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26 novembre 2022

Procès en appel de Priscilla Majani: la justice refuse toujours d'entendre la parole de Camille et de sa maman

AIC COUR APPEL

Retour sur le procès en appel de Priscilla Majani, cette maman arrêtée en Suisse en février 2022 et condamnée pour dénonciation calomnieuse ainsi que non-représentation d'enfants en première instance à Toulon. Comme on pouvait s'y attendre, l'objet de l'audience n'était pas de comprendre pourquoi cette maman avait pris la fuite avec sa fille de 5 ans, mais de la faire passer pour une mère manipulatrice dont le seul but était d'éloigner sa fille d'un père aimant.

 

Il va sans dire que la thèse de la partie civile (Alain C.), reprise mot pour mot par la "justice" depuis dix ans dans cette affaire, ne tient selon nous pas la route: pourquoi une femme à la vie parfaitement équilibrée se serait-elle levée un beau matin, lâchant un emploi dans la fonction publique bien rémunéré, lâchant sa famille, l'ensemble de sa vie et de son confort, pour fuir dans la nature en 2011 avec sa fille de 5 ans? 

 

Funambulisme juridique

Selon la partie civile et la "justice", c'est parce qu'elle voulait éloigner un père modèle de l'enfant, pour des motifs qui n'ont pas été clarifiés, sauf à considérer que l'éternel "conflit parental" en est un. Bref, nous étions là en appel, pour refaire le cirque habituel avec une hostilité plus feutrée qu'en première instance mais néanmoins perceptible à chaque seconde de cette audience, digne de la justice qu'on connaît dans ces dossiers. 

2022-09-18 18_07_31-(15) Camille Chauvet , retrouvée vivante 11 ans après son enlèvement

Selon nous, les propos tenus par l'enfant de 5 ans étaient suffisamment inquiétants pour que sa maman tente de la protéger. Et comme celle-ci l'explique: "Quand j'ai vu que c'était moi qui me suis retrouvée en garde-à-vue et que je risquais un internement en psychiatrie, j'ai compris qu'on ne voulait pas écouter ma fille".

Et en effet, même le parquet a été obligé de reconnaître que l'enquête sur les viols, puisque la plainte était bien pour viol, a été des plus rapides: entamée le 17 janvier, elle se serait conclue le 26 février (de la même année!) par le placement de Priscilla Majani en garde-à-vue avec contrôle judiciaire pour elle et l'obligation de "rendre" l'enfant au géniteur, accusé par la fillette de violences sexuelles: ça se passe comme ça dans ce pays qui est si souvent appelé "Pédoland".

Le 2 mars Priscilla avait droit à un mandat d'arrêt, s'en sont suivies une condamnation en son absence, puis des procédures sans fin contre la famille de Priscilla, accusée de l'avoir aidée.

Que disait Camille, âgée de 5 ans? Que son père était maltraitant, négligent, et qu'il avait commis sur elle des agressions sexuelles, selon ce qui serait dans le dossier. Mais à ses proches elle a parlé de viols et d'autres choses. A 17 ans maintenant, Camille a porté plainte le 18 novembre en Suisse contre Alain C. pour violences physiques, psychologiques et sexuelles, espérant que la justice la croira.

L'audience a commencé à 15h 30 avec, comme d'habitude, une dizaine de policiers dans et autour de la salle pour une quinzaine de personnes venues soutenir Priscilla Majani (dont la moitié a été ejectée de la salle au cours de l'audience).

 

2022-11-25 17_30_053 Lara Clette _ Twitter - Opera

 Rien de bien exceptionnel lors de ce procès en appel. Nous savions que ces débats étaient surtout pour la forme, qu'on risquait fortement d'être dans la pure perte de temps, mais il y a quand-même eu quelques moments de flottement, comme :

  • 2022-11-25 18_29_02-Cinq ans de prison requis contre Priscilla Majani, accusée d'avoir enlevé sa fil

    Quand une avocate de la défense, Me Sophie Benayoun, a soulevé la question de la prescription pour les faits de soustraction d'enfant puis pour la dénonciation calomnieuse,
  • Quand cette avocate a demandé la jonction des procédures de dénonciation calomnieuse, non représentation d'enfant et soustraction d'enfant,
  • Ou encore quand elle a fait valoir que le mandat d'arrêt du 2 mars 2011 ne valait pas une mise en examen. A cette occasion, l'avocate a été obligée d'improviser un cours de droit de la procédure pénale à l'attention des magistrats et de la partie civile. Mais entre le droit et son interprétation, dans ce pays, il peut y avoir un gouffre. 
  • Quand elle a évoqué un document du 26 septembre 2013 : une décision d'un procureur de mener des poursuites contre Priscilla, qui n'est pas clair, pas signé, et dont on ne sait pas à qui il a été adressé. Bien-sûr, a-t-elle précisé, "je ne remets pas en cause l'authenticité de ce document". Selon le tribunal, ce document serait "un acte d'instruction" et signifie qu'une enquête allait être lancée et cela interrompt la prescription pour la dénonciation calomnieuse. 
  • Quand on comprend que les pièces telles que les certificats médicaux de Camille ont encore disparu du dossier.
  • Quand la libération conditionnelle de Priscilla Majani a été demandée en fin d'audience (de fait elle est libérable depuis plusieurs semaines)
  • Quand la fille aînée d'Alain C. est venue témoigner du comportement hallucinant de l'individu
  • Quand son ex compagne est venue expliquer, de manière extrêmement nuancée, l'horreur de la vie avec Alain C, entre insultes, violences physiques et psychologiques.
  • Quand l'ancienne directrice de l'école de Camille est venue expliquer que l'adolescente était parfaitement équilibrée et ne parlait d'Alain C. que de manière négative
  • Quand une pédopsychiatre qui a suivi Camille a expliqué posément malgré des attaques mesquines de la partie civile que selon elle Camille manifestait un trouble post-traumatique
  • Quand il a été question du classement sans suite, jamais trouvé dans le dossier, de la plainte pour viols déposée en 2011, et qui permettrait d'accuser Priscilla Majani de dénonciation calomnieuse. De plus comme elle ne l'a jamais reçu, elle n'a jamais pu contester le classement sans suite et faire appel. On comprend qu'il ne figure toujours pas dans le dossier mais qu'on va faire comme si.
  • Quand l'avocat de la partie civile explique qu'il est en contact avec la curatrice de Camille en Suisse. On comprend mieux pourquoi elle interdit à Camille de parler à qui elle veut.

 

De la justice dans un pays où seulement 382 personnes sont condamnées pour viol sur mineur en 1 année

2022-11-25 20_05_52-Toulon _ Une mère jugée en appel pour non-présentation d’enfant après onze ans d

La présidente du tribunal a bien montré qu'elle n'était pas là pour écouter Priscilla, ne cessant de l'interrompre tout en lui enjoignant de répondre à ses questions. Une hostilité dont on a l'habitude dans ces dossiers, et il est vrai que par moments on se demandait si on était au procès de Priscilla ou à celui de la victime de cette affaire, c'est-à-dire Alain C. Parce que cet individu toujours prompt à s'exprimer dans les médias aime se faire passer pour un père aimant, soucieux du bien-être de sa fille, en contact avec ses enfants d'un précédent mariage, dans l'harmonie et la bonne humeur. On a vu ce mercredi que cette version n'a rien à voir avec celle des intéressés. 

