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27 janvier 2020

Magouilles et corruption des élites - Partie 6 : Recyclage des collabos dans la justice

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Aujourd'hui, nous terminons la partie sur le recylage des nazis et des collabos, avec le domaine de la justice. Après avoir vu comment ils ont été recyclés dans la politique, les médias, la culture, la police et les renseignements, et le monde économique, nous allons découvrir pourquoi le corps judiciaire est à ce point rétrograde, patriarcal et prêt à sanctionner gravement toute forme de dissidence ou de contestation. 

 

Pour s'y retrouver, voici le plan: 

I. La 2e Guerre Mondiale, oeuvre du fascisme financier.

II. Le sabotage de la dénazification.

III. Recyclage des Nazis et Collabos dans les nouvelles structures: 

     1) Les services sercets

     2) La banque et l'industrie

     3) La politique et les syndicats

     4) Le monde universitaire

     5) Les médias et la culture

     6) La justice

 

Soyons honnêtes: les magistrats collabos réintégrés sont morts ou à la retraite. Mais ce recyclage massif montre plusieurs choses:

  • L'Etat n'avait aucune volonté d'épurer la justice des extrémistes de droite.
  • Le fait qu'ils aient été l'instrument de Vichy ou des Allemands pour réprimer les Juifs et les résistants n'avait aucune espèce d'importance pour nos élites.
  • Cela arrangeait tout le monde de laisser en place une clique prête à sanctionner à nouveau les communistes à la première occasion.

 

En Allemagne, on garde le droit nazi

2020-01-27 19_59_02-» Heiko Maas _ des lois rédigées par les nazis sont encore en vigueur - Opera

En Allemagne, une étude lancée en 2016 enquête jusqu’en 2020 sur "l'influence des réseaux nazis sur les « autorités centrales » après 1945, en particulier au sein de la chancellerie", à la suite des résultats du travail d’une commission académique, le "projet Rosenburg", qui a montré que des parties importantes du droit allemand datent encore de l’époque nazie et du code pénal de 1941, même si certaines sont obsolètes.

D’autres le sont moins, comme la définition du crime: "De manière absurde, le crime même, qui implique le plus haut degré de culpabilité et prévoit la peine maximale, est toujours défini selon la formulation des juristes nazis en 1941", expliquait le ministre de la justice allemand en 2015.

Cette commission indépendante académique, créée par le ministère de la Justice en 2012, visait à enquêter sur la façon dont le passé nazi était géré dans les années 1950 et 60, et notamment "de savoir pourquoi le système de l’Allemagne a permis à tant de criminels nazis d’être libres", selon le ministre allemand de la justice à l’époque.

Il est ainsi apparu que "Près de 80% des cadres du ministère de la justice allemande d'après-guerre avaient officié sous le IIIe Reich, un nombre bien plus important que ce qui était connu jusqu'ici, révèle un rapport publié lundi en Allemagne", rapportait La Tribune de Genève le 10 octobre 2016. On comprend mieux pourquoi ils n’étaient pas pressés de modifier le code pénal nazi.

"Le nombre des (anciens) membres du NSDAP au sein du ministère de la Justice n'a pas baissé après la guerre comme on le supposait, mais a même augmenté dans les années 1950. L'apogée a été atteint en 1957, lorsque 77% des cadres dirigeants de l'administration judiciaire étaient d'ex-membres du NSDAP", ajoutait le quotidien suisse.

 

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Idem du côté du ministère de la justice : "Sur les 170 personnes qui, entre 1949 et le début des années 70 ont occupé des postes de direction au sein du ministère, 90 ont appartenu au NSDAP" et en plus "Trente-quatre d'entre eux ont même appartenu aux milices SA, les Sections d'assaut du parti nazi", selon l’ex ministre allemande de la Justice, qui avait initié le rapport Rosenburg.

L’un de ces hauts-fonctionnaires nazis, le magistrat Eduard Dreher, avait créé en 1968 une loi "d'apparence technique, qui avait considérablement compliqué les poursuites contre d'ex-criminels du IIIe Reich, mettant fin à la quasi-totalité des enquêtes en cours. On a hâte de lire le même rapport sur la situation en France", selon Le Matin du 26 novembre 2016.

On attend un travail du même niveau en France, et pas seulement dans la "justice", mais chez nous il n'est même pas question de critiquer l'épuration, censée avoir été terrible selon certains. 

 

En France, la continuité dans la continuité

En France, de nombreuses inventions de Pétain et de Vichy ont été conservées et existent toujours, comme la carte d'identité obligatoire, la police nationale aux super pouvoirs, la vaccination obligatoire et le carnet de santé obligatoire, l'ordre des médecins (ou la séparation de Nantes du reste de la Bretagne). Il faut dire que ce régime était avant-gardiste en matière de flicage et de contrôle de la population. 

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On a aussi, par la même occasion, conservé la totalité des magistrats qui étaient en place pendant la guerre, et qui n'évaient pas hésité à réprimer les victimes du régime et les résistants. Ils n’ont certes pas changé d’opinions politiques en l’espace de quelques mois, et jusque dans les années 70 la justice française était clairement aux mains d’anciens collabos adeptes de l’ "ordre" et de l’autorité, même dans un "Etat" à la dérive. Ils ont donc continué à garantir l’ordre établi, le même qu’avant et pendant la guerre.

Tous les magistrats, excepté un seul, avaient prêté serment au Maréchal Pétain en 1941.

Annie Lacroix-Riz évoque "un ministère de la justice arc-bouté contre l’épuration", et cite de nombreux échanges de courriers indiquant que les autorités ont freiné des quatre fers pour limiter les conséquences des actes commis par les magistrats durant la guerre. Et les mêmes ont dénoncé avec d’autant plus de verve une soi-disant "épuration sauvage" de la part des communistes, qui selon certains d’entre eux aurait fait 100.000 morts [1]. Mais cela n'existe que dans leur esprit de collabos fin de siècle.

Aujourd’hui, et malgré ce que racontent encore certains militants de droite, nostalgiques de vichy et du reich, des Albert Camus -qui défendait la "légalité républicaine" qui devait être poursuivie selon l'avis général- et même certains historiens adeptes de l’ordre établi, on sait parfaitement que ce concept d’ "épuration sauvage" est une "construction" [2]. D’ailleurs, il est avéré que la grande majorité de ceux qui ont été liquidés hors décisions de "justice" à la Libération étaient des flics, des gendarmes, et/ou des auxiliaires des nazis.

Parmi tous ces magistrats collabos qui ont pu poursuivre leur ascension, Annie Lacroix-Riz cite Maurice Turquey, qui fut nommé en 1937 comme magistrat à l’administration centrale de la justice, puis substitut de la Seine en décembre 1940. Il a ensuite été promu directeur des affaires criminelles en 1942 et a dirigé la Section spéciale de la cour d’appel de Paris chargée d’appliquer les lois d’exception contre les gauchistes. Turquey a donc largement participé à l’organisation sur le plan judiciaire de la traque des communistes et autres "terroristes".

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Cela n’a pas empêché le ministre de la justice Pierre-Henri Teitgen [3] de la nommer chef de cabinet dès mai 1945. Détail croustillant : Teitgen, en tant que ministre de la justice, était chargé de l’épuration administrative. Mais, il l’avait bien dit : hors de question pour lui de se "servir de l’épuration pour faire des réformes de structure" [4]. L’ordre devait rester bien établi.

L’historienne expose parmi une liste de cas emblématiques le cas de Pierre Bizière, qui avait officié comme juge d’instruction à Poitiers à partir de mars 1942, et avait ardemment poursuivi la Résistance. A la Libération, Bizière avait été arrêté et suspendu de ses fonctions, mais cela n’a pas duré longtemps : il a été réintégré dès le 20 avril 1945 par la commission d‘épuration de la justice, comme juge d’instruction à Dijon.

Pourtant, rappelle Annie Lacroix-Riz, "Bizière avait beaucoup fréquenté les bureaux allemands et rendu d’éminents services aux policiers tortionnaires, parmi lesquels le groupe de Niort, qui avait massacré ‘de jeunes hommes de la résistance’ (FTP) et avait eu besoin de cautions pour les ‘faux actes de décès’ rédigés à cette occasion (…) Bizière livrait aux Allemands toutes ses informations sur les FTP, y compris ‘sur d’autres faits que ceux faisant partie de son instruction’".

Bizière a pu compter sur la bienveillance du procureur général de Poitiers, qui ne voyait rien à lui reprocher puisqu’il avait travaillé "avec conscience et sans parti pris" et n’avait pas montré d’hostilité envers le gouvernement de la Libération, et de la chancellerie. De nombreux témoignages à charge ont été mis sous le tapis par le ministère de la justice, et on parvint même à lui trouver des actes de résistance.

 

La blanchisseuse de la Haute cour de "justice"

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Les rares magistrats à avoir été jugés et condamnés à la Libération ont été rapidement graciés et ont pu rentrer dans les régions où ils avaient semé la terreur parmi les Résistants et les Juifs quelques mois ou quelques années plus tôt [5].

La Haute Cour de Justice, chargée de "juger" les magistrats, était dirigée par deux pétainistes de 65 et 75 ans, dont l’un, André Mornet, avait fini par obtenir le poste de "vice-président de la commission de révision des naturalisations" des juifs.

Des stratagèmes divers et variés ont été utilisés par le ministère de la Justice pour que l’épuration ne puisse pas avoir lieu dans la magistrature. Annie Lacroix-Riz en cite certains comme, "dès novembre 1944, le ‘dessaisissement ‘ des ressorts dans lesquels les magistrats avaient sévi de 1940 à 1944", ce qui a permis d’annuler beaucoup de suspensions.

En effet, en ce qui concerne les "suspendus", l’historienne explique que "Soit les intéressés, notoires, restèrent sur place contre l’avis des résistants ulcérés, même ‘modérés’. Soit ils furent mutés, souvent à rang aussi élevé, voire promus dans des sièges où ils étaient inconnus ou moins connus. Ceux qui s’étaient le plus nettement désignés à la vindicte publique (procureur généraux, premiers présidents, procureurs de la république, avocats généraux), surtout s’ils avaient ou dépassé l’âge de la retraite, en bénéficiaient dans la quasi-totalité des cas, avec ‘droit à pension’".

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Et même quand certains ont fini par être suspendus, le ministère de la Justice avait "exigé que les remplaçants immédiats des ‘suspendus’ ne fussent installés qu’à titre ‘provisoire’, sans nomination officielle, pour préserver, quand leur âge et la conjoncture le permettaient, l’avenir professionnel de ces magistrats écartés sous la pression populaire des premières semaines". Ce n’est pas cette version qu’on nous a apprise à l’école, ni dans les nombreux documentaires sur la Libération.

Le manque de moyens a été un autre stratagème, qui s’est avéré très efficace pour freiner le travail des magistrats désireux de réellement épurer la justice. Des dossiers se perdaient, se vidaient, les délais de réponse du ministère pouvaient devenir extrêmement longs... Pendant ce temps les lois destinées à réduire les peines ou même à gracier se succédaient depuis 1944.

Finalement aucun magistrat, même dans les plus zélés sous l’Occupation, n’a subi de condamnation pénale. un vrai tour de force. Quelques-uns ont été déclarés fous, parfois temporairement, pour éviter une procédure ennuyeuse. Pour compliquer la tâche de ceux qui auraient voulu creuser un peu plus, les décisions rendues par ces individus pendant l’Occupation sont restées planquées au nom du "secret professionnel".

Le chercheur Alain Bancaud résume ainsi les choses : "L’épuration de la magistrature apparaît ainsi comme une vaste opération de relégitimation. Opération menée avec la participation de résistants et de magistrats au passé patriotique en principe inattaquable, réunis au sein d’une commission qui fonctionne comme une instance de répression et un sas de blanchiment en même temps qu’elle cautionne les décisions définitives d’un ministre de la Justice suivant le plus souvent ses avis ou, quand il ne le fait pas, les aggravant. Pour ne pas invalider l’ensemble du corps, les attitudes générales d’allégeance à Vichy ne sont pas retenues comme griefs, tel le serment de fidélité à Pétain que seul un magistrat a refusé de prêter ou le loyalisme positiviste qui a conduit à appliquer la législation d’un gouvernement dit "de fait""[6].

Alain Bancaud, qui considère qu’il y a bien eu une forme d’épuration, observe que "L’épuration ne permet pas à la magistrature professionnelle de regagner une légitimité que son attitude sous Vichy avait sérieusement minée".

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Quant aux magistrats qui ont été de vrais Résistants (il y en a eu quelques-uns), ils ont plutôt été mis sur la touche. Il y a bien eu des manifestations et même quelques émeutes dans des villes où les magistrats vichystes avaient repris les affaires, mais cela n’a pas influencé le cours de la "justice". Au contraire, la répression de toute justice populaire a été une priorité des autorités politiques françaises. Cela, au nom de "l’Etat de droit", mais surtout pour que les élections municipales de 1945 se déroulent sans trop de soucis…

Les préfets aussi sont largement restés en place. Le cas Papon notamment n’a été que l’arbre qui cache la forêt. Annie Lacroiz-Riz cite notamment le cas de Jean Quenette, un lorrain devenu préfet en 1940 dans l’Aisne, puis à Rennes, puis Dijon. Quand il a cherché à passer dans le camp des Alliés en 1943, il a été arrêté par la gestapo (puis on dira que c’est parce qu’il a été résistant). Qu’a-t-il fait après la guerre ? Il est redevenu avocat jusqu’en 1948, puis alors qu’il n’a jamais été paysan, il est passé directeur général de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles) de 1948, quand les dirigeants de gauche ont presque tous été écartés, à 1951. Puis il a rejoint Shell, la compagnie pétrolière où il était directeur des relations extérieurs (lobbyiste) jusqu’en 1966.

Le cas de Jean Horeau, un préfet nommé en Savoie par Vichy, est parlant lui aussi : "préfet de Savoie qui avait jusqu’en août [1944] inclus mobilisé police et gendarmerie contre les « terroristes » avec l’ardeur qui avait en février motivé son envoi franco-allemand dans ce haut lieu maquisard", écrit l’historienne. Grâce au soutien de ses amis de droite, il a été libéré rapidement après son arrestation à l’automne 1944 pour "intelligence avec l’ennemi" et a évité les poursuites. Horeau, selon certains vichystes, serait devenu résistant en juillet 1944.

Voilà pour la version officielle, lustrée. L’historienne, qui a mis le nez dans diverses archives, note qu’il a effacé les traces écrites des préfectures dans lesquelles il est passé durant la guerre. Elle relève que dès son arrivée dans l’Aisne en août 1940, il "s’était déclaré partisan de l’Ordre Nouveau et s’était fait remarquer par un zèle excessif à appliquer et soutenir la politique de Vichy", et que "les fonds Bousquet le montrent en 1942 fort anti gaulliste", ayant donné des ordres à la police pour "préparer une opération contre personnes qui prennent une position antigouvernementale ou gaulliste".

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Car René Bousquet, préfet de la Marne en 1941 puis secrétaire général de la police, est un bel exemple de cette impunité: bien qu'il ait été impliqué dans la rafle du vel d'Hiv et en zone sud, il a seulement été écarté de la fonction publique jusqu'à son amnistie en 1958. Il a ensuite pu se rapprocher des milieux politique, notamment de Mitterrand son vieil ami.

Revenons à Horeau, arrivé à Dijon en juillet 1943 où la répression des maquisards était la priorité, entraînant dans la région moult actions de résistance active et passive. En décembre 1943, le mois où il a été révoqué, Horeau s’en prenait encore aux "terroristes" (les résistants) et négociait avec les syndicats pour éviter des grèves afin que l’armée allemande puisse faire ce qu’elle avait à faire. Il recommandait de ne pas tuer un groupe de résistants, mais seulement par peur des réactions populaires.

Le préfet du Rhône puis de la région pendant la guerre, Alexandre Angeli, a quant à lui bien été jugé, mais le dossier était si mince que sa condamnation à mort a été cassée et transformée en quatre ans de prison. Il avait tout de même reçu la Francisque. Mais la cour de justice du Rhône a en général été clémente avec les collabos.

Citons aussi Roland Pré, ingénieur des mines, docteur en droit, ex cagoulard et membre de l’Action Française devenu haut fonctionnaire de Vichy. Il voyait dans le corporatisme (vieux délire de la synarchie) comme un moyen de renforcer le fascisme. Il était proche des milieux de la synarchie, notamment de Jean Coutrot qui en était la vitrine "officielle". Alors qu’il aurait rejoint la résistance gaulliste en 1943, jusqu’aux derniers jours du régime vichyste, Pré s’inquiétait des actions de la résistance communiste. Après la guerre, il a participé à la distribution de faux certificats de résistance, puis occupé des fonctions de gouverneur dans les colonies (directeur de l’Afrique coloniale en 1946, puis au Cameroun en 1955).

Et bien-sûr le milicien Paul Touvier. Qui a miraculeusement [7] échappé aux autorités pendant près de 50 ans alors qu’il était en principe recherché pour Collaboration. On va reparler de cet individu dont les services furent bien utiles dans le cadre des réseaux stay-behind. 

 

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On conclura ce chapitre sur le recyclage des nazis et collabos dans les nouvelles structures en mentionnant la réécriture féroce de l’histoire de la seconde guerre (avant, pendant et après-guerre) depuis les années 90.

Les fachos ont investi ce domaine, comme Patrick Buisson, nommé par sakoléon à la tête de la chaîne publique "Histoire", censée enseigner aux masses une histoire objective. Il s’agit désormais de minimiser la gravité de la collaboration et l’implication des uns et des autres dans cette collaboration, de minimiser également l’action de la Résistance communiste, et de tenter de faire passer dans l’opinion publique que la construction européenne, par et pour le grand capital collabo ou carrément nazi, avec des sbires politiques au passé très souvent douteux, a quelque chose de légitime.

Ce n’est évidemment pas le cas.



[1] Cf. Annie Lacroix-Riz, « La non épuration en France de 1943 aux années 50 ».

[2] Selon les historiens François Rouquet et Fabrice Virgili qui ont écrit « Les Françaises, les Français et l'Épuration. De 1940 à nos jours », cette idée d’ « épuration sauvage » ou d’ « épuration extrajudiciaire » a été développée à partir des années 80 seulement. Aujourd’hui les estimations sérieuses parlent de 7.000 à 12.000 morts liés à l’épuration non légale. Les deux auteurs écrivent que « Les chiffres qui suivent sont évocateurs : 13 700 FFI ont été tués au combat ou exécutés de janvier à septembre 1944. 834 otages et 2 700 condamnés à mort ont été fusillés par les Allemands, et entre 7 000 et 12 000 personnes tuées lors de massacres et d’exécutions sommaires. 40 % des déportés de répression croupissant dans les camps de concentration et prisons du IIIe Reich ont laissé leur vie, soit 36 000 victimes ». Selon eux, « Cette stratégie de recomposition du récit de ce qui ne fut pourtant qu’un court moment de l’épuration a été adoptée après-guerre par la majorité des nostalgiques de Vichy, de ceux qui ont été punis et, plus largement, de la plupart des écrivains de droite qui trempent alors leur plume dans le sang pour, selon une formule fréquemment employée, ”rétablir la vérité sur l’épuration” ».

[3] Député de droite de l’Ille-et-Vilaine, engagé dans la Résistance assez tôt il a été un des fondateurs du groupe Combat, de droite. Teitgen a été ministre de la Justice jusqu’en décembre 1946.

[4] Cf. « L'épuration en France : une histoire inachevée », par Henry Russo, dans la Vingtième Siècle, revue d’histoire, 1992.

[5] Cf. Annie Lacroix-Riz, « La non épuration en France de 1943 aux années 50 ».

[6] Dans un article intitulé « La justice et le rétablissement de la légalité républicaine à la Libération en France »  paru en 1997.

[7] En effet, bien que soi-disant poursuivi pour crimes liés à la Collaboration, Touvier continuait à harceler ses victimes en toute impunité. On peut aussi s’étonner, par exemple, du fait que Touvier ait pu obtenir une nouvelle carte d’identité à son nom le 6 avril 1967 par la préfecture du Rhône. Ceci, alors qu’il avait bien donné une adresse permettant de le retrouver, à savoir le 37 rue des Channées dans le 7e arrondissement de Lyon, à la cure de la paroisse du quartier.

 

Magouilles et corruption des élites - Partie 1 : La 2e Guerre Mondiale, œuvre du fascisme financier - donde vamos

Les citoyens relèvent la tête, il est temps de contribuer à diffuser des outils de lecture du monde actuel. Car, si nos dirigeants nous enfoncent dans la mondialisation et l'ultra libéralisme économique et financier, ce n'est pas par pragmatisme (on l'a bien compris au vu des résultats économiques et sociaux désastreux de ces politiques), mais par idéologie.

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Magouilles et corruption des élites - Partie 2: Le sabotage de la dénazification - donde vamos

Les citoyens relèvent la tête, il est temps de contribuer à diffuser des outils de lecture du monde actuel. Car, si nos dirigeants nous enfoncent dans la mondialisation et l'ultra libéralisme économique et financier, ce n'est pas par pragmatisme (on l'a bien compris au vu des résultats économiques et sociaux désastreux de ces politiques), mais par idéologie.

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Magouilles et corruption des élites - Partie 3 : recyclage des collabos dans la banque et l'industrie - donde vamos

Dans les précédentes parties, nous avons vu que les milieux financiers avaient financé l'Allemagne Nazie, qu'après la guerre les mêmes Nazis ont été choyés par les Américains, et que lorsqu'ils ont mis en place les services secrets en Europe, les US en ont profité pour y recycler plein de nazis et collabos.

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Magouilles et corruption des élites - Partie 4 : recyclage des collabos dans la politique, contrôle des syndicats - donde vamos

Aujourd'hui, place au chapitre sur les politiciens qui ont collaboré avec Vichy ou même avec les allemands, mais qui sont revenus dans le paysage après la guerre avec la bénédiction des US. Du côté des syndicats, la reprise en main s'est faite à coups de subventions et de divisions.

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Magouilles et corruption des élites - Partie 5 : Recyclage des collabos dans les médias, l'enseignement supérieur et la culture - donde vamos

Nous avons vu comment les élites financières et industrielles ont apprécié la politique d'Hitler, comment l'épuration a été des plus modérées dans les renseignements, l'armée, les milieux bancaires et industriels, ou encore dans la politique et les syndicats. Cela, au nom d'une soi-disant lutte contre le communisme, qui était par contre une vraie guerre idéologique.

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21 janvier 2020

Affaire Matzneff : un prédateur propagandiste dans l'orbite de réseaux pédocriminels

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De quoi parle ce livre, Consentement, qui fait tant scandale? D'un type qui aime les adolescentes à peine pubères. D'une fillette dont la première fois se passe à 13 ans avec un écrivain qui a 36 ans de plus et se vante sur les plateaux télé comme dans ses livres de ses exploits sexuels avec des mineurs. Et ce livre parle d'un silence assourdissant.

Aujourd'hui, après des dizaines de scandales de pédocriminalité dans les écoles, les églises, les HLM, sur le web, la tolérance n'est plus de mise pour l'opinion publique. Les pédocriminels sont en passe de devenir les proies, et eux qui aiment tant être des prédateurs n'aiment pas du tout cela.

 

Le livre de Vanessa Springora est courageux. Il a certainement fallu une grande capacité d'introspection, et une volonté forte de dénoncer, pour parvenir à écrire ces mots. On attendait Lolita du point de vue de Lolita, c'est le livre de Vanessa Springora, Consentement.

Il s'agit en fait d'une relation d'emprise et de violence sexuelle sans les coups, dont la victime est une gamine qui se croit grande, comme toutes les gamines de 12, 13, 14 ans. C'est l'histoire d'un étau, d'une manipulation, d'une longue reconstruction. 

 

Matzneff, un pédo militant bien inséré dans le microcosme parisien

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Dans les années 90, une autre victime de Matzneff mais pour des faits remontant au début des années 70, avait déjà écrit un livre sur son histoire. Mais il a été refusé par les maisons d'éditions.

"Dans ce petit monde feutré de l'édition parisienne, « tout le monde savait bien ce que faisait Matzneff et d'autres pédophiles présumés du monde de l'édition, ça alimentait les dîners en ville et ça choquait peu de monde », se souvient un ancien journaliste littéraire", lisait-on dans Le Parisien du 10 janvier 2020. Et jusqu'à aujourd'hui, Matzneff était toujours adulé par les milieux littéraires, vivait dans un HLM en plein Paris pour 348 euros par mois grâce à son ami Jean Tibéri, et avait touché 160.000€ du centre National du Livre depuis 2002.

Comment a-t-il pu rester aux premières loges de la littérature après avoir écrit en 1977 dans un de ses livres que "Grâce aux dieux, il n'y a pas que les femmes : il y a les petits garçons. Uniment hétérosexuel, je me serais senti coincé par les traîtresses sirènes, entièrement à leur merci ; polysexuel, j'ai une échappatoire. Les stoïciens nomment le suicide une porte de sortie ; les jeunes garçons, eux aussi, sont une porte de sortie". D'ailleurs, il a écrit lui-même avoir des relations sexuelles avec des garçons de 8 ans.

Ou encore: "Que les violences soient punies avec rigueur, les amoureux de l'extrême jeunesse sont les premiers à le souhaiter. Ce que nous combattons, c'est cette idée qui semble être la pierre d'angle de la présente législation, que l'éveil de l'instinct et des pratiques sexuels chez l'adolescente ou chez le jeune garçon est nécessairement nuisible et funeste à leur épanouissement. Ce n'est pas vrai. " Il faisait,  et souvent d'ailleurs, l'apologie d'un crime, affirmant que ce n'était pas de la fiction mais sa vraie vie, et au lieu de le coller au trou on l'a invité à la télé. 

Apostrophes

Avec son ami écrivain et pédocriminel René Schérer, Matzneff a même témoigné en 1981 en faveur de Jacques Dugué, un pédocriminel qui produisait des films et photos pédopornos et prostituait des mineurs. Dugué, surnommé "le pervers de Saint-Ouen", avait déjà fait 10 ans de prison (pour deux condamnations) et alimentait un réseau pédocriminel en contenus [1] dont certains ont été retrouvés dans les CD Roms de Zandvoort.

Selon certaines sources, on aurait retrouvé des ossements d'enfants chez ce Dugué, dont les penchants étaient clairement sadiques même si Matzneff & Co ont oublié de le dire [2]. D'ailleurs, Dugué ne l'avait pas dit non plus dans sa tribune de 2 pages dans Libération, journal pro pédo"philes" alors dirigé par Serge July, dans laquelle il défendait le droit à sodomiser des enfants.

En 1982, le nom de Matzneff est sorti, comme des dizaines d'autres, dans l'affaire dite du Coral, ce "lieu de vie" alternatif pour enfants autistes et handicapés, où selon la justice rien ne se serait passé [3]. Il a même été convoqué et entendu par la police durant quelques heures avant d'être relâché.

Et c'est suite à cette accusation d'avoir violé des mineurs résidents du Coral (jamais prouvée judiciairement et jamais jugée) que Matzneff a perdu sa chronique dans Le Monde, qu'il tenait depuis 1977. Et même s'il a été "blanchi" par les enquêteurs, comme les trois cents autres types cités dans cette affaire, il n'a jamais récupéré sa chronique au Monde.

Matzneff a aussi été parmi les premiers et les plus virulents à attaquer l'enquête sur le Coral, et surtout le témoin numéro 1 Jean-Claude Krief, cet éducateur qui a dénoncé les personnalités parisiennes [4]. Initialement Krief n'avait dénoncé que 13 personnes toutes proches du Coral ou de Claude Sigala le patron du Coral, parmi lesquelles Matzneff, Schérer, le fils Boulin qui dirigeait SOS Enfants, une association qui a placé des enfants au Coral, Léonid Kameneff le leader de l'Ecole en bateau condamné en 2013 seulement (12 ans de prison), ou le psychiatre Alain Chiapello, qui a été inculpé, puis relaxé.

 

L'Ecole en Bateau, maillon d'un réseau pédo international ? - donde vamos

Dans les années 70, les pédophiles se sentaient pousser des ailes. ils créaient même des écoles, comme l'Ecole en Bateau, ou Coral, ou tant d'autres lieux de vie dans lesquels les éducateurs non qualifiés étaient trop souvent des pédophiles. Il se trouve qu'à l'époque, il existait déjà une sorte d'internationale pédophile, dont la toile s'étendait sur tout le globe.

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René Schérer, qui a été entendu trois fois dans ce dossier, a admis connaître Sigala et s'être rendu plusieurs fois au Coral, mais "sans y séjourner".

Quand il a eu son Renaudot en 2013, l'association Innocence en Danger avait déposé une plainte contre X visant en fait Matzneff pour pour ­provocation à la commission d'une infraction, close par un non-lieu. On devait encore être "à l'époque".

2020-01-13 19_45_33-Interrogé sur Matzneff, Frédéric Mitterrand dénonce un _phénomène de meute_ _ Le

Alors que certains aiment présenter la pédocriminalité comme quelque chose de romantique, de pas si grave, qui finalement n'a pas tellement de conséquences, ce livre remet les pendules à l'heure (même si l'auteure s'en sort relativement bien). Et en pointant le doigt vers l'agresseur, Matzneff, c'est un système complice qui est dénoncé. D'ailleurs, c'est quand il a obtenu le prix Renaudot en 2013 que l'auteure a eu le déclic final pour écrire ce livre.

Nous n'avons plus qu'à attendre et les regarder sortir du bois, ces individus qui tenteront de prendre la défense, avec des arguments qui relèvent de l'équilibrisme ou de la malhonnêteté intellectuelle, de leur ami, leur icône peut-être, en tout cas un pédocriminel revendiqué qui est passé à l'acte de nombreuses fois.

Certains vont crier haro sur les réseaux sociaux,sur "la meute", sur l'opinion fascisante, voire inculte. D'autres vont en appeler à l'amitié, minimiser ou tenter de se faire oublier. D'autres feront le dos rond et attendront que cela passe. On pense tout de suite à l'inénarrable Frédéric Mitterrand, lui aussi pédo revendiqué, qui a soutenu Popol-en-ski "jeté en pâture pour une histoire qui n'a pas de sens", et aujourd'hui Matzneff. 

 

Soutiens timides et retournements de veste

2020-01-18 19_39_50-Affaire Matzneff _ quand une poignée d'intellectuels défendait la pédophilie _au

Il y a comme une gêne dans le microcosme. Comme un fête arrosée stoppée nette à 3 h du matin par l'intervention des flics. Certains continuent à soutenir l'affreux matzneff en essayant de ne pas cautionner ses actes, ce qui relève de l'équilibrisme.

Quelques jours après que soit passé le pic du scandale, le journal Le Point (220.000€ de subventions en 2017), dans les pages duquel Matzneff, Gabriel, prix Renaudot, nous gratifiait encore il y a 1 mois de ses chroniques, semblait vouloir rallumer la polémique. Avec un discours visqueux très similaire à celui qu'on trouvait dans Libé dans les années 70 ou 80 au sujet de la pédocriminalité, alors appelée pédo"philie", c'est-à-dire un argumentaire basé sur la liberté (de qui?) opposée basiquement aux obscurantistes. Les obscurantistes étant ceux qui condamnent les pédocriminels dès lors qu'ils sont passés à l'acte ou font l'apologie de cette perversion, pas les pédos. 

Dans Le Monde, un académicien a jugé opportun le 13 janvier 2020 de prendre "la défense d’un homme aujourd’hui seul, traqué, malmené, conspué, honni, traîné dans la boue, naguère et encore tout récemment loué, honoré de prix, bénéficiant de bourses d’écriture, pour les mêmes livres qui le font mettre actuellement au pilori". 

Un article intitulé "Affaire Matzneff : le moment de la fureur morale" commence très mal en effet (on n'en saura pas plus il est réservé aux abonnés). Selon l'auteur, les réseaux sociaux ont "amplifié" la légitime indignation face aux actes de Matzneff, ce qui ne serait pas adapté au problème qui serait d'une trop grande "complexité morale" pour les internautes.

2020-01-13 18_59_20-Matzneff - Vous avez dit Le Pen _ - Le Point - Opera

Ils sont tout même assez peu pour le défendre, parmi tous ceux qui ont fermé les yeux durant toutes ces années. Même son pote Le Pen a dit que la pédo"philie", c'est mal. Ils se connaissent depuis les années 70 et s'entendent bien, festoyant ensemble régulièrement, ce qui n'est pas étonnant: l'extrême droite n'a jamais été, et ne sera jamais probablement jamais, en première ligne contre la pédocriminalité. Ni en deuxième ligne d'ailleurs.

En 2015 encore, matzneff publiait une de ses chroniques, toujours dans le très à droite Le Point, pour dire tout le bien qu'il pensait d'un Le Pen dont il vantait la "liberté" et la "spontanéité". Il écrivait notamment :" Les journalistes qui écrivent des biographies de Jean-Marie Le Pen ne me consultent jamais. Ils ont tort. Le président d'honneur du Front national et moi, outre nos nombreux amis communs, morts ou, grâce à Dieu, bien vivants, nous avons eu la même manucure, une jolie Finlandaise prénommée Margareta...".

Sur le plan des "idées", le pédo mégalo, fan et ami de l'ex Collabo Hergé (auteur de Tintin, antisémite affiché proche de nombreux fascistes) et de l'écrivain facho et pédo Montherlant, également amateur d'interviews chez Radio Courtoisie rallié à Marine Le Pen en 2012, continue : "Je me souviens d'une de nos soirées à l'époque du traité de Maastricht. Les propos que nous tint Jean-Marie Le Pen étaient la raison même, la justesse même, l'avenir allait nous le prouver, et ce soir-là je pris conscience à quel point était absurde l'image d'excité extrémiste que la presse purée de droite et de gauche s'appliquait à donner de lui".

Le premier éditeur de Matzneff était Roland Laudenbach, fondateur des éditions de La Table Ronde, orientées à l'extrême droite (la maison a publié Mauriac ou Montherlant) avant d'être rachetées par Plon en 1949.

2020-01-20 20_55_32-Recontres en ligne avec Gabriel Matzneff - Opera

Même Kouchner (fervent défenseur de Popol) le traite de "salopard" et dit que s'il a signé sa pétition demandant la légalisation de la pédo "philie"dans Le Monde en 1977 [5], c'est parce qu'il ne l'avait "même pas lue".

Et ce Matzneff si fier de ses actes, pourquoi a-t-il supprimé son blog (où il parle de lui à la 3e personne [6]) fin décembre, juste après la publication du livre de Springora? Est-ce parce qu'il affichait les prénoms (parfois les noms) et photos de ses conquêtes juvéniles ? Parce qu'il y affichait ses amis? 

Parce qu'il y racontait brièvement sa vie, et ses relations avec des adolescentes de 16 ans? Dans sa chronologie, pour l'année 1973 il écrit par exemple: "Rencontre de Francesca, qui a alors quinze ans (11 août). Ils entament une relation passionnée dans les jours qui suivent". En 1979: "Après un an de réflexion, Marie-Elisabeth F., seize ans, décide que Gabriel Matzneff sera son premier amant. C'est le début d'une très grande passion".

En 1980: "Début des amours avec Deniz C., seize ans, camarade de lycée de Pascale E. (1er mars)." En 1982: "De retour à Paris, il devient le 11 mars l'amant de la jeune Zohra et le 5 avril celui de Brigitte C., rencontrée au Salon du Livre." En 1983 : "Rencontre de Anne T., seize ans, élève au collège Sévigné (19 avril). Gabriel devient son amant le 10 mai.". etc. (Il aurait ainsi mis la main sur cinq adolescentes du même "collège Molière" à Paris, dont il faisait "la sortie").

Est-ce parce qu'il y écrit qu'à la fin 1976, il a fait un "Séjour en Tunisie (21 décembre - 5 janvier), chez son ami le docteur Pierre Jungné. Ils fêteront la fin de l'année avec leurs amis le sénateur hollandais Edward Brongersma et l'avocat Alexandre Rozier." Matzneff avait rencontré Edward Brongersma, qui était surtout le créateur du parti pédophile hollandais, lors d'un voyage de tourisme sexuel pédocriminel à Manille [7].

 

Une autre époque ?

2020-01-20 20_04_49-Affaire Gabriel Matzneff _ Le milieu littéraire est-il plus poreux que d’autres

Certains disent que c'était une autre époque. D'un côté oui parce que les mentalités ont globalement changé, d'un autre non car le discours d'une certaine caste intellectuelle rejoint toujours, globalement, la propagande des pédocriminels. 

En octobre 1997 alors que le scandale de l'affaire Dutroux battait son plein, Philippe Sollers, l'un des éditeurs de Matzneff, avait publié dans sa revue les réponses d'écrivains à une série de questions des plus tendancieuses:

  1.  Comment expliquez-vous le retentissement de l'affaire Dutroux?
  2. Qu'appelle-t-on selon vous un enfant aujourd'hui? Qu'appelle-t-on un pédophile?
  3. Avez-vous eu, étant mineur, une relation amoureuse avec un ou une adulte et quel souvenir en gardez-vous? Avez-vous, personnellement, des souvenirs de sexualité infantile?
  4. Estimez-vous que les spécialistes et les porte-parole de l'enfance nous disent tout? Avez-vous quelque chose à ajouter?»

Dans l'article qui présentait le sommaire de cette revue, le journaliste de Libé concluait: "Loin du climat de lynchage et de «bien-pensance généralisée» (P.Sollers), une tentative de réflexion collective sur un tabou (la sexualité de l'enfant) et un «bouc émissaire» (le pédophile)". 

En 2001, un article assez surréaliste de L'Express était titré : "Le dernier tabou, la pédophilie". Il était subtil mais en gros fustigeait l'intolérance vis-à-vis des pédos. Matzneff y avait même la parole, et déclarait notamment que "Les ligues de vertu, les pharisiens de tous poils se déchaînèrent contre moi, je fus même agressé physiquement par des beaufs surexcités. Les gens qui dénoncent Robbe-Grillet et Matzneff sont les mêmes qui, il y a cinquante ans, dénonçaient les juifs à la Gestapo". Rien que cela.

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En 2002, L'Humanité publiait un entretien dans lequel matzneff défendait son oeuvre. Cet article commençait ainsi : "Comme en témoignent des livres tels que les Moins de seize ans, les Passions schismatiques, le Sabre de Didi, vous avez participé au mouvement de libération sexuelle.

Gabriel Matzneff. Ah ! je ne sais pas ! J'ai participé sans participer. Je n'ai rien d'un prosélyte. Comme M. Jourdain fait de la prose sans le savoir, mes écrits ont peut-être aidé la société à devenir un peu moins bête". Au passage, il accusait les associations de défense des victimes de pédos de "ligues pour la défense de la vertu", "misérable conglomérat de refoulés sexuels, de pharisiens incultes et d'imbéciles hystériques". 

En 2009, Beigbeder a écrit dans l'Express un article intitulé "De la pédophilie en littérature" dans lequel il dénonçait "la chasse aux soricères" (encore cette expression utilisée pour défendre un pédocriminel, alors qu'il s'agissait d'un féminicide) contre Popol-en-ski, et disait que " 1) Il existe une grande différence entre le fantasme littéraire et le passage à l'acte criminel. 2) On doit pouvoir écrire sur tous les sujets, surtout sur les choses choquantes, ignobles, atroces, sinon à quoi cela sert-il d'écrire ? ", avant de citer un tas de livres axés sur la sexualité adulte - enfant qu'on devrait "brûler" si on n'aime pas la propagande pédo"phile". Des livres écrits par des pédos ou des pro pédos (André Gide, Nabokov, Sade, Roger Peyrefitte, Henry de Montherlant, Michel Tournier...).

2020-01-15 19_56_03-Finkielkraut défend Polanski _ à treize ans, _ce n'était pas une enfant_ - Opera

Cette même année, Matzneff publiait le dernier opus de son journal intime pervers, les "Carnets noirs", malgré la plainte de l'avocat d'une de ses victimes dont il parlait dans ce bouquin pour "atteinte à la vie privée". Car c'est là une de ses manies: raconter ses relations dans ses fumeux carnets.

En 2013, Finkielkraut défendait Polanski en disant qu'il n'était "pas pédophile" puisque selon lui, à 13 ans sa victime "n'était pas une enfant". Et il ajoutait au passage que la france était "en proie à une véritable fureur de la persécution".  Encore aujourd'hui, au sujet de l'affaire Matzneff, le journal patriarcal Causeur dénonce "l'hypermoralisme" ambiant.

Bref. La complaisance était totale, à gauche comme à droite.

2020-01-16 20_58_19-Pascal Praud ne pense plus que Gabriel Matzneff est un _merveilleux écrivain_ _

Il est salutaire que les gens comprennent ce décalage entre un certain microcosme parisien et le reste de la population, qui dépasse le décalage de classe, devenant un véritable décalage en termes de valeurs. Il y en a pour qui voler, mentir, violer des enfants n'est pas grave et est même plutôt valorisant.

Cela existe, et c'est cela qui est frappant dans la révélation brutale de cet autre point de vue sur l'"érotisme" pédocriminel, le point de vue de l'enfant, la victime. C'est là qu'apparaît ce fossé en termes de valeurs: alors que le citoyen est choqué de l'impunité de Matzneff le " citoyen modèle" [8], d'autres s'insurgent presque contre sa mise au pilori.

Si ses amis le lâchent aujourd'hui, tout comme ils lâchent Popol-en-ski, qui en est à sa douzième plainte pour viol sur mineure, c'est peut-être davantage parce qu'ils ont peur de finir comme lui avec un scandale aux fesses, que parce qu'ils sont "indignés", ou même écoeurés de ce qu'est la vie de leur ami prédateur. 

Ses bouquins sont progressivement retirés de la vente par ses différents éditeurs, et c'est tant mieux. Qu'on les lise dans des clubs de pédophiles, c'est une chose. Qu'on les mette en vitrine en tergiversant des heures sur les plateaux télé quant à leur contenu en est une autre. Des livres très intéressants ne sont plus disponibles et causent une bien plus grande perte.

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Et puis il faut aussi regarder les autres. Comme l'indéboulonnable Cohn-Bendit, qui disait en 1975 à la télé en avoir appris beaucoup sur sa personne en tripotant des enfants, ou encore (en 1982) que "la sexualité d'un gosse, c'est fantastique". Il était excité rien que d'en parler. Cohn-Bendit qui a écrit en 1976 dans un journal de Francfort: "Mon flirt permanent avec ces enfants prit bientôt un tour érotique. Je pouvais parfaitement sentir comme les petites filles de cinq ans avaient appris à m’exciter. C’est à peine croyable. La plupart du temps, j’étais passablement désarmé. (…) Il m’est arrivé que plusieurs fois des enfants m’ont ouvert la braguette et ont commencé à me caresser. Selon les circonstances, j’ai réagi de façon diverse. Quand ils le voulaient, je les ai caressés. Alors on m’a accusé de perversion."

C'était une époque où les écolos allemands demandaient la dépénalisation de la pédocriminalité. Une époque où la droite très conservatrice anglaise réclamait la fixation à 4 ans de l'âge de consentement. Où on trouvait dans Libé des "des annonces pour des rencontres avec des mineurs de 12 à 18 ans" et dans Le Monde où Matzneff avait sa tribune entre 1977 et 1982, des tribunes pro pédo"philie", ou encore une pétition dont Matzneff a été l'instigateur et l'auteur, en 77, en réaction au procès de Jacques Dugué et ses copains.

Cohn Bendit lui aussi a été défendu bec et ongles par ses amis quand Bayrou avait osé, en 2009 sur un plateau télé, lui rappeler qu'il avait revendiqué de tripoter des enfants. "Bayrou dérape face à Cohn-Bendit à la télé", titrait L'Express le lendemain. Pourtant, pour le citoyen lambda c'était bien Cohn-Bendit qui avait dépassé la ligne rouge. Certains ont été jusqu'à demander à Bayrou de faire des "excuses" à la victime Cohn-Bendit, qui l'avait aussi copieusement insulté. Et il a dû finir par dire qu'il regrettait. Surréaliste. 

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Et quid du grand ami de Matzneff, Christian Giudicelli, qui a poussé pour qu'il obtienne son Renaudot ? Les deux sont inséparables et les deux ont décrit leurs virées pédo"philes" en Asie du Sud-Est dans les années 80. 

Va-t-on aussi laisser Frédéric Mitterrand, autre adepte de tourisme sexuel, s'exprimer sur ce sujet de la pédocriminalité, insulter les citoyens et les victimes en les traitant de "meute" à chaque fois qu'un de ses copains sera mis face à ses actes par cette opinion qui seule semble capable de s'en émouvoir?

On aimerait en citer certains dansle show biz ou dans la politique notamment, mais eux n'ont jamais été assez stupides pour revendiquer publiquement leurs perversions.

Comment est-il possible que cet individu (Matzneff) ait sévi aussi longtemps, défendant ce qu'il appelait " la fonction socratique de l'adulteet qu'il ait pu rester niché au coeur du microcosme culturel parisien? Il faut mesurer l'ampleur des protections dont a bénéficié ce pervers. Il connaissait les éditeurs et critiques littéraires les plus influents, de BHL à Pivot. 

Quand en 1990 l'écrivaine canadienne Denise Bombardier avait osé faire part de sa perplexité devant la complaisance envers les propos de Matzneff qui, une fois de plus, défendait la pédocriminalité (et son bouquin "Mes Amours décomposés"). Elle avait prévenu son éditeur de ce qu'elle allait dire sur le plateau de Pivot, éditeur de matzneff qui l'a invité plusieurs fois dans son émission, et il lui avait dit qu'elle allait au devant des foudres de l'intelligentsia parisienne et de tout le monde de l'édition: "Tu compromets ton livre et tu compromets ta carrière d'écrivain. Tu n'as pas idée de ce à quoi tu t'attaques !", lui aurait-il dit.

Gabriel Matzneff à propos des adolescentes dans "Apostrophes" | Archive INA

Tout le petit monde littéraire avait pris la défense de Matzneff, injustement agressé, "bombardé" comme cela fut dit et répété dans les salons, pardon les dîners parisiens. Alors que c'était Matzneff le facho, c'est elle qui a été accusée de sympathies avec l'extrême droite par le petit milieu parisien, hélas si puissant. Philippe Sollers, autre éditeur de Matzneff, avait trouvé un argument marquant contre Bombardier, la traitant de "connasse" ou encore "mal baisée". De fait, les arguments de fond ont manqué.

2020-01-20 23_50_42-L'étau se resserre autour de l'écrivain Gabriel Matzneff _ Les Echos - Opera

En effet: à peine rentrée au Canada, elle a dit dans une interview avoir reçu des appels anonymes, des menaces, des lettres d'insultes, et elle a été blacklistée des médias et des maisons d'éditions en france. 

Suite à cela, elle explique avoir été convoquée à l'Elysée par Mitterrand (François), qui lui aurait notamment déclaré que Matzneff avait "sombré dans la pédophilie… et la religion orthodoxe" [9]. Du côté de Mtzneff, la version est différente. Selon lui ils se seraient rencontrés en 1965, il écrit: "Rencontre avec François Mitterrand, qui jusqu'à sa mort lui témoignera une attentive bienveillance (octobre)" ("lui" étant Matzneff soi-même). Matzneff a d'ailleurs soutenu Mitterrand (ex-collabo et militant d'extrême droite) lors de la présidentielle de 1965.

Le bashing a duré longtemps: en 2009 encore, dans Le Figaro, l'intevrention de Denise Bombardier était qualifiée de "néopuritanisme conquérant".

D'après Vanessa Springora, Matzneff a été entendu deux ou trois fois par les flics a l'époque où elle le fréquentait, mais elle explique qu'à chaque fois il a nié, planqué les éventuelles preuves, et s'en est sorti sans problème. 

On apprend aussi dans Le Point du 17 janvier qu'en 1986, une surveillance "discrète" a été effectuée autour de son domicile par la brigade des mineurs. Une enquête avait été ouverte suite à l'envoi d'une lettre anonyme, mais rien n'aurait permis d'approfondir les recherches.

Donc la police aurait fait son travail jusqu'à un certain point. Le journal Le Point s'interroge: "l'enquête a-t-elle été enterrée?". D'ailleurs, ce serait la seule trace d'enquête sur Matzneff, alors que selon Vanessa Springora il a été entendu au moins trois fois lors de leur relation. Le dossier, qui aurait été transmis au parquet, aurait-il été nettoyé?

 

L'âge de consentement en france: l'arlésienne

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Une question pour ceux qui découvrent le sujet des violences sexuelles contre les mineurs: savez-vous à partir de quel âge un tribunal français s'interroge sur le "consentement" d'un enfant à un rapport sexuel complet avec un adulte? 

C'est-à-dire, quel âge doit avoir la victime pour qu'on considère qu'elle a été violée par un adulte, et que celui-ci doit passer aux assises (enfin dans les mini tribunaux pour les "mini crimes", grâce à une régression du micron)? 

Alain Robbe-Grillet, écrivain connu et pédocriminel revendiqué, a dit "à l'époque": "Ces histoires autour de la pédophilie, cela devient grotesque. [...] Ce qui importe, c'est le consentement spontané" [10]. C'est de cela dont parlait en 2001 une journaliste de L'Express, quand elle écrivait que "Le mot «pédophilie» devrait sans doute être manié avec force précautions sous peine de voir jetés dans un même sac des relations entre personnes consentantes (un adulte et une adolescente, par exemple) et des crimes odieux dont sont victimes de jeunes enfants." 

Eh bien c'est exactement le point de vue de nos magistrats, du sénat et d'un lobby niché dans nos institutions, qui refusent absolument que soit fixé un âge de non-consentement, c'est-à-dire un âge en-dessous duquel les juges devront considérer que toute relation "sexuelle" d'un adulte sur un mineur est un crime.

2020-01-21 22_40_04-Affaire Matzneff_ les réseaux de l’impunité – Politique _ L'Opinion - Opera

Le consentement est la notion clé dans ces affaires: il est parfaitement hypocrite de considérer qu'un enfant de moins de 15 ans peut avoir un consentement libre et éclairé en quoi que ce soit, particulièrement quand un adulte le manipule à des fins sexuelles. Sinon, pourquoi n'ont-ils pas le droit de voter ou d'entrer dans l'armée ?

Toute l'année dernière, les tergiversations au sujet de la fixation d'un âge minimal pour des rapports sexuels entre enfant et adulte ont fait rage. Pendant des mois, Schiappa a menti en disant que sa loi avait fixé un âge minimal, mais c'est seulement dans son esprit nébuleux.

S'il est vrai qu'à un moment, le micron a promis de fixer un âge minimal, ça n'a finalement pas été le cas. Cela, en raison d'un lobbying du côté du Sénat et de la magistrature et surtout d'un évident manque de volonté politique.

En effet, en france nos magistrats disent être incapables de déclarer de manière systématique qu'un adulte atyant des rapports sexuels avec un mineur en-dessous de tel ou tel âge est coupable. Ce pays dit "des droits de l'homme" serait alors une exception dans son refus à fixer un "âge de consentement", alors que d'autres pays jusque là permissifs renforcent les sanctions en la matière.

Certes, le concept de majorité sexuelle existe pour le mariage, mais dans ce pays des juges considèrent qu'une gamine de 11 ans est consentante à une "relation sexuelle" avec un type qu'elle ne connaît pas, un soir au bas de son immeuble. En réalité, la notion de majorité sexuelle n'entre jamais en ligne de compte dans les procédures pour inceste ou pédocriminalité. 

En réalité la véritable majorité sexuelle en france est fixée par la jurisprudence à 5 ans [11].

 

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Le parquet de Paris a ouvert une enquête après la publication du livre. Les faits concernant Vanessa Springora sont prescrits, mais Matzneff a certainement fait d'autres victimes, plus récentes, qui peuvent avoir envie aujourd'hui de lui demander des comptes. 

Le discours de Matzneff et de ses amis pro pédos est très intéressant parce qu'il fonctionne sur le même mode que celui de nos politiciens, qui disent blanc quand c'est noir, qui rendent positifs les intitulés des lois et concepts les plus régressifs, c'est-à-dire en mélangeant des concepts, en occultant certaines réalités, en faisant appel à l'émotion au lieu de la raison, en appelant "amour" ce qui relève de l'emprise et de la manipulation. Qui devrait s'appeler du viol, et pas comme aujourd'hui une "atteinte sexuelle" passible au maximum de 7 ans de prison. 

Pour conclure, je reprends les mots d'Hélène Romano, psychologue spécialisée dans le trauma, le 3 janvier dans le Huffington post: " Alors Matzneff et ses acolytes peuvent continuer d’agir tranquillement, sans trop de crainte. Le système pénal français n’est pas conçu pour protéger les mineurs victimes, les actions de prévention s’inscrivent dans des dynamiques paradoxales qui loin d’être au service de l’enfant sont bien davantage conçues pour protéger les auteurs. Et l’affaire Matzneff leur apporte un argument imparable, celui de l’importance de l’éducation à la sexualité sauf que derrière ce raisonnement se cachent des pratiques d’éducation à la sexualité, prônées par l’OMS qui n’ont rien à envier à ce que faisait Matzneff & co.

La pédophilie n’a jamais été aussi puissante en France et mettre en avant l’argument “d’une époque” pour justifier les agissements de Matzneff n’est qu’un leurre sociétal qui témoigne de cette réalité et de tous ceux qui la cautionnent.

Les enfants victimes d’agressions sexuelles et de prédateurs ne sont pas prêts à être protégés tant que le système pénal n’aura pas évolué et que les mentalités continueront de parler de “l’époque Matzneff” avec ces relents de nostalgie perverse."

 


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[1] Hélas, selon un article de Libération de 1997, "la justice ne parviendra jamais à établir que le pédophile réalisait un quelconque bénéfice financier avec ces activités". Une victime est venue dire qu'elle était consentante, une autre qu'elle n'était pas victime, bref tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Pourtant, "les rapports de police évoquent des "relations sexuelles" entre ces enfants et Jacques D., mais aussi des scènes collectives de sodomies, fellations, et scatologiques, filmées et quasiment "scénarisées" par Jacques D. Des scènes auxquelles, toujours selon les policiers, Jean-Michel L., presque majeur, participait activement. Aujourd'hui, à Chambéry, celui-ci dit juste: "Je ne m'en souviens pas.""

[2] En effet, Dugué, entraîneur de basket et vendeur d'armes et d'articles de sports en Europe, était un véritable sadique. Le FBI avait informé les flics français à son sujet, après avoir saisi certaines lettres, car il écrivait à ses amis pédos à travers le monde. Dans l'une d'elles, les enquêteurs ont pu lire par exemple: "Je souhaite aussi vivement que certains enfants soient torturés, mutilés dans d’horribles souffrances, puis assassinés, afin que jouissent les hommes. Il faut aussi des sacrifices à notre culte phallique ! […] J’apprécie énormément tes goûts pervers et dépravés, car ce sont exactement les miens. Moi aussi, j’ai dû soumettre au vice de très jeunes enfants innocents et sans défense, les avilir et surtout les souiller… Jouir dans leur avilissement et de leurs souffrances, quel régal". Il a encore été condamné dans les années 80, 90 et même en 2002. 

On notera aussi que dans le carnet d'adresses d'un ami pédocriminel de Dugué, on a retrouvé le nom de et le prénom de Christian Ranucci, qui a été le dernier condamné à mort de France pour le meurtre d'une fillette qu'il a toujours nié. 

Par ailleurs, Dugué avait reconnu avoir été l'un des nombreux fournisseurs de matériel pédopornographique dont les contenus ont été retrouvés parmi les CD Roms de Zandvoort en 2000.

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[3] L'affire du Coral a commencé quand un type qui a été éducateur dans ce centre ouvert par le cinéaste Claude Sigala a dénoncé à la police des orgies qui s'y déroulaient, en présence de tout un tas de gens de Paris: écrivains, journalists, politiques, gens du show biz, magistrats... 343 arrestations de personnes fréquentant le Coral étaient programmée, les mandats d'arrêt étaient même prêts. Puis, plus rien. Selon certaines sources, c'est en raison du nombre de personnalités impliquées que des ordres auraient été donnés pour étouffer l'affaire. Finalement, c'est le dénonciateur qui a été attaqué et décrédibilisé et lors du procès en 1986, Claude Sigala a pris 3 ans fermes pour "attentats à la pudeur sans violence" sur des mineurs de moins de 15 ans, et deux ou trois éducateurs ont aussi été condamnés. En appel en 1987 il a pris deux ans.

Un certain nombre des "personnalités" citées ont tout de même eu des ennuis par la suite, dans des dossiers différents pour des actes de pédocriminalité.

[4] Krief aurait très bien pu être instrumentalisé pour décrédibiliser le fond du dossier en balançant tout le monde et n'importe qui et en tentant de diffuser -alors qu'il savait à peine lire et écrire- un faux PV d'audition avec des noms importants dans les rédactions. En effet, avant qu'il ne soit entendu, une autre enquête avait déjà démarré sur des faits de pédocriminalité au Coral, suite aux plaintes de plusieurs parents d'anciens résidents. En tout cas, ledit Jean-claude Kreif avait semble-t-il beaucoup insisté sur matzneff, qui le lui rendait bien par médias interposés.

[5] Cette pétition du Monde a été écrite et lancée par Matzneff à la suite de sa tribune pour demander la clémence envers Jacques Dugué et ses complices, dont l'un des responsables du FLIP, le "front de libération des pédophiles" dont la création a été annoncée dans Libération. Publiée en janvier 1977 à la veille du procès de ces producteurs de films pédos, elle a été signée par ce milieu qui l'a tellement défendu, notamment le duo pervers Sartre et Beauvoir, Sollers, Kouchner, Jack Lang, Gilles Deleuze, Roland Barthes, Louis Aragon, Francis Ponge, Patrice Chéreau, André Glucksmann, Guy Hocquenghem, René Schérer (inculpé en 1982 dans l'affaire du Coral), Bertrand Boulin, le fils de Robert Boulin, ce ministre assasiné en 1979, qui gérait une association s'occupant d'enfants, SOS Enfants... Les mêmes à peu près resignent en mai 77, toujours dans Le Monde, une lettre ouverte qui faisait suite au verdict réclamant que ces affaires sosient jugées en correctionnelle. 

[6] En fait, ce blog est juridiquement écrit par une tierce personne, et les contenus ne peuvent être imputé à ce pevrers, comme l'a expliqué une victime au JDD. Dans cet article, un proche de Matzneff explique avoir coupé les ponts suite à une proposition malsaine de matzneff: "L'ancien proche qui a accepté de nous parler assure avoir mis fin à son amitié avec l'écrivain au début des années 1990, après qu'il lui eut évoqué le sujet. "Vous devriez aller aux Philippines, lui glisse alors Matzneff. Les petits enfants, c'est merveilleux. On rentre dedans comme dans du beurre.""

[7] C'est Matzneff qui l'a écrit dans un de ses carnets intimes. Brongersma avait lancé un réseau d'échange de photos pédopornos et a été cité dans l'affaire des fichiers de Zandvoort. Il s'est suicidé en 2000.

2020-01-20 21_03_59-Les nouvelles chroniques de Gabriel Matzneff - Opera - Copie

[8] C'est lui qui se qualifie ainsi dans un entretien à L'Humanité le 13 novembre 2002. Il se disait aussi "dévoué corps et âme à M. Sarkozy". Cette interview est édifiante, mais j'en cite un autre passage, qui montre bien le ton de l'entrevue: "Quinze ans, c'est l'âge idéal de l'amour, et ce sont des filles et des garçons de cet âge que les poètes grecs et latins, les poètes persans, les poètes arabes, les poètes français et italiens de la Renaissance, et certains poètes de l'ère moderne tels que Byron ont célébrés. À propos de Byron, une anecdote pour vous montrer la connerie de nos contemporains. Voilà quelques années, dans un même numéro du Figaro, paraissait en première page un dessin très violent de Jacques Faizant contre les " pédophiles " : il fallait quasiment leur couper les couilles, les zigouiller. Et à l'intérieur, dans les pages littéraires, on pouvait lire un article chaleureux, admiratif, sur mon cher Byron. C'était comique car plus pédophile que Byron, tu meurs ! Byron a toujours aimé des filles très jeunes, des garçons très jeunes".

[9] Suite à cet entretien, un article est paru dans la presse avec pour titre "L'Elysée a choisi son camp", ce qui a laissé pensé à Denise Bombardier qu'elle avait été "instrumentalisée" pour que Mitterrand puisse "prendre ses distances avec matzneff". 

[10] Cet individu a été beaucoup plus loin : selon L'Express du 1er décembre 2001, "Dans Le voyageur (Christian Bourgois), l'écrivain constate que la censure s'est accentuée et que l' «on n'a pas le droit d'écrire que les petites filles sont sexuellement attirantes. [...] En France comme ailleurs, il y a une emprise du politically correct qui ne me paraît pas saine». Il ira même jusqu'à préciser sur l'antenne de France Culture que certaines «petites filles ont une sexualité très précoce», qu'elles «provoquent» les hommes qui doivent «faire très attention à ne pas être violés»". l'inversion est un trait de la perversité. 

[11] La jurisprudence (c'est-à-dire les cas pratiques posés à la justice qui ne sont pas dans la loi et permettent de créer des normes de droit) a quand-même fixé une limite, mais à 5 ans. Selon Dalloz, "La Cour de cassation a déjà pu accepter que l’âge de la victime soit utilisé comme élément pour démontrer la contrainte ou la surprise nécessaire à la qualification de viol (Crim. 7 déc. 2005, n° 05-81.316 : « l'état de contrainte ou de surprise résulte du très jeune âge des enfants [moins de 5 ans] qui les rendait incapables de réaliser la nature et la gravité des actes qui leur étaient imposés)." Mais à partir de 5 ans, pas de problème : l'enfant peut être pleinement consentant. Il ne peut pas voter, il ne peut pas travailler, payer d'impôts, rentrer dans l'armée, mais il peut consentir à un rapport sexuel avec un adulte pour peu qu'il n'y ait ni contrainte, ni menace, ni violence, ni surprise (la définition du viol en france).

 

28 décembre 2019

Magouilles et corruption des élites - Partie 5 : Recyclage des collabos dans les médias, l'enseignement supérieur et la culture

2019-04-21 20_34_32-Actualités en rapport avec #GiletsJaunes sur Twitter - Opera

Nous avons vu comment les élites financières et industrielles ont apprécié la politique d'Hitler, comment l'épuration a été des plus modérées dans les renseignements, l'armée, les milieux bancaires et industriels, ou encore dans la politique et les syndicats. Cela, au nom d'une soi-disant lutte contre le communisme, qui était par contre une vraie guerre idéologique.

Aujourd'hui, nous allons voir comment cela s'est passé dans l'enseignement supérieur, dans les médias et la culture.

 

 

Pour s'y retrouver, voici le plan: 

1. La 2e Guerre Mondiale, oeuvre du fascisme financier.

2. Le sabotage de la dénazification.

3. Recyclage des Nazis et Collabos dans les nouvelles structures: 

     1) Les services sercets

     2) La banque et l'industrie

     3) La politique et les syndicats

     4) Le monde universitaire

     5) Les médias et la culture

     6) La justice

 

Le monde universitaire

Des universitaires collabos largement protégés

L’épuration dans les milieux universitaires a été très limitée également. Si à la fin 1944, l’intention affichée était bien de sanctionner "les fonctionnaires qui ont eu une activité ou une attitude contraire au devoir national pendant les années où la France souffrait cruellement de l’occupation allemande" [1],ces velléités épuratrices ont rapidement été freinées par la machine administrative où de nombreux collabos s’étaient recyclés.

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A Lille, par exemple, c’est Paul Duez, recteur en place sous l’Occupation, qui a été chargé de lancer le processus d’épuration dans son académie. Il n’a quitté ses fonctions qu’en mars 1946. Là aussi, la commission d’épuration a dû travailler sans moyens et dans un temps limité, et les résistants de la dernière heure ont pu présenter diverses attestations permettant de mettre sous le tapis leurs actes de collaboration et leurs tendances nazies ou vichystes. 282 sanctions (généralement des rétrogradations, des mutations ou de simples blâmes) ont été prononcées pour toute l’académie de Lille (5 départements), la plupart du temps pour des propos et actes de propagande vichyste.

La très grande majorité des sanctions liées à des faits de collaboration dans l’Education nationale concernait des personnels du primaire et du secondaire. Dans l’enseignement supérieur il y a eu quelques sanctions liées à l’épuration administrative (150 universitaires environ sur 1500 sanctionnés en 1947), la plupart du temps à la suite de plaintes, mais la plupart du temps les demandes de révision des peines ont été satisfaites. Cela, dans le cadre d’une "politique d’apaisement" et des lois d’amnistie de 1953 notamment.

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En termes d’ "épuration", les milieux universitaires français ont aussi connu pas mal de trous dans la raquette, même si la réinsertion des fascistes de tous poils a été relativement discrète.

Il y un cas dévoilé récemment, assez hallucinant : celui de Georges Doriot, financier spécialiste des montages discrets, inventeur du capital-risque après la guerre. "George Doriot a aussi participé à la création d’une prestigieuse école de commerce, l’Insead, et de l’Executive MBA d’HEC", selon Fabrizio Calvi, interviewé en mai 2014 par Le Monde,"Mais il avait aussi une face cachée inquiétante de George Doriot : il était l’agent de liaison de Vichy dans le milieu bancaire américain, et il a blanchi et fait disparaître l’argent des victimes de l’Holocauste via des montages complexes passant par des paradis fiscaux comme la Suisse ou le Panama. La banque qu’il représentait aux Etats-Unis, la banque Worms « aryanisée » a joué un rôle très important dans la collaboration avec les nazis, et nombre de ses cadres ont eu des postes importants dans le gouvernement de Vichy". Tiens, encore la banque Worms, derrière l’importateur des MBA (diplomes de mangement) à HEC et derrière la création de l’Insead ("The business school for the world" (sic.))…

Et qui retrouvait-on derrière ces versements anonymisés ? De grands collabos comme Pierre Laval, explique cet article. 

En Allemagne, l’épuration a été un peu plus importante [2]. Mais on est loin de la table rase. Un Martin Heidegger, soutien du régime nazi dès 1930, adhérent du NSDAP (le parti nazi) en 1932 et récompensé en devenant recteur de l’Université de Fribourg l’année suivante (il a démissionné en 34), est encore considéré comme un grand philosophe. Il a eu l’interdiction d’enseigner en 1945, et a pu reprendre en 1951.

"Néanmoins si la nécessité de la purge n’est pas remise en cause par les autorités allemandes, le souci de limiter l’épuration se faisait pressant et l’Université était parfois comparée à un grand malade qu’une opération lourde aurait risqué d’achever. Ainsi le recteur de l’université de Heidelberg, Karl Bauer, professeur de chirurgie, écrivit-il aux autorités d’occupation américaines : « La dénazification peut être comparée à une opération lourde sur un organisme déjà considérablement affaibli »", écrit Corine Defrance dans un essai intitulé "Les Enseignants du supérieur en France et en Allemagne. La question du renouvellement du personnel dans l'après 1945".

Hans Günther

Du coup, l’épuration en Allemagne a réduit en intensité très rapidement, et "dès la réouverture des universités à l’automne/hiver 1945/46, des enseignants « suspendus » furent réintégrés. Au milieu des années 1950, suite à des lois d’amnistie successives (de décembre 1949 à mai 1955), de nombreux universitaires révoqués retrouvèrent des postes dans les universités allemandes", écrit encore Corine Defrance. Elle cite le cas assez frappant de Hans Günther, un eugéniste théoricien de la race aryenne de l’université de Fribourg, devenu membre du NSDAP en 1932, qui a été réintégré en 1954 dans une autre université. Et les fachos de la Nouvelle Droite française se repaissent encore aujourd’hui de ses théories.

Les considérations furent visiblement les mêmes en France. Si l’on a assez bien réintégré les universitaires français virés par le régime de Vichy et les nazis, on a aussi très vite réintégré les universitaires sanctionnés. "Pour des raisons politiques (cohésion et réconciliation nationales) et pratiques (effectifs enseignants nécessaires au fonctionnement de l’Université), la réinté­gration des universitaires sanctionnés en 1944/45 commença très tôt en France comme en Allemagne", écrit Corine Defrance.

Entre 1947 et 1953, une série de lois d’amnistie a permis de réduire fortement le nombre d’ "épurés", et ces lois, ajoute Corine Defrance, "avaient été précédées de nombreuses réintégra­tions entre 1945 et 1947 déjà. À la bienveillance des pouvoirs publics, s’ajouta la profonde évolution de l’opinion publique, résultant tant du contexte national (crainte des grèves insurrectionnelles et de l’influence des communistes) qu’international (guerre froide). En 1953, quatre cinquièmes des révocations affectant l’enseignement supérieur avaient été abrogées".

Certains chercheurs considèrent donc que l’épuration n’a pratiquement pas entraîné de renouvellement du personnel universitaire. Ce qui explique probablement l’omerta dans les sciences sociales sur toute analyse des rapports de classe, ou en Histoire, sur l’étude de la collaboration économique et politique par exemple. Et pourquoi la psychiatrie reste largement influencée par les "recherches" des nazis.

 

La lourde influence US sur l’enseignement supérieur

2019-02-03 17_08_40-Destination Lune - Les anciens nazis de la Nasa _ ARTE

En plus de cette épuration très limitée, les US et les alliés ont mené une stratégie assez offensive pour réinsérer les scientifiques nazis un peu partout dans le monde –y compris en France-, et pour orienter de manière favorable le sens de la recherche dans tous les domaines, principalement les sciences sociales (histoire, géographie, sociologie, économie). Les fondation US faisaient déjà cela au début du XXe siècle.

En effet, de nombreux scientifiques nazis ont été recrutés dans les universités américaines, ou dans des organismes de recherche liés à l'armée comme la NASA. Par exemple Wernher von Braun, qui a développé les fusées V2 pendant la guerre du côté allemand, a été récupéré par la NASA via l’opération Paperclip.

A l’époque, il faut dire que c’était un peu la course entre les Alliés pour mettre la main sur (et même attirer par tous les moyens, disons-le) le maximum de chercheurs allemands, qu'ils aient été nazis ou pas, pour développer le plus rapidement sa propre industrie militaire et limiter le nombre de cerveaux récupérés par les copains.

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La France, à la demande de de Gaulle, a donc également participé au mouvement, et récupéré plus d’un millier de scientifiques allemands (dont un paquet de nazis), notamment dans la balistique, la robotique, l’aéronautique.

Et leur savoir a aussi bien profité à la France qu’à l’Allemagne. "Les noms de ces têtes de file sont inconnus du grand public: Jauernick, Müller, Bringer, Habermann pour les fusées (LRBA et SEP); Oestrich pour les moteurs à réaction à la Snecma (voir l'encadré page 130); Sänger pour les engins spéciaux à l'arsenal de Châtillon (aujourd'hui Aerospatiale); Schardin et Schall pour les explosifs à l'institut Saint-Louis (ministère de la Défense). A ces leaders il faut ajouter des apports d'équipes allemandes chevronnées - réparties sur tout le territoire (voir la carte page 124) - dans le domaine des hélicoptères, des sous-marins, des torpilles, des radars, des moteurs de char, des obus, des souffleries aéronautiques", expliquait un article de Vincent Nouzille dans L’Express le 20 mai 1999.

C’est ainsi qu’à Vernon, un village de l’Eure, une usine Brandt a été aménagée pour accueillir des chercheurs ayant auparavant travaillé au développement des missiles V2 allemands. Ils ont ainsi  contribué au lancement de la fusée Ariane.

Par ailleurs, les US ont utilisé diverses méthodes pour influencer la recherche et l’enseignement universitaires en France. Les financements, via des fondations liées à la CIA, le lobbying, la cooptation, la propagande ont été activement mis en œuvre.

2019-12-25 21_36_14-Commission Franco-Américaine Fulbright _ - Opera

Citons d’abord un programme d’échanges universitaire entre les Etats-Unis et la France, mis en place à la suite des travaux de la commission Fulbright, créée en 1949 dans le cadre de l’accord établissant la "United States Educational Commission for France" et dont le secrétaire général était Gaston Berger [3], à la fois industriel et philosophe, selon la bio officielle.

Elle est devenue Le Centre Education USA, avec pour objectif de favoriser l’arrivée d’étudiants français pour des séjours aux Etats-Unis. Parmi ses partenaires il y a toujours le Département d’Etat US (équivalent du ministère des Affaires étrangères), et Gaston Berger, dont on va reparler ci-dessous, était nommé en 1949 secrétaire général de la commission Fullbright.

Dès 1949, 117 étudiants, 8 enseignants et 14 directeurs de recherches français sont venus Etats-Unis dans le cadre du programme, et dans l’autre sens 248 US sont venus en France. En 10 ans, 5.000 bourses ont été données pour ces échanges universitaires. Des programmes de recherche communs –et orthodoxes- ont ainsi été mis en œuvre, de même que divers "partenariats" avec des "fondations" privées, pour financer lesdits programmes de "recherche".

2019-12-25 21_46_52-How US physicists first came to work at CERN – CERN Courier - Opera

De 1945 à 1948, le directeur de l’Enseignement supérieur en France était Pierre Auger, un physicien qui avait passé deux ans à l’Université de Chicago pendant la guerre, où il a participé aux travaux sur la bombe atomique. La fondation Ford a financé allègrement le CERN (Centre Européen de Recherche Nucléaire) créé en 1954 par Auger, devenu ensuite directeur de l'UNESCO pour les sciences naturelles.

En France, Gaston Berger a favorisé la création en 1955 de la VIe section de l’Ecole pratique des Hautes Etudes, par un certain Clemens Heller, prof d’histoire de l’économie (un sujet très sulfureux), et un certain Fernand Braudel, qui est toujours l’historien de référence aujourd’hui sur l’Ancien Régime, avec une approche des études historiques déconnectée des questions sociales. L’Ecole pratique des Hautes Etudes a pris la suite d’une autre école, fondée en 1942 à New York par des universitaires français en exil grâce à l’argent de la fondation Rockefeller [4].

L’objectif de la IVe section "Sciences économiques et administratives" était de remodeler les sciences sociales (histoire, sociologie principalement) et d’éliminer tout résidu de réflexion marxiste, c’est-à-dire toute approche sociale dans ces disciplines. Ladite VIe section était financée par les fondations US, Rockefeller [5] puis Ford.

Comme le résume Serge Benest dans sa thèse sur la VI e Section : "En réévaluant la politique de la fondation Rockefeller en France à la Libération, on constate qu’il n’existe qu’une ambition : développer l’analyse empirique des faits économiques, une ambition dans laquelle la création de la VIe Section s’inscrit parfaitement". Derrière, l’idée est de développer l’approche non marxiste des sciences sociales, basée sur l’analyse des rapports de classe. Sans notion de lutte des classes dans les études historiques ou sociologiques, difficile en effet de comprendre les mécanismes de domination. L’objectif pour la fondation Rockefeller visait, "en matière d’économie […] à favoriser le développement d’une expertise économique et à renforcer ses liens avec les décideurs, afin de créer les conditions d’un pilotage de la politique économique française".

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Très vite, la Vie Section a aussi développé les liens entre une certaine forme d’expertise économique et le monde du business, avec notamment la création d’un centre d’études financières, soutenu par l’Association professionnelle des banques (APB). Elle a également contribué à la mise en avant du courant des "économistes réalistes".

En 1948, un quart des fonds de la VI e Section provenait de la fondation Rockefeller, et ont servi principalement à subventionner le Centre de recherches historiques dirigé par l’historien officiel français Fernand Braudel et le Centre d’études économiques. Comme l’écrit Frédéric Charpier dans "La CIA en France", avec la création, le financement et le développement de la Vie Section, "Il s’agit de réorganiser les sciences sociales, mais aussi de déconstruire l’influence de la pensée marxiste, alors très prégnante dans cette branche de la recherche".

Il faut dire qu'à cette époque, le patronat français 'nétait pas très rassué, et des grèves massives ont eu lieu en 47 et 48 dans les mines du nord puis du reste de la France, notamment. L'intervention violente et massive des "forces de l'ordre" a été nécessaire pour calmer les grévistes, dont certains seraient même passés à l'insurrection, avec des actions comme le déraillement d'un train près de Tourcoing, attribué par le pouvoir socialiste aux affreux grévistes.

greves de 1947 dans le Nord

Suite à la création par Gaston Berger et Fernand Braudel d’une Maison des sciences de l’homme grâce à un financement des fondations Ford et Rockefeller[6], en 1975 la VIe section de l’Ecole pratique des Hautes Etudes a pris son envol et est devenue un établissement public sous le nom d’École des hautes études en sciences sociales (EHESS).

Depuis, cet institut diffuse une version des faits historiques dont les problématiques sociales sont presque totalement absentes, tandis que la bienveillance à l’égard du capitalisme, de l’impérialisme US et de l’Europe toute-puissante est flagrante. En 1977 François Furet, historien officiel français, a pris la direction de l’EHESS. Quelques années plus trad, Furet a créé la très ultra libérale fondation Saint-Simon.

La Fondation Nationale des Sciences Politiques (Sciences po), créée en 1945 par la nationalisation de l’Ecole libre des Sciences politiques a aussi bénéficié du soutien de la fondation Rockefeller puis de la fondation Ford.

Dès 1945, le directeur de l’Ecole Libre des Sciences Politiques a rencontré un directeur de la fondation pour organiser des échanges au rythme de 50 à 100 étudiants envoyés chaque année aux Etats-Unis pour observer l’American Way of Life et du système démocratique US. Puis, "dans la perspective de former des futurs dirigeants aux nouvelles réalités du monde contemporain", Seydoux "envisage de créer un enseignement de relations internationales : en octobre, il sollicite la fondation à ce sujet. Un an et demi plus tard, la première subvention Rockefeller est débloquée, et au total, entre 1947 et 1953, la fondation donnera 13 500 dollars à la FNSP. " [7].

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Puis le Centre d’Etudes des Relations Internationales a été créé par la FNSP en 1953 d'abord avec le soutien de la Rockefeller puis avec celui de la Fondation Ford qui commence alors à entrer en jeu, et ses travaux sont publiés dans la "Revue française de science politique". C’est de là que viendra réellement l’institutionnalisation des recherches en relations internationales, et donc de leur enseignement en France. En 1958-59, 70% de son budget venait des fondations. Mais au bout de 5 ans l’Etat français s’engageait à prendre en charge 100% des coûts, comme il l’avait fait pour d’autres machins d’abord financés par les US…

Aujourd’hui la FNSP, qui siège au conseil d’administration des IEP (institut d'études politiques, ou Sciences po) et chapeaute leur gestion, pilote 9 centres de recherche très orientés : outre le CERI, il y a le Centre d’études européennes de Sciences Po, le Centre d’histoire de sciences po, le Centre de sociologie des organisations qui visait à mettre la sociologie au service de la dictature managériale[8], l’observatoire français des conjonctures économiques, ou encore l’observatoire sociologique du changement. Derrière ces noms abscons, on comprend l’idée de mieux amener les gens, salariés, citoyens, spécialistes, électeurs, à accepter les dogmes et idéologies capitalistes.

Des fonds ont aussi été distribués en 1947 par la Division of humanities de la fondation Rockefeller aux universités de Bordeaux (25.000$), Lyon (25.000$) et Toulouse (18.000$), pour "acheter des ouvrages, à envoyer des professeurs à l’étranger ou encore à accueillir des collègues d’autres pays" [9]. Et puis, il y a tous les anciens boursiers de la fondation, dont beaucoup ont obtenu des postes stratégiques. Par exemple, le professeur de civilisation américaine au Collège de France depuis 1946, Marcel Giraud, a obtenu deux bourses en 1934 et 1936.  On comprend que ces études n’avaient pas pour objectif de se montrer très critiques envers les US.

john d rockefeller en 1937

Après la deuxième guerre, "La fondation Rockefeller va également apporter directement sa pierre à l’édification de la politique scientifique du CNRS et à la montée en puissance des sciences biomédicales au sein de la recherche française", rappelle Ludovic Tournès. Les responsables du CNRS, grâce aux subventions de la Rockefeller et à de l’argent public, finançaient des chercheurs et des laboratoires qu’ils choisissaient à leur guise, ainsi que des colloques.

Créée au début du XXe siècle par John Davison Rockefeller, premier actionnaire d’une entreprise impliquée dans une grève qui s’est achevée par un massacre des grévistes[10], l’objet de la fondation avait été très clair dès 1915 quand Rockefeller a expliqué qu’il voulait que sa structure mène principalement "des recherches de haut niveau dans le secteur des relations industrielles". Dès 1918, il créé la Laura Spelman Foundation (du nom de sa femme), qui se consacre au financement des sciences économiques et sociales.

La fondation Rockefeller a financé dès les années 20 des facultés, écoles, instituts et universités en Europe dans le domaine des sciences sociales (et en médecine), car "Celle-ci voit dans la création de nouveaux centres de recherches en sciences sociales la possibilité de trouver ‘des moyens et des instruments (…) qui contribueraient à améliorer le contrôle social dans l’intérêt de tous‘". C’est d’ailleurs John D Rockefeller qui a inventé l’expression de "philanthropie scientifique" en 1909. L’objectif était d’apporter des solutions globales aux problèmes du monde, rien que cela. Les fondations Carnegie et Rockefeller ont été créées principalement pour financer des travaux et des élites universitaires ou intellectuelles, ainsi que des œuvres "humanitaires"[11] allant dans ce sens[12].

A partir de 1950, la fondation Rockefeller décidait elle-même de quels chercheurs elle finançait, et pour quel projet particulier. C’est aussi en 1950 que John Foster Dulles, frère d’Allen de la CIA, ministre des affaires étrangères et avocat de Wall Street, a été élu à la présidence du conseil d’administration de la fondation.

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L’idée derrière cette stratégie était simple, en fait : si on déconnecte complètement les études d’histoire, de sociologie, d’économie, des réalités sociales et de la du concept d’ordre social, on évite que les gens comprennent les mécanismes de domination dont ils sont victimes, et on espère ainsi éviter les insurrections.

Par ailleurs, cette stratégie permet de développer les méthodes d’ingénierie sociale et de contrôle social pour mieux faire accepter les changements et autres régressions sociales en cours. Ce raisonnement peut sembler caricatural, mais c’est bien celui qu’ont tenu depuis longtemps et sans se cacher les fondations Carnegie, Ford, Rockefeller et autres.

Cette démarche "empirique" suppose également qu’il n’y ait qu’une seule réalité sociale, celle que définissent pour nous les gens de chez Rockefeller et compagnie.

"Dès 1943, les membres de la fondation Rockefeller établissent un programme d’action doté de bourses de recherche qui doivent remplir cinq objectifs :

  • Approfondir la compréhension des processus et des problèmes sociaux,
  • Faciliter les actions pratiques sur des points d’importance stratégique,
  • Découvrir et aider le développement des jeunes hommes et femmes aux capacités créatives,
  • Renforcer les institutions d’éducation et de recherche,
  • Accroître l’efficacité des études sociales au service de la société" [13].

American Way of life

Bien évidemment il s’agissait officiellement de disséminer la démocratie, du moins leur notion de la démocratie. C’est donc l’économie qui a été le domaine d’intervention privilégié, même si les reste des sciences sociales n’a pas été négligé. "L’attention principale des membres de la SSD se portait sur les plus jeunes chercheurs, en particulier les économistes, dont ils pouvaient espérer un rôle important dans les années à venir", écrit Serge Benest[14].

La France a été ciblée prioritairement parce que l’opposition entre les communistes et la droite libérale y était très marquée. Quand il a été question de structurer la recherche en sciences sociales au début des années 50, aussi bien Fernand Braudel (avec son concept de "fédération des sciences sociales") que Gaston Berger ont garanti aux fondations US que les communistes ou sympathisants trop à gauche seraient écartés de leurs cursus, et ont négocié chacun dans leur coin, aussi bien avec la Ford qu’avec la Rockefeller, pour dessiner les contours de cette transformation.

La fondation Rockefeller a beaucoup influencé le développement de la "science" économique en France après la guerre, notamment en finançant le Service d’Etudes de l’Activité Economique (SEAE) ou l’ISRES (Institut Scientifique de Recherches Economiques et Sociales) de Charles Rist, et dont un fan de l’Europe dénommé Robert Marjolin (proche de Jean Monnet [15] devenu secrétaire de l’OECE chargée de répartir l’argent du plan Marshall) a été l’un des piliers. L’un des protégés de cet institut était Raymond Barre.

L’investissement de la fondation Rockefeller dans les sciences sociales en Europe a fortement baissé au tournant des années 60, la fondation ayant davantage placé ses subventions dans les pays du Tiers-Monde. C'est la fondation Ford[16], elle aussi très impliquée dans le financement des études supérieures en Europe, qui a pris le relais.

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Souvent elle a investi dans les mêmes structures et chercheurs que ceux que la Rockefeller venait de lâcher. Elle appartenait après la guerre par le fils d’Henry Ford, et présidée par Paul Hoffmann, un ex administrateur du Plan Marshall qui a développé l’action de la fondation Ford sur le plan international afin de véhiculer des idées capitalistes et atlantistes.

Cela, disait un rapport de la fondation, pour faire progresser la "démocratie" et avancer l’humanité. Son budget était énorme pour l’époque, avec une capitalisation en bourse de 500 millions de dollars en 1951, alors que la fondation Carnegie qui venait juste après ne disposait "que" de 170 millions et la Rockefeller de 122 millions [17]. Elle était alors la plus grosse ONG au monde avec 287 employés.

Ford a aussi ouvert la voie à de nouvelles "études" : celles sur l’unité économique européenne et la "communauté transatlantique", ou encore le commerce et le management d’entreprises. Par exemple, elle a donné 50.000$ sur trois ans à "l’Ecole d’administration des entreprises de L’Institut Catholique de Lille, avec pour objectif principal d’y développer la « méthode des cas » (case method) en vigueur à la Harvard Business school, où les futurs cadres d’entreprises sont formés par l’étude grandeur nature de « cas » exemplaires tirés de l’analyse du fonctionnement des entreprises. L’école lilloise a été créée en 1952 par Stéphane Cambien, ancien élève de la Harvard Business School ; sa première promotion est forte de 40 membres et elle est soutenue par les industriels locaux, mais en 1954, son directeur fait appel à la Ford pour passer à la vitesse supérieure", précise Ludovic Tournès.

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L’Institut Européen d’Administration des Affaires de Fontainebleau (INSEAD, "the business school for the world") récolte lui 1,27 million de dollars entre 1960 et 1975. Alors que l’INSEAD a été créé en 1959, elle a connu un gros succès auprès des multinationales US qui embauchaient massivement ses diplômés. "Parmi les 400 diplômés sortis entre 1959 et 1965, 60% ont obtenu un emploi de managers en deux ans, et 80% sont employés par des compagnies internationales importantes telles qu’IBM, Air France, Du Pont de Nemours, Nestlé, Philips ou Texas instruments. Et si 50% des diplômés sont engagés par des compagnies américaines opérant en Europe, la plupart d’entre eux les quittent assez rapidement pour intégrer des entreprises européennes, contribuant ainsi à « l’américanisation du management européen » souhaitée par la Ford", écrit encore Ludovic Tournès.

En 1955, par exemple, la Fondation Ford explique avoir versé 1 million de dollars pour un programme d’échanges mené par la Lafayette Fellowship Foundation, avec comme objectifs de financer de la recherche et d’amener dix étudiants français aux USA pour deux ans d’études, avec des visites du pays au programme, exactement comme l’a fait le micron il y a quelques années. Les étudiants étaient triés sur le volet, en fonction de leur "potentiel de leadership" (c’est-à-dire de leur potentiel à devenir des dirigeants politiques ou de multinationales) et de leurs diplômes, "afin que beaucoup des leaders français de demain comprennent mieux les Etats-Unis, sa population et ses institutions", dixit le rapport annuel 1955 de la fondation Ford.

CECA

Dans le rapport de 1958, la fondation Ford écrit qu’elle a donné 500.000$ sur cinq ans à l’ "Institut de la Communauté européenne pour les études universitaires", tout juste inauguré. "Son conseil comprend des personnalités importantes du mouvement pour l’intégration européenne comme Jean Monnet, Louis Armand, Walter Hallstein, Max Kohnstamm et Robert Marjolin. En plus de renforcer la recherche sur les problèmes et les affaires européennes, le nouvel institut soutiendra les programmes universitaires européens pour former du personnel sur les positions dans le Marché Commun Européen, la Communauté du Charbon et de l’Acier, la Communauté de l’Energie Atomique, et des institutions similaires qui devraient émerger", est-il même écrit dans ce rapport.

En gros, il s‘agissait de créer des programmes d'études supérieures oriéntés sur les questions stratégiques "européenes", de manière à former les futurs cadres de l’Europe dans le moule imposé par les US. On pourrait faire une longue liste de ces financements intéressés de la fondation Ford vers les milieux universitaires, dans tous les domaines, de la médecine à l’économie.

"Outre son soutien à cette organisation transnationale, elle investit entre 1950 et 1967 des sommes importantes dans plusieurs pays européens, en particulier l’Angleterre (20,9 millions), l’Allemagne (8,5), la France (4,1) et la Suisse (3,1) . La plus grande partie de ces sommes sera consacrée aux sciences sociales, destinée à permettre en particulier, dans l’esprit des officers de la Ford, la formation d’une génération de spécialistes qui contribuera à la reconstruction de l’Europe et à la reconversion de son économie dont la croissance constituera le meilleur rempart contre le communisme, la misère matérielle étant dans l’esprit des Américains le principal terreau du totalitarisme", écrit Ludovic Tournès.

En 1960, le Centre de Sociologie Européenne de Raymond Aron a bénéficié de 150.000 $ de la fondation Ford lors de sa création à la Vie Section. Pierre Bourdieu deviendra son adjoint, l’activité se développe malgré la rupture en cours entre Aron et Bourdieu, et en 1966 la fondation donne encore 175.000 $. Chacun a ensuite créé son propre centre avec l’argent de la fondation Ford [18].

Franco-American-Fulbright-commission

En 1961, la Commission franco-américaine d'échanges universitaires et culturels, ou Franco-American Fulbright Commission, prend le relais de la "United States Educational Commission for France" de 1949. L’objectif est le même, comme on l'a déjà vu : renforcer les liens au niveau universitaire, mener des programmes de recherche en commun, développer des chaires en commun...

Selon les chiffres de 2015, le financement public de cette commission vient à 54 % du département d’Etat (l’ambassade US), le reste venant de France : 21% du ministère des affaires étrangères, 14% du ministère de la recherche, 11% des Régions françaises. Les financements privés ne sont pas précisés. Près de 12.000 français auraient déjà fait un tour aux Etats-Unis dans le cadre de ces programmes depuis 1948, et selon le site officiel, "Ils créent, innovent, entreprennent, découvrent. Ils font émerger de nouveaux territoires de la connaissance. Ils contribuent à trouver des réponses aux défis de notre temps".

frei universitat von berlin

En Allemagne, l’ "Université Libre de Berlin" a bénéficié gracieusement de 20.000 livres offerts par la fondation Ford entre 1950 et 1953, en plus de l’argent versé par les autorités US d’occupation.

Dans le livre "Allemagne, année zéro ? Dénazifier et démocratiser (1945-1955)" de Helke Rausch, il est question de cette université p. 135 : "Les fondations vont rapidement s’intéresser à la nouvelle université. Dès 1950, la Rockefeller lui accorde 20 000 dollars. Mais c’est surtout la Fondation Ford qui va mettre la main au portefeuille, puisqu’elle accorde 1,3 million de dollars en 1951 pour construire un bâtiment d’enseignement (achevé en 1954 et baptisé “Henry Ford”), mais aussi pour financer des échanges de professeurs. En accordant ce financement, elle entend faire d’une pierre deux coups : contribuer à la lutte contre le communisme en soutenant la liberté d’expression ; favoriser la dénazification de la société allemande en favorisant un établissement dont le mode de fonctionnement rompt avec la tradition autoritaire et hiérarchique de l’université traditionnelle allemande."

En zone d’occupation française, la dénazification dans les milieux universitaires, et même dans l’enseignement en général, de même que dans les arts, fut un échec, aussi bien en Allemagne qu’en Autriche [19].

En France, les historiens n’ont pu ouvrir les archives des années 30 et suivantes, donc de la Collaboration et de l’après-guerre, qu’à partir des années 80, voire 90 (et tout n‘est pas encore accessible évidemment). Du coup, impossible de comprendre le rôle des élites dans la défaite, puis dans la Collaboration, et il est difficile de comprendre les tenats et aboutissants du rôle joué par les US dans la politique intérieure d’après-guerre.

 

Les médias et la culture

sceau CIA au sol

Dès sa création en 1947, la CIA avait parmi ses missions de mener des opérations de propagande. En 1948, le directeur du bureau des projets spéciaux de la CIA Frank Wisner a mis en œuvre ce chantier, sous la forme notamment d’une opération bien connue appelée "Mockingbird" [20]. Cette opération a été financée à partir de 1950 par le Congress for Cultural Freedom (Congrès pour la liberté de la culture, une association anticommuniste) et pilotée par l’Office of Policy Coordination (OPC), branche de la CIA dédiée aux opérations discrètes et sous couverture.

Ceux qui travaillaient pour Mockingbird étaient un mélange d’agents des renseignements et de journalistes, et l’objectif était de convertir les médias US et étrangers à la vision du monde US, c’est-à-dire ultralibérale et anticommuniste.

Des agences de presse, des journalistes, sont placés sous influence (qu’ils soient US ou étrangers), voir collaborent carrément contre rémunération avec les services américains -ou autres. 400 journalistes américains auraient été rémunérés par la CIA des années 50 aux années 70, et ont mené de belles carrières, avec des prix comme le Pulitzer. Et combien étaient-ils à l’étranger ?

Ces gens [21], ou ces médias (la CIA contrôlait 25 des principaux journaux et agences de presse US au milieu des années 50) pesaient à la demande sur des campagnes électorales, omettaient des faits, en détournaient d’autres, et au final ils ont intoxiqué le public dans l’intérêt du capitalisme US.

american way of livre TV

Il est vrai qu’aux Etats-Unis, la plupart des grands médias suivaient la démarche. Un éditeur aussi puissant qu’Henri Luce (pro-nazi, patron de Life, Time, Fortune… et autres magazines illustrés) était un pilier de cette propagande à la gloire d’une certaine vision du monde et des Etats-Unis. Hollywood a également été mis à contribution, pour célébrer les héros US et l’ "Amercian Way of Life" à travers le monde. L’opération Mockingbird aurait pris fin au milieu des années 70, mais rien ne montre que les choses aient changé depuis.

Les USA ont créé divers lobbys et entités pour promouvoir leur vision du monde en Europe. Par exemple, le National Committee for Free Europe (NCFE) a été créé en 1949 avec l’aide d‘un bureau lié à la CIA, l’Office of Policy Coordination (OPC, dont on va parler plus bas dans la partie sur les réseaux stay-behind). Dirigé par Frank Wisner et financé par le gouvernement US, le rôle de l'OPC était de mener des actions secrètes anti-communistes en Europe, en réalité des opérations qu’on peut qualifier de "guerre psychologique".

L’argent du NCFE, créé par Allen Dulles afin de mener la "croisade pour la liberté", venait d’industriels, de financiers, d’avocats. Il a financé par exemple Radio Free Europe ou Radio Liberty, pour nous arroser de propagande américaine au quotidien. Il a aussi beaucoup oeuvré pour les réfugiés d'Europe centrale qui fuyaient le communisme.

congres pour la liberté de la culture

La même année, les US et leurs amis anticommunistes décident d’organiser une grande conférence internationale, qui s’appellera le "Congrès pour la liberté de la Culture", afin de rassembler l’intelligentsia pro américaine et anticommuniste sous la bannière de l’ "anti-totalitarisme". Et aussi de contrer les grosses manifestations organisées par les communistes. Ledit congrès était entièrement financé par les Etats-Unis via l’OPC (donc la CIA) et les syndicats, et organisé avec l’aide de l’incontournable Irving Brown.

Il s’ouvre en juin 1950 à Berlin en présence de 125 personnalités, dont de nombreux américains comme Tennessee Williams, Sidney Hook, James Burnham, Artur Schlessinger (un historien qui a travaillé à l’OSS et devient plus tard conseiller de Kennedy), l’acteur Robert Montgomery… Des dizaines de médias à travers le monde ont annoncé, puis relaté l’événement.

Suite au scandale de son financement par la CIA, le Congrès pour la liberté de la culture est devenu en 1967 l'Association internationale pour la liberté de la culture, disparu à la fin des années 70.

 

Au comité exécutif de ce "Comité" on trouvait donc Irving Brown, le sociologue membre du RPF de de Gaulle Raymond Aron, ou encore le très à droite Denis de Rougemont, qui avait aussi lancé en 1946 un comité pro européen, l’Union Européenne des fédéralistes, elle-même financée par la CIA.

2019-12-26 19_59_21-Home - International Press Institute - Opera

En 1951, les US créent l’Institut International de Presse basé à Zurich, qui regroupe des éditeurs de presse, des cadres dirigeants et des journalistes de pays où la liberté de la presse est parfois très relative, et s’est bizarrement donné pour objectif officiel de "protéger la liberté de la presse". Du moins une certains vision de la liberté de la presse, bien orientée dans la défense des intérêts capitalistes. 

Cet institut a été généreusement financé depuis le départ [22] avec notamment l'argent des fondations Ford et Rockefeller. Apparemment, cela continue puisqu’en 2011 l’IPI se félicitait d’un don de la fondation Ford, de 200.000$ sur 18 mois.

L’un des directeurs exécutifs de l’IIP, McNeil Lowry, a ensuite travaillé pour la fondation Ford, pour piloter en 1957 son programme "Art et Humanités".

Aujourd’hui encore, Reporters sans Frontières reçoit des dons de la part de la Fondation Ford, ainsi que du national Endowment for Democracy, un lobby conservateur US lié au gouvernement, et de nombreuses entreprises (Société Générale, mécénat de BNP Paribas, de 240.000 euros tout de même en 2017). Voilà pourquoi RSF critique le Venezuela et pas la micronie qui vire totalitaire.

Si l’influence US a été si prégnante en France, comme ailleurs en Europe, c’est parce que des gens favorables au grand capital, qu’il soit nazi ou américain, sont restés en place après la guerre.

 

France

En effet, les milieux culturels et universitaires n’ont pas été totalement "épurés" après la guerre. L’Académie Française, par exemple, était dans les années 50 réputée comme un bastion d’anciens vichystes [23]. Il faut dire qu’elle n’a jamais été effarouchée par les délires extrémistes de droite, ayant par exemple ajouté à ses membres Charles Maurras en 1938. La Sorbonne a aussi hébergé quelques profs vichystes, notamment à la faculté d’histoire[24].

 

Les Collabos retournent au business de la presse

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Des Collabos notoires ont pu racheter des médias, comme Marcel Boussac, très gros industriel dans le textile, banquier[25] et propriétaire d’une grande écurie de chevaux de course, qui devint membre du Conseil National de Vichy (un organe consultatif). Pendant la guerre, il a fourni des tissus pour la marine de guerre allemande et déclaré qu’il trouvait Pierre Laval, alors numéro 1 du gouvernement de Vichy, "trop mou".

Toutefois Boussac eut la chance de voir l’instruction pour collaboration ouverte contre lui à la Libération être classée sans suite dès 1947. Pendant la guerre, il faisait certes du business avec les Nazis mais était aussi en contact avec les Alliés, du moins dans la version officielle de l'histoire.

Après la guerre il s’est lancé dans la mode, a engagé Christian Dior puis a décidé de s’offrir 74,5% du journal L’Aurore, créé dans la clandestinité pendant la guerre. Il est resté très proche des milieux politiques : Antoine Pinay, Vincent Auriol, Félix Faure, Guy Mollet lui ont rendu visite dans ses propriétés.

Jean Prouvost, patron de l’industrie textile du Nord, s’était déjà lancé dans la presse dans les années 30, avec notamment 'lacquisition du titre Paris-Soir dans lequel écrivaient de grandes plumes de l’époque comme Colette, Jean Cocteau, Blaise Cendrars, Antoine de Saint-Exupéry ou Georges Simenon.

Prouvost devait être jugé à la Libération, pour avoir largement contribué à la défaite de la France en 1939 et pour avoir collaboré pendant la guerre (il a conservé le contrôle de l’édition de Paris-Soir en zone occupée).

2019-12-26 20_43_10-Jacques Chirac rencontre l'industriel et patron de presse Jean

Prouvost a eu beaucoup de chance : le ministère de l’Intérieur l’a enlevé de la liste des Collabos devant être arrêtés en 1944. Il avait de nombreux "amis", notamment pour avoir soutenu financièrement[26] la Résistance non communiste fin 1943 [27]. Mais, il a quand-même du se planquer quelque temps à la fin de la guerre. Puis il s'est lancé en politique, comme maire d'une commune du Loir-et-Cher. Il a racheté des journaux, des radios... Alors qu'il possédait déjà la moitié du journal, un mouvement de grève a été déclenché quand il a été élu à la direction générale du Figaro en 1969. Puis il 'la revendu à Hersant en 1975.

Il y a aussi Robert Hersant, le patron du groupe Hersant, qui a longtemps été propriétaire[28] de divers médias tels que Le Figaro (racheté à Prouvost en 1975), La Voix du Nord, le Midi libre… Hersant, né en 1920, est l’un de ceux qui ont commencé leur carrière politique plutôt à gauche, à la SFIO, avant la guerre.

Puis il a viré casque et a créé un groupuscule pro nazi et antisémite appelé "Jeune Front", subventionné par l’Allemagne[29], avant de partir pour Vichy en 1942 où il a obtenu une subvention pour ouvrir un centre de jeunesse et lancé un journal à la gloire du maréchal intitulé "Jeunes Forces" [30].

Après la guerre, Hersant a pris 10 ans d’ "indignité nationale" pour Collaboration [31] puis il a obtenu une amnistie dès 1952 grâce à une amnistie générale des collabos décidée par Antoine Pinay. Ce qui lui a permis de reprendre tranquillement ses activités politiques, d’abord comme maire de Ravenel dans l’Oise dès 1953, puis comme député de l’Oise de 1956 sous l’étiquette UDSR (Union démocratique et socialiste de la Résistance), le parti de Mitterrand. Des mandats locaux qu'il obtenus avec l'appui des médias qu'il possédait et ne rechignaient pas à faire sa propagande.

2019-12-26 20_49_57-French press mogul Robert Hersant is at the French Assemblee

En 1967 il était toujours député dans le parti de Mitterrand, qui s’appelait alors la FGDS (Fédération de la gauche démocrate et socialiste) : "En 1967, il bénéficie de l'investiture de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS), fondée par le même Mitterrand ­ qu'il a financièrement aidé pour sa campagne présidentielle de 1965 ­, et est réélu avec l'appoint des voix communistes", selon Libération du 22 avril 1996.

Hersant, qui a contribué à la montée du FN grâce à ses journaux, est ainsi resté député jusqu’en 1978, puis de 1986 à 1988 mais sous l’étiquette de l’UDF, le parti de Giscard. Quand il a brigué la mairie de Neuilly, dans les années 70, il a pris comme bras droit pour sa campagne un jeune loup dénommé Sarkozy.

Dès la création de ses premières sociétés d’édition entre 1947 et 1949, Hersant était impliqué dans des magouilles, ses créanciers n’étaient pas payés, il utilisait donc des prêtes noms, fermait et ouvrait de nouvelles sociétés. Missionné par les socialistes du nord, il a racheté Nord Matin, un journal lié à la SFIO, dans les années 50, puis un journal dans l’Oise et une dizaine d’autres titres suivent dès 1957, qu’il a regroupés en un seul titre, "Centre-Presse".

Il a construit son groupe de presse et évité le démantèlement grâce à sa proximité avec Mitterrand, qui pourtant avait fait passer une loi contre les monopoles de presse. Puis il a racheté des médias de droite ou qu’il oriente à droite, et si possible anticommunistes, comme Le Figaro sur lequel il met la main en 1975 grâce à l’appui de Giscard et Chirac[32], racheté ensuite par Dassault pour faire "passer des idées saines".

delpuech

Mentionnons encore le parcours d’un certain Vincent Delpuech, qui en 1933 devient président du conseil d’administration du journal Le Petit Provençal, très lu dans le sud-est, et a été directeur administrateur du Radical à Marseille. En parallèle il fut maire, ce qui l'a rendu très en vue dans le secteur,et lui a permis d'être nommé membre d’honneur de plusieurs quotidiens et administrateur de plusieurs grandes entreprises. Il a été élu sénateur en 1939 et a voté les pleins pouvoirs à Pétain en juillet 1940.

Comme ses journaux ont continué de paraître sous l’Occupation et se sont mis au service de Vichy et des Allemands, mais aussi parce qu’il est devenu administrateur du journal L’œuvre de Marcel Déat et qu'il était membre du comité d'organisation de la presse de Vichy, Delpuech a eu des ennuis à la Libération [34]. On peut dire que sur le plan de la propagande vichyste, Delpuech a pleinement collaboré.

Dès 1949 il est redevenu prédisent du conseil d’administration du Petit Provençal. Mais son gand retour n'intervient qu'en 1953 quand il est devenu trésorier du parti radical et a repris son siège de maire puis en 1955 celui de sénateur, qu’il a conservé jusqu’à sa mort en 1966. Selon Frédéric Charpier dans "La CIA en France", " Vincent Delpuech était très lié aux services américains puisque, d’après un ancien ami d’Allen Dulles, la CIA lui verse régulièrement de substantiels subsides. Durant des années, une fois nommé directeur de la CIA, Dulles lui remettra, de la main à la main, des fonds à chacune de ses escales à Paris".

Un ancien collabo devenu franc-maçon a fondé dès la Libération en août 1944 le groupe Le Siècle, qui a longtemps été (et reste) influent dans le milieu politico-médiatique parisien. Il s’agit du lyonnais Georges Bérard-Quélin, qui en fut le premier secrétaire général.

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" Journaliste, dirigeant du Parti radical [il est entré au Parti Radical à 19 ans en 1936], franc-maçon et pilier de réseaux, Georges Bérard-Quelin a fondé Le Siècle en 1944. Dans la foulée, il crée aussi la Société générale de presse (SGP), un ensemble de publications spécialisées (Correspondance de la presse, Bulletin quotidien...) connues des journalistes et des politiques", expliquait le magazine Challenges le 29 novembre 2007, "La SGP compte aujourd'hui 60 salariés, 20 d'entre eux sont chargés de gérer l'immense base de biographies recensant plus de 80 000 politiques et dirigeants. "Leur consultation payante assure le quart de nos 5 millions d'euros de revenus annuels"".

Pendant la guerre, Bérard-Quélin a créé une agence de presse collaborationniste. Mais lui aussi est parvenu à faire oublier cet épisode et à obtenir le costume de résistant. "Bien que recherché à la Libération, il fut protégé et jamais jugé. Il créa Le Siècle alors que Paris n’était pas encore libérée et continua son activité d’agence de presse. Membre du Grand Orient de France et du Parti radical-socialiste, il soutint en 1981 son ami François Mitterrand", résume Thierry Meyssan dans le cadre d’une interview au sujet du Siècle avec Emmanuel Ratier, qui se disait lui-même "nationaliste". L'individu a même été nommé au cabinet du ministre de l'Information, Teitgen.

mai 68 presse ne pas avaler

Emmanuel Ratier expliquait dans cette interview que les fiches de la Société générale de presse (qui existe toujours) relevaient en fait d’un véritable système de fichage : "la Société générale de presse est la principale société de fichage (légal) des personnalités françaises. Leurs fiches sont beaucoup plus complètes que celles de feu les Renseignements généraux et beaucoup plus fiables. Sont passés par la SGP des centaines, voire plus d’un millier, de jeunes journalistes, qui ont ensuite essaimé et fait carrière un peu partout. Toute la presse est dépouillée, y compris l’intégralité du Journal officiel. La SGP a des archives, des fiches, sur des millions (je dis bien des millions) de journalistes, hommes politiques, syndicalistes, patrons, membres de cabinets ministériels, hommes d’Église, intellectuels, maires, etc. Ces archives courent sur plus de 50 ans (…) il est évident que celui qui détiendrait les clés de la SGP détiendrait dans le même temps les plus grosses archives sur le pouvoir en France. Des archives parfaitement tenues à jour".

Pour terminer ce rapide tableau de la situation des Collabos dans la presse d’après-guerre, il faut mentionner encore les cas d’Emilien Amaury et d’Hubert Beuve-Méry. Beuve-Méry, dont les idées étaient carrément d’extrême-droite depuis sa jeunesse, a fondé Le Monde en 1944. Dans les années 30, il était passé par les Camelots du Roi (royalistes) et par les Faisceaux (fascistes). Depuis l’Institut Français de Prague, il a mené une propagande très favorable à la montée d’Hitler, puis a enseigné à l’école des cadres de Vichy, à Uriage, dès 1940, et écrit des textes 100% vichystes dans la revue de propagande du régime, Esprit.

L’école d’Uriage a fermé fin 1942, puis Beuve-Méry serait devenu Résistant. C’est ainsi qu’il a pu récupérer des journaux saisis, et créer Le Monde sur les cendres du Temps, où il avait écrit avant la guerre. Il est ensuite devenu un chaud partisan du gaullisme et un grand ami de Jean Monnet.

Quant à Emilien Amaury (1909 - 1977), il a pu s’afficher comme Résistant –et passe toujours pour un "grand résistant" [35]- mais ses actes de collaboration avant 1942 ont été établis depuis : il a par exemple créé l’Office de publicité générale[36] "chargé par Vichy de la distribution du budget de publicité du ministère de la Famille et du secrétariat à la Jeunesse. Mais il résiste aussi dans les réseaux de l’Organisation civile et militaire. Et se retrouve donc, à la Libération, directeur de l’agence Havas et administrateur du Parisien libéré" [37].

amaury ch hebdo

Amaury, c’est le groupe qui a longtemps été propriétaire de journaux importants comme L’Equipe [38], Point de Vue, Images du monde (magazine illustré qui fait fureur), Marie-France, Le Petit Parisien, interdit en 1944 devenu le Parisien Libéré et "modernisé" dans les années 70 grâce à des rotatives venues en cargo depuis les Etats-Unis et à des ouvriers casseurs de grève de Force ouvrière et du syndicat maison qu’il avait lui-même créé, le "Comité interpresse". Il avait aussi des parts dans des médias régionaux comme Ouest-France qui succéda à Ouest-Eclair paru pendant la guerre, le Maine Libre… Il a imposé un "management" à la hache uniquement axé sur la rentabilité.

Après la guerre il joué un rôle important dans la création du parti gaulliste et dans le cadrage de la « presse libre ». C’est aussi lui qui a hésité du Tour de France, première invention marketing et sportive à la fois.

Et pour parfaire la mainmise US, et surtout des idées anticommunistes et ultralibérales dans les milieux de l’édition, Irving Brown, le financeur des syndicats avec l’argent de la CIA, a également fait bénéficier le syndicat FO de la Fédération du Livre de ses largesses[39]. Les US ont aussi attisé la crise qui s’est déroulée en Monde en 1947, et qui opposait un courant atlantiste au courant neutraliste.

2019-12-27 18_40_50-Les liaisons dangereuses de Roger Auque, journaliste-espion - Les Inrocks - Oper

La france a elle fait aussi travailler des journalistes pour intoxiquer l’opinion publique. Le père de Marion le Pen, Roger Auque[40], par exemple, qui travaillait pour les renseignements français et à l’occasion israéliens alors qu’il était grand reporter à la télé : les gens l’ont vu commenter des guerres ou de grands événements quand il était correspondant à Rome, Bagdad, à Beyrouth, en Syrie. Ce type aux idées bien à droite avait même été otage au Liban en 1987 quand il était "journaliste" (il a été libéré plusieurs mois avant les trois autres).

Le Parisien précisait le 4 février 2015 : "Dans son livre posthume, le reporter, devenu ambassadeur en Erythrée en 2009, assure avoir travaillé pour la DGSE (le renseignement extérieur français) et ponctuellement pour le Mossad, les services secrets israéliens. Ses parrains politiques furent nombreux, détaille-t-il. De Jacques Chirac à Nicolas Sarkozy en passant par Charles Pasqua et Michèle Alliot-Marie". Il a aussi connu sarkoléon depuis qu’il était maire de Neuilly, dans les années 90 et c’est lui qui l’a nommé ambassadeur en Erythrée en 2009.

Le métier de reporter de guerre n’était qu’une couverture qui lui a permis de travailler pour la DGSE, le Mossad et même la CIA, contre de l’argent. Les Inrocks citent d’autres passages de son livre : "Je n’étais pas le seul à prendre de l’argent, à mener cette sorte de double vie. Des politiques de premier plan, à droite comme à gauche, ont eux aussi touché beaucoup d’argent […] Les personnes concernées sont fort connues du grand public. Mais je n’en dirai pas plus sur cette corruption banalisée. Sauf que ce sont tous de grands dévoreurs de fric". Auque était aussi franc-maçon au Grand Orient, et a fréquenté les dîners du Siècle. 

2019-12-27 19_03_30-348295281-Serge-Hutin-Gouvernants-Invisibles-et-Societes-Secretes-pdf

Enfin, en lisant un livre de Serge Hutin, intitulé "Gouvernants invisibles et sociétés secrètes" paru en 1972, on peut faire quelques liens. Il faut dire que Serge Hutin connaissait le sujet -et le gratin- puisqu’il a été initié un peu partout : franc-maçonnerie, AMORC, martinisme, OTO [41] etc. Et il a écrit un tas de livres là-dessus.

Hutin relatait dans son jargon des propos qui semblent énormes, mais pas impossibles : "Notre ami Jacques Bergier [42] nous racontait un jour qu’il existe une série de questions dont il est absolument interdit à la presse de parler et dont la liste se trouve stipulée avec précision sur un petit carnet noir qui – quel que soit le régime politique du pays, car l’interdit est universel, mondial – se trouve remis à tout directeur d’un important organe de presse d’information, qu’il soit tributaire du grand capitalisme ou communiste. Cependant, le fait même que des fuites aient pu se produire montre que les conditions qui prévalent aujourd’hui (ce qui marquerait, selon de nombreux ésotéristes, le passage de l’ère zodiacale des Poissons à celle du Verseau) rendent désormais possible ce qui auparavant ne l’était pas".

Hutin écrivait aussi que la plupart des grandes affaires n'arrivaient pas jusqu'à la presse.

 

L’Académie française & Co, repaires de Collabos

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L'académie française, c'est cette vénérable institution qui formalise la langue française d'après des critères des plus conservateurs. Elle a été créée au XVIIe siècle, et la moyenne d'âge de ses 40 membres (dont cinq femmes) est très élévée. Parmi ses membres, plusieurs ont été des collabos pendant la guerre, et après la guerre des collabos ont puy être élus.

L'un des éminents ministres de Vichy, le ministre de l'Education Abel Bonnard, était académicien. En 1925, il avait reçu le grand prix de littérature de l'Académie française. Il admirait Charles Maurras (autre "académicien" exclu à la Libération) et a été membre du Parti Populaire français de Jacques Doriot. Il a tout de même été viré de l'Académie française à la Libération. Mais il n'a pas été le seul Académicien collabo, loin de là.

Quand le franco-belge Félicien Marceau a été élu à l'Académie Française en 1975, son CV a fait quelques remous car après avoir grenouillé dans les milieux pacifistes (pro-allemands), il pendant l'Occupation nazie, il avait été journaliste à Radio Bruxelles, créée par les Allemands, où il dirigeait le service actualités, et a lancé sa maison d'édition en 1942. Marceau a publié son premier roman en 1942, aux éditions de La Toison d'Or, "par des neutralistes belges commandités par un trust allemand proche de Ribbentrop, le ministre des affaires étrangères", précise le site La République des Livres.

Il a été condamné par contumace en octobre 1946 par le Conseil de guerre de Bruxelles, à 15 ans de travaux forcés pour "trahison" et "esprit de lucre". Mais il a eu du bol: en 59, de Gaulle lui a offert la nationalité française.

2019-12-27 20_55_29-André FRANÇOIS-PONCET _ Académie française - Opera

Un certain nombre de fascistes et ex collabos ont également pu œuvrer dans le domaine de la culture après la guerre, grâce -entre autres- à l'Institut de France qui chapeaute l'Académie française.

L’Institut de France, qui regroupe divers scientifiques, artistes et intellectuels censés réfléchir et conseiller le pouvoir politique, comprend notamment l’Académie française, l’Académie des sciences, l’Académie des sciences morales et politiques et deux autres académies. André François-Poncet, ce pilier de la synarchie [43] et militant pro-Europe depuis toujours a été élu à l'Académie française en 1952. Il a même été "chancelier" de l'Institut de France de 1961 à 1964. 

Son acolyte Emile Mireaux, un ultra libéral qui avait voté les pleins pouvoirs à Pétain en 1940 et a dirigé le journal le Temps jusqu'en 1942, est entré à l'Académie des sciences morales et politiques en 1940 également, et a été nommé ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts dans le gouvernement de Pierre Laval, poste qu'il a occupé brièvement toujours en 1940 mais auquel il a pris la main sur l'ensemble des nominations académiques. Il a été condamné à la Libération, mais le jugement a été annulé en 1947. 

Mireaux a été élu président de l'Académie des sciences morales et de l'Institut de France en 1951. Plusieurs membres de l’Académie des sciences morales et politiques ont bénéficié après la guerre de financements de la part de fondations US pour mener leurs travaux, comme Michel Crozier ou Robert Marjolin.

2019-12-27 21_16_22-Michel Pébereau_ «Le manque de confiance des Français dans les marchés est une m

On ne sera pas étonné non plus que l’Académie des sciences morales etc., tenue par le patronat, influence les politiques notamment en matière de programmes d’enseignement[44], ait été auditionnée en 2017 par le Conseil supérieur des programmes et le Conseil national éducation-économie. Deux organismes qui, expliquait Le Monde le 21 mars 2017, "doivent rendre dans quelques jours un rapport sur l’enseignement des sciences économiques et sociales au lycée, introduit il y a tout juste cinquante ans dans les programmes scolaires".

Et que dit cet "avis" de l’ASMP, alors dirigée par Michel Pébereau, polytechnicien, patron ‘privatiseur’ de BNP Paribas en 1993 et président de la fédération bancaire européenne de 2004 à 2008 ? Il "recommande de donner plus de place à une vision « optimiste » de l’entreprise et des banques, et moins au rôle régulateur de l’Etat et à certains sujets comme les inégalités…". Péberau et ses amis cherchaient ainsi à modeler l’esprit des jeunes pour qu’ils soient de bons petits adeptes du libéralisme économique.

Dans les années 2000, il avait précisé son programme : "Il serait peut-être bon d’effectuer un travail pédagogique de fond sur nos lycéens, comme cela a été fait par les entreprises depuis vingt ans auprès de leurs salariés, afin de les sensibiliser aux contraintes du libéralisme et d’améliorer leur compétitivité, en adhérant au projet de leur entreprise".

Passons, et revenons à nos collabos avec un dernier exemple, celui de François Piétri.

Premier cabinet Philippe_Pétain pietri 2e à droite,_1940

Après avoir été un collabo de la première heure, ministre des communications en 1940 puis ambassadeur de Vichy en Espagne jusqu’à la fin de la guerre [45], François Piétri, Inspecteur des finances natif de Corse, s’est mis à écrire des "essais politiques" et biographiques, et est entré à l’Académie française[46]. Rappelons que l’Espagne était un point stratégique, sous le régime de Franco qui a très vite collaboré avec les Etats-Unis en même temps qu’avec l’Allemagne.

Dans son livre "L’ami américain", Eric Branca mentionne un dîner en 1944, peu après le débarquement en Normandie, dans un grand hôtel madrilène : "un dîner réunissant, autour de l’ambassadeur de Vichy en Espagne François Piétri et de l’inévitable Lemaigre-Dubreuil, des financiers américains liés à l’OSS, et des cagoulards en quête de reconversion, parmi lesquels Jacques Corrèze, futur cadre dirigeant de l’Oréal" (dont on a parlé pour avoir abrité de nombreux collabos).

L’objet de ce dîner était de "mettre au point une procédure permettant au Sénat de 1940 – l’Assemblée prééminente selon la Constitution de la IIIe République- de se réunir pour constituer un gouvernement de transition, avec ou sans de Gaulle. Et de préférence sans, puisque le but avoué du jeu était de recycler un maximum de personnalités de Vichy !", précise Eric Branca.

 

L’influence US sur la nouvelle "gauche"

affiche mac do amercian way of life

Dès la fin des années 40, les américains ont subventionné divers journaux dont la ligne non communiste leur plaisait bien. Cela a été d'autant plus facile que les collabos et autres fascistes n'étaient pas bien loin. Parmi les journaux qui ont été gratifiés de quelques milliers de dollars, il y avait Le Populaire, le média de la SFIO qui risquait fort de péricliter, et qui a été financé via le FTUC (Free Trade Unions Committee, le "Comité des syndicats libres"), lui-même financé par l’OPC [47] une division de la CIA.

Mais en matière de propagande "culturelle", les US n’ont pas misé que sur d’anciens nazis. Au contraire, il leur fallait une vitrine susceptible d’emporter l’adhésion. Ils ont donc soutenu financièrement, mis en avant, des personnalités qu’on peut classer "à gauche", mais qui avaient surtout l’avantage de ne pas être communistes et d’être totalement favorables au modèle américain. Ces gens étaient des relais en Europe de l’ "American Way of Life", ce mythe des Etats-Unis comme le pays de la liberté où tout est possible, et qui devait contrer la propagande communiste.

Des individus comme Sartre, Beauvoir, Malraux, Aron, par exemple, ont été proches dès 1947 des américains basés à Paris, notamment Hemingway qui était un agent de l’OSS, ou David Bruce, des renseignements militaires [48].

Le-Populaire-4-mai-1936

A cette époque de disette, de nombreux journaux n’ont pu continuer à paraître après la guerre que grâce à l’argent du plan Marshall (qui a été remboursé par les contribuables, avec intérêts). Frédéric Charpier dans "La CIA en France" explique que les journaux liés à la SFIO ont particulièrement bénéficié des largesses US : "Le FTUC (…) a versé 20.000$ au Populaire, quotidien de la SFIO, tandis que le syndicat de la confection, l’IGLWU, lui, a versé 20.000$ puis 15.000 supplémentaires".

En 1948, explique Frédéric Charpier, Léon Blum a dû faire appel à David Dubinsky, un syndicaliste agent de la CIA, pour renflouer Le Populaire. Irving Brown[49] a permis au Populaire de remplir ses caisses, en lui permettant d’obtenir un prêt de 3 millions de Francs de la banque Rothschild. Il va sans dire qu'un média véritablement contestataire n'aurait pas eu droit à tant de largesses.

La fondation Ford a elle aussi financé diverses revues, plus ou moins éphémères, telles que Confluences, créée à Harvard par Henri Kissinger, et diffusée en Europe dans les années 50. Parmi ses relais et correspondants en France, il y avait Malraux, ministre de la culture, Jean-Paul Sartre ou Raymond Aron.

2019-12-28 13_43_08-Interview de Jean Monnet à Paris - Vidéo Ina

Jean Monnet [50], le "père fondateur de l’Europe" et ennemi juré de de Gaulle, a été un des hommes liges des US pour mener leur propagande européaniste et atlantiste. Pour développer la branche française du Mouvement Européen (qui existe toujours et a été présidé par Sylvie Goulard de 2006 à 2010), il a bénéficié des dollars de l’American Committee on United Europe (Acue, comité américain pour l’Europe unie), l’officine de l’OSS (future CIA) chargée de financer la propagande US et ultra libérale en Europe, et surtout la propagande fédéraliste européenne avec l‘argent du plan Marshall puis de la CIA.

D’ailleurs, la direction de l’ACUE pullulait d’agents de la CIA. Outre William Donovan, "le vice-président de l’ACUE est Walter Bedel Smith ancien chef d’Etat Major d’Eisenhower et ambassadeur américain à Moscou qui deviendra plus tard patron de la CIA en 1950. L’ACUE compte d’autres membres parmi lesquels Allen Dulles, chef de l’OSS à Berne pendant la deuxième guerre mondiale qui deviendra également président de la CIA en 1953 et dont le frère John-Foster Dulles était un des plus proches amis de Jean Monnet. On retrouvera plus tard à la tête de l’ACUE Paul Hoffman ex-patron de la Fondation Ford et ex officier de l’OSS", rappelle le site Stratpol.

2019-12-28 14_14_04-« On n'a pas attendu de Villiers pour savoir que Monnet était proche des América

L’Acue, présidé par William Donovan l'ex directeur de l'OSS passé ensuite à direction de la fondation Ford, a financé divers groupuscules européanistescomme le Mouvement Européen de Monnet et Schuman, ou l’Union européenne des fédéralistes qui regroupait elle-même divers mouvements pro européens (et touchait aussi de l’argent de Nestlé). Des revues, comme The Economist, très ultra-libérale, ont aussi eu leur part. Les premières réunions du conseil de l’Europe seront-elles aussi financées grâce à l’ACUE. Cet argent a permis de financer des campagnes de propagande médiatique, avec des centaines de conférences, tournées à travers l’Europe, etc., en lien avec le Mouvement Européen, au début des années 50.

"En 1952, dans un courrier émouvant, le « père fondateur » rend grâce au général Donovan pour ses bonnes œuvres : « Ce soutien constant, aujourd’hui plus crucial que jamais, nous sera d’une grande aide pour la réalisation complète de nos plans. »", expose un article du Plan B. Par le biais de l’ACUE, l’équivalent de 5 millions d’euros a été versé à des mouvements pro-Européens entre 1949 et 1952, et au total on parle de 50 millions d’euros.

Les US ont également lancé, à travers une opération de la CIA baptisée QKOPERA[51], un lobby appelé le "Congrès pour la liberté de la culture", dont on a parlé plus haut. Créé en 1950, cette "association culturelle" était financée par la CIA via la fondation Ford et la fondation Fairfield, qui réunissait des européanistes très à droite comme Denis de Rougemont ou Raymond Aron, dont on a parlé plus haut.

Ce congrès était piloté par un dénommé Michaël Josselson, un juif estonien émigré aux Etats-Unis en 1936, avant d’entrer en 1943 dans l’armée où il a été affecté en Allemagne à la Psychological Warfare division des renseignements. En 1946, resté en Allemagne, il a travaillé pour les "affaires culturelles" au gouvernement militaire US et a été recruté par la CIA en 1949.

revue preuves

Divers médias ont été subventionnés dans des proportions plus ou moins importantes par ce "congrès", comme la revue Preuves, lancée en 1951 avec un certain nombre de personnages gravitant dans l’orbite du congrès pour la liberté de la culture. Evidemment anti-communiste, pro américaine et pro-européenne, la revue Preuves est créée par un ancien membre du PC et sa figure de proue est Raymond Aron (encore lui), qui plaidait dès 1949 pour "L’effort indispensable en vue de la réconciliation des deux peuples" (Allemagne et France) et fréquentait un tas de groupuscules européenistes.

Mais, la publication prend un gros coup dans l’aile quand son financement par la CIA est dévoilé en 1967 par la presse US, qui parle de 800.000 $ par an. A ce moment, le Congrès pour la liberté de la culture avait installé des filiales dans 35 pays. Du côté des financés, tout le monde a feint d'être étonné. Entre temps, des jeunes plumes comme François Mitterrand ou Jean Daniel, qui a ensuite dirigé de nombreux journaux, ou de grandes plumes comme Hannah Arendt ou George Orwell, ont écrit dedans. Bref, la revue était "la voix de l’Amérique". Des dizaines de concerts ont aussi été organisés en 1951, sous les auspices du Congrès pour la liberté de la culture, souvent avec un financement et un appui logistique importants de la CIA. Il y a aussi eu des colloques, des projections de films, des expositions…

En 1951, selon le New York Times, "le gouvernement des Etats-Unis a dépensé, en 1950, en France, pour l’information, 7 millions de dollars, soit au cours officiel 2,45 milliards de francs" [52]. Une partie de l’argent a servi à financer le mouvement anticommuniste "Paix et Liberté" créé par le ministre de la Défense René Pleven, un des fondateurs du Bilderberg. Cette officine a donc fait de la propagande, et a par exemple collé des affiches hystériques contre le communisme dans tout le pays au début des années 50 [53].

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En effet, dans les années 40 et 50, la presse communiste était encore très puissante, avec de nombreux titres subventionnés s’il le fallait par Moscou, et distribués par les militants aux quatre coins du pays. La presse subventionnée par les Etats-Unis (alors qu’il est interdit pour un média d’avoir des financements de l’étranger), visait à contrer l’information "communiste" et l'influence communiste sur les classes populaires. 

Dans ces magouilles, René Pleven est un personnage intéressant parce qu’il a démarré sa carrière comme rédacteur en chef de la revue syndicale des industriels de la conserverie, avant de rejoindre en 1925 une filiale française de la Chase National Bank des Rockefeller, Blair and Co. Foreign Corp, au service d’un certain... Jean Monnet [54]. En effet, Monnet a été le mentor de René Pleven, en a fait son plus proche collaborateur, puis l’a fait entrer dans une filiale de la banque Lazard, dont il a toujours été très proche également, en 1939. Après la guerre, Pleven a été prompt à stopper la tentative d’épuration économique dans certaines banques qui avaient clairement collaboré avec l’Allemagne[55].

A la Chase National Bank, Pleven octroyait des prêts à l’Allemagne, occupée à se réarmer. En 1928 il voyageait dans toute l’Europe pour l’Automatic Telephone Company de Chicago dont l’un des gros propriétaires était la banque Lazard. Durant toute la guerre, il a collaboré avec Monnet dans son "comité de coopération franco-britannique" et acheté de l’armement qui est arrivé trop tard. Ce qui n’est pas dans sa page Wikipedia, c’est qu’il a adhéré à l’Action française (ce que l’histoire officielle de Pleven nie encore ou minimise). Pleven restera toute sa vie inféodé aux US, étant souvent derrière les manœuvres européennes et ultra libérales.

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Frédéric Charpier rapporte qu’au début des années 50 où la presse de tendance communiste était puissante, la CIA a essayé de recruter directement des journalistes de diverses tendances, afin qu’ils leur donnent des informations, du moins dans un premier temps. Dans les années 60, le journal L’Express, fondé en 1953 par Jean-Jacques Servan Schreiber (qui a été élu président du parti Radical en 1970), a été accusé d’avoir reçu une aide financière des US pour mener la propagande anti de Gaulle à droite.

Le magazine anticommuniste, qui laissait des tribunes entières à des homems politiques amis, a largement favorisé la campagne de Gaston Defferre pour les présidentielles de 1965. Orienté à droite économiquement et vaguement à gauche sur le plan sociétal (une partie de ses journalistes venaient de la gauche), L'Express se disait l'organe de la "nouvelle gauche", et ebaucoup de ses journalistes ont mené de brillantes carrières (Michèle Cotta, Jean-François Kahn, Françoise Giroud sa co-fondatrice, Attali qui y a fait des chroniques pendant 20 ans...).

Les élites françaises n’ont aucun problème avec le fascisme. Un BHL a par exemple été capable d’affirmer publiquement le 23 janvier 2019 que "En Europe, le peuple ne doit pas être le seul souverain", mais qu’est-ce que cela veut dire ? Qui doit être souverain ?

Dans le domaine culturel, le mouvement de gauche non communiste a été financé et encadré, pour lui donner une puissance qu’il n’aurait jamais eue dans des conditions normales. Pour vendre le modèle US, c’est-à-dire la "libre entreprise", le capitalisme à outrance et la propagande de guerre, des films ont été financés, notamment en France. Une agence appelée le United states Information and Education (USIE), implantée à Paris, a financé des films et programmes radio vantant les bienfaits du monde vu par les US. 

Les médias sont toujours sous influence des renseignements, et a priori ça a toujours été le cas. Le problème c’est qu’ils désinforment, et ce problème s’aggrave quand ils travaillent pour des services étrangers. En France, le cas de Roger Auque, qui a été grand reporter tout en travaillant pour le Mossad, la CIA et la DGSE [56], est symptomatique.

Ses reportages aux JT de France 2, RTL, TF1, Paris Match, ou la RTBF en Belgique étaient-ils tous bidons (il a été condamné pour plagiat, mais faisait-il aussi de la propagande ?)? Quand il a été pris en otage à Beyrouth en 1987[57], était-ce en tant que journaliste ? On notera qu’en 2008, Auque s’est lancé dans la politique aux municipales à Paris, puis en 2009 il a voulu se présenter aux. Mais finalement sarkoléon l’a nommé ambassadeur en Erythrée, où un conflit se préparait.

Il y a aussi l’affaire du journal d’extrême droite Minute dans les années 80 et 90, complètement à la botte de la droite (notamment Pasqua et sa bande), des réseaux du SAC, et des renseignements. Du coup, les journalistes se sont longtemps étonnés que des enquêtes explosives et pourtant fouillées ne soient jamais publiées, ou que des notes venues du ministère de l’Intérieur étaient distribuées dans la rédaction [58]. Les liens entre ce journal et la droite ont perduré, comme l’a montré le recrutement de Patrick Buisson, ex rédac chef de Minute, comme conseiller de sarkoléon puis parton de la chaine publique Histoire (ce qui est une honte pour la connaissance historique). En 2012, Minute avait d’ailleurs appelé à voter sarkoleon.

 

Quid du monde de la "culture" ?

2019-12-28 19_08_37-Ce que l'on ne pardonne pas à Drieu La Rochelle

Le milieu des maisons d’éditions a été un peu rafraîchi après-guerre, mais il est resté franchement à droite. Nombreux sont les dirigeants et actionnaires de maisons d’éditions qui, avant d’être atlantistes, étaient favorables à Vichy ou carrément au 3e Reich.

En 2012, l’œuvre d'un des auteurs français préférés des nazis, Drieu La Rochelle, a été publiée à La Pléiade, Léon Rebatet a été republié aussi, et il a été question d’offrir des commémorations à Charles Maurras : ces auteurs, carrément Nazis comme Céline, ou seulement Collaborationnistes convaincus, sont encore encensés par une certaine "intelligentsia" parisienne, qui ne voit pas de lien entre les actes et écrits antisémites, anticommunistes, antidémocratiques, et la qualité d’une hypothétique "œuvre" littéraire. 

Aujourd’hui encore, Céline, publié aux éditions Denoël, passe pour une figure de la littérature française. Malgré "Bagatelles pour un massacre", que je recommande à tous d’essayer de lire pour comprendre ce que donne la haine mélangée à l’inanité. Derrière ces parutions, il y a aussi une tentative de légitimer ces individus, pourtant salis par leurs propres choix. Bref, on sent que le passé fasciste n'est pas tout à fait révolu dans le monde de l'édition parisien.

Dans son article "L'édition française dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale", Jean-Yves Mollier, parle d’une véritable "collaboration intellectuelle" mise en œuvre dans le milieu des éditions en France pendant la guerre, où il y a eu très peu de Résistance.

De fait, ledit milieu est traditionnellement très "conservateur" : "Il faut avoir présent à l’esprit cette surreprésentation des idéaux de la droite française, avec un penchant affirmé pour l’ordre et un refus du partage de l’autorité, si l’on veut comprendre les réactions des éditeurs parisiens en juin 1940. Qu’ils soient monarchistes comme les patrons des éditions Calmann-Lévy, Fayard et Larousse, ou conservateurs et très à droite de l’échiquier politique, comme chez Hachette, Plon, Tallandier ou Grasset, la plupart des éditeurs partagent une vision du monde assez proche", écrit Jean-Yves Mollier. Ces éditeurs soutenaient certains politiciens comme Pierre Laval ou André Tardieu. Avant même l’arrivée des Allemands à Paris, les éditeurs avaient nettoyé leurs archives, fonds et catalogues des écrits non aryens ou anti nazis. Certains, comme Henri Filipacchi chez Hachette, les maisons Flammarion, Plon, Fayard, Tallandier, Grasset ou encore Gallimard ont carrément livré leurs listes au nazis.

2019-12-28 19_42_04-Le portrait qui déchire la famille Grasset - Opera

Bernard Grasset s’est aussi empressé d’écrire dans la presse sur sa communauté de vue avec l'occupant. Il a installé sa maison d’éditions à Vichy histoire de se faire bien voir, et a publié les bouquins de différents fascistes et nazis comme Jacques Doriot, Drieu La Rochelle, Abel Bonnard. Après la guerre, il a été condamné à la dégradation nationale et à la confiscation de ses biens (maison d’éditions comprise) mais il a été interné en hôpital psychiatrique, si bien que sa femme a pu diriger la maison d’éditions jusqu’à ce que le président Vincent Auriol l’absolve en 1948 [59] et qu'il soit amnisité en 1953. En 1954, les éditions Hachette ont repris Grasset. "La très grande majorité des professionnels participa sans état d’âme à cette destruction de ce qui était le cœur même de l’univers des livres et de la pensée", analyse Jean-Yves Mollier.

En matière d’épuration à la Libération, c’est le Comité National des Ecrivains qui a mené les opérations. Finalement, les sanctions sont tombées sur propagandistes nazis les plus visibles ou ceux qui avaient profité de l’aryanisation des maisons d’éditions appartenant à des Juifs, mais les cadres dirigeants des maisons d’éditions sont généralement restés en place[60]. Comme ailleurs, les témoignages favorables ont été déterminants pour la grande blanchisseuse qu’a été l’épuration.

Par exemple, Gaston Gallimard s’en est tiré à bon compte. Pendant la guerre le nazi Drieu La Rochelle a dirigé les éditions NRF (créées par Gallimard)[61] et poursuivi grâce au soutien d’Otto Abetz, ambassadeur allemand en France, la publication de La Nouvelle Revue Française. Gaston Gallimard dînait aussi avec des officiers allemands. Il a eu la chance d’être soutenu par des écrivains proches de la résistance et / ou de la gauche, ce qui lui permet d’éviter de rendre des comptes et de racheter d’autres maisons d’éditions.

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Le militant d’extrême-droite Gabriel Jeantet, qui a recommandé Mitterrand pour obtenir la francisque, était comme lui un militant royaliste et d’extrême droite : il avait milité chez les Camelots du Roi et à l’Action Française dans les années 30, puis a trafiqué des armes depuis l’Espagne ou l’Italie pour la Cagoule. Quand l’organisation a été démantelée, Jeantet s’est planqué, puis a rejoint le cabinet civil de Pétain, en 1940, pour créer une revue vichyste. Selon certains, il a contribué à l‘arrestation de résistants, parmi lesquels il se trouvait ainsi que son amie intime, elle-même Résistante.

L’histoire dit que, missionné par Pétain, il aurait tenté d’agir dans le cadre de l’attentat organisé contre Hitler[62], mais prend quand-même 25 ans d’indignité nationale. Après la guerre il a pris la direction d'une collection aux éditions de la Table Ronde (créées en 1944 et très à droite), jusqu’à ce qu’il soit aperçu en 1970 à une réunion d’Ordre Nouveau, dont il a fait partie du conseil national en 1972. Il s’est ensuite investi dans la création du Front National avec ses copains d'Ordre nouveau notamment.

Un certain Georges Duplaix, éditeur de livres pour enfants, anticommuniste et très proche ami de Pierre Bénouville[63], était à la fois très à droite et très proche des US puisqu’il était naturalisé américain depuis novembre 1940. Il est revenu en France avec sa famille en 1947, et fait alors de nombreux voyages entre Paris et New York.

livre d'or duplaix

En 1951, il a reçu l’ex Président de la République Paul Reynaud dans sa villa de Palm Beach. Duplaix entre au Council on Foreign Relations, un lobby transatlantique. Il a ensuite mis la main, avec Bénouville, sur la maison d’éditions Cocorico, grâce à de l’argent issu de fondations US. Aux Etats-Unis, il avait contribué en 1942 au lancement de la collection pour enfants des Little Golden Books[64] rachetés par Disney.

Duplaix formait, d’après ses descendantes, un véritable "trio" avec Dulles et Bénouville dans les années 40 et 50. Membre du Council on Foreign Relations (lobby atlantiste) et il recevait beaucoup d‘argent de la CIA. Duplaix était aussi impliqué dans la politique en Italie[65], était un fervent défenseur de "l’Europe", et déménageait souvent brusquement entre les Etats-Unis et la France, et certains courriers laissent penser qu’il a travaillé sur le développement de moyens de communication radio discrets dans le dos de l’EtatSa maison d’éditions, Les Petits Livres d’Or, ciblée sur les moins de 8 ans, était aussi un élément de la machine de propagande, tout en permettant probablement de faire circuler de l’argent discrètement au niveau international.

Du côté du show biz, on peut citer un certain nombre d’icônes qui ont allègrement collaboré avec les nazis mais ont bénéficié du brouhaha des années d’après-guerre pour noyer le poisson ou passer sous le tapis les faits les plus gênants. Car il faut comprendre que le spectacle a continué sous l’Occupation : les paillettes, les starlettes, les tournées, les festivals, les soirées du tout-Paris et de la jet-set n’ont pas cessé.

Au contraire : c’étaient autant d’occasions de poursuivre la propagande par le divertissement et de montrer que la via normale suivait son cours. Le cinéma et la radio, de même que les journaux, ont été utilisés pour servir les intérêts de l’Occupant. Avec pour le milieu du cinéma un traitement spécial, plus libéral, destiné à en accélérer la "décadence".

continental films 2

Goebbels, chargé de la propagande nazie, a ainsi créé à Paris dès le début de la guerre une grosse société de production, la Continental. Celle-ci était financée par des capitaux allemands et a produit une trentaine des 200 films tournés pendant l’Occupation.

Parmi les stars de ces films, certains noms sont restés longtemps en haut de l'affaire : Louis Jouvet, Michel Simon, "Danielle Darrieux, Raimu, Pierre Fresnay, Fernandel ou encore Tino Rossi, mis en scène par les grands noms de l’époque : Henri Decoin, Maurice Tourneur, Christian-Jacque, Henri-Georges Clouzot, auteurs de chefs d’œuvre du cinéma français classique tels que L’Assassinat du père Noël, la Main du Diable, L’assassin habite au 21 ou encore Le Corbeau", énonçait France culture en septembre 2017.

Dans sa thèse "La propagande par le divertissement, un masque de normalité", Cécile Méadel explique la stratégie : "D’abord, il s’agit pour l’occupant de faciliter le maintien de l’ordre en divertissant la population. Ensuite, les Allemands veulent encourager les milieux collaborationnistes en laissant croire à un avenir possible pour une Allemagne nazie. Enfin, cette politique vise « à exciter les ferments de décadence si heureusement actifs dans la société française, selon les nazis, et à fomenter la discorde en jouant sur toutes les failles »".

Sacha Guitry, par exemple, a bien travaillé sous l'Occupation: "Il produit six pièces et cinq films. On retrouve dans les journaux collaborateurs des annonces de ses conférences parisiennes sur l'âme de la nation française", lisait-on dans Le Parisien ce 23 août 2019. Il se disait ouvertement pétainiste et fréquentait les soirées mondaines, y compris à l'invitation de l'Occupant. Après avoir 60 jours de prison à la Libération pour collaboration, il a bénéficié d'un non-lieu.

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Les studios de cinéma français ont tourné à plein pendant l’Occupation, et les recettes ont été d’autant plus florissantes –notamment pour les grandes familles du cinéma, déjà bien installées- que les films anglais et américains étaient interdits.

Arletty est un cas assez emblématique de cette connivence entre le show biz et l'occupant, et aussi de l'oubli généralisé à ce sujet après la guerre. Caraujourd’hui certains disent que bon, elle a peut-être couché avec un ou deux Allemands, mais qu’il n’y a là rien de bien grave. Dans les années 20, elle a fréquenté le Tout-Paris, était la voisine de Coco Chanel (autre collabo) et sortait avec des types très riches et très collabos. Elle avait démarré dans le cinéma dans les années 30, fréquentait le pro-nazi répugnant Louis-Ferdinand Céline et a poursuivi sa carrière sous l’Occupation.

A partir de 1941 (et jusqu’en 1949) elle sortait carrément avec un officier allemand très proche de Göering, un dénommé Hans Jürgen Soehring rencontré par l’intermédiaire de la fille de Pierre Laval, alors 1er ministre de Pétain. A la Libération Arletty a été emprisonnée quelques jours, puis s'est mise au vert quelque temps et a repris sa carrière. Voilà pour la version "Wikipedia", on va dire.

2019-12-28 20_18_03-Arletty et son soldat nazi, l’histoire d’amour qui enflamma la France sous l’Occ

Mais Arletty fut un peu plus impliquée que cela dans la collaboration. En 2015, sa correspondance avec son officier de la Luftwaffe a été mise au jour. On comprend qu’ils vivaient dans le faste, organisant des soirées prisées par les "artistes", où venaient Colette, SachaGuitry, Paul Valery, Jean Cocteau… (cela rappelle ces stars si promptes à critiquer les Gilets Jaunes comme Berléand et à encenser le micron comme Arditi…). Elle a participé à des cérémonies officielles et a totalement participé à la propagande du régime.

Un article de L’Express de 2015 est assez énorme dans sa formulation de cette compromission d’Arletty : "A ce stade, évidemment, une question que l'on ne peut esquiver : Hans Jürgen Soehring était-il nazi ? Membre du Parti national-socialiste avant-guerre, il fut un magistrat allemand loyal sans être fanatique, avant d'intégrer l'aviation. Certes, sous l'Occupation, il est un des hommes de confiance de Göring à Paris - une photo montre les deux hommes montant dans une immense Mercedes… […] Après la guerre, il ne sera pas inquiété et sera même nommé consul de RFA en Angola, en 1954. Alors, nazi, ce Soehring, à la fois lecteur de Goethe et ami de Göring ?".

Coco Chanel a été plus loin, jusqu'à renseigner les nazis. Elle sortait avec un espion allemand, l'ambassadeur Hans Günther von Dinklage, alias "Spatz", et a fini par travailler pour les nazis en tant qu'agent F-7124 et sous le nom de code "Westminster". Elle menait ces activités tout en essayant d'arranger son business grâce aux lois aryennes. Etrangement, ces révélations, sont sorties dans une bio parue en 2011 aux Etats-Unis. La 58e bio sur Coco Chanel, mais la première à aller si loin dans les précisions sur son passé de collabo.

2019-12-28 20_59_08-Révélations sur la part sombre de Coco Chanel _ L'Humanité - Opera

Dinklage, l'amant de Coco Chanel, était un agent important de l'Abwehr, les renseignements de l'armée allemande, puisqu'il dirigeait depuis 1929 un réseau de renseignement basé à Toulon, selon l'auteur de cette bio, Hal Vaughan. Dans une interview à L'Obs en août 2011, celui-ci explique: "Chanel fait sa connaissance vers le milieu des années 1930. C'est quand ils deviennent amants, en 1940, que le ”moineau” embringue le ”cygne noir", selon le mot de Cocteau. D'après Vaughan, et c'est là son principal scoop, Coco mène à bien sa première mission dès 1941. ”Elle est chargée d'introduire en Espagne le Français Louis de Vaufreland, un espion au service des nazis.” En 1949, Vaufreland sera condamné à six ans de prison pour intelligence avec l'ennemi".

Elle a ensuite participé avec son agent allemand à l'opération Modelhut fin 43 - début 44, dont l'objectif était d'ouvrir discrètement des discussions de paix bilatérale entre les nazis et les anglais. Mais l'opération aurait raté.

L’épuration n’a pas été plus massive dans le cinéma que dans l’édition, la presse ou ailleurs. Les plus suspects de collaboration active ont été poursuivis et mis sur la touche pendant un temps mais sont revienus rapidement sur le devant de la scène. Comme France Actualités et Pathé-Gaumont qui ont obtenu en 1940 le monopole pour diffuser les actualités –politiquement orientées bien-sûr- dans les cinémas de la zone libre.

affiche continental films 2

Des producteurs ou réalisateurs qui s'étaient pourtant mis au service des nazis, mais ont été soutenus par le ministère de l’Information d’après-guerre[66] et ont pu contribuer à relancer 'léconomie nationale en reprenant leurs affaires.

L’épuration dans le cinéma français a "été d’emblée contrariée par des enjeux économiques, en l’occurrence la reprise de l’activité économique à la fin 1944", écrivait Claude Singer dans l’article "Les contradictions de l’épuration du cinéma français (1944-1948)". C’est terrible cette manière de faire passer si souvent l’éthique et la moralité après "l’activité économique", qui finalement sert toujours les mêmes, quel que soit le régime.

Les hauts fonctionnaires liés à l’industrie du cinéma et des serviteurs de Vichy ont poursuivi leur activité, parfois avec des promotions, toujours dans l’idée de barrer la route aux communistes. Par exemple un certain Robert Buron, secrétaire général du COIC de 1941 à 1944, a été nommé chargé de mission et conseiller technique au ministère de l’Information à la Libération, pendant qu’un dénommé Pierre Riedinger, chef de cabinet à la direction du cinéma sous l’Occupation est devenu en 44 directeur-adjoint à la Direction générale du cinéma, et qu’un dénommé Philippe Acoulon, commissaire du COIC de 42 à 44 a conservé ses fonctions, devenant conseiller du ministre de l’Information Teitgen [67].

Bref, il y a eu 500 sanctions, dont une moitié d’exclusions temporaires et une moitié de simples blâmes[68]. Quand elle a eu lieu, donc rarement, "L’épuration n’a pas été durable et elle n’a pas contribué non plus à renouveler le cinéma français", constate Claude Singer, et de poursuivre : "Sur le plan thématique, la Libération ne se traduit pas non plus par un bouleversement majeur".

 

Allemagne :

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Rapidement, un focus sur la situation en Allemagne au sortir de la guerre. En 1948, le "meilleur magazine culturel du monde", Der Monat, a été lancé à Berlin ouest par un dénommé Melvin Laski, à la demande du général Lucius Clay. Ce jeune écrivain américiain en vogue né à New-York en 1920 était aussi un soldat rattaché à l’Information Control Division qui chapeautait la presse, la radio et le théâtre en Allemagne occupée, et il a mmédiatement obtenu des fonds du gouvernement d’occupation. Lasky a aussi été un des organisateurs du Congrès pour la liberté de la culture même s'il a cherché à rester discret.

Dès le premier numéro, Der Monat, revue qui se situait au centre-gauche, a obtienu de grandes plumes. Des gens comme Sartre bien-sûr, mais aussi Arthur Koestler, Bertrand Russel y ont écrit… Le journal est vite devenu un organe de propagande anti soviétique.

Par ailleurs, plusieurs journalistes de grands médias étaient en réalité des agents du BND placés dans ces radios, télés et journaux pour diffuser la parole officielle, pro américaine, pro européenne, ultra libérale, anti sociale. Un certain Rolf Vogel, proche de Hans Globke (ex nazi, conseiller d'Adenauer et proche des renseignements, dont on a déjà parlé) bien qu'à moitié Juif, était membre du BND (les renseignements allemands), officier de réserve de l'armée allemande et en même temps journaliste au Deutsche Zeitung, a par exemple couvert le procès d’Eichmann.

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Au cours de ce procès, Vogel n'a pas fait qu'écrire des articles pour le Deutsche Zietung qui l'avait officiellement envoyé. "Selon l'historien et rédacteur du Spiegel Klaus Wiegrefe, Vogel était cependant aussi un agent du Bundesnachrichtensdienst (BND), les services secrets Ouest-Allemands, envoyé à Jérusalem en 1961 pour prendre la défense éventuelle du secrétaire d'Etat à la Chancellerie Hans Globke, qui risquait une mise en implication par Eichmann. Le journaliste joua vraisemblablement le rôle de spécialiste des questions israéliennes pour plusieurs institutions de Bonn" (le centre administratif du pays), écrit Ariane D'Angelo dans son livre "Promouvoir la RFA à l'étranger (1958-1969): L'exemple de la France". Volke a aussi beaucoup oeuvré au rappochement des relations germano-israéliennes et a été placé à la tête d'un service de rpesse allemand diffusé à l'étranger en français, anglais et espagnol.

Au Spiegel, une "grande plume" de ce grand magazine a fini par défrayer les chroniques : en 2014, un ex capitaine de la SS, Horst Mahnke, est balancé par son propre journal. Mais il y avait été fort : il avait espionné la rédaction pour le compte des services secrets, le BND, et cela pendant des années. D’ailleurs, Gehlen lui-même se vantait d’avoir "une grande influence" sur le Spiegel.

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"Membre de la SS, employé de l’Office central de la sécurité du Reich (Gestapo et SD), il a aussi participé à des exécutions de juifs et de partisans russes à Smolensk au sein du commando d’intervention B. Dans le chaos de l’après-guerre, Horst Mahnke s’en est sorti avec deux ans de prison, 400 DM d’amende et une interdiction professionnelle qu’un tribunal d’appel a fini par lever en 1950. Il a alors repris une carrière journalistique, en dirigeant pas moins que la rubrique internationale de «Der Spiegel» et en finissant sa carrière chez l’éditeur Axel Springer («Bild», «Die Welt») en tant que directeur du comité de lecture du groupe, soit l’organe chargé de décider de la ligne rédactionnelle des journaux du premier groupe de presse allemand! Dès 1961, Mahnke s’est aussi engagé à espionner ses employeurs pour le compte des services secrets extérieurs (BND). Son nom de code: «Klostermann».", lisait-on dans le quotidien Suisse la Liberté, le 11 décembre 2015.

L’éditeur de médias Axel Springer aurait quant à lui touché 7 millions de dollars de la part de la CIA au début des années 50 afin de former un énorme conglomérat très conservateur, dont faisait partie le quotidien Bild Zeitung qui a atteint 11 millions de lecteurs quotidiens [69].

Lors des grèves étudiantes de 1968, les manifestants s’en sont pris principalement à la propagande de Springer et ont cherché à bloquer la distribution de ses journaux (mais la police a été efficace pour préserver les intérêts du capital). Ce groupe est toujours hégémonique aujourd’hui en Allemagne.

Le Congrès Pour la Liberté de la Culture a aussi été très actif en Allemagne à la fin des années 60. Le responsable officieux du Congrès, basé à Cologne, était un ancien fonctionnaire de la culture sous le 3e Reich, Josef Kaspar Witsch, qui a pu publier des livres de grands auteurs US, grâce à l’aide de la CIA. Witsch, membre des SA dès 1933 et du NSDAP à partir de 1937, est donc devenu l’éditeur de la nouvelle gauche allemande, celle qui était non communiste et pro américaine, et un agent au service des intérêts américains, si ce n’est de la CIA.

propagande

Plus récemment, un célèbre journaliste allemand a révélé que des journalistes étaient encore payés ou sous influence de la CIA. Son dernier livre (il est mort à 56 ans d’une crise cardiaque en janvier 2017) paru en 2014 dénonçait la corruption des journalistes, et s’appelait "Les journalistes achetés". Mais, Udo Ulfkotte, qui en parle très bien parce qu’il a lui-même longtemps profité du système, ayant même été conseiller d’Helmut Kohl, a expliqué que ledit système avait lieu aussi en France, au Royaume-Uni, en Australie, en Israël, en Nouvelle-Zélande, et que le but était de publier de fausses informations.

Les rubriques "économie", "international" et "Europe" étaient particulièrement visées. Ulfkotte explique que ces journalistes, qu’on voit sur le terrain lors des guerres, dans des convois militaires, sont souvent des "agents non officiels sous couverture", et que lui-même en a été un. Ils désinforment le public, et informent les renseignements, allemands et US [70].

Il explique qu’au Frankfurter Allgemeine, où il travaillait, les renseignements venaient souvent à la rédaction, et écrivaient carrément des « rapports » à partir desquels il n’y avait plus qu’à faire un article, en faveur de la guerre par ci ou par là. Il expliquait dans une vidéo que ses collègues journalistes allemands « qui jour après jour écrivent contre les russes sont dans des organisations transatlantiques » (on y reviendra mais ce sont des « think thank » ou des lobbys du genre de la french American Foundation). Il ajoutait que « tous les journalistes des médias allemands réellement importants et respectés sont tous membres ou invités des grandes organisations transatlantiques »[71].


 

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Pour conclure cette partie, il faut ouvrir des perspectives. Car tous ces éléments, sur la collaboration US-fascistes, a des implications qu'il faut comprendre pour mieux démonter ce système économique et politique. On le constate chaque jour un peu plus : une minorité confisque la démocratie, grâce à de nombreux leviers plus ou moins sophistiqués. Le propose ici est de montrer que cette élite n'a pas changé, ou presque pas, depuis l'avant-guerre. 
Les mêmes restent au pouvoir quel que soit le régime. Aujourd'hui nous sommes en micronie et qui a poussé pour que l'opinion publique accepte cet individu sorti de nulle part? Qui bénéficie de ses politiques? 
Ces gens n'utilisent le concept de démocratie que pour mieux manipuler l'opinion. Mais ils servent toujours leurs intérêts, intimement liés à l'expansion de l'ultra libéralisme, c'est-à-dire quand les "entreprises" (les plus riches surtout évidemment) ont tous les droits et les citoyens, quasiment aucun. A part, j'allais oublier, ceux de voter et de respirer. 
Si nous sommes aujourd'hui dans une sorte de fosse sceptique géante de laquelle nous n'arrivons pas à sortir, c'est parce que ce système a été conçu pour être accaparé par une certaine caste tout en haut de la hiérarchie du pouvoir d'achat. L'enjeu pour les citoyens est de déconstruire beaucoup d'idées reçues au sujet de la démocratie, des institutions, de l'Etat de droit et de quelques autres notions dont on nous a rebattu les oreilles du CP jusqu'à la fin de nos études.



[1] Circulaire du ministre de l’Éducation nationale aux recteurs du 6 octobre 1944 sur l’épuration administrative dans l’enseignement.

[2] "Selon des estimations globales, environ un tiers des enseignants aurait été épuré en zone britannique, plus de 35 % en zone française, plus de 46 % en zone américaine", rapporte Corine Defrance dans son essai. Mais beaucoup de sanctions ont été limitées, et une partie a été révisée ensuite.

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[3] On lit des commentaires dithyrambiques sur ce Gaston Berger, notamment dans le livre d’un certain Antoine Livio, qui liste certaines des créations de Berger : "Que lui doit-on ? La création d’un troisième cycle d’enseignement supérieur, la réforme des études juridiques, le développement d’instituts de recherche dans les universités de province, le lancement de la promotion du travail, le plan de construction de nouvelles facultés et laboratoires, le plan pour l’augmentation progressive des professeurs". Après quoi il s’installe à l’Ecole pratique des hautes Etudes, dans une chaire de "philosophie prospective".

[4] Cf. Serge Benest, " Recomposition de l’ordre disciplinaire et analyse des faits économiques : le cas de la VIe Section et de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales", 2019.

[5] Selon le site de l’EHESS, "La création de la VIe section de l’EPHE dans le cadre du renouvellement institutionnel de l’après-guerre, avec l’aide financière de la Fondation Rockefeller, a été le fruit de la rencontre de trois hommes : Lucien Febvre, Fernand Braudel, Charles Morazé. Ce dernier a été le passeur qui mit la Fondation Rockefeller en relation avec Lucien Febvre, l’historien inventeur de l’École historique des Annales".

[6] John D Rockefeller III a participé aux discussions lors des réunions préparatoires du Conseil national de sécurité qui a formalisé en 1948 la mise en place du réseau stay-behind.

[8] Le Centre de sociologie des organisations a été créé par Michel Crozier, qui a obtenu « une bourse pour étudier les syndicats aux Etats-Unis » pendant 14 mois. De retour, il entre au CNRS (largement financé par les US également), "avec pour projet de comprendre les raisons pour lesquelles les employés n’ont pas la conscience de classe que leur suppose la théorie marxiste. Il participe, dès sa fondation, à l’Institut des sciences sociales et du travail (ISST) financé par des fonds provenant des contreparties de l’aide Marshall". En 59, Crozier est "invité par la Fondation Ford au Center for Advanced Studies in the Behavioral Sciences, à Palo Alto en Californie, et y commence la réflexion qui va le conduire à la rédaction, d’abord en anglais, puis en français (sous forme de thèse d’État) de son livre Le Phénomène bureaucratique, qu’il publie en 1964. Il y esquisse les fondements de ce qui deviendra « l’analyse stratégique des organisations". Crozier était aussi membre de l’Académie des Sciences Morales et Politiques.

[9] Cf. Serge Benest, dans "Les fondations philanthropiques américaines en France au XXe siècle", 2011.

[10] 26 mineurs grévistes ont été tués en avril 1914 à Ludlow, après que la garde nationale du Colorado ait attaqué à la mitrailleuse un campement de 1200 grévistes.

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[11] Selon l’article de Ludovic Tournès "Sciences de l’homme et politique", les fondations faisaient beaucoup dans l’humanitaire, finançant des campagnes sanitaires dès 1913 pour l'International Health Commission  de la fondation Rockefeller, alors que "Les campagnes sanitaires font […], dès le début du XXe siècle, partie intégrante de la politique étrangère américaine" Pendant la Première Guerre mondiale, l’intervention US s’est doublée de celles des œuvres humanitaires / philanthropiques, comme la Croix-Rouge US (que Wilson charge en 1914 de "coordonner l’action humanitaire en Europe" devenant ainsi "un auxiliaire de la politique étrangère américaine"), la fondation Rockefeller (qui installe une antenne à Berne dès la fin 1914), l’Armée du Salut, l’Eglise de la Science Chrétienne… Après la guerre, la Croix-Rouge mène en Europe des campagnes d’hysgiène et de suivi des enfants.

[12] Cf. Ludovic Tournès, "Sciences de l’homme et politique", 2011.

[13] Cf. Serge Benest, "Recomposition de l’ordre disciplinaire et analyse des faits économiques : le cas de la VIe Section et de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales", 2019.

[14] Parmi les recrues de la fondation Rockefeller, il y avait Charles Morazé, qui a contribué à la création de la Vie section, après avoir été repéré par la fondation Rockefeller et avoir fait un « séjour d’études » aux USA à l’été 1947.

[15] Pendant la seconde guerre mondiale, Marjolin et Monnet ont travaillé, d’abord à Londres puis carrément aux Etats-Unis, à la « reconstruction » économique de l’Europe. Marjolin était l’un de ceux qui ont tenté de faire passer l’économie pour une science exacte, rationnelle et même mathématique.

time ford

[16] La Fondation Ford, créée par le très fasciste Henri Ford, était aussi très liée aux renseignements US. Par exemple, à sa tête se sont succédé en 1952 Richard Bissel, ancien de l’OSS, puis John McCloy, ex secrétaire d’Etat adjoint à la guerre, ex président de la Banque Mondiale, ex haut-commissaire en Allemagne, puis en 1966 McGeorge Bundy, ex conseiller su de Kennedy sur la sécurité nationale.

[17] Cf. Ludovic Tournès, "Sciences de l’homme et politique", 2011.

[18] Cf. Serge Benest, dans "Les fondations philanthropiques américaines en France au XXe siècle", 2011.

[19] "Le général Béthouart écrit dans ses mémoires que les nazis les plus compromis ont été sanctionnés par des saisies pouvant atteindre 40 % de leurs biens. On leur imposait aussi une majoration d’impôts de 10 % pendant un certain nombre d’années. Ces mesures auraient été imposées à 42 000 Autrichiens dont 6 000 qui se trouvaient en zone française d’occupation. Les moins compromis (481 000 dans l’ensemble du pays et 80 000 en zone française d’occupation) étaient beaucoup moins sévèrement sanctionnés, et dans certains cas pas du tout. Un total de 72 000 agents de l’administration et des services publics aurait été révoqué par le gouvernement autrichien ", écrit Eric Dussault dans l’article "Politique culturelle et dénazification dans la zone d'occupation française en Autriche (Tyrol et Vorarlberg) et à Vienne de 1945 à 1955".

[20] Découverte en 1975 à la suite du Watergate, l’opération Mockingbird a été immédiatement arrêtée, du moins officiellement et sous ce nom.

[21] Parmi les éminentas partons de presse et journalistes qui étaient de collusion avec la CIA, il y avait, outre le très à droite Henri Luce, des gens comme Philip Graham éditeur du Washington post qui a aidé à recruter des collègues dans l’opération, ou le journaliste Joseph Aslop qui a écrit dans 300 médias différents.

[22] Un média américain d’avril 1951 mentionnait un don de 270.000$ des fondations Ford et Rockefeller pour "défendre la liberté d’expression".

[23] Par exemple François Albert-Buisson fut académicien mais surtout businessman et pharmacien: fondateur du labo Theraplix, il a été administrateur de plusieurs grosses entreprises et banques dans les années 30  (président de la Banque nationale française pour le Commerce extérieur (BNFCE) et président fondateur de la BNCI, mais surtout président du conseil d'administration de Rhône-Poulenc de 1935 à 1959). Il a été élu du cartel des Gauches, vote les pleins pouvoirs, est condamné à l’illégibilité puis finalement est considéré comme résistant, il devient "économiste" et "historien" après la guerre et entre à l’Académie Française en 55. De Gaulle lui file même la légion d’Honneur.

[24] Cf. "Ce qu’il reste de Vichy", de Jérôme Cotillon.

[25] Dans les années 30, quand sa banque, la BNC, est en difficulté, ses amis, notamment le ministre Flandin, apportent la garantie de l’Etat, ce qui évite la faillite.

[26] Un don qui avait été refusé par la Résistance, car à cette époque beaucoup tentaient de s’acheter une virginité en donnant de l’argent à la résistance non communiste. Seuls les dons anonymes étaient donc acceptés, mais pour celui de Provost, un chef de groupe proche des anti communistes comme Frenay, a accepté l’argent. Cet homme Michel Brault, a ensuite continué à travailler pour les Américains.

[27] Cf. "La non épuration en France", Annie Lacroix-Riz, p 201.

[28] Jusqu’au rachat de la filiale propriétaire des médias, Socpresse, par le groupe Dassault en 2006. Il ne reste aujourd’hui plus grand-chose du groupe Hersant, qui a eu tant de poids dans le paysage médiatique.

jeune front - Copie[29] Ce "Jeune front"  était un groupe de jeunes nazis, qui n’hésitaient pas à racketter des commerçants Juifs, et couraient après les biens qui étaient volés aux Juifs. Dans "Le Dossier Hersant", Nicolas Brimo et Anne Guérin écrivent que "Le 13 août et le 22 septembre 1940, la police parisienne ouvre deux informations pour tentatives d’extorsion de fonds contre des commerçants israélites et entend Robert Hersant. Le chef ne doit pas avoir la manière. Heureusement pour lui, le tout est classé sans suite".

[30] L’expérience Vichyste s’avèrera malheureuse : en 1943, à 23 ans, Hersant est inculpé pour "escroquerie, abus de confiance et infraction aux lois sur le rationnement et titres d’alimentation", et va en prison pour trafic de conserves et marché noir. Il a beaucoup de chance car au bout d’un mois un juge le libère en conditionnelle et l’affaire n’a jamais été jugée (cf. "Le dossier Hersant").

[31] Selon Libération du 22 avril 1996, "A la Libération, il se présente aux municipales dans l'Oise. Son étiquette de «collabo» lui vaut d'être battu à plate couture. L'accusation débouche sur une condamnation à dix ans d'indignité nationale, qui sera amnistiée en 1952". Dans "Le dossier Hersant", Nicolas Brimo et Anne Guérin expliquent que suite à sa candidature aux municipales "le 5 juin 1945, Robert Hersant est convoqué par le juge d’instruction, M. Cornet, qui l’inculpe aussitôt d’atteinte à la sûreté de l’Etat pour faits de collaboration. Le 17 juin, le chef prend le chemin de la prison de Fresnes. Il sera libéré le 16 juillet. Entre les quatre murs de sa prison, Robert hersant noue des relations. Il y a là bon nombre de patrons qui n’ont pas hésité à mettre leurs entreprises au service des nazis".

hersant berlusconi

[32] La technique d’Hersant était d’emprunter auprès de plusieurs banques, jusqu’à une quinzaine selon le Nouvel Observateur du 12 juillet 1976. Il obtenait ces prêts pour racheter des médias, grâce à la caution du gouvernement : "Prenons l'exemple du « Figaro ». Il lui fallait verser tout de suite 40 millions de francs lourds à Jean Prouvost. Il a trouvé 10 millions — comment ? — dans les journaux de son groupe, et emprunté les trente autres à une dizaine de banques, à raison de 3 millions chacune. « Une petit somme, dit Hersant, et il n'y a aucune raison de vous la refuser quand on apporte en garantie la totalité de ses propres affaires. » A plus forte raison, quand on est « recommandé » par l'Elysée et Matignon... Les banques Hervet, Worms, la B.N.P., les Banques populaires, la Société générale, Suez, etc. auraient donc prêté chacune quelques millions à Hersant pour qu'il s'empare du « Figaro »"

[34] En 1944 il est incarcéré un temps et déchu de ses mandats mais les procédures contre lui et son journal sont classées sans suite en 1945 et 1946.

[35] Amaury a été décoré de la Croix de guerre et de la Médaille de la résistance.

[36] L’OPG a mené la propagande du ministère de la famille au moins jusqu’en avril 1942.

[37] Cf. "La saga de la presse : d'Émilien Amaury à Robert Hersant", de Roger Lancry.

tour de france 1948

[38] Ex journal L’Auto, vendu à un trust allemand en 1940 et dirigé par un collabo resté en place après la guerre grâce à Emilien Amaury. Libération explique dans un article du 4 juillet 2004 : "C'est encore Amaury qui inspire le «cahier bleu», qui tiendra lieu de législation en matière de presse pour le gouvernement provisoire d'Alger. Pour Jacques Goddet, c'est un soutien de poids qui intercédera auprès de Pierre-Henri Teitgen, le ministre de l'Information. Ce dernier autorise Goddet à lancer un des trois nouveaux quotidiens sportifs en février 1946, s'il renonce au papier jaune de l'Auto, au titre Vitesse au profit de celui de l'Equipe, et... s'il s'abstient d'y signer les premiers temps".

[39] Cf. "Autour d’Irving Brown : l’AFL, le Free Trade Union Committee, le département d’Etat et la scission syndicale française", par Annie Lacroix-Riz, 1990.

[40] Il a fréquenté la mère de Marion, Yann, l’espace de quelques jours, et la famille Le Pen n'a pas voulu qu’il la reconnaisse. C’est donc le mari qui a reconnu Marion, et elle porte son nom.

[41] OTO, Hutin aurait été initié à la demande d’un certain Philippe Pissier, spécialiste de Crowley et leader d’une des branches de l’OTO en France. Il dit "Ma ligne politique est avant tout la Loi de Thélème", c’est-à-dire "fais ce que tu veux", c’est-à-dire la classique loi du plus fort chère à la droite extrême.

[42] Jacques Bergier n’était pas vraiment un vulgaire complotiste : Juif né en Ukraine en 1912, mort en 1978, il a été ingénieur chimiste, Résistant, il a collaboré avec les renseignements français et allemands, a été écrivain (notamment de science fiction) et journaliste.

[43] André François-Poncet, dont on a déjà parlé, était dès les années 20 proche à la fois de l’ Allemagne où il a été ambassadeur et du Comité des Forges dont il publiait le "Bulletin Quotidien", tout en étant un fervent défenseur de l’Europe et de la collaboration franco-allemande. A la fin de la guerre, c’est tout naturellement qu’il a été nommé haut-commissaire français en Allemagne puis ambassadeur, toujours en Allemagne. Puis "De 1955 à 1967 enfin, il occupa les charges de vice-président, puis de président de la Croix-Rouge française", résume sa bio officielle.

[44] Et ce lobbying est efficce : "En 2008, juste après l’élection de Nicolas Sarkozy, la même Académie avait déjà travaillé un rapport sur la même thématique [les programmes de sciences économiques et sociales au lycée]. Rapport qui avait fortement influencé la réforme des programmes menée en 2010 par Luc Chatel", rappelait L’Humanité du 1er février 2017. Par ailleurs, avant 2017 aucune femme n’a pu y mettre les pieds.

[45] "En septembre 1940, après avoir été pendant cinquante-trois jours ministre des communications dans le gouvernement Pétain, il est nommé ambassadeur de France à Madrid ; il n'y aide pas les résistants qui franchissent alors les Pyrénées. François Piétri ne devait quitter l'Espagne qu'en 1948, après avoir été jugé, par contumace, par la Haute Cour de justice", résumait Le Monde du 19 août 1966.

[46] Piétri a quand-même reçu 5 ans d’indignité nationale, avant de bénéficier d’une mesure de suppression de sa peine par le Conseil supérieur de la magistrature en 1950. Il a été plusieurs fois ministre dans les années 30, plutôt à gauche, et a basculé avec Vichy.

[47] Frédéric Charpier explique dans "La CIA en France" que : "La SFIO sait ce qu’elle doit au mouvement ouvrier, mais aussi à Irving Brown, qui a levé pour Le Populaire, auprès des banquiers Rothschild, 3 millions de francs".

[48] Frances Stonor Saunders, "The Cultural Cold War : The CIA and the world of arts and letters". Un livre introuvable en France.

[49] Brown a finalement été expulsé de France en 1960 par de Gaulle, pour avoir un peu trop soutenu le FLN en pleine guerre d’Algérie.

monnet spaak

[50] Arrêtons-nous sur Jean-Monnet, qui était en fait héritier d’une entreprise familiale de fabrication de cognac. Très jeune, à 16 ans, il s’est rendu aux Etats-Unis et au Canada de 1904 à 1914. Puis il a fait de la diplomatie (on le trouve à la Société des nations a à peine 30 ans) avant de retourner immédiatement dans le business. En 1933 il se refait en Chine mais la deuxième guerre perturbe ses affaires. Il s’associe avec George Munrane pour amener des capitaux vers la Chine, puis il part à New-York en 1936 et se lance notamment dans des fusions-acquisitions, avec son cabinet d‘affaires en association avec Munrane. Il représentait par exemple le groupe Solvay aux Etats-Unis, et prenait semble-t-il des commissions conséquentes.

En 1937 il créé la "Monnet and Murnane Limited" pour introduire Solvay en Chine. C’est alors qu’il défend les intérêts de Solvay aux Etats-Unis qu’il entre en contact avec John Foster Dulles, avocat d’affaires, frère d’Allen Dulles le patron de la CIA, et futur secrétaire d’Etat, qui est alors ouvertement pro-nazis. John Foster Dulles est recruté en 1934 pour conseiller le groupe. Monnet était aussi proche de la banque Worms, et de son patron pro nazi Hippolyte Worms. Il détestait de Gaulle et a été mandaté par le Département d’Etat US dès février 1943, à Alger, pour soutenir le général Giraud qui devait « libérer » la France à la place de de Gaulle (cf. "La non épuration en France", Annie Lacroix Riz, p 129).

[51] Ce programme visait à sélectionner et mettre en avant des personnalités de confiance dans les milieux de la culture. C’est à travers ce programme qu’ont émergé beaucoup d’intellectuels en vue dans les années 50, 60.

[52] "Histoire secrète du patronat de 1945 à nos jours", p72.

[53] Ce machin était pensé comme une organe on officiel de propagande psychologique à destination de l’opinion publique française, pour qu’elle ait peur du communisme et se sente protégée dans le giron américain. Pleven a mis son ami Jean-Paul David à sa tête. Les financements provenaient de Matignon, mais aussi des Etats-Unis, via l’argent du plan Marshall.

[54] Les deux se seraient rencontrés en 1924 au bord du lac Léman, parce que Pleven était membre du Groupement universitaire français pour la Société des Nations (SDN). A ce moment, Monnet venait de démissionner de la SDN, dont le siège a été installé à Genève en 1924.

non épuration en france

[55] Cf. "La non épuration en France de 1945 à 1953", par Annie Lacroix-Riz, 270-273.

[56] Lui-même l’a avoué en 2014, peu avant sa mort. Selon philippe Rochot, qui a eu accès au manuscrit posthume d’Auque, "Sans scrupule il reconnaît : “J’ai été rémunéré par les services secrets israéliens pour effectuer des opérations en Syrie, sous couvert de reportage”.

[57] Ce serait d’ailleurs la libye qui aurait versé plusieurs millions pour sa libération et celle d’un autre otage.

[58] Cf. "Officines" de Frédéric Charpier, p. 168-169.

[59] Dans un article pour La République des Lettres, Fabrice Milosevic précise : "La société des éditions Grasset est dissoute et son patrimoine confisqué à hauteur de 99%. Mais l'éditeur, qui a fait appel du jugement et continue de publier (entre autres Hervé Bazin et Jacques Laurent) saura faire jouer son réseau d'intellectuels amis et obligés. Le président de la République Vincent Auriol transforme la peine en amende. En 1953, Bernard Grasset est finalement amnistié par un Tribunal militaire qui a pris la suite de la Cour de justice".

[60] Cf. "L'édition française dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale" de Jean-Yves Mollier.

[61] Ce qui a permis d’éviter à Gallimard d’être gérée par un administrateur allemand.

[62] L’amiral SS Canaris a monté un complot en vue d’assassiner Hitler en 1943. Pétain aurait envoyé Jeantet négocier avec Canaris et les conjurés.

[63] Bénouville, très proche d’Allen Dulles depuis la guerre, est devenu résistant fin 1942 dans un groupe de droite opposé à de Gaulle, Combat, mais opposé à celui de Jean Moulin. Il est impliqué avec Henry Frenay dans l’arrestation de Moulin à Caluire. A la Libération il a aidé plein de collabos, et après la guerre il a été élu plusieurs fois député tout en conservant des liens étroits avec Dulles et la CIA.

[64] Vendus 25 cents, donc un prix très abordable, la collection a tout de suite eu un grand succès, les exemplaires étant souvent vendus à plus d’1 million d’exemplaires. Duplaix touchait 2% sur les ventes et très vite il est rentré en France. Son associé lui a alors dit que pour 2% des ventes, il ne travaillait pas beaucoup, ce à quoi Duplaix lui a répondu que s’il devait travailler pour eux il fallait lui payer un supplément.

Bénouville et dassault 1977

[65] Il aurait été, selon sa fille, impliqué avec Bénouville dans le plasticage d’une banque italienne qui abritait de l’argent des communistes vivait à Rome vers 1955-1956, et traîne avec le collabo Jacques Soustelle, que Bénouville a fait sortir illégalement de France alors qu’il était recherché. Nicole Duplaix est persuadée que l’argent avec lequel son père menait grand train de vie venait de la CIA et de son ami Allen Dulles.

[66] Claude Singer cite l’un de ces collabos, le réalisateur Marcel Lherbier, qui a tenu dès le début de l’Occupation des propos antisémites et pro-nazis, et avait même fondé en 43 l’IDHEC, la première école de cinéma, grâce à des appuis haut placés à Vichy. Il a été suspendu à la Libération mais des relations haut placées lui ont permis d’obtenir une carte professionnelle malgré les protestations du comité d’épuration.

[68] Parmi les sanctionnés cités par Claude Singer, il y avait par exemple Marcel Carné, Henri-Georges Clouzot, Jean Anouilh, Marcel Aymé, Sacha Guitry.

[69] Cf. "Virtual Government: CIA Mind Control Operations in America" d’Alex Constantine.

[70] Ulkotte explique que c’est parce qu’il a été un fidèle pion des US qu’il a pu mener une belle carrière dans un des plus grands médias allemands, le Frankfurter Allgemeine. Il savait qu’il devait défendre le point de vue américain pour continuer à bénéficier de ses privilèges (en Allemagne les journalistes ont des privilèges comme en France, pour bien les acheter).

[71] D’ailleurs, il explique que pour ferrer le poisson, les US invitent les recrues aux Etats-Unis, pour découvrir le pays tous frais payés. Ce qui fait penser au petit voyage du micron aux Etats-Unis, en 2007, grâce à une fondation appelée le German Marshall Fund, dont parle justement Ulfkotte comme étant l’un des organismes principaux de recrutement des US. A cette occasion, le micron effectuera un petit stage pour la banque Rothschild et rencontre les Kravis, un couple de milliardaires gérants d’un gros fonds d’investissement. Et en rentrant, Attali le recrute comme co-rapporteur de la commission bidon pour la pseudo libération de la croissance, un ramassis de délires ultra libéraux.

 


 

Les parties précédentes:

 

Magouilles et corruption des élites - Partie 4 : recyclage des collabos dans la politique, contrôle des syndicats - donde vamos

Aujourd'hui, place au chapitre sur les politiciens qui ont collaboré avec Vichy ou même avec les allemands, mais qui sont revenus dans le paysage après la guerre avec la bénédiction des US. Du côté des syndicats, la reprise en main s'est faite à coups de subventions et de divisions.

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Magouilles et corruption des élites - Partie 3 : recyclage des collabos dans la banque et l'industrie - donde vamos

Dans les précédentes parties, nous avons vu que les milieux financiers avaient financé l'Allemagne Nazie, qu'après la guerre les mêmes Nazis ont été choyés par les Américains, et que lorsqu'ils ont mis en place les services secrets en Europe, les US en ont profité pour y recycler plein de nazis et collabos.

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Magouilles et corruption des élites - Partie 2: Le sabotage de la dénazification - donde vamos

Les citoyens relèvent la tête, il est temps de contribuer à diffuser des outils de lecture du monde actuel. Car, si nos dirigeants nous enfoncent dans la mondialisation et l'ultra libéralisme économique et financier, ce n'est pas par pragmatisme (on l'a bien compris au vu des résultats économiques et sociaux désastreux de ces politiques), mais par idéologie.

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Magouilles et corruption des élites - Partie 1 : La 2e Guerre Mondiale, œuvre du fascisme financier - donde vamos

Les citoyens relèvent la tête, il est temps de contribuer à diffuser des outils de lecture du monde actuel. Car, si nos dirigeants nous enfoncent dans la mondialisation et l'ultra libéralisme économique et financier, ce n'est pas par pragmatisme (on l'a bien compris au vu des résultats économiques et sociaux désastreux de ces politiques), mais par idéologie.

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23 décembre 2019

Fourniret: le scénario du prédateur isolé, une fois de plus

2019-12-21 15_53_14-Disparition d'Estelle Mouzin_ l'ex-femme de Michel Fourniret entendue par la jug

L’enlèvement d’Estelle Mouzin, comme beaucoup d’autres disparitions de mineurs à l’époque, est toujours irrésolu et on n’a jamais retrouvé son corps. Aujourd’hui, les avocats du père d’Estelle Mouzin pensent que Fourniret est impliqué dans sa disparition, et une enquête est menée à ce sujet par une juge d’instruction. Bien-sûr, Fourniret garderait le statut de prédateur isolé.

 

Les réseaux pédocriminels n’existent pas, selon les autorités françaises, qui le rabâchent à chaque fois qu’on les interpelle à ce sujet. Il ne peut pas y en avoir. Comme Dutroux devra rester à jamais un prédateur isolé, bien qu’il ait été jugé et condamné avec trois complices, comme l’affaire d’Outreau est restée confinée officiellement à deux couples de faible envergure, il est évident que Fourniret doit rester lui aussi un prédateur isolé.

Il est possible qu’on cherche aujourd’hui à lui coller sur le dos des crimes qu’il n’a pas commis, et il est possible qu’il les prenne à son compte tant il a d’égo en la matière. Mais si on regarde de plus près le parcours de cet individu, les zones d’ombre sont encore nombreuses.

 

Le CV officiel de Fourniret :

Fourniret est né en 1942 dans les Ardennes françaises. Il a expliqué dans des lettres que la relation avec sa mère était incestueuse et sexuelle. Il aurait fait un tour dans les commandos de l‘armée de l’Air, notamment en Algérie, au début des années 60, avant de se marier une première fois en 63. Il a eu un fils, a acheté un terrain à Floing juste à côté de Sedan. En 66 il aurait fait une dépression et se serait mis au voyeurisme.

fourniret vieux

Il a commis sa première agression sexuelle, sur une fillette, à 24 ans. Cela lui a valu 8 mois de sursis en 1967 et un premier divorce. Il s’est ensuite installé dans l’Indre, s’est remarié en 70, et a été vivre dans les Yvelines puis à Rambouillet en 1982, et a eu trois enfants.

Entre 1977 et 1984, il a reconnu une quinzaine d’agressions d’adolescentes. Il les embarquait en voiture dans des coins isolés pour les violer. Sa femme a demandé le divorce en 1986 quand il est parti en prison. Fourniret n’a été condamné qu’en juin 1987, à 5 ans de prison, pour 11 agressions. Ce qui n'était déjà pas cher payé en 1987, mais en plus il est ressorti de prison dès le mois d’octobre 1987.

C'est ainsi que le 11 décembre 1987 il a enlevé et tué Isabelle Laville, 17 ans, dans l’Yonne. Un enlèvement commis avec l’aide de Monique Olivier qui a abordé la victime seule en voiture alors qu’elle rentrait du lycée. En 2006, Fourniret a indiqué aux enquêteurs où retrouver le corps, qu’il avait jeté au fond d’un puits. C’est officiellement son premier meurtre.

2019-12-22 15_19_48-Meurtres dans l'Yonne_ Michel Fourniret confronté à son ex-femme chez la juge -

On peut s’étonner de cette libération rapide après la série d’agressions, comme si on était pressé de le remettre dehors : il a fait 3 ans de préventive et a été libéré en conditionnelle pour "conduite exemplaire" après moins de 4 ans de prison. Et cela, alors qu’il avait écrit en avril 1984 aux magistrats pour leur dire qu’il représentait un danger.

Comme l’a expliqué l’une des victimes qu’il a enlevées et violées mais laissée sauve quand elle avait 13 ans, Dahina [1], au journaliste Michel Bouffioux : "personne n’a tenu compte de tous ces signaux alors que, dans le même dossier, une expertise psychiatrique disait pourtant bien que ce récidiviste déjà condamné pour des faits de viols dans les années 60, était quelqu’un de particulièrement dangereux!". La prison, au lieu de calmer Fourniret, a été pour lui comme un encouragement, un chèque en blanc pour poursuivre dans son délire pervers et sadique.

On note aussi que pour un premier crime, le mode opératoire semblait déjà bien rôdé, d'ailleurs il gardera le même tout au long de sa carrière. Selon Monique Olivier, Fourniret avait repéré, puis observé durant plusieurs jours sa victime. Une fois dans le véhicule, il l’a immobilisée, droguée, amenée à leur domicile pour la violer et la tuer semble-t-il dans la foulée avant de se débarrasser du corps dans la forêt. Fourniret, qui n’avait jamais tué avant de la rencontrer, du moins semble-t-il, lui avait énoncé le scénario précis de l’enlèvement avant de commettre les faits.

Fourniret et Olivier se sont rencontrés quand il était en prison, après qu’il ait demandé une correspondante dans Pelerin magazine. Leurs nombreux courriers montrent la mise en place d’une relation d’abnégation et de domination, pour satisfaire les désirs de Fourniret et sa quête de "vierges".

2019-12-22 15_34_44-Procès Fourniret _ « Où est Farida _ » - Le Point - Opera

Contrairement aux apparences, elle est plus intelligente que lui d’après les tests de QI, et les enquêteurs ont beaucoup plus de mal à la saisir que lui. Bref, lorsqu’il est sorti de prison en octobre 1987, Fourniret est venu s’installer chez elle, à Saint-Cyr-les-Colons dans l’Yonne, à 20 km d’Auxerre. Il a aussi réclamé la garde des deux enfants de Monique Olivier, et ils ont eu leur fils en 1988.

Cette année-là, Fourniret a récupéré un gros butin en tuant Farida Hammiche, compagne d’un ancien codétenu rencontré en 1987 à Fresnes, Jean-Pierre Hellegouarch, qui lui avait indiqué l’endroit où était enterré le magot. Avec ce butin (des lingots et pièces d’or et d'argent), Fourniret a acheté cash pour 1,2 million de Francs le château du Sautou dans les Ardennes, à 2 km de la frontière belge.

Il a donc tué cette femme en avril 1988 pour récupérer la totalité du magot, puis en juillet de la même année il a tué Marie-Angèle Domèce dans l’Yonne, où il passait toujours ses vacances, et puis Fabienne Leroy en août, à Mourmelon.C'est la seule qui aurait été tuée d'un tir d'arme à feu. 

A partir du moment où met sur la main sur les lingots et les pièces d'or -qu'il doit donc convertir en Francs- le tueur pervers a payé en liquide lors de ses déplacements, ce qui l'a rendu presque intraçable. Il est impossible de dire aujourd'hui où et quand a circulé cet individu, qui partait "en chasse" régulièrement durant plusieurs jours, et semblait "très occupé" à ses voisins, surtout le soir.

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Avant de racheter le château du Sautou en janvier 1989, il vivait dans une maison près de Sedan qu’il retapait, et dans le jardin de laquelle il a fait des trous, parfois à l’aide d’un tractopelle.

En mars 1989 survient le meurtre de Jeanne-Marie Desramault, enlevée à Charleville-Mézière. Toujours en 1989 il a commis une agression, une tentative d’enlèvement –s'est marié avec Monique Olivier- a enlévé et assassiné Elisabeth Brichet, dont le corps a été retrouvé enterré dans le parc du château.

Il a enlevé et tué Joanna Parish en mai 1990. Son corps a aussi été retrouvé dans une rivière le lendemain de sa disparition. En novembre 1990, il a enlevé et tué Natacha Danais.

En 1991, l’ex codétenu qui avait indiqué le lieu où le trésor du gang des Postiches était enterré, Jean-Pierre Hellegouarch, découvre que le train de vie de Fourniret est étonnant et qu’il a acheté son château. Du coup, Fourniret et Olivier déménagent en Belgique, à Sart-Custinne, tout près de la frontière. Il travaille alors… à l’école communale.

2019-12-21 21_54_06-Michel Fourniret _ pourquoi le tueur en série pense avoir tué Joanna Parrish - O

Deux ans plus tard, en 1993, leur baby-sitter disparaît. On ignore toujours son identité. Selon Le Soir du 25 mars 2008, "Dans des aveux passés en janvier 2005, Monique Olivier indiqua avoir amené chez elle jusqu’à 6 jeunes filles recrutées par petites annonces dans le Hainaut pour satisfaire les envies de son mari. L’une d’elles a échappé au sort funeste qu’aurait réservé aux autres Michel Fourniret".

Une nuit d'août 1993, il a volé des armes dans un poste de douane belge, puis en juillet 1994 il a tenté d’enlever une femme dans le parking d’un hôpital de Bruxelles et laissé traîner un sac avec l’un des flingues, et en janvier 1995 il a commis une tentative de vol et de viol contre une toiletteuse pour chiens à Namur.

En 1998, il aurait tué un représentant de commerce sur une aire d’autoroute en Bourgogne[2]. En février 2000 il a tenté d’enlever une adolescente de tout juste 18 ans à la gare de Gedinnes en Belgique, puis en mai 2000 en Belgique il a enlevé et tué Céline Saison (d’après des aveux de Monique Olivier en 2003).

Le corps de la fillette a été retrouvé dans un bois peu après, et selon Le Parisien du 20 juillet 2004, "Les gendarmes de Dinant alertent la police judiciaire de Reims sur le profil inquiétant d'un certain Michel Fourniret résidant sur leur territoire. Il faudra pourtant attendre trois ans avant que le tueur en série soit interpellé".

2019-12-22 16_32_57-Aveux de Michel Fourniret _ les fouilles dans l'Yonne «n'ont rien donné» - Le Pa

En mai 2001 il a enlevé et tué Mananya Thumpong à Sedan, son corps a été retrouvé en Belgique en mars 2002. Fourniret avait repéré Mananya quelques jours plus tôt, et avait parlé avec elle pour la mettre en confiance. Il a recommencé en juin 2003 avec l’enlèvement, qui mènera à son arrestation, d’une adolescente de 13 ans à Ciney en Belgique. La victime est parvenue à s’enfuir et à identifier le véhicule de Fourniret.

Il a été arrêté fin juin 2003, à une époque où ses anciennes condamnations avaient été effacées de son casier car anciennes. Il pouvait donc à ce moment travailler comme surveillant à l’école communale de Sart-Custinnes en remplacement, un jour par semaine, de Monique Olivier.

Pendant 16 ou 17 ans, depuis 1987, Fourniret n'avait pas été inquiété par la justice pour des affaires sexuelles. 

Après l'arrestation de Fourniret, Olivier, restée libre, a subi 120 ou 230 interrogatoires en l'espace d'un an (selon les sources), et n’a jamais rien dit même sous hypnose. Alors que pendant ce temps là, d'après des écoutes notamment au parloir [3], elle organisait la défense de Fourniret.

Mais en juin 2004, elle a tout de même fini par parler de 9 meurtres en identifiant huit victimes. Fourniret en a d’abord avoué six -les plus anciens- puis les neuf [4]. Tous les aveux de Fourniret sont en fait d’abord ceux de Monique Olivier, qu'il confirme plus ou moins par la suite. Mais, il faut le dire, il confirme de moins en moins.

2019-12-22 16_05_56-Affaires Parrish_Domèce _ qu’ont donné les fouilles sur l’ancien terrain du tueu

Début juillet 2004, des fouilles ont été organisées au château du Sautou, dès 7 h du matin. Mais c’est seulement en toute fin de journée que Fourniret a consenti à donner l'endroit exact où se trouvaient les corps de Jeanne-Marie Desrameaux (disparue en 1999 à Charleville-Mézières) et Elisabeth Brichet (disparue en 1989), quelque part vers l'entrée du parc. On ne saura donc pas si d'autres corps sont eneterrés dans ce parc de 15 hectares.

D'autres fouilles ont lieu à Sart-Custinnes, où les enquêteurs tombent dans la cave sur des chaînes fixées à trois anneaux.

En 2005 Monique Olivier a évoqué les meurtres de trois ou quatre des baby-sitters qu’ils avaient recrutées et dont certaines devaient vivre chez eux en Belgique, dans les années 90, mais elle n'a pas donné leurs noms et les investigations pour les identifier n'ont mené à rien.

C’est elle qui recrutait les jeunes femmes par petites annonces, et devait s’assurer qu’elles vivaient seules avant de les faire venir dans le piège. L'une de ces jeunes filles se serait échappée juste après qu'Olivier lui ait demandé d'avoir des relations sexuelles avec Fourniret.

Fourniret a été extradé en France en janvier 2006, pour répondre aux magistrats français. Cinq ou six semaines plus tard, l’un de ses filles, âgée de 33 ans, s'est suicidée par intoxication médicamenteuse.

lettre fourniret procès 2008

Le procès de Fourniret et Olivier a démarré le 27 mars et s’est achevé le 22 mai 2008 à Charleville-Mézières. Ils ont comparu pour 7 meurtres et la tentative d’enlèvement en Belgique qui les a amenés au trou. Ils ont pris la peine maximale avec pour lui une peine de sûreté définitive (il ne devrait donc pas sortir de prison) et de 28 ans pour elle, qui était poursuivie pour sa participation à cinq meurtres. Ils n'ont pas fait appel.

Durant le procès, Fourniret a refusé de participer aux débats et de comparaître, et a réclamé le huis clos au motif qu’il ne pouvait pas livrer tout ce qu’il pouvait dire devant tout le monde.

Il est aussi apparu, comme l’ont souligné des familles de victimes, que "Les versions de Monique Olivier et Michel Fourniret sont souvent différentes[5]. Celles-ci ont refusé le huis-clos. Jusque-là, il y avait un trou de 10 ans, du moins sur le plan judiciaire, dans le parcours criminel de Fourniret. 

Suite à des aveux de Monique Olivier, Fourniret a été entendu en 2018 (entre temps le couple a divorcé en 2010) pour deux autres crimes dans l’Yonne : ceux de Marie-Angèle Domèce et Joanna Parish.

En novembre 2018 les deux ont été jugés pour le meurtre de Farida Hammiche. Ils ont pris 20 ans de prison supplémentaires.

Et en novembre 2019 Fourniret a été mis en examen pour l’enlèvement d’Estelle Mouzin.

 

Affaire Estelle Mouzin

affaire-estelle-mouzin

Fourniret a été soupçonné d’être impliqué dans l’enlèvement et le meurtre d’Estelle Mouzin, enlevée à l'âge de 9 ans en janvier 2003, peu après son arrestation fin juin 2003.

Il a été mis hors de cause une première fois en 2007, parce que Monique Olivier a d'abord confirmé son alibi, à savoir qu’il était en Belgique à son domicile et qu'il a appelé son fils pour son anniversaire vers 20h. Il ne pouvait donc pas être au même moment ou presque, c'est-à-dire en fin de journée, occupé à kidnapper Estelle Mouzin près de Paris.

En 2010, les avocats du père d’Estelle Mouzin ont demandé l’expertise des scellés des perquisitions, pour vérifier si l’ADN d’Estelle ne s’y trouve pas. Les résultats, qui sont tombés en octobre 2013, sont négatifs. Et puis fin 2019, Monique Olivier a affirmé à la juge nouvellement en charge du dossier, Sabine Khéris, qu’en fait, c’est elle qui a appelé le fils de Fourniret, car lui n’était pas présent ce jour-là à Sart-Custinnes. D’ailleurs, il n’appelait jamais son fils et n’avait plus de contact avec lui depuis des années. Fourniret a été mis en examen pour "enlèvement et séquestration suivis de mort".

2019-12-22 21_56_14-Affaire Mouzin_ Michel Fourniret mis en examen pour enlèvement et séquestration

C'est une codétenue, spécialisée dans les escroqueries, qui aurait poussé Monique Olivier à revenir sur cet alibi, en faisant appel à son reste d'humanité. Olivier lui aurait raconté qu'elle n'était pas présente et que Fourniret l'avait enlevée à la sortie de l'école. Fourniret aurait là encore fait des repérages dans les jours précédents: "Ce 9 janvier 2003, Fourniret aurait déclaré à Monique Olivier qu'il partait "chasser", ayant repéré une petite fille. Il ne serait rentré que tard dans la nuit", précisait Le Parisien fin novembre 2019.

Par ailleurs, il possédait une camionnette blanche à cette époque, et ce type de véhicule a été signalé à Guermantes à la période de l'enlèvement d'Estelle. Le conducteur aurait même importuné une autre fillette trois semaines plus tôt. Celle-ci a réussi à lui échapper grâce à l'intervention de passants et a dressé un portrait robot qui ressemblerait à Fourniret.

Apparemment, quand il est mis en examen le 27 novembre 2019, Fourniret n'a jamais confirmé avoir enlevé ou participé à l'enlèvement d'Estelle.

Va-t-il avouer ce crime? Si oui, indiquera-t-il où est le corps? Pour l'instant, il n'a permis de retrouver que trois corps malgré des fouilles organisées un peu partout : ceux qui étaient enterrés dans le parc du Sautou et celui d'Isabelle Laville, jeté au fond d'un puits dans l'Yonne. D'autres avaient déjà été retrouvés, et il manque encore ceux de Farida Hamiche et de Marie-Angèle Domèce. 

Que racontera-t-il sur les derniers instants d'Estelle? Dira-t-il qu'elle a été tuée dans les 48 heures après son enlèvement, comme les autres?

 

Isolé ?

Parcours croisés

2019-12-22 22_09_14-Le corps d'Elisabeth Brichet a été retrouvé - DH Les Sports+ - Opera

Marie Angèle Domece et Isabelle Laville étaient parmi les victimes présumées d’un autre prédateur isolé mais longtemps passé entre les mailles du filet troué de la justice auxerroise, Emile Louis, qui opérait principalement dans l’Yonne.

D’ailleurs, Fourniret a travaillé en Belgique en même temps que Dutroux et après lui, et dans l’Yonne juste après Emile Louis [6], dont les cibles étaient les jeunes filles de la DDASS et des foyers pour handicapés.

Quant à Elisabeth Brichet, disparue à Saint-Servais en Belgique en 1989 et dont le corps a été retrouvé enterré dans le parc de son château du Sautou, Marc Dutroux a été soupçonné d’être mêlé à son enlèvement, de même que d'autres pédophiles belges car les pistes ont été assez nombreuses, notamment à l'épioque du scandale de l'affaire Dutroux et des questions sur l'existence d'un réseau pédocriminel.

L’enquête menée en Belgique sur la disparition d’Elisabeth Brichet a porté sur un certain nombre de pistes. A ce sujet, La Libre Belgique du 13 avril 2008 précise : "Elles conduiront notamment le juge d'instruction aux Canaries et à s'intéresser à un cinéaste qui se tuera en voiture peu après avoir dit aux enquêteurs namurois de la cellule Elisabeth Brichet qu'il avait des déclarations importantes à faire". Houdmont était un voisin d’Elisabeth Brichet, connaissait Nihoul et Dutroux, et était suspecté avec sa compagne d’avoir enlevé la fillette, quand il est mort dans un accident de voiture, le 25 février 1997 alors qu’il allait parler au juge d’instruction. L'enquête a conclu au suicide puisqu'on n'a relevé aucune trace de freinage[7].

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Dans les années 90, alors que les activités de Dutroux battaient leur plein jusqu'à son arrestation en 1996, on était dans la soi-disant période d'inactivité de Fourniret. Comme si les mecs se relayaient. En réalité, à cette époque, Fourniret a commis des braquages et des vols, ce qui est connu et admis. Il semble en effet que ces types soient multi-fonctions: prédateurs, trafiquants de drogue ou de voitures, braqueurs...

Ce trou de 10 ans sera comblé, n'en doutons pas. 

De plus, on sait que dans les milieux pédocriminels, les enlèvements d'enfants peuvent se faire sur commande, et que les prédateurs rôdent autour de leurs victimes avant de les enlever, ne serait-ce que pour les prendre en photo.

On sait aussi qu'aucun de ces tarés n'a jamais balancé ses clients ou ses commanditaires, car ils ont encore des gens à protéger (enfants, parents...) ou ne veulent pas mourir prématurément.

 

Le vol des armes à la douane

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En 1993, pendant la période où Fourniret est censé n'avoir rien fait, il y a un événement dans son cursus qui laisse assez perplexe. Durant le week-end du 6 -7 août, il a volé des armes dans un poste de la police de l’air et des frontières à Givet, à 15 km du château du Sautou : 6 révolvers Manhurin Magnum sont embarqués. Et une paire de menottes.

Il avait déjà commis des braquages, notamment celui d'une station service dans la Meuse, et a fait quelques mois de prison pour ça entre juin 1991 et janvier 1992.

L’une des armes du vol à la douane a été retrouvée un an plus tard lors d’une tentative d’enlèvement de Fourniret le 13 juillet 1994 dans le parking d'un hôpital de Bruxelles. Le Magnum a été retrouvé dans un sac avec les menottes, des liens, un ruban adhésif grande largeur et un slip d’enfant. Deux autres de ces armes ont été revendues à des forains et récupérées par la gendarmerie belge.

En avril 1996, Fourniret a été perquisitionné après avoir tenté de vendre d’autres Manhurins et deux sont retrouvés chez lui à Sart-Custinne. Comme c’est une commission rogatoire lancée par un procureur français qui est à l’origine de cette perquisition, des gendarmes belges devaient accompagner leurs collègues français, et parmi eux il y avait Gérard Vanesse de la gendarmerie de Namur, qui "au même moment, était en contact avec Michel Nihoul (son informateur ?) dans une opération de démantèlement d'une filière d'approvisionnement en ecstasy ; la filière du trafiquant David Walsh que Nihoul disait infiltrer", précisait un article du Soir le 6 juillet 2004.

2019-02-23 22_15_46-Nihoul fait son business - La DH

Nihoul a expliqué durant l’enquête qu’il rencardait Vanesse sur les trafics de drogue et de voitures de Dutroux et son complice Michel Lelièvre (fraîchement libéré de prison), et sur leurs voyages à l’étranger. A un moment, Nihoul a carrément accusé Vanesse de lui avoir filé les fameuses 5000 pilules d’ecstasy prises au trafiquant Walsh, pilules qui lui ont valu d’être condamné dans le procès Dutroux [8].

Depuis l'été 1995, des rendez-vous avaient eu lieu dans le cadre de ces tuyaux fournis par Nihoul. L'un d'eux s'est déroulé en septembre 1995 chez Vanesse, avec Nihoul et Lelièvre, alors que le pays recherchait An et Eefje ainsi que Julie et Mélissa.

Ces propos, diffusés dans toute la presse, ont lancé une campagne de diffamation contre le gendarme, décédé dans la foulée et prématurément[9]. Vanesse a été envoyé en prison pendant 4 jours, et a été accusé par certains -y compris dans la police- d’être le protecteur de Lelièvre, de Nihoul et Dutroux.

Le procureur belge chargé du dossier Fourniret était Michel Bourlet, qui suivait au même moment l’interminable procédure Dutroux bis, en fait l’aspect "réseau" du dossier qui avait été saucissonné. Ledit Bourlet a déclaré au sujet de Vannesse : "Quand on s'est intéressé au gendarme Vannesse, en août 1996, on a saisi toute une série de pièces. Parmi celles-ci, il y avait probablement des éléments sur Michel Nihoul (trafic d'ecstasy) et sur Michel Fourniret (trafic d'armes), mais le lien se limite à cela, une simple concordance de dates et de personnes".

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En 1998, Fourniret aurait commencé à raccorder illégalement son domicile belge à l’électricité et à gruger sur sa consommation d’eau, faits pour lesquels il a été jugé en 2005. Coup de bol : son dossier judiciaire n’étant pas arrivé à temps (il fallait le faire), Fourniret a été considéré comme primo délinquant et a pris une peine ridicule. "Le préjudice pour la compagnie d'électricité est évalué à 36 000 €, soit vingt ans de consommation moyenne pour un couple", rapportait le Parisien du 23 mars 2005, alors que l’installation a été débusquée en 2003, donc cinq ans après.

Il aurait été intéressant de savoir à quoi était destinée cette surconsommation. L’histoire ne le dit toujours pas.

Suite à son arrestation en août 2003, des perquisitions ont été menées. La fouille de sa camionnette permet de découvrir 4.000 cheveux et une trentaine d’ADN différents. Les enquêteurs retrouvent aussi, entre autres, deux des Manhurins, un Magnum, un fusil d’assaut Riot Gun, des cartouches de différents calibres et quatre téléphones portables. Il a dit à la justice avoir ce petit arsenal pour se protéger lui et sa famille. Mais se protéger de qui, puisque c’était lui le prédateur, le "chasseur" ?

Autres questions, par exemple : 

  • A quoi servait le tas de 750 à 800 kilos de sel de déneigement, ultra corrosif , qu'il stockait dans un hangar sur sa propriété de Sart-Custinne ? Selon les flics belges, ça pourrait servir à faire disparaître des corps.
  • Et avec qui communiquait-il, via ses quatre téléphones portables à cartes prépayées, lui le prédateur isolé ?
  • A qui appartenaient les 30 ADN retrouvés dans la camionnette?
  • Qui étaient tous ces amis qui venaient chez Fourniret [10]? Autre sujet tabou dont il n'est jamais question dans nos médias.
  • Pourquoi, lui qu'on dit si vantard, se prive-t-il de décrire par le menu certains des meurtres qu'on lui attribue?

 

Trous et travaux nocturnes

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En décembre 2018, des fouilles ont été organisées à Floing, cette propriété qui lui a appartenu de 1964 à 1999, qu’il a divisée en lots et sur laquelle il s’est excité des nuits entières à faire des trous et des travaux de terrassement. Ces fouilles tardives (qui faisaient suite à divers reportages) à l'aide de géoradars n’ont rien donné.

Les voisins se sont longtemps demandé pourquoi la police n’était jamais venue voir de plus près. Ils avaient vu maintes fois Fourniret creuser ici ou là à la pelle ou avec une pelleteuse. Sur un bout de ce terrain, il avait finalement coulé une dalle de béton et installé des jeux pour les enfants du lotissement. Il avait interdit à tous les voisins qui vivaient sur les lots du terrain de creuser sur cette parcelle.

"Sur place, Annick Cuchet, 65 ans, dont les parents étaient les voisins de Fourniret, a assuré à l’AFP avoir tenté d’attirer l’attention sur ce lopin de terre où les enfants du voisinage venaient régulièrement jouer. «Il creusait le soir... Il faisait des tranchées, on l’a déjà dit mais ça ne faisait pas bouger», assure-t-elle, précisant avoir finalement été interrogée dans le cadre d’une commission rogatoire «très récemment» [...]  On l’entendait faire des allers-retours, surtout le soir», a témoigné également la fille d’une autre voisine, qui préfère garder l’anonymat. «On ne savait pas trop ce qu’il faisait. Il avait l’air occupé.»", relatait le groupe Sudpresse pendant ces fouilles, le 17 décembre 2018.

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Jusqu'en 2018, personne n'était allé voir ou n'a fait de sondages à cet endroit.

On notera aussi que Fourniret, comme Dutroux d’ailleurs, avait plein de propriétés, maisons, terrains, un peu partout, et qu’il y faisait souvent des travaux. Il possédait aussi une maison à Ville-sur-Lumes dans les Ardennes en 2003, et certains se demandent s’il ne faudrait pas chercher le corps d’Estelle Mouzin de ce côté. A Clairefontaine, près de Paris, il avait deux habitations où des fouilles ont eu lieu en 2005 et en 2018.

Il est probable que Fourniret n'était pas si isolé que cela, et qu'il était même en contact avec d'autres personnes pour mener ses "chasses". Cela expliquerait pourquoi personne n'est remonté jusqu'à lui pour le vol des armes dans le poste de douane, pourquoi il est sorti si rapidement de prison en 1987, pourquoi il faisait autant de trous dans autant de propriétés, pourquoi il avait plusieurs téléphones portables, pourquoi il faisait tant d'allers-retours, ou encore pourquoi il a fallu attendre qu'il rate un enlèvement pour le retrouver. 

 

Fourniret, frère la truelle?

2019-12-23 20_37_49-France_ 30 ans après, le procès de Fourniret peut débuter - Monde - tdg

Dans le livre "Le pacte des Fourniret", les auteurs mentionnent une lettre trouvée lors d'une fouille dans la cellule du taré, en mai 2004, alors qu'il est encore entre les mains de la police belge. Ce courrier de Fournriet destiné à Monique Olivier laisse clairement penser que Fourniret était "initié" comme on dit, et il se vante même d'avoir participé au meurtre de Robert Boulin, ministre de Giscard retrouvé noyé dans 30 cm d'eau en 1979 [11].

Fourniret aurait ainsi écrit : "A l'époque où je lui laissais entendre la "punition" du père de ses enfants, je lui avais confié que dans les années 1980, j'avais attenté à la vie d'un frère d'une loge maçonnique ministre de l'Economie dont le corps fut retrouvé près de Rambouillet dans un étang, suicidé". 

Certes, quand il parle d'un "frère d'une loge maçonnique", cela n'implique pas qu'il est lui-même franc-maçon, même si ça le laisse entendre. Mais pourquoi aurait-il assassiné ce ministre s'il n'avait rien à voir avec cette loge? En tout cas s'il était déjà en maçonnerie en 1979, cela pourrait amener à comprendre sous un autre angle différents éléments du parcours de Fourniret.

Dans le livre "Le fils de l'ogre", tiré d'entretiens avec Sélim, le fils de Fourniret et Olivier, Sélim raconte que son père a toujours été très intéressé par la franc-maçonnerie, et "qu'il se vantait d'en faire partie". 

2019-12-23 19_59_30-Fourniret s’accuse du meurtre de Robert Boulin _ France Soir - Opera

France-Soir donnait la parole à la fille de Robert Boulin, qui ne croit pas au suicide mais est sceptique -on la comprend - sur l'implication de Fourniret dans l'assassinat de son père. Elle expliquait: "A moins qu’il n’ait été dans des réseaux que nous ne connaissions pas, comment expliquer que les autorités de l’époque se soient donné tant de mal pour maquiller le meurtre de mon père en suicide si Fourniret était impliqué ? Il leur aurait juste fallu l’accuser…".

Cette femme qui se bat depuis des années contre le système et l'omerta étatiques a tout à fait raison: si fourniret est impliqué, les autorités n'ont aucun intérêt à le protéger. A moins qu'il ne soit dans l'orbite ou même au coeur de certains réseaux. 

Quels réseaux? Probablement le même genre de réseau que dans l'affaire Dutroux. Réseau qui officiellement n'existe pas, rappelons-le.

Selon l'auteur du livre "Le fils de l'ogre", Oli Porri Santorro (lui-même "franc-maçon à l'époque", dit-il), Fourniret est membre de la loge des Frères unis inséparables au Grand Orient de France [12]. Dans la vidéo il explique que son livre a eu des difficultés à paraître. Il aurait eu "mentor" en loge, un dénommé Deschamps que Fourniret aurait mentionné dans ses lettres, qui aurait aussi été son "client" pour la livraison de "machines spéciales". 

Fourniret franc-maçon? En tout cas c'est tabou dans les médias français et aucun n'en parle. Tous se sont concentrés sur Robert Boulin, pas sur l'aspect "maçonnique" de la lettre de Fourniret.

Archive : Michel Fourniret membre du Grand Orient de France : Loge les Frères Unis Inséparables

 

Les victimes officielles

C’est d’abord Monique Olivier qui avoue, puis Fourniret, après des confrontations avec son ex, confirme. D’abord six meurtres, puis 10. Aujourd’hui il est question d’Estelle Mouzin.

On observe que Fourniret a été très productif quand il vivait dans l’Yonne, de 1987 à 1990. Mais, d'après l'avocat de plueirus familles de victimes, Didier Seban, Fourniret "a déclaré avoir tué deux ou trois victimes par an depuis sa libération de prison en 1987" [13].

 

Premiers meurtres avoués :

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Isabelle Laville, décembre 1987 : En juin 2006, sur les indications de Fourniret, son corps est retrouvé au fonds d’un puits à Bussy-sur-Othe dans l’Yonne. L’adolescente de 17 ans a été enlevée le 11 décembre 1987, violée et assassinée par Fourniret. Ce serait donc son premier meurtre. La mère d’Isabelle s’est immédiatement mise à la chercher, en vain.

Fourniret, qui sortait à peine de prison, et Olivier, venaient d’emménager à Saint-Cyr-les-Colons dans l’Yonne. Avant d’enlever leur proie, ils ont effectué des repérages la veille ou l’avant-veille et sont tombés sur Isabelle. Ils sont revenus pour l’enlever, et c’est Monique seule au volant qui interpelle la victime. Un peu plus loin, Fourniret attend sur le bord de la route avec un bidon d’essence et feint d’être en panne.

Ils ont drogué l’adolescente avec du Rohypnol, comme le faisaient déjà Dutroux et Emile Louis à la même époque, et l’ont amenée chez eux. Puis il l’a violée, l’a tuée par strangulation et a jeté le corps au fond d’un puits, d’après le récit du couple infernal.

L'enquête sur la disparition, qui a tout de même donné lieu à de nombreux interrogatoires et à des recherches, a été clôturée en six semaines.C'est monique olivier qui a parlé de cet meurtre la première.

 

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Fabienne Leroy, août 1988 : Elle disparaît le 3 août 1988 à 20 ans près de Châlons-en-Champagne. Fourniret et Olivier alors enceinte l’ont croisée sur la route et ils l'ont abordée en voiture en lui demandant où trouver un médecin en urgence. Fabienne est montée dans leur camionnette, puis ils l’ont emmenée en forêt, l’ont violée et tuée avec un fusil à canon scié.

Monique Olivier a expliqué : "Comme c'était un endroit situé près d'une caserne militaire, Michel a voulu faire croire que c'était un militaire qui avait tué la fille".

Le corps a été retrouvé quelques semaines plus tard dans les bois. Les deux ont avoué le meurtre en 2004 un an après leur arrestation.

 

Jeanne-Marie Desramault, 1989 : C’est aussi un des meurtres avoués rapidement par le duo. Elle a disparu à 21 ans, le 18 mars 1989, mais ne faisait pas son âge. Elle avait discuté de religion avec Fourniret dans le train à plusieurs reprises, et il lui avait finalement proposé de venir le voir au château du Sautou pour faire du baby-sitting. Elle a accepté et n’en est jamais revenue. Apparemment, elle a été amenée à Floing dans leur baraque, où elle a été tuée, puis le corps a été enterré dans le parc du château.

Des recherches ont été menées par la gendarmerie après la disparition mais cela n’avait rien donné (notamment parce que le seul indice était un pseudo, Jadot) et il avait eu un non-lieu en 1992. Son corps a été déterré à l’entrée du château en 2008.

 

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Elisabeth Brichet, 1989 : Elle a été enlevée à 12 ans, le 20 décembre 1989 en sortant de chez une copine. Là aussi le duo avait fait un repérage et avait identifié sa proie. Ils avaient leur fils encore bébé à l’arrière de la voiture et lui ont demandé de monter pour leur indiquer un médecin.

Olivier d’abord, puisFourniret ont avoué en 2004 l’enlèvement et le meurtre d’Elisabeth Brichet. Ils l’auraient emmenée à Floing dans leur maison, il l’aurait violée, étranglée et son corps a été retrouvé dans le parc du château à Donchery, où ils ne vivaient plus. Mais lors du procès en 2008, il a refusé d’expliquer les circonstances de la mort de l’enfant. Il a dit qu’il l’avait étranglée le jour même et enterrée dès le 21 décembre. Pourtant, dans d’autres déclarations, il apparaît que la fillette aurait été placée un temps dans un congélateur [14].

Dans les années 90, Dutroux a été suspecté d’être impliqué dans la disparition de la petite, dont on n’avait pas encore retrouvé le corps. La mère d’Elisabeth Brichet avait joué un rôle moteur dans les Comités Blancs et la marche blanche qui a réuni entre 300.000 et 500.000 personnes dans les rues de Bruxelles.

 

Natacha Danais, 1990 : C’est le seul crime qui est reproché à Fourniret dans la région ouest. La fillette a disparu à 13 ans, le 24 novembre 1990, en l’espace de quelques minutes, en pleine ville à René, près de Nantes. Selon Monique Olivier, elle a été tuée quelques minutes après l’enlèvement par Fourniret. Son corps est retrouvé trois jours plus tard sur une plage de Vendée. Elle a été violée et tuée avec tournevis.

Ce jour-là, Fourniret et Olivier étaient à Nantes pour un procès, suite à des dégradations commises chez l’ex de Monique quelques années plus tôt.

 

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Céline Saison, 2000 : Disparue à 18 ans, près de son lycée à Charleville-Mézières, le 16 mai 2000. Son corps a été retrouvé quelques semaines plus tard dans un bois de Sugny en Belgique.

Fourniret avoue son meurtre en 2004, en même temps que celui de Manaya Thumpong. Là encore, il l'a amenée à monter avec lui, puis l'a violée et tuée. Il a gardé ses vêtements qu'il a fait brûler. 

 

Manania Thumpong, 2001 : Agée de 13 ans, Manania a disparu dans le centre-ville de Sedan le 5 mai 2001. Son corps est retrouvé dans un bois, sous des branchanges.

Selon Monique Olivier, Fourniret avait repéré sa victime deux ou trois semaines plus tôt, et il en parlait presque tous els jours avant de passer à l'acte. Pour la mettre en confiance, il l'a fait monter une première fois dans son camion, et la seconde fois il 'la attaquée et tuée.

 

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Farida Hammiche, 1988 : C’est le seul meurtre crapuleux de Fourniret, qui a été jugé en novembre 2018. Farida Hamiche, deuxième victime officielle de Fourniret, était la compagne de Jean-Pierre hellgouarch, un ancien codétenu de Fourniret à Fresnes qui avait appris où se trouvait le butin (20 kg de lingots et pièces d'or et d’argent) dont certains disent qu’il provenait de vols commis par le gang des postiches.

Selon Hellgouarch, ce n’était pas le cas : selon des propos rapportés par le JDD du 16 novembre 2018, "l'or appartenait à Gian Luigi Esposito, un braqueur italien proche des milieux d'extrême droite rencontré en détention et qui lui avait confié le lieu de la cache. "Mais ça pouvait être de l'argent provenant d'un groupe politique". Une piste intéressante qui rappelle l’affaire du gang des Lyonnais, par exemple, ou les propos tenus récemment par Gérard Fauré, ex dealer de Chirac notamment, au sujet de braquages commis pour alimenter des caisses politiques.

Hellgouarch avait expliqué son histoire de magot et où le trouver à sa compagne et à Fourniret, qui devaient y aller ensemble et se partager le magot. Mais quelque temps après, Fourniret a décidé de récupérer la totalité et a tué Farida Hamiche.

Le duo n’a pas indiqué l’endroit où le corps a été enterré.

 

Meurtres avoués en 2018 :

2019-12-22 16_26_54-Affaire Fourniret _ les fouilles suite aux indications de Monique Olivier n'ont

Marie-Angèle Domèce, juillet 1988 : Fourniret n’a avoué son meurtre qu’en 2018. Agée de 18 ans, elle avait une légère déficience mentale. Elle a disparu dans l’Yonne le 8 juillet 1988, alors qu’elle était pensionnaire du foyer Leclerc de Fourolles, un lieu autour duquel Fourniret traînait depuis un moment. 

Elle devait rentrer en train chez sa nourrice à Auxerre, où elle avait été placée par les services sociaux à l’âge de 6 mois. La nourrice a prévenu immédiatement le foyer et la DDASS du coin, et l’affaire a été close par un non-lieu dès février 1989. Comme ce fut le cas pour les dossiers similaires survenus dans le coin à cette époque.

Emile Louis a été soupçonné de cette disparition mais en 1988 il vivait déjà dans le sud de la France. Puis Olivier a évoqué l'implication de Fourniret en 2005, et il a été mis en examen en 2008. 

Cependant, alors qu’il aime bien laisser planer le doute ou confirmer des meurtres notamment celui d’Isabelle Laville commis dans l’Yonne, il a d’abord nié énergiquement ceux de Marie-Angèle Domèce et de Joanna Parrish, et lui qui aime tant décrire mécaniquement ses prouesses de tarés refuse toujours d’aborder les circonstances.

Malgré des explications de Monique Olivier et des fouilles du côté de Saint-Cyr-les-Colons fin 2018, on n'a toujours pas retrouvé le corps.

 

2019-12-21 21_54_06-Michel Fourniret _ pourquoi le tueur en série pense avoir tué Joanna Parrish - O

Joanna Parish, 1990 : Cette jeune anglaise a disparu le 16 mai dans l’Yonne en 1990, son corps nu a été retrouvé le lendemain 17 mai par un pêcheur, dans l’Yonne. "Une première autopsie constate que le cadavre portait des traces de strangulation, des marques de liens aux chevilles et aux poignets et des ecchymoses sur le corps. Le rapport précise que Joanna Parrish est " morte par asphyxie, mercredi, entre 23 et 24 heures"", selon l’Yonne Républicaine du 25 septembre 2018. Selon ce rapport d’autopsie, le corps n’avait séjourné que deux heures dans l’eau et la jeune femme avait été violée. Des témoins avaient vu un couple circuler sur la berge ce matin-là.

Elle enseignait comme assistante d’anglais dans un lycée situé à 100 mètres du foyer où étudiait et résidait Marie-Angèle Domèce deux ans plus tôt. Elle avait placé des petites annonces pour donner des cours d’anglais et a disparu après avoir rendez-vous avec un type qui l’avait sollicitée pour des cours pour son fils.

La famille a pris comme avocats Didier Seban et Corinne Hermann, qui ont en 2004 "demandé des vérifications. Notamment à partir des traces d'ADN inconnu qui ont été retrouvées près du corps de la jeune fille[15]. On ignore si ces traces d’ADN correspondent à celles de Fourniret ou Olivier.

Celle-ci a commencé à évoquer le meurtre en février 2005. Le Monde du 17 février 2005 rapporte : "Monique Olivier a également confié aux enquêteurs que, lors d'un déménagement en 1990 entre l'Yonne et les Ardennes, où les époux habitaient, Fourniret l'avait forcée à l'accompagner dans son véhicule afin d'enlever une jeune fille près de la gare routière d'Auxerre. La victime aurait été violée, étranglée puis jetée dans l'Yonne, pieds et poings liés, selon Mme Olivier".

Olivier a évoqué ce meurtre en 2005, mais le dossier n’est pas joint au procès de 2008 même si Fourniret a été mis en examen en 2008 pour les meurtres de Joanna Parrish et Marie-Angèle Domece. Fourniret a reconnu son meurtre en février 2018 à plusieurs reprises mais n’a pas décrit les circonstances. Il y a eu une nouvelle confrontation avec Olivier en novembre 2018, mais il a dit ne pas se rappeler de ce meurtre ni des circonstances.

Un procès devrait avoir lieu en 2020 pour ces deux assassinats.

 

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Les spécialistes de tueurs en série s’extasient presque devant Fourniret qui saurait "imiter les signatures" d’autres tueurs (pas encore arrêtés au moment où il commet ses crimes), suivant les régions où il se trouve, pour détourner les soupçons. L'explication semble un peu courte. On observe que dans ce dossier, l'ADN ne fait pas tout, les preuves scientifiques manquent, et on n'a pour l'instant retrouvé que trois corps grâce aux indications d'Olivier et Fourniret.

On n'a pas encore tout appris sur cette histoire, sur laquelle les médias se montrent moutonniers et ne débordent pas de la communication judiciaire. Mais il est probable que d'autres choses sortiront dans les années à venir, notamment sur les connexions que Fourniret a pu avoir d'un côté ou de l'autre de la frontière.

Le parcours de Fourniret est intéressant, car dans divers dossiers, admis ou non comme des "réseaux pédocriminels", les connexions sont fortes entre la Belgique et le nord de la France. On sait qu'un dutroux venait souvent dans le sud, par exemple, ou que plusieurs enfants d'Outreau ont parlé de voyages en Belgique, où ils ont subi des violences. 

Il n'est pas inimaginable de penser que Fourniret cachera des choses jusqu'à la tombe, pour protéger sa descendance. Le suicide de sa fille, sans lettre de suicide, a-t-il été pris comme un avertissement, alors qu'il mettait à peine les pieds en france? 

On pourrait peut-être mieux accepter la thèse du prédateur isolé si toutes les pistes indiquant l'inverse n'étaient pas systématiquement mises de côté.

 


[1] Dahina a porté plainte pour viol mais a été reconnue victime, et Fourniret jugé coupable, pour "attentat à la pudeur avec violence".

[2] Cela, parce qu’il avait besoin d’argent, a-t-il dit lors d’une audition en 2004.

[3] Y compris au "parloir intime", c'est-à-dire les visites dans une cellule spéciale, aménagée pour les rapports "intimes", qui est souvent équipé de micros. Le couple y parlait avec le son à fond et en langage codé

[4] Il reconnaît durant l’été 2004 les meurtres d’Isabelle Laville, Fabienne Leroy, Jeanne-Marie Desramault, Elisabeth Brichet, Natacha Danais, Farida Hamiche, Céline Saison, Manyana Thumpong, et un représentant de commerce qui a survécu à une attaque sur une aire d’autoroute.

[5] Cf. L’Obs, 15 avril 2008.

[6] Emile louis a été incarcéré en 1981 et est parti vivre à Draguignan en 1984. Fourniret est arrivé dans la région en octobre 1987 et a fréquenté la région régulièrement même lorsqu’il vivait au Sautou, car il y revenait pour les "vacances". Quant à Claude Dunant, autre tortionnaire actif à l'époque dans l'Yonne, il a été arrêté en 1984. Dutroux a fait un tour en prison à la fin des années 80 pour l'enlèvement et le viol de 5 adolescentes, il avait pris 13 ans et demi de prison, Martin 5, et les deux ont eu des libérations anticipées.  

[7] Cf. "30 témoins morts" de Douglas De Coninck.

[8] Nihoul n’a été condamné dans l’affaire Dutroux que pour avoir reçu des pilules d’XTC, dont la justice dit ignorer pourquoi elles étaient entre ses mains. Elles lui ont été remises le lendemain de l'enlèvement de Laetitia Delhez.

[9] Vanesse serait tombé dans sa cuisine le 16 novembre 1997 et aurait ensuite fait un AVC, en plein pendant le scandale de l’affaire Dutroux, au cours de laquelle une trentaine de témoins sont morts brusquement.

[10] C'est ce qu'a raconté Selim, le fils des Fourniret,à l'auteur du livre "L'ogre des Ardennes". En belgique, ils recevaient des "gaillards du coin" selon Sélim, et ils allaient aussi voir des gens en France.

[11] Robert Boulin a été déclaré offciellement suicidé par ingestion de médicaments. L'autopsie a été bidonnée, de même que toute la procédure, par des francs maçons membres du SAC comme le procureur Chalret, comme par hasard chargé de l'affaire dès le départ. Le SAC était le "servcie d'ordre" du gaullisme, impliqué dans tellement de magouilles que Mitterrand y a mis fin en 82.

[12] Cette loge existerait depuis le début du XIXe siècle et même, par filiation, de la fin du XVIIIe, et a encore un site web. A la fin du XIXe, selon "La franc-maçonnerie parisienne (1852-1870)" de Laurence Grégoire, "Le soutien à l’enfance se retrouve ainsi régulièrement dans les préoccupations des loges par des aides nombreuses accordées aux orphelins. On peut souligner dans ce domaine, par exemple, les efforts accomplis par la loge des « Frères Unis Inséparables »."

[13] Cf. "Le fils de l'ogre. Enquête dans le cerveau du tueur en série Michel Fourniret", d' Oli Porri Santoro.

[14] Officiellement elle ne serait restée dans le congélateur que quelques heures, puisqu’elle aurait été enterrée dès le lendemain. Mais on se demande pourquoi Fourniret aurait placé le corps dans ce congélateur s’il n’avait pas besoin de le conserver plusieurs jours au moins.

[15] Cf. Libération, 27 juillet 2004.

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11 novembre 2019

Magouilles et corruption des élites - Partie 4 : recyclage des collabos dans la politique, contrôle des syndicats

gilets jaunes sud - Copie

Aujourd'hui, place au chapitre sur les politiciens qui ont collaboré avec Vichy ou même avec les allemands, mais qui sont revenus dans le paysage après la guerre avec la bénédiction des US. Du côté des syndicats, la reprise en main s'est faite à coups de subventions et de divisions.

L'objectif dans les deux cas était le même: réduire la puissance des communistes. Et ensuite, imposer l'American Way of Life, le modèle américain...

 

Pour s'y retrouver dans ce dossier, voici le plan:

1. La 2e Guerre Mondiale, oeuvre du fascisme financier.

2. Le sabotage de la dénazification.

3. Recyclage des Nazis et Collabos dans les nouvelles structures: 

     1) Les services sercets

     2) La banque et l'industrie

     3) La politique et les syndicats

     4) L'enseignement supérieur

     5) Les médias et la culture

     6) La justice

 

Afin d’avoir la main sur le syndicalisme international et de contrer le syndicalisme de la mouvance communiste, les US ont organisé dès l’après-guerre une "confédération internationale" des syndicats appelée l’International Confederation of Free Trade Unions, dirigée par des pions de la CIA. L’antenne US, l’American Federation of Labour était donc une filiale de la CIA.

Dès 1943, les alliés se sont appuyés sur différents syndicats exilés à Londres, dans le cadre de la préparation du débarquement. Ces contacts ont perduré après la guerre, permettant certaines manipulations du monde syndical un peu partout en Europe de l’ouest.

En 1943, il est devenu clair pour les US, que l’ennemi numéro 1 était le communisme. Les nazis et autres collabos apparaissaient alors comme de précieux alliés pour l’impérialisme financier US.

 

Allemagne :

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En Allemagne aussi, la "dénazification" a été un flop. Il faut dire qu’elle n’a pas duré très longtemps : le parti libéral, où de nombreux nazis s’étaient retrouvés après la guerre, a réclamé dès 1949 la fin de la "dénazification", qui sera votée dès 1951 par les parlementaires. Et en 1948, des lois d’amnistie ont mis fin à la plupart des poursuites.

Dans les années 60, un débat a été lancé au Parlement allemand pour amnistier l’ensemble des crimes commis avant 1945 [1]. En 1979, la conclusion de ce débat a été, fort heureusement, une déclaration d‘imprescriptibilité pour les crimes commis sous le régime nazi.

"Comme on sait, les instances créées par les Alliés (chambres de dénazification instaurées en mars 1946 par les Américains et en 1947 par les Français et les Britanniques) avaient à charge de classer la population selon cinq grandes catégories : les « principaux coupables » (Hauptschuldige), les individus « compromis » (Belastete), les individus « peu compromis » (Minderbelastete), les « suiveurs » (Mitläufer) et les individus « exonérés » (Entlastete). Or, selon l’expression désormais consacrée de Lutz Niethammer, les chambres de dénazification sont devenues une gigantesque « fabrique de suiveurs » (Mitläuferfabrik)? : d’après un bilan établi en 1949-1950, ces chambres ont en effet classé moins de 3 % des individus ayant comparu (sur un total de 950 000 individus en zone américaine, de 670 000 en zone française et de 2 millions en zone britannique) dans les deux principales catégories de coupables, alors que la catégorie des « suiveurs » rassemble 51 % des cas traités en zone américaine, 45 % en zone française et 11 % en zone britannique (où près de 60 % des individus sont « exonérés »)?", écrit Marie-Bénédicte Vincent dans son article "De la dénazification à la réintégration des fonctionnaires" paru dans la très bonne revue "Vingtième Siècle. Revue d’Histoire".

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Et de résumer ainsi les choses : "Ainsi, la dénazification s’est transformée en un processus de réhabilitation, qui facilite la réintégration des agents initialement évincés, en particulier dans les administrations". Le fait de permettre à ces nazis de continuer leur carrière dans la fonction publique, y compris la haute fonction publique, permettait d’assurer une continuité dans le traitement des affaires. Et on sait bien que les élites ont très peur du changement.

Laisser ces sbires du pouvoir en place était une garantie que lesdites affaires pourraient continuer tranquillement, d’autant plus que la campagne anti-communiste éloignait une partie des masses de cette potentielle alternative à l’ultra libéralisme.

On a certes un peu fait mine de punir quelques nazis patentés, mais l'épisode a été bref : "39 000 fonctionnaires ayant perdu leur poste du fait de la dénazification sont réintégrés jusqu’en mars 1953", précise encore Marie-Bénédicte Vincent. Pourtant, la presse de droite (et même très à droite) évoque encore la pseudo épuration politique en Allemagne comme un chapitre des "plus douloureux […] pour beaucoup d’Allemands". Aucune source précise n’est citée, évidemment. Nous sommes censés les croire sur parole.

Ne soyons pas hypocrites, il s’est passé exactement la même chose en France, en Belgique, aux Pays-Bas et ailleurs en Europe de l’Ouest. En Espagne, cette épuration n'a même jamais eu lieu.

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Le premier chancelier allemand après la guerre était Konrad Adenauer, qui avait des sympathies nazies dès le début des années 30, s’est montré très favorable à l’annexion de l’Autriche en 1938, mais serait ensuite devenu un opposant à Hitler. En tout cas, les US avaient choisi ce membre de la CDU, le parti des "démocrates chrétiens", depuis un moment.

Dans son gouvernement, il y avait plusieurs nazis, comme Hans Globke qui était le chef de cabinet d’Adenauer [2] tout en étant membre de l’organisation Gehlen, selon des documents déclassifiés de la CIA (p. 420). Globke, qui était un haut fonctionnaire du ministère de la Justice sous les nazis, avait contribué aux lois raciales et au "code Juif" appliqué en Slovaquie, et était semble-t-il le supérieur d’Eichmann.

D’après une étude officielle de 2016, plus de 76% des politiques et hauts fonctionnaires Ouest-Allemands d’après 1945 étaient d’anciens Nazis. Il s’agit donc d’un phénomène endémique, pour ne pas dire systémique. Plusieurs ministères, dont ceux de la justice, de l’Intérieur et de l’Economie, étaient particulièrement vérolés, ce qui était bien pratique pour éviter les ennuis.

Bref, le programme de dénazification du pays a été limité [3] et très vite abandonné (dès 1949). Et à partir des années 50 on observe "la réapparition aux postes de commande de l’appareil d’Etat, de l’armée et de l’économie, de tous ceux qui en avaient été éloignés dans les premières années de l’après-guerre pour s’être compromis avec le régime hitlérien", écrivait Frédéric Laurent dans "L’orchestre Noir". D’autres comme Nicolas Lebourg, s’attachent à affirmer qu’il n’y a pas vraiment d’internationale nazie.

Même sans être forcément nazis, les politiques allemands étaient triés sur le volet comme ailleurs en Europe. Le Parti Socialiste était autant sous contrôle que les chrétiens démocrates. Par exemple un éminent banquier, Karl Otto Pohl, a rejoint le SPD (socialistes) en 1948 et est devenu le conseiller économique de Willy Brandt, dans la plus parfaite rigueur économique tout en étant très favorable à l’industrie et à la finance.

Il a été nommé vice-président de la banque centrale, la Bundesbank, en 1977, sur recommandation du chancelier. Il en est devenu le président en 1980 et s’est mis à défendre tous les délires européens : union économique et monétaire, banque centrale européenne calquée sur le modèle de la Bundesbank évidemment, règles de déficit (les fameux 3% qui empêchent toute action). En même temps, Pohl, qui n’a quitté la Bundesbank qu’en 1991, était partenaire de Oppenheim Jr & Cie qui faisait partie du groupe Carlyle très proche de la CIA, consultant du Thirty Group, administrateur de Royal Oil, Volkswagen, Unilever, Rolls-Royce et d’autres, et a été présent à des réunions du Bilderberg (1982, 1991 a minima). Au début des années 2002, il est entré au conseil d’administration du groupe US Carlyle.

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En 1992, Pöhl, obsédé par la stabilité des prix et des monnaies, a fait une conférence à Washington, intitulée "Un nouvel ordre monétaire pour l’Europe". C’était l’année où les français et d’autres peuples européens ont voté en faveur du traité de Maastricht qui devait instaurer l’euro quelques années plus tard. Il appelait à la "libéralisation intégrale des mouvements de capitaux", à "la pleine intégration des marchés bancaires et financiers", à créer une monnaie unique, ou encore à intégrer les pays d’Europe de l’Est dans l’Europe.

Les américains qui avaient de nombreuses participations dans l’industrie allemande, ont fait pression pour limiter le pouvoir des "conseils d’entreprise", ces représentations des salariés qui pouvaient participer à la gestion des entreprises. "Ni les dirigeants américains des entreprises concernées, ni les autorités américaines d’occupation ne manifestèrent de l’enthousiasme pour la chose. Ils préféraient de loin le modèle industriel des nazis avec lequel, dans une entreprise - tout comme dans le parti ou l’État nazis-, le directeur jouait le rôle de Führer (…)", explique Jacques Pauwels dans "Big Business avec Hitler".

Pour garder la main, ils ont donc éliminé les représentants des salariés trop à gauche, communistes ou anti fascistes, ce qui a été fait d’autant plus rapidement que dans le patronat non plus, la dénazification n’avait pas été des plus efficaces. Le patron de l’usine Ford de Cologne pendant la guerre, par exemple, un certain Robert Schmidt, est resté directeur de Ford Allemagne jusqu’à sa mort en 1962.

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En matière syndicale, la stratégie adoptée en Allemagne a été l’inverse de celle qui a été appliquée en France. Au lieu de diviser et d’affaiblir les syndicats, on les a renforcés en les rendant incontournables, comme en Belgique. Dans ces pays, il faut adhérer à un syndicat pour percevoir le chômage ou la retraite. En Allemagne, les syndicats sont aussi historiquement très coopératifs avec le patronat : "Les intérêts patronal et syndical se rejoignent dans la nécessité de discipliner le monde ouvrier pour éviter les déboires (grèves sauvages ou mal suivies)", résume Gilles Leroux dans l’article "Syndicats et patronat".

Après la guerre, il a surtout été question de concentrer les syndicats allemands, en regroupant tout le monde par branche. Au départ, ce sont les Alliés présents dans l’Allemagne occupée qui ont "négocié" entre eux la forme d’organisation syndicale Outre-Rhin. Et au départ, ils n'étaient pas franchement revendicatifs, les premières demandes salariales et sur les conditions de travail n'intervenant qu'après 1955.

Mais ce sont les US, via l’AFL, qui ont eu le dernier mot.  Par ailleurs, la plupart des syndicats étaient depuis le début des années 50 très proches du SPD, le parti "social démocrate" allemand. Comme en France, l’AFL-CIO, le syndicat international piloté par les Etats-Unis et des pions de la CIA, a manœuvré pour rebâtir le syndicalisme d’après-guerre, de manière à réduire au maximum l’influence communiste.

Les syndicats allemands, autour de la Confédération allemande des syndicats, la DGB, ont aussi été traditionnellement favorables à l'Europe, qui signifiait de plus gros marchés. C'est ainsi qu'ils ont joué un rôle clé dans la structuration du sydncialisme européen d'après-guerre.

Dans les années 2000, les allemands se sont un petit peu rebellés contre cette ingérence permanente des US dans les affaires intérieures. Gerhard Schröder a agité l’argument anti aéricain pour se faire réélire, les médias ont sorti quelques Unes peu sympathiques envers les US, et les relations se sont tendues avec Bush Junior. Mais en 2012, la DGB allemande palait encore de lancer un "Plan marshall pour l'Europe" pour relancer l’investissement, la croissance et l’emploi, c'est-à-dire un discours qui est chez nlous tenu par le Medef...

 

France :

Libération

En France, l’épuration a un peu fonctionné après la guerre, grâce aux communistes, mais les fascistes et nazis étaient encore fort nombreux, pas du tout repentants, et toujours désireux de prendre le pouvoir. Selon les derniers chiffres qui circulent, il y aurait eu 124.000 à 132.000 personnes jugées [4] pour divers crimes liés à la Collaboration, dont 791 peines de mort et environs 50.000 "dégradations nationales", ce qui est, il faut bien le dire, très peu en comparaison de l’ampleur des crimes commis.

Il y aurait eu également, selon les chiffres donnés par les préfectures, autour de 9.000 exécutions sommaires (d’autres comme Raymond Aron parlaient de 30.000 ou même 40.000 tués, histoire de faire bien peur à cette frange de la population qui avait des choses à se reprocher). Et un peu moins de 200 condamnations pour collaboration économique, ce qui pour le coup est incroyablement peu. Pourtant, après la guerre la Sûreté Nationale a listé plus de 100.000 membres dans les "partis antinationaux" (les groupuscules français pro-Allemagne) durant la guerre. Et ceux-là ne sont que les encartés [5].

Annie Lacroix-Riz, dans son dernier livre "La non épuration en France de 1943 aux années 50", explique que dès 1942, les Américains ont demandé à de Gaulle que l'épuration soit la plus minimaliste possible, que la quasi-totalité des cadres de Vichy soient laissés en place. A Alger, la Commission d’épuration qui a été créée en 1943 a été totalement empêchée d’agir. A tel point que juste après l’annonce de la fin de ses travaux, les membres de la commission se sont inquiétés : "il ne se passe pas de jour, que la Commission d’épuration n’apprenne incidemment que des fonctionnaires qui lui sont déférés, sont ou vont être promus à des fonctions qui constituent autant d’avancement ou qu’ils vont partir en mission pour représenter à l’étranger le Comité français de la Libération nationale"[6].

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Les US, amenés à nous "libérer", détestaient de Gaulle et il était loin de représenter leur première option dans le cadre de ce qu’ils avaient déjà conçu comme l’American Military Governement of Occupied Territories (le gouvernement militaire américain des territoires occupés).

"Washington, qui s’entendait fort bien avec Vichy, ferait affaire avec son haut personnel militaire et civil en poste de l’empire. Ces gens, informés des intentions américaines depuis l’installation, en décembre 1940, du représentant du Département d’Etat Murphy à Alger, avaient à des dates diverses noué contact avec le diplomate", écrit Annie Lacroix-Riz. En 1940 et 1942 ce sont d’abord le maréchal Weygand, puis l’amiral Darlan qui ont eu leurs faveurs, mais le deal fut de courte durée car ce dernier il a été assassiné en décembre 1942 par un Résistant (ce qui a probablement influe sur le cours des choses). Ce sont ces généraux qui ont permis aux US de s’installer tranquillement en Afrique du Nord, principalement à Alger, pendant la guerre.

Même Pierre Laval, ex premier ministre de Pétain, banquier, homme d’affaires et homme de la synarchie, était en contact direct avec les Américains, et cela jusqu’à l’été 1944, c'est-à-dire au débarquement.

Si Laval a été exécuté à la Libération, son directeur de cabinet Jean Jardin, tout aussi acharné que lui à persécuter les Juifs et les opposants (il a demandé et obtenu la Francisque en 42), a poursuivi sa carrière après un exil en Suisse [7]. Grâce à ses appuis dans les milieux financiers et patronaux, et aussi parce qu’il a détruit de nombreux documents avant la défaite de l’Allemagne, il a totalement évité les ennuis après la guerre. Cet ex d’Ordre Nouveau proche de la synarchie[8] dans les années 30 est ainsi devenu conseiller officieux du CNFP (l’ex Medef), de grandes entreprises, ainsi que de politiques comme l’ultralibéral fan d’Europe et membre du Bilderberg Antoine Pinay, à qui il permet d’entrer dans le premier gouvernement de la Ve République [9]. Il a aussi contribué au financement de la carrière d’un autre collabo bien connu : Mitterrand.

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On notera que, si Jean Jardin bénéficie d’une très bonne presse en France, son petit-fils Alexandre Jardin le décrit comme un vrai connard, et pense qu’il était impliqué dans la rafle du Vel d’Hiv (apparemment, le grand-père, qui suivait les manœuvres de près, était agacé que seulement 13.000 personnes aient été embarquées, au lieu des 25.000 escomptées). Un article de 20 Minutes de mai 2011 mentionne un document "immatriculé AN, 3W 358, 2, [qui] révèle que Sokolowski, grand ami de Jean Jardin jusqu'à sa mort en 1976, une sorte de «bon tonton» pour Alexandre, était en fait un agent nazi chargé d'espionner Laval".

Dès le 26 août 1944, une loi est publiée pour qualifier l’indignité nationale de simple "état" et non plus de crime, avec une "peine" réduite à "la dégradation nationale" qui consistait en une privation temporaire des droits civiques. Cela a fonctionné pour tous ceux qui avaient adhéré, sans trop s’agiter, à des partis collaborationnistes, voté les pleins pouvoirs à Pétain, ou participé aux diverses activités du régime vichyste.

Bref, l’objectif était de ne rien changer, et si changement il devait y avoir, celui-ci devait être minimal. Les US avaient prévu de ne changer que le minimum des cadres de Vichy. En septembre 1942 une directive de Roosevelt précisait encore que "aucun changement dans les administrations civiles françaises n’est envisagé par les Etats-Unis". Tous ceux qui avaient collaboré avec les US, qu’ils aient commis ou non des meurtres de Juifs et de Résistants, devaient passer à travers les mailles du filet. En 1943, de Gaulle assurait aux US qu’il allait "établir l’ordre en France quand le territoire serait libéré", cela pour "empêcher les communistes de prendre le pouvoir" [10].

L’historien et journaliste Eric Branca dans son livre "L’ami américain. Washington contre De Gaulle 1940-1969", précise qu’à la fin mai 1944, le Département d’Etat US "a adressé via Madrid à l’ancien président du Sénat, Jules Jenneney, et à son homologue de l’Assemblée nationale, Edouard Herriot, un questionnaire secret destiné à connaître leur disponibilité …. Et à savoir, entre autres, s’ils étaient prêts à s’opposer, avec l’aide des Américains, à l’établissement d’une ‘dictature’". Pour eux, la "dictature", c’était potentiellement de Gaulle.

Quelques milliers d’arrestations de collabos ont malgré tout été réalisées, mais plus de 3.000 ont été rapidement libérés sans aucune enquête ni procédure. Annie Lacroix-Riz rapporte les propos d’un membre de la commission de sûreté chargée de l’épuration, qui avait déclaré en 44 que "des libérations seraient obtenues moyennant une dîme assez élevée : les ‘cours’ s’établiraient entre 200.000 F et 1 million". Cette commission de sûreté a été empêchée de travailler, de mener des enquêtes, de condamner ceux qui devaient l’être.

 

Les Collabos de la Ve République

Bref, les Collabos n’ont pas été punis, ou si peu. A l’Assemblée, une bonne partie des parlementaires qui avaient voté les pleins pouvoirs à Pétain étaient de nouveau là dans les années 50 [11].

Quartier Libre - Annie Lacroix Riz

 

Certaines régions, comme l’Alsace et la Lorraine, ont même quasiment échappé à toute épuration. Dans "La non épuration en France", Annie Lacroix-Riz écrit : "La précocité du pardon octroyé aux Alsaciens-Lorrains les plus germanophiles, de la gauche anti-communiste à la droite, exclut la ‘Guerre froide’ des motifs de l’amnistie de 1953 des participants français au massacre d’Oradour-sur-Glane".

Nombre d’anciens collabos, fascistes, nazis etc. ont ainsi pu revenir dans des partis politiques, dans la fonction publique, y compris la police, les renseignements et la justice, et dans l’économie.

Par exemple :

François Mitterrand

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Il a été fasciste dès 1934, quand il a rejoint les Volontaires Nationaux du Colonel La Rocque (instigateur de tentatives de coup d’Etat dans les années 30 et meneur d’une ligue fasciste financée par le patronat) commencé par collaborer : il a été l’un de ceux qui ont voté les pleins pouvoirs à Pétain et a même un soutien de la Révolution nationale et cadre de Vichy. Il a aussi demandé - et reçu en 1943- la breloque suprême du régime: la Francisque.

Puis il a senti le vent tourner et serait passé à la "Résistance" en 1943, avant de collaborer avec Allen Dulles dès 1944, à travers un mouvement d’aide aux prisonniers[12], le Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés (MNPGD) qu’il a dirigé. André Bettancourt a dirigé l’antenne de Genève, avec Pierre de Bénouville et Allen Dulles, alors patron de l’OSS, qui a contribué au financement du MNPGD.

En 1946, Mitterrand a pu se lancer en politique dans la Nièvre grâce à l’appui financier et au carnet d’adresses d’Eugène Schueller (notamment dans le clergé et chez les notables du coin), le patron de l’Oréal aux idées très fascistes. Il était alors à l’Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR). Mitterrand s’y est présenté comme député, afin de reprendre une circonscription à la gauche, et a été élu avec un programme anticommuniste sur une liste Unité et Action Républicaine. Il a été nommé ministre dès 1947, aux Anciens Combattants (pas tous si anciens que cela à cette époque), en pleine période des procès de collabos qui tentaient d’obtenir une virginité. En 1948, Mitterrand s'est pointé au Congrès de La Haye où se sont croisés tous les "pères fondateurs" de l’Europe, et a rejoint le Mouvement Européen. En 1949, Mitterrand a pondu une loi d’amnistie pour les collabos, promulguée en janvier 1951.

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En 1965, il a été candidat à la présidentielle grâce au soutien financier du CNPF (l’ex Medef) via son ami René Bousquet, préfet vichyste blanchi en 1949, désireux de financer les partis non-communistes. Les mêmes l’ont encore soutenu en 1974. Dans les années 70, Mitterrand était aussi avocat, ce qui lui a permis d’être rémunéré par des entreprises, pour divers "conseils" [13]. Aujourd’hui ils sont très nombreux à devenir avocats d’affaires entre deux mandats.

Il est devenu président de la Fédération de la gauche démocrate socialiste (FGDS, ex-SFIO), et de 1966 à 1968, ladite fédération -en particulier Mitterrand et son frère Robert [14]- a eu "des relations très étroites" avec l’administration US selon l’ambassadeur US de l’époque, et les rencontres ont été tenues secrètes[15] car cela aurait fait très mauvais genre à "gauche". 

Selon Vincent Nouzille, qui explique cela dans son livre "Des secrets si bien gardés", Mitterrand a même fait preuve de "zèle" auprès des US, donnant "des gages d’un atlantisme fervent". Ce qui s’est avéré une réalité mais n’a jamais été dit publiquement (par exemple il critiquait la guerre du Vietnam et a utilisé pendant un temps les communistes). En tout cas, Mitterrand a rassuré les US sur son élan dans la fameuse "construction européenne", ce qui semble pour eux être la condition sine qua non pour laisser un politicien européen accéder aux plus hautes fonctions, ainsi que sur l’intégration de la France dans l’OTAN et sur sa détermination à détruire les communistes (ce qu’il fit).

Le conseiller privilégié de Mitterrand devenu président avec l’aide du Grand Orient, était d’ailleurs Jacques Attali, membre de la Trilatérale qui a aussi fréquenté le Bilderberg. Fervent anticommuniste, Mitterrand s’est ensuite très bien entendu avec Reagan, puis avec Bush 1er dont il a été le premier invité étranger important en 1981.

On peut ajouter que la franc-maçonnerie française a été à la manœuvre lors de la création du parti socialiste sur les restes de la SFIO, et tout un tas de clubs ont été créés par des frères la truelle pour soutenir le mouvement autour de Mitterrand. Il y avait par exemple le Club des Jacobins de Charles Hernu, ou la Ligue pour le combat républicain, qui comptait François de Grossouvre parmi ses membres [16]. Dans son tout premier gouvernement, Mitterrand les a récompensés de leur soutien sans faille en nommant un tiers de francs-maçons à des postes gouvernementaux.

 

André Bettencourt

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Gendre de Schueller, mari de Liliane depuis 1950, a dirigé la PropagandaStaffel à Paris pendant la guerre, il a é édité (et écrit dans) un journal pro- Nazis financé par la propagande allemande, "La Terre française".

A ce poste, " Il est placé sous la triple tutelle du ministre de la propagande, Joseph Goebbels, de la Wehrmacht et de la Gestapo. Il a la haute main sur toutes les publications françaises, qu’elles soient collaborationnistes ou nazies", écrit Thierry Meyssan en 2004. Bettencourt, très proche de Mitterrand, s’est lancé dès 1947 dans la politique, en succédant à son père au poste de conseiller général et conseiller municipal. Il est ensuite devenu président du Conseil régional de Haute-Normandie, député, sénateur, et même ministre sous De Gaulle.

Le tout, bien-sûr, en travaillant aussi chez l’Oréal. Il est même passé chez Nestlé en 1942 : Schueller en était le premier actionnaire et l’avait envoyé "aryaniser" l’entreprise en Suisse, où Bettencourt en a profité pour rencontrer les représentants de l’OSS Allen Dulles et Max Schoop qui selon Meyssan lui auraient refilé 2,5 millions de Francs. Evidemment, pour mener une telle carrière politique, il a fallu mentir sur ses activités pendant la guerre et se fabriquer un passé de résistant[17], comme tant d’autres l’ont fait en toute impunité.

 

Maurice Papon

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Papon, qui était franc-maçon [18], a pu occuper le poste de ministre du Budget de Raymond Barre sous la présidence de Giscard. Sans les efforts de survivants des camps, notamment de couple Klarsfeld[19], Papon aurait coulé des jours heureux jusqu’à la fin, sans avoir à répondre des actes commis durant la guerre.

De 1942 à 1944, Papon était en effet secrétaire général de la préfecture de Gironde, en charge des "Questions Juives", c’est-à-dire la répression contre les juifs. Il a supervisé l’arrestation et la déportation de 1600 Juifs de la région, dont très peu ont survécu. "Le 2 avril 1998, au terme de plus de seize ans de procédure et de six mois d’un procès fleuve, Maurice Papon est condamné par la cour d’assises de la Gironde à dix ans de prison ferme pour complicité de crimes contre l’humanité. Il lui est reproché d’avoir apporté son « concours actif » à l’arrestation puis à la déportation des 72 victimes représentées par les parties civiles", résumait Guillaume Mouralis dans l’article "Le procès Papon, justice et temporalité", de mars 2002.

Entre temps, en tant que préfet de police de Paris, il a été directement responsable des répressions sanglantes d’une manifestation de sympathisants du Front de Libération National algérien en octobre 1961[20], et en 1962 de celle d’une manifestation de gauche contre l’OAS, qui a fait 8 morts. Le tout dans un contexte d’état d’urgence lié à la guerre d’Algérie. Juste après la guerre, en 1946, il a été chargé de rédiger une première loi d’amnistie.

De 1956 à 1958, il était préfet en Algérie alors qu’il voulait être nommé à la CECA, l’embryon d’Europe. De retour en France, il était donc préfet de police, tout en étant maire puis député dans le cher pour l’UDR, dont il était le trésorier. En 1972 il est devenu président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, puis ministre du Budget de 1978 à 1981, année où une plainte est déposée contre lui pour crimes contre l’humanité. On connaît mieux la suite.

 

Maurice Couve de Murville 

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Figure de la droite française qui a évolué dans l’ombre de De Gaulle, député et sénateur UDR puis RPR des années 70 aux années 90, il a été ministre des Affaires étrangères pendant près de dix ans (1958-1968) et Premier ministre en 1968. Mais sous Vichy, alors qu’il était encore un jeune inspecteur des Finances, il a été haut fonctionnaire, occupant le poste de directeur des Finances extérieures et des charges de 1940 à 1943 [21].  

Il était même assez proche de Laval, fréquentant régulièrement en privé son directeur de cabinet, Jean Jardin, père de l’écrivain Alexandre Jardin. Juste après le débarquement des Alliés en Afrique du Nord, il a lâché Vichy et rejoint les troupes de De Gaulle à Alger. Il a donc été lavé plus blanc que blanc, et même obtient le tampon "Résistant" grâce à de Gaulle qui l'a nommé, entre autres, secrétaire aux Finances en juin 1943. Couve de Murville a donc intégré le gouvernement provisoire de la République française en février 1945.

"Couve du Murville fut après août 1944 avec son second Berthoud l’atout maître des financiers", leur permettant de faire valider les soi-disant ventes forcées qu’auraient exigées les Allemands, explique Annie Lacroix-Riz dans "Industriels et banquiers sous l’Occupation". En 1954, il a été désigné comme représentant permanent de la France auprès de l’OTAN, avant d'être nommé l’année suivante ambassadeur à Washington puis à Bonn en 1956.

 

Jean-André Faucher 

Il était franc-maçon (devenu en 1977 Grand Secrétaire de la Grande Loge de France) et journaliste dans presque tous les médias d’extrême droite qui ont existé en France depuis la guerre, grand soutien de Mitterrand, proche de son ministre de la Justice Roland Dumas et de Charles Hernu dont il était le bras droit lors de la campagne présidentielle de 1965 [22], et fut aussi un collabo. Il adhérait déjà à 16 ans au Parti Populaire Français de Jacques Doriot. A 18 ans en 1939, il a rejoint une sorte de milice vichyste, la Légion française des combattants [23], organisation de masse du régime vichyste dont il est devenu l’un des cadres.

Il est ensuite devenu l’un des piliers des Chantiers de jeunesse, avant d’être promu en 1943 comme délégué à la Propagande de Pétain pour la zone nord, entretenant la propagande fasciste dans la presse collabo. Il a été dénoncé comme indic de la Gestapo à la Libération, et a été condamné dans la foulée à l’ "indignité nationale" et à la peine de mort. En son absence, car il s’était fait la malle, occupant divers emplois sous divers pseudonymes.

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Faucher s’est alors rapproché d’un groupe d’extrême droite créé en 1946 ou 1947, le Rassemblement travailliste français, puis a fondé une obscure "Armée Française loyale" qui comme par hasard s’est trouvée impliquée dans le "Plan Bleu", cette opération paramilitaire anticommuniste pilotée par les US et les anglais, dont on a parlé rapidement et sur laquelle on va revenir, et qui visait à faire un coup d’Etat militaire en France.  A l’origine, l’Armée française loyale avait été créée "pour organiser des milices en soutien des forces de l’ordre en cas de grève", selon le livre "Les réseaux stay-behind en France" (p.86).

Faucher a finalement été arrêté en octobre 1948. Mais, coup de chance : il a été immédiatement amnistié. Bien qu’il ait pris quelques mois de prison pour sa participation au Plan Bleu. A sa sortie, il a écrit dans des feuilles d’extrême droite comme Rivarol, Charivari, l’Heure française, Jeune Nation, Aux écoutes, tout en se disant de gauche et non communiste [24]. Faucher a soutenu l’Algérie française, les poujadistes (mouvement d’extrême droite), puis est passé dans le camp des socialistes au début des années 60, quand il a pris sa carte du parti et a été initié en franc-maçonnerie, à la Grande Loge de France dont il deviendra "grand secrétaire" en 1977 [25].

En 1957, il s'est rapproché du socialiste Charles Hernu (autre Franc-Maçon) et a organisé une rencontre avec le Pen, rencontre qu’il s’est empressé de relater dans un journal d’extrême-droite [26]. En loge, il s’est activé pour rapprocher sa loge de la bande de Mitterrand, organisant même en 1957 une rencontre entre Le Pen et Charles Hernu, et a fondé en 1962 la loge Louise Michel.

En 1965 il a œuvré au rapprochement du Parti Radical, où grenouillaient de nombreux collabos, et des "socialistes" autour de Mitterrand. Et "en même temps", Faucher soutenait des groupuscules nationalistes européens, écrivait dans Le Crapouillot, dans Minute, ou dans Valeurs Actuelles à partir de 1970. Son fils a suivi la même voie en plus "soft" et a été rédacteur en chef du Figaro.

Jean-André Faucher a même créé sa propre obédience, la "Grande loge d'Orient et d'Occident", et en 1981 Fabius l'a fait nommer au Conseil Economique et Social, ce machin dans lequel pantouflent les amis du pouvoir, avant d’être nommé secrétaire d’Etat aux départements et territoires d’Outre-Mer. Il a même obtenu la légion d’honneur en 1986.

 

René Bousquet 

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On a déjà vu son parcours, classique des fascistes recyclés dans les structures d’après-guerre. Lui aussi était franc-maçon, ce qui a certainement été utiles à certains moments compliqués. Il a fui en Allemagne après la guerre et a été libéré par les Américains puis placé sous mandat de dépôt en 1945 à son arrivée en France. La Haute Cour de Justice l’a jugé en 1949, et a considéré que l’organisateur de la rafle du Vel d’Hiv avait été un résistant  presque toute sa carrière, et ne méritait que 5 ans d’indignité nationale pour avoir été chef de la police de Vichy [27].

Il a été amnistié en 1958 et ainsi pu se lancer en politique, comme candidat aux législatives dans la Marne. Il est devenu ami de Mitterrand, siégeait dans les conseils d’administration, jusqu’en 1978, quand son rôle dans la rafle du Vel d’Hiv est dénoncé dans la presse.

Une plainte a été déposée contre lui en 1989 pour crime contre l’humanité par des associations de déportés et de résistants, il a été inculpé en mars 1991 et a été assassiné en juin 1993. Ce qui a évité une mise en lumière des décisions surprenantes de la haute Cour de "Justice" en 49.

 

Pierre Guillain de Bénouville

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Ce fils d’assureur alsacien né en 1914 était un fervent royaliste, antisémite et anticommuniste ultra conservateur. Il a démarré sa vie militante dans les années 30 chez les Camelots du Roi et l’Action Française (il a activement participé aux émeutes fascistes de 1934 et à un attentat contre Léon Blum en 1936), a fréquenté les chefs de l’organisation fasciste la Cagoule, et était alors en relation avec d’autres fascistes comme François Mitterrand et André Bettencourt le futur patron de l’Oréal.

En 1936 il a combattu contre les Républicains en Espagne. Mobilisé à la déclaration de guerre, il a été fait prisonnier par les Allemands, s’est échappé, a rejoint la France et milité pour le Maréchal Pétain. Il serait devenu résistant en 1941 mais a joué un rôle important dans l’arrestation de Jean Moulin[28] en juin 1943. Il était aussi proche d’Allen Dulles, qu’il voyait et avec lequel il  a correspondu pendant 25 ans. Selon son biographe Guy Perrier, "En juin 1948, Bénouville et son épouse sont reçus chaleureusement par les Dulles qui les introduisent dans les milieux américains influents". 

A la Libération il a reçu divers honneurs pour ses faits d’armes dans la résistance. Après la guerre il a rejoint le RPF de de Gaulle et est devenu député d’Ille-et-Vilaine puis de Paris et, a soutenu l’Algérie française. Il a été très proche de Chirac, dont il a contribué à l’ascension et en 1984 il a défendu Mitterrand quand certains s’interrogeaient sur son attitude pendant la guerre.

En même temps qu’il faisait de la politique en se rapprochant de l’extrême-droite, Bénouville était administrateur de grandes entreprises, comme les éditions Robert Laffont, les cinémas Gaumont, ou encore Dassault Bréguet. Il s’était aussi placé depuis la fin de la guerre au service d’Allen Dulles, dont il était proche. Beaucoup de collabos lui doivent d’avoir évité des ennuis à la Libération, comme le rappelle Annie Lacroix-Riz dans "La non épuration en France".

 

Michel Junot 

michel JUNOT

Moins connu, ce haut fonctionnaire a été Chef du cabinet du Secrétaire général à l'Administration à Vichy puis sous-préfet en charge du maintien de l’ordre en 1942 à Pithiviers et à Beaune-la-Rolande, où il y avait deux camps de prisonniers, dont beaucoup de Juifs avec des enfants. Il a été adjoint au maire de Paris Jacques Chirac de 1977 à 1995. Neuf médias qui avaient dénoncé son parcours ont perdu les procès en diffamation intentés contre eux par Junot, car ils avaient écrit qu’il avait supervisé le dernier convoi de prisonniers pour les camps. Il avait en tout cas joué un rôle dans l’organisation des deux camps de prisonniers sur sa zone, d’après des documents trouvés par Le Point en 1997[29].

Devenu gaulliste en 1944 –encore un-, il a quand-même été coincé par la Commission nationale d’épuration qui, rappelle l’Humanité,  "le décrit comme un «modèle d'arriviste, dénué de tout scrupule. A écarter de toute fonction publique»". Junot a en tout cas repris tranquillement sa carrière préfectorale en 1948, après un passage au gouvernement de l’après-guerre.

En 1948 encore, il retourne au gouvernement, comme chef de cabinet du secrétaire d'État à la présidence du Conseil, et oscille ainsi entre le job de préfet et de nombreuses missions dans les gouvernements des années 50. En 1958, il devient député de la Seine, chez les Indépendants, et se lance dans le business. En 77, Chirac l’amène à la mairie de Paris. Il a été en grâce jusqu’en 1986 quand il propose à Chirac une alliance avec le Front National. Très à droite, il aimait bien passer à Radio Courtoisie, et a contribué à créer la "Droite Libérale Chrétienne".

 

Raymond Marcellin 

2019-11-11 20_08_02-André Bettencourt et Raymond Marcellin à Paris, France, circa 1970

Cet avocat et ministre de l’Intérieur (et traitre à la Bretagne), n’a pas hésité à utiliser les pires méthodes contre les syndicats, les Bretons et autres opposants politiques au "régime". Dès 1940 il a rejoint le régime de Vichy à 27 ans, doctorat de droit en poche, pour diriger la "formation professionnelle" du régime vichyste. Du coup, il a été décoré de la Francisque (qu’il fallait réclamer).

Devenu résistant d’un coup en 1944, il s'est reconverti comme avocat à Paris en 1945.

Sa page Wikipedia résume qu’il fut "Ministre de seize gouvernements entre 1948 et 1974". Pompidou, l’homme des Rothschild en France, l’a eu à la bonne et l’a nommé ministre de l’Intérieur le 31 mai 1968, pour s’attaquer à la gauche via une politique de répression totale, et aussi pour entretenir de bons rapports avec les barbouzes. 

A l’époque, il menait la répression à coup de lois: "Le 12 juin 1968, le gouvernement  dissout une dizaine d’organisations d’extrême gauche. Le 18, de Gaulle gracie une douzaine de condamnés de l’Algérie française – Raoul Salan en tête", racontait France Inter en 2018, ou  avec sa "loi anti-casseurs" de 1970

Il est resté à l'Intérieur jusqu'en 1974, est ensuite passé quelques mois au ministère de l'Agriculture, puis est redevenu tranquillement maire de Vannes, un fief de droite, député et sénateur.

 

Pierre-Étienne Flandin

Pierre-Étienne_Flandin_-_1940

Fils d’un député de l’Yonne, il est devenu avocat puis député de l’Yonne, à droite. Il a trainé dans les ministères dans les années 30, notamment comme ministre du Commerce puis des Finances, alors que le pays était en pleine crise économique. Il a mené des politiques d'austérité, a approuvé toutes les avancées d’Hitler, voté les pleins pouvoirs à Pétain en 1940, et proposé sa collaboration au régime de Vichy dès le début de la guerre. Il est resté ministre des Affaires étrangères quelques semaines sous Vichy mais malgré sa bonne volonté les Allemands l'ont mis sur la touche. 

Il est alors allé en Afrique du nord en 1942, au moment du débarquement des US en Afrique du Nord. Là, il a noué des liens avec les généraux qui étaient en contact avec les US, comme l'amiral Darlan et le général Huntziger, et a rencontré plusieurs fois le fils de Churchill, alors chargé de mission auprès de Tito. Fin 1943, le comité d’épuration d’Alger avait l’intention de l’arrêter pour trahison, ainsi que d’autres collabos comme Tixier Vignancourt ou Pucheu.

Mais grâce aux efforts conjoints des collabos et des US qui se sont indignés publiquement de ces arrestations[31], il a seulement eu une "dégradation nationale" à la Libération et a pu reprendre la vie politique, assez difficilement, dans l’Yonne.

De 1954 à sa mort en 58, il a présidé le "Centre des hautes études américaines", une sorte de lobby atlantiste crée en 1945 et financé par le patronat. Il est mort en 58

 

Jean-Henri Azéma 

Lui a au moins été fidèle à ses principes d’extrême droite : en 1944 il n'est pas devenu "résistant" mais s’est engagé dans les Waffen SS [32]. Du coup, il a été obligé de s’enfuir à la Libération (il a été condamné à perpétuité et ses biens ont été confisqués), puis a rejoint l’Argentine en passant par la Suisse, grâce à de faux papiers.

En 1952 il s’est impliqué dans l’équipe d’un président qui a mené une politique de gauche, pendant 3 ans. Azéma s’est alors exilé en Bolivie quelques années, avant de revenir en Argentine où il est devienu publicitaire. Son fils Jean-Pierre Azéma est devenu l’un des grands historiens de la Deuxième Guerre mondiale. Pompidou l’a aussi amnistié, en 1970.

 

Serge Jeanneret

parti populaire affiche

Celui-là était foncièrement de droite et antisémite. Instituteur et monarchiste, il a rejoint l’Action Française et le Parti Populaire Français de Doriot dans les années 30, puis il est passé au  gouvernement Laval en 1942 en tant que chef adjoint de cabinet du ministre de l'Éducation nationale, Abel Bonnard, un vichyste convaincu.

De 1943 à 1944, il était "conseiller technique à la fondation française pour l’étude des problèmes humains" de Vichy, et a même été décoré de la francisque pour ses bons et loyaux services, notamment dans la presse pétainiste. Ce qui ne l’empêcha pas de passer à la Libération pour un "vichysto-résistant" car en fait il aurait joué un double jeu. Il a quand-même été révoqué de l'enseignement.

La suite de sa carrière montrera qu'en double jeu, l'individu était un spécialiste : Jeanneret a rejoint les modérés qui soutenaient Pinay après la guerre, puis les poujadistes, puis a participé à la création du Front National en 1972, avant de passer au RPR comme conseiller municipal de Paris sous Chirac, de 1977 à 1989.

Puis Jeanneret est retourné au FN en 1986, et a été élu comme conseiller régional FN d’Ile-de-France alors qu'il siégeait encore  avec le RPR au Conseil de Paris. Cela, grâce à sa proximité avec la chiraquie, et parce que la droite voulait garder un oeil sur le FN parisien. 

 

André Boutemy

Boutemy fut préfet de Thonon en 1940, sous Vichy, puis nommé directeur des Renseignements Généraux en avril 1941, jusqu’en 1943, quand il est nommé préfet de la Loire puis de Lyon. C’est là qu’il rencontre celui qui lui mettra le pied à l’étrier politique, l’industriel Georges Villiers, alors maire de Lyon et futur patron du CNPF.

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A la Libération, Boutemy n’a pas eu trop d’ennuis : trois mois de prison, puis non-lieu pour les accusations de collaboration. Il a donc et rejoint Villiers au CNPF (le Conseil national du patronat français, futur Medef), où il s’est entouré de vichystes pour lutter contre les communistes. Et cela passait par le financement de diverses officines anti-communistes.

Le CNPF finançait également les candidats politiques qui lui convenaient, et c’est encore Boutemy qui était chargé de cette distribution, à hauteur de 500.000 F pour un député, 1 million pour un ancien ministre [33]. Un des favoris de Boutemy était d’ailleurs Antoine Pinay, ce patron des Indépendants fan d’Europe et de du Bilderberg, mais il arrosait tout ce qui était non-communiste. 160 députés auraient ainsi bénéficié de l’argent du patronat.

En 1953 Boutemy a éténommé ministre de la Santé et de la population, ce qui agace les communistes qui le poussent à la démission. Il sera finalement député puis sénateur, et étrangement, s’est rapproché des soviétiques à la fin de sa carrière, lors d’une période de dégel favorable au business. Quand il est mort en 1959, ses archives planquées dans une banque ont beaucoup intéressé les autorités et le CNPF.

 

Pierre Bousquet

Autre engagé dans les Waffen SS, en 1943 (il était caporal dans la division Charlemagne), il a continué dans la politique, à l’extrême droite,. Dans les années 50 et 60 il a été cadre de différents mouvements à tendance très fasciste, comme Jeune Nation, le Rassemblement Européen pour la Liberté, le Mouvement national du progrès et le Parti National Populaire, puis en 1972 il a été l’un des membres fondateurs du FN et le premier trésorier. En 1983 il a fait dissidence et créé un autre parti d’extrême droite, le Parti nationaliste Français.

 

Georges Albertini

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On ne peut pas faire de liste des fascistes en politique sans évoquer l’incontournable Georges Albertini, sur lequel on va revenir car ce fasciste a su se faire sa place au cœur du système gaulliste, contribuant même à lancer la carrière d’un des pires affairistes qu’ait connu la 5e République : chirac. Albertini est largement inconnu du grand public, certainement parce que son parcours, si révélateur du marigot politique français, est un peu gênant. Avant la guerre, Albertini était plutôt à gauche, membre des Jeunesses Socialistes.

Mais il était déjà sensible au rapprochement avec l’économie allemande, et est devenu "pacifiste", c’est-à-dire contre la guerre avec l’Allemagne, c’est-à-dire pour l’invasion allemande. Fin 1941 il se rapproche de Jacques Doriot en entrant à la Légion des Volontaires Français, en 1942 il a rejoint le Rassemblement National Populaire (fasciste et collaborationniste) de Marcel Déat dont il est devenu le numéro 2, et a au passage écrit dans des journaux antisémites. Il a aussi été dir’cab de Déat quand il était ministre du Travail de Pétain en 1944.

Emprisonné à la Libération, il s’est retrouvé dans la même cellule à Fresnes qu’Hippolyte Worms le patron de la banque Worms (décidément nombre d’amitiés se sont nouées entre les collabos emprisonnés à la Libération) qu’il connaissait depuis les années 30 [34], a été condamné à 5 ans de prison pour "intelligence avec l’ennemi", puis amnistié en 1951. Après tout, ce n’est pas si grave, on l’a vu, de trahir son pays et ses concitoyens, et de vouloir massacrer une partie de la population.

Il n'a donc fait que 3 ans et demi de prison: "Son réseau SFIO d'avant-guerre va lui obtenir une sortie anticipée. Paul Ramadier est à la manœuvre, Guy Mollet également, mais surtout Vincent Auriol, élu premier président de la IVe République en janvier 1947, qui signera sa remise de peine", selon un article de 2014 dans La Tribune. En 1948, c’est donc son pote de la SFIO Vincent Auriol[35] qui l'a fait libérer par un décret, pour qu’il contribue à créer le syndicat Force Ouvrière (financé grâce à la CIA car non communiste) en France. Albertini a su conserver et développer ses amitiés chez les "socialistes", étant proche de Guy Mollet ou du n°2 de la SFIO Pierre Commin, tout en entrant chez Worms. C’est chez Worms où il est entré dès sa sortie de prison qu’il a mis en place une officine de propagande anti communiste (le Bureau d'études et de documentation économique et social (BEDES)), qui publiait notamment la revue Est-Ouest.

Albertini sera l’un des principaux conseillers de Pompidou, et aura une influence sur les deux mentors de Chirac, Marie-France Garaud (qui conseille déjà Pompidou) et Alain Juillet. Il est devenu un fervent européaniste, dans le courant du "fédéralisme européen". On ne sera pas surpris non plus qu’Albertini ait aussi soutenu Mitterrand, dont il a contribué au financement politique. Il a aussi beaucoup aidé les anciens collabos à obtenir des grâces et autres amnisties.

 

Affiche_Charles_de_Gaulle_-_RPF_-_1947

Pour mieux comprendre comment ce genre de personnages a pu prospérer sous le gaullisme, il faut reprendre le fil des années d’après-guerre. Quand le RPF, le Rassemblement Pour la France, est créé en 1947 en se positionnant clairement comme anti-communiste, toute la droite, y compris l’extrême droite, s’y engouffre.

A gauche, les US ont joué l’entrisme, avec notamment le courant trotskiste, la création de Lutte Ouvrière ou de la LCR, et la division. Recette payante. Quand Jospin a admis, honteux, avoir bien été trotskiste dans sa jeunesse, c’est parce que cela signifiait qu’il avait noyauté la gauche, en l’occurrence le parti socialiste auquel il est entré en 1971 et où il a mené grâce à Pierre Joxe une carrière fulgurante. En 1982, Jospin, alors premier secrétaire du PS, serait allé à Washington pour une réunion organisée par Irving Brown, afin de rencontrer des gens de l’AFL-CIO pour les rassurer sur la présence de ministre communistes dans le premier gouvernement de la mitterrandie.

La marque de fabrique des trotskistes, courant communiste dissident, était l’entrisme, c’est-à-dire d’intégrer d’autres groupes et partis pour les infiltrer. Plusieurs membres du PS sont des transfuges du courant trotskiste –lambertiste, comme Cambadélis, Julien Dray (qu’on retrouve à l’Unef, caisse noire du parti socialiste) ou Mélenchon, l’ex socialiste (et franc-maçon). C’est pour cette raison qu’il est peu probable que son parti représente un jour une menace réelle pour le pouvoir, du moins tant qu’il le dirige.

Interrogé par L’Express en novembre 2001, Pierre Lambert[36], leader de la CGT et des trotskistes, a déclaré qu’il se préparait à mettre sur la table « des documents explosifs » au sujet de Jospin, alors 1er ministre d’un Mitterrand moribond. Il est mort en 2008 sans qu’on en sache davantage. Jospin ou Cambadélis n’ont quitté le trotskisme qu’en 1986, alors qu’ils étaient déjà en pleine ascension au parti socialiste. Mais contrairement aux apparences, ils ne défendaient pas les travailleurs mais des positions atlantistes et anticommunistes.

En 1985, il a créé le Mouvement pour un parti des travailleurs, qui deviendra le Parti des Travailleurs fin 1991. Un de ces micro partis de gauche qui se présente aux élections, y compris les présidentielles, et disséminent les voix.

 

Noyautage et division du monde syndical

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De l’autre côté, à cette époque de l’après-guerre, les syndicats, où les communistes étaient puissants, ont été contenus par les Américains grâce à la technique de la division. La cheville ouvrière de cette stratégie était Irving Brown, le représentant de l’AFL-CIO (American Federation of Labour - Congress of Industrial Organizations) en Europe qui était aussi un agent itinérant de la CIA, a beaucoup œuvré en Europe pour contenir le communisme. Dès 1946, année où l’AFL-CIO décide se lancer ouvertement dans l’anticommunisme[37], il prenait contact avec l’opposition interne de la CGT, en vue de scinder le syndicat communiste.

En 1947, année de la création de la CIA et du lancement du plan Marshall, le président US Truman a mis en place une opération secrète pour financer les syndicats non communistes. En France, l’objectif numéro un depuis deux ans était de briser la CGT en finançant la création de Force Ouvrière.

2019-11-11 21_47_12-European representative Irving Brown, points with pride to Pravda

Ce financement secret a été réalisé par Jay Loverstone, qui dirigeait la section Internationale de l’American Federation of Labour [38] (AFL), et par Irving Brown. En fait, cette organisation syndicale mondiale a été conçue comme une structure d’influence américaine, et une couverture pour le financement de partis politiques et syndicats favorables aux US, cela partout dans le monde. Les syndicats financés par l’AFL-CIO étaient convertis à l’économie de marché et leurs dirigeants étaient grassement rémunérés.

"La stratégie de division des mouvements ouvriers italien et français en vue de créer une alternative aux syndicats communistes était une version internationale de ce que Lovestone avait déjà tenté de faire dans le syndicat de l’automobile dans les années 1930", explique Tania Regin dans l’article "Force Ouvrière à la lumière des archives américaines".

L’influence d’Irving Brown, qui collaborait avec l’OSS depuis 1943 [39], a duré plusieurs dizaines d’années et a porté ses fruits durant bien longtemps. Le journaliste allemand Heinz Duthel dans son livre "Global Secret and Intelligence Services – vol I", explique qu’Irving Brown était le "responsable du stay-behind pour les milieux de gauche et étudiants en Europe" et qu’il "se vantait d’avoir financé aussi bien l’UNI [syndicat étudiant très à droite] que la MNEF et d’avoir formé personnellement Jean-Christophe Cambadélis et Lionel Jospin". De fait, les deux ont appartenu à la MNEF comme au courant trotskiste.

L’un de ceux qui a joué un rôle dans la scission de la CGT avec la création de Force Ouvrière en 1947 est René Belin, ex leader de la CGT devenu ministre du Travail sous Pétain, qui a par exemple voté les lois sur le statut des Juifs et liquidé la CGT dès décembre 1940 puis de la CFTC[40]. A Marseille au même moment, deux agents de l’OSS, Tom Braden, qui deviendra l’adjoint d’Allen Dulles à la CIA, et son collègue Phil Chadbourne, poussent à la scission de la CGT. Et par ailleurs, les US financent allègrement les syndicats et partis politiques "indépendants", c’est-à-dire qui rejettent le communisme et se montrent conciliants avec les revendications patronales, comme la SFIO et le RPF, le parti de droite.

En Italie, Irving Brown organisé la scission de la Confederazione generale del lavoratoro italiana (CGIL), ou de la Fédération Syndicale Mondiale, créée en 1945 à Paris, sur le même mode que pour la CGT.

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On retrouve aussi Irving Brown et l’AFL derrière certains financements à la CFTC, la Confédération Française des Travailleurs Chrétiens, ou la CGC, la Confédération Générale des Cadres.

Les manœuvres ont très vite commencé au parti socialiste de l’époque, la SFIO, où Irving Brown a aussi poussé à la scission, avec la création de Lutte Ouvrière. La SFIO était très liée à la CGT, et la mission de Brown était de les séparer. "C'est donc dans le contexte des relations du "groupe Bothereau" avec Irving Brown que fut négocié le brutal virage "gauchiste" qui affecta conjointement la tendance minoritaire et la SFIO à partir de décembre 1945. Il incita les plus modérés des confédérés à célébrer les vertus du Trotskiste Vallière, et les éléments les plus droitiers de la SFIO à approuver le discours de ceux qui, au sein du parti, préconisaient de "combattre le communisme par la gauche" : les affrontements se déroulèrent notamment sur les thèmes de "l'indépendance syndicale" et du sacrifice, par les unitaires, des revendications ouvrières sur l'autel de la "Bataille de la production"", écrit Annie Lacroix-Riz dans un article de 1990 sur les manœuvres syndicales d’Irving Brown.

Le 4 mai 1947, Paul Ramadier, le président du Conseil, a accepté la demande US de virer tous les ministres communistes du gouvernement. Un ancien Collabo qui avait voté les pleins pouvoir à Vichy et a été membre du 1er cabinet Pétain [41], Robert Schuman, devenu ministre des Finances dans le gouvernement Ramadier, contribue à cette éviction. Schuman est l’un de ceux que l’imaginaire européen appelle les "pères fondateurs de l’Europe".

greve mineurs 1948

Schuman a aussi contribué avec le ministre de l’Intérieur à la répression violente des grandes grèves de 1947 -1948, menées par les communistes, ainsi qu’à la traque des Résistants communistes (qui avait été lancée sous Pétain). Il est ensuite nommé ministre des Affaires étrangères de juin 1948 à septembre 1952, puis ministre de la Justice en 1955.

L’époque est en effet marquée par d’importantes grèves, notamment des mineurs, contre lesquelles l’Etat n’a pas hésité à envoyer l’armée. Les autorités (la SFIO est au pouvoir) comprimaient alors les salaires et revenaient sur des droits des mineurs, ce qui a entraîné des mobilisations très importantes qui sont méthodiquement [42] et violemment réprimées, dans le Pas-de-Calais notamment.

Les tensions sociales sont aussi profitables à la montée des communistes aux différentes élections, en France comme en Belgique ou en Italie. L’objectif principal des US et des capitalistes était donc d’anéantir la gauche la plus à gauche.

En 1949, l’AFL via une filiale appelée le Free Trade Union Committee, dirigée par Jay Lovestone [43], et via Irving Brown qui représentait l’AFL en Europe, assurait une partie du financement Force Ouvrière d’abord avec l’argent du plan Marshall, puis avec celui de la CIA. En effet, dès le départ, Force Ouvrière a connu des problèmes de trésorerie, mais les syndicats internationaux, puis directement la CIA, ont su combler les trous.

On retrouve Irving Brown comme courroie de transmission de fonds importants depuis les Etats-Unis vers les syndicats européens, notamment Force Ouvrière. Il s'est installé à Paris en novembre 1945 pour y prendre contact avec les "cégétistes non communistes", notamment Léon Jouhaux, patron de la  CGT jusqu’en 1947, puis de la CGT-FO à partir de décembre 1947, quand FO est créé. Si Brown s’est fixé à Paris, c’était parce que selon lui et ses chefs, la France était "la clé de l’évolution syndicale en Europe occidentale".

création FO en 1947 - Copie

Des voyages étaient aussi organisés aux Etats-Unis pour les représentants syndicaux de la CGC, de la CFDT et de FO, et les services secrets français ont qualifié Irving Brown d’ "agent itinérant de la CIA". De fait, il avait été recruté dès 1944 par William Donovan, alors chef de la CIA, pour favoriser l’entrée des marchandises dans les ports et dans le pays en vue du débarquement, en mettant en ordre de marche dockers et cheminots.

En 1946, "Brown intrigue pour rompre l’hégémonie communiste à la direction de la CGT et appuie la fraction Force ouvrière constituée depuis 1944 par Léon Jouhaux et Robert Bothereau, qui siègent au bureau fédéral et au secrétariat confédéral du syndicat. Avec eux, il prépare la scission qui doit entraîner le plus grand nombre de militants de la CGT hors de l’orbite communiste", écrivent Benoît Colombat et David Servay dans "Histoire secrète du patronat de 1945 à nos jours", p.69.

L’argent est ensuite venu du Free Trade Union Committee, le FTUC [44] créé en 1941, mais aussi d’entreprises multinationales comme Esso, General Electric ou Singer, ce qui peut étonner au premier abord.

A la même époque (1948-1949), un groupe lié à Force Ouvrière, les "Forces Ouvrières Syndicalistes Européennes" (FOSE) est créé et contribue à nouer des liens entre le parti et ses homologues à l’international. Ce groupe a aussi eu une forte influence "idéologique" sur Force Ouvrière. "L'objectif de ce groupe est de populariser l'idée d'Europe fédérale auprès des travailleurs. Son Secrétaire général est Raymond Le Bourre, par ailleurs Secrétaire général de la fédération FO du spectacle, son vice-président est Roger Lapeyre, qui est aussi Secrétaire général de la fédération FO des travaux publics", explique Tania Regin dans l’article "Les relations intersyndicales françaises à la lumière des engagements internationaux 1948-1978". Le Bourre était en contact permanent avec Jay Lovestone et Irving Brown, et a travaillé avec son collègue de FO André Lafond [45], lui aussi en contact permanent avec l’AFL, au rapprochement des syndicats anticommunistes et pro-Européens.

CGT FSM

Lafond était, aux yeux d’Irving Brown, l’opposition à Léon Jouhaux –mais selon les US trop proche des soviétiques- à l’intérieur de la CGT. Il n’hésitait pas à solliciter son ami Irving pour placer des copains dans des entreprises US, ou pour divers services. Mais il est tombé en disgrâce quand il a milité pour l’Algérie française, à contre-courant du monde syndical. Le Bourre a été exclu peu après Lafond du syndicat international, la CISL (Confédération Internationale des Syndicats Libres, anti communiste, soutenue par l’AFL, par Brown et par les US, et très influente en Afrique du Nord). Le Bourre était alors accusé d’être "L’homme de Pinay et du patronat français, l’homme de plusieurs services secrets", et il a quitté le syndicat en 1959.

Le FSOE a très rapidement cherché à mettre sur la table la question du rapprochement avec l’Allemagne, qui n’était clairement pas à l’ordre du jour de l’opinion publique française 3 ou 4 ans après la fin de la guerre. Et cela passait par oublier les réparations pour en pas affaiblir ce pauvre pays, au nom de l’humanisme (sic.).

Les leaders de FO, Léon Jouhaux (qui a été président du mouvement fédéraliste européen) et Robert Bothereau, tenaient le même genre de discours, selon lesquels l’Europe amènerait la joie et l’allégresse dans les foyers des travailleurs.

A partir de 1948, un nouvel organisme intégré au Département d‘Etat US, l’OPC (Office of Policy Coordination) est créé pour mener des opérations secrètes que la CIA ne pouvait pas mener en principe, puis est englobé dans la CIA en 1952 [46]. Dirigé par Frank Wisner, ses missions étaient principalement d’ordre subversif, comme élaborer le système des réseaux stay-behind en Europe ou le financement du FTUC et de divers syndicats dissidents comme Force Ouvrière, ainsi que des syndicats alignés anglais et allemands (qui ont toujours pignon sur rue aujourd’hui) [47].

Quand le Parti Communiste a voulu organiser son grand raout, le "Congrès mondial du mouvement pour la paix", en 1949, les américains se sont excités et ont pris contact via le fidèle Irving Brown avec le "Rassemblement Démocratique révolutionnaire", un groupe atlantiste et non communiste créé autour de Jean-Paul Sartre et David Rousset, et avec un ou deux médias comme le journal anticommuniste Franc-Tireur.

rdr 1948

Ils ont organisé un important contre-événement histoire d’assurer une couverture contradictoire[48], qu’ils intitulent sobrement "Journée internationale de résistance à la dictature et à la guerre". C’est carrément l’OPC qui gère le transport des délégations étrangères jusqu’à Paris, et on invite des "personnalités de gauche" comme Simone de Beauvoir et André Breton. Mais pour les US ce fut un bide : les discours tenus lors de l’événement n’étaient pas assez pro-américains et anti-communistes à leur goût.

Ajoutons à ce tableau du syndicalisme d’après-guerre la CFTC, Confédération Française des Travailleurs Chrétiens, qui était très proche du MRP (Mouvement républicain populaire), le parti gaulliste des années d’après-guerre. De nombreux membres de la CFTC siégeaient dans des organismes liés à la Libération, précédant la création de la 4e République, et pendant des années les cas de cumuls de mandats politiques et  syndicaux (MRP –CFDT) étaient nombreux. Logiquement, la CFTC a pris position contre l’épuration : "Tous les ténors du MRP, syndicalistes inclus, agirent contre l’épuration, de Marcel Poimboeuf à son successeur Gaston Tessier", écrit Annie Lacroix-Riz dans "La non épuration en France". Poimboeuf a été l’un des fondateurs de la CFTC en 1919, et a été élu député MRP des Vosges d’octobre 1945 à juillet 1951. 

mai 1968 - Roger Violet - Copie

Les liens de Force Ouvrière avec les Etats-Unis sont restés très forts, comme l’a rappelé l’hommage vibrant de Marc Blondel, dirigeant de FO, aux victimes du 11 septembre 2001 dans Force Ouvrière Hebdo : "Nous entretenons en effet de manière quasi historique des relations particulières avec le mouvement syndical américain qui, nous ne l’oublions pas, a joué un rôle déterminant dans la création du syndicalisme libre en France lors de la guerre froide".

La situation n’a pas beaucoup changé au fil des années 60 et 70, et en 1982 devant la commission d’enquête parlementaire sur les activités du SAC, Alain Guérin, qui avait travaillé pour L’Humanité sur le marigot gaulliste, a expliqué que "Les syndicats indépendants, comme la CaSI, future CFT puis CSL, née d’une série scissions, formaient une branche de ces réseaux contrôlés par Albertini, l’ancien adjoint de Déat. Ils demeurent liés au SAC : ils lui permettent de bénéficier de certains fonds privés : grand patronat".

Un autre syndicat dont on parle peu mais dont on comprend mieux aujourd’hui l’impact quotidien sur nos vies est la FNSEA, la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles. Alors qu’après la guerre, elle était plutôt dirigée par des socialistes et des communistes, et représentait la majorité des agriculteurs qui vivaient alors sur de petites exploitation de polycultures, la FNSEA a très vite été reprise en main par les grands céréaliers du centre de la France. En 1950, la FNSEA a intégré les propriétaires non-exploitants (autrement dit les industriels de l’agriculture). C’est ensuite qu'elle a poussé à marche forcée la "modernisation" de l’agriculture, entraînant les dégâts sociaux, écologiques et alimentaires que l’on connaît.

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L’Organisation Communiste Internationaliste (OCI), créée par Pierre Boussel dit Lambert, a compté parmi ses rangs Mélanchon, qui y est entré en 1969, Cambadélis qui rencontrait "souvent" Irving Brown[54], ou Jospin. Ses membres ont ensuite fait de l’entrisme au parti socialiste et dans de nombreuses structures de gauches comme les syndicats étudiants, que les deux ont rejoint dans les années 70 ou 80. Mélanchon est par ailleurs franc-maçon et le revendique. François Duprat, l’un des fondateurs du front National, membre d’Occident et d’Ordre nouveau, fondateur des Groupes nationalistes Révolutionnaires, disait avoir commencé sa carrière militante chez les lambertistes

En 1967, un ancien directeur de la CIA, Thomas W. Braden, expliquait qu’afin de financer des "syndicats libres", des "fonds secrets" ont été distribués.

Puis avec la crise pétrolière et la crise économique des années 70, le pouvoir des syndicats a chuté en même temps que le nombre d’adhérents. Les régressions sociales ont pu se succéder sans qu’ils n’interviennent plus. Paradoxalement, le discours politique est devenu encore plus pro-business alors que la "croissance" plongeait.

 

L’extrême droite infiltrée à droite

amercian way of life

Outre cette mainmise sur le syndicalisme, le monde politique a été sérieusement encadré. Il était hors de question que les communistes ne gagnent du terrain et n'accèdent au pouvoir. Et il fallait que les idées américaines, celles de l'American Way of Life etc., s'imposent dans les mentalités.

Il a donc fallu organiser la propagande pro capitaliste et anticommuniste, circonscrire au maximum lesdits communistes dans tous les domaines de la vie publique, et organiser des canaux de diffusion efficaces pour cette propagande intensive. 

C'est dans cette ligne qu'ont été conçus une série de plans US, avec l'aval de certains politiques français. Parmi ces stratégèmes, il y a un obscur plan mis en place par la CIA avec la pleine et entière collaboration du gouvernement français, sous Pleven d’abord puis sous Pinay : le plan Cloven, trop peu connu.

C’est l’OPC (Office of Policy Coordination), ce service de la CIA destiné à organiser des opérations clandestines, qui a piloté ce plan mis en place en 1951-1952, destiné par exemple à :

  • Financer des médias pro américains et anti communistes, comme Combat, Franc-Tireur, ou le mensuel Preuves.
  • S’attaquer aux positions du Parti Communiste Français dans l’enseignement et les universités,
  • Réduire le nombre de communistes aux postes à responsabilité dans l’administration,
  • Réduire l’influence du Parti Communiste dans le mouvement syndical.
  • Réduire l’influence du communisme dans la presse [49]

2019-11-11 22_43_16-Monsieur Jean Baylot - Paris Chief Of Police

Selon Benoit Colombat, David Servenay et leurs co-auteurs, une sorte d’état-major a été créé pour mettre en œuvre le plan Cloven, sous l’égide de l’ambassadeur US à Paris. Parmi ses membres, il y avait le préfet de police de Paris Jean Baylot, "haut dignitaire du Grand Orient de France, homme de confiance de la SFIO et très en cour à l’ambassade américaine", il y a fondé la loge Europe Unie (au Grand orient) puis est allé s’occuper des affaires de la GLNF [50].

Il y avait aussi dans cette sorte d’état-major Georges Albertini (dont on a déjà parlé), proche du patronat, proche de Baylot et dont certaines activités anti-communistes et pro-US après-guerre ont été financées par la CIA[51]. Selon divers témoignages, comme celui de Jean-Pierre François, ex conseiller de Mitterrand, Albertini était en effet bien "en cour auprès des Américains qui s’en serviraient pour prévenir et combattre l’influence communiste et pacifiste en France".

Avant la guerre, période à la laquelle il a été "successivement socialiste, syndicaliste CGT et pacifiste, puis bras-droit du collaborationniste Marcel Déat sous l’Occupation, Georges Albertini réussit pourtant à devenir un incontournable ‘tireur de ficelles’ politiques sous la IVe puis la Ve République, éminence grise de personnalités aussi diverses que Vincent Auriol, Edgar Faure, Guy Mollet, Georges Bidault, Georges Pompidou ou Marie-France Garaud".

En fait, Albertini, qui a miraculeusement lui aussi, échappé à ses sanctions après la guerre[52], était devenu officiellement l’homme du patronat (dont Hyppolite Worms, patron de la banque Worms qu’il a rencontré en prison), créant et pilotant des officines patronales destinées à prêcher la bonne parole. Sa proximité avec la banque Worms et avec les réseaux francs-maçons l’a probablement beaucoup aidé dans ses diverses activités. Selon Patrice Hernu, dans "Affaire Hernu : histoire d’une calomnie", Albertini a intéressé les réseaux francs-maçons anticommunistes : "Ces réseaux sont à ce point actifs que certains, à la Grande Loge nationale française (obédience « anglo-saxonne »), songeront un instant à y faire adhérer… Georges Albertini. Ce dernier y renoncera de sa propre initiative".

est-et-ouest

Albertini a fondé le Bureau d'études et de documentation économique et social (BEDES) "avec ses amis Guy Lemonnier, alias Claude Harmel, un autre ex-collabo, et surtout Boris Souvarine, ancien dirigeant de la IIIe Internationale communiste devenu un fervent adversaire de Staline. Ce centre d'archives est destiné à fournir des arguments et de la documentation à tous ceux qui, politiques ou dirigeants économiques, veulent combattre le communisme", précise un article de La Tribune sur Albertini. Sa revue Est-Ouest, anticommuniste, est financée par le Groupement des industries Métallurgiques. Sa participation au plan Cloven n’était pas anecdotique : il noyautait la gauche. Outre la mise en place des sections Force Ouvrière, il détourne les groupes d’extrême gauche, et conseille les politiques sur les moyens de contrer la montée des communistes.

En 1956, Albertini, qui disait 15 ans plus tôt vouloir instaurer un "national socialisme à la française" et "régler le problème Juif"[53], s’est arrangé pour trouver des financements pour François Mitterrand, candidat aux législatives. 

Il y avait également dans ce petit groupe un dénommé Henri Barbé, qui fut ouvrier métallurgiste et dirigeant du parti communiste avant-guerre, mais a suivi Doriot pour créer le PPF, et est devenu collabo pendant la guerre. Ou encore Jean-Paul David, qui a dirigé le mouvement de propagande pro US appelé "Paix et Liberté". Baylot et David "étaient en contact direct avec les autorités militaires de l’OTAN".

paix et liberté 3

Avec la création du SAC, le Service d'Action Civique, bras armé du pouvoir gaulliste, les US ont vu arriver un autre allié dans la lutte contre les communistes. Dans les années 70, le SAC vise principalement la gauche et les mouvements indépendantistes. A Marseille, où le SAC était aussi présent que la mafia, ses membres avaient infiltré des syndicats, mouvements et organisations de gauche, mais aussi des loges maçonniques.

"L’un de ces infiltrés, Robert Mourier, était à la fois membre du RPR et du SAC, ainsi que délégué FO à la caisse d’assurance maladie. Un autre, Yves Courtois, était le trésorier local du SAC et délégué CFTC au comité d’entreprise de la société Chambourcy", explique Frédéric Charpier dans "Officines". Les membres du SAC étaient aussi présents dans les médias, notamment locaux : Frédéric Charpier cite, entre autres, le cas du correspondant de l’ORTF à Montluçon, qui "était à la fois journaliste et commissaire en exercice des RG".

ceyrac le pen

Outre la franc-maçonnerie et ses dérivés, d’autres étranges groupuscules ont servi à s’implanter dans les partis politiques. Par exemple, peu de fans du Front National savent que la secte Moon était, au moins dans les années 70 et 80, un appui important du parti sur le plan financier. Jacques Médecin, qui fut un ministre et élu local de droite, devenu très proche de l’extrême droite, était un adepte car cette secte anti-communiste qui propage des "idées" d’extrême droite. Estrosi, qui règne toujours sur cette ville, était alors un de ses poulains. Un député FN dans les années 80, Pierre Ceyrac, qui était aussi membre de la secte, a fait le lien. 

"Dans leur livre de référence paru au Seuil en 1994, intitulé Le Pen biographie, Gilles Bresson et Christian Lionet recueillent le témoignage de Pierre Ceyrac. "En 1985 (...), j'ai rencontré Le Pen (...). Il ne connaissait pas l'enseignement du révérend Moon, mais il n'était pas effrayé ou offusqué. Au contraire, il s'est montré curieux. J'ai apporté mon carnet d'adresses, des ouvertures dans le monde entier. Cette ouverture intéressait Le Pen. Moi, en tant que mooniste, ce qui m'intéressait au FN, c'était une ouverture sur la scène nationale.", relatait Le Monde du 3 septembre 2012. Ce serait même grâce à cette couverture internationale que Le Pen a pu poser à côté de Reagan lors d’un voyage à Washington.

 

Italie :

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En Italie, une épuration a été tentée après la guerre, mais très vite les US et les anglais ont  "mis leur veto à l’épuration des hommes politiques et des militaires fascistes", et plus ils étaient haut placés, plus ils étaient protégés et promus rapidement. La première loi d’amnistie a été votée juste après la création de la République Italienne, en 1946, et le premier parti politique d’ "anciens" fascistes, le Mouvement Social Italien (MSI, Movimiento Sociale Italiano), a été créé en décembre 1946.

Lors des élections de 1948, d’autres fascistes ont réintégré la politique dans les rangs du parti de la Démocratie Chrétienne, qui a régné sur l’Italie jusqu’à l’arrivée de Berlusconi, et le MIS entre au Parlement.

James Angleton, qui était le responsable de l’OSS puis de la CIA en Italie à la fin de la guerre, avait sauvé la vie au prince Borghese, un fasciste à qui il a permis d’échapper à la justice. Angleton avait la main sur tous les groupuscules fascistes et d’extrême droite après la guerre, avec qui il était en contact depuis son arrivée sur place en 1944, ce qui lui a permis de mettre facilement en place le réseau Gladio local (dont on va parler plus bas). En 1947, Angleton envoyait à Washington une liste de toutes les organisations clandestines anticommunistes, dont certaines étaient financées par les services US[55].

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Grâce à tous ces efforts, c’est donc la droite qui a gagné les élections de 1948, ce qui a accéléré la réintégration dans l’administration des anciens fonctionnaires fascistes, notamment les agents qui étaient dans la police politique de Mussolini, parmi lesquels ont été recrutés les effectifs des forces de police spécialisées dans la lutte anticommuniste, selon le modèle qui a été appliqué en France. Ces forces de répression anticommunistes, qui étaient séparées de la police normale, bénéficiaient d’importantes subventions, provenant du plan Marshall et de la CIA notamment.

Le monde syndical italien a été la cible, tout comme en France, des pressions US contre les structures communistes. Et tout comme Irving Brown a œuvré à diviser la CGT, il a financé un courant chrétien du syndicat communiste (la Confederazione Generale Italiana del Lavoro, CGIL), qui a mené la création en 1950 d’un syndicat non communiste, la Confederazione Italiana Sindacati Lavoratori (CISL). Ce syndicat a été créé par Giulio Pastore, leader du courant chrétien démocrate, et a permis de réduire fortement l’influence communiste sur les travailleurs. Mais, ils étaient proches du Vatican et du Parti Chrétien Démocrate.

Un autre syndicat anticommuniste, l’Unione Italiana del Lavoro (UIL), a été créé la même année de la même manière. Social-démocrate celui-là, il se voulait centriste, une sorte de "3e voie" entre les chrétiens et les communistes. Là où les US ont un peu raté, c’est qu’ils n’ont pas réussi à faire collaborer totalement leurs deux créatures pour constituer un front commun anticommuniste.

L’argent semblait affluer, et certains syndicats étaient tellement dépendants des financements US qu’ils les attendaient pour mener des actions de base. Ces deux syndicats, l’UIL et la CISL, ont en tout cas été très réceptifs quand les US ont lancé en Europe la "course à la productivité", qui a permis de lancer les salariés dans une sorte de compétition mondiale faisant progressivement passer au second plan la lutte pour les acquis sociaux.

Selon certaines sources, l’AFL-CIO était toujours un bras armé de la CIA dans le monde syndical international au cours des années 90.

 

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Concluons cette partie en rappelant que la Résistance qui a permis d’affaiblir un tant soit peu l’occupant était liée aux Francs-Tireurs Partisans et pas à Combat, ce réseau de résistants tarifs. Pourtant, ce qu’il reste aujourd’hui de la Résistance, c’est cette mythologie de la résistance de droite. Elle a existé, certes, et dès le début de la guerre, mais était embryonnaire comparé à la masse des ouvriers qui sont entrés d’une manière ou d’une autre dans la Résistance.

Il ne faudrait surtout pas laisser la mythologie, l’idéologie, prendre le pas sur la réalité historique, comme cela arrive si souvent.



[1] Cf. Marie-Bénédicte Vincent, qui parle même d’une volonté politique de « désépuration », et insiste sur les processus disciplinaires internes de la fonction publique allemande, qui auraient permis une certaine épuration malgré tout, dans  « De la dénazification à la réintégration des fonctionnaires. Comment construire une éthique de la fonction publique en Allemagne de l'Ouest après 1945 ? »

[2] En réalité, c’était lui qui conseillait Adenauer sur de nombreux sujets, de 1953 à1963. Lors du procès d’Eichmann, beaucoup craignaient qu’il ne balance ses petits copains passés sous la bannière de la CIA, dont Globke.

[3] Selon l’historien Fabien Théofilakis, dans une interview à Atlantico, les chambres arbitrales qui devaient juger les nazis, devaient classer les coupables en cinq catégories : « les "coupables principaux", les "impliqués", les "faiblement impliqués", les "suiveurs" et les "disculpés". Pas de catégorie "innocent". Sur les six millions de cas traités jusqu’en février 1950, seuls 1 667 Allemands seront reconnus comme "coupables principaux" alors les deux dernières catégories dépassent, chacune, le million d’individus. »

[4] Parmi ces jugements, il y a aussi plus de 26.000 acquittements.

[5] Cf. Annie Lacroix-Riz, « La non épuration en France », p. 31.

[6] Idem, p. 143.

jean jardin livre

[7] Jean Jardin a été envoyé par Laval l’a envoyé en tant que premier conseiller à l’ambassade de France à Berne en 1943, où se trouvait aussi Allen Dulles, futur patron de la CIA, avec lequel il avait des contacts réguliers. Dans un article des Echos en août 2009, l’historien d’entreprises Tristan Gaston-Breton écrit : « Jardin a des contacts réguliers avec [Dulles], au nom de Pierre Laval - qui cherche à pérenniser le régime de Vichy en cas de défaite allemande. Il a aussi des contacts avec les agents gaullistes en Suisse. Il les loge à l'ambassade, les entretient financièrement, leur ouvre des portes, leur fournit de faux papiers, les protège ».

[8] Il était notamment proche du patron de la banque Worms (le centre névralgique de la synarchie d’empire), Gabriel Leroy-Ladurie.

[9] Selon Tristan Gaston-Breton, « L'une de ses dernières interventions sera de favoriser, en 1958, une entrevue entre Charles de Gaulle et Antoine Pinay, permettant à ce dernier de rester au gouvernement ».

[10] Cf. « La non épuration en France », par Annie Lacroix-Ruz, p. 180.

[11] Il faut dire que sur 846 parlementaires (544 députés + 302 sénateurs), il y en a eu 569 pour les pleins pouvoirs sur 669 votants. Parmi les contre : Léon Blum, Vincent Auriol, Laurent Bonnevay, Max Dormoy, Félix Gouin, Lucien Hussel, Jules Moch, Victor Le Gorgeu, Paul Ramadier, Camille Rolland. Parmi les « pour », qui ont continué en politique souvent pour avoir été « résistants » à la fin de la guerre :

  • Adrien André, député radical de la Vienne dans les années 50,
  • Paul Antier : représentant de la Haute-Loire à l‘assemblée constituante de 1945, députéministre de l’Agriculture sous Pleven, ministre de la Marine Marchande, il est même candidat contre De Gaulle en 1965.
  • René Arbeltier : député en 46, secrétaire de la fédération socialiste de Seine-et-Marne dans les années 50, a créé une scission du PS en 1958, qui devient le PSU.
  • Jacques Bardous : le grand père de Giscard et anticommuniste fervent, il est tête de liste chez les indépendants dans les années 50
  • Edouard Barthe : membre de la SFIO, il redevient maire d’une ville de l’Hérault en 44. En 46 il est président de la fédération des pharmaciens, et devient sénateur en 48.
  • André Bauguitte : fils de préfet, il redevient maire de la Meuse après la guerre dans une liste du courant poujadiste puis va chez les gaullistes dans les années 60. En 65 il est élu maire de Verdun.
  • François Blancho : SFIO, il réintègre la SFIO en 1950, et en est le leader en Loire-Atlantique (passée hors de Bretagne grâce à Pétain), et redevient maire de Saint-Nazaire puis député dans les années 60.
  • Georges Bonnet : ministre sous la IIIe République, il est devenu Pétainiste et a fui en Suisse après la guerre, pour revenir et être élu député de Dordogne puis maire.
  • Raymond Cadix : redevenu maire et député du Morbihan après la guerre, dans le parti de Raymond Marcellin (ministre de l’Intérieur sous Pompidou).
  • René Coty : il a été élu président de la république en 1954, parce qu’il était de droite.
  • Louis Deschizeaux : redevenu maire de Châteauroux et député socialiste de l’Indre dans les années 60.
  • « Comte » Louis de Diesbach de Belleroche : militaire, redevenu maire d’une ville du Nord après la guerre, décoré de nombreuses médailles etc.
  • Hippolyte Ducos : il a occupé des postes ministériels dans les années 30, notamment sous-secrétaire d’Etat à la guerre en 1939. Après la guerre il s’est rabattu sur son fief (redevenu député radical en 1951, conseiller général, maire de Lilhac de 1947 à 1970)
  • Édouard Frédéric-Dupont : avocat, fils de polytechnicien, il entre en politique dans les années 30 comme conseiller municipal en Lorraine. Très à droite, il participe aux émeutes fascistes de 1934, devient député de la Seine et se rapproche encore des liges d’extrême droite à la veille de la guerre, notamment celle du colonel La Rocque. Il serait devenu résistant après avoir les pleins pouvoirs, bien qu’il ait été décoré de la Francisque lui aussi. Il continue donc sa carrière politique et contribue à la création du Parti républicain de la liberté, à droite, tout en militant pour la « réconciliation nationale » (= impunité des collabos). Il défend la colonisation avec Jacques Foccart, est un fervent partisan de l’OTAN, et de l’anticommunisme dogmatique, puis entre chez l’Union des Indépendants et défend l’Algérie française. Il s’assagit ensuite, passe au RPR tout en se rapprochant du Front National. Il meurt en 1995.
  • Ernest de Framond de La Framondie : après la guerre il devient maire d’une ville de Lozère et le reste jusqu’en 1972. Médecin, il a été président du Conseil de l’Ordre des Médecins de Lozère.
  • Jean Montingy : leader des radicaux socialistes avant guerre il a été délégué à la Société des nations avec Flandin et Bonnet (autres collabors), s’oppose à la déclaration de guerre à l’Allemagne puis vote les pleins pouvoirs à Pétain. Sous Vichy, il dirige la censure. Après la guerre, en 1951, il devient président de l’Union des intellectuels Indépendants, créée pour réduire aux maximum l’impact des tentatives d’épuration et pour taper sur le gaullisme, et qui réclamait carrément l’amnistie des collabos. En 1956 il est retourné en politique, et se présente aux législatives sous la bannière du Rassemblement National (extrême droite) d’un autre collabo, Tixier Vignacourt. Mais il est battu et revient à l’Union des Intellectuels Indépendants, pour lutter contre la décolonisation. Il est passé à travers l’épuration alors qu’il était visé par le Conseil National de la Résistance.

[12] Via un arrêté de Mitterrand alors président de la république, ce Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés a été classé comme mouvement de « résistance », arrêté cassé en 1991 par le Conseil d’Etat.

mitterrand francisque

[13] De 1972 à 1980, Mitterrand a été rémunéré 17.000 à 72.000 F par an par Alsthom, entreprise publique qui a ensuite racheté à perte une société, Vibrachoc, dirigée jusque-là de façons opaque par Pelat et Robert Mitterrand. La société a été payée 110 millions alors qu’elle n’en valait que 2. Heureusement pour Mitterrand, Pelat est mort d’une crise cardiaque en mars 1989, à l’hôpital américain de Neuilly.

[14] Robert Mitterrand, père de Frédéric Mitterrand, était très proche du patronat français. Il a gravi les échelons en même temps que son frangin grimpait en politique, et en 1968 il a commencé à diriger des entreprises US, devenant directeur général puis PDG de Hydrocarbon Engineering puis DG de Sperry univac, avant de revenir dans le giron français.

[15] Cf. « Des secrets si bien gardés. Les dossiers de la CIA et de la Maison-Blanche : Les dossiers de la CIA et de la Maison-Blanche sur la France et ses Présidents - 1958-1981 » de Vincent Nouzille.

[16] Cf. « Histoire secrète de la Ve République », p. 613. Les auteurs expliquent qu’en 1965 un premier groupement de mouvements « socialistes » a été créé, la Fédération de la gauche démocrate et socialiste, dont le comité exécutif comportait une moitié de francs-macs « œuvrant discrètement pour François Mitterrand ». Ce qui n’a pas plu du tout au leader de la SFIO Guy Mollet, qui a alors claqué la porte du Grand Orient.

[17] Cf. « L’affaire Bettencourt : derniers secrets », de Ian Hamel.

[18] Cf. « Les frères invisibles », de Ghislaine Ottenheimer.

[19] Selon Guillaume Mouralis dans « Le procès Papon, justice et temporalité », « Comme pour les autres procédures pour crimes contre l’humanité, dans l’affaire Papon, l’action publique a été mise en route à la suite d’un dépôt de plaintes et non pas, bien que cela soit possible, sur initiative du parquet », et l’Etat a même mis une certaine mauvaise volonté à poursuivre les nazis et collabos. De fait, il aura fallu 16ans de procédure pour que Papon se trouve enfin devant une cour d’assises.

[20] Il y a toujours un grand débat sur les chiffres, mais il est clair que des dizaines de manifestants ont été noyés dans la Seine. 20 à 30.000 personnes dénonçaient notamment un couvre-feu imposé uniquement aux Maghrébins. 7000 flics étaient présents, plus de 11.000 personnes ont été arrêtées. Les journalistes avaient parlé de 150 cadavres d’Algériens repêchés dans la Seine entre Paris et Rouen, entre le 17 octobre, jour de la manifestation, et le 27 octobre 1961. D’autres ont parlé de 300 morts. Jean-Luc Einauldi, spécialiste du sujet, explique qu’après les violences, certains étant carrément jetés dans la Seine par les flics, « Les hommes sont embarqués dans des bus de la RATP, puis parqués dans différents lieux, notamment au Palais des Sports ».

[21] A ce poste, Couve de Murville a notamment permis de financer l’achat de matières premières destinées à répondre à des commandes allemandes, grâce à des avances financées par les contribuables français, et validé de nombreuses cessions d’actifs industriel aux allemands, avec un financement des contribuables, car présentées comme des obligations, comme l’explique Annie Lacroix-Riz dans ses livres « Aux origines du carcan européen (1900-1960) » (p.99) et « Industriels et banquiers sous l’Occupation ». Avec Yves Bouthillier, autre inspecteur des Finances Collabo et recyclé, il a organisé le transfert de l’or de la Banque nationale de Belgique, planqué dans les colonies, à destination du Reich, en 21 convois ultra sécurisés répartis en un an et demi.

[22] Un chantage serait l’origine de cette relation entre Faucher et Hernu, selon Robert Duguet dans « Dérives populistes dans le mouvement ouvrier hier et aujourd’hui ». « Après une opération de chantage à Charles Hernu –il le menace alors de révéler un passé collaborationniste que beaucoup ignorent – il va se placer dans le sillage de ce dernier. Ils auront des engagements communs dans la Franc-maçonnerie, plus pour se blanchir et pour faire de l’entrisme, que par humanisme ». Suite à cela, la collaboration a été parfaite pendant longtemps, et en 1965 Charles Hernu est le directeur de campagne de Mitterrand, avec Faucher comme numéro 2.

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[23] Créée par le régime de Vichy dès août 1940, ses partisans « ont constitué le noyau irréductible des partisans de l’Etat français jusqu’en 1944. La Légion est de bout en bout associée, non seulement au Maréchal, mais aussi à l’essentiel de ce qui se fait en son nom, même si elle tente de s’en dégager in fine. Elle est l’organisation de masse du régime, la seule », écrivait Jean-Marie Guillon en 2004 dans son article « La Légion française des combattants, ou comment comprendre la France de Vichy ». Jean-Marie Guillon s‘étonne d’ailleurs que l’historiographie ne s’intéresse pas plus à cette « Légion », qui a joué un rôle central dans le régime vichyste. Il cite par exemple Raymond Aron, historien et politique bien connu, pilier de l’Europe, qui selon lui « a inauguré la veine indulgente à l’égard du « premier Vichy. Il ne consacre à la Légion qu’une place réduite, moins de deux pages, dans son ‘Histoire de Vichy’, et s’en tient à une présentation partielle de ses objectifs, sous un angle ‘patriotique et civique’ plutôt positif ». Il ajoute que « L’historiographie a donc, pour des raisons diverses, manqué de curiosité ». Elle est dissoute à la Libération.

[24] Selon Robert Duguet dans « Dérives populistes dans le mouvement ouvrier hier et aujourd’hui », « Au début de la IVe République, il se singularise dans un journalisme politique fondé sur une orientation idéologique : établir des liens entre l’extrême droite ‘sociale’ et les milieux de gauche non-communistes ».

[25] Cf. « Les frères invisibles », de Ghislaine Ottenheimer.

[26] Cf. « Le Pen, une histoire française », de Philippe Cohen et Pierre Péan.

[27] L’acte d’accusation de cette Haute Cour est déjà édifiant : « Sous-Préfet de Vitry-le-François en avril 1938, il était au début de la guerre, Secrétaire général de la Préfecture de la Marne, où il fut maintenu affecté spécial ; il n'en partit que le 15 juin 1940, après l'occupation allemande, et fut alors décoré de la Croix de Guerre. Il y reprit ses fonctions au début de juillet, fut nommé Préfet de la Marne le 17 septembre 1940, et Préfet Régional un an plus tard. Dans ces deux postes, il se révéla un excellent administrateur, habile et ferme, qui négocia avec l'occupant au mieux des intérêts français. Fidèle à ses opinions républicaines, il maintint ou fit rétablir dans leurs fonctions les Assemblées et les élus du département. Il intervint en faveur des Israélites, des francs-maçons, des syndicalistes et des communistes, évita des sanctions à la population et parvint, par des fausses statistiques, à limiter les impositions de l'occupant. Il favorisa les évasions de prisonniers du Camp de Châlons, enfin, il créa toute une organisation agricole qui permit de faire échec à l'arbitraire des réquisitions des occupants, et aux tentatives d'exploitation collective des fermes par les Allemands. Il apparaît donc que, pendant toute cette période de sa vie administrative, rien ne puisse être reproché à Bousquet ».

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[28] C’est Bénouville qui aurait envoyé le dénommé Hardy à la réunion à laquelle ont eu lieu l’arrestation de Jean Moulin et d’autres résistants. Hardy n’y était pas convié, et est soupçonné d’avoir informé la Gestapo de Klaus Barbie, notamment parce qu’il venait tout juste d’être arrêté et remis en liberté. Pour certains, Jean Moulin, qui dénonçait la proximité du réseau de Bénouville avec les Américains, a été victime de La Cagoule. Et il est vrai que Bénouville se rendait régulièrement en Suisse pour voir son ami Allen Dulles pour négocier le rapprochement avec les US dans le dos de Jean Moulin qui cherchait à s’unifier sous les ordre de De Gaulle. Le journal Le Point du 23 mai 2013 s’interroge « Pourquoi Bénouville, qui savait Hardy surveillé, l'a-t-il envoyé dans une réunion aussi importante ? Gelin émet cette hypothèse : "Bénouville considérait Moulin comme un agent crypto-communiste », selon l’auteur d’un livre sur l’affaire. Par ailleurs, l’avocat de Klaus Barbie a menacé de sortir lors de son procès une lettre montrant que Barbie travaillait pour l’OSS depuis 1943. Et il est vrai qu’à la fin de la guerre, de nombreux résistants communistes ont été liquidés. Selon les avocats de Barbie, c’est en échange de la neutralisation de résistants communistes que les US lui auraient livré Jean Moulin. Annie Lacroix-Riz explique dans « La Non épuration en France » que dès 1946, les leaders gaullistes savaient quel rôle avait joué Hardy et ses contacts avec la gestapo lyonnaise, mais ont étouffé cette version des faits. Ils étaient aussi au courant des négociations entre Barbie d’un côté et Bénouville et Frenay de l’autre avant l’arrestation de Moulin et Delestraint. Jugé deux fois pour cette affaire, Hardy a été acquitté deux fois.

[29] Le quotidien citait notamment une lettre envoyée par Junot au préfet le 22 septembre 1942, deux jours après le départ du convoi, dans laquelle il écrivait: « La journée du 20 septembre 1942 s'est déroulée dans l'ensemble de mon arrondissement dans le plus grand calme. (...) L'embarquement des internés du camp des israélites de Pithiviers (...) s'effectuant entre 16 et 19 heures à la gare de Pithiviers, située à l'extrémité de l'avenue de la République, sur laquelle les communistes avaient invité (parfois par lettres personnelles) les habitants de Pithiviers à manifester à 18 h 30, je nourrissais certaines craintes quant à la possibilité d'incidents pouvant avoir des répercussions sur le bon ordre de ce départ. Il n'en a rien été... ». De nombreux résistants sont venus dire que Bousquet était un résistant.

[30] Cf. « Industriels et banquiers sous l'occupation - La collaboration économique avec le Reich et Vichy », d’Annie Lacroix-Riz, p. 17.

[31] Cf. « La non épuration en France de 1943 aux années 50 », p. 160.

[32] Sur 900.000 membres en 1944, la Waffen SS comptait une moitié d’étrangers.

[33] Cf. « Histoire secrète du patronat de 1945 à nos jours ».

[34] Cf. « Histoire secrète du patronat de 1945 à nos jours », p. 80.

[35] Auriol a été élu premier président de la IVe République en janvier 1947.

[36] Lambert était membre du Parti Communiste Internationaliste (PCI), recréé en 1944 et issu du trotskisme et a connu de nombreuses scissions dans ses premières années. Dès la fin de la guerre, le PCI commence le noyautage d’autres structures comme les Jeunesses Socialistes. En 1954, Lambert, Pierre Boussel de son vrai nom, créé avec le Socialist Workers Party (noyauté aussi) un parti communiste dissident, puis il rejoint la CGT-FO en 1961. Le PCI est dissous en 1968, puis relancé dans les années 70.

[37] Mais c’est dès 1944que l’AFL a établi une stratégie pour le contrôle sur le syndicalisme d’Europe de l’ouest, comme le rappelle Annie Lacroix-Riz dans l’article « Atour d’Irving Brown : le Free Trade Union Committee, le Département d’Etat et la Scission syndicale française ». Cette stratégie était financée par le Département d’Etat US.

[38] A l’époque, les syndicats mondiaux étaient généralement dans l’orbite de la Fédération Syndicale Mondiale liée à l’URSS et au Parti Communiste. La mise en place de ces syndicats américains permettait de contrer cette influence soviétique. En 1992 il créé le parti des Travailleurs, avec une bonne partie de membres issus de son courant.

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[39] Cf. Frédéric Charpier, « La CIA en France, 60 ans d’ingérence dans les affaires françaises », Seuil, 2008. Irving Brown a rencontré William Donovan, patron de l’OSS (et futur patron de la Fondation Ford) en 1943. Mais Brown n’était pas le seul leader syndical US à travailler pour l’armée pendant la guerre et même après.

[40] Belin, responsable de la CGT avant la guerre, était très proche de Jacques Barnaud. De 1940 à 1942, il était ministre du Travail de Pétain, cumulant avec le ministère de la production industrielle. Il a largement contribué à la rédaction de la Charte du travail et a dissous les organisations ouvrières en novembre 1940. Il a aussi signé la loi sur le statut des Juifs. A la Libération, le Conseil National de la Résistance voulait le juger mais il s’est enfui et planqué en Suisse. En 1949 il est mis hors de cause pour sa collaboration, tente de lancer un syndicat anticommuniste, la Confédération générale des Syndicats Indépendants, puis œuvre à la scission de la CGT en soutenant FO.

[41] Robert Schuman, qui était en Alsace l’homme de la famille Wendel (sidérurgie) a été sous-secrétaire d’Etat aux réfugiés sous Vichy, et il devait être arrêté pour être jugé en 1944 mais le ministère de l’Intérieur s’y est opposé car il a fait de la prison en Allemagne. Grâce à ses protections, il a pu se présenter aux premières élections de l’après-guerre.

[42] Des décrets lois pour réprimer le mouvement et empêcher les grèves sont passés, comme le licenciement après un certain nombre de jours d’absence « non justifiés ». La justice emprisonne et condamne à tour de bras, les syndiqués sont harcelés dans les entreprises et par la justice... D’ailleurs, le mouvement se termine en 1949 parce que la plupart des meneurs ont été virés par les Houllières. Ces décrets seront la cause de la grève de l’automne 1948, comme le rappelle l’article « La grève des mineurs de l’automne 1948 en France » : « La grève trouve son origine dans les trois décrets-lois pris par le ministre Robert Lacoste en septembre afin de résorber l’absentéisme, et qui remettent en cause les garanties prévues par le statut des mineurs. De nouvelles mesures peuvent contraindre les mineurs silicosés à travailler, tandis que les indemnités de maladie sont diminuées, les retraites menacées, et que les délégués mineurs voient leur possibilité d’action fondre ».

[43] Lovestone était très intéressant : il a été très tôt nommé à la direction du Parti Communiste Américain dans les années 20, avant de créer un parti dissident tendance trotskiste, puis de devenir anti-communiste, et de se lancer dans le syndicalisme à l’AFL, l’American Federation of Labour. Après la guerre, ce spécialiste des coups tordus entre en parallèle au service de la CIA dont il devient un personnage important, et recrute Irving Brown. L’AFL et la CIA auraient collaboré de 1948 à 1968. A la fin des années 50, Lovestone travaille avec James Angleton, le chef du contre-espionnage US, et transforme les syndicats sur lesquels il a la main à travers le monde en agences de renseignements.

[44] Le FTUC a été créé en 1944 par l’American Federation of Labour (AFL), pour disposer d’une structure internationale apte à mettre en place une organisation syndicale internationale non communiste et placée sous leadership US. Frédéric Charpier dans « La CIA en France » explique que lors de sa création, « Le FTUC disposera d’un budget distinct de celui de l’AFL, et ses comptes ne mentionneront aucune de ses opérations financières ». Quant à son budget, il venait en partie du gouvernement américain, en partie de donateurs privés. Le premier secrétaire du FTUC était évidemment Jay Lovestone. En fait, il est financé par l’OPC.

[45] André Lafond a commencé au parti communiste avant de glisser à la SFIO tendance trotskiste. En 1936 il quitte la SFIO et rejoint le Parti Communiste International (non stalinien). Il a ensuite rejoint Force Ouvrière où il faisait partie des dirigeants actifs à l’international.

[47] Le patron de l’OPC Frank Wisner était en réalité le seul « donateur individuel » du FTUC, versant 203.000$ en 1949 (cf. « Histoire secrète du patronat », p. 69).

[48] L’anecdote est rapportée par Frédéric Charpier dans « La CIA en France ».

[49] Ce qui fut manifestement fait très vite : en 1952, la puissance du PCF avait été réduite de moitié dans la presse. Car, « A la Libération, 45% des journaux et imprimeries – confisqués par les socialistes, les démocrates-chrétiens du MRP et les communistes, étaient tombés aux mains du PCF » (cf. « Histoire secrète du patronat »).

2019-11-04 00_27_14-Une exposition temporaire dédiée à Jean Baylot au Musée de la GLNF - YouTube - O

[50] Cf. « Noir Chirac », Baylot et Trestournel, membre de la GLNF, « En 1980, tous deux poussent à la tête de la GLNF Jean Mons, ancien directeur de cabinet des présidents du Conseil Léon Blum et Paul Ramadier - celui qui a négocié l’implantation du stay behind en France ». Baylot collectionnait les objets francs-maçons et une exposition a même été organisée en 2017 au musée de la GLNF. Sur une vidéo de l’exposition publiée sur la chaîne Youtube de la GLNF, Baylot y est présenté comme « l'une des personnalités majeures de la Franc-Maçonnerie du XX° siècle ». Son parcours chez les frangins est également présenté en détail : « Initié en 1921 au Grand Orient de France, il y fonda, en particulier, la Loge « Europe Unie » en 1953, qui décida de travailler au Rite Écossais Rectifié [Celui des US et des anglais].

Membre du Conseil de l'Ordre du Grand Orient, il quitta celui-ci en 1959, suivi par la Loge « Europe Unie » à la majorité de ses membres et rejoignit la G.L.N.F. Grand Maître Provincial d'Aquitaine, il fut le fondateur et le premier Vénérable Maître de la prestigieuse Loge nationale de recherche « Villard de Honnecourt » n°81.

Dans les Ordres maçonniques, il fut également Grand Prieur du Grand Prieuré des Gaules (R.E.R.), 33° degré du R.E.A.A. et membre actif du Suprême Conseil. Il fut enfin un écrivain maçonnique de haute lignée, dont il faut citer naturellement « la Voie substituée » (1968) magistrale démonstration de la déviation politique de la Franc-Maçonnerie française, mais aussi « Histoire de la G.L.N.F. » (1963) ou « La Franc-Maçonnerie traditionnelle dans notre temps » (1972).

Depuis 1976, une Loge de la G.L.N.F. porte son nom. Elle a été réveillée récemment. »

[51] Par exemple le Bulletin d‘études et d’informations politiques et internationales, édité depuis 1949, et qu’il a dirigé.

[52] Albertini a été « condamné le 21 décembre 1944 pour « intelligence avec l’ennemi », à 5 ans de travaux forcés, à l’indignité nationale et à la confiscation de ses biens », rappellent Colombat et Servenay.  Cela, pour avoir été durant deux ans, de 1942 à 1944, secrétaire général du Rassemblement National Populaire et chef de cabinet de Marcel Déat, alors ministre du Travail du Vichy. En 1948 il obtient une grâce du président Vincent Auriol.

[53] Autre exemple de la prose de l’éminent Albertini : (cité par Colombat, Servenay et leurs co-auteurs de « Histoire secrète du patronat »)  En 1942 alors qu’il est secrétaire général du RNP de Déat, il écrit dans la feuille de chou du aprti, le National Populaire, que « Il ne convient pas seulement de souhaiter la victoire de l’Allemagne. C’est la terreur qu’il faut mettre à l’ordre du jour. Cela veut dire qu’il faut une loi, des suspects, des exécutions capitales. Le sang doit couler en France ». Et il coula. Et Albertini fit une bvrillante carrière au cœur de pouvoir politique.

[54] Selon « Cet étrange Monsieur Blondel » de Christophe Bourseiller.

[55] Cf. « L’Orchestre Noir » de Frédéric Laurent, p. 44.

 

Parties précédentes:

 

Magouilles et corruption des élites - Partie 3 : recyclage des collabos dans la banque et l'industrie - donde vamos

Dans les précédentes parties, nous avons vu que les milieux financiers avaient financé l'Allemagne Nazie, qu'après la guerre les mêmes Nazis ont été choyés par les Américains, et que lorsqu'ils ont mis en place les services secrets en Europe, les US en ont profité pour y recycler plein de nazis et collabos.

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Magouilles et corruption des élites - Partie 2: Le sabotage de la dénazification - donde vamos

Les citoyens relèvent la tête, il est temps de contribuer à diffuser des outils de lecture du monde actuel. Car, si nos dirigeants nous enfoncent dans la mondialisation et l'ultra libéralisme économique et financier, ce n'est pas par pragmatisme (on l'a bien compris au vu des résultats économiques et sociaux désastreux de ces politiques), mais par idéologie.

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Magouilles et corruption des élites - Partie 1 : La 2e Guerre Mondiale, œuvre du fascisme financier - donde vamos

Les citoyens relèvent la tête, il est temps de contribuer à diffuser des outils de lecture du monde actuel. Car, si nos dirigeants nous enfoncent dans la mondialisation et l'ultra libéralisme économique et financier, ce n'est pas par pragmatisme (on l'a bien compris au vu des résultats économiques et sociaux désastreux de ces politiques), mais par idéologie.

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29 octobre 2019

Réseaux pédocriminels: un ex policier anglais raconte comment les affaires sont étouffées

2019-10-29 20_36_41-Pédophilie organisée _ un inspecteur lanceur d'alerte témoigne - YouTube - Opera

Voici un témoignage important, celui d'un ancien policier anglais qui explique avoir été mis sur la touche suite à des enquêtes réussies sur des dizaines de pédophiles, et surtout sur un réseau. John Wedger a été viré de la police après avoir enquêté un peu trop loin sur les maltraitances et l'exploitation sexuelle des mineurs. 

 

Pédocriminalité organisée : un inspecteur lanceur d'alerte témoigne

Il parle d'enfants de 9 à 14 ans, prostitués, devenus accros, par le fait d'un réseau pédocriminel organisé autour d'une prostituée connue qui avait des relations (magistrats, flics, politiques...). 

A force, sa hiérarchie l'a menacé de prison, de poursuites infinies, de mesures de rétorsion diverses et variées. Il raconte que la protection des mineurs est le parents pauvre de la police (comme chez nous), sans moyens, sans soutien. 

Il explique comment les enfants sont amenés dans la prostitution, facilement puisque ce sont des enfants, souvent placés aux bons soins des sévices sociaux qui se fichent totalement de ce qu'il va leur arriver (certains enfants sont affichés comme recherchés dans les bureaux de police, précise John Wedger). 

On comprend que Wedger dénonce un système, qui combine maltraitances, services sociaux, justice, voire psychiatrie, et qui met hors jeu les victimes. Celles-ci ont alors de gros risques de subir divers nouveaux abus: prostitution, maltraitances psychiatriques, institutionnelles, familiales... 

Par ailleurs, ces réseaux rapportent beaucoup, et les pédocriminels sont nombreux. Une partie d'entre eux est au sommet de la hiérarchie sociale, à des postes de décision et d'influence qui leur permettent d'étouffer tous les dossiers dérangeants, en gardant sous le coude ceux qui pourraient permettre de faire pression. Ce n'est pas rien qu'on retrouve les services secrets dans les réseaux pédocriminels d'élite, et cela aussi bien en Angleterre, qu'en Belgique, aux Pays-Bas, en Afrique du Sud, en France (je ne peux pas mettre les liens mes articles ont été supprimés durant la campagne électorale de 2017 sans que je sache comment ni par qui), en Espagne et ailleurs.

Cela explique probablement, au moins en partie, pourquoi il est impossible de fixer un âge en-dessous duquel un adulte a l'interdiction d'avoir une "relation sexuelle" avec un mineur (la jurisprudence fixe actuellement cet âge à 5 ans).

 

Quelques affaires illustrant ce dont parle John Wedger

Cela rappelle diverses affaires qui ont été mises à jour avant d'être étouffées, impliquant des réseaux, dans lesquelles on retrouve presque systématiquement des VIP. Il en évoque d'ailleurs certaines, comme celle de Jersey, ou Ted Heath.

Ces réseaux ont des connexions internationales: avec les Pays-Bas tout d'abord, avec les Pays de l'Est, avec l'Asie du Sud Est, avec la France aussi d'ailleurs, comme l'a montré l'affaire Epstein qui s'est fait livrer deux mineures de 12 ans à londres depuis la france, fournies semble-t-il par son ami Brunel.

Le lien que fait Wedger avec l'affaire Dutroux est aussi très pertinent. Le dossier montre que tout a été fait pour minimiser les faits, assassiner certains témoins, en décrédibiliser d'autres, et faire taire tous ceux qui dénonçaient l'existence d'un réseau pédocriminel et de corruption organisé.