militaires, des institutions. Quatre militants ont été condamnés à la perpétuité, deux ont été libérés en 2000 les autres en 2004.

En juin 1990 encore, une armurerie militaire était attaquée à Marche-en-Famenne par 4 ou 5 types armés qui ont embarqué 13 flingues, 3 mitrailleuses et un millier de munitions.

A cette époque, la Belgique était sous tension maximale, avec la vague d’attaques meurtrières contre des supermarchés, une bijouterie, une armurerie, un resto notamment, appelée "les tueries du Brabant", sur laquelle on va revenir.

Assasinat ANdré Cools

Et puis en juillet 1991 il y a eu l’assassinat du leader du parti socialiste dans les années 80 André Cools. Deux Tunisiens qui travaillaient pour la mafia sicilienne ont d’abord été condamnés en 1998, puis l’ancien chauffeur et l’ancien secrétaire particulier de Cools ont été condamnés à 20 ans en 2004 pour avoir commandité le crime.

Le chauffeur a avoué avoir recruté les deux Tunisiens à la demande d’un mafieux de Liège, Cosimo Solazzo, abattu entre-temps en Sicile, et par l’intermédiaire d’un mafieux sicilien. Un ponte socialiste proche de Cools, André Van der Biest, a aussi été écroué pour avoir commandité l’assassinat, mais il s’est suicidé en 2002 en clamant son innocence.

Lors de l’enquête sur le meurtre, il est apparu que Cools avait touché 10 millions de dollars de commissions dans le cadre de la vente de 24 hélicoptères Agusta à l’armée belge. Mais il s’agissait de faux billets et Cools menaçait de parler de l’affaire publiquement. Cependant il n’était pas le seul à avoir touché de l’argent : plusieurs politiciens de premier plan du parti socialiste belge ont eu des condamnations mineures en 1998 dans le cadre de ce dossier.

Et il n’a certainement pas touché de l’argent qu’en provenance de l’affaire Agusta puisqu’à sa mort cet homme issu des milieux ouvriers était en possession de l’équivalent de 60 millions de dollars de l’époque.

 A cette époque, la Belgique vendait des armes à n’importe quel pays, y compris ceux qui étaient sous embargo comme l’Iran.

 

L’extrême-droite belge, câlinée par l’OTAN

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En Belgique non plus, l’épuration d'après-guerre n’a pas été menée avec grand acharnement. Beaucoup de nazis et collabos ont pu fuir, d’autres, plus nombreux, se sont acheté des certificats de virginité ou plutôt de "résistance".

Parmi les nazis belges les plus connus, Léon Degrelle, ancien SS, a pu fuir son pays sans trop difficulté en 1944 pour se réfugier en Espagne alors sous régime franquiste. Lui qui avait déjà été pressenti dans les années 30 pour devenir 1er ministre de la Belgique à l’occasion d’un virage fasciste, a proposé aux US son aide pour former les troupes anticommunistes et donner ses infos sur les communistes, et a effectivement collaboré avec les services US lorsqu’il était en Espagne où il vivait sous le nom de Juan Sanchez et écrivait des livres sur la guerre sous divers pseudonymes. Il y était protégé des tentatives de le faire extrader ou même de le kidnapper pour le faire comparaître devant un tribunal.

En Espagne, Degrelle a fréquenté l’ancien SS Otto Skorzeny, passé du côté de la CIA et du Mossad, qui fut même témoin au mariage de la fille cadette de Degrelle au début des années 70 et rédigé la préface de son bouquin « Mémoires d’un fasciste ». Il y était bien protégé : en 1961 un groupe a tenté d’enlever Degrelle pour le ramener en Belgique afin qu’il soit jugé, mais il a été intercepté par la police franquiste. On le soupçonne d’avoir travaillé pour le stay-behind américain en montant son propre groupe paramilitaire.

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En parallèle du développement du réseau Gladio en Belgique, une ribambelle de groupes politiques d’extrême droite, mais pro européens et pro américains, ont été créés.

Dès 1949, un Front National Belge de l’Indépendance (FNBI) est créé par un anticommuniste pour contrer le poids des communistes dans les anciens combattants au moment de la crise de la "Question royale". Emile Delcourt, le fondateur de cette "association de résistants", était aussi membre de "Paix et Liberté", et a balancé André Moyen comme l’un des assassins du leader communiste Julien Lahaut avec deux autres membres de "Paix et Liberté", quand en 1958 il a été poursuivi pour avoir détourné de l’argent du Fonds du Cardinal Mercier (ce qui n’a pas empêché, comme on l’a vu, un non-lieu rendu en 1972). Son FNBI a réussi en très peu de temps à parler au nom de la totalité des anciens résistants, malgré de nombreux clivages et divergences avec les groupes de gauches ou plus modérés.

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A côté de son groupuscule, Delcourt avait aussi créé son petit réseau de renseignement –anticommuniste évidemment- dont l’objectif était "l'élimination des agents communistes de Belgique et la protection de l'industrie belge contre des possibles sabotages ou des grèves d'inspiration communiste"[27], là encore avec des financement de la Société Générale via sa filiale l’Union minière du Haut Katanga (dont la banque Lazard était un des principaux actionnaires et qui était pendant longtemps le premier producteur mondial de zinc, cuivre, cobalt, uranium notamment) et la Brufina, via Marcel De Roover, membre de "Paix et Liberté" et représentant belge au meeting de la World Anti Communist League à partir de 1966.

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En 1961, De Roover a créé une antenne belge du Centre Européen de Documentation et d'Information (CEDI), avec de l’argent en provenance de l’Espagne franquiste. Le premier président du CEDI n’était autre qu’Otto von Habsbourg, héritier de la famille royale d’Autriche et lobbyiste de l’Europe dès les années 20.

Créé en 1952 par des allemands catholiques d’ultra droite et des franquistes espagnols, le CEDI était surnommé "l’Internationale des Conservateurs", et l’un de ses piliers, Richard Jaeger qui fut vice-président du Bundestag a déclaré en 1973 : "Notre but est l’unification de toute l’Europe, libérée du communisme".

Le CEDI, qui avait des sympathisants en Belgique, au Portugal, au Royaume-Uni, en Finlande, en France[28], était évidemment en lien avec d’autres structures d’extrême-droite pro-européennes comme Le Cercle dont on va reparler, ou le Comité international de défense de la civilisation chrétienne (CIDCC), qui sont des sortes de forums transnationaux plutôt élitistes et discrets d’échanges, de rencontres et de diffusion de mots d’ordre.

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De Roover était évidemment très proche des renseignements militaires belges et il a contribué au financement de réseaux anticommunistes privés tels que Milpol d’André Moyen.Delcourt a aussi créé au Luxembourg l’AECD, qui récupérait de l’argent en provenance des Etats-Unis.

On citera par exemple le Cercle des Nations, créé en 1969, au comité d’honneur duquel on trouve d’éminents politiciens et aristos comme le prince Albert de Croy, Charles de Pauw, Paul Vanden Boeynants ou le prince Antoine de Ligne. Il y avait aussi le CEPIC, qui était l’aile droite du parti chrétien, le PSC, dirigée par Vanden Boeynants.

Moins orthodoxes encore, les groupes d’extrême droite fleurissaient aussi, par exemple :

  • Westland New Post (WNP), créé en 1979 et piloté par un nazi et réserviste de l’armée belge d’une trentaine d’années, Paul Latinus, réfugié un temps en Espagne franquiste. Latinus y avait fait entrer un ex SS vaguement condamné à la Libération, Karl de Lombaerde, qui disait travailler pour la DIA (Defense Intelligence Agency) et était en charge de la formation idéologique et pratique des jeunes adeptes, assurant la continuité du délire nazi aux délires néo nazi et néo fasciste. De Lombaerde, ex membre de la SS devenu major dans la Luftwaffe, était un fan de rites initiatiques et des délires templiers version allemande, les chevaliers teutoniques. Parmi les dirigeants du WNP il y avait aussi le militaire souvent évoqué dans l’affaire des tueries du Brabant comme l’un des terroristes, Michel Libert, selon lequel Vanden Boeynants était "un dirigeant" de WNP.

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Au lieu de coller des affiches, les recrues apprenaient la filature, la collecte d’informations, les "ratonnades", avaient un entraînement professionnel grâce à des gradés de la police et des militaires présents dans le WNP, et ils avaient même des cartes de crédit au nom de la structure.

L’argent ne manquait pas, a expliqué Latinus, parce qu’il travaillait pour les services de renseignements US qui lui auraient demandé de créer et développer un mouvement d’extrême-droite devant se faire une réputation par la violence et le terrorisme, cela dans un but soi-disant anticommuniste[29]. Mais l’argent du WNP venait aussi de beaucoup plus près.

Par exemple d’une sorte d’agence surnommée Burafex pour "Bureau des affaires extérieures" qui était un groupe de patrons de grosses entreprises et d’aristocrates belges principalement, finançant des actions et structures qui allaient dans leur sens. De l’argent venait aussi de la DINA (la police politique de Pinochet).

  • Le centre d’études et de recherches "socio-biologiques et raciales", créé en 1984 par Michel Libert ainsi que des membres du groupe e groupe Défense de l’Europe, de ses libertés, de son travail et de son autonomie-Delta
  • Le mouvement social nationaliste créé en 1982.
  • L’équipe autour de Nouvelle Europe Magazine avec ses "NEM Clubs" soutenus par l’OTAN, qui organisaient des conférences anticommunistes destinées à effrayer le chaland, et dont l'un des adminsitrateurs était le baron de Bonvoisin,
  • La bande d’Ordre Nouveau Belgique, créé en 1971,
  • Jeune Europe de Jean Thiriart un proche de Luc Jouret gourou du Temple Solaire (dont on va reparler). Jeune Europe était construit comme un mouvement militaire avec des cellules de 6 membres rattarchées à des zones et des régions. Le groupe pouvait intervenir à l'étranger et avait apparemment des ramifications en France.
  • Le Parti Européen créé en 1972,
  • Le mouvement rexiste (nazi),
  • Le Zwarte Orde-Ordre Noir : également appelé ZOON, qui regroupait des nazis souvent membres du WNP comme De Lombaerde. Le groupe commettait des attentats contre les immigrés et menaçait ceux qui les défendaient.
  • Les compagnons du Christ Graal créés par Michel Libert.
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    Le Front de la Jeunesse créé en 1973 qui a incendié les locaux d’un journal de gauche, Pour,
  • Le Parti des Forces Nouvelles
  • L’association Yggdrasil, en réalité un groupe nazi aux relents ésotériques pseudo druidiques, proche du WNP. Le groupe d’environ 700 membres, actif dans les années 80, a été fréquenté par Paul Latinus. Des réunions avaient lieu dans des bois, des voyages étaient organisés à Stonehhenge, et l’organisation était "en lien avec d’autres sociétés ésotériques, Thule en Suisse, Orion en Irlande, Irmin en France, Artgemeinschaft en Allemagne" selon des documents de l’époque consultés par la presse belge.
  • Le groupe Etudes, Recherches et Orientations européennes et ses grosses réunion de la "Nouvelle Droite" que fréquentaient Karl de Lombaerde, Michel Libert et Paul Latinus.
  • Le Cercle des Nations où se croisaient cathos extrémistes, fascistes, financiers et aristos de de droite extrême. Ledit cercle a par exemple soutenu les colonels grecs, mis en place par l’OTAN via un coup d’Etat qui a duré jusqu’en 1986. Parmi ses membres il y avait le vendeur d’armes Roger Boas, le duo Bonvoisin- Van den Boeynants ou Philippe Cryns, entrepreneur et organisateur de partouzes auxquelles des adolescents étaient conviés.
  • Le CEPIC (Centre politique des indépendants et cadres chrétiens) a été créé en 1972 par Vanden Boeynants, comme un mouvement à droite du parti chrétien. Son trésorier était le baron de Bonvoisin qui dirigeait l’organe médiatique du mouvement, "Nouvelle Europe Magazine" (NEM, avec ses clubs de ‘lecteurs’), et finançait de nombreuses activités liées à l’extrême droite, comme le Front de la Jeunesse. Il était aussi membre de l’Opus Dei, et en lien avec Jean Violet, cet avocat d’extrême droite membre du Cercle Pinay, où Bonvoisin a fait une visite au moins une fois en 1982", selon une note de la Sûreté de l’Etat publiée par le journal flamand De Morgen le 19 mai 1981. Bonvoisin a joué un rôle important dans l’installation de missiles nucléaires US sur des bases militaires US en Belgique, pays soi-disant "neutre", dans les années 60. Officiellement, ils étaient installés pour faire face à une attaque de missiles soviétiques, alors qu’il s’agissait aussi de missiles d’attaque. Bonvoisin avait aussi de très bons contacts avec le patron des services de renseignements français, Alexandre De Marenches.

C’est surtout dans les années 60 que les mouvements d’extrême droite belges se sont développés, revendiquant tous un "Etat fort" proche de la dictature et foncièrement anti communistes.

En 1960, quand a lieu la décolonisation du Congo, devenu le Zaïre, des groupes anti décolonisation ont été créés comme le Comité d’Action et de Défense des Belges d’Afrique devenu le Mouvement d’Action Civique. Le Comité avait pour base un café d’Etterbeek, une commune bruxelloise qui a aussi été un haut lieu des activités pédocriminelles de la bande Nihoul et consorts, et où les anciens coloniaux se retrouvaient pour partager leur aigreur et militer. 

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Officiellement, ce groupe était contre l’ONU et l’OTAN, mais il militait ardemment pour l’intégration européenne. Assez vite, il a été question de recruter de nouveaux adeptes et d’entraîner les militants au combat. Le Mouvement d’Action Civique s’est ensuite dissous dans Jeune Europe, créé en 1962 par Jean Thiriart dans la veine brun rouge, c’est-à-dire le fascisme teinté de communisme pour l’aspect dirigiste du communisme. Thiriart a commencé en politique dans le socialisme puis a milité des sa création en 1939 dans l'association Les Amis du Grand Reich Allemand[30]

Cofondateur du  Comité d’Action et de Défense des Belges d’Afrique où il a rencontré Luc Jouret qui deviendra l'und es gourous du Temple Solaire et a rejoint le micro parti "nazi maoïste" de Thiriairt. Tout comme Léon Degrelle, Thiriat était aussi un proche d'Otto Skorzeny. Malgré tout cela, il se revendiquait ni de droite, ni de gauche. A la fin de la guerre, en 47, il a pris 3 ans de prison pour "avoir servi la politique et le desseins de l'ennemi, pour dénonciation, détention et port d'arme à feu". Pas cher payé.

En 1960 il a rejoint le Comité d’Action et de Défense des Belges d’Afrique devenu le Mouvement d’Action Civique (MAC) et s’est rapproché de l’OAS qui militait pour l’Algérie française. Jeune Europe était un mouvement pro-Européen qui croyait à une race européenne et visait à constituer un vaste mouvement européen. Il avait des filiales dans plusieurs pays : Autriche, Allemagne, Espagne, Angleterre, Italie, Pays-Bas, Portugal, Suisse. Jeune Europe s’affichait comme anti US et s’est rapproché de mouvements indépendantistes arabes. 

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Le Front de la jeunesse était un peu comme Occident chez nous : il regroupait des jeunes types de bonne famille et néonazis, souvent déjà engagés dans d’autres mouvements de fachos comme les NEM clubs.

Ce "Front" a été a été créé dans la partie francophone de la Belgique, avec le soutien actif de Nouvelle Europe Magazine qui cherchait à créer un grand parti facho sous l’égide du CEPIC de Vanden Boeynants, lié au parti chrétien. Il était dirigé par un collabo et membre de l’institut politique de la SS, Emile Lecerf, qui a rejoint Jeune Europe de Jean Thiriart.

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Outre des attentats et actions violentes contre des communistes, le Front de la jeunesse a traqué des opposants à Mobutu, dictateur zaïrois protégé par la Belgique. Après la condamnation de plusieurs membres suite à des attentats et au meurtre d’un maghrébin, le groupe a été dissous en 1981. Un leader historique du parti flamand d’extrême droite Vlaams Belang, Philip Dewinter, était issu de la branche flamande du Front de la Jeunesse. Des cadres du Front National belge venaient aussi du Front de la Jeunesse, comme Patrick Cocriamont et son bras droit Daniel Leskens.

Vanden Boyenants, ministre des Affaires étrangères, était impliqué dans le développement de Westland New Post et dans sa protection, surtout quand les enquêtes sur les tueries du Brabant ont commencé à porter sur le rôle de cette organisation.

Pilier parti chrétien, Vanden Boyenants était aussi administrateur de différentes sociétés, comme la multinationale Philips. Il grenouillait beaucoup dans les milieux affairistes, et fréquentait le gratin du business belge. Parmi ses grands amis, il y avait les héritiers Solvay, le promoteur immobilier Charly De Pauw qui a construit plusieurs tours dans le quartier d’affaires de Bruxelles, un désastre urbanistique absolu, Aldo Vastapane, Willy De Clercq… Il avait aussi su s’attacher la bienveillance de nombreux organes de presse, aussi bien nationaux que confidentiels.

En 1983, la police a mené une perquisition chez Libert et un de ses congénères, et a trouvé une quantité d’armes, des laissez-passer pour le QG de l’armée à Evere et des documents secrets de l’OTAN, dont on dira plus tard qu’ils ont été volés pour démontrer des failles de sécurité de l’OTAN, théorie un peu tirée par les cheveux.

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Le commissaire de la Sûreté belge Christian Smets aurait même formé les cadres de WNP et possédait une carte d’affilié. Il dira qu’en fait, il avait infiltré le groupe et dans ce cadre avait du effectuer des "missions de reconnaissance", mais pas plus. WNP aurait cessé d’agir après le "suicide" de Latinus le 24 avril 1984, et Libert aurait alors rejoint un autre groupe d’extrême-droite, Les Compagnons du Christ Graal[31].

Même scénario en 1984 : des obus d’avions ont été volés sur la base militaire de Florennes, par un type infiltré chez des militants pacifistes hollandais, et retrouvés grâce aux indications d’un des membres de l’association. Le reste a trouvé par des militants pacifistes hollandais sur un camp proche de la base de Woensdrecht au Pays-Bas et à 2 km de la frontière belge[32].

Le militant infiltré, Wood, opérait à la demande des services de renseignement hollandais le BVD. Il a aussi "expliqué qu’il est entré en contact sur l’ordre du colonel américain Stevenson en poste à Francfort, avec un certain Blackburn de l’ambassade américaine à La Haye, lequel est, à son tour, entré en contact avec le BVD", relate le sénat belge dans son rapport sur le Gladio, "Wood a précisé, en outre, que sa mission ne consistait pas seulement à identifier les militants pacifistes et à découvrir quelles actions ils projetaient, mais aussi à déterminer par tous les moyens qui, parmi eux, était disposé à mener des actions violences, ce qui l’obligeait à encourager de telles actions".

 

Les Tueries du Brabant, un mystère de près de 40 ans ?

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Les tueries du Brabant, qui restent l’événement majeur des "Années de plomb" en Belgique, sont quant à elles restées totalement impunies. Un jeu de Cluedo trgique qui dure depuis près de 40 ans, sans que la justice n’ait abouti à une vérité judiciaire.

Il faut dire que beaucoup d’ "erreurs" du type destruction de pièces à convictions, sauciçonnage du dossier jusqu’en 1987, oublis d’actes de procédures, expertises à l’emporte-pièce ou fuites organisées ont émaillé cette affaire.

Il s’agit de 17 attentats commis en deux vagues entre 1982 et 1985, dans des armureries, des épiceries, une bijouterie, deux restaurants et dans une dizaine de supermarchés, entraînant 28 morts presque tous des civils. A chaque fois, le butin des tireurs encagoulés et très professionnels dans les massacres était dérisoire, parfois il ne s’agissait même que de denrées alimentaires. Les pouvoirs publics, quant à eux, promettaient davantage de sécurité.

Ces attaques menées en deux grosses vagues ont eu lieu dans la région de Bruxelles (le Brabant), ainsi qu’à Maubeuge pour la 1ère et en Flandre pour la dernière attaque en novembre 1985. Toutes sont restées impunies, les enquêtes ont été sabotées, et on c’est seulement depuis quelques années que l’on commence à avoir officiellement des morceaux de vérité mélangés à beaucoup de dénégations et de contre-feux.

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Par exemple, en mars 2018, un témoin a expliqué qu’une famille a été prévenue de ne pas se rendre au supermarché d’Alost le 9 novembre 1985, le jour où était organisé l’attentat. Celui qui a prévenu cette famille n’était autre qu’un responsable de la sûreté de l’Etat. Début 2019, deux anciens flics ou gendarmes qui avaient travaillé sur l’affaire ont été arrêtés et perquisitionnés dans le cadre de nouvelles recherches.

Lors du premier attentat de la seconde vague, le 27 septembre 1985 au supermarché Delhaize de Braine-l’Alleud, l’une de les victimes, un adolescent qui a pris une rafale de balles sur le parking a été marqué par le regard d’un des tueurs, qu’il dit avoir reconnu chez l’un des policiers lors d’une audition au sujet de l’attaque[33].

Quelques minutes après cette attaque qui a fait trois morts, l’équipe s’est dirigée vers un autre centre commercial Delhaize à Overijse où ils ont canardé dans la rue à coups de fusils à pompe, tuant trois civils, puis deux autres dans le magasin. Montant total des deux butins : 25.000€.

2021-07-18 14_36_10-Tueries du Brabant_ la stratégie de la tension en Belgique _ - Opera

"Le scénario est toujours à peu près le même. Un groupe de cinq à huit hommes, calmes, organisés, puissamment armés (pistolet-mitrailleur et fusil à pompe), et « muets », tue sans raison apparente les gens qui croisent leur passage. Les hommes tirent en "marche d’assaut", c’est-à-dire en avançant sur l’adversaire, une technique enseignée dans les unités d’élite et lors de certains stages de gardes du corps. Chacun semble avoir un rôle précis, celui de tuer, n’hésitant pas à abattre les clients à couvert derrière les rayons ou réfugiés derrière leur véhicule sur le parking. Il arrive aux braqueurs d’enchaîner deux attaques en trente minutes à 20 km de distance", explique Gérard Desmaretz dans son livre "Stay-Behind. Les réseaux secrets de la Guerre-froide".

Dès septembre 1985, des familles de victimes ont dénoncé la chape de plomb qui régnait sur l’enquête, et soupçonnaient des entraves à l’enquête. En revanche, des pièces à conviction ont été régulièrement disséminées dans le pays, pour être retrouvées plus ou moins rapidement. Une cellule d’enquête a été créée, la cellule Delta, dont plusieurs éléments ont eu des relations et comportements douteux au cours de l’enquête. Un de ses anciens enquêteurs, Roger Romelart, retraité de 78 ans, s’est suicidé en 2019 après que les manipulations de l’enquête aient été diffusées publiquement.

Mais les autorités ont continué à saboter l’enquête pour éloigner les soupçons de l’Etat. Même un magistrat chargé de l’enquête a dénoncé ce sabotage. Il a écrit aux chefs de partis politiques pour dire qu’on l’a empêché de mener des actes d’instruction qui auraient pu faire le lien entre les attentats et des membres d’extrême droite de la police, notamment Mahdani Bouhouche, dont on va reparler.

2021-07-08 20_50_42-_Devoir d’enquête_ fait le point sur les tueries du Brabant - La Libre - Opera

De fait, un certain nombre de flics et gendarmes, tous liés à l’extrême-droite, sont cités comme gravitant dans les milieux suspectés d’être derrière l’affaire des tueries du Brabant.

Le quotidien La Libre Belgique rappelait le 26 octobre 2017 : "Une participation de gendarmes dans les "Tueries" est une hypothèse examinée de longue date. Fin 1983 déjà, après la première vague des tueries du Brabant, c’est-à-dire bien avant les attaques les plus meurtrières de 1985, l’ex-gendarme Martial Lekeu s’était rendu à la police judiciaire. Il avait raconté que des gendarmes et des militaires étaient impliqués dans les attaques. Deux semaines plus tard, après avoir reçu des menaces de mort, il fuyait aux Etats-Unis." 

Lekeu avait aussi évoqué le "groupe G", composé de gendarmes néo-nazis membres comme lui du Front de la Jeunesse. Le journaliste ajoute que "C’est aussi à ce moment qu’étaient apparus les noms des ex-gendarmes Madani Bouhouche et Robert Beijer".

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Il y a aussi un français, qui dit avoir appartenu au SAC[34] et qui a avoué plus d’une trentaine de fois entre 1983 et 1986 avoir été l’un des membres de l’équipe qui a attaqué le Colruyt de Nivelles le 17 septembre 1983, le dénommé Adriano Vittorio. Des aveux extorqués a-t-il dit. Pourtant, il a été bien protégé par les autorités françaises qui lui ont évité d’être questionné de manière trop serrée par les enquêteurs belges, et il était connu dans la région de Mons pour avoir commis quelques braquages.

Un autre français proche du SAC et des renseignements français a aussi tourné dans l’entourage proche de protagonistes soupçonnés d’être impliqués dans les tueries, mais n’a jamais été inquiété par la justice.

Le SAC était aussi actif en Belgique, surtout après la dissolution de l’organisation en 1981. Le plat pays "servait de plaque tournante pour exporter de l’héroïne vers la Suède et la Suisse via un homme de confiance, le trafiquant de stupéfiants André Condemine[35] qui utilisait comme paravent une société médicale. Après la tuerie d’Auriol en 1982 qui amena la dissolution du SAC, plusieurs des responsables du mouvement viendront se réfugier en Belgique" comme le rappellent les auteurs du livre "Les tueurs fous du Brabant".

Il a été question d’une "filière boraine" autour de la bande de Vittorio, piste suivie par la justice belge mais peu solide bien que des connexions entre cette bande et les tueries existent. Un procès a eu lieu en 1988 mais les condamnations correspondaient à des faits différents des 17 attaques du Brabant. Par contre, la piste de l’extrême droite a été clairement négligée, de même que celle de l’Opus Dei[36], très puissant en Belgique et dans les milieux de la droite catholique.

L’enquête parlementaire sur le Gladio n’a évidemment pas permis de découvrir la vérité sur les tueries du Brabant. Bien que de nombreux regards, après la révélation du Gladio en 1990, se soient tournés vers les milices stay-behind, les chefs du renseignement belge ont toujours refusé de collaborer et n’ont jamais donné les noms des agents impliqués. Le gouvernement a officiellement mis fin au stay-behind local fin 1990.

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Des liens clairs ont cependant pu être établis entre l’organisation Westland New Post (WNP) créée en 1979, et les tueries du Brabant. WNP était essentiellement composée de gendarmes, et était dirigée par Paul Latinus. Latinus travaillait également, et était rémunéré depuis 1967 par la Defense Intelligence Agency US, la DIA, les services secrets du Pentagone, et a ensuite été formé par l’OTAN[37] dont il a obtenu un agrément de sécurité.

Devant un juge d’instruction, Latinus a déclaré avoir été recruté à 17 ans "par une organisation étrangère dans le but est de lutter par tous les moyens contre le communisme soviétique", avoir été "initié en 1973 au de contre-espionnage et aux techniques de renseignement par un officier de l’OTAN à Tongres", une base militaire, alors qu’il faisait son service militaire, et puis avoir été missionné en 1977 par ce service étranger pour s’introduire "dans la sphère du Front de la jeunesse" : "Ma nouvelle mission en 1980 fut alors de créer en Belgique un groupe revanchard nazi calqué sur la Waffen-SS "[38].

Il a aussi été officier de réserve de l’armée de l’air, informateur de la Sûreté de l’Etat à partir de 1978, a fréquenté un groupe de paras anti-communistes[39] proche du PSC, et mené une carrière "politique", comme conseiller au ministère de l’Emploi et du Travail, ou encore au cabinet d’une secrétaire d’Etat du parti chrétien[40].

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Latinus a aussi collaboré avec le PIO, le "Public Information Office" [41], une cellule de guerre psychologique de l’armée qui était proche de partis politiques (le parti libéral et le parti chrétien), et se vantait d’avoir milité à la "World Union of National Socialists" (l’Union mondiale des nazis, créée en 1962) ainsi qu’au Front de la Jeunesse où il serait donc entré sur demande en 1978.

Au début des années 80, Latinus a déclaré que son organisation WNP "travaillait pour une puissance étrangère alliée et contre l’infiltration soviétique en Belgique" [42].

En avril 1984, l’année où la première vague des tueries du Brabant a pris fin, Paul Latinus a été retrouvé suicidé[43]. Latinus avait déclaré avoir en sa possession un sulfureux dossier de pédocriminalité dans les hautes sphères du pouvoir belge, le dossier Pinon, qui a été étouffé comme il se doit. Par ailleurs, il était ami avec Georges Marnette, un flic qui a dirigé… le Groupe de Répression du Banditisme (GRB), et était aux premières loges dans l’enquête –également sabotée- sur le réseau pédophile belge, réseau qui a bien failli être mis au jour suite à l’affaire Dutroux.

Marnette a très vite voulu rejoindre l’enquête sur l’affaire Dutroux, bien qu’il ait été un assidu du club à partouzes où trainait le complice de Dutroux, Michel Nihoul, qui s’appelait Les Atrébates.

2021-07-18 21_08_18-Tueries du Brabant_ _Une piste intéressante qui doit être creusée_ selon le proc

C’est peu de temps après avoir prévenu son ami Marnette qu’il avait des révélations à lui faire sur les auteurs des tueries du brabant que Latinus a été retrouvé suicidé avec un câble de téléphone ne pouvant en principe supporter que 42 kilos. Quand il est mort, la justice a cessé de travailler sur la piste Westland New Post bien qu’il ait été établi que les membres du groupe d’extrême droite créé par Latinus ont accompli des missions de surveillance de supermarchés, notant des éléments tels que les horaires, la distance du poste de police[44].

D’autres liens ont été mis en évidence entre les tueries du Brabant et le groupe d’extrême droite le Front de la Jeunesse, qui aurait créé un groupe secret de gendarmes d’extrême-droite appelé le groupe G., soupçonné d’être impliqué dans les tueries du Brabant.

Selon le policier Martial Lekeu, ce groupe aurait été créé au milieu des années 70 par le Front de la Jeunesse pour "lutter contre le péril rouge" et les "hordes venues de l’est", ou encore défendre la "tradition" et des "valeurs".

2021-07-18 21_28_09-Tueries du Brabant _ La gendarmerie dans la ligne de mire - Opera

Lekeu, lui-même d’extrême droite, aurait trouvé chez le Front de la jeunesse des plans d’attaques armées de supermarchés, ce qui a abouti à l’éjection de certains membres du groupe G. de la gendarmerie. Mais Martial Lekeu lui aussi était soupçonné d’être impliqué dans une des attaques à Tamise et dans une affaire de trafic d’armes à Nivelles avec un autre flic (le dénommé Madani Bouhouche). Il était aussi soupçonné d’être un des chefs de la bande des tueurs.

Deux juges voulaient l’entendre mais en août 1984 il est parti aux Etats-Unis après avoir touché une grosse somme d’argent, et a travaillé pour la DEA (les stups). Il s’y est senti suffisamment protégé pour faire des révélations à la presse au sujet des attaques, en désignant le Front de la jeunesse comme leur organisateur.

Il a par exemple déclaré en 1989 dans une interview au journal Parnorama : "Il est clair que Francis Dossogne, le leader du Front de la Jeunesse [candidat FN dans la Meuse en 2015 [45]], se cache derrière tout ça. Des officiers de gendarmerie et de l’armée sont également impliqués. Et en premier lieu le baron de Bonvoisin et le CEPIC.

- Avez-vous des preuves ?

- Je ne lâche pas mes atouts. Je dirai seulement que de Bonvoisin est un homme important dans les milieux d’extrême-droite en Europe. Il a beaucoup de contacts, dans l’entourage de ceux qui enquêtent sur les tueurs, dans l’état-major de la gendarmerie, dans l’extrême-droite et dans le monde des banquiers européens[46].

OTAN siege Bruxelles

On s’aperçoit que plusieurs acteurs du milieu des barbouzes d’extrême-droite belges se sont enfuis aux Etats-Unis. Outre Lekeu, un policier dénommé Christian, alias Francis Pattijn, accusé par un de ses anciens collègues d’être l’un des tueurs, est allé vivre aux USA où il est devenu membre de l’Eglise de Scientologie[47], un des nombreux bras armés de l’ingérence "religieuse" US dans le monde.

Apparemment il a même travaillé au saint des saints, le siège de Clearwater. Et l’ "Eglise" de Scientologie a un statut de religion officielle en Belgique, où se trouve la capitale de l’Europe.

2021-07-18 21_39_16-Tueries du Brabant_ les révélations de Jean Bultot - Opera

Un autre épisode pittoresque était l’accusation du ministre de la Justice Jean Gol comme étant le cerveau des tueries, par un directeur de prison partouzeur dénommé Jean Bultot. Ledit Bultot a fui au Paraguay (terre d’accueil de nombreux fachos Belges et Français) juste après l’assassinat d’un ingénieur travaillant dans la firme d’armement nationale la FN Herstal et était soupçonné de graviter autour de l’affaire[48], le dénommé Juan Mendez avec lequel il était en relation[49]. Et surtout, il était accusé par un indic des renseignements d’avoir fourni une mitraillette qui a servi le lendemain lors de l’attaque d’Alost.

Tout cela montre au moins une chose : l’embrouillage total de l’affaire par moult protagonistes, et cela dès le départ. Et il y a très probablement des affaires dans l'affaire.

Selon plusieurs observateurs qui ont travaillé sur les tueries du Brabant ou ont été liés à cette affaire, ces massacres ont également servi à couvrir le réseau pédophile. De fait, plusieurs des victimes gravitaient dans le réseau ou autour.

Les partouzes auxquelles se rendent ces politiciens, de droite essentiellement au début, puis des "socialistes", sont d’abord un moyen de corrompre. En effet, ceux qui fournissent les mineurs filment les soirées en caméras cachées et détiennent ainsi des éléments pour faire pression sur ces pervers, qui tiennent les rênes du pays. On a l’exemple de Jeffrey Epstein, assez récent, aux USA, qui montre que la tradition ne se perd pas.

dutroux photos arrestation

Baudouin Dernicourt est un officier de gendarmerie qui a travaillé sur l’affaire Dutroux pour l'étouffer, et était en lien avec le réseau Gladio. Il a été mêlé en 1984 à une affaire d’explosifs volés dans une carrière et utilisés ensuite par les CCC, les Cellules Communistes Combattantes[50]. Par ailleurs, certains disaient qu’il était membre du Westland New Post.

C’est Dernicourt qui a dirigé la "relecture" des témoignages des témoins "X", qui évoquaient le réseau pédophile, donnaient des noms, des lieux, des dates. Cette relecture des plus tendancieuses, qui était en fait une réinterprétation des témoignages afin de les décrédibiliser, a permis d’étouffer l’affaire. Il a aussi pris la suite des auditions de l’un de ces témoins, qui a très vite cessé de collaborer tant Dernicourt et son collègue se sont montrés agressifs et peu intéressés par les éléments pourtant concrets qu’elle donnait[51]. Dernicourt a aussi agressé un autre témoin important qui dénonçait le réseau, et qui a refusé de continuer à parler. 

Dernicourt, qui passait pour un "superflic", a ensuite enquêté sur un volet financier de l’affaire Dutroux, et avait conclu contre toute évidence que "Aucune des constatations effectuées jusqu’à présent ne nous permet de démontrer que Dutroux aurait retiré des avantages financiers d’un trafic d’enfants. Si c’était le cas, ces éventuels flux d’argent ne semblent pas se situer en Belgique. Dutroux possède des comptes en Slovaquie et au Luxembourg, mais nous n’avons pas d’informations à ce sujet", selon le livre "Les dossiers X, ce que la Belgique ne devrait pas savoir". On reviendra sur ce dossier prochainement.

de staercke bande de nivelles

En 1991, un truand incarcéré et déjà soupçonné d’avoir participé à certaines attaques du Brabant, Philippe De Staercke, a écrit à la presse pour s’accuser d’avoir participé à trois des tueries. Ce braqueur condamné à 20 ans de prison en même temps que Jean Bultot et d'autres types en 1987 a expliqué avoir participé aux massacres pour des "raisons idéologiques".

"Il aurait commis ces crimes avec un militaire et un gendarme sur ordre direct d’un ancien de la sûreté de l’État, d’un commandant de la gendarmerie et d’un colonel de l’armée belge. Il précise avoir été choisi sur base de son dossier. À demi-mot, De Staercke désigne le CEPIC, Centre Politique des Indépendants et Cadres Chrétiens comme étant la tête pensante des tueries du Brabant" écrivent Michel Leurquin et Patricia Finné dans "Les tueurs fous du Brabant".

De Staercke, qui a eu la bonne idée de se rétracter, a bénéficié d'un non-lieu en 2001 pour cette affaire.

D’ailleurs, le policier retraité qui s’est suicidé en 2019, Roger Romelart, avait justement travaillé sur l’implication du braqueur De Staercke et sa bande dans les tueries. Il était décidé à faire avancer les choses et avait communiqué des informations à la justice qui n’en a rien fait. Puis il se serait suicidé.

Lydia Montaricourt au Jonathan

En Belgique, une proxénète de luxe, Lydia Montaricourt, trafiquait aussi des mineurs auprès de l’ "élite" belge et filmait les actes. Son réseau actif à la fin des années 70 et début 80 s’étendait jusqu’en Allemagne et au Pays-Bas, et était semble-t-il une filiale du réseau français de "Madame Claude" pour laquelle Montaricourt avait travaillé directement après son passage par le Lido. Le réseau de Montaricourt, qui a repris celui d'une autre maquerelle appelée Fortunato Israël, avait beaucoup de clients dans la politique et le business, et aussi beaucoup de clients du Moyen-Orient.

La liste de ses clients a opportunément disparu. Mais Paul Vanden Boyenants alias VDB était l’un des clients de ce réseau, comme l’a expliqué Fernand Beaurir, dirigeant de la police, membre du CEPIC et proche de VDB, lors d’une audition. Beaurir avait dirigé la section anti drogues de la police, le Bureau National des Stupéfiants à partir de 1978. Un organisme qui a bénéficié d’argent et d’entraînement de la part de la CIA. Accessoirement, Beaurir fréquentait l’auberge des 3 Canards, site d’une fusillade des tueries du Brabant.

On retrouve aussi le réseau Montaricourt dans l’affaire dite "Pinon"[52], au sujet de partouzes impliquant du gratin politique, de la sécurité ainsi que des notables de tendance politique très à droite, auxquelles des prostituées et des mineurs étaient présente, dans les années 70 et début 80. Les enfants étaient pris dans un foyer pour enfants défavorisés par le juge de la jeunesse qui était chargé du suivi et du placement des enfants dans le cadre du divorce du couple Pinon. Le journal de gauche Pour, qui enquêtait sur cette affaire ainsi que sur Bonvoisin et le CEPIC, a été incendié à l’époque du scandale, en juillet 1981.

Maud-Sarr

Une prostituée du réseau de Montaricourt, Maud Sarr, a déclaré en 1990 que VDB, ainsi que le procureur du Roi Henri Jaspar, le procureur de Nivelles Jean Deprêtre (accusé par des témoins du dossier Dutroux d’avoir participé à des partouzes pédophiles), et le commandant de gendarmerie Léon François ont participé à ces soirées de partouzes et de cocaïne, où des mineurs de 13-14 ans étaient victimes de viols.

VDB, boucher à l’origine, fortement attaché au retour d’un roi compromis durant la guerre (Léopold III), est devenu député du PSC dès 1949, puis 1er ministre (1966-1968) ce qui lui a permis de favoriser l’avancée dans l’OTAN, après quoi il a longtemps été ministre de la Défense (1972-1979). Il a très souvent été cité dans des affaires de magouilles financières belges (comme l’affaire PDG, dont l’argent a servi à financer un organe du stay-behind, le PIO[53]) voire de trafic de drogue.

2021-05-23 21_28_19-_L'enlèvement de l'ancien Premier ministre belge Vanden Boeynants a été commandi

En 1986 il a été poursuivi et condamné pour évasion fiscale et trafics, avant d’être plus ou moins enlevé en 1989 par la bande du braqueur Patrick Haemers qui s’était fait passer pour un groupe d’extrême gauche, et qui l‘a libéré contre une rançon de l’équivalent de 4,8 millions de Francs français, à peine un mois plus tard.

Par ailleurs, il a toujours fricoté avec l’extrême droite, ayant affiché une certaine proximité avec des nazis comme Léon Degrelle, et soutenant divers mouvements d’extrême droite, quand il ne les créait pas, comme ce fut le cas du CEPIC. Il a par exemple été membre d’une sorte de lobby, le Cercle des Nations, créé par un aristocrate belge en 1969. Au comité d’honneur, entre un prince, un comte, un baron et de très riches patrons d’entreprises, figurait Vanden Boeynants. Ce club très sélect était aussi très à droite.

Un major de la gendarmerie (la BSR, la brigade de surveillance et de recherche), le major De Cock, a rédigé en 1973 une note adressée à ses supérieurs, dans laquelle il mentionnait des "contacts entre certains milieux financiers et des groupements politiques d’extrême droite", dans le but de "noyauter nos institutions par des éléments favorables à la doctrine de l’extrême droite". Il faisait d’ailleurs référence, entre autres, aux "NEM-clubs" du magazine de Bonvoisin, anticommuniste et pro américains[54]. Il est assez intéressant de regarder le cercle de relations de Vanden Boyenants, et on va être amenés à en reparler.

tueries du brabant 2

Il faut aussi mentionner que lors de la révélation du stay-behind en 1990, le ministre belge de la Défense, Guy Coeme, s’est cru obligé de préciser que l’antenne belge n’avait rien à voir avec les affaires Westland New Post, Cellules Communistes Combattantes, ni même avec les tueries du Brabant, comme beaucoup d’observateurs le soupçonnaient. Comme on n’a jamais obtenu la liste des membres belges, il n’a pas été possible de recouper avec les listes des suspects de ces différentes manipulations.

Enfin, la piste de l’implication de Patrick Haemers, habitué des braquages et proche de l’extrême-droite, a été étudiée par certains. Il a été retrouvé suicidé dans sa cellule en Belgique en mai 1993 mais selon son avocat il a été tué pour ne pas donner le nom de l’homme d’affaires qui aurait été le commanditaire de l’enlèvement de Van den Boeynants, et sur les tueries du Brabant.

Haemers 2

Haemers, qui correspondait à la description d’un des tueurs et a été identifié par deux témoins de l’attaque d’Alost, fréquentait l’auberge des Trois Canards. Par ailleurs, de manière prémonitoire il a expliqué à une adolescente victime du réseau pédocriminel qu’il fréquentait à la fin des années 70 qu’elle devait quitter la Belgique car des événements terribles allaient s’y produire.

Ce fil d’un riche commerçant bruxellois fréquentait aussi bien le gratin bruxellois que le milieu du banditisme, les deux étant très poreux en Belgique. Il a commis son premier braquage en 1981, pour lequel il a été condamné, ce qui ne l’a pas empêché de continuer en braquant des fourgons de transferts de fonds avec des armes de guerre.

Haemers a déclaré à son père qu’il avait participé aux tueries du Brabant avec sa bande et que l’opération avait été commanditée par les avocats Vander Elst et Dumont, proches à la fois du milieu des politiques les plus à droite du pays, liés à VDB, et par les ministres Jean Gol, Willy De Clerck et André Cools.

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Pour conclure sur l’installation du stay-behind en Belgique, une exposition à l’occasion des 100 ans des renseignements de l’armée belge, en 2015, a été l’occasion pour les militaires de faire un demi aveu sur l’existence d’un réseau stay-behind en Belgique, mais cela pour mieux nier tout lien avec l’OTAN [56] alors que les noms des agents du Gladio belge se trouvaient entre les mains des renseignements US et anglais,  dans des coffres blindés à Washington et à Londres.

La version officielle de l’armée belge, en 2015, est donc peu ou prou la suivante : "En Belgique, c’est une branche du renseignement militaire, le Service de Documentation et de Renseignement et d’Action (SDRA VIII) qui est chargé de mettre en place ce réseau. Ses membres s’exercent à la natation de combat, aux parachutages nocturnes et au largage de matériel derrière les lignes ennemies. Le réseau comprenait des militaires et des civils, bien placés, qui restaient dans le plus grand anonymat". Ils s’entrainaient en secret, mais pour ne rien faire, et l’OTAN n’a rien à voir avec la CIA.



[2] Toutefois les US prenaient les infos contenues dans ses rapports avec recul, car Moyen, grand amateur de renseignement, était connu pour extrapoler. Moyen transmettait aussi des informations aux services hollandais, suisses, anglais et français.

[3] Cf. « Les réseaux stay behind en France 1945-1962 ».

[4] Cf. « Qui a tué Lahaut? Les dessous de la Guerre froide en Belgique » de Emmanuel Gerard, Françoise Muller et Widukind De Ridder.

[5]L’interprétation classique, selon laquelle le Pacte de l’Atlantique Nord était la conséquence des craintes que suscitaient les intentions militaires de l’Union soviétique, n’est pas conforme à la réalité. Bien au contraire : chacun des États membres du Traité de l’Atlantique Nord avait ses raisons bien à lui d’y souscrire, et elles étaient souvent en premier lieu de nature économique ou liées à sa politique intérieure. Ce qui, par ailleurs, unissait tous les pays concernés sous la bannière américaine était l’instabilité sociale qui aurait découlé de la récession économique persistante, dont la seule issue semblait être de collaborer étroitement avec les États-Unis", explique Rik Coolsaet dans l’article "La Belgique dans l’OTAN (1949-2000)".

[6] Cf. Enquête parlementaire sur l’existence en Belgique d’un réseau de renseignements clandestin international, rapport rendu le 1er octobre 1991.

[7] Le sabotage économique a été confié à la charge du ministre de la Défense en 1954.

[8] Les initiales SDRA viennent de « Service de Documentation, de Renseignement et d’Action ».

[9] Mais ces listes auraient été cryptées après 1984 et en temps de guerre ni les US ni les anglais n’auraient pu les déchiffrer, selon un ancien responsable des renseignements militaires.

[10] D’autant que la légitimité de la royauté avait été attaquée par les dérives coloniales et diverses magouilles financières.

[11] Cf. « Histoire politique des services secrets français : de la seconde guerre mondiale à nos jours » de de Jean Guisnel, Roger Faligot et Rémi Kauffer.

[12] André Moyen a travaillé pour les renseignements belges et la résistance pendant la guerre, au sein du réseau Athos qui était en lien direct avec l’OSS, l’ex CIA. En 1944 il a rejoint l’OSS et le SDRA, les renseignements militaires belges.

[13] Ce réseau anticommuniste s’appelait le Bloc Anticommuniste Belge (BACB), un groupe paramilitaire composé de nombreux flics, et soutenu par l’OTAN.

[14] En échange de ces financements, les entreprises belges recevaient des fichiers sur les communistes travaillant dans leurs entreprises, et bénéficiaient d’aide en cas de grève.

[15] Moyen a créé la branche belge de Securitas et en a pris la direction (société de sécurité suédoise devenue G4S) en 1962 pour la Belgique et le Maroc, incarnant parfaitement le mélange des genres à l’anglo saxonne entre sécurité publique et sécurité privée. On notera que G4S a obtenu le contrat de surveillance du QG de l’OTAN à Bruxelles.

[16] La "Fraternité Mondiale" (world brotherhood) est un mouvement transnational chrétien et juif, pro européen et atlantiste. Le groupe était soutenu par Allen Dulles, par William Donovan de l’OSS, Paul G Hoffman qui a piloté le plan Marshall et président de la Fondation Ford en 1950, John McCloy qui a dirigé la fondation Ford et a participé à la rédaction des premiers traités instituant l’Europe. Il y avait beaucoup d’anglais et d’US parmi les membres. Financée par des banquiers, des entreprises et des dons de particuliers, ses 5 principaux axes de travail étaient :

  • La formation des enseignants et des jeunes, en modifiant les manuels scolaires et les programmes.
  • La religion pour renforcer la coopération chrétiens – juifs.
  • Associatif pour renforcer la collaboration entre associations de jeunesses, féminines, culturelles…
  • Travail et industrie pour désamorcer les conflits
  • Médias pour aligner les vues dans les médias.

Parmi ses soutiens, il y avait François Lehideux, membre de la synarchie lié à la banque Worms et ancien ministre vichyste, Léon Jouhaux traitre de la CGT et créateur de FO grâce à l’argent des US, , Henri Luce le richissime patron du Time, Eleanor Rossevelt, William Donovan, le Belge Pierre Bonvoisin, proche de l’extrême droite et des milieux patronaux, accessoirement président de la Société Générale en Belgique, le patron de la Deutsche Bank, ex banquier du 3e Reich Herman Abs… En France il y avait dans la section parisienne l’incontournable Raymond Aron, toujours servile avec les intérêts US, Georges Duhamel (ministre et père d’Olivier Duhamel), Pierre de Bénouville, quelques banquiers…

[17] Cf. « Gladio » de Jan Willems.

[18] Cf. « Gladio » de Jan Willems.

[19] La Légion nationale a été créée en 1921, et Hoornaert y a rapidement pris les commandes. L’idéologie de base était fasciste et monarchiste. Là aussi les banques et l’industrie belges étaient les financiers, car la Légion remettait de l’ordre dans les usines en cas de grève, à la demande des patrons.

[20] Cf. « Stay-Behind », André Lemaître, p. 45.

[21] A partir de 1979, le major Bougerol transforme le PIO en une structure parallèle financée principalement par Bonvoisin. Le siège du PIO est transféré au 39 rue Belliard à Bruxelles, dans les locaux de la société PDG, dont le dirigeant Bonvoisin a été poursuivi pour fraude fiscale.

[22] Boucher de formation, Vanden Boyenants a commencé sa vie publique comme représentant syndical, devant à 26 en vice-président de la Corporation des Bouchers-Charcutiers de Bruxelles. En 1948 il a été présenté au directeur du quotidien catholique de droite La Libre Belgique, Paul Jourdain, militant d’une Europe fédérale, qui l’aurait poussé en politique dans le parti chrétien, le PSC. En 1952 il est devenu conseiller communal à Bruxelles, puis échevin (adjoint au maire), notamment aux travaux publics, puis député, puis ministre en 1958, et s’est aussi occupé de l’organisation de l’Exposition Universelle de 1958. Très populaire depuis le milieu des années 50 en faisant campagne sur sa personnalité plutôt que sur un programme, "VDB" a accueilli l’OTAN les bras ouverts en 1966. Sa carrière a décliné au tournant des années 80 suite à divers affaires judiciaires qui se sont accumulées après sa fin politique (corruption, fraude fiscale, achat de votes...). 

[23] Spécialiste de la subversion, Bougerol a beaucoup voyagé pour assumer ses nombreuses missions, qui ne se limitaient pas au PIO. Il a été à Taiwan où il y a une école de guerre psychologique en 1976, au Liban en 1978, en Espagne, en Irlande, au Portugal, en Italie, aux Pays-Bas, en France, en Allemagne sur la base de l’OTAN de Heidelberg (ex base de l’US Air Force).

[24] En 1980 Marie-Thérèse Legon a trouvé un nouveau job à l’European Institute of Management (EIM)– Benelux, un lobby patronal devenu plus militaire avec son arrivée. En 1981, l’ex ambassadeur US à Bruxelles, Douglas MacArthur IIK, a même rejoint le conseil d‘administration.

[25] Cette mainmise de Van den Boyenants sur le PIO a posé problème, les renseignements soupçonnant un « noyautage » du réseau de Bougerol. Du coup, il aurait été dissous en 1979 mais Bougerol a continué ses activités de renseignement et de propagande dans les milieux d’extrême-droite cependant comme le dit pudiquement le rapport du sénat, « Il subsiste un mystère sur les sources de financement qui aidèrent Bougerol à partir de 1979 ». En fait, le PIO a été simplement privatisé, tout en étant couvert par Vanden Boyenants.

[26] Cf. Le Soir du 15 novembre 1990.

[27] Cf. "Gladio" de Jan Willems.

[28] Notamment René Belin, ex syndicaliste de la CGT devenu ministre du Travail sous Vichy, Achille Dauphine-Meunier (proche de Belin, autre ex syndicaliste devenu vichyste qui a échappé à l’épuration), Jean de Fabrègues (vichyste aussi), puis plus tard des gaullistes.

[29] Cf. "Les tueurs fous du Brabant" de Michel Leurquin et Patricia Finné.

[30] Ce qui lui a valu d’être emprisonné en octobre 1944, jusqu’à sa libération en février 1946.

[31] Libert serait parti avec un ami de WNP, gendarme à l’époque, Lucien Marbaix, qui a eu droit en 1994 à une perquisition chez lui suite à des infos données par un commissaire dont on va reparler, Georges Marnette. Des breloques et de la littérature nazies, des munitions et des armes de gros calibre ont été trouvées chez Marbaix, qui disait avoir rejoint le Vlaams Blok, parti flamand d’extrême droite. Marbaix était dans les années 80 membre d’un certain "Groupe G", avec des gendarmes d’extrême droite, qui était lié à l’affaire du WNP.

[32] Cf. rapport du Sénat belge de 1991, p.91.

[33] Cf. "Les tueurs fous du Brabant" de Michel Leurquin et Patricia Finné.

[34] Vittoriao a notamment participé à des campagnes électorales de Joseph Comiti, député gaulliste des Bouches-du-Rhône qui a été aussi conseiller ministériel dans les années 70.

[35] Condemine a été retrouvé mort en 1973, dans une malle échouée en bord de Seine, alors qu’il était officiellement recherché par les polices française et US. Il avait fui au Paraguay comme Joseph Ricord à l’époque où beaucoup de membres du SAC impliqués dans les trafics de drogue et d’armes notamment ont pu continuer leurs activités en Amérique latine.

[36] Un indicateur avait pointé l’Opus Dei, qui aurait cherché à déstabiliser l’Etat. Les gendarmes qui avaient enquêté sur cette piste ont soudain été mal notés et écartés.

[37] Ingénieur en sciences nucléaires, Latinus était aussi un informateur de la Sûreté d’Etat. Latinus avait fait son service militaire sur une base de l’OTAN, était aussi officier de réserve de l’armée de l’air belge et membre du BROC, un club d’officiers d’extrême droite du Brabant. Quand ses activités ont été dévoilées en 1981, Latinus a pris la fuite vers le Chili de Pinochet avant de revenir pour reprendre en main le WNP.

[38] Cf. "Stay-behind. Les réseaux secrets de la Guerre-Froide" de Gérard Desmaretz.

[39] Le BROC pour Brabant Reserve Officer Corp, créé en 1975, dont étaient membres des militaires d’extrême-droite, et qui naviguait dans la mouvance du PSC, le parti Social Chrétien de Vanden Boeynants.

[40] A ces postes, il a pu infiltrer des organisations de jeunes, pour ficher les affiliés.

[41] Le PIO était dirigé par le major JM Bougerol, et était composé d’une branche militaire et d’une branche civile. Bougerol a été formé à l’OTAN notamment, et a effectué des voyages pour se former, comme à l’école de guerre psychologique de Taïwan en 1976. Mais, Bougerol voyageait beaucoup en Europe et ailleurs. Il publiait des articles de propagande dans le quotidien La Dernière Heure sous le pseudonyme de "Miller".

[42] Selon le quotidien Le Soir, cité dans le rapport d‘enquête parlementaire sur les réseaux Gladio. Finalement, le PIO aurait été dissous, du moins sa branche militaire, en 1978, mais ses activités de subversion ont continué, toujours sous le pilotage de l’armée.

[43] A ce moment, plusieurs membres de l’extrême droite liés au stay-behind ont été assassinés, comme José Vanden Eynden, Constantin Angelou retrouvé dans le coffre de son taxi en 1982, Juan Mendez, qui en savaient probablement un peu trop sur la "terreur" belge à l’époque, notamment les tueries du Brabant (selon le quotidien Le Soir du 4/10/2008, "il craignait que les armes qu’il avait vendues aient pu être utilisées lors de certaines attaques"). Sur le suicide de Paul Latinus, retrouvé pendu dans sa cave avec le fil de son téléphone et les pieds touchant le sol, de nombreuses zones d’ombre existent encore. Il se serait suicidé peu après avoir été entendu dans le cadre des Tueries du Brabant. Le dossier a été clos à la hâte en novembre 1986 à la demande du parquet général de Bruxelles, a été rouvert en 1989 sans rien donner. Beaucoup pensent qu’il a été tué parce qu’il a avoué ses liens avec les US.

[44] Cf. "Les tueurs fous du brabant" de Michel Leurquin et Patricia Finné.

[45] A ce sujet le journal belge L’Avenir écrivait : "Peu de monde le connaît dans sa ville meusienne, où il réside depuis quelques années. "M. Dossogne n’a fait aucun meeting électoral, n’est venu saluer personne dimanche, lors du second tour. Il ne fait partie d’aucune association de la ville. Les gens ne le connaissent pas. Ils votent pour le FN, pas pour le nom du candidat", nous précise-t-on à la mairie de Montmédy".

[46] Cf. "Les tueurs fous du Brabant" de Michel Leurquin et Patricia Finné.

[47] CF. "Les tueurs fous du Brabant" de Michel Leurquin et Patricia Finné.

[48] Au bout de 3 ans de vie au Paraguay où il a vécu dans l’opulence, Bultot a été obligé de fuir en Afrique du Sud, où il a entraîné au combat armé les recrues d’une boîte de sécurité pendant quelque temps avant d’être extradé vers la Belgique et condamné à 6 mois de prison pour des délits mineurs.

[49] Mendez était vendeur d’armes à l’international, un métier dans lequel on voit passer des montants importants ainsi que des commissions et rétrocommissions, surtout quand on vend à des pays en guerre. Mendez a rencontré dans sa jeunesse le flic d’extrême droite Madani Bouhouche, soupçonné d’être un des membres de l’équipe des tueurs. Pourtant, un expert a conclu que l’arme qui a tué Mendez était celle de Bouhouche. De plus, un témoin a déclaré en 1984 qu’un "sud-américain" travaillant pour la FN Herstal allait être liquidé car la bande du brabant wallon ne lui faisait plus confiance.

[50] Un peu plus tard, il est attrapé alors qu’il faisait du tir illégalement dans la nature, et n’est mis à pied que deux jours. Puis il obtient une promotion.

[51] Dernicourt et deux de ses collègues ont même porté plainte contre ce témoin, qui était une réelle victime du réseau, pour "calomnie et diffamation" après qu’elle se soit plainte dans un magazine du traitement que ces pandores lui ont réservé, absolument ignoble et partial il est vrai.

[52] Cf. "Les tueurs fous du Brabant" de Michel Leurquin et Patricia Finné.

[53] Le rapport de la commission d’enquête belge sur les réseaux Gladio rappelle que "le ministre de la Défense" (VDB), "aurait pris en charge certaines dépenses afférentes aux activités d’autant que le major Bougerol [chef du PIO] bénéficiait du soutien sans réserve du lieutenant général Roman, chef d’état-major des forces terrestres, le seul à être bien au courant des activités multiples du PIO. Mais dès l’origine, la SA Promotion et Distribution Générales (PDG) a été associée au financement de certaines activités du PIO, en particulier INFOREP [un centre de "documentatio"] et les conférenciers militaires".

[54] Cette note est citée en mai 1999 dans un article de Manuel Abramowicz, paru dans le magazine « Avancées ».

[55] Selon le quotidien catholique La Libre Belgique le 6 novembre 2015, " Stay-behind a alimenté d’innombrables théories du complot. Certains l’ont vu jouer un rôle dans les tueries du Brabant. D’autres ont cru qu’il s’agissait d’un occulte et puissant réseau proche de l’extrême droite. Beaucoup ont pensé qu’il s’agissait d’une copie conforme de l’Italien Gladio. Le réseau belge n’était pas cela. "Cette organisation n’avait rien à voir avec l’Otan, comme beaucoup de gens l’écrivent encore", nous dit le colonel honoraire Bernard Legrand, qui fut l’un des artisans du réseau et est autorisé aujourd’hui à parler. "Les Américains étaient impliqués, mais avec la CIA. Stay-behind était avant tout du renseignement. C’était un gars avec sa radio. Il devait pouvoir envoyer des renseignements sur ce qui se passait en Belgique en cas d’invasion soviétique"

15 juin 2021

Affaire Outreau, saison 3 : Franck Lavier jugé en correctionnelle pour les viols de sa fille?

LAVIER aqc1

Il aura fallu 5 ans aux juges pour se décider à renvoyer Franck Lavier au tribunal, suite à la plainte en 2016 de sa fille mineure, C., pour des viols. Conformément à la tradition de protection judiciaire des "acquittés", il pourrait être jugé non pas aux Assises comme doivent l'être les types accusés de viol, qui plus est sur mineure, qui plus sur sa propre fille, mais bien en correctionnelle comme s'il ne s'agissait que d'un délit. Comment est-ce possible?

 

Eh bien la france a la réputation à travers le monde d'être une terre d'accueil pour les pédos, qui ne risquent pratiquement rien à "Pédoland" comme beaucoup appellent désormais ce pays.

Nous avons en effet un puissant lobby pédocriminel, dont quelques piliers ont été récemment démasqués (Duhamel, Matzneff, Cohn Bendit, Finkielkraut, Lang, Louvin...), très actif quand il s'agit de défendre un copain attaqué en justice ou quand il s'agit de minimiser la gravité de la pédocriminalité, devenue selon beaucoup un véritable problème de santé publique.

Le fait que ducon, pardon dupont-moretti soit nommé ministre de la "justice" est révélateur: il a été l'un des artisans principaux de l'étouffement de l'affaire d'Outreau, en diffusant des mensonges à longueur de journée auprès de ses amis journalistes, Dufland (Durand Soufflant) en tête. 

 

Le long parcours judiciaire des Lavier

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Pour rappel, Outreau ce sont d'abord deux procès retentissants en 2004 (à l'issue duquel Lavier a été condamné à 6 ans de prison) et 2005 (où il a été acquitté puis reçu à Matignon avec les autres), et des petits procès connexes pour pouvoir dire qu'il n'y avait pas de réseau. A l'issue de ces procès, on a eu pour Outreau même 12 enfants reconnus victimes en appel, et pour les autres procès entre 6 et 10 enfants reconnus victimes (le compte est difficile à tenir avec les appels).

En 2012, nouvelle procédure à l'issue de laquelle les Lavier ont été relaxés des accusations de corruption de mineurs grâce à leur avocat Duc.. Dupond-Moretti. Il comparaissaient avec 5 autres adultes, relaxés également. Même Lavier n'en revenait pas: "Je pensais que ce serait pire" avait-il déclaré à l'issue du procès.

Le couple n'a donc été condamné que pour maltraitances (d'autres auraient perdu la garde et pris le double), à 8 et 10 mois de sursis. L'affaire est sortie après que C. et son petits frère, alors âgés de 10 et 11 ans, aient fui les maltraitances du domicile familial à pieds en pleine nuit en février, pour rejoindre celui de l'assistante maternelle chez laquelle il avaient été placés lors des procès d'Outreau, à 5 km de chez eux. 

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Un article du Point expliquait en 2011 : "En mai, le couple et quatre de ses proches avaient été placés en garde à vue, et leurs ordinateurs saisis. Ce matériel informatique, analysé par la direction interrégionale de la police judiciaire, a livré de nombreuses photos et vidéos qui font état d'autres faits s'apparentant à de la corruption de mineurs (...) Ces soirées festives ont eu lieu lors des deux ou trois dernières années. Selon nos informations, les photos et vidéos mettraient en scène Sandrine, Franck Lavier et leurs proches, à demi ou complètement nus, mimant des actes sexuels devant de jeunes enfants". 

Et les chambres toutes rangées et pleines de jouets qu'on voyait dans les reportages complaisants tournés chez les Lavier avant ce procès n'avaient rien à voir avec les "mouroirs" décrits lors de l'audience, équipés de caméras de vidéosurveillance.

En 2011 quand l'affaire des maltraitances / corruption de mineurs a été connue, la mère de Franck Lavier avait déclaré : "Moi je demande que la justice soit faite et qu'ils aillent en prison pour le mal qu'ils ont fait à mes petits enfants".

Après le jugement elle a dit être "déçue" de cette "peine bien légère au regard des preuves et du résultat des examens médicaux". Elle avait même ajouté que "Depuis l'affaire d'Outreau, Sandrine et Franck sont de toutes façons protégés" [1]. 

2021-06-15 12_06_28-A Rennes, Daniel Legrand replonge dans son cauchemar - Opera

Et puis en 2015 il y a eu le mémorable "procès" de Daniel Legrand en 2015 à Rennes, qui a en fait été un nouveau procès des victimes et de tous ceux qui considéraient que la parole des enfants avait été piétinée lors des précédentes sessions, à coup de "faux souvenirs" suggérés par un Van Ghijseghem en visioconférence depuis le Canada, et d'autres d'interventions ubuesques telles que celle de Bensoussan, venu détruire les enfants victimes qu'il n'avait jamais rencontrés lors d'une audience en appel en 2005.

Le récit d'Outreau construit par la défense lors des premiers procès a de nouveau tourné en boucle à l'audience et dans les médias. mais il faut dire que chaque matin Dupont donnait son petit résumé de la journée aux journalistes, qui ne prenaient même pas la peine de prendre de notes pendant les témoignages. Legrand a été acquitté, il va sans dire, puisque même le procureur n'a cessé de le défendre et d'attaquer les parties civiles.

Et voilà qu'en juin 2016, nous apprenions qu'une des filles Lavier, alors âgée de 17 ans, a porté plainte contre son père pour "viols et agressions sexuelles". Elle a été entendue plusieurs jours de suite, ce qui est assez étonnant: en général une ou deux auditions suffisent à ce stade. Lavier avait été placé en garde-à-vue pendant deux jours, il a nié, a été été libéré sous contrôle judiciaire mais n'a pas pu rentrer chez lui.

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Trois juges avaient été nommés sur le dossier au début de la procédure, peut-être pour diluer la pression. Puis plusieurs juges s'en sont occupés successivement et le dossier commençait à tomber dans l'oubli, un peu comme le procès de Legrand qui à quelques mois près n'aurait pu avoir lieu en raison de la fameuse prescription.

On notera que C. ne faisait pas partie des victimes parties civiles lors des procès d'Outreau. Mais comme on l'a déjà vu, il y a eu de sacrés trous dans la raquette, notamment concernant la famille lavier.

La plainte de C. faisait suite à un signalement par le lycée, après qu'elle ait parlé à l'infirmière scolaire de viols et attouchements commis par son père quand elle avait 16 ans. Depuis 5 ans, on se demandait ce qu'il advenait de cette plainte, nous voilà fixés: on est encore dans la minimisation puisque les viols sont devenus des "agressions sexuelles aggravées". En décembre 2020 Jacques Delivré s'interrogeait : "Aujourd’hui, en décembre 2020, quatre années d’instruction se sont déroulées. A titre de comparaison, l’instruction de l’affaire d’Outreau dura un peu plus de deux ans, et il n’y avait qu’un juge d’instruction. L’article 175-2 du code de procédure pénale indique que "la durée d’une instruction ne peut excéder un délai raisonnable au regard de la gravité des faits reprochés à la personne mise en examen, de la complexité des investigations nécessaires à la manifestation de la vérité""

 

Nouveaux mics-macs en vue d'un acquittement ?

matignon

Selon le Parisien, "le parquet de Boulogne-sur-Mer a requis le renvoi de Franck Lavier devant le tribunal correctionnel pour des faits d’agressions sexuelles aggravées. Cette décision du 20 avril, confirmée au Parisien ce vendredi par le procureur de la République de Boulogne Pascal Marconville, signifie que les faits dont est soupçonné le père de famille sont, selon l’analyse du ministère public, de nature délictuelle. Dans le jargon judiciaire, le parquet a "correctionnalisé" ce dossier".

Pour l'instant, il n'a l'air d'être défendu que par Fabienne Roy Nansion, déjà présente auprès des accusés lors des premiers procès. Mais il est probable qu'elle ne restera pas seule: Daniel Legrand, sans emploi dont le procès a duré 3 semaines, a su mobiliser Dupont Moretti, Berton, Viguier et les deux Delarue. A l'aide juridictionnelle? 

Cette nouvelle procèdure, comme d'habitude avec ces acquittés d'Outreau. C'est du moins ce qu'on comprend en lisant ces lignes du Parisien: "À 21 ans, Carla est maman de deux enfants. Mais surtout, elle entend tourner la page. « En fin d’instruction, elle a refusé de participer à la confrontation, indiquant qu’elle ne souhaitait plus entendre parler de ce dossier, indique Fabienne Roy-Nansion. Le dossier est vide, il n’y a aucun élément matériel. Il ne repose que sur les déclarations initiales de Carla qui ne sont désormais plus soutenues".

2021-06-15 12_52_26-Procès d'Outreau _ époux Lavier acquittés - Vidéo Ina

Pourtant, d'après Jacques Thomet, le parquet avait demandé un renvoi de Lavier aux assises, comme le souhaitait la partie civile, mais il y a eu un revirement de dernière minute, comme on en a l'habitude dans cette interminable affaire: "la partie civile m’avait confirmé que le Parquet lui avait demandé si elle préférait un jugement devant une Cour criminelle (5 magistrats) ou les Assises (donc avec des jurés civils). Elle avait demandé les Assises. Si le ministère public a soudainement changé son fusil d’épaule, c’est qu’il s’est passé "quelque chose" au plus haut niveau de la magistrature. Rien ne m’autorise à dire que le garde des Sceaux est intervenu ad hoc, mais les mauvais esprits, eux, s’en donneront à cœur joie".

Le juge peut décider que finalement c'est bien aux assises que ces viols doivent être jugés. Il peut aussi décider d'un non lieu c'est-à-dire pas de procès, auquel cas la partie civile fera appel de cette décision.

Finalement ce 15 juin Jacques Thomet nous explique que le parquet a reconnu l'accusation de viols. L'ordonnance de renvoi mentionnerait que "les faits de viols et d’agressions sexuelles par ascendant sont caractérisés, et ce, malgré les dénégations de Franck Lavier, mais ils doivent être analysés, en opportunité, en faits d’agression sexuelle par ascendant. Le renvoi en correctionnelle est requis".

On sortiarait donc du cadre habituel de la loi ?

On apprend aussi que les Lavier ont divorcé. Peut-être que Sandrine aura des choses à dire? Et les sœurs de C. , dont l'une fait partie des victimes reconnues en appel en 2005 ?

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Actuellement, les médias semblent pris de court: aucun reportage larmoyant sur le triste sort des acquittés n'a encore été diffusé. Mais cela ne saurait tarder: l'artillerie lourde va devoir encore sortir car il ne saurait être question de remuer la chappe de plomb qui a été posée sur cette affaire.

Mais au moment de la plainte, en 2016, certains n'avaient parlé que d'agressions sexuelles ou d'un seul viol, et tous faisaient mine de s'étonner de cette nouvelle procédure. On peut s'attendre à ce que le nombre d'articles et pseudos documentaires complaisants s'enchaînent à mesure qu'on se rapprochera de la date du procès, comme ce fut le cas pour les Lavier en 2012, pour Legrand en 2015, et pour les acquittés en 2004 et 2005.

Si c'était le cas, nous sommes un certain nombre à avoir les arguments pour répliquer et remettre les points sur les "i".

 

 


[1] Elle a déclaré, selon l'article de La Semaine dans le Boulonnais du 29 février 2012: "Jeudi dernier, Franck est reparti du tribunal avec le sourire, regrette-elle. C'est un bel exemple que montre la justice. De quoi écope-t-on quand on maltraite ses enfants ? De prison avec sursis. Ceux qui ont la main légère sur leurs gosses ne se feront plus de souci : la peine de Franck et Sandrine est loin d'être dissuasive. Depuis l'affaire d'Outreau, Sandrine et Franck sont de toutes façons protégés. Ce ne sont plus des citoyens lambda". Elle n'avait plus revu ses petits enfants depuis 2006.

07 mai 2021

Interwiew avec Akina le 6 mai 2021

2021-05-07 12_39_32-(479) ☢ LANCEUR D'ALERTE #3 🗣 Donde Vamos 🎯 Protégeons nos enfants 📆 06-05-20

Jeudi 6 mai, j'ai eu le plaisir d'être invitée sur la chaîne d'Akina pour expliquer comment fonctionne le système pédocriminel en France et répondre à ses questions. 

 

En 2 heures, on a eu le temps de présenter les "dysfonctionnements" de la justice dans les affaires de pédocriminalité, les théories pédo"philes"  telles que le Syndrome d'Aliénation Parental. J'ai oublié de revenir sur les faux souvenirs, mais pas très grave.

On a aussi abordé l'actualité, les cas Duhamel, Louvin, Fourniret, Jimmy Saville en Angleterre, le poids du lobby pédocriminel, les suites d'Outreau, les réseaux, la corruption...

Un tas de sujets que j'ai été contente de pouvoir aborder!

 

Merci pour l'invit'!

 

☢ LANCEUR D'ALERTE #3 ? Donde Vamos ? Protégeons nos enfants ? 06-05-2021

Donde Vamos est un pseudonyme, car les sujets qu'elle aborde sont extrêmement sensibles. C'est une ex-journaliste professionnel pour la presse écrite et pour le web, elle a quitté ce métier avec gra...

https://odysee.com

 

11 avril 2021

Magouilles et corruption des élites - Partie 11 : En France, prolifération des réseaux d'influence US

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Pour comprendre ce qu'il se passe aujourd'hui, la connaissance de la période des réseaux stay-behind est un atout important. Ces réseaux d'influence US sur l'armée et les renseignements dans les pays européens ont permis de contrôler la politique, le business, la culture, et de faire basculer l'opinion publique toujours plus à droite.

Si aujourd'hui nos dirigeants politiques sont tellement fanatiques d'une doctrine ultra libérale destructrice, s'ils sont prêts à mettre à bas la démocratie au premier prétexte venu, c'est parce que tout a été fait pour que nous en arrivions là.

Après l'Angleterre, la Suisse et l'Italie, retour sur l'installation des réseaux stay-behind en France.

 

En 1990, le 1er ministre italien Giulio Andreotti a déclaré que plusieurs pays dont la France étaient membres du système Gladio. Ce fut un scandale dans les différents pays concernés, sauf en France.

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Mitterrand, qui a évidemment cherché à dissimuler la vérité aux citoyens en déclarant que l’armée secrète était inactive depuis belle lurette, était parfaitement au courant.

Les médias français ont diffusé des rumeurs autorisées allant dans le sens de la version officielle et se sont consacrés à la guerre au Koweit. Alors que les médias de toute l’Europe demandaient des comptes, en France le mot d’ordre était "silence !".

Depuis les années 60, Mitterrand était en contact régulier avec les faucons américains. Il est entré en contact dès 1974 avec l’ambassadeur à Paris John Irwin, et en 1975, alors simple premier secrétaire du parti socialiste, il a rencontré Henry Kissinger au Département d’Etat à Washington, pour lui promettre que le PS était atlantiste même s’il fricotait avec les communistes pour gagner des élections. Puis en 1978, il a rencontré Jimmy Carter, toujours à Washington [1].

 

L’armée secrète en France, une seconde vie pour les fascistes et collabos

2021-04-11 17_11_54-ITALIE Après les révélations de M

En France, nous sommes encore priés de croire que les réseaux stay-behind ont été mis par terre en 1958, quand De Gaulle est revenu au pouvoir. Le système n’aurait duré que 10 ans, ce qui amène à se demander pourquoi Mitterrand a refusé d’ouvrir les archives en 1991. 

En effet, les US se sont appuyés très tôt sur les membres de la résistance gaulliste, notamment les ex Collabos comme on l’vu, qui ont largement contribué à permettre le retour au pouvoir de de Gaulle.

Quand le 1er ministre Italien Giulio Andreotti a déclaré que Mitterrand était bien présent à la dernière réunion du stay-behind, en octobre 1990, Chevènement a affirmé que cette armée, qui existait donc bien, était inopérante et serait restée "en sommeil" depuis des années.

C’était en tout cas le plan de com’ mis en place en petit comité afin de nier au maximum la réalité vis-à-vis de cette ingérence des Etats-Unis dans la vie politique française depuis plus de 40 ans.

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Les enjeux en France étaient au moins aussi importants qu’en Italie : les tensions sociales y étaient aussi prégnantes, les communistes y étaient aussi puissants, les idées et valeurs de gauche aussi populaires. Les US se sont donc activés pour que les opinions publiques et les dirigeants rentrent dans la ligne politique et économique de Washington.

François de Grossouvre, éduqué chez les Jésuites, ex Collabo et bras droit de Mitterrand, tué d’une balle au lendemain du début officiel de la guerre au Rwanda en avril 1994, a joué un rôle important dans la coordination des réseaux stay-behind français.

Juste avant l’élection de Mitterrand, l’affairiste d’extrême droite proche de la CIA Jean Violet l’avait fait entrer au Cercle Pinay un lobby atlantiste, anticommuniste et pro-Europe. Et dès son élection en 1981, Mitterrand a promu Grossouvre chef des renseignements. Arrêtons-nous un peu sur le personnage.

Fils du fondateur de la Banque française du Liban, il s’est marié à une héritière d’industriels du sucre. Tout en étant membre de groupes d’extrême droite, notamment de la Cagoule et d’une milice de Darnand [2], il aurait finalement rejoint la résistance pour jouer le rôle d’agent double au service des US.

Il a été l’un des dirigeants de l’armée "Rose des vents" à partir de 1950  dans la région lyonnaise[3], l’embryon d’armée secrète en France, mis en place en 1947.

grossouvre mitterrand

Grossouvre a officiellement rencontré Mitterrand à la fin des années 50 (alors que les deux ont fréquenté la cagoule et l’extrême droite depuis les années 30) par le biais de Pierre Mendès-France et a ensuite contribué à étendre son cercle de relations dans les milieux industriels et d’affaires. C’est ainsi qu’il a été l’un des principaux financiers des campagnes électorales de Mitterrand en 1965, 1973 et 1981.

Quant à la version autorisée sur le revirement de Grossouvre du côté de la Résistance à la fin de la guerre, elle est donnée par Gérald Arboit, chercheur au Centre Français de Recherche sur le Renseignement  (CF2R) :

"Sous le nom de "Colbert", celui-ci avait été un agent de l’Organisation de résistance de l’armée (1942-1944), pour le compte de laquelle il avait infiltré le Service d’ordre légionnaire, une organisation militarisée fortement collaborationniste (1942-1943) ; sous le nom de code de "Monsieur Leduc", il contacta "dix personnes de son entourage qu[‘il] juge[ait] aptes à encadrer un réseau de résistance en région Rhône-Alpes"". Le Service d’Ordre Légionnaire était une milice vichyste paramilitaire dirigée par le Collabo Joseph Darnand.

service d'ordre légionnaire

Le vieil ami de Mitterrand était chevalier de l’Ordre de Malte dont il était ambassadeur au Maroc. L’Ordre de Malte se veut un ordre religieux catholique, bien qu’il ait repris tout le décorum templier dont ils disent descendre directement, né en France au début du XIXe siècle. Il est divisé en différentes branches, dont l’une très présente en France s’appelle l’"ordre souverain militaire hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte".

L’intérêt de cet ordre –et d’une partie de ses dérivés- n’est pas seulement de distribuer des breloques et de flatter les idiots avec des initiations ridicules : l’Ordre bénéficie des attributs de la diplomatie, avec des ambassades, des passe-droit et des valises diplomatiques dans les Etats (nombreux hélas) qui le reconnaissent. L’Ordre de Malte est une marionnette, comme les Jésuites, les Rose-croix, les Illuminés de Bavière, la Franc-Maçonnerie, la Golden Dawn, l’Ordo Templi Orientis, l’Order of Nine Angles etc. Mais on y reviendra.

Officiellement Grossouvre était surtout connu comme un industriel, détenant une licence exclusive avec Coca-Cola [4] depuis les années 50, et ayant évidemment des contacts avec les représentants de cette entreprise, dont certains étaient proches des renseignements US. A cette époque, Grossouvre était aussi correspondant du SDECE dans la région lyonnaise et chargé de mettre en place des cellules stay-behind dans la région.

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Devenu le parrain de Mazarine, au sujet de laquelle il a contribué à organiser le secret d’Etat, il s’est converti en patron de presse : actionnaire principal de La Montagne et le Journal du Centre dans les années 70, financier de l’Express, journal anticommuniste et atlantiste, depuis sa création en 1953[5]. Selon un câble de l’ambassade des Etats-Unis à Paris destiné à Washington datant de février 1984, Grossouvre "a connu, conseillé (et financé) Mitterrand pendant plus de vingt ans et ils sont considérés comme de bons amis".

En 1985, selon certains observateurs tenants de la thèse du suicide, Grossouvre aurait été écarté de toutes fonctions officielles par Mitterrand, tout en conservant son bureau à l’Elysée, ses gardes-du-corps et son appartement de fonction au quai Branly, au-dessus de celui de Mazarine et sa mère.

2019-04-07 15_51_57-Grossouvre _ sa famille conteste la thèse du suicide

Et puis le 7 avril 1994, au lendemain du déclenchement de la guerre au Rwanda[6] et alors qu’il avait prévu de se rendre à une soirée, il se serait tiré une balle dans la tête dans son bureau. Un suicide toutefois contesté par la famille [7], qui s’est étonnée de voir fouiller les affaires et le coffre-fort personnel de Grossouvre et une enquête totalement bâclée. Il est devenu conseiller international pour les avions Marcel Dassault jusqu’en 1986 mais aurait continué à assurer des missions discrètes pour le compte de Mitterrand.

Le 7 novembre 1990, le secrétaire général de l’OTAN, l’Allemand Manfred Wörner, a convoqué les ambassadeurs de l’Alliance Atlantique pour une réunion à huis clos au cours de laquelle il a déclaré que le SHAPE (le commandement militaire de l’OTAN), coordonnait bien les actions de Gladio. Cela, alors que l’OTAN avait diffusé un démenti la veille, et refuse depuis tout commentaire sur les "secrets officiels", qui pourtant nous concernent au premier chef.

Par ailleurs, un chercheur allemand a montré que les dirigeants des services secrets de plusieurs pays européens dont la France, la Belgique, le Royaume-Uni, l’Espagne, le Luxembourg, se sont réunis plusieurs fois dans les années 80-90 pour organiser une stratégie de désinformation sur les réseaux stay-behind.

Comment en est-on arrivé là ? A la fin de la guerre, les communistes, qui avaient été meneurs dans la Résistance, étaient puissants en France. C’est ce qui leur a permis de créer et de mettre en œuvre le programme du Conseil national de la Résistance (appelé "Les jours heureux"), qui a donné nombre d’acquis sociaux en cours de destruction totale. Evidemment, cette gloire du parti Communiste, qui a écrasé les autres partis aux communales de 1945, n’était pas du goût des US.

plan marshall

Dès 1945, les communistes alliés aux socialistes cumulaient la moitié des voix et des sièges à l’assemblée constituante. Mais malgré cela, de Gaulle ne leur a confié que quatre ministères[8]. Il y a donc eu une conjonction d’intérêts pour faire en sorte que la France reste bien à droite, dans l’orthodoxie économique, sociale, politique et culturelle, et pour qu’elle ne s’oppose pas trop aux objectifs des Américains.

L’ambassadeur US James Caffery qui suivait la situation politique en France comme le lait sur le feu était très clair avec les français : il n’y aurait d’aide financière dans le cadre du plan Marshall que si le socialiste Ramadier restait à la tête du gouvernement. C’est en effet le plan Marshall qui a été le premier levier d’influence US en France dans les années d’après-guerre, comme on l’a vu dans la partie sur le sabotage de l’épuration. Les US ont donc maintenu tant bien que mal des gouvernements centristes au pouvoir contre le vote des citoyens, afin d’éviter le retour de de Gaulle d’une part, et l’accès des communistes aux postes-clés d’autre part.

Depuis la fin 1946 la situation sociale était très tendue, et en 1947 de nombreux secteurs industriels étaient en grève comme le rappelait L’Humanité du 2 juin 2017 : "Dès juin, la situation économique s’aggrave. Alors que, avec la reconstruction du pays, les profits des entreprises quintuplent, une inflation de plus de 60 % fait grimper les prix et ronge un pouvoir d’achat pourtant fortement stimulé par les hausses de salaire et des prestations familiales dues aux lois Croizat de 1946. Partout monte la colère contre la vie chère et les blocages de salaires. La grève de Renault d’avril fait contagion, s’étend massivement aux usines Citroën, Berliet, Peugeot, puis aux grands magasins et à EDF. L’acmé est atteinte avec les grèves de Marseille le 12 novembre, où 4 000 militants investissent l’hôtel de ville et le palais de justice. Le 17, la grève gagne les carreaux des mines, qui protestent contre la révocation de Léon Delfosse, président communiste des Charbonnages du bassin houiller du Nord".

affiche communiste

Par ailleurs, les prix augmentaient, les ravitaillements en blé étaient insuffisants et il a fallu réduire les rations de pain jusqu’à 200 grammes par adulte en juin 47. Les américains contrôlaient aussi le ravitaillement en charbon, également insuffisant pour que le pays tourne normalement sans s’endetter.

Annie Lacroix-Riz montre [9] qu’en limitant les exportations en blé et en charbon vers la France, les US savaient parfaitement quelles en seraient les conséquences sociales et donc politiques :  "Nous avons montré ailleurs que les refus de livraison, officiellement motivés à Washington par "l'effet inflationniste de nouveaux achats gouvernementaux"), ne devaient rien à une impossibilité matérielle (récolte ou transports), monétaire ou commerciale : les zones privilégiées, Bizone en tête, bénéficièrent en avril de livraisons massives qui mirent Henri Bonnet, partisan résolu entre tous de l'alliance américaine, au désespoir.

Washington, si attentif aux répercussions socio-politiques, après la Conférence de Moscou, de "la situation économique française", enrichit singulièrement les "possibilités" dont parlait l'Ambassadeur en mars. Début avril, Caffery écrivit avec un mélange de détachement et de compréhension présumée - presque comme si Washington était étranger au dossier : "on peut s'attendre à ce que /l/es difficultés" de la France en matière de ravitaillement céréalier "augmentent considérablement au début de mai, lorsque les chargements à l'intérieur du pays cesseront complètement en raison de l'épuisement progressif des approvisionnements.

Cette situation, dont la gravité n'a même pas eu d'équivalent dans les années les plus dures de l'occupation, met le Gouvernement français dans l'obligation, en dépit des graves conséquences politiques qu'une telle mesure implique, de réduire la ration de pain, à dater du 1er mai, à un niveau qui n'a jamais été atteint auparavant".

journal force ouvrire

Les importantes grèves de 47 ont été férocement réprimées, y compris par l'armée. C’est aussi l’année où les US ont mis en place leur Non Communist Left Policy (politique de la gauche non communiste), dont l’objectif était le "soutien économique des partis européens de gauche non communistes" et de briser les syndicats communistes et assimilés. "Pour cela, l’OSS va identifier des figures montantes, soutenir les courants non communistes, développer et encourager les mouvements de gauche modérée", expliquent Anne-Sophie David et Benoît Broignard dans l’essai "Syndicats filous : Salariés floués".

Cette stratégie a mené notamment au financement et au soutien politique de Force Ouvrière, qui est née d’une scission d’avec la CGT, ou encore à la scission de la fédération syndicale mondiale, jugée trop communiste par les syndicats US. Comme on l’a vu, l’homme clé de cette stratégie était Irving Brown, débarqué en France en 45 et mort à Paris en 1989.

Le 5 mai 1947, suite à une longue et massive grève chez Renault [10] ainsi qu’au refus des communistes de voter le gel des salaires [11], l’augmentation de 5% du prix du charbon, et qui étaient contre la répression à Madagascar et la guerre d’Indochine, Ramadier alors président du Conseil a viré les ministres communistes du gouvernement.

Il faut dire que depuis des mois il était sous pression des Etats-Unis et de l’ambassadeur Caffery, qui ne voulaient pas d’eux dans l’exécutif. Ramadier en a profité pour violemment réprimer les grèves et mouvements sociaux qui se multipliaient. Quant aux communistes, ils ne sont plus revenus au gouvernement avant les années 80. 

plan bleu

Un mois plus tard, les socialistes, toujours au pouvoir, ont exposé l’existence d’une armée secrète en France et le "Plan Bleu", qui était un volet du stay-behind en plein déploiement.

Parmi les membres de ce réseau qui s’est étendu progressivement à tout le territoire, il y avait des types de la Direction Générale des Études et Recherches (DGER), l’ancêtre des renseignements où on trouvait encore à cette époque d’anciens résistants communistes. Les US avaient entrepris de virer un maximum de communistes et même de socialistes trop à gauche des renseignements et la DGER a été démantelée en 1946 pour être transformée en SDECE (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage), qui a recruté des fascistes et fanatiques d’extrême droite à tour de bras.

Après les renseignements et l’armée, c’est la police qui a été "purgée" de ses éléments les plus à gauche. On constate aujourd’hui, 70 ans plus tard, à quel point cette police est radicalisée à l’extrême droite, à la plus grande satisfaction d’un pouvoir autoritaire par nature en France.

 "À l’initiative des Forces Spéciales états-uniennes et des SAS britanniques, une armée secrète fut bâtie en France sous le nom de code "Plan Bleu", avec pour mission d’empêcher clandestinement le PCF d’accéder au pouvoir", écrit l’historien Daniele Ganser dans son livre "Les armées secrètes de l’OTAN". Comme en Italie, une partie des fonds provenaient d’industriels, qui s’appuyaient sur les types du SDECE pour mater les ouvriers syndicalistes ou les grèves.

 

1947 : Plan Arc-en-ciel, Plan Bleu, Rose-des-vents...

2021-04-11 18_22_28-Le Président du Conseil Paul Ramadier sortant du Conseil des

En 1947 le président du conseil Ramadier a négocié discrètement avec les Américains un accord mettant en place un plan appelé "Arc-en-Ciel" , qui jetait les bases du réseau stay-behind français. Celui-ci était conçu avec deux branches, l’une civile, l’autre militaire.

En conséquence, Ramadier a ordonné au SDECE (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage), les premiers services de renseignements de l’après-guerre, de mettre en place une armée secrète anti-communiste qui devait traquer et combattre les opposants jugés potentiellement subversifs et mener diverses opérations clandestines contre les communistes.

Ces gens aux idées ultra droitières voire carrément fascistes ont constitué les premières recrues des nouveaux services secrets français. Même si juste après la guerre, un certain nombre de communistes étaient encore présents dans les milieux du renseignement en raison de leur forte présence dans la Résistance.

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Le SDECE a ainsi recruté des gens comme René Bousquet ex chef de la police de Vichy et grand ami de Mitterrand, ou le Collabo Henri Martin ex chef du service de renseignement de La Cagoule (qu’on retrouvera dans l’OAS), qui ont rapidement été en contact avec des cellules à l’étranger, notamment en Grande-Bretagne, en Italie, en Belgique via André Moyen dont on va reparler.

Un document déclassifié de 1947 montre que les US et le général Revers, chef de l’état-major, s’entendaient pour mettre sur pied une armée capable de mobiliser un million d’hommes avec du matériel US, pour protéger la France contre une invasion communiste. En 1947 et 1948, des négociations franco-US ont débouché sur un accord militaire secret qui permettait la libre circulation des troupes US sur le sol ainsi que dans les espaces aérien et maritime français[12].

Le "plan bleu" a été établi dès 1947, afin de mener des actions sous couverture pour bloquer la montée des communistes et organiser un coup d’Etat durant l’été 1947, en parallèle de la création du réseau Arc-en-ciel. L’objectif était de détruire la IVe République, qui avait le tort d’être un peu trop démocratique. Le moyen : organiser des opérations sous faux drapeau telles que des pillages de fermes, des attaques de banque, des menaces de mort, pour laisser croire à une prise de pouvoir imminente des communistes et apparaitre comme les sauveurs de la nation.

2021-04-11 18_54_58-1975, Paul Touvier, _j'ai fait mon devoir en évitant le pire

Les comploteurs étaient des membres de la police et ex-Collabos, certains ayant des liens avec le MI6 et la CIA . On peut citer par exemple le commissaire des RG de Quimper Henri Soutif [13] ou Roger Aurouet, mais aussi le milicien sadique Paul Touvier [14] sous le nom de Claude Gaillard, qui a obtenu une amnistie de Pompidou en 1971[15]. L’opération était dirigée par un colonel de gendarmerie en Bretagne, Maurice Guillaudot.

Il y avait aussi un belge, un nationaliste flamingant dénommé Gustave Vanniesbecq, repéré dès les années 30 par la Sûreté Belge. Il avait monté un réseau de renseignements pour le compte de l’armée allemande dans la région d’Anvers et monté un mouvement Collabo, le Mouvement national populaire[16]. Il a donc fui en France à la Libération, puis a été arrêté et c’est là qu’il aurait été recruté par la DST pour infiltrer les milieux clandestins d’anciens nazis.

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Le ministre de l’Intérieur socialiste Edouard Depreux a dénoncé ce plan le 30 juin 1947, et expliqué que des paramilitaires français (des vichystes et fascistes) collaboraient dans ce cadre avec les services US et anglais depuis 1944 dans un "maquis noir" et qu’ils "voulaient faire croire à l'imminence d'un putsch communiste pour pouvoir se donner ensuite le beau rôle de sauveurs", comme l’écrivait un journaliste du Monde le 2 juillet 1947.

L’enquête sur cette affaire du "plan bleu" a mené à la découverte d’une cache d’armes chez le comte de Vulpian, qui voulait instaurer un Etat fasciste en Bretagne. L’article du Monde précisait : "Les amis du comte de Vulpian avaient imaginé, parait-il, jusqu'à des attaques terroristes de banques et de fermes, dont ils eussent fait endosser la responsabilité aux amis politiques de M. Thorez", le leader du Parti Communiste, et en plus de cela "deux colonnes de soldats, l'une motorisée, l'autre marchant à pied, devaient se diriger sur Paris".

Le plan était censé se dérouler durant l’été, et apparemment certaines actions terroristes ont été menées, comme le 2 septembre 1947 à Montemboeuf en Charente, avec "un incendie de nuit contre la saboterie et menuiserie du militant communiste Mauqueur, maire de. Montemboeuf. Incendie foudroyant, quelques minutes, détruisant tout : machines, stock de bois et de sabots, modèles irremplaçables, ainsi qu’une "Chenard" de modèle récent. Le bilan s’élèvera à près d’un million de francs (de l’époque) de dégâts. Mauqueur ne sera pas le seul visé dans le département" comme le rapporte un document sur l’histoire du parti communiste en Charente.

Quelques protagonistes ont été jugés en 1949, mais les peines ont été très légères pour une tentative de coup d’Etat : Aurouet a pris 3 ans de prison, le général Guillaudot, en fuite, a pris 2 ans fermes avant d’être relaxé en appel et Vulpain a pris 2 ans de sursis.

william donovan

Après le ratage du "plan bleu" passé officiellement pour une opération de marginaux sans rapport avec aucune autorité officielle, le général William Donovan, fan du concept de guerre psychologique[17], a eu l’idée de créer un groupe paramilitaire privé en France avec d’anciens militaires US, anglais, canadiens et français, le tout sous couvert d’une entreprise internationale.

Le processus d’armée stay-behind a été poursuivi en parallèle par Paul Ramadier (président du Conseil) et les US avec l’opération "Rose des vents" dans la continuité de l’opération "Arc-en-Ciel", placée sous le contrôle de la CIA et de l’OTAN, toujours pour mettre en place une armée clandestine anticommuniste destinée à lutter contre les communistes par tous les moyens.

Un des objectifs principaux était d’identifier les éléments de gauche dans les renseignements et même dans toutes les institutions de la IV e République, et de les éjecter. Le réseau était très cloisonné, avec des antennes locales de quelques individus qui ne se connaissaient pas entre elles, et dont chaque membre ne connaissait que 2 ou 3 collaborateurs proches et un supérieur. Il était donc très facile de manipuler ces troupes dans plusieurs sens en même temps.

pub coca 1946

Petit à petit, des cellules parallèles se sont constituées dans les différentes branches des renseignements, connues seulement des directeurs. Quant aux politiques, ils n’étaient pas systématiquement informés de l’existence de ce système parallèle.

François de Grossouvre, le fidèle bras droit de Mitterrand, ex milicien d’extrême droite[18] avant la deuxième guerre devenu résistant sur le tard, a été l’un des dirigeants de cette armée "Rose des vents" à partir de 1950  dans la région lyonnaise[19]. Il aurait été choisi notamment parce que sa couverture d’industriel et son carnet d’adresses étaient intéressants pour le SDECE.

Grossouvre était aussi depuis les années 50 un industriel qui embouteillait le Coca Cola grâce à une licence exclusive [20]. Un certain nombre de cadres de Coca-Cola étaient (et sont probablement encore) des agents de la CIA ou en lien avec elle[21], et c’est précisément pour ces contacts que Grossouvre a été recruté pour gérer le stay-behind de la région lyonnaise tout en étant correspondant du SDECE [22].

Il a aussi été patron de presse (actionnaire principal de La Montagne et le Journal du Centre dans les années 70), tant qu’à faire. Selon un câble de l’ambassade des Etats-Unis à Paris destiné à Washington datant de février 1984, Grossouvre "a connu, conseillé (et financé) Mitterrand pendant plus de vingt ans et ils sont considérés comme de bons amis". L’armée "Rose des vents" a cependant assez vite été supplantée par le SAC.

En 1948, c’est le "complot de la Pentecôte" (à l’époque on appelait un chat, un chat) qui a été démasqué. Ce projet avait été monté par une clique de collabos blanchis ou non [23], qui distribuaient de faux certificats de résistance et des médailles à d’autres collabos. Des caches d’armes avaient été disséminées "dans plusieurs arrondissements de Paris", selon un conseiller municipal communiste qui s’interrogeait à ce sujet en mars 1949.

Le président du groupe communiste Raymond Bossus avait alors dénoncé les manigances gaullistes "avec tout ce que cela comporte d’organisations de bandes armées, de corruption, de pillage de fonds publics, d’attaques contre les organisations ouvrières démocratiques". La tentative de putsch devait se dérouler lors des cantonales de 1948. Chose étonnante, il a fallu plus d’un mois pour que les autorités réagissent, et certains ont soupçonné que le parti gaulliste, le RPF, était impliqué dans la manœuvre. 

2021-04-11 19_47_31-Gordon Gray being sworn in as Director of the Psychological Strategy Board _ Har

Pendant ce temps-là, les US ont continué leurs manœuvres de tranquillement. En 1950 ils ont créé sous l’égide du National Security Council et de la CIA un "Psychological Strategy Board"

"Sous la direction d’un universitaire de Caroline du Nord, le professeur Gordon Gray, ce nouveau service a pour tâche d’échafauder, de concevoir, de proposer et de fournir des plans pour ce qu’il est convenu d’appeler la psychological warfare, la "guerre psychologique". Ce concept a le vent en poupe depuis 1945.

On dénombre alors aux États-Unis pas moins de six organismes ou services militaires et civils d’importance centrés sur la guerre psychologique. La plupart des responsables de la communauté scientifique américaine spécialisés dans la recherche sur la communication de masse, qui émerge à la fin du conflit, ont contribué au cours de la guerre à améliorer l’efficacité des services de guerre psychologique de l’OSS et de l’armée américaine", explique Frédéric Charpier dans "La CIA en France".

2021-04-11 19_52_23-Jean Dides , commissaire de police et membre des Renseignements

En parallèle du stay-behind "militaire" les US ont développé le réseau Dides (dont on a parlé dans la partie sur le recyclage des Collabos dans les renseignements) dans la police. Ce réseau a été mis en place dès la fin de la guerre dans la police par de Jean Dides, un commissaire, ex Collabo en contact avec la Gestapo, qui était en lien direct avec l’ambassade et les renseignements US. C’est d’ailleurs grâce à l’intervention des renseignements US que Dides a échappé à la peine de mort pour collaboration.

Dides a été membre du RPF de 1947 à 1953 quand il en a été exclu, et a organisé le service d’ordre du parti pendant ces années tout en pilotant une officine anti-communiste qui menait des attaques contre les locaux du Parti Communiste et ses militants ainsi que contre les syndicats.

A l’ambassade US, Dides transmettait des infos et des documents à deux contacts en particulier, les agents Lallier et Harisson qui étaient des agents du FBI en charge de la lutte anti-communiste en France. Mais officiellement Dides organisait sa petite cellule anti-communiste dans la police sous les ordres du préfet de police de Paris Jean Baylot, un autre Collabo évadé de prison après avoir été condamné à 18 ans de travaux forcés pour collaboration avant de fuir aux Etats-Unis, qui protégeait le réseau Dides.

2021-04-11 19_56_11-Monsieur Jean Baylot - Paris Chief Of Police

Il traquait les agents pas assez à droite, pas assez dans la ligne atlantiste. Leur QG était dans les locaux de Paix et Liberté, groupe de propagande anti-communiste financé par les US et dirigé par une barbouze, Jean-Paul David.

Très vite, ce réseau policier parallèle s’est aussi activé contre de Gaulle, qui n’obéissait pas assez aux injonctions de Washington. Le bras droit de Dides était "Monsieur Charles" : Charles Delarue, ex inspecteur de police Collabo, condamné à la Libération à 20 ans de travaux forcés, mais échappé de son camp depuis 1947 doté de faux documents et d’un vrai visa US, et vivant en "clandestinité" au milieu des flics. Avec ce visa, Delarue a pu accompagner Dides aux Etats-Unis pour un stage dans les services du FBI.

La CIA a également financé, comme on l’a vu, des mouvements de propagande à destination de l’opinion publique, des médias, des associations, des universités. En 1951, des comités Paix et Liberté ont été créés en Italie, en Belgique, aux Pays-Bas, au Danemark, en Allemagne de l’Ouest, au Vietnam, puis un peu plus tard en Grèce, Turquie, en Australie, en Suisse, en Angleterre. Et beaucoup d’argent frais est arrivé dans les caisses du mouvement.

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Une époque à laquelle le dirigeant du mouvement en France Jean-Paul David s’est rendu plusieurs fois aux Etats-Unis, où il a rencontré Nixon ainsi que des dirigeants de mouvements anti-communistes, des patrons de presse ou encore des dirigeants de la CIA : "Les rencontres de David, tant avec les responsables de la CIA, Allen Dulles et Walter Bedell Smith, qu’avec ceux du Département d’État ou encore avec les membres de l’OCB (Operations Coordinating Board), structure coordonnant les efforts américains en matière de guerre psychologique, montre bien comment Paix et Liberté continuait de rester un élément clé de la stratégie anticommuniste américaine pour la France, tout comme l’était, dans une moindre mesure, Pace e libertà pour l’Italie ; d’autant que l’administration Eisenhower accordait une importance croissante à la guerre psychologique. Mais, plutôt que de s’inscrire dans la politique américaine, Jean-Paul David cherchait, avec Bidault, à coordonner les efforts du monde libre en matière de propagande et de guerre psychologique au niveau de l’OTAN", analyse Bernard Ludwig dans un article sur "Le Comité européen et international Pais et Liberté". Mais les US auraient refusé de transmettre la coordination de Paix et Liberté à l’OTAN (cela aurait été trop voyant et aurait terni l’image de l’OTAN).

A partir de 1952, il y a aussi eu le plan "Demagnetize" mené par les US avec l’Italie et la France, toujours pour mettre en place une organisation clandestine anti gauche. Ce plan, comme l’a montré la commission d’enquête parlementaire italienne de 1991 sur le Gladio, a été mené par les US directement avec des responsables des renseignements, sans en informer les gouvernements.

Le plan Demagnetize, qui a contribué à la structuration du stay-behind, a été révélé par un document confidentiel du commandement général de l’état-major US. Il visait à mener des opérations politiques, paramilitaires et psychologiques pour réduire l’influence communiste, et il était même précisé que "les gouvernements français et italien ne doivent pas être mis au courant de son existence, étant évident qu’il peut constituer une ingérence dans leur souveraineté nationale".

 

Installation du stay-behind en France

De Gaulle Metz 1948

Les US se sont aussi appuyés sur certains membres d’un service de renseignements non officiel : le service d’ordre du RPF (Rassemblement du Peuple Français, le parti de De Gaulle, créé en avril 1947, dissous en 55).

Les gros bras du RPF parmi lesquels il y avait des truands aussi bien que des policiers, étaient chargés de la protection des politiciens, de faire office de chauffeurs, mais aussi d’aller cogner sur les militants communistes ou encore de remplir les caisses du parti. C’est ainsi qu’ils ont grandement contribué au retour de de Gaulle en 58.

Les services US et anglais accordaient une grande confiance aux types de ce service d’ordre, dirigé par le général Pierre de Bénouville, ex leader des très royalistes Camelots du Roi, liés à l’Action Française[24]. Bénouville était proche de personnalité diverses parmi lesquelles :

  • De Gaulle
  • Allen Dulles, avec qui il a travaillé pendant la guerre et au temps de l’OSS : en 1943, Bénouville, représentant du mouvement Combat, a signé un accord avec Dulles pour que les français donnent des renseignements aux US en échange d’armes, de munitions, de moyens de transmission et d’argent à hauteur de 10 millions de Francs[25]. Un accord passé dans le dos de Jean Moulin, qui travaillait avec De Gaulle. Il était également proche du Nazi Otto Skorzeny, dont on a déjà parlé. Benouville était semble-t-il le principal contact de Dulles dans la « résistance ».
  • Achille Peretti, maire de Neuilly qui a lancé sarkoléon. D’ailleurs, Bénouville avait de nombreux contacts en Corse.
  • Marcel Dassault qui a financé son journal Jours de France autour de 1954.

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Pierre de Bénouville était une des principales portes d’entrée des US dans les renseignements français. Ce fils d’assureur alsacien né en 1914 était un fervent royaliste, antisémite et anticommuniste ultra conservateur. Il a démarré sa vie militante dans les années 30 chez les Camelots du Roi de l’Action Française (il a activement participé aux émeutes fascistes de 1934 et à un attentat contre Léon Blum en 1936), a fréquenté les chefs de l’organisation fasciste la Cagoule, et était alors en relation avec d’autres fascistes comme François Mitterrand et André Bettencourt le futur patron de l’Oréal.

En 1936 il a combattu contre les Républicains en Espagne. Mobilisé à la déclaration de guerre, il a été fait prisonnier par les Allemands, s’est échappé, a rejoint la France et milité pour le Maréchal Pétain. Il serait devenu résistant en 1941et a joué un rôle important dans l’arrestation de Jean Moulin[26] en juin 1943 alors qu’il était dans le camp de la résistance de droite.

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Depuis cette époque, Bénouville était proche d’Allen Dulles, qu’il a vu et avec lequel il a correspondu pendant 25 ans. Selon son biographe Guy Perrier, "En juin 1948, Bénouville et son épouse sont reçus chaleureusement par les Dulles qui les introduisent dans les milieux américains influents".

A la Libération il a reçu divers honneurs pour ses faits d’armes dans la résistance. Après la guerre il a rejoint le RPF de De Gaulle et est devenu député d’Ille-et-Vilaine puis de Paris et, a soutenu l’Algérie française. Il a été très proche de Chirac, dont il a contribué à l’ascension et en 1984 il a défendu Mitterrand quand certains s’interrogeaient sur son attitude pendant la guerre.

En même temps qu’il faisait de la politique en se rapprochant de l’extrême-droite, Bénouville était administrateur de grandes entreprises, comme les éditions Robert Laffont, les cinémas Gaumont, ou encore Dassault Bréguet. Il s’était placé depuis la fin de la guerre au service d’Allen Dulles et était proche d’Otto Skorzeny. Beaucoup de collabos lui doivent d’avoir évité des ennuis à la Libération, comme le rappelle Annie Lacroix-Riz dans "La non épuration en France".

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Plusieurs unités de combattants de Bénouville et son collègue Michel de Camaret (un autre ancien des Camelots du Roi qui a rejoint comme beaucoup de ses amis le mouvement de résistance Combat) chargées des opérations spéciales en Indochine, dont le 11 Choc (régiment de parachutistes qui travaillait avec le SDC, notamment pour le trafic d’opium) du Service Action du SDECE et la Légion étrangère, ont été directement entraînées par l’ex SS Otto Skorzeny et ses hommes à partir de 1949 et pendant plusieurs années [27].

Ils y ont appris la palette habituelle des compétences des barbouzes du stay-behind : sabotages, destructions, actions psychologiques.

La confiance des US dans les types du service d’ordre du RPF, entrés massivement dans les renseignements d’alors, le SDECE, a permis de mettre en place l’armée secrète "stay-behind" via le Service Action du SDECE. Selon un article de Thierry Meyssan, "Le territoire français était divisé en nombreuses zones géographiques stay-behind où étaient affectées des cellules clandestines, chaque zone étant placée sous le contrôle d’un officier du SDECE".

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En France c’est donc le Service Action du SDECE qui chapeautait les membres du stay-behind après la guerre. Et dans le service action, c’est le 11e bataillon parachutiste de choc (le 11e Choc), son groupe le plus offensif, qui était chargé de la logistique et de la formation. Le 11e Choc a été créé en 1946 par Jacques Morlane, secondé par le futur général adepte de la torture et du meurtre d’opposants en Algérie Paul Aussaresses.

En 1950, la direction d’un centre d’entrainement pour le Service Action à Cercottes est confiée à Aussaresses. C’était là que les cadres du stay-behind, notamment Foccart[28], très souvent dans anciens du BCRA (la résistance gaulliste) allaient se former et partager les orientations stratégiques. Les membres du Service d’ordre du RPF s’y rendaient aussi, puis ceux du SAC. De toute manière : les méthodes et les objectifs étaient quasiment les mêmes. A partir de 1952, certains sont aussi allés s’entraîner à Fort Bragg, le "centre de guerre psychologique" de l’armée US.

2021-04-11 20_52_58-(415) Les dernières confidences de Paul Aussaresses sur l'Algérie et la torture

Aussaresses, adepte de la torture pendant la guerre d'Algérie, est l’un des principaux inspirateurs des techniques de guerre psychologique et de guerre contre-insurrectionnelle inculquées ensuite à l’armée US.

Il est entré au SDECE en 1957, où il était "en charge du fichier des "réservistes" mobilisables en cas de guerre. Parmi eux, un certain Bob Denard". De 1960 à 1963, il était officier de liaison à Fort Bragg le QG des forces spéciales US, où étaient aussi entraînés les cadres européens du stay-behind. Il y a enseigné ainsi qu’à Fort Benning les techniques de guerre psychologique et de guerre contre-insurrectionnelle[29].

Les US ont ensuite mis en application les enseignements d’Aussaresses au Vietnam, et à son retour en France Aussaresses a été nommé colonel à la tête du 1er régiment de parachutistes et a intégré l’état-major international de l’OTAN. De 1973 à 1975, à la fin de sa carrière militaire, il était au Brésil alors en pleine dictature, pour y former les cadres de la junte militaire locale et d’autres dictatures latino-américaine à la traque et à la répression des opposants ainsi qu’à la guerre sur le mode contre insurrectionnel[30]. Puis il a quitté l’armée et rejoint Thomson-Brandt en tant que marchand d’armes.

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Réputé proche des réseaux Foccart, donc du SAC, Aussaresses incarne à cette époque la symbiose entre les milieux du SAC et du stay-behind. Autre dirigeant du Service Action : Jeannou Lacaze, franc-maçon à la loge "la Lyre de Salomon" (toujours active) créée par un proche de Pasqua où venaient beaucoup de types des renseignements. Devenu directeur du renseignement du SDECE de 1971 à 1976 puis chef d’état-major des armées en 1981, Lacaze a ensuite officié comme conseiller politique de Mobutu, Kabila, Gnassingbé Eyadema, Denis Sassou-Nguesso, Idriss Déby ou encore Félix Houphouët-Boigny. Tous de grands démocrates comme on le sait.

Le 14 mars 1948 à Paris, les responsables des services de renseignements d’Europe de l’ouest, encore à l’état de brouillons, se sont réunis en secret et ont créé le Western Union Clandestine Committee (WUCC), sur la base de la structure US-anglaise-française du stay-behind.

Le 3 avril 1948, Truman signait le Plan Marshall, qui, comme on l’a vu, est le texte fondateur de l’Europe qu’on subit toujours aujourd’hui. Le plan Marshall débloquait des millions pour "aider" l’Europe à se reconstruire, mais en réalité une grande partie de l’argent a servi à financer l’influence US dans ces pays.  Le directeur du plan Marshall, Richard Bissell, travaillait en étroite collaboration avec la CIA pour financer des réseaux discrets. En 1951, le WUCC a été rebaptisé CPC, pour "Clandestine Planning Committee".

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N’oublions pas qu’en 1949 c’était la création de l’OTAN, avec laquelle le SDECE a travaillé en étroite collaboration pour entretenir l’ "armée secrète" tricolore.

Le SDECE a même envoyé certains de ses représentants comme le dénommé Thyrault de Vosjoli à Washington de façon permanente. De Vosjoli était le correspondant du SDECE auprès de la CIA depuis 1951 (année où le SDECE a ouvert une antenne à Washington) avant de rejoindre le camp US peu après l’arrivée de de Gaulle.

A la création de l’OTAN en 1949, Roger Wybot, un ancien des renseignements gaullistes pendant la guerre qui organisé les services de la DST après-guerre, a été nommé par l’OTAN pour mettre en place une organisation de contre-espionnage en temps de paix sur le modèle d’Interpol, et a rencontré dans la foulée le directeur de la CIA Walter Bedell Smith [31].

Affaire des bijoux de la Begum

Wybot était très proche des US et aussi de certains mafieux Corses, notamment ceux qui étaient impliqués en 1949 dans le vol des bijoux de la Begum, épouse du chef des musulmans ismaéliens et plus grosse fortune mondiale à l’époque, l’Aga Khan[32]. Wybot et son supérieur Bertaux étaient en contact avec Skorzeny, photographié en 1950 à Paris par L’Humanité avant d’être transféré en Allemagne puis en Espagne. Il s’est avéré que Skorzeny travaillait sur le sol français sous le nom de « Rolf Steiner » en coordination avec eux.

La publication de la photo, puis de documents saisis chez Skorzeny, ont fait scandale en 1950.

Cela n’a pas empêché les Français de persévérer dans le stay-behind, demandant que l’Italie puis l’Espagne rejoignent le dispositif [33]. Mais seule l’Italie a finalement rejoint le SHAPE, le commandement de l’OTAN. L’objectif était bien-sûr la lutte contre les communistes, très influents en Italie jusque dans les années 70. Les français ont même contribué à la formation d’escadrons de la mort version italienne, composés de fascistes.

En 1958, de Gaulle est revenu au pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat organisé avec l’aide de Washington, alors qu’un retour des communistes au gouvernement se profilait. Un coup d‘Etat militaire a été mené à Alger en mai 1958 avec une division parachutiste pour empêcher le gouvernement français de donner l’indépendance, et a entraîné une crise politique.

Les amis de de Gaulle, comme Soustelle, Benouville qui obtient des financements de Dassault etc. se sont activés pour que le "retour du général" prenne forme dans l’opinion publique avant le coup d’Etat en Algérie. Un mini débarquement a eu lieu sur la préfecture d’Ajaccio et une autre était prévue sur Paris (Opération Résurrection)  mais n’a pas été nécessaire, et de gaulle est apparu comme le sauveur capable de calmer la situation –qu’il avait lui-même créée.

Pour réaliser les préparatifs lancé quelques mois plus tôt à travers le lancement de divers complots anti démocratiques, les US se sont bien-sûr appuyés sur le réseau stay-behind local.

Une "Association pour l’appel au général De Gaulle dans le respect de la légalité républicaine" a été créée en mai 1958 par Foccart et plusieurs autres types proches du stay-bahind comme Bernard Dupérier, Pierre Lefranc qui est devenu chef de cabinet de de Gaulle. Derrière, c‘est de Gaulle qui gérait la manœuvre et les leaders de l’association étaient en lien direct avec lui[34].

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Le coup d’état d’Alger a permis de faire basculer le paysage politique français, trop à gauche, et de déclarer l’état d’urgence qui a permis à de Gaulle de s’installer au pouvoir.

D’ailleurs, les 29 et 30 avril 1958, la toute première réunion de l’Allied Coordination Committee (ACC) a été organisée par les US à Paris. Les principes fondamentaux du stay-behind ont été posés à cette occasion, c’est-à-dire la consultation mutuelle entre les 6 pays membres officiellement à cette date (Pays-Bas, Grande-Bretagne, Luxembourg, Belgique, France, USA) et l’alignement de leurs positions sur tout ce qui touche au stay-behind[35].

A cette époque, le général était perçu par les US comme un moyen de contenir la poussée à gauche sur le plan politique[36]. Il faut souligner que nous subissons toujours le régime hyper présidentiel, avec des pouvoir disproportionnés donnés au président de la "République", à travers la constitution de 1958.

Ce complot destiné à assurer sa prise de pouvoir était organisé par des gens comme le "Docteur" Henri Martin, un ancien cagoulard et membre de l’Action Française déjà présent dans le "Plan Bleu", ou des militaires comme le général Lionel-Max Chassin qui était à ce moment commandant et coordinateur de la Défense aérienne des forces alliées de l’Europe centrale à l’OTAN. L’objectif était apparemment un coup d’Etat militaire et un régime fasciste, si toutefois le coup d’Etat de De Gaulle n’était pas couronné du succès attendu.

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Dès 1958, Chaban Delmas a créé un centre d’entraînement à la guerre subversive[37], dirigé par le général Bigeard pour former aux opérations telles que la torture, la traque des opposants, la propagande. Des agents italiens, portugais, israéliens, argentins y ont été formés, peu importe que ce soit au service de dictatures.

Dès qu’il a pris le pouvoir, de Gaulle a pris le contrôle du média public, la RTF, future ORTF. Il a viré et remplacé tous les chefs, ainsi que tous les journalistes considérés comme communistes ou proches des communistes. Il a révisé de fond en comble la constitution, pour faire un régime hyper présidentiel, avec un parlement élu à la proportionnelle et une séparation des pouvoirs bidon. Tout cela allait bien aux Américains.

Par contre, quand il a annoncé l’autodétermination de l’Algérie, la grande majorité de ceux qui l’avaient soutenu pour son coup d’Etat se sont considérés trahis et se sont retournés contre lui dans l’OAS (Organisation Armée Secrète) principalement. Celle-ci aurait compté jusqu’à 1.000 hommes armés actifs.

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Et en avril 1961 rebelote : c’est le putsch des généraux à Alger, toujours avec l’aide de la CIA mais cette fois pour virer de Gaulle, favorable à l’indépendance de l’Algérie. Le putsch était mené par quatre généraux dont Maurice Challe, qui dirigeait jusqu’en décembre 1960 le secteur Centre Europe de l’OTAN, et qui était en lien avec Allen Dulles dont l’objectif était d’éjecter de Gaulle.

On sait également que Richard Bissell, directeur de la planification à la CIA, a rencontré Jacques Soustelle, alors gouverneur général d’Algérie, en décembre 1960. Apparemment, Soustelle aurait effrayé les US en expliquant de le FLN était lié à Moscou et qu’une Algérie indépendante deviendrait une base arrière communiste. En réalité, le FLN (tout comme l’OAS) était entraîné par le BND de Gehlen, c’est-à-dire les renseignements allemands complètement impliqués dans le stay-behind[38]. Ce que les US ne pouvaient ignorer.

Le colonel Lacheroy, proche du général Challe l’un des principaux putschistes, et spécialiste de la « guerre psychologique », recevait à l’Ecole de guerre les opposants à de Gaulle et les types des renseignements US pour préparer l’opération.

La CIA a beaucoup aidé l’OAS également, notamment à travers l’American Committee for France and Algeria qui publiait un bulletin chaque mois à partir de septembre 1960 (rebaptisé "Today in France").

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L’objectif du comité était, comme c’est précisé dans le bulletin n°1, d’ "expliquer aux Américains les raisons pour lesquelles nous, un groupe d’de citoyens Américains, pensons que, dans l’intérêt de l’humanité et de la civilisation occidentale,  la politique américaine comme celle de nos alliés sera mieux servie par une Algérie intégrée à la France".

L’épouvantail communiste y était agité sur chaque page. Le secrétaire de l’association était Samuel Blumenfeld, qui attirait l’attention des Juifs US sur le triste sort à venir des Juifs d’Algérie dans un pays indépendant.

Des fonds ont aussi versés à l’OAS par la CIA, apparemment massivement, pour certaines opérations plus ou moins fructueuses.

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La guerre d’Algérie a eu lieu aussi bien en Algérie (massacres, tortures, propagande…) qu’en France où des dizaines d’attentats ont été organisés par l’OAS, qui traquait et assassinait les membres du FLN partout en Europe. Fin 1961, les US ont négocié avec la bande de Lucky Luciano pour bloquer les importations d’armes à destination du FLN.

A partir de là, on assiste à une véritable scission au sein des barbouzes, aussi bien dans le stay-behind que dans les renseignements "officiels" : il y avait les pour de Gaulle, et les tenants de l’Algérie française avec l’OAS et le 11e Choc notamment. De Gaulle et Foccart ont donc entrepris un nettoyage des éléments les plus pro US, et éjecté les principaux dissidents comme le directeur de la DST Roger Wybot ou le conseiller renseignement du 1er ministre Constantin Melnik, qui coordonnait les services spéciaux avec Foccart.

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Mais au fil du temps, les cellules stay-behind qui n’ont pas disparu se sont retrouvées complètement indépendantes du gouvernement français, placées directement sous les ordres de l’OTAN et des services anglo-saxons.

Quand en 1966 de Gaulle a décidé de virer le quartier général de l’OTAN -le SHAPE, qui était installé à Paris – et avec 70.000 soldats et officiels US, on a découvert que des protocoles secrets bilatéraux signés par chaque pays avec les USA accompagnaient le traité de l’Atlantique nord. Ceux-ci visaient à protéger les terroristes d’extrême-droite liés aux armées stay-behind, et les Etats devaient mettre en place une structure secrète de lutte anti communiste.

Comme en Suisse, en Italie, en Allemagne, en Belgique et certainement ailleurs, des caches d’armes, de munitions et d’explosifs ont été disséminées sur le territoire. En France, on ignore leurs emplacements et à quoi ont pu servir ces armes. Mais on a vu qu’en Italie on a retrouvé leur trace dans plusieurs attentats d’abord attribués à l’extrême gauche, mais dont les enquêtes ont montré qu’ils étaient commis par le réseau anti-communiste.

2021-04-12 19_23_21-1947, les grévistes marseillais face à la répression et à la violence _ L'Humani

Le stay-behind avait aussi un volet mafieux. Dès 1945 les US étaient très présents dans les ports, notamment Bordeaux, Cherbourg, La Rochelle, et surtout à Marseille où les syndicats communistes avaient tendance plus qu’ailleurs à faire grève, bloquant ainsi les cargaisons de marchandises US.

L’ami Irving Brown arrivé en 47 avec les poches toujours pleines d’argent, a infiltré les syndicats français et permis de limiter les problèmes pour les US en s’appuyant sur Pierre Ferri- Pisani, ennemi juré à la  SFIO des Bouches-du-Rhône de Gaston Defferre qui régnait déjà dans le secteur. Les US se sont aussi appuyés sur Antoine Guerini, l’un des frangins qui jusque-là travaillait avec Defferre, sur Jo Attia, Jo Renucci ou encore sur le clan Francisci. Guerini a permis de casser quelques grèves et quelques cégétistes, pendant que des sections locales de FO s’installaient.

C’est Ferri-Pisani, ex syndicaliste CGT passé brièvement par la SFIO, qui a organisé les rencontres entre Irving Brown et Antoine Guérini [39], par l’intermédiaire d’un ancien flic passé au service des mafieux, Robert Blémant. Il a aussi créé un syndicat anticommuniste en 1948, le "comité méditerranéen des marins et des dockers" et des syndicats de marins et de dockers FO, toujours avec l’aide d’Antoine Guérini. A l’époque, les frères Guérini étaient des VIP très appréciés des jeunes stars du show biz, comme Alain Delon qui fréquentait les mêmes soirées.

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Le financement direct des actions anti-communistes par Irving Brown et la CIA via Ferri Pisani et les Guérini aurait pris fin en 1953, car le port de Marseille était passé sous contrôle des mafieux qu’ils soutenaient, et le trafic d’héroïne fournissait de nouvelles ressources[40].

Sur le plan politique, les Etats-Unis ont comme on l’a vu financé des partis et syndicats non communistes, afin de bloquer les mouvements de la CGT et surtout de faire scission : FO a fait scission de la CGT, la LCR du PC, et Lutte Ouvrière de la SFIO. Ce sont les trotskistes qui ont servi de chevaux de Troie, et ont été largement financés par la CIA, via notamment Irving Brown, qui se verra retirer son visa par les autorités françaises en 1956. Les socialistes et les syndicats "modérés" devaient être financés dans toute opposition au communisme[41].

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De son côté, le SDECE avait aussi ses contacts avec les mafieux corses. Par exemple Jo Attia a été libéré de prison en 1949 par le colonel Beaumont, à qui il avait sauvé la vie pendant la guerre, pour traquer un opposant Marocain, Alal el Fassi [42]. Il a aussi été en mission pour le SDECE en Tunisie en 1957. En 1958, il travaillait directement pour le réseau Foccart et en 1959 on le retrouve au Katanga puis en Côte d’Ivoire où il a ouert une boîte de nuit à Abidjan qui est devenue le QG de la bande locale de Foccart [43].

A Paris, Attia était propriétaire du Gavroche à Montmartre, où squattaient les truands et les types des renseignements. On le retrouve lui aussi impliqué dans la disparition de Mehdi Ben Barka.

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Le stay-behind avait aussi recruté dans les milieux d’affaires : on a vu que François de Grossouvre a été administrateur de Coca-Cola et patron de la première usine d’embouteillage en France, installée près de Lyon.

Il y avait Foccart bien-sûr, mais aussi le patron d’un groupe pharmaceutique, Roger Bellon, ou encore Pierre Henneguier le directeur de Simca (groupe automobile créé par Fiat)[44], ou encore Henri Guillermin ex résistant gaulliste comme les deux autres, devenu en 1948 gérant de la Société française industrielle et commerciale (SOFICOM), membre du SAC et élu gaulliste dans les années 60 et 70.

Les cellules "Rose des vents" étaient généralement dissimulées derrière des structures officielles d’extrême droite, comme l’ordre des Chevaliers de Notre Dame qui a planqué Paul Touvier pendant des années, ou l’Ordre du prieuré de Sion[45]. On notera que l’ordre des Chevaliers de Notre-Dame est lié à la Fraternité Notre-Dame, spécialisée dans l’aide aux prisonniers, qui a notamment aidé le tortionnaire d’Appoigny Claude Dunant dans sa réinsertion après sa libération en conditionnelle et dont le responsable a déclaré avoir aidé l’ex milicien Paul Touvier "par charité". Dans ces cellules, il y avait systématiquement des membres des renseignements et/ou de l’OTAN.

Même si De Gaulle a tenté, à un moment, de soustraire la France à la mainmise des services américains, leur présence est restée forte, via l’OTAN et ses réseaux. C’est tout de même aussi à eux qu’il a dû sa prise de pouvoir en 1958, fruit de plusieurs magouilles montées par des membres du stay-behind.

Avant 1955, un plan piloté par les renseignements généraux visait à éliminer les leaders communistes en cas de besoin. Ledit plan, appelé RS pour "Répertoire Spécial", était basé sur une liste de 2.000 communistes qu’il était possible d’arrêter en l’espace d’une seule nuit [46] et de parquer dans des stades. Ce fichier classé secret défense n’a été supprimé qu’en 1974 par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Michel Poniatowski. Difficile d’en savoir davantage car tous les documents auraient été détruits [47].

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Avant qu’il revienne au pouvoir en 1958 grâce à un coup d’Etat (qui a donc fixé les institutions actuelles bien que cela soit totalement occulté de la mémoire officielle), des proches de de Gaulle ont tenté de rassurer les US sur les intentions de Mon Général. Vincent Nouzille écrit dans "Des secrets si bien gardés. Les dossiers de la CIA et de la Maison-Blanche sur la France et ses présidents", que le 16 mai 1958, "Henri Tournet, un ami de l’éminence grise gaulliste Jacques Foccart, a rencontré secrètement le général Sternberg, l’un des officiers américains en poste en France. Le message était apaisant : de Gaulle respectera les engagements de la France dans l’OTAN, qu’il n’a pas l’intention de quitter. Le 21, alors que le désordre se propage, Tournet accompagné de Sternberg, rend visite à l’ambassadeur américain Amory Houghton pour réitérer ces propos et établir un canal de communication "informel" entre l’ambassade et le général, avec l’accord tacite de ce dernier".

Les US sont même allés jusqu’à prendre contact avec les socialistes pour éviter que la gauche n’aille dans la rue lors de l’élection de de Gaulle par l’assemblée et pour s’assurer que le groupe socialiste adhère massivement au retour du « général ». Une fois au pouvoir, beaucoup d’ « amis » des US se sont trouvés aux commandes : Pierre Mendes-France (socialiste atlantiste), Antoine Pinay, Guy Mollet, René Pflimlin… Et tous ont confirmé la ligne atlantiste, pro OTAN et pro Europe du gouvernement.

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La brouille s’est amplifiée après le départ de l’OTAN et surtout après la réélection de de Gaulle en 65. Les US se sont alors activés pour préparer la suite en s’intéressant notamment à l’opposition actuelle et à venir, notamment à Mitterrand (socialiste[48]), Giscard (indépendants) et Jean Lecanuet (centre).

A côté de cela, la CIA s’émancipait de plus en plus du pouvoir politique, fonctionnant comme une entité autonome qui ne rendait plus compte devant la représentation nationale ou le président. C’est ainsi que la CIA pouvait mener des actions dont le gouvernement américain n’était pas mis au courant, comme ce fut le cas pour le putsch des généraux en 1961.

De son côté le PC, assagi, était désormais d’accord pour le marché commun (libéralisation des mouvements de capitaux et à terme monnaie unique européenne).

En 1966 et 1967, Mitterrand et son frère Robert ont rencontré de nombreuses fois des officiels US pour leur expliquer à quel point ils étaient atlantistes et pro européens.

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François Mitterrand explique même à l’ambassadeur US à Paris Charles Bohlen : "Mon seul objectif est de renverser le gaullisme, après quoi je mènerai une politique proaméricaine" [49]. En juillet 66, Robert de passage à Washington, a fait un tour au département d’Etat US (les affaires étrangères) et a affirmé que Mitterrand soutenait la signature d’un accord militaire avec eux pour compenser le départ de l’OTAN, et qu’il était un chaud partisan de l’Europe "incluant la création d’organes supranationaux[50].

Dans les années 60, la grande communauté internationale des fascistes s’est structurée, et pouvait opérer n’importe où dans le monde. Il y avait des antennes implantées dans toutes les dictatures en place, et dans les autres pays les opérations étaient menées en sous-main. Les groupes de mercenaires fascistes opéraient en fait partout même en France.

Le colonel Ramon Trabal, attaché militaire de l’ambassade d’Uruguay à Paris, a été assassiné en 1974 dans la cadre de l’opération Condor, ce réseau de fascistes qui traquait les opposants aux dictatures partout dans le monde. L’opération Condor était organisée en Amérique Latine, mais le système était aussi opérationnel en Afrique et en Europe. L’année suivante c’était le journaliste chilien de gauche Eugenio Lira Massi qui a été suicidé à Paris où il était arrivé seul en juin 1974. 

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En 1976, une équipe a assassiné l’ambassadeur de Bolivie, le général Joaquin Zenteno Anaya, en plein Paris et comme souvent le crime a été revendiqué ensuite par un groupe baptisé "les Brigades Internationales Che Guevara", ce qui a permis de l’imputer à l’extrême gauche. Et il est vrai que Anaya avait piloté la traque puis ordonné l’asssassinat de Che Guevara en Bolivie en 67.

On a appris plus tard que cette opération avait été initiée par certains membres des renseignements boliviens aux ordres du dictateur Hugo Banzer (formé aux Etats-Unis) et des membres d’un groupe de fascistes liés à Otto Skorzeny lors d’une réunion à Madrid car il était opposé au président Banzer et soutenait l’ex président Juan Jose Torres, assassiné peu après en Argentine.

Otto Skorzeny, brillant militaire du 3e Reich qui avait rejoint le NSDAP dès 1931, a été comme son congénère Reinhard Gehlen un pilier de l’internationalisation du stay-behind. Gehlen opérait plutôt à l’est avec le réseau Odessa, Skorzeny au sud, de l’Amérique Latine au Moyen-Orient, en passant par l’Espagne et l’Italie, avec son réseau "Die Spinne" (l’araignée).

Ils ont formé de nombreux cadres des réseaux stay-behind, officiels ou carrément parallèles. Un dénommé Robert Leroy, ancien engagé volontaire dans la division Charlemagne des Waffen SS, a trouvé grâce à ses contacts chez les collabos un job dans une agence de presse en Italie.

Puis il a infiltré divers groupes communistes (partis, associations pro-chinoises…) en Suisse et en France pour le compte de l’OTAN et de Gehlen[51], patron du BND (les renseignements allemands pour lesquels Leroy a travaillé jusqu’à ce que quelques nazis dont Gehlen en soient écartés).

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Robert Leroy, était l’une des chevilles ouvrières d’Aginter Press, agence de presse liée à l’OAS, basée au Portugal et qui servait de couverture à des opérations clandestine.  Il a eu quelques ennuis à la Libération, a été condamné à 20 ans de travaux forcés, mais est ressorti dès 1954.

Avant de rejoindre Aginter Press, "De 1958 à 1966, il aurait été informateur pour le compte de l’OTAN, spécialisé dans les informations anti-communistes, sous la couverture de journaliste au journal suisse L’Étincelle, organe du Parti Populaire Suisse". A partir des années 60, Leroy a contribué à l’importants mouvements d’infiltration du mouvement pro-chinois par l’extrême droite [52] (en effet un certain nombre de fascistes invétérés sont soudain devenus favorable au maoisme.

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En Italie, Leroy et Guérin-Sérac (le n°1 d’Aginter Press dont il était le bras-droit) ont été fortement soupçonnés par certains services d’avoir été les cerveaux d’une série d’attentat, notamment ceux de la gare de Bologne [53], ou encore dans l’organisation d’un mouvement indépendantiste au Mozambique. Leroy a aussi été impliqué dans des opérations en Tanzanie, au Mozambique, en Zambie par exemple, toujours grâce à sa couverture de "journaliste maoïste" qui avait fait son mea culpa par rapport à son passé de nazi et de fasciste. Il en profitait aussi pour intoxiquer les leaders "révolutionnaires" et opposants aux régimes "amis".

Il existe quelques traces d’activité militaire US sur le sol français, même si on ne peut pas officiellement les relier au Gladio. Par exemple, les "OVNIS" aperçus au-dessus de la Corse en 1952, l’affaire du LSD de Pont-Saint-Esprit, ou encore quelques meurtres et enlèvements…

Des exercices ont eu lieu jusque dans les années 90. Par exemple en 1982, une semaine de formation a été organisée en Bretagne : attaque, interrogatoire, radio, filatures, parachutage…

Selon des spécialistes du renseignement, des exercices ont encore été menés dans le cadre de l’organisation stay-behind jusqu’en 1991, notamment en Suisse.

 

Le SAC entre dans la danse

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Le Service d’Action Civique (SAC), a été créé à la fin de la guerre par une équipe de fascistes proche de de Gaulle, en tant que service d’ordre du parti gaulliste, le RPF. Constitué d’ex combattants souvent proches de Pasqua, il était plutôt d’une forme de groupe armé clandestin – certains ont parlé de "police parallèle" - destiné à lutter contre les communistes et à protéger de Gaulle ainsi que les intérêts de ses amis. Il a aussi noyauté la police, l’administration, et l’armée.

Le SAC, déposé officiellement en préfecture en 1958, faisait suite au Service d’Ordre du RPF créé en 1947 et déjà financé par des patrons d’entreprise (notamment Marcel Dassault) ainsi que des banques et des sociétés d’import-export. Ses membres devaient une "obéissance aveugle et une abnégation totale" aux cadres.

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Le service d’ordre du RPF s’était doté d’une « école de formation des cadres » à Saint-Germain-en-Laye. Le commissaire collabo Jean Dides a placé des pions dudit service d’ordre dans la police.

Ce service d’ordre a été dissous brièvement puis remis sur pied par Pasqua, le mafieux collabo ami de la CIA Etienne Léandri, Jacques Foccart, Roger Frey, Alexandre Sanguinetti et quelques autres en 1958 au retour du général, sous le nom de "service d’action civique". Les membres juraient une "obéissance aveugle" au chef, mais en échange ils étaient bien payés ce qui ne les empêchait pas d’augmenter leurs revenus avec divers trafics.

Le QG du SAC était dans un hôtel particulier de la rue de Solférino appartenant au comité de soutien à l’action du général de Gaulle, où se trouvait aussi son bureau et celui de son fidèle ami Jacques Foccart. Autre élément qui montre la consanguinité entre le parti gaulliste et le SAC : en 1968, la permanence politique de Pasqua à Levallois a abrité un poste de commandement du SAC équipé de radios.

Au fil du temps les activités du SAC se sont diversifiées : lutte anti gauchistes bien-sûr, mais aussi contre FLN algérien et contre l’OAS, en France et en Algérie, et un nombre impressionnant de magouilles dont on va voir un aperçu.

Ce qui nous amène à l’OAS, ce groupe terroriste d’extrême droite créé pour défendre une "Algérie française" était piloté par des membres de l’armée française et a été aidé par la CIA. C’est elle qui a permis à des membres de l’OAS de se réfugier en Italie en 1962, quand l’Algérie allait devenir indépendante.

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L’OAS a par exemple organisé toute une série d’attentats contre de Gaulle, notamment à Mexico en 1964, ou au Petit Clamart deux ans plus tôt, à Pont-sur-Seine en 1961... Pour cela, les US ont demandé à Federico D’Amato, Italien membre de la loge P2, de protéger et d’aider les membres de l’OAS bien qu’ils aient tenté de renverser de Gaulle et de commettre plusieurs coups d’Etat.

Les US ont ensuite fait pression pour que les gaullistes n’évoquent jamais devant l’opinion publique le soutien apporté à l’OAS par la CIA [54]. Puis ils ont dit que ce soutien actif a été mené dans le dos du gouvernement.

C'est à l’OTAN qu’ils auraient pris contact avec certains des généraux putschistes, comme Challe qui était mis à disposition de l’OTAN depuis 1951 et a été nommé commandant en chef de l’OTAN pour le Centre-Europe en avril 1961. Un certain nombre de membres de l’armée "secrète" ont aussi rejoint l’OAS[55].

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En 1961 l’OAS devenue une véritable organisation terroriste, était impliquée dans la tentative de "putsch des généraux" à Alger. Il a toujours été question de l’implication de la CIA dans cette tentative de renverser le début de Ve République. En tout cas, la CIA cherchait à convaincre l’OAS de s’entendre avec le FLN, histoire d’éviter que l’Algérie indépendante ne se rapproche trop de l’URSS.

En effet, selon un responsable des renseignements suisses de l’époque, "Ce sont les représentants des États-Unis à Alger, avant tout le consul général américain de cette ville, qui sont intervenus, bien entendu téléguidés par Washington, appuyés dans leur action par les agents de la CIA et nantis de fonds secrets importants".

L’OAS avait par ailleurs des liens avec Israël : elle bénéficiait de financements de la part de citoyens israéliens, et d’anciens membres de l’Irgoun, un commando de l’armée Israélienne, ont contribué à former les membres de l’OAS [56].

Le SDECE avait aussi fait sortir dans les années 60 l’affaire Permindex, une société qui a financé l’OAS avec de l’argent blanchi en Suisse qui provenait d’organisations israéliennes comme la banque Hapoalim ou le syndicat israélien affilié à l‘Internationale Socialiste[57]. Permindex était aussi citée dans l’affaire de l’assassinat de Kennedy, et a permis le financement de groupuscules néo nazis en Italie et en Allemagne de l’Ouest. Et surtout, Permindex était une blanchisseuse d’argent du trafic de drogue international, organisé notamment par les Etats-Unis[58].

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Les membres de l’OAS intervenaient dans différents pays en Europe et ailleurs, pour des opérations discrètes tels que des assassinats de membres ou sympathisants du FLN, ou des agressions (de militants FLN, de syndicalistes, de gauchistes…). Après l’indépendance de l’Algérie en 1962, l’OAS s’est progressivement dissoute.

C’était la grande époque Foccart, celle de la Françafrique et du SAC dont il était l’un des fondateurs, l’époque de la corruption des présidents africains, du détournement des richesses de l’Afrique, des pots-de-vin sur les grands contrats et des détournements d’argent, notamment d’Elf, au profit des partis politiques -et de leurs leaders. On va revenir là-dessus dans une autre partie.

Foccart, résistant officiel depuis 1942 mais probable collabo jouant sur les deux tableaux [59]–on n’est jamais trop prudent !- a créé sa boite d’import-export implantée dans les actuels DOM-TOM et les colonies, la SAFIEX, en 1946. Autour de la SAFIEX gravitaient un tas d’entreprises plus ou moins obscures d’import-export dirigées par d’anciens membres des réseaux de résistance gaullistes. Ces sociétés se sont développées au fil des années, se structurant comme une nébuleuse autour de Foccart.

Dès le retour de mon général au pouvoir en 1958, à l’occasion d’une forme de coup d’Etat militaire, Foccart a été nommé conseiller pour les affaires Africaines. Parmi ses principales activités, il y avait la mise en contact des patrons d’entreprises français proches du pouvoir tels que Francis Bouygues ou Ambroise Roux (père de l’actuel dirigeant du medef)[60] avec les dirigeants africains.

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En 1960 il a été nommé secrétaire général de l’Elysée et dirigeait aussi le SAC, toujours afin de préserver les intérêts politiques et ceux des capitalistes français en Afrique malgré le processus de décolonisation. Il était opposé à Pasqua dans la gestion du SAC, et Pasqua a fini par en être exclu.

Foccart a été ensuite maintenu à ce poste par Pompidou, arrivé au pouvoir en 69 [61], preuve que la rupture avec les pratiques mises en place sous de Gaulle n’était pas si marquée que cela. Même s’il y a eu un certain nettoyage des éléments les plus déviants en 1969, année où Pasqua a monté un SAC parallèle.

Via le SAC, Foccart a développé tout un système de remontée d’argent frais à travers des affaires légales ou non, et grâce à une corruption massive à tous les échelons de décision qui a permis d’entretenir des réseaux de fidèles dans les milieux des affaires et du renseignements notamment. Lors de la commission d’enquête parlementaire sur le SAC en 1982, le journaliste de L’Humanité Alain Guérin a expliqué : "Actuellement encore, paraît-il, il n’y a pas une seule construction d’un grand hôtel ou d’un hôpital en Afrique dans laquelle Foccart ne soit pas intéressé".

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L’objectif était aussi de construire un marigot d’élites favorables, bien dans la ligne de pensée pro business et autoritaire, prêtes à accepter toutes les magouilles. Il fallait donc cibler les futures élites. En 1955, Foccart a par exemple mis la main sur la liste des étudiants guadeloupéens partis étudier en métropole, dans l’objectif "d’amener progressivement à notre œuvre d’épuration et de redressement ces jeunes déracinés dont l’isolement des éléments sains, l’emprise des mauvais compagnons et le grignotage des cocos sont les plus dangereux ennemis […], de les aider moralement et de les soutenir matériellement"[62].

Des truands, choisis parmi les têtes brulées envoyées en prison dans les différents départements de France, étaient recrutés par le SAC et libérés, et pour certains entraînés sur le mode paramilitaire. C’était ainsi à Marseille, à Lyon, à Paris [63]

On leur donnait un permis de port d’armes, une carte tricolore du SAC, on leur faisait jurer fidélité sur la croix de Lorraine et on les envoyait faire la sale besogne notamment en Algérie. Quant aux gros mafieux, ils collaboraient évidemment avec le SAC, véritable puissance parallèle. Pendant les scrutins électoraux, les gros bras du SAC sillonnaient les territoires où la gauche était bien implantée pour intimider leurs opposants, voler et détruire les bulletins de vote. En cas de problèmes avec la justice, le SAC intervenait pour stopper ou atténuer les procédures.

2021-04-05 18_15_14-En Mai 68, le SAC était considéré comme la « police parallèle » du pouvoir - Ope

En France, les réseaux de magouilles étaient pratiquement les mêmes mais plus discrètement. Il est connu, par exemple, qu’autour de Foccart, "de ses réseaux et du SAC, se constitua dès la rentrée 1968 un système de vigilance et d’action qui doublait de facto le système officiel de surveillance et de répression mis en place par le ministre de l’Intérieur Raymond Marcellin".

Le SAC a repris les opérations anti-communistes, comme si "c’était son ADN". L’historien François Audigier explique qu’autour de Foccart, du SAC, de Marcellin ministre de l’Intérieur de Pompidou, chacun assumait son rôle pour mener la propagande de droite, capitaliste, pro-américaine, pro-européenne etc.

"Cet ensemble militant mobilisait des organisations déjà existantes avant 1968, comme le SAC (créé fin 1959) et la Confédération française du Travail (CFT, syndicat indépendant fondé fin 1959), mais aussi des formations nées en mai-juin 1968 comme les Comités de défense de la République (CDR) et l’Union nationale interuniversitaire (UNI). Chaque organisation intervenait sur un domaine propre. Au SAC de Pierre Debizet revenaient l’action musclée de terrain et le soutien logistique des campagnes, aux CDR d’Yves Lancien la vigilance citoyenne et la sensibilisation de l’opinion, à l’UNI de Jacques Rougeot la propagande sur les campus et la formation idéologique de cadres, à la CFT de Jacques Simakis la surveillance dans les entreprises de la CGT et des gauchistes[64].

Nous sommes donc à la fin des années 60, dans la même configuration qu’après la guerre. Les US, pour leur propagande, ont juste passé la main à des élites locales, bien alignées, bien moulées, et très probablement bien tenues par divers dossiers compromettants. Bref, rien que dans cette mouvance de militants directs, François Audigier compte 30.000 militants environ.

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Dans les années 60 et 70, Foccart a fait rentrer beaucoup des barbouzes du SAC dans les services de renseignements, SDECE et DST. Des rapprochements ont été faits avec des groupuscules d’extrême-droite, pour organiser des affrontements avec la gauche et détourner le débat politique et social.

Au fil des années, les dérives du SAC, dont les membres versent dans la délinquance quotidienne et dans criminalité en toute impunité, commencent à se voir et à agacer l’opinion publique. Mais, la guerre d’Algérie intervient et les hommes du SAC sont bien utiles, donc on ne touche à rien. En 1968, le SAC a été très présent à la demande de Pasqua, et plusieurs meurtres de sympathisants de gauche ont été commis par ses membres en l’espace de quelques mois.

On retrouve le SAC impliqué dans le trafic de drogue vers les Etats-Unis dans les années 60, avec les manigances de l’avocat Pierre Lemarchand, élu député de l’Yonne en 1962. Lemarchand était un responsable du SAC très proche des renseignements, le SDECE, et a recruté divers truands comme Ange Simonpieri qui avait aussi sa carte du SAC et était passé par l’Algérie, a été son garde-du-corps pendant la campagne électorale et organisait le trafic de drogue entre l’Europe de l’ouest est l’Amérique du nord, avec un banquier de Genève. On notera que Simonpieri s’est installé dans l’Yonne, région dont on va reparler dans le cadre d’affaires de réseaux pédocriminels, avant de se réfugier en Corse dans "le fief de l’influent député gaulliste Jean Bozzi [cofondateur du SAC] et du caïd Jean Colonna".

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Les mandats d’arrêt émis par les américains contre Simonpieri après que plusieurs de ses passeurs se soient fait arrêter n’ont pas été exécutés[65], et il a bénéficié d’une grande mansuétude de la part de la police comme de la justice. A son procès en 1972 il a dit que les quantités d’argent passées sur son compte en 1968 étaient destinées à aider des membres de l’OAS qu’en réalité il avait combattue et qui était quasiment éteinte depuis 1962. L’OAS qui refusait l’indépendance de l’Algérie comme de toutes les colonies était une énorme épine dans le pied de Mon Général.

Elle était donc largement soutenue par les Américains, qui ont allègrement armé et financé ses militants. Une affaire est assez révélatrice de l’ambiance : l’enlèvement du colonel Argoud, de l’armée de Terre, vichyste convaincu et donc très proche des US à la fin de la guerre. Ce spécialiste de guerre révolutionnaire a d’ailleurs combattu en Afrique du Nord l’Armée Française de Libération menée par de Gaulle. Fervent partisan de l’Algérie française, il a participé à l’organisation du putsch des généraux en avril 1961 puis a la création de l’OAS.

Son enlèvement en 1963 à Munich par des Français fut un incident diplomatique impliquant l’Allemagne, la France, mais aussi les Etats-Unis qui ont demandé son retour en Allemagne. Officiellement les ravisseurs appartenaient aux renseignements militaires mais en réalité il s’agissait du SDECE / SAC et Christian David, Georges Boucheseiche et Jo Attia étaient de la partie. L’opération a été menée sur ordre de Foccart [66], et Argoud a été laissé dans un camion et donné à la police le lendemain de l’enlèvement, avant d’être emprisonné jusqu’en 1968[67].                                           

Lemarchand, qui était ami avec l’ex proxénète devenu leader du SAC pour le Sud-Ouest Charly Lascorz, a été très actif dans la lutte contre l’OAS et a été radié du barreau après avoir été impliqué dans l’enlèvement de l’opposant marocain Ben Barka ainsi que dans des tortures de militants de l’OAS.

2021-04-12 21_52_32-Charles Pasqua est mort _ du SAC aux rétro-commissions, une vie de controverses

Le SAC était aussi intimement lié au ministère de l’Intérieur à la police. Beaucoup de ses membres étaient flics avant qu’une purge n’ait lieu dans les années 70. Par exemple, un membre du SAC assassiné en 1972, Michel Coutant, proche de Lascorz, faisait dans le trafic d’armes et se disait chargé de mission pour le ministère de l’Intérieur[68]. La bande de Lascorz avait des documents officiels comme des ordres de mission et des cartes de police.

Le truand grenoblois et responsable du SAC Mathieu Mattei, a été assassiné en 1968 après avoir tenté de se mettre à la politique et de quitter le SAC. Il était le cousin du ministre Alexandre Sanguinetti, ce qui lui a permis d’officier comme chauffeur de Pompidou lors d’un passage à Grenoble en 1967. Ses bras droits ont alors repris la direction du SAC local. L’un des patrons du SAC au niveau régional était Henri Guillermin, ex membre du SDECE lié aux réseaux Foccart, et député UDR. A Lyon, les responsables de la police étaient carrément impliqués dans la prostitution et collaboraient avec certains truands également membres du SAC.

A Bordeaux le SAC a soutenu la campagne de Chaban-Delmas en 1970, en mettant le bazar dans les réunions de son opposant Servan-Schreiber. Dans le Haut-Rhin en 1977 un de ses commandos a attaqué un groupe d’écolos qui avait installé un camp au niveau d’un pylône pour la ligne électrique partant de Fessenheim.

La même année des munitions et des armes de guerre ont été retrouvées lors d’une perquisition chez un responsable du SAC dans l’Eure, et à Reims deux membres du SAC ouvriers chez Citröen ont été condamnés pour avoir tué un gréviste devant l‘usine. En 78 à Saint-Dizier des membres du SAC ont tiré sur des jeunes militants gauchistes occupés à lacérer des affiches de candidats RPR, à Avignon d’autres ont poursuivi avec des armes une camionnette de colleurs d’affiches du parti communiste[69]

chirac foccart

En 1976, Chirac a créé le RPR avec une petite bande dont Alain Juillet, Jérome Monod, et bien-sûr son fidèle ami, toujours aux commandes du SAC, Charles Pasqua. L’objectif était d’assurer son élection en 1981. Bien-sûr, une partie de l’ancien service d’ordre gaulliste était encore là. Mais le SAC soutenait aussi Giscard.

Dans l’affaire de la mort de Robert Boulin en octobre 1979, on retrouve l’implication du SAC du début à la fin, selon divers témoignages mis au jour ces dernières années. Une délégation du SAC était même présente à ses obsèques, et une grande couronne offerte par le SAC a été envoyée avec d’autres depuis la présidence de la République.

Le procureur qui a permis d’étouffer l’affaire en intervenant sur place la nuit des faits, Louis-Bruno Chalret, était au service du SAC dont il avait fait libérer certains membres[70], et était en contact avec l’avocat Pierre Lemarchand, un des pontes du SAC. Boulin lui-même assistait aux grands rassemblements du SAC et à des réunions importantes de membres du SAC encore quelques années plus tôt.

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Et Boulin, qui appartenait au parti centriste et était dans la ligne de mire de Chirac tout en dérangeant les gaullistes en ouvrant la voie à une collaboration avec Giscard, était au courant de certains circuits illégaux de financement du RPR  et d’opérations de barbouzes.

Foccart n’était pas un papy tranquille qui vivait loin. Il était un militant de la répression, en France comme en Afrique, et dans tous les domaines, criant déjà pour la mise en œuvre de solution radicales pour sauver une société qui ne lui convient pas. "Dès la rentrée 1968, Jacques Foccart et ses amis incitèrent les autorités à la fermeté dans les domaines sensibles de la sécurité, de l’éducation, des médias et des syndicats", précise François Audigier.

Lors des auditions de la commission d’enquête sur les activités du SAC, des truands et d’autres témoins ont expliqué que sous De Gaulle, il arrivait fréquemment qu’on fasse sortir des types de prison pour leur demander divers services, comme par exemple liquider quelqu’un qui dérange. L’un de ces témoins a précisé que c’était pratique puisqu’ils avaient un alibi en "béton", étant censés "se trouver à Fresnes".

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Dans l’affaire Ben Barka en 1965, il est aujourd’hui très clair que certains membres des services secrets français ont collaboré avec des truands proches du SAC pour éliminer cet opposant politique marocain, sur le sol français. Le Mossad, qui avait installé à Paris son siège pour les opérations en Europe, est également intervenu, sur le plan logistique semble-t-il [71].

Cette époque autour de la guerre d’Algérie était il est vrai assez compliquée, avec les barbouzes divisés en deux camps : pour de Gaulle ou pour l’Algérie française, ces derniers étant largement soutenus par les US (ou par Allen Dulles dans le dos de Kennedy, paraît-il).

L’affaire Ben Barka implique aussi, bien-sûr, les Américains. Le général Oufkir, commanditaire quasi officiel de l’élimination de Ben Barka et ministre de l’Intérieur de Mohammed V, était l’allié n°1 de la CIA, qui le soutenait et travaillait avec lui au Maroc, notamment à l’élimination des opposants au régime. Mais apparemment il avait aussi des liens avec des responsables CIA et se serait rendu au centre d’entraînement de la CIA à Port Holibert dans le dos de Mohammed V.

2021-04-12 22_17_21-Qui est Saâd Lounès_ » Algérie-Maroc_ La Vengeance des amis d’Oufkir - Opera

Le général Oufkir a aussi été impliqué dans le coup d’Etat de Skhirat –raté- en juillet 1971, mais contrairement à ses camarades militaires il s’en est tiré. A ce moment, les bases US se construisaient au Maroc, qui bénéficiait en retour des millions d’aide et de contrats US. Le chef de station de la CIA au Maroc Robert Wells a contribué à former et assister les services du Roi dans la répression des opposants, qui allait jusqu’à la torture et au meurtre.

Le commando qui a enlevé Ben Barka devant la brasserie Lipp où il avait rendez-vous avec le cinéaste Georges Franju et deux journalistes dont Philippe Bernier, proche du mouvement de Ben Barka, le 29 octobre 1965, était composé du chef d’escale à Orly qui était à la fois membre du SAC et collaborateur du SDECE Antoine Lopez, accessoirement ami avec Oufkir[72], d'un lieutenant du groupe de répression du trafic de stupéfiants dénommé Louis Souchon, et de son assistant Roger Voitot, qui ont présenté leur carte de police à Ben Barka pour l'embarquer. Ensuite, Lopez a prévenu un responsable du SDECE que "le colis a été livré".

manif 2015 pour affaire ben barka

Ben Barka a été emmené dans la villa de Georges Boucheseiche, truand membre du SAC également, où il a été tué. Un des trois autres truands du SAC présents dans la villa (avec deux membres des services marocains), Georges Figot, a déclaré que c’est le général Oufkir qui a tué Ben Barka d’un coup de poignard, avant d’être retrouvé suicidé chez lui en janvier 1966 alors qu’il était encerclé par la police[73].

Quant au corps de la victime, le Mossad serait intervenu pour le faire disparaître. Il aurait aussi aidé à localiser la cible, qui voyageait beaucoup. Il a fallu plus de dix jours avant que la nouvelle de sa disparition ne filtre dans les médias.

Marcel Leroy était l’agent traitant au SDECE d’Antoine Lopez, le chef d’escale ami du général Oufkir. Juste avant l’opération, il raconte dans un roman à clés appelé "Le Comité" avoir été reçu à l’Elysée où on lui aurait demandé d’enlever Ben Barka dans le cadre d’une opération anti-drogue. Il aurait d’abord refusé, avant d’accepter dans la mesure où on lui assurait que ses supérieurs étaient d’accord.

fernand legros

Et là, on arrive, selon Henrik Krüger, sur des faits surprenants : "Le Legros que Marcel Leroy a rencontré dans le bureau de Matignon pourrait bien être Fernand Legros, le playboy, millionnaire, marchand d’art, agent de la CIA et membre de l’entourage de Pompidou qui a ensuite croisé Christian David dans des circonstances inhabituelles. Legros était un agent double", écrit-il dans "The Heroïn Coup".

En france, Legros est seulement connu du grand public comme un faussaire de tableaux, excentrique et bien introduit jusqu’à sa chute en 1967 quand un riche Texan s’est rendu compte que Legros lui avait vendu 47 faux tableaux "de maître" accompagnés de vrais certificats octroyés par des experts peu scrupuleux ou peu compétents. Il était naturalisé "Américain". Krüger explique que Legros disait travailler pour le SDECE et pour la CIA, mais qu’en réalité il était fidèle à la CIA et était même un "ami personnel" d’Henri Kissinger, conseiller de divers présidents US en politique étrangère et spécialiste des coups d’Etat et des opérations sous faux drapeau.

La CIA l’avait notamment chargé d’espionner le secrétaire général de l’ONU Dag Hammarskjold, et il a aussi participé à l’enlèvement de Moïse Tshombe, leader politique du Katanga au Congo qui a du s’exiler en 1965 quand Mobutu a pris le pouvoir et l’a fait condamner à mort. Le 30 juin 1967 il a été kidnappé en Espagne (alors sous Franco) par la CIA (selon Krüger) ou le SDECE (selon les US), et a été emmené en Algérie et placé en résidence surveillée, puis serait mort d’une crise cardiaque en 1969. Enfin, Legros qui vivait à Genève connaissait Ben Barka.

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Leroy a été brièvement emprisonné mais la CIA l’en a fait sortir rapidement en menaçant le SDECE et des politiques français par le biais d’un agent passé dans leur giron, Philippe Thyraud de Vosjoli. Il a donc comparu libre au procès où il était renvoyé pour avoir été mis au courant du complot, pour être finalement acquitté comme quatre autres accusés.

A l’issue du procès en juin 1967, Lopez a pris 6 ans, Souchon 8, Oufkir et Boucheseiche ont été condamnés par contumace à perpétuité. Mais pour Krüger et un certain nombre d’observateurs comme de Gaulle, la CIA était probablement dans l’ombre derrière Oufkir et d’autres protagonistes français. Car il semble qu’une autre équipe soit venue chercher l’otage de force.

Les réseaux de barbouzes ont été actifs en France, mais aussi à l’étranger. De nombreux collabos ont fui en Amérique Latine après la guerre, avec l’aide des services français ou simplement de leurs copains mafieux. L’épopée de Christian David le montre : trop jeune pour avoir été collabo, il a commencé comme proxénète du côté de Bordeaux et a vite rejoint la bande de Jo Attia (lui-même agent du SDECE, le Service de documentation extérieure et de contre-espionnage) et s’est retrouvé avec lui en Algérie en 1962 à faire le barbouze.

Il s’y est montré tellement "brillant" que le SDECE lui a ensuite demandé de travailler à plein temps pour les services. Il est donc allé s’entraîner avec les militaires, probablement à Saint-Cyr-au-Mont d’Or près de Lyon[74].

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Après avoir effectué diverses missions[75] pour le SDECE en Afrique, notamment au Maroc alors qu’officiellement il était recherché par la police, Christian David a tué un commissaire de police en 1966. Grâce à ses amis du SAC et du SDECE il a pu fuir en Argentine via l’Italie avec de faux papiers. Il a été accueilli par d’autres amis du SAC et du SDECE, a pas mal voyagé sur le continent et puis s’est installé au Paraguay.

Il y a rejoint Auguste Ricord, un collabo qui a fui la France en 1947 sous une fausse identité pour développer son trafic de drogue d’abord en Argentine où il a très vite créé une chaîne de restaurants[76]. Au début des années 60 il s’est installé au Paraguay où son business est devenu florissant grâce au contexte local de flou législatif et à sa proximité avec le dictateur local Alfredo Stroessner[77].

Le réseau de Ricord était présent dans toute l’Amérique latine et prêtait main forte aux dictateurs pour réprimer les opposants et asseoir leur autorité. David a par exemple infiltré la guérilla des Tupamaros en Uruguay, pour le compte du président uruguayen Pacheco Areco. On pourrait aussi parler de Klaus Barbie en Bolivie, qui était d’ailleurs en liens d’affaires avec Ricord [78].

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Quand Christian David a été extradé du Brésil vers les Etats-Unis en 1972, la France n’a pas demandé son extradition pour le meurtre du policer. Pourquoi ? David a déclaré -sous la torture a-t-il dit[79]- aux policiers brésiliens qu’il était lié à l’enlèvement de l’opposant Marocain Mehdi Ben Barka[80], via le SAC où il a été recruté en 1961 par l’avocat Pierre Lemarchand alors qu’il se trouvait en prison. Lemarchand, avocat de nombreux truands, recrutait pour le SAC dans sa clientèle.

Les types du SAC continuaient à assurer les campagnes électorales des gaullistes et même de l’UDR, à attaquer les militants de gauche, et à commettre des meurtres et attentats à l’occasion, comme en mai 1970 quand deux membres du SAC de Besançon ont déposé une charge de plastic devant le tribunal avec l’objectif de faire accuser la gauche ensuite.

Le SDECE a été purgé par Pompidou, marqué notamment par l’affaire Markovic dont on va reparler, qui a placé à sa tête l’atlantiste fervent Alexandre de Marenches. Celui-ci a viré plus de 800 agents, dont beaucoup de gaullistes proches du SAC. Sous Pompidou, Washington n‘était clairement plus un ennemi. Une partie des types virés du SAC sont ensuite allés s’établir en Espagne, alors sous le régime de Franco, où ils ont rejoint l’internationale fasciste où ils ont rejoint leurs anciens ennemis de l’OAS. 7000 types ont aussi été virés du SAC en 1972 -1973.

Il faut dire que le début des années 70 a été marqué par plusieurs scandales impliquant le SAC. A Lyon il a été question de chefs de la police tels que les commissaires Javilliey ou Tonnot l’ex chef de la brigade des mœurs proche du milicien Paul Touvier[81], et de politiciens comme le député UDR Edouard Charret qui protégeaient les maisons closes (alors illégales).

proxénétisme lyon

D’ailleurs, Charret qui se disait "obsédé par le vice" était un militant de la rouverture des maisons closes [82], n’a été entendu que comme témoin dans cette affaire et a toujours une place à son nom dans le 4e arrondissement de Lyon. Charret était aussi intervenu pour aider Hubert Sorba, membre du SAC qui avec son frère lui donnait des coups de main pour ses campagnes électorales. Il a aussi proposé pour l’Ordre national du mérite Antoine Colombani, qui avec quelques flics véreux organisait le racket des maisons closes contre la "protection" des autorités, et assistait comme l’ont prouvé diverses photos, aux mariages des proxénètes du coin.

Sous Giscard, proche des US, le SAC a été un peu mis de côté mais a poursuivi ses activités, ens e repliant sur Elf et sa "sécurité" notamment. Poniatowski, ministre de l’Intérieur et n°2 du gouvernement en 1974 lors de la victoire de Giscard, a conservé tous les responsables du SAC présents dans son cabinet à son arrivée.

Et il semble que Giscard avait lui aussi sa petite police parallèle, soupçonnée de l’assassinat en 1976 du journaliste d’extrême droite passé au RPR René Trouvé. Celui-ci avait eu la mauvaise idée de s’en prendre à un des principaux financiers de l’UDR dans le secteur, le Dr Claude Birague, accusé de l’assassinat de Trouvé.

affiche SAC

Au fil des scandales, les membres du SAC ont rejoint d’autres milieux, notamment le Front National et la franc-maçonnerie. Plusieurs obédiences et loges, comme Memphis-Misraïm, se sont plaintes d’ "entrisme" par de nombreux membres de la DST et types d’extrême droite. L’intérêt était que Memphis-Misraïm, qui donne dans les rituels égyptiens, réunir beaucoup de pontes des différentes loges de la franc-maçonnerie. Un n°2 de Memphis-Maisraïm, la loge à laquelle on doit la République italienne, a été à un moment un agent de la DST et selon un de ses grands maîtres en France, "la DST s’est autant servie de la structure que la structure s’est servie de la DST".

"L’activité occulte du SAC a été grandement facilitée par sa pénétration à tous les niveaux dans la police. On en trouve la preuve éclatante dans la participation commune de membres du SAC et de policiers au service d’ordre des déplacements officiels et des campagnes électorales RPR et UDF, ainsi qu’à de véritables opérations commando contre les militants syndicalistes et les travailleurs en lutte dans nombre d’entreprises", avaient conclu les auteurs du rapport sur le SAC de la commission d’enquête parlementaire de 1982,  "Une certaine hiérarchie a couvert –si ce n’est facilité- l’exécution d’un certain nombre de missions du SAC".

En 1981, sur 145 membres du SAC adhérents dans les Bouches-du-Rhône, 45 étaient policiers, en Gironde ils étaient 50 sur environ 200 membres actifs. Certaines compagnies de CRS, dirigées par des membres du SAC, fournissaient de nombreux membres aux sections locales. "L’infiltration du SAC dans la police s’est traduite par la présence, tout au long de la période d’activité de ce mouvement, de nombreux policiers parmi les responsables locaux ou nationaux de cette association", ajoute le rapport parlementaire.

2021-04-12 22_51_29-Reenactment of the Auriol Massacre Photo d'actualité - Getty Images - Opera

En 1981 après le scandale déclenché par le massacre de la famille de Jacques Massié, leader du SAC à Marseille, et de plusieurs membres de sa famille, par d’autres membres du SAC alors dirigé par Pierre Debizet, Mitterrand a fait mine de taper du poing sur la table : il a changé le nom du SDECE, devenu la DGSE (direction générale de la sécurité extérieure), dirigé par Pierre Lacoste. Il y a aussi eu une commission d’enquête parlementaire qui n’a pas pu gratter bien loin, se satisfaisant des dénégations des uns et des autres. En 1982, Mitterrand a interdit le SAC, bien qu’il ait été élu l’année précédente avec l'aide de cette milice gaulliste.

Lacoste a poursuivi sa mission avec l’OTAN et "continua à diriger l’armée secrète placée sous sa responsabilité et, en 1990, suite aux révélations sur Gladio, il défendit sa conviction selon laquelle les plans de réserve d’invasion conçus par les Soviétiques justifiaient pleinement le programme stay-behind", écrit Daniele Ganser. Selon certains observateurs, tout avait été préparé dès 1981 par Pierre Debizet le secrétaire général du SAC, pour que de nouvelles structures puissent prendre le relais du SAC, toujours avec l’objectif de lutter contre les idées de gauche.

2021-04-12 22_01_30-Pierre Debizet, directer of Gaullist militia Service d'Action Civique

C’est ainsi que peu après la tuerie d’Auriol, en septembre 1981, Debizet a déclaré : "Avec mes hommes, avec mon organisation transformée, modernisée, nous nous mettons à la disposition de la nouvelle opposition, surtout celle qui sert le plus les idées gaullistes". L’objectif était bien de rendre le SAC "plus efficace pour répondre à la situation politique actuelle", comme l’a précisé un courrier de Debizet aux responsables départementaux du SAC datée du 21 octobre 1981.

Un mouvement appelé "Solidarité et Défense des Libertés" a donc été créé par Pasqua et ses copains (notamment des Hauts-de-Seine) en décembre 1981 pour agir contre le "socialisme". On y trouvait la droite de la droite, avec des individus comme Jacques Toubon, Patrick Devedjian, Jacques Médecin, Paul d’Ornano, Bernard Guillet impliqué comme Pasqua dans l’Angolagate et dans l’affaire "pétrole contre nourriture" en 2001, Paul-Marie Couteaux (membre de divers groupuscules politiques d’extrême droite, conseiller de Dupont-Aignan depuis 2017), le préfet proche de Pasqua Bernard Tomasin, William Abitbol (proche de Pasqua membre de partis d’extrême droite pseudo souverainistes), Dominique Vescovali  membre du RPR associé à Yann Piat jusqu’à son assassinat, François Bachelot (futur député FN en 1986)…

Des antennes ont été ouvertes dans quelques villes, plutôt dans les régions où le SAC était bien implanté : sud-est, région lyonnaise, Paris. A Marseille le président de la section était Paul Gaillet, ex secrétaire fédéral du SAC, le vice-président Jean Roussel, futur député FN et le secrétaire était Joseph Nicolaï, ex commandant principal de police et membre du SAC. Les membres étaient aussi d’anciens du SAC.

Mouvement Initiative et Liberté

Un autre mouvement, le Mouvement Initiative et Liberté (MIL) a été lancé en décembre 1981, qui existe toujours. Ses idées sont évidemment très à droite, et un individu comme le préfet Lallemand par exemple est tout à fait dans la ligne. On trouve au comité d’honneur (dont la plupart des membres sont décédés) des gens comme Jean Tibéri, Eric Raoult, Roger Karoutchi, Bernard Debré, Philippe de Gaulle tous de l’UMP et encore vivants, mais aussi Jacques Foccart, Charles Pasqua, et plusieurs ministres. Selon certains le MIL est une "boîte à idées" de l’UMP. Il est installé dans les m^mess locaux que l’UNI, le syndicats universitaire d’extrême droite créé en 1969 par le SAC.

Le MIL considère "la gauche" comme une "maladie pernicieuse" qui "porte un coup tragique et quasi définitif au redressement de la France" et est "retranchée dans d’innombrables recoins" si bien que "ses idées imprègnent en profondeur l’état d’esprit ambiant". Bref, la menace est partout, le MIL est le dernier bastion de résistance face aux bolchévisme. Et à l’islamisme, devenu la priorité numéro 1 avec l’immigration. Il a des antennes actives un peu partout dont les membres sont surtout occupés à faire de la propagande et soutenir les campagnes des candidats UMP.

Le SAC lui aussi a perduré. L’affaire du Raimbow Warrior, explosé par des membres des services français dans le cadre de l’ "opération satanique", en a été l’illustration en 1986.

gladio luxembourg

Dans un document du Gladio luxembourgeois, daté de septembre 1985, le chef des renseignements prévient le 1er ministre que des exercices conjoints d’ "exfiltration" de matériels et de personnes, par l’air et par la terre, auront lieu du 5 au 20 octobre et du 4 au 8 novembre 1985. Conjoints, car "les exercices se dérouleront en collaboration avec les services clandestins français et belges", précise le courrier. En juillet 85, un autre exercice était annoncé dans les mêmes conditions, avec les « services clandestins » anglais cette fois-ci.

Derrière plusieurs coups d’Etat, notamment en Afrique, on retrouvait la trace des réseaux Foccart jusque dans les années 2000. En 1997 par exemple, Denis Sassou Nguesso a accédé au pouvoir à l’issue d’une guerre civile et au soutien des réseaux de Foccart. Jean-François Probst, professionnel du RPR proche de Chirac et de Foccart, a écrit dans un livre qu’il a aidé Sassou Nguesso "à partir de la fin 1995 jusqu’à son retour au pouvoir en 1997", à la demande de Foccart.

Une aide sur le plan médiatique, a-t-il précisé, mais pas seulement : "En juillet 1997, la guerre a commencé. Les combats ont duré tout l'été. J'ai aidé le clan Sassou à revenir là-bas. Et je lui ai trouvé des armes au mois d'août 1997, après le décès de Jacques Foccart, à la demande de Pierre Oba, le ministre de l'Intérieur… Il fallait trouver de l'artillerie. Je n'ai jamais été marchand de canons, mais j'ai aiguillé Oba vers un spécialiste à Monaco. Et le président angolais José Eduardo Dos Santos a aidé Sassou à donner le dernier coup de reins…"

Dans son deuxième livre, Gérard Fauré raconte que le SAC était aussi derrière la mort du journaliste – écrivain Jean-Edern Hallier… en 1997 : des types du SAC lui auraient demandé de fournir à son client de la coke "foudroyante", c’est-à-dire du poison[83]. Il a été livré le matin même de sa mort, d’une "crise cardiaque" à 60 ans alors qu’il faisait son tour en vélo[84].

Cet assassinat aurait été commandité parce que Hallier préparait un livre de révélations sur Mitterrand. Pourtant, en 1996 Hallier avait publié "L’honneur perdu de François Mitterrand", qui avait été censuré pendant 13 ans et agaçait encore pas mal de monde en mitterrandie.

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Mitterrand comme on l’a vu était un fasciste, vichyste, passé à gauche grâce à de l’argent issu de divers milieux. Grossouvre son ami d’extrême droite a financé au moins trois de ses campagnes présidentielles à partir 1965. L’un de ses banquiers pendant plus de vingt ans était Jean-Pierre François de son vrai nom Joachim Felderbraum, vieil ami de Roland Dumas depuis 1940, puis réfugié en Suisse où il est devenu ami avec des Collabos comme Jean Jardin qui a été directeur de cabinet de Pierre Laval et où il s’est lancé dans le trafic d’armes et a recruté auprès de lui Raymond Abelio, cagoulard polytechnicien versé dans les délires mystiques, lui aussi réfugié en Suisse à la Libération (on notera que comme beaucoup de cagoulards collabos il a lui aussi été blanchi par Bénouville avec le tampon "Résistant").

Officiellement Mitterrand a détruit le SAC, qui était en fait la succursale française du stay-behind, après la tuerie d’Auriol en 1981. Mais son bras droit pendant des années, François de Grossouvre, a continué à avoir la main sur le stay-behind français et comme on l’a vu Mitterrand était à une réunion du stay-behind en octobre 1990.

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Comme on le voit aujourd'hui avec le scandale en devenir du "coronavirus" et ses nombreux corollaires: nos gouvernements successifs passent leur temps à nous mentir, ceux qui tiennent le pouvoir ne cessent de mener des magouilles dans le dos de la population pour des intérêts qui n'ont rien de général. La mainmise du capitalisme US -qui contrôle la CIA- sur les renseignements et le marigot politique national n'ont fait qu'accentuer les dérives. 

Si l'existence des réseaux stay-behind est encore niée avec autant de vigueur, c'est justement parce que leur connaissance permet de mieux comprendre comment fonctionnent les "relations transatlantiques", pourquoi nos dirigeants sont incapables de penser, ne faisant qu'appliquer des directives et injonctions allant toujours dans le sens des intérêts de quelques-uns, le 0,01% (et encore) occupé à siphonner les richesses et à réclamer toujours plus d'autoritarisme, de contrôle, de restrctions pour les citoyens.

La situation actuelle n'est pas le fruit d'un hasard: les nazis n'ont pas perdu la guerre, ils se sont infiltrés dans les nouvelles structures, ont mis des costumes, se sont mis à parler management, business, gouvernance, finance. 



[1] Cf. "Des secrets si bien gardés" de Vincent Nouzille.

[2] Grossouvre a été un des membres de l’OSARN (Organisation secrète d’action révolutionnaire nationale), alias la Cagoule, créée par Eugène Deloncle et financée par le patron de l’Oréal, Eugène Schueller, notamment. La Cagoule a été active très peu de temps dans les années 30, mais elle avait clairement un but insurrectionnel. Selon un article de Thierry Meyssan, "Histoire secrète de L’Oréal" du 3 mars 2004, Grossouvre dirigeait avec Joseph Darnand une cellule de La Cagoule, appelée Les Chevaliers du Glaive, dotée d’un rituel proche de celui du Ku Klux Klan, d’où l’appellation de "La Cagoule". En novembre 1937, l’organisation, qui avait placé des caches d’armes un peu partout sur le territoire, a tenté un coup d’Etat et cela a précipité sa chute. Mais les membres continuent leurs activités.

[3] D’après Louis Mouchon, qui a été son agent traitant et l’a recruté, le fait que Grossouvre était le patron des sucres Berger & Compagnie leur fournissait aussi une couverture.

[4] Grossouvre a été le premier à ouvrir une usine de production de Coca-Cola en France. Il a exploité celle-ci avec Gilbert Beaujolin, qui a contribué au financement des activités illégales de Jacques Foccart, notamment en Afrique. Cette société servait aussi de couverture, offerte par les US, pour des transactions financières et commerciales discrètes.

[5] Selon sa bio officielle "En 1953, il investit dans la création de L'Express et se lie d'amitié avec Françoise Giroud et Jean-Jacques Servan-Schreiber".

[6] L’attentat contre l’avion du président Habyarimana a eu lieu le 6 avril.

[7] Selon la fille de François de Grossouvre, interviewée par Le Figaro le 18 juin 2010, "Une seule chose, dans cette ténébreuse affaire, est certaine: la raison essentielle de la mort de notre père réside dans ses désaccords avec Mitterrand à la fin du second septennat". Foccart et Debizet figuraient parmi les fondateurs du MIL, avec Pierre Messmer qui a été ministre des Armées et 1er ministre de juillet 1972 à mai 1974.

[8] Le PCF a donc fait pression en faisant passer une loi pour réduire les pouvoirs de l’exécutif, une autre pour réduire de 20% le budget de la défense, ce qui a amené de Gaulle à démissionner de son poste de chef du gouvernement provisoire. Il pensait être rappelé mais ce ne fut pas le cas, il n’est donc revenu qu’en 1958 après une longue période d’instabilité due au fait que la légitimité du vote de gauche n’a jamais été reconnue par Washington. Toutefois, les socialistes ont réclamé la part du lion dans les ministères car l’aide du plan Marshall a été conditionnée entre autres au fait que les communistes soient marginalisés même s’ils étaient le premier parti de France à ce moment.

[9] Dans l’article "La grève de avril-mai 1947 de la régie Renault : des événements à leur contexte général", publié en juin 1994 dans Renault Histoire.

[10] Une grève qui a de manière assez surprenante été encouragée par le MRP (Mouvement Républicain populaire qui a existé de 1944 à 1967), parti situé au centre, ainsi que la presse qui y était rattachée, et même par la CFTC (Confédération Française des Travailleurs Chrétiens), jusqu’au départ des ministres communistes. Apparemment, des perturbateurs ont été embuachés pendant la grève et juste avant, d’ex collabors recrutés pour surveiller les ouvriers, de mouvements ciblés contre la CGT… Et plusieurs dirigeants de la SFIO rencontraient très régulièrement l’ambassadeur US Caffery pour lui rendre ncompte de la situation.

[11] Ce vote n’a pas été obtenu sans mal, parce que le parti communiste était contre les grèves qui le dérangeaient dans sa gestion des affaires. De plus, la CGT était son alliée et bloquait les mouvements de la base et a réussi à casser le mouvement à partir du mois de mai, mais les ministres communistes ont été obligés de céder à certaines revendications.

[12] Signé le 16 février 1948, l’ "Accord entre la république française et les Etats-Unis d’Amérique relatif aux facilités accordées aux forces américaines en France en corrélation avec l’occupation de l’Allemagne et de l’Autriche" permet aussi de faire des escales dans quatre bases militaires sur le territoire, dont deux en métropole.

[13] Henri Soutif qui avait arrêté le Dr Petiot en 44. Marcel Petiot, membre des milices patriotiques, a été condamné pour avoir fait disparaître plusieurs femmes corps et biens avec l’aide de sa femme et de son frère notamment, ainsi que des Juifs et des gens qui cherchaient à fuir, afin de récupérer ce qu’ils avaient avec eux.

[14] Selon Roger Falligot, Jean Guisnel et Rémi Kauffer dans "histoire politique des services secrets français", c’est parce que Touvier a été impliqué dans ce "Plan Bleu" que "en 1963, le colonel Jacques Zahm, alors chef adjoint du service Action du SDECE, était intervenu en sa faveur auprès du Premier ministre Georges Pompidou". Pourtant, Touvier avait un profil inquiétant : même ses ex-collègues miliciens l’ont décrit comme "un véritable gangster, dont le principal travail était le pillage des biens israélites", selon un rapport de la police de mai 1946, où il est encore précisé que "Touvier est représenté comme un individu dangereux, sans scrupule, dont le travail a été dirigé dans un but personnel".

[15] Selon un document déclassifié de la CIA (une lettre du consul des USA à Marseille de juin 1989, destinée au ministère des affaires étrangères à Washington), Touvier a resurgi en 1971 après que Pompidou l’ait amnistié, et lui ait rendu ses biens (à noter qu’en s’enfuyant, Touvier avait embarqué le magot de la milice qu’il dirigeait). Mais suite à la polémique, un mandat d’arrêt a été lancé à nouveau contre lui en 1981.

[16] Cf. « Touvier, un milicien à l'ombre de l'Église » de Claude Moniquet.

[17] Cf. « US Army Special Warfare », d’Alfred H. Paddock Jr.

[18] Grossouvre a été un des membres de l’OSARN (Organisation secrète d’action révolutionnaire nationale), alias la Cagoule, créée par Eugène Deloncle et financée par le patron de l’Oréal, Eugène Schueller, notamment. La Cagoule a été active très peu de temps dans les années 30, mais elle avait clairement un but insurrectionnel. Selon un article de Thierry Meyssan, « Histoire secrète de L’Oréal » du 3 mars 2004, Grossouvre dirigeait avec Joseph Darnand une cellule de La Cagoule, appelée Les Chevaliers du Glaive, dotée d’un rituel proche de celui du Ku Klux Klan, d’où l’appellation de « La Cagoule ». En novembre 1937, l’organisation, qui avait placé des caches d’armes un peu partout sur le territoire, a tenté un coup d’Etat et cela a précipité sa chute. Mais les membres continuent leurs activités.

[19] D’après Louis Mouchon, qui a été son agent traitant et l’a recruté, le fait que Grossouvre était le patron des sucres Berger & Compagnie leur fournissait aussi une couverture.

[20] Grossouvre a été le premier à ouvrir une usine de production de Coca-Cola en France. Il a exploité celle-ci avec Gilbert Beaujolin, qui a contribué au financement des activités illégales de Jacques Foccart, notamment en Afrique. Cette société, selon Heinz Duthel, servait aussi de couverture, offerte par les US, pour des transactions financières et commerciales discrètes.

[21] Dans son livre "Drugging America: A Trojan Horse", l’ex agent du FBI Rodney Stich explique que Pepsi-Cola et Coca-Cola, présentes partout dans le monde, étaient impliquées dans le trafic de drogue.

[22] Grossouvre, fils du fondateur de la Banque française du Liban, rencontre Mitterrand à la fin des années 50 et il contribue à étendre son cercle de relations dans les milieux industriels et d’affaires. Quant à la version autorisée sur le revirement de Grossouvre vers la Résistance à la fin de la guerre, elle est donnée par Gérald Arboit, chercheur au Centre Français de Recherche sur le Renseignement  (CF2R) : "Sous le nom de "Colbert", celui-ci avait été un agent de l’Organisation de résistance de l’armée (1942-1944), pour le compte de laquelle il avait infiltré le Service d’ordre légionnaire, une organisation militarisée fortement collaborationniste (1942-1943) ; sous le nom de code de "Monsieur Leduc", il contacta "dix personnes de son entourage qu[’il] juge[ait] aptes à encadrer un réseau de résistance en région Rhône-Alpes"

[23] Dans "La non épuration en France", Annie Lacroix-Riz cite René Blanchard, militant historique des Croix de Feu, dont le dossier pour collaboration a été classé sans suite dès 1945 et Marcel Pelletier, commissaire des RG à Versailles révoqué en août 1944 pour sa proximité avec la Gestapo et avoir livré des résistants aux Nazis. 16 personnes ont été arrêtées mais l’affaire n’a jamais vraiment été élucidée.

[24] Bénouville est aussi allé se battre pour Franco en Espagne en 1936, avec son ami Michel de Camaret qui était aussi membre du service d’ordre du RPF. Quelqu’un de bien, donc, pour les US.

[25] Cf. "Une Histoire de la résistance en Europe occidentale" d’Olivier Wieviorka.

[26] C’est Bénouville qui aurait envoyé le dénommé Hardy à la réunion à laquelle ont eu lieu l’arrestation de Jean Moulin et d’autres résistants. Hardy n’y était pas convié, et est soupçonné d’avoir informé la Gestapo de Klaus Barbie, notamment parce qu’il venait tout juste d’être arrêté et remis en liberté. Pour certains, Jean Moulin, qui dénonçait la proximité du réseau de Bénouville avec les Américains, a été victime de La Cagoule. Et il est vrai que Bénouville se rendait régulièrement en Suisse pour voir son ami Allen Dulles pour négocier le rapprochement avec les US dans le dos de Jean Moulin qui cherchait à s’unifier sous les ordre de De Gaulle. Le journal Le Point du 23 mai 2013 s’interroge "Pourquoi Bénouville, qui savait Hardy surveillé, l'a-t-il envoyé dans une réunion aussi importante ? Gelin émet cette hypothèse : "Bénouville considérait Moulin comme un agent crypto-communiste", selon l’auteur d’un livre sur l’affaire. Par ailleurs, l’avocat de Klaus Barbie a menacé de sortir lors de son procès une lettre montrant que Barbie travaillait pour l’OSS depuis 1943. Et il est vrai qu’à la fin de la guerre, de nombreux résistants communistes ont été liquidés. Selon les avocats de Barbie, c’est en échange de la neutralisation de résistants communistes que les US lui auraient livré Jean Moulin. Annie Lacroix-Riz explique dans "La Non épuration en France" que dès 1946, les leaders gaullistes savaient quel rôle avait joué Hardy et ses contacts avec la gestapo lyonnaise, mais ont étouffé cette version des faits. Ils étaient aussi au courant des négociations entre Barbie d’un côté et Bénouville et Frenay de l’autre avant l’arrestation de Moulin et Delestraint. Jugé deux fois pour cette affaire, Hardy a été acquitté deux fois.

[28] Foccart y a été plusieurs fois, comme le raconte Pierre Péan dans "L’homme de l’ombre », consacré à Foccart : « Foccart y fait une période de 14 jours en août 1950n une de 21 jours en août 1951, une de 6 jours en août 1952, une de 13 jours en avril 1957… Sa dernière période à Cercottes remonte à août 1969".

[29] Cf. "Escadrons de la mort, l'école française" de Marie-Monique Robin.

[30] Les militaires brésiliens ont contribué au coup d’Etat de Pinochet au Chili.

[31] Cf. "The Skorzeny papers : Evidence for the plot to kill JFK" de Ralph P. Ganis.

[32] En effet, l’enquête, menée par le commissaire Valantin, a souffert de nombreuses fuites et de lenteurs organisées. Lors du procès en 1953, les différents services de sécurité se sont mutuellement accusés d’avoir couvert ou organisé le coup, qui portait sur plus de 200 millions de Francs de l’époque. L’un des organisateurs, le proxénète ex gestapiste Paul Leca, était ami de longue date du chef de la Sûreté nationale et supérieur de Roger Wybot, Pierre Bertaux, accusé par Valantin d’être le véritable cerveau du vol. Valantin a aussi accusé Wybot d’être de mèche et d’avoir organisé un gang de flics et de truands. Et Leca était en relation avec Skorzeny depuis son passage dans la Gestapo à Marseille.

[33] Cf. "Les réseaux stay behind en France 1945-1962"

[34] De Gaulle a décidé de la mettre en sommeil en 1959, puis la reprise des activités sous un autre nom en 1960. L’objectif était de rassembler les gaullistes sur le plan politique hors de partis.

[35] Cf. Rapport du Sénat Belge en 1991 sur le stay-behind local.

[36] Apparemment, il était déjà envisagé comme une option en 1947 pour un coup d’Etat en cas de victoire communiste aux élections.

[37] Le "Centre d'instruction à la pacification et à la contre-guérilla".

[38] Cf. "Les réseaux stay-behind en France 1945 – 1962".

[39] Cf. "Les Parrains corses: Leur histoire, leurs réseaux, leurs protections" de Jacques Follorou et Vincent Nouzille.Les auteurs écrivent que Ferri-Pisani et Antoine Guerini sont restés très proches jusqu’à l’assassinat de Guerini en 1967.

[40] Cf "The Great Heroin Coup: Drugs, Intelligence & International Fascism" d’Henrik Krüger.

[41] Léon Blum en personne aurait fait pression sur le département d’Etat US, via l’ambassadeur à Paris Jefferson Calfrey, afin d’obtenir de l’argent pour les syndicats non-communistes. Il a même précisé qu’il sera "possible dans un futur pas trop lointain de briser le contrôle de la CGT par les communistes".

[42] Attia a été arrêté par les espagnols pour avoir fait sauter l’hôtel où se trouvait el Fassi dans la partie espagnole du Maroc. Il a ensuite été extradé en France puis vaguement jugé et vite libéré.

[43] Cf "The Great Heroin Coup: Drugs, Intelligence & International Fascism" d’Henrik Krüger.

[44] Cf. "Histoire politique des services secrets français: De la Seconde Guerre à nos jours" de Roger Faligot Jean Guisnel et Rémi Kauffer.

[45] Le prieuré de Sion se revendique dans la filiation des Templiers. Il a été créé en 1956 par un Collabo dénommé Pierre Plantard, qui disait être d’origine mérovingienne. Il a été franc-maçon quelques années avant de mettre en place son groupuscule. Roger Patrice Pelat, un homme d’affaires magouilleur très proche de Mitterrand, était "grand-maître" dans le "prieuré", en fait une association loi 1901.

[46] Cf. Frédéric Charpier, "Les RG et le Parti Communiste : un combat sans merci dans la guerre froide".

[47] Selon Frédéric Charpier, l’un des responsables de ce fichier au milieu des années 50, et des actions qui allaient avec, était un homme de confiance du ministère de l’Intérieur, membre des RG, un certain Duflot qui avait déjà contribué à persécuter le Parti Communiste lorsqu’il a été interdit par Daladier en 1939, juste avant la guerre. Puis il a continué dans la police pendant la guerre, ce qui en fait un collabo.

[48] Mitterrand avait créé et dirigeait alors la "Fédération de la gauche démocrate et socialiste" (FGDS) regroupant les partis de gauche non communistes entre 1965 et 1968 ("Parti socialiste SFIO", "Union démocratique et socialiste de la Resistance", "Parti radical-socialiste", "Convention des institutions républicaines", "Union des clubs pour le renouveau de la gauche", "Union des groupes et clubs socialistes").

[49] Cf. Vincent Nouzille, "Des secrets si bien gardés. Les dossiers de la CIA et de la Maison-Blanche sur la France et ses présidents"

[50] Cf. Vincent Nouzille, "Des secrets si bien gardés. Les dossiers de la CIA et de la Maison-Blanche sur la France et ses présidents".

[51] Cf. "L’Orchestre noir – Enquête sur les réseaux néo fascistes" de Frédéric Laurent. Cela a été prouvé par des notes retrouvées chez Aginter Press, une agence de presse liée aux réseaux fascistes proches de la CIA. L’un de ces documents précisait que Leroy a fourni des renseignements au profit de l’OTAN entre 1958 et 1966, et qu’il était un "spécialiste de la recherche du renseignement anti communiste avec une couverture de journaliste engagé" (pro communiste).

[52] Cf. "L’orchestre noir", p.152 -156.

[53] Leroy aurait rencontré le leader de l’extrême droite italienne Stefano Delle Chiaie lors d’un grand congrès de fachos, le Congrès du Nouvel ordre Européen, qui a été organisé à Milan en 1965 et 1967.

[54] Cf. Vincent Nouzille, "Des secrets si bien gardés. Les dossiers de la CIA et de la Maison-Blanche".

[55] Cf. "Les armées secrètes de l’OTAN" de Daniele Ganser.

[56] Cf. Nicolas Lebourg, "Les nazis ont-ils survécu ?".

[57] Cf. "Dope Inc."

[58] Des lieutenants de Meyer Lansky, par exemple, étaient parmi les "investisseurs" principaux de Permindex. Il y avait aussi une banque très liée au clan Lansky, la Banque de Crédit International basée en Suisse, qui a fait faillite en 1974.

[59] Foccart avait apparemment magouillé avec les Allemands pendant la guerre, tout en étant à la tête d’un groupe de résistants dont 11 ont été arrêtés ou tués en quelques jours. Foccart s’en est tiré. Le témoin qui aurait pu parler de ses affaires avec l’organisation Todt de l’armée allemande a été tué dans les jours suivant la Libération et finalement ce dossier a été classé sans suite, explique Alain Jaubert dans « D comme Drogue ». Foccart a aussi été cité dans l’affaire du meurtre d’un élu local, Emile Buffon, en juin 1944. Le crime est resté irrésolu, mais des soupçons ont porté sur Foccart et sa bande, qui tenaient dans le coin un dépôt d’armes qui n’a jamais servi à la Résistance. Pourtant, en août 1944 il se battait avec les US.

[60] Cf. "La CIA en France : 60 ans d'ingérence dans les affaires françaises" de Frédéric Charpier.

[61] Dans "Histoire secrète de la corruption sous la Ve République", les auteurs expliquent qu’en arrivant à l’Elysée, Pompidou a nommé Alexandre De Marenches à la tête des services spéciaux. Celui-ci a tenté de les nettoyer un peu des barbouzes proches de Foccart, en vain. Foccart a alors sollicité les chefs d’Etat africains pour qu’ils apportent des valises de billets à Pompidou, puis ensuite à Giscard. Cela a continué sous Chirac et Mitterrand a minima.

[62] Lettre de Lyonnel Méloir à Jacques Foccart du 28 janvier 1955 citée dans l’article de Sylvain Mary "Renseignement, propagande et réseaux gaullistes outre-mer. Jacques Foccart et les Antilles-Guyane sous la IVe République".

[63] Le journaliste de L’Humanité Alain Guérin a ainsi expliqué en 1982 devant la commission d’enquête parlementaire qu’au tournant des années 70, "On parlait beaucoup à Marseille du recrutement dans les prisons, notamment grâce à des transferts fictifs d’une prison à l’autre qui étaient, en fait, des évasions légales. On a su, par la suite, que ces recrutements de truands avaient commencé dès l’époque de l’OAS, notamment à partir de Christian David".

[64] Cf. "Le gaullisme d'ordre des années 68", dans la revue "Vingtième Siècle. Revue d’Histoire", paru en 2012.

[65] Cf. "Les Parrains corses: Leur histoire, leurs réseaux, leurs protections" de Jacques Follorou, Vincent Nouzille. C’est seulement en 1971 qu’il a été arrêté, puis condamné à 5 ans de prison.

[66] Cf  "The great heroïn coup : Drugs, intelligence & International Fascism" d’Heinrik Krüger.

[67] En 1968, de Gaulle a amnistié els anciens de l’OAS emprisonnés, à la demande des généraux de l’armée qui ont accepté de le soutenir en mai 1968 seulement s’il libérait tout le monde.

[68] Cf. "D comme drogue" d’Alain Jaubert.

[69] Cf. Rapport de la commission d’enquête parlementaire sur les activités du SAC, volume1.

[70] L’ex commissaire Lucien Aimé-Blanc a expliqué que "Chalret était un personnage central chargé d’organiser les libérations conditionnelles de voyous. Le contrat était simple : on vous fait sortir de prison, mais vous travaillez pour nous !" " Chaque fois qu’on arrêtait des truands [liés au gang des Lyonnais] à la BRI, trois-quatre mois après, ils étaient relâchés, après intervention de Chalret". Ces truands étaient ensuite amenés à collaborer dans des magouilles. Avec l’avocat radié et député de l’Yonne Pierre Lemarchand, ponte du RPF et membre du SAC, Chalret recrutait pour lutter contre l’OAS. Les deux travaillaient pour Roger Frey, ministre de la Justice. Chalret est mort dans un accident de voiture en juin 1993 (il se serait endormi au volant).

[71] Selon un article de la presse Israélienne rapporté par Courrier International, "Au début, cette coopération s’est traduite par le partage d’informations sur l’organisation clandestine. Puis le Mossad livra des armes qui serviront dans une série d’assassinats perpétrés par les services français contre le siège du FLN au Caire”, écrivent les journalistes de Yediot Aharonot". C’est encore le Mossad qui aurait attiré Ben Barka à Paris.

[72] Apparemment Oufkir lui a promis la direction des affaires extérieures de Royal Air Maroc. Selon les renseignements français, Antoine Lopez travaillait depuis peu d’abord pour les services marocains et ne donnait pas des informations complètes au SDECE.

[73] Si Oufkir est bien passé dans la villa avec le colonel Dlimi, comme l’ont confirmé plusieurs témoins, il n’est pas certains qu’il ait tué Ben Barka. Dans une interview donnée en 1966 à un journal libanais, il a dit que quand ils sont partis Ben Barka était encore vivant et devait être transféré au Maroc. Il a finalement été assassiné par Hassan 2 en 1972 après une tentative de coup d’Etat ratée organisée avec des militaires marocains et des barbouzes françaises comme Boucheseiche et le Ny, tous exécutés des prisons marocains. Sur ordre du colonel Dlimi.

[74] Cf. "D comme Drogue" d’Alain Jaubert.

[75] Notamment du trafic d’armes et l’élimination des concurrents du SDECE dans le trafic.

[76] Cette chaîne de restaurants avait des établissements dans différents pays comme l’Argentine, le Paraguay et la Bolivie, et s’est transformée en bordels de luxe qui ont servi de base arrière à ses trafics.

[77] Cf. "The great heroin coup : drugs, intelligence & international fascism" de Henrik Krüger.

[78] Cf. "D comme Drogue".

[79] En fait selon Henrik Krüger, David n’a pas été torturé par la police brésilienne, mais interrogé en présence d’agents de la CIA, qui officiaient à cette époque comme formateurs de la police de la dictature, et participaient souvent aux "interrogatoires" d’opposants.

[80] Il trainait avec plusieurs des types du SAC qui ont enlevé Ben Barka en plein Paris (notamment Julien Le Ny, Georges Boucheseiche et Georges Figon), dans le resto de Jo Attia à Montmartre, le Gavroche. Il est même soupçonné d’avoir participé et même organisé l’enlèvement pour le compte du général Oufkir, proche du pouvoir Marocain. Il a expliqué qu’il était présent chez Georges Figon avec une autre barbouze juste avant son "suicide" et l’intervention de la police et a été payé par Oufkir pour participer à l’organisation de l’enlèvement.

[81] Condamné à mort à la Libération pour avoir dirigé la milice à Lyon pendant la guerre, Touvier s’est enfui et a miraculeusement été gracié par Pompidou en 1971. Selon Alain Jaubert dans "D comme Drogue", lors des enquêtes sur le proxénétisme dans la région lyonnaise, on a appris "que le commissaire Tonnot avait ‘arrangé’ le dossier Touvier qui devait être remis à Pompidou. Selon certaines rumeurs, Paul Touvier avait eu des responsabilités relativement importantes dans la région lyonnaise : d’une part il se serait occupé du développement du département ’vidéo cassettes’ d’une grande firme nationale ; d’autre part il aurait secondé des hommes du SAC dans des tâches de fichage et de surveillance des milieux syndicaux et gauchistes dans la région Rhône-Alpes"

[82] Charret déclarait alors dans Le Nouvel Observateur : "Depuis qu'il n'y a plus de maisons closes, nos rues sont littéralement infestées de filles qui font le trottoir. Je considère cela comme un véritable fléau. Il faut nettoyer les rues, enlever les filles.... Mais alors, où les mettre, me direz-vous ? Eh bien, dans des maisons justement, dans des quartiers spéciaux, où ne les verront que ceux qui voudront bien les voir". Quel humanisme.

[83] Fauré raconte qu’il a remplacé la coke par "du résidu de batterie", qui ressemble à la coke et en a le goût, mais tue rapidement.

[84] C’était le 12 janvier 1997 alors qu’il était en vacances à l’hôtel Normandy de Deauville. Le corps n’a jamais été autopsié. Immédiatement après son décès, sa chambre d’hôtel a été visitée à plusieurs reprises par des "policiers". La cellule des écoutes de l’Elysée mise en place par Mitterrand a réalisé 640 écoute sur Jean-Edern Hallier, rien que sur la période du 4 septembre 1985 au 19 mars 1986. Il a subi des pressions administratives, fiscales, judiciaires, et était suivi de très près par les renseignements.

02 avril 2021

Quand un Etat à la dérive utilise la psychiatrie contre les citoyens qui dérangent

dsm

Aujourd'hui, on va aborder une question devenue essentielle et sur laquelle on va revenir par la suite, à savoir l'utilisation de l'internement psychiatrique pour faire taire des citoyens.

Une pratique digne du Moyen-Age, qui hélas tend à se généraliser contre ceux qui dérangent les petites affaires de nos dirigeants et de leurs amis. On va aborder trois affaires concrètes, qui sont loin d'être des exceptions.

 

L'internement psychiatrique de force revient à mettre les gens en prison sous prétexte de santé mentale. Certes, il peut arriver que ces internements soient justifiés, même si le traitement réservé aux "malades" ne peut laisser indéfférent tant il semble sorti du tréfonds des âges.

Le problème, c'est l'utlisation abusive de ces internements forcés, qui se généralise sans que le public ne s'en rende compte. On tombe alors dans l'arbitraire, l'individu isolé n'est plus que l'objet d'un Etat destructeur.

 

L'internement forcé, nouveau mode de gestion de la société

internements de force

Mettre quelqu'un en cellule psychiatrique revient à l'effacer de la société, parfois définitivement si on arrive à lui détruire le cerveau à coups de psychotropes. 

Cela, sans avoir à le tuer car c'est voyant, ni tenter de faire pression ou de l'acheter. Souvent les victimes sont des gens parfaitement sains d'esprit que l'Etat ou certains éléments bien placés tentent de faire taire, et il est temps de tirer la sonnette d'alarme car chaque voix dissidente pourrait être broyée de la sorte.

La technique est de plus en plus utilisée depuis 1992, avec une nette accélération depuis que sarkoléon a permis l'internement de n'importe qui pour n'importe quel motif, sur simple décision du prefet, du maire ou "d'un tiers" censé être un membre de la famille. Ainsi, de 2012 à 2015 le nombre d'internements de force à la demande de tiers a augmenté de 15%

Alors qu'à l'origine, comme toujours, cette mesure devait rester "exceptionnelle".

En parallèle, on a vu le retour des éléctrochocs, qualifiés de "thérapie"  (il s'agirait de "sismothérapie") qui est en fait très souvent utilisés pour "calmer" les "patients" récalcitrants [1].

Là aussi, la technique est de plus en plus prisée par le corps "médical". Selon le ministère de la santé en 2019, pas moins de "25 378 actes techniques médicaux correspondant à des séances d'électro convulsivothérapie étaient comptabilisés en 2017 pour un montant total remboursé de 939 628,05 euros. Dans le même temps, 27 563 actes d'anesthésie dans le cadre de séances d'électro convulsivothérapie étaient recensés pour un montant de remboursement de 1 345 097,36 euros. La comparaison sur trois années, entre 2015 et 2017, des actes techniques médicaux de sismothérapie montre une évolution de 5 % des actes.".

2021-04-02 15_41_39-Un nouveau rapport dénonce l’horreur des maltraitances en milieu psychiatrique -

Rappelons que ce crétin (sarkoléon) faisait l'amalgamme entre délinquance et maladies psychiatriques. Pour lui enfermer des "malades" revenait à un mode de gestion de la société.

Une étude mentionnée par Le Figaro expliquait cette augmentation soudaine par la loi de sarko passée en 2011 : "une loi de juillet 2011 a introduit un nouveau mode de placement appelé "admission en soins psychiatriques en cas de péril imminent", supposé favoriser l’accès aux soins des personnes isolées ou désocialisées. Le recours à cette mesure ne peut avoir lieu qu’en cas d’absence d’un proche et il doit être motivé par un certificat médical établi par un médecin extérieur à la structure d’accueil. Selon les auteurs de l’étude, cette nouvelle mesure explique en partie l’augmentation importante du nombre d’internements forcés. Depuis sa mise en place en 2011, ce nombre a plus que doublé (8.500 personnes en 2012 contre 19.500 en 2015). Des chiffres qui témoignent d’une banalisation de cette procédure".

En même temps que l'Etat est toujours plus impuissant à assurer une qualité de vie à ses citoyens, il est toujours plus autoritaire, frappe, harcèle, taxe, réprime, et maintenant il enferme tout le monde et censure systématiquement les paroles dissidentes.

2021-04-02 12_42_48-En psychiatrie, les internements forcés augmentent « de façon préoccupante » - O

En 2015, plus de 92.000 personnes ont été internées de force, soit l'équivalent de la ville de Dunkerque. Comme ça, pouf, pour motif "médical". Et on sait aujourd'hui à quel point les prétextes "sanitaires" peuvent être surinstrumentalisés pour tenir la population.

Avec la loi de 2011, "un directeur d'hôpital peut donc décider d'hospitaliser une personne en psychiatrie sans son consentement et contre l'avis de la famille ou de ses proches. La famille est simplement informée dans un délai de 24h et est ainsi mise devant le fait accompli, son seul recours étant alors de saisir le juge des libertés et de la détention et de prendre un avocat. Cette nouvelle procédure est une porte ouverte aux dérives et à l'arbitraire", rappelait la Commission des citoyens pour les droits de l'homme.

Pour transformer l'hôpital psychiatrique en prison, sarkoléon avait sauté sur l'occasion offerte par un faits divers [2].

Evidemment, au macronistan les choses se sont aggravées. En 2018, la micronie a tenté de renforcer le pouvoir des préfets, sbires de l'exécutif qui appliquent n'importe quoi sans se poser aucune question, en matière de suivi des internements forcés. On sort donc totalement du champ du "médical" (prétexte brandi jusque là pour interner le quidam) pour entrer totalement dans le champ du "sécuritaire".

Dans un contexte de glissement autoritaire dudit pouvoir central.

En 2020 un rapport de la  contrôleuse générale des lieux de privation de liberté Adeline Hazan s'inquiétait du traitement réservé aux "patients", notant qu'aucun établissement ne respecte vraiment leurs droits. Elle demandait une "réforme d'ampleur du système psychiatrique", qui ne viendra bien-sûr jamais puisque ce "système" arrange ceux qui détiennent le pouvoir. 

2021-04-02 15_50_24-Psychiatrie _ Sarkozy veut _sécuriser_ - Opera

En 2002 un quart des admissions en HP étaient forcées, et dans certains établissement jusqu'à 40% des entrées étaient sans consentement. "Parmi les 342 000 Français hospitalisés pour "troubles mentaux" en 2016, 80 000 en effet l’ont été contre leur gré", le plus souvent au motif de "trouble à l'ordre public".

En france en 2020 on interne à tour de bras sur simple "présomption de dangerosité", comme le rappelrait Adeline Hazan. 

Les retours que j'ai eus de personnes victimes de ces pratiques ont catastrophiques. On ne soigne pas: on contraint, on brise, on soumet. Et personne n'est à l'abri.

 

Le Pr Jean-Bernard Fourtillan

2021-03-30 23_25_25-Le Défi de la vérité _ Jean-Bernard Fourtillan - Opera

On a tous suivi les mésaventures récentes du Pr Fourtillan, expédié en psychiatrie le 12 décembre peu après avoir dénoncé et porté plainte (le 4 décembre) contre les brevets de l'Institut Pasteur, et aussi après avoir témoigné dans l'excellent documentaire "Hold-Up" au sujet des mystifications autour du coronavirus.

Il aurait été envoyé en hôpital psychiatrique, mais "après avoir été interpellé" suite à des essais cliniques "clandestins" [3] a jugé bon de préciser 20 Minutes tout en disant qu’il était interné "sur prescription médicale", ce qui s’est avéré faux.

Après quelques jours, et surtout après une importante mobilisation citoyenne devant l'hôpital ainsi que de nombreux mails et appels aux services de la préfecture notamment, l'éminent chercheur de 77 ans fini par être libéré. Le mot libéré n'est pas trop fort puisque le Pr Fourtillan était retenu contre son gré. 

Dans une interview à France Soir diffusée le 24 décembre il raconte avoir été interné à Sainte-Anne à Paris, et ne devait en sortir que le 5 mars 2021. "Ils ne pouvaient pas me tuer parce que je suis trop connu... Vous savez que le Dr Docteur Fouché de Marseille ils veulent aussi lui faire une analyse psychiatrique". Selon lui, cet internement est directement lié à ses dénonciations au sujet de création du coronavirus par l'Institut Pasteur et des vaccins.

C'est pratique la psychiatrie: ça évite un procès et ça permet d'éliminer, parfois définitivement, des opposants ou voix dissidentes. 

 

Le Pr Jean-Louis Caccomo

2021-03-30 23_45_21-Tribunal de Perpignan_ l’hôpital condamné pour l’internement psychiatrique forcé

Quelques années plus tôt, un professeur d'université a été interné sans motif, après avoir dénoncé un trafic de faux diplômes vendus à des étudiants chinois. Jean-Louis Caccomo a été interné deux fois plusieurs mois, la deuxième fois il a passé 14 mois entre les murs d'un de ces établissements, bourré de psychotropes qui lui ont laissé des séquelles à vie.

Il a obtenu en 2017 que la justice reconnaisse le caractère abusif du renouvellement de son deuxième internement. 

Mais selon la "justice", la procédure lancée par le directeur de l'université pour le faire "hospitaliser à la demande d’un tiers" -et surtout de force - était légale. 

"Me Maryse Pechevis, avocate de Jean-Louis Caccomo, s’interroge : "Fabrice Lorente a fait la demande d’internement en sa qualité d’employeur. Mais on peut se demander si cela n’était pas plutôt dans le but de se débarrasser de mon client." De plus, aucun motif n’a été invoqué, "ce qui est un vice de procédure", poursuit-elle.", rapportait Midi Libre en 2015. "Elle s’interroge enfin sur le fait qu’un docteur exerçant à l’hôpital de Thuir ait signé la demande d’internement, "ce à quoi la loi s’oppose formellement". 

C'est en effet dans l'hôpital de Thuir proche de l'université de Perpignan que Jean-Louis Ciaccomo a été enfermé.

Il avait été interné en psychiatrie de force une première fois durant plusieurs mois en 2013, à l'hôpital de Thuire, après avoir parlé aux médias des problèmes récurrents avec les étudiants chinois. C'était aussi après le meurtre d'une secrétaire par un étudiant chinois sur le campus [4] en janvier 2010.

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Jan-Louis Caccomo avait alors été diagnostiqué bipolaire et gavé de médicaments qui l'ont rendu complètement végétatif.

La demande par "un tiers" avait été faite par un doctorant et le nouveau directeur de la section (qui tente de devenir maire de Perpignan et a été décoré de l'ordre du mérite en 2014.) alors qu'elle ne pouvait être faite que par des membres de la famille. A ses proches, il a été dit qu'il faisait une dépression et qu'il était donc bien en internement. Il a fini par être libéré.

En avril 2014 il venait d'être transféré dans un autre hôpital pour y subir 14 séances d'électrochocs. Mais là un médecin a quand-même trouvé qu'il n'évait aucune pathologie et qu'il pouvait partir dès le lendemain.

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Derrière ce scandale, gravissime dans un pays que certains de ses dirigeants politiques osent encore qulifier d' "état de droit", mais assez courant finalement, il y a semble-t-il les réseaux francs-maçons.

Jean-Louis Caccomo explique dans son livre que ce trafic de faux diplômes était bien organisé et impliquait de nombreuses personnes. Il explique que le président de l'université et le médecin qui lui avait prescrit les électrochocs avaient fait leurs études ensemble et étaient dans la même loge.

"Quand l'étudiant chinois a assassiné cette secrétaire, il était hospitalisé à Thuir et il a eu une perm. Et durant cette perm il a assasiné quelqu'un. Pour moi comme ça vous faites tomber un psy, un hôpital. Moi on ne m'a donné aucune perm, là on libère un patient, il vient sur le campus avec un couteau et comme par hasard il tue la secrétaire qui devait me donner des documents".

En 2015 le président de l'université a de nouveau tenté de le faire interner, via une autre personne de l'université. Il a refusé que les ambulanciers l'embarquent, mais il a été viré et a du essuyer deux plaintes de l'université pour diffamation, suivies de mises en examen.

 

Bref résumé des mésaventures d'une lanceuse d'alerte

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Grâce au système hallucinant de l'internement à la demande d'un tiers, beaucoup de femmes victimes de violences conjugales ont été internées de force par leur bourreau.

Un article du journal Causette en parlait pas plus tard qu'en octobre 2020, car aujourd'hui les violences masculines dans le cadre familial commencent à être observées d'un peu plus près qu'il y a encore 2 ans. 

Nous allons résumer ici le parcours vis-à-vis de "la psychiatrie" de G.R, une femme  qui approche de la quarantaine, mère de 3 adolescents équilibrés, elle-même équilibrée surtout quand on connaît son parcours. Elle a lancé une pétition pour dénoncer les abus de la psychiatrie dans notre bel "état de droit".

G.R a été de nouveau internée il y a environ deux semaines, pour la 8e fois. Depuis, il est quasiment impossible d'avoir de ses nouvelles.

  • 1er internement d'office en 2008 à la demande du maire de sa commune, suite à un conflit de logement, avec des documents d'entrée non conformes, mais en france, "état de droit" à la dérive, on ne s'embâte pas pour si peu. C'est aussi l'année où elle se sépare du père violent de ses deux premiers enfants. Il obtient donc la garde sans difficulté et G.R n'a qu'un droit de visite une fois par mois en présence d'une éducatrice.
  • 2e internement forcé en 2011, alors que les violences se poursuivent avec le père des enfants avec lequel elle est retournée pour pouvoir continuer à voir ses enfants. Suite à l'internement, les enfants sont confiés au père et G.R se retrouve à la rue car il squatte le domicile commun. Il est quand-même condamné en 2011 pour violences conjugales, avec mandat de dépôt mais obtient la garde des enfants à sa sortie.
  • 3e internement forcé en 2012, alors que G.R a pris contact avec l'association SOS Les Mamans (qui hélas n'existe plus), et devait fournir un témoignage pour une exposition "désenfantée".
  • 4e internement forcé en 2013, après que G.R ait été agressée à son domicile par un type armé d'une lame de scalpel. Le lendemain les services sociaux l'ont invitée à se rendre dans leur bureau où un médecin est arrivé avec les pompiers qui l'ont attachée et l'ont piquée avant de l'envoyer en cellule d'isolement dans un hôpital psychiatrique (celui où elle se trouve actuellement). Encore une fois les documents d'entrée ne sont pas réglementaires. Suite à cela elle a mis 6 mois avant de réussir à porter plainte (les gendarmes l'ont même obligée à passer une expertise psychiatrique avant de prendre sa plainte).
  • 5e internement forcé en 2014, à la demande de la police municipale de sa commune, où elle a porté plainte. A cette époque, on utilise toujours ses internements pour lui refuser la garde de ses enfants.
  • 6e internement de force en 2017: son second compagnon qui avait quitté le domicile a voulu voir son fils et a profité de l'occasion pour la frapper. G.R a déposé une plainte pour les violences, et le type a contre-attaqué en la faisant interner en inventant une tentative de suicide. L'enfant a été confié au père qui part à l'étranger avec durant plusieurs mois.
  • 7e internement d'office en 2020: juste avant la publication de l'article de Causette, G.R a été internée quelques jours. Elle est sortie en faisant appel de cette décision en raison d'irrégularités flagrantes.
  • 8e internement forcé en 2021 : cette fois-ci, ce serait à la demande d'un membre de sa famille avec lequel elle n'a plus de contact depuis longtemps, que la police aurait convaincu de demander le plancement en HP. Une plainte pour séquestration est en cours car G.R est rentenue depuis la mi-mars. Elle a été embarquée par la gendarmerie alors qu'elle se trouvait dans un village et cherchait de l'aide pour passer un coup de téléphonne, emmenée à l'hôpital en ambulance, puis piquée, attachée à un lit et transférée dans l'aile psychiatrique par les sous-sols. On ne connaît pas les motifs invoqués pour cette rétention.

 

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Nous reviendrons sur ce sujet car on entend à droite à gauche qu'un lanceur d'alerte est convoqué pour une expertise psychiatrique, qu'un autre a été carrément interné. Il est important de parler ouvertement de ces manoeuvres dignes du goulag pour empêcher certains massacres individuels.

 

 



[1] Lors d’une question écrite au Sénat en 2019, le sénateur Hervé Vallini déclarait à ce sujet que  "le nombre d'électrochocs entre 2010 et 2014 a augmenté de 7 626 actes en seulement quatre ans et ont coûté près de 2 millions d'euros au contribuable. En juillet 2018, la CNAM a publié l'ensemble des données statistiques montrant une augmentation de 22 % du nombre total d'électrochocs entre 2010 et 2017. Souvent pratiqués dans des conditions peu éthiques, notamment sans anesthésie, les actes de sismothérapie sont des pratiques dégradantes. Or, si de tels actes sont pratiqués sans anesthésie, il y a violation de la loi française et des conventions européennes. Il est primordial de faire respecter les droits et la dignité des patients". Il demandait donc à "connaître les mesures que le Gouvernement entend prendre pour limiter l'usage des actes de sismothérapie dont l'efficacité n'a pas encore été prouvée."

[2] Le journal La Croix a expliqué cet épisode dans un article deu 6 juin 2020 : "En 2008, un fait divers amorce un véritable tournant sécuritaire dans la psychiatrie. Un schizophrène de l’hôpital de Saint-Égrève, à Grenoble, qui bénéficiait d’une permission de sortie, poignarde à mort un jeune étudiant. Quelques semaines plus tard, Nicolas Sarkozy, alors président de la République, engage un vaste plan de sécurisation des hôpitaux psychiatriques : entrées contrôlées, dispositif de géolocalisation des patients, de vidéosurveillance également, création d’unités fermées et de chambres d’isolement… " 

[3] Depuis des années Jean-Bernard Fourtillan est dans le viseur de l’ordre des médecins, créé sous Vichy il faut le rappeler, pour avoir réalisé des essais cliniques non autorisés pour des patchs thérapeutiques. Il dénonce aussi les vaccins, et affirme que l’Institut Pasteur a déposé un brevet qui correspond au coronavirus. Il était planqué depuis quelques mois pour éviter une interpellation, comme il l'explique ici. Il a été arrêté, interné.

[4] Déclaré irresponsable par des psychiatres, il ne sera pas jugé, mais la famille de la victime réclamait un procès. L'étudiant âgé de 29 ans a aussi blessé deux profs et un autre étudiant. Selon un média local, il a donné une explication étrange à son geste: "Ce matin j'étais désespéré, extrêmement désespéré, j'ai entendu qu'en Chine j'allais avoir la peine de mort, que j'allais être condamné. Je suis sorti de chez moi pour décompresser, j'ai mis deux couteaux dans un sac. Je suis allé à l'université pour rencontrer quelques professeurs qui sont en rapport avec ma condamnation en Chine pour discuter avec eux", avait expliqué Quing Ye juste après son arrestation". Il n'a cependant eu une expertise psychiatrique qu'un an et demi après son interpellation.

Selon les enfants de la victime, l'étudiant chinois fait mine d'être dingue. Il était dans la même promo en sociologie que la fille de Sylvie Brazès. Et s'il harcelait les filles, il était cohérent. Il s'en prenait aussi aux profs qui le notaient mal et avait eu une altercation avec Sophie Bazes peu de temps avant de la tuer. Pendant quelques semaines de séjour à Thuir, cet étudiant a préparé un rapport d'étude socilologique sur l'hôpital psychiatrique.

 

 

Interview de Jean-Louis Caccomo

Hold-Up 

Hold-up version integrale

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01 mars 2021

Allemagne: un réseau pédocriminel alimenté par des nonnes maquerelles

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Nouveau scandale pédocriminel en Allemagne, chez des bonnes sœurs cette fois. Pendant plus de 20 ans, les soeurs de la Congrégation des Sœurs du Divin Rédempteur ont commis divers abus et surtout loué des enfants dont elles avaient la charge à des pédos, curés et autres.

 

Le scandale a bien a failli être étouffé, mais un rapport confidentiel a fuité.

L’une d’elles aujourd’hui âgée d’une soixantaine d’années a accusé depuis 2011 l’ancien vicaire général et avocat en chef du diocèse de Spire en Rhénanie-Palatinat, Rudolf Motzenbäcker (décédé en 1998), de l’avoir violé depuis ses 5 ans en 1963 et pendant les dix ans où il est resté dans ce foyer.

 

"Les bonnes sœurs étaient des maquerelles"

Cette victime, Karl Haucke, a été placé très jeune dans ce foyer car il était issu d’une famille défavorisée, et dénonce aussi l’organisation par les nonnes des viols des enfants du foyer de Spire.

Ceux-ci avaient lieu notamment dans des partouzes pédocriminelles parfois seulement entre curés, parfois aussi avec des types du gratin local. Selon ce témoin, entre 5 et 7 hommes âgés de 40 à 60 ans étaient généralement présents.

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Ce foyer géré 10 à 15 religieuses, les sœurs de Niederbronn, et était soutenu par la ville de Munich. Il a fermé en 2000 et aucune coupable n‘a encore été désignée par la justice.

Il a été placé dès l’âge de 5 ans, en 1960, a été transféré de familles d’accueil en foyers, et sa mère a perdu la garde en 1964 pour négligence, ce qu’elle aurait admis sans difficulté selon un rapport des bonnes sœurs, et l’autorité parentale lui a été retirée en 1970 quand Karl Haucke avait 13 ans.

Karl Haucke explique avoir certainement été violé plus d’un millier de fois, battu et terrorisé quand il était entre les mains de ces tarés, et souffre de depuis de stress post-traumatique. Il est souvent incapable de travailler, et connaît de longues périodes de dépression et d’insomnies en plus des problèmes physiques liés à ses fractures, "troubles [1] qui ont été reconnus par les médecins comme étant directement causés par les violences qu’il a subies dans l’enfance. Il subit aussi des moments de "dépersonnalisation", avec un sentiment permanent d’être menacé.

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Le médecin du foyer chez qui il était régulièrement emmené, le Dr Heinrich Ahrenholz qui était aussi un "ecclésiastique de haut rang de l’Eglise catholique", l’a aussi violé et Karl Haucke se souvient encore des "relations anales" ultra douloureuses, parfois avec plusieurs personnes.

Il a aussi expliqué que "une fillette maltraitée était tombée enceinte à la suite d’une partouze et avait ensuite été retrouvée pendue, et qu’il ne croyait pas au suicide et pense qu’elle en savait trop", selon la presse allemande. Elle avait alors 12 ans, un an de moins que lui, et apparemment aucun secours n’a été appelé.

C’est une fillette qui avait subi comme lui les partouzes des curés et de leurs amis, et deux semaines avant ils avaient essayé tous les deux d’alerter les services sociaux et la police sur les tortures et les viols commis par ce réseau. Mais évidemment ils n’ont pas été crus.

Ou peut-être que si mais il fallait étouffer l’affaire. De 1960 à 1972, le maire de Munich était un catholique quasi intégriste, Hans-Jochen Vogel, devenu député et leader du parti socialiste ultra libéral allemand –ce qu’on appellerait la gauche caviar en france. C’est encore un socialiste qui lui a succédé en 1972.

Tout le monde a traité le jeune Karl Haucke et cette fillette de menteurs, et puis un jour elle a disparu. Puis un soir au repas elle n’était pas là, il l’a cherchée et a fini par la retrouver pendue.

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C’étaient carrément les bonnes sœurs, décrites comme de véritables sadiques, qui tiraient les enfants pour les amener chez Motzenbäcker pour y subir ses attaques. Les coups tombaient principalement avant et après les viols, selon la victime. "Les nonnes étaient des maquerelles", dit-il, "il y avait une pièce où elles sevraient de l’alcool et à manger aux hommes et dans l’autre coin les enfants étaient violés". Apparemment les sommes versées étaient généreuses.

Pour Karl Haucke, les partouzes avec des politiciens et d’autres gens avaient lieu environ une fois tous les trois à quatre mois, et d’autres enfants étaient présents. Les nonnes déposaient les enfants chez des "religieux" notamment.

Il raconte qu’après les viols, les draps étaient tâchés du sang des enfants, "déchirés" par les viols. Les enfants étaient souvent battus ou enfermés au sous-sol.

Selon lui, la plupart des enfants qui ont subi ces horreurs sont morts aujourd’hui, et beaucoup se sont suicidés parmi lesquels son meilleur ami Hannes.

Il a été indemnisée discrètement en juin 2020 par le diocèse à la suite d’une décision du tribunal social de Darmstadt, à hauteur de 15.000 € et 10.000€ pour remboursement d’une partie des soins qu’il a du avoir en raison de ses traumatismes.

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Rainer Edenhofer, une autre victime de ce foyer où il s’est retrouvé dès l’âge de 2 ans et jusqu’à ses 13 ans (de 1964 à 1975), déclare être toujours hanté par la sœur Miranda (appelée "sœur M." dans les médias, née en 1936), qui fouettait les enfants. Les violences ont commencé vers l’âge de 5 ou 5 ans : "D’abord elle m’a battu, puis elle m’a emmené dans son lit. Ensuite la nuit je devais la satisfaire sexuellement". Rainer Edenhofer, qui était placé sous la tutelle complète de la ville de Munich, explique avoir aussi été loué à des hommes par les bonnes sœurs.

Parmi ceux-ci, il y avait le père Hermann Schartmann que les enfants devaient appeler "oncle Hermann", restait tout l’été dans la maison d’hôte du foyer. Après les viols, lors desquels il pratiquait parfois l’urologie, il obligeait les enfants à prier avec lui pour demander pardon. Il y avait aussi des moines du monastère d’Ettal. Lui aussi a reçu une indemnité minimaliste grâce à la loi sur l’indemnisation des victimes, en raison des traumatismes.

Quand Rainer Edenhofer, à force de fugues et de rébellions, a fini par être viré du foyer de Spire, il a été envoyé au Salesanium à Munich, un foyer pour ados tenu par des pasteurs où les viols ont continué dès le premier soir.

Les éducatrices du foyer (qu’il cite), ont aussi participé à divers actes de violences.

 

Un réseau pédocriminel étendu dans toute la région de Munich.

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Pendant des années personne du côté des autorités n’a rien trouvé de suspect à cette activité. Depuis 2011, il n’y a pour ainsi dire pas eu d’enquête à ce sujet. Il semble aussi que l’adoption de certains enfants a été bloquée, qu’ils aient été retenus dans un foyer ou passés d'un foyer à l'autre dans le même réseau, pour continuer à les violer.

On retrouve le même système qu'en Angleterre, où les éducateurs et directeurs pédos tournaient d'un orphelinat à l'autre, et où c'était open bar pour les politiciens pédos.

En 2020, le diocèse a admis que les accusations contre Motzenbäcker étaient crédibles. Il était question de violences sexuelles répétées contre des enfants entre 1963 et 1975. Il vivait à cette époque dans le foyer où officiaient aussi les sœurs de Nederbronn depuis 1852 –et jusqu’en 1995.

Les sœurs recevaient de l’argent en échange des enfants qu’elle fournissaient. Qui étaient les clients ? Le témoin parle de prêtres, donc, mais aussi d’hommes politiques et de dignitaires religieux. Certains enfants étaient laissés par les nonnes aux domiciles des pédos. Pour Karl Haucke c’était une ou deux fois par mois, chez des moines et autres pasteurs.

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Après que le diocèse ait parlé de cette histoire publiquement (sans quoi personne n’aurait su ce qu’il s’était passé), d’autres victimes se sont fait connaître. Trois d’entre elles impliquent également Motzenbäcker.

Le 12 février une enquête préliminaire au sujet des traitements infligés aux enfants dans ces foyers a enfin été ouverte par le parquet de Munich et la police criminelle a été chargée des investigations. L’affaire serait soudain prise "très au sérieux", maintenant que l’opinion publique est alertée.

Une commission d’enquête a aussi été demandée du côté du service social de la ville de Munich.

Plusieurs institutions sont visées, notamment :

  • Le centre pour jeunes "Hansel et Gretel" de la ville de Munich à Oberammergau, où se rendaient les moins d’un peu partout, notamment ceux du monastère d’Ettal cités comme lieu d‘abus. Une maison d’hôtes réservée aux pédophiles de l’église était disponible juste à côté.
  • Un foyer à Munich appelé le Salesianum (qui a en partie brûlé le 16 octobre 2020),
  • Une maison pour enfants à Feldafing appelée Villa Maffai, pour les enfants en difficulté d’apprentissage. Des faits ont été commis dans les cave du foyer et dans la sacristie de l’ancienne église du village.
  • Le monastère d’Ettal où les sœurs emmenaient des enfants et participaient aux agressions avec les moines. Les enfants y étaient amenés pendant les vacances.
  • La maison Kolping à Vilshofen
  • Un foyer privé de Freistatt en Basse-Saxe, réputée avoir été l’une des pires maisons d’enseignement d’Allemagne de l’Ouest dans les années 60-70.
  • Le foyer de Spire,

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Deux personnes notamment sont persuadées qu’il s’agissait d’un réseau bien organisé : Vladimir Kadavy, ex chef de l’Institut Goethe de Bucarest et surtout ex pensionnaire du centre d’ Oberammergau qui dit avoir assisté à certains faits sans en avoir été directement victime, et son thérapeute Jörg Jaegers, qui ont mené des recherches depuis plusieurs années.

Selon Vladimir Kadavy, les curés choisissaient leurs victimes parmi les enfants les plus vulnérables, et les testaient avant de passer à l’acte. Jörg Jaegers explique qu’un des enfants victimes a séjourné de foyer en foyer, comme enfant prostitué au bon plaisir des pasteurs.

"Les sœurs ont conduit les enfants à l'abbaye d'Ettal et les ont enfermés dans des cellules dans la cave, où ils ont été violés et maltraités presque tous les jours pendant des semaines", explique un rapport au sujet de cette affaire.

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Les soupçons portent sur des complicités au niveau des institutions publiques, avec un réseau d’auteurs et de complices assez dense. Mais évidemment la plupart des coupables sont morts depuis longtemps, notamment le père mariste S. et le "pasteur O."[2] de Cologne, pour lesquels l’Eglise a reconnu des agressions de mineurs.

Du côté de l’Eglise, un lourd silence a toujours régné en matière de violences sexuelles. Récemment le cardinal de Cologne a été mis en cause pour avoir gardé secret un rapport sur les dizaines d’années d’abus commis par les curés du diocèse et leur traitement interne[3].

Un groupe d’enquête privé a travaillé plus particulièrement sur les faits commis entre 1952 et 1972 au foyer de Feldafing, où des pensionnaires ont été torturés, violés, exploités financièrement et sexuellement. "Nous considérons le Werdenfelser Land [cette région de Haute Bavière] comme une destination pour le tourisme sexuel clérical", précise le rapport du groupe privé, "Non seulement les moines et les prêtres de la région s’y rendaient, mais aussi d’autres membres du clergé venus du centre de l'Allemagne, par exemple le mariste Hermann Schartmann de Cologne, pasteur de la congrégation du Sacré-Cœur".

 

Jusqu’où vont les complicités ? Le plafond de verre de la classe politique

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Schartmann, cité également par Rainer Edenhofer, victime du foyer des bonnes sœurs, a agressé de nombreux enfants à Oberammergau, à Spire et ailleurs, et il pratiquait le tourisme sexuel dans les foyers de la région. Il est mort en 1999 sans jamais avoir été inquiété et c’est seulement à titre posthume que l’archidiocèse de Cologne a reconnu ses actes, excepté les faits de prostitution de mineurs.

Parmi les institutions citées dans le rapport des enquêteurs privés, il y a le chœur des garçons de l’église de Ratisbonne, dirigé par Georg Ratzinger (mort en juillet 2020), frère aîné de l’ex pape Benoît XVI. Les jeunes étaient scolarisés et vivaient sur place à l’école de musique de la cathédrale. Le chœur était connu dans le monde entier qui faisait des tournées un peu partout, dont plusieurs enfants ont été victimes de ce réseau.

Le bureau de la protection de la jeunesse de la ville de Munich est considéré comme "le centre" de cette organisation pédocriminelle. Il est soupçonné d’avoir repéré des enfants de familles défaillantes, déjà victimes d’abus si possible, pour les envoyer à Feldafing, au foyer Hensel et Gretel et ailleurs, en donnant aux responsables des foyers des informations privilégiées sur leur situation familiale et leur vulnérabilité.

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Au foyer de Freistadt, les enfants étaient tous battus et attachés avec des menottes dès leur arrivée dans une sorte de "rituel d’initiation" qu’ils appelaient le "Saint Esprit". Puis les coups continuaient, y compris avec des gourdins, et violés, selon le récit d’un témoin, Eckhard Kowalke, passé par là quelques mois à l’âge de 15 ans.

La violence entre les enfants était aussi encouragée, c'était un règne de la terreur parfaitement organisé. "La justice, la politique et les autorités savaient ce qui se passait là-bas. Ils ont travaillé ensemble et créé un vide juridique", explique Eckhard Kowalke, à qui une indemnisation a été proposée.

Karl Haucke a expliqué que le médecin qui le violait régulièrement, le Dr Ahrenholz qui était un gradé de l’Eglise, a aussi "invité d’autres personnes (amis et politiciens à des soi-disant ‘parties sexuelles’. Cela s’est produit environ tous les 3 à 4 mois. Surtout s’il y avait des célébrations, ainsi que des événements politiques, par exemple un changement de gouvernement de l’Etat", précise le jugement qui a validé l’indemnisation.

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A cette époque il avait entre 8 et 14 ans. Il explique que "d’autres garçons et filles étaient présents lors des viols collectifs, y compris la fille qui a ensuite été pendue", d’ailleurs d’autres victimes ont désigné Ahrenholz comme agresseur. Tout cela via la petite organisation des religieuses et le réseau plus vaste auquel elles étaient connectées.

"La plupart des hommes impliqués avaient des tendances homosexuelles, c'est pour cela que plus de garçons que de filles étaient amenés. Si quelqu'un voulait une fille, il en avait une. Les filles avaient entre 8 et 12 ans". Karl Haucke disait qu’ "Il peut encore les entendre hurler aujourd'hui".

Lors des partouzes, les draps pouvaient être changés 4 à 5 fois tellement les enfants étaient abîmés. J’insiste parce qu’on parle bien de faits organisés par des ecclésiastiques, certes avec des complicités mais cela montre s’il le fallait encore la duplicité de l’Eglise qui, comme je le dis toujours, est le plus gros réseau pédocriminel du monde.

Apparemment, certains enfants disparaissaient, et étaient "remplacés" immédiatement par les nonnes.

Rainer Edenhofer

En 2016, Rainer Edenhofer a dénoncé dans une pétition des essais de médicaments qui lui ont été infligés pendant plusieurs années par l’Institut psychosomatique de la ville de Munich à partir de 1967 quand il avait 5 ans, à la demande du bureau de la protection de la jeunesse de la ville de Munich [4]. Tout un tas de troubles lui avaient été diagnostiqués à l’âge de 5 ans, et le "traitement" a duré jusqu’à ses 31 ans.

En 2015, quand il a demandé à voir son dossier de tutelle, il n’y avait presque rien dedans : il manquait même son certificat de naissance.

Il est question d’environ 175 enfants victimes de ce groupe d’institutions dans les années 60 et 70, dont 4/5e de garçons. Selon le rapport du cabinet d’avocats, 80% des coupables sont morts tranquillement, et 37 sont toujours dans l’Eglise. Mais plus largement, dans la région de Cologne l’Eglise évoque 300 victimes et plus de 200 auteurs de faits de pédocriminalité depuis les années 60.

 

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Ce n'est pas un scoop que l'Eglise est un réseau pédo"phile". Mais là on est carrément dans le proxénétisme de mineurs, par des bonnes sœurs, au profit de leurs copains de l'Eglise mais aussi du gratin local. L'affaire est d'autant plus étouffée depuis toujours, et cela malgré les déclarations de l'Eglise faisant un vague mea culpa et assurant la transparence dans le traitement de ces affaires

On devrait probablement en apprendre davantage, et il est évident que des victimes plus jeunes doivent exister puisque ce réseau est resté totalement intouchable jusque vers 2011- 2015. Peut-être même que des noms de responsables politiques -et religieux- finiront par sortir si une enquête est menée sérieusement.

 

 


 

[1] Notamment des "troubles modérés de l’adaptation sociale" évalué "avec de conséquences des dommages de 60".

[2] Otto Öhler, jamais condamné ni même inquiété par la justice de son vivant.

[3] Ce rapport a été demandé par le cardinal suite à plusieurs plaintes de victimes en 2018. Ce rapport qui portait sur une série d’accusations a été confié à un cabinet d’avocats et publié en janvier 2021 après une période de rétention. Le cardinal de Cologne a déclaré que ce rapport était trop horrible pour être rendu public et même les journalistes n’avaient pas le droit d’en parler.

[4] Rainer Edenhofer explique que la ville de Munich lui a demandé de retirer sa pétition du web, ainsi que son blog, effectivement supprimé depuis, ceci afin de "ne pas diffuser de fausses informations" alors qu’il s’agissait des lettres et courriers prouvant les abus médicaux. Il a été menacé d’une procédure dans le cas contraire. Selon Edenhofer, cette attitude envers les victimes de violences sexuelles dans ses propres institutions est habituelle de la part de la ville de Munich.