Il aurait pu lui aussi faire venir des témoins pour expliquer à quel point il est admirable.

La présidente a entrepris de lire les auditions de Camille réalisées le 6, 7 et 18 janvier 2011, dont elle considère qu'elles ne prouvent rien puisque selon son analyse Camille sourit ce qui veut dire qu'elle n'a pas subi les violences de son père. Que Camille parle des coups répétés de son géniteur, qui lui "fait tout le mal de la terre", qu'elle puisse décrire le zizi de son père et le comparer à celui d'autres hommes, qu'il a essayé de lui faire toucher son zizi, et qu'il l'a violée lors de sa dernière audition?

Selon la juge les propos de l'enfant ont évolué, "Camille dit tout et son contraire", il s'agit d'un "discours récitatif" (cf. examen psy ordonné par la justice, qui parlerait même d'un "ton inadéquat" de la fillette de 5 ans), et en plus un examen médical très light réalisé 15 jours après la dernière visite chez son père n'ayant trouvé, alors : RAS. 

Il faut dire que l'expertise de la psychologue, lue dans les longueurs par la présidente du tribunal car il s'agit d'une pièce maîtresse de l'argumentaire à charge, concluait que tout ça n'était qu'une histoire de "conflit parental" et que le problème de Camille, c'était sa mère. Du pain bénit que le tribunal n'est toutefois pas obligé de prendre pour argent comptant, d'autant que le parti pris de cette expertise est évident.

Il a aussi été question de mère trop "fusionnelle", un thème qui revient systématiquement depuis quelques années, et même au coup du "syndrome d'aliénation parental", cette invention de Richard Gardner qui sert à défendre les pédos depuis des années mais n'a toujours aucune reconnaissance scientifique puisqu'il a fait lui-même ses études sans que personne ne puisse reproduire ses résultats.

Concernant l'audition de Camille par la police, la présidente a souligné que le policier devait poser des questions à Camille, et qu'elle ne parle pas spontanément, comme si une fillette de 5 ans devant un policier en uniforme, qui ne comprend rien à ce qui lui arrive, va se mettre à déballer un récit circonstancié et chronologique de ce qu'elle vit et dont elle a déjà parlé à plusieurs personnes, médecins compris.

2022-09-18 17_34_46-Toulon_ prison ferme pour Priscilla Majani, condamnée pour l'enlèvement de sa fi

Tout le monde -sauf peut-être les juges, - sait qu'un enfant commence toujours par parler de ce qui lui fait le moins peur. C'est seulement quand il est en confiance qu'il peut éventuellement dire le plus grave. C'est je pense la raison pour laquelle il est officiellement recommandé de ne faire qu'une seule audition filmée, et de moins de 20 mn: si dans ce laps de temps l'enfant parle, il est fort. 

A un moment, on nous a diffusé un passage d'1 ou 2 minutes d'une audition de Camille, dans laquelle on voit qu'elle a envie de jouer et de passer à autre chose, et où elle ne parle pas vraiment, puis la présidente demande à Priscilla Majani, dans le box des accusés : "Est-ce que vous trouvez que c'est très spontané tout ça?". Priscilla a tenté de répondre, mais la juge l'a coupée: "Vous aussi vous avez du l'interroger"

Priscilla: C'était très difficile, j'aurais préféré ne jamais entendre ça...

La juge la coupe encore: Vous ne pensez pas que vous pouvez lui suggérer des choses? (Cette magistrate reprochera ensuite les questions "fermées" réalisées lors de l'audition de Camille.)

2022-11-25 22_33_04-_priscilla majani_ - Recherche Google - Opera

Priscilla: Mais c'est insupportable à entendre! On a envie de se boucher les oreilles.

Elle explique "je vivais très mal cette époque parce que je récupérais ma fille dans des états lamentables, elle avait des bleus, des marques, et personne ne m'écoutait"

La juge l'a à nouveau coupée, lui reprochant de "monopoliser la parole". C'était peut-être la première phrase complète avec subordonnée qu'a pu terminer Priscilla Majani depuis le début de l'audience. Il était temps de passer sur le terrain de la "religion", avec cette accusation larvée selon laquelle Priscilla était dans une secte et a mis sa fille dedans.

Puis on revient sur le ton "détaché" de Camille lors de l'audition, qui semble être pour la présidente une preuve qu'il ne s'est rien passé. Priscilla Majani a tenté de répondre qu'"il y a des explications à ça, il y a des enfants qui peuvent avoir un ton détaché..." mais elle a été coupée encore une fois : "ça c'est votre avis". Ce sera aussi celui de la pédopsychiatre citée à témoigner par la défense, mais tous les propos des témoins ont été balayés d'un revers de main. On va y revenir.

La présidente est passée au signalement de l'hôpital Trousseau qui selon elle ne prouve pas des viols répétés, ce qui est vrai. Mais il souligne que l'enfant est en danger et demande qu'une enquête soit menée au sujet des propos de Camille.

L'avocat d'Alain C. a ensuite repris l'argumentaire, reprochant au passage à Priscilla d'avoir parlé à Stan Maillaud dans une vidéo, là encore d'un ton détaché (décidément!), vidéo envoyée le matin même au tribunal et que la défense n'a pas pu consulter, et revient à son tour sur l'histoire de la religion parce que Camille aurait déclaré que son père était méchant parce qu'il ne croyait pas en dieu. On aurait aimé le contexte et des approfondissements sur ces propos d'une enfant de 5 ans, pour lesquels on peut facilement trouver d'autres explications qu'une dérive sectaire de sa mère.

Priscilla a tenté de répondre mais la juge l'a coupée.

 

 

Les témoignages qui cassent le mythe du père parfait

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Alors qu'Alain C. se répand dans les médias (principalement dans Var Matin il est vrai mais pas seulement [1]), trémolos dans la voix, pour pleurer sur son triste sort et détruire l'image de Priscilla Majani (ce qu'on peut comprendre vu sa situation), nous avons eu l'occasion d'entendre un autre son de cloche. 

En première instance, où il n'y avait aucun témoin, Alain C. déclarait qu'il avait d'excellents rapports avec ses enfants d'un premier mariage et avec son ancienne compagne, mais cette dernière et sa fille sont venues dire le contraire devant le tribunal. Il disait que Camille était "foutue", on a entendu qu'elle se sent très bien et qu'elle va bien.

Mais on a failli ne pas les entendre car les témoins n'ont pas été cités à comparaître, et l'avocat de la partie civile a tenté de faire valoir un argument juridique des procédures de divorce pour éviter qu'ils ne s'expriment.

Et en première instance, leurs témoignages écrits ont été écartés.

2022-11-26 14_44_08-Enlèvement de Camille Chauvet_ début du procès en appel de la mère - Opera

Me Sophie Benayoun a expliqué que comme Alain C. est partie civile, cet argument ne vaut rien et que les droits de la défense impliquent d'entendre les témoins de la défense. Là-dessus, le tribunal a pris une pause pour décider si les témoins allaient être entendus, il était 17h30.

 

Témoignage de la fille et l'ex épouse d'Alain C.

Vers 18h l'audience reprend avec l'audition de la fille aînée d'Alain C. âgée d'une quarantaine d'année et mère de famille. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle n'a pas été aidée à s'exprimer par la présidente, qui lui a dit de faire sa déclaration et qu'après on lui poserait des questions. Impressionnée, elle a quand-même raconté son vécu: "Je suis là pour témoigner de comment mon père se comportait quand j'étais enfant, mais je ne sais pas par où commencer. J'ai été victime de maltraitances psychologiques de la part de mon père. Il y avait beaucoup d'insultes, des violences, des menaces même des menaces de mort. J'avais peur pour ma mère, j'avais peur pour mon frère..."

Elle décrit un climat pesant, des violences contre sa mère, les propos sexuels en permanence, les bouffées d'air quand il s'absentait, heureusement souvent. "Les insultes étaient souvent à caractère sexuel, il y avait un climat de peur, de sexualité. Il disait tout le temps qu'il avait eu deux putes et un pédé, qu'à 18 ans je devrai faire le tapin pour survivre... il insultait beaucoup notre mère... Il faisait des crises de rage, il pouvait nous balancer une assiette au visage... Priscilla nous a rendu un grand service en l'éloignant de nous". Elle parle aussi d'insultes, notamment antisémites, et du dénigrement contre ses enfants à elle.

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Question de la présidente: Dans quelles conditions êtes-vous venue aujourd'hui?

Le témoin répond simplement: "Quand j'ai vu que ma demi sœur avait été arrêtée j'ai contacté son avocate"

Interrogée par Me Guedj-Benayoun, l'autre avocate de Priscilla Majani, elle explique qu'encore aujourd'hui quand elle entend le bruit d'une voiture diesel similaire à celle d'Alain C., de nombreux mauvais souvenirs lui reviennent. Elle raconte comment en 2008 il est revenu vers eux: "J'ai cru qu'il avait changé. Puis je me rendu compte que ce n'était pas le cas".

L'ex épouse d'Alain C. est ensuite venue à la barre, et n'a pas été aidée non plus à s'exprimer. Cette femme très calme et posée raconte quand-même que vers 1983-1984 Alain C. "est devenu très difficile. Il a commencé par m'interdire de parler aux voisins puis ça a été crescendo, avec les menaces, les insultes". Il dormait "avec un pistolet", il avait sans cesse des "gestes déplacés envers ses enfants"...

2022-09-18 18_05_49-(15) Procès Capitaine Priscilla Majani au Tribunal de Toulon

On comprend que le témoin n'a pas envie de se replonger dans ce passé, et que beaucoup d'eau a coulé sous les ponts fort heureusement. La présidente saisit l'occasion pour conclure: "comment êtes vous arrivée ici? C'est Madame Majani qui vous a sollicitée?"

- Pas du tout.

Elle revient rapidement sur "le climat de violence", les "réflexions en-dessous de la ceinture" en permanence, puis l'avocat d'Alain C. lui demande pourquoi elle a fait une attestation en sa faveur en 2008 puis en 2011, ce à quoi elle répond qu'elle reconnait avoir eu une phrase maladroite. Puis l'avocate de Priscilla mentionne une déclaration faite par le témoin, selon laquelle Alain C. était un jour parti avec la fillette, et "a dit qu'il voulait tuer Camille et se suicider". 

- Vous savez il m'a dit tellement d'horreurs pendant des années...

 

Le témoignage de Camille: "Depuis, je n'ai pas arrêté d'être heureuse"

2022-11-26 15_03_18-affaire camille chauvet - Recherche Google - Opera

Vient ensuite le témoignage vidéo de Camille, qui explique que sa mère l'a protégée, qui raconte les négligences de son père dont elle se souvient encore, les coups, d'avoir été laissée longtemps dans un placard, des séances où ,elle était obligée de regarder des films avec des meurtres, les menaces quand il lui disait qu'il tuerait sa mère si elle parlait.

Elle dit, à 17 ans aujourd'hui, qu'elle se rappelle parfaitement qu'à l'époque elle avait parlé de ce qui lui faisait le moins peur (ce qui est comme on le sait un comportement NORMAL des enfants dans ces circonstances). Elle se rappelle aussi des policiers "qui rigolaient" pendant une des auditions, en 2011, qu'elle a "été très soulagée" quand sa mère est partie avec elle, et ajoute : "Depuis je n'ai pas arrêté d'être heureuse".

Elle s'est même sentie obligée de préciser que la religion protestante n'est pas une secte.

Camille se souvient très bien du jour où elles sont parties, c'est encore un jour marquant dans sa vie, pas du tout associé à de la tristesse ou de la peur, bien au contraire. Elle dit: "Je savais la raison de notre départ sans que ma mère n'ait eu à me l'expliquer (...) Avec ma mère à mes côtés, je me suis sentie heureuse et en sécurité. Notre départ a été le plus beau jour de ma vie".

Puis elle revient sur les procédures auxquelles sa mère fait face depuis plus de 10 ans, et ajoute : "J'aurais voulu être crue par la justice en 2011".

Autant vous dire que ce témoignage n'a suscité aucun commentaire de la présidente, du procureur et de la partie civile: pourquoi la parole de Camille aurait-elle plus de poids aujourd'hui qu'en 2011? 

Elle va cependant tenter de se faire entendre puisqu'elle a porté plainte. 

2022-11-26 14_53_09-Onze ans après avoir été portée disparue, sa fille est retrouvée la semaine dern

Après la vidéo, la présidente du tribunal demande à la victime (Alain C.): "Selon vous pourquoi elle vous accuse de tout ça?"

- Je pense que c'est pour avoir la garde exclusive, répond-il, avant d'expliquer à quel point il est malheureux et "fatigué de tout ça".

- Est-ce que les contacts ont repris avec Camille? demande la présidente, relançant les lamentations de la partie civile.

Alain C. explique que non, qu'avant ils étaient très proches, et que la vidéo c'est parce qu'on lui a dicté les choses. Il répète qu'il est fatigué et et considère que "Camille est détruite par sa mère"...

 

Témoignage d'une enseignante et de la pédopsychiatre de Camille

2022-11-26 20_10_47-La petite Camille retrouvée 11 ans après son enlèvement

Le 3e témoin était une directrice d'école suisse, où Camille a été scolarisée durant 3 ans jusqu'en 2020. Elle explique que Priscilla Majani était très impliquée dans l'éducation de sa fille et la vie de l'école, que Camille travaille bien et a de bons résultats, qu'elle a une personnalité équilibrée, mature, qu'elle est capable comme tout adolescent de s'opposer à sa mère, et que Priscilla aussi est "parfaitement équilibrée".

Ce témoin était aussi la personne de contact chez qui Camille devait se rendre en cas de problème, et elle a été interrogée au sujet de la plainte déposée le 18 novembre par Camille probablement pour lui faire dire que Camille avait été instrumentalisée, ce à quoi elle répondu qu'il s'agissait d'une "demande personnelle" et que "depuis l'arrestation de sa mère elle veut porter plainte". 

L'avocat de la partie civile a tenté d'attaquer la directrice d'école, parce qu'elle savait que Priscilla était en fuite. Mais en Suisse, répond-elle, ce qui prime c'est la scolarité et les droits de l'enfant quelle que soit la situation de ses parents.

Le dernier témoin à s'exprimer, il était alors 18h 45, était la pédopsychiatre qui a suivi récemment Camille pendant plusieurs années, en Suisse. Elle a été assez malmenée d'entrée de jeu par l'avocat d'Alain C. et n'a pas été mise à l'aise par la présidente qui lui a lancé: "Allez-y je vous écoute, sans lire vos notes. Vous pouvez faire une déclaration spontanée", mais le témoin préfère répondre aux questions.

2022-09-18 18_08_30-(15) Camille Chauvet , retrouvée vivante 11 ans après son enlèvement

L'avocat d'Alain C. s'est donc lancé sur un sujet qui n'a rien à voir avec la procédure ou avec Camille, à savoir la participation de la pédopsychiatre à des événements évangéliques. Probablement encore cette histoire de secte... Interrogé par Me Guedj-Benayoun, avocate de Priscilla, cette professionnelle parvient à revenir sur l'affaire et explique qu'elle a suivi Camille pour l'accompagner dans sa vie présente et a identifié chez elle des signes de stress post traumatique. Elle précise qu'elle n'a volontairement pas investigué sur la mémoire traumatique de Camille pour ne pas la réactiver et que cela puisse être fait par la justice ou si Camille en a besoin, dans les meilleures conditions possibles. 

Me Guedj Benayoun lui demande: Est-ce qu'elle semblait sous influence?

- Elle avait une intelligence supérieure à la norme et savait s'affirmer. Je n'ai jamais eu l'impression d'un discours copié-collé, d'une simulation ou d'une collusion autour des propos de Camille. Pour moi, Camille est parfaitement individuée. C'était un discours spontané compatible avec des maltraitances mais je n'ai pas enquête à ce sujet car ce n'était pas l'objectif.

La pédopsychiatre ajoute qu'elle a identifié la présence d'une amnésie post-traumatique, des cauchemars récurrents, que Camille donnait des informations "circonstancielles qui n'étaient pas amenées par la maman", et elle se rappelle que Camille "n'a jamais voulu appeler son père, son "père", elle l'appelait "machin" avec un fort sentiment de dégoût".

Interrogée par la présidente, le témoin explique que ce n'est pas parce qu'un enfant sourit lors d'une audition qu'on doit en conclure qu'il n'a rien subi, parce que "le sourire de l'enfant peut masquer un traumatisme, ça peut être une défense", et que le fait de passer du coq à l'âne serait plutôt un symptôme de trauma.

La présidente, d'un ton péremptoire  : Mais vous ne savez pas ce qu'a vécu l'enfant entre ses 5 et ses 12 ans.

 

Conclusions

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Arrivés vers la fin de l'audience, la présidente a tenté de démontrer que Priscilla a inventé les accusations de violences sexuelles et préparé sa fuite bien avant sa garde-à-vue. Priscilla Majani a expliqué qu'elle s'est sentie acculée: "j'ai porté plainte le 18 janvier 2011 et le 21 l'enquête était close. J'ai voulu trouver quelqu'un qui écoute ma fille et je suis allée avec elle à Paris à l'hôpital Trousseau", qui a d'ailleurs fait un signalement, égaré pendant des années.

A un moment, sans qu'on comprenne bien comment le sujet était arrivé sur le tapis, la présidente s'est lancée dans une invective des gens "négatifs à l'égard de la justice", surtout ceux qui oseraient dire "qu'il y a des magistrats pédophiles" (la magistrature serait donc la seule professions sans aucun pédocriminel malgré les faits divers récurrents dans ce domaine, comme ce juge de Dijon qui a proposé sa fille de 12 ans sur un forum échangiste et qui a bénéficié d'une clémence hallucinante de la part de ses confrères).

Priscilla Majani tente d'expliquer qu' "il est difficile de faire reconnaître les abus sexuels à l'égard de la justice. pour moi c'était légitime de croire et de défendre ma fille même si j'ai du quitter le pays et vivre 11 ans dans la clandestinité".

La présidente : Mais ici est-ce que vous pensez avoir à faire à la mafia?

Les arguments de Priscilla pour expliquer qu'elle n'avait pas anticipé sa fuite ne sont pas entendus et la magistrate considère que Priscilla a cherché à éloigner sa fille du père, pas à la protéger.

C'est aussi la thèse de l'avocat d'Alain C., qui dit dans sa plaidoirie que dès la séparation, Priscilla Majani a tenté d'écarter Camille de son client, et qu'elle n'a cessé de lancer des accusations contre lui. Elle serait partie sans aucune raison, ou alors "la raison est simple: elle est dans la nasse, elle allait perdre la garde et la résidence", dit-il, ce qui est aussi la version de l'accusée, finalement: c'est quand elle a compris que la procédure tournait à l'avantage du père, accusé de violences diverses par sa fille, qu'elle a pris la décision de partir.

2022-11-26 19_57_40-Rapt - Le père de Camille est à Morges pour récupérer sa fille - Le Matin - Oper

Puis il s'en prend à son tour aux soutiens de Priscilla, se plaignant que le dossier soit entre les mains de tout le monde, ce qui n'est évidemment pas le cas, et que tout le monde cherche seulement à "nuire" à Alain C. Or, personne ne connaît Alain C. parmi les soutiens de Priscilla et Camille, et il faudrait être malade pour vouloir s'en prendre à un parfait inconnu dans le seul but de lui nuire: nous n'en sommes évidemment pas là, et sommes obligés de constater que l'avocat fait preuve ici d'une forme de paranoïa.

Il explique être en contact avec la curatrice de Camille en Suisse qui serait "folle furieuse" (ah bon?) que Camille ait été sollicitée directement pour témoigner (comprendre: sans demander l'autorisation de la curatrice), si bien qu'elle a "interdit tout contact" entre Camille et les soutiens de sa mère. Ambiance.

Enfin, l'avocat déclare que "depuis 11 ans Camille est manipulée" (on a hâte de voir le moindre élément dans ce sens) et qu'elle "est obligée d'aller dans le même sens que sa mère", qu'elle n'a pas vue depuis près de 10 mois, avant de s'en prendre à l'un des soutiens de Priscilla Majani qui a écrit sur son blog au sujet de l'affaire puis aux vidéos de Maillaud,

 

Le procureur: pas d'état de nécessité

2022-11-26 20_07_16-(90) Le témoignage du père de Camille, retrouvée onze ans après son enlèvement -

Le réquisitoire du procureur a été particulièrement laborieux (facilement 45 minutes). Il a commencé par dire que "c'est un dossier hors normes qui stigmatise toutes les dérives actuelles de la société" (suivez son regard vers les soutiens de l'accusée) et qu'il n'a pas apprécié de recevoir des pièces du dossier jusqu'à la veille. Parlait-il des vidéos envoyées par la partie civile?

Puis, solennel, il poursuit: "Je crois à l'Etat de droit et à la qualité de notre justice" (et là on pense très fort qu'il est libre de ses croyances), puis rappelle que ce tribunal est bien gentil d'avoir accepté la jonction des procédures et donc des peines ainsi que de laisser tomber la procédure pour non-représentation d'enfant, puis il présente sa chronologie du dossier.

Il admet tout de même que "Certaines plaintes pénales ont été instruites peut-être trop rapidement" (on ne lui fait pas dire), et que "l'enquête présente des insuffisances" (c'est bien ce que dit Priscilla Majani).

2022-11-26 20_13_34-11 ans après son enlèvement à Carqueiranne, Camille soutient sa mère et accable

Il parle de "tensions dans le couple" (ce bon vieux "conflit parental"), les "mains courantes dans les deux sens", des plaintes pénales et ajoute : "je suis d'accord pour dire que la plainte pour viol a été instruite trop rapidement". Selon lui on "ne peut pas tirer grand chose des auditions" car "Camille dit tout et son contraire" et "finalement il y a des choses qui lui ont été suggérées". Cela en se basant sur la vieille expertise psychologique datant de 2011 qui est l'élément-clé pour écarter les témoignages passés et actuels de Camille et considérer in fine qu'elle ment.

Pour le procureur, donc, "L'expertise psychologique est très importante" et la mention d'un "discours récitatif" de l'enfant lui rappelle "le SAP", ce "syndrome d'aliénation parentale" qui on l'a dit est un bouclier à pédos qui permet de dire que la mène à poussé l'enfant à dénoncer son père. Bref, il considère que Priscilla Majani "n'a pas accepté que le père ait des droits" et que c'est parce qu'elle "a échoué sur le plan civil et pénal" qu'elle a "soustrait l'enfant au père", en s'organisant "de longue date".

Il a qualifié Priscilla de "procédurière née" (sic.), lui reprochant ses plaintes pour violences conjugales (l'une a été retirée parce qu'elle avait réussi à quitter le domicile, une autre a été classée sans suite), pour la garde puis pour les viols sur sa fille. Selon lui son intention "était d'avoir l'autorité parentale exclusive", pas du tout de protéger sa fille. Il a aussi beaucoup insisté sur un "réseau" qui d'après lui serait nécessaire pour que la fuite de Prescilla Majani et de sa fille ait pu durer si longtemps. Mais jusqu'à présent seule la maman, âgée, de Priscilla, a été condamnée pour avoir apporté un soutien et aucun "réseau" n'a été présenté jusqu'à présent.

2022-11-26 20_18_12-Fait divers franco-suisse_ «J’espère que ma fille Camille se réveillera un jour»

Le procureur précise que "cette mouvance ne m'impressionne pas" sans qu'on comprenne bien de quelle mouvance il s'agit. 

Selon le parquet, les témoins venus déposer ont aussi tous menti, et "étaient bien plus proches de Priscilla Majani qu'ils ne l'ont dit, mais je n'ai pas de preuves". De fait il n'y a aucune preuve alors pourquoi de telles suppositions? Il n'y avait donc selon lui pas d'état de nécessité, juste un "mépris absolu des décisions de justice".

Il a longuement donné sa vision du dossier puis conclu contre tout évidence et surtout sans aucun élément allant dans ce sens bien au contraire, que Camille était traumatisée par la séparation d'avec Alain C. qu'elle n'a pourtant jamais réclamé en 11 ans, auprès de personne. Jamais. Et il a requis 4 ans fermes et 1 an de sursis, avec une "obligation de soins". Paf, comme ça. Comme s'il ne s'était rien passé à l'audience, comme si ces ces 7 heures de débats absolument stériles n'étaient que pour la forme.

Les avocates de Priscilla ont plaidé la relaxe, l'état de nécessité, rappelant que Priscilla n'a pas échafaudé une stratégie pour priver sa fille de son père, lançant en connaissance de cause de fausses accusations, mais qu'elle a simplement rapporté les propos de sa fille et cherché à la protéger avec les moyens dont elle disposait.

Le jugement sera rendu le 4 janvier 2023.

 

Impunité institutionnelle

Avant ce procès, j'ai été vérifier où nous en sommes en matière de prise en compte de la parole des mineurs victimes de viols par la "justice". Eh bien c'est édifiant: on a réussi à faire pire qu'à l'accoutumée, avec seulement 382 personnes condamnées pour viol sur mineur en 2020 -dont seulement 250 ont été en prison) contre 530 en 2019. Et pour les majeurs ce n'est pas mieux: 348 condamnations pour viol.

 

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La même année (2020) on enregistrait 6800 auteurs potentiels de viols sur mineurs qui ont été identifiés. Dont seulement 30% ont été poursuivis (on doit donc avoir autour de 70 % de classements sans suite).  Conclusion: selon la "justice," 95% des enfants qui se disent victimes de viol sont des menteurs.

On voit donc que la volonté générale est de minimiser, voire de nier l'ampleur des violences sexuelles contre les enfants et les adolescents, premiers à devoir être protégés dans une société civilisée. Et encore une fois il faut interroger les pouvoirs législatif et judiciaire: que doit faire un parent à qui son enfant parle de viols et autres éléments qui seront peut être évoqués plus tard, et qui constate que c'est sur lui que la justice s'acharne? 

L'état de nécessité n'est jamais pris en compte par la justice: mais s'il ne vaut pas dans un cas pareil autant l'effacer du code pénal. L'état de nécessité consiste, " face à un danger actuel ou imminent qui menace elle-même, autrui ou un bien", à réaliser "un acte nécessaire à la sauvegarde de la personne ou du bien, sauf s'il y a disproportion entre les moyens employés et la gravité de la menace".

 

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On voit bien l'ineptie de la situation: en théorie on protège les enfants, en théorie on doit tenir compte de leur parole dans les procédures, en théorie l'intérêt de l'enfant prime. Mais dans les faits on est forcés de constater que c'est bien le contraire qui se produit: que pèse la parole d'un enfant face à des insitutions qui le prennent a priori, lui et son parent protecteur, pour un menteur, et face à un adulte qui nie avec véhémence, quitte à accuser la terre entière de complot? 

Comment se fait-il qu'une seule expertise datant de plus de 10 ans serve de fondement à un argumentaire affirmant que Camille va mal, est sous emprise, mentait et ment encore aujourd'hui? Cela ne peut se produire que dans un pays où les droits de l'enfant ne comptent pas.

Alors certes, la justice est indigente: mais alors qu'on arrête de faire croire aux citoyens que des enquêtes sérieuses sont menées et qu'on arrête d'imposer des décisions de justice prises sur des bases plus que fragiles.

Et puis qu'on arrête surtout de rendre la justice au nom du peuple français, qui est le dindon de la farce.

 

 


[1] Par exemple quand Camille a été retrouvée il déclarait au Parisien au sujet de sa fille : "Je voudrais lui dire qu'elle me fasse confiance, qu'elle réalise que je l'ai toujours aimée et que je l'aimerai toujours. Et que la vie, ce n'est pas de vivre terré sous un faux nom, que c'est autre chose. Je dois faire sa reconquête, et œuvrer à ce que cette adolescente devienne une femme normale, qui surmonte autant que possible tous ces traumatismes.

On l'a aussi vu sur le plateau de CNews quand Priscilla Majani a été arrêtée, expliquant qu'à l'époque il était "pratiquement en symbiose" avec sa fille, qui 'na pas du tout la même version des faits.

12 novembre 2022

Magouilles et corruption des élites - Partie 18 : La corruption, mal endémique ou élément-clé du système ?

Gilets Jaunes mars 2019 Sacré Coeur

Poursuivons notre saga. Après le recyclage des nazis, le stay-behind et l'instauration d'un régime mondial au service de la finance, abordons maintenant ce qui fait le ciment du système: la corruption.

La corruption a toujours existé et elle est inhérente au pouvoir. Les affaires politico-financières émaillent la vie politique française davantage que dans beaucoup de pays développés et j’ai l’habitude de qualifier ce pays de République fromagère. On va voir à travers une série d’affaires comment est gérée la République par ceux qui passent leur temps à nous faire la morale.

 

Dans cet article, on va illustrer par quelques exemples l'existence d'un système de corruption qui est niché au coeur du pouvoir et n'a rien d'anecdotique même si c'est ce qu'on airmerait nous faire penser: les filtrs de la justice, des médias, des hiérarchies sont si efficaces qu'une affaire de corruption a très peu de chances d'arriver au tribunal. Surtout si personne ne balance.

 

Le plan de la saga:

II. Le sabotage de la dénazification.

III. Recyclage des Nazis et Collabos dans les nouvelles structures: 

  1. Les services sercets
  2. La banque et l'industrie
  3. La politique et les syndicats
  4. Le monde universitaire
  5. Les médias et la culture
  6. La justice

IV. La création de l'Europe, un monstre sans tête au service du fascisme financier

  1. Le cas Jean Monnet, sbire du capital anglais et US
  2. Avant l’Europe, ou la mise en place du piège européen
  3. Les peuples immobilisés dans les sables mouvants européens

V. Une Europe fasciste déguisée en démocratie :

  1. Stratégie de la tension
    1. Angleterre, Suisse, Italie
    2. France
    3. Belgique
    4. Espagne et Portugal
    5. Allemagne
    6. Les suites du Gladio
  2. Le pillage économique des nations
    1. Domination de l’Europe par les lobbys US
    2. Prise de pouvoir de la finance
    3. La corruption, mal endémique ou élément-clé du système ?

Affaire stavisky petit journal

Pour le XXe siècle, on peut remonter à la retentissante affaire du canal de Panama[1], qui fut enterrée déjà à l’époque à l’aide d’une commission d’enquête parlementaire, ou encore à l’affaire Stavisky dans les années 30 [2], qui ont pour point commun d’impliquer des politiques dans des magouilles de détournement d’argent à grande échelle, et d’être restées relativement impunies excepté pour quelques lampistes.

Ces pratiques-là n'ont bizarrement jamais cessé et une grande partie de l'activité politique consiste à les dissimuler.

Le patronat a toujours eu ses caisses noires, et l'affaire de l'Union des industries de la métallurgie l’UIMM il y a quelques années a montré que les pratiques de financement occulte des syndicats et acteurs politiques n’ont pas cessé [3]. Mais d’où vient l’argent ? Des poches des salariés : caisses de congés payés du BTP depuis les années 50 [4], formation professionnelle aujourd’hui. Et surtout : une lutte contre les salaires pour tirer toujours plus de bénéfices.

 

Un système de corruption au service des partis et des politiques

corruption europe

Les politiques ont quant à eux pris l’argent partout où ils le pouvaient, qu’il soit d’origine légale ou illégale : de la mafia aux marchés publics en passant par le logement social, la création d’associations, les entreprises publiques (Elf…), les rétro-commissions, ce sont des milliards d’euros chaque année qui disparaissent des poches des citoyens.

Une fois que le "pognon" est dans les paradis fiscaux, il devient presque impossible à tracer ce qui garantit l’impunité. C’est pour cela que les paradis fiscaux ne sont pas près de disparaître.

Ces affaires dites "politico-financières" s’accompagnent d’une réduction des moyens de la justice, aussi bien sur le plan matériel que légal, car ce sont les politiques qui font les lois. Mais au-delà du détournement et de l’accaparement d’argent public, la corruption gangrène les démocraties en instaurant un système parallèle et les appauvrit.

2021-04-12 21_52_32-Charles Pasqua est mort _ du SAC aux rétro-commissions, une vie de controverses

En France après la guerre, la corruption a repris une ampleur institutionnelle avec la French Connection, qui comme on l’a vu était très liée au SAC, notamment à Pasqua et la société Ricard [5]. On va s’arrêter un peu sur le SAC, ce "service d’action civique" qui réunissait truands et anciens collabos autour des gaullistes, et qui était le service d’ordre du parti gaulliste. 

Jacques Foccart, fidèle gaulliste depuis la fin de la guerre, a été l’architecte du SAC et de la Françafrique, ce système de rançonnement des citoyens des pays d’Afrique sous la coupe de la France. En même temps que le réseau du SAC a été mis en place, Foccart a créé des sociétés d’import-export un peu partout à l’étranger, et le SDECE (les renseignements) a été mis à contribution pour organiser différentes magouilles et le financement du système gaulliste.

Le dénommé Thyraud de Vosjoli, ex chef d’antenne du SDECE à Washington[6] et fervent anticommuniste, a expliqué dans son "roman" à clés "Lamia": "Par l’entremise du SDECE, le régime de de Gaulle n’a pas seulement dissimulé de très importantes sommes d’argent en Suisse et dans d’autres pays étrangers ; mais, en plus, l’argent des impôts a servi à créer des sociétés industrielles et à acheter des participations dans de nombreuses affaires. Des gaullistes de confiance servent d’hommes de paille, on leur donne des situations élevées comme celle de directeurs et d’administrateurs, et ils reçoivent des traitements importants. Les bénéfices des sociétés sont utilisés à des fins politiques ou vont augmenter des fonds secrets […]  la plupart des sociétés dirigées par le SDECE ont leur siège en France, et leur but est, généralement, de s’assurer le contrôle d’industries importantes : journaux, usines d’électronique, hôtels, maisons d’éditions, entreprises d’import-export, etc".

Pas beaucoup de clés là-dedans, c'était la triste réalité. Mais le bouquin a été fortement attaqué.

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Foccart était donc le chef d’orchestre des petites affaires illégales gaullistes, principalement en Afrique où il organisait aussi des coups d’Etat à l’occasion[7]. Celui qui n’a jamais été résistant contrairement à la légende qu’il s’est construite après la guerre[8], a rejoint à la fin de la guerre l’équipe rapprochée de de Gaulle qui lui a confié en coulisses les rênes du SDECE, les renseignements.

En 1951 déjà, le RPF (le "Rassemblement du peuple français", le parti gaulliste) a créé un comité financier sur lequel Pompidou avait apparemment la main [9]. Le budget du parti devait être "assuré par les cotisations et les souscriptions de ses membres", ce qui était une originalité en ces temps où aucune loi n’encadrait le financement des partis. 

Certes, il y a bien eu des souscriptions publiques, et très orientées vers les petits patrons, qui ont rapporté de l’argent. Mais, "un certain nombre de donateurs fortunés effectuent des versements réguliers ou exceptionnels au RPF, soit au mouvement en tant que tel, soit sur l’un des comptes "particuliers" du général de Gaulle, qui s’en sert ensuite pour participer au cofinancement de l’organisation. L’un des plus gros contributeurs, Marcel Dassault, verse 100 000 francs par mois. Alain Griotteray, propriétaire des aspirateurs Tornado, donne lui aussi de fortes subventions.

Rassemblement du peuple français

Certains membres du conseil national du RPF sont eux-mêmes de gros donateurs, tel René Lucien, président de Messier, une firme de matériel aéronautique. Certains hommes d’affaires apportent leur contribution lorsqu’un trou de trésorerie doit être comblé en urgence, tel Émilien Amaury, le patron du groupe du Parisien libéré, qui achète pour 1 million de francs lors [d’une souscription] "à titre de provision pour nos frais". D’autres se contentent de prêter de l’argent, tel le banquier Pierre Louis-Dreyfus en 1951" [10].

Parmi les chevilles ouvrières importantes, ou les fusibles diraient certains, de ces réseaux de financement, il y avait un certain Jean Michard-Pélissier. Il n’a pas de page Wikipedia, mais ce riche avocat spécialisé dans les dossiers immobiliers a été conseiller municipal d’Antibes, député des Hautes-Alpes dans les années 30, conseiller de ministres de la IVe République, et puis en 1959 Chaban-Delmas l’a nommé au Conseil Constitutionnel, le placard doré.

Pourtant, Michard-Pélissier a touché "entre 500.000 et 2,5 millions de Francs en petites coupures" dans le cadre d’une grosse opération immobilière détruisant le littoral, selon des informations obtenues par le journal d’extrême-droite Minute -qui a été condamné pour diffamation en 1972 dans cette affaire[11]. Une avenue entre Antibes et Juan-les-Pins porte encore son nom.

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Sous de Gaulle et après, l’Afrique a servi de tiroir-caisse occulte pour financer la vie politique française ainsi qu’à remplir les comptes offshore des politiciens.

Comme l’explique Frédéric Charpier dans "La CIA en France", "une des spécialités de Foccart consiste à mettre en contact d’affaires les entreprises françaises et les chefs d’État africains : Francis Bouygues, le futur géant du BTP, ou Ambroise Roux, longtemps patron de la puissante Compagnie générale d’électricité, ont ainsi profité de l’entregent de Jacques Foccart et de ses réseaux". Sa diplomatie parallèle, dirigée directement à l’Elysée comme c’est encore hélas le cas, utilisait des sociétés d’import-export comme la Safiex, qui avait des filiales aux Antilles, pour organiser le trafic d’armes et financer le parti gaulliste.

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"La Safiex, une société anonyme française d’import-export que Foccart a créée en 1946 et qu’il codirigera par la suite avec Ernest Cazelles, un ancien collaborateur de Guy Mollet, ainsi que quelques autres sociétés d’import-export qui lui sont associées profitent elles aussi du système. Durant de nombreuses années, elles s’illustrent dans le commerce des armes et participent au financement du mouvement gaulliste. Elles vont engranger au fil des ans un confortable trésor de guerre, que Foccart contrôle lui-même", explique Frédéric Charpier. 

Comme il n’y a jamais assez d’argent, un système de fausses factures a rapidement été conçu et mis en place. Celui-ci reposait sur des entreprises privées liées au RPF qui réalisaient des études bidon payées très cher par des entreprises "amies" et reversaient une bonne partie de l’argent audit RPF. Un tas de grands patrons (Crédit Lyonnais, Simca, Rhône-Poulenc, Rothschild…) et de moins grands patrons ont versé leur obole via leurs entreprises pour que De Gaulle et ses copains arrivent puis se maintiennent au pouvoir. Très vite (et en même temps que le coût des campagnes augmentait de manière exponentielle), ces "souscriptions" sont devenues, en étant dissimulées dans des marchés publics, de l’extorsion et de la corruption.

2022-11-06 19_02_43-Jean Lecanuet Electoral Poster In France On November 1965 News Photo - Getty Ima

En 1965, alors que les Américains étaient très remontés contre De Gaulle, ils se sont dit que financer le "centre" allait leur permettre de l'affaiblir et d'augmenter leur contrôle sur la vie politique française.. Ils ont donc misé sur Jean Lecanuet pour qui de Gaulle était "un danger pour la France", qui a mené la première "campagne à l’américaine" (hyper marketing et sans vraiment de fond). Cette campagne a explosé les records de l’époque.

De son côté, le patronat a financé allègrement les partis de droite, qui défendaient d’autant mieux ses intérêts. Comme il a financé l’extrême droite dans les années 30, 40, 50, 60, et même 70 avec le financement d’Ordre Nouveau par l’UIMM (Union de la métallurgie).

En 1999 encore, le RPF de Charles Pasqua a reçu de l’argent issu des réseaux africains de Pasqua, notamment des propriétaires de Casinos qui faisaient dans l’évasion fiscale et le blanchiment

L’affaire de la Garantie Foncière, une pyramide de Ponzi était elle aussi organisée par de fervents gaullistes, dont l’ancien responsable des finances du service d’ordre du RPF, le député André Rives alias André Rives-Henrÿs. Elle a mis au jour une "République des copains" et le mélange des genres, avec la disparition de dizaines de millions de Francs. La Garantie Foncière promettait des retours sur investissement de 10 % par an pour des placements dans une Société Civile de Placement Immobilier (SCPI, statut créé en 1966) censée investir dans l’immobilier.

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L’affaire, qui a démarré en 1969, a entraîné une crise dans le parti gaulliste et n’a pas aidé Chaban-Delmas à gagner les élections en 1974. Et elle a été jugée en 1974, avec deux lampistes condamnés in fine. C’est à ce genre de calendrier qu’on reconnait certaines interventions dans le cours de la justice. Une fois au téléphone, un des protagonistes lançait à un autre "N'oublie pas les 180 millions que tu as donnés pour la campagne électorale de Pompidou.". Evidemment, tout le monde a nié.

Lors du procès, il y avait du gratin sur le banc des accusés : "Parmi les 17 inculpés du procès se trouvent un ex-député, un avocat ayant appartenu au Conseil économique et social, un ancien journaliste, deux anciens directeurs de banque et des personnages qui après avoir touché à bien des commerces ont fini par débiter de l’épargne comme on vend des cravates à la criée" écrivait alors un journaliste du Figaro.

La Garantie Foncière a aussi permis à certains partons d’entreprise, comme les frères Willot (une famille du textile français), d’obtenir du cash pour développer leur activité en revendant des immeubles au prix surévalué de plus de 50% à la Garantie Foncière, qui gonflait ainsi son actif. La pratique était semble-t-il courante à la Garantie Foncière.

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Un personnage montre assez bien l’ambiance de l’époque, c’est le dénommé Claude Lipsky, qui a joué un rôle central dans l’affaire de la Garantie Foncière. Ce fils de ferrailleur devenu patron de la Société Française des Ferrailles a été condamné en 1976 à 8 ans de prison dans une autre affaire d’escroquerie à plus de 6 millions d’euros (45 millions de Francs à l’époque) : l’affaire du Patrimoine Foncier, dont 8000 souscripteurs ont été victimes.

Il faut dire qu'on les a appâtés avec une publicité où figurait la photo de Pompidou, sans que celui-ci réagisse, ce qui a donné une caution à cette campagne de souscriptions.

Ce qui a valu à Lpisky, comme à d'autres avant et après lui, la qualification d' "escroc du sicèle" dans la presse.

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On l’a retrouvé en 1987 dans une affaire de faux placements proposés à des militaires avec l’aide de deux militaires complices ainsi qu’à des retraités et commerçants auxquels il promettait des taux d’intérêt records de 20% par an. Là aussi, c’était une pyramide de Ponzi. Mais on ignore où est passé tout l’argent détourné, comme c’était le cas pour la Garantie Foncière et comme c’est généralement le cas avec les pyramides de Ponzi malgré de longues procédures judiciaires.1

Lipsky, comme tous ces escrocs, faisait transiter l’argent par plusieurs sociétés implantées dans des paradis fiscaux. Le château de cartes s’est écroulé en 1998 quand il a eu des difficultés pour rendre leur capital à certains de ses "clients". Moins de 10 ans après le début des SCPI, la plupart étaient passées par la case justice pour divers types d’escroqueries.

Henri Jannes, ex haut fonctionnaire dans les télécommunications, avait dénoncé l’achat de quantités de matériels défectueux à la compagnie Américaine ITT avec l’argent public. Il a ensuite aidé des victimes de ces nombreuses escroqueries couvertes par les milieux politiques qui en profitaient largement.

En 1973, Jannes a fait une liste de 8 scandales de son époque, où à chaque fois des millions d’argent public ont été détournés, dont la Garantie Foncière et le Patrimoine Foncier qu’on vient d’évoquer :

Le krach de la Banque de Nice en 1965:

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Cette banque locale a fait faillite suite à un contrôle de la Commission de contrôle des banques qui a révélé des maversations. Des détournements ont laissé un passif de 60 millions de Francs. Après le fondateur et dirigeant de la banque qui a été retrouvé suicidé (noyé daans un lac), Louis Martinon-Maurel, qui avait créé la banque en 1932, le plus gros actionnaire était le président de la commission des Finances au Sénat (Alex Roubert, sénateur SFIO et ami de Martinon).

Et Roubert avait en plus touché un chèque de 170.000 F de la part de Martinon-Maurel et lui avait filé un coup de main pour poursuivre son arnaque.

Apparemment, Martinon était connu comme trafiquant d'or et a bénéficié, sinon de protection, d'une passivité bienveillante de la part des responsables des autorités de contrôle. Son passif a été évalué finalement à 20 millions de Francs (mais 70 millions au départ) et beaucoup d' "épargnants" ont été lésés sans que la "justice" n'éclaircisse l'affaire malgré un procès en 1971. Les épargnants n'ont récupéré qu'environ 20% de leurs dépôts et investissements, et on n'a évidemment jamais su où étaient passés les millions.

 

L’affaire Trigano – Debré – Rothschild :

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Debré tout nouveau ministre de la Défense en 1966, proche de de Foccart et du SAC, député de La Réunion, est intervenu auprès du ministère des Affaires étrangères pour que la France donne au gouvernement de l’île Maurice une grosse quantité de blé (la nourriture), "étant entendu que celui-ci ferait don en contrepartie d’un village-vacances au Club Méditerranée. Or cet organisme n’est pas un club véritable mais une société anonyme dirigée par M. Trigano, dans laquelle les Rothschild détiennent environ un tiers du capital", précise Jannes. 

Dans les années 60, le Club Med qui n'avait qu'une dizaine d'années a été renfloué par Edmond de Rothschild qui a pris 35% des parts. 

Gilbert Trigano avait été contacté à la base par Debré pour implanter un club Med à La Réunion où les élus n'ont pas été emballés. Mais Trigano nlorgnait sur l'île Maurice, ce qui a convenu à Debré qui a fait appel au ministre des Affaires étrangères Maurice Schumann pour qu'il dise au ministre des Finances Giscard qu'il s'agissait d'un projet géostratégique. Les clubs ouvrent au début des années mais doivent être revendus dans les années 90.

C'est dans les années Mitterrand que le club a connu son apogée, puis Trigano et son fils ont été ejectés du groupe en 1997 par les actionnaires parmi lesquels Edmond de Rothschild. Et on notera que le Club Med a été dirigé dans les années 2000 6 2010 par Henri Giscard d'Estaing.

 

L’affaire du CADIR :

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Une affaire dans laquelle le ministre des PTT et le secrétaire d’Etat aux affaires sociales ont créé une association destinée à recevoir 5 millions de Francs réclamés à un promoteur pour que son projet de 600 villas à l’île de Ré soit validé.

Dans "D comme Drogue", Alain Jaubert précise qu’un groupe de politiciens dont le maire de La Rochelle et le secrétaire d’Etat à l’Emploi a dit au promoteur de passer par cette association qui n’existait pas encore (le CADIR pour Comité d’Aménagement et de Développement de l’Ile de Ré, domicilié au bureau du secrétaire d’Etat au logement) et leur ami Gilbert Beaujolin [12] s’il voulait lancer le projet.

Mais Beaujolin a d’emblée réclamé une "commission" de 7% sur les recettes. Plus tard il a adapté la demande, réclamant le golf et le terrain d’aviation ou bien 5 millions de Francs. Le conflit entre les politiques et le promoteur qui refusait de céder s’est amplifié et l’affaire a fini en justice, où le promoteur a gagné en appel. Mais les politiques s’en sont bien tirés, seul le secrétaire d’Etat Dechartre a dû démissionner.

 

L’affaire du notaire escroc Delarue

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En 1961 son étude de Pantin qui a fait l'objet d'une inspection affichait un trou de 100 millions de Francs. Mais cela n’a pas dérangé la chambre des notaires et il a pu continuer à exercer. Si bien qu’en 1966 le trou s’élevait à 400 millions. En 1968 Jean-Pierre Delarue, proche ami du député des Hauts-de-Seine Claude Labbé, s’est même présenté aux élections législatives sur la liste du parti centriste de Giscard. Quelques années plus tôt, il avait avancé 600.000 F lors de la création de la Garantie Foncière, et finançait aussi l’UDR [13]. Autour de lui, il y avait plusieurs piliers du gaullisme.

Ses magouilles, dont on a dit qu'elles ont été organisées parce que Delarue perdait de l'argent au jeu et dans des placements spéculatifs, auraient fait 811 victimes dont le propriétaire du domaine de Villarceau ainsi que de nombreux aristos et bourgeois. Il a quand-même été condamné pour exercice illégal du métier de banquier et pour se smaversations à 11 ans de prison. Mais il en est vite ressorti pour raisons de santé. Là encore, on n'a jamais su où la plupart de l'argent s'était évaporé.

Au début des années 80, à nouveau, en pleine santé, il a tenté de poursuivre la chambre des notaires qui l'avait qualifié d'escroc et a même écrit au ministre de la "justice" de Miterrand Badinter. Et puis a été retrouvé mort le 24 juin 1983 d'une crise cardiaque mais avec une trace de coup sur le crâne. Son avocat a été kidnappé le 25 juin puis relâché au bout de quelques jours, apparemment marqué par l'épisode. Selon certains, Delarue a été "coincé" par des escrocs qui lui ont fait signer des actes en blanc.

 

Le scandale des abattoirs de la Villette

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Une affaire de 1 milliard de Francs dilapidés dans les abattoirs de la Villette, construits sous Napoléon 3 et qui appartenaient à la ville de Paris. En 1957 la décision de les reconstruire a été prise pour une estimation de 175 millions de Francs. Puis les élus du coin décident de mettre leur grain de sel et en 1960 le projet est chiffré à 230 millions, à la louche.

Le chantier qui a commencé en 1961 en incluant aussi un site industriel pour 360 millions de Francs au total, a pris du retard et en 1967 seulement deux bâtiments avaient été reconstruits. Au passage, une forte augmentation du coût du chantier entre les deux puisqu'en 69 quand il est livré, le projet devait coûter 600 millions.

Notons que ce gonflement des prix entre l'annonce pour obtenir le marché et la fin du chantier est une technique classique, utilisée encore aujourd’hui pour quasiment tous les gros chantiers de BTP ou même l’EPR. Mais dans des proprotions plus raisonnables tout de même.

En 1970 on chiffrait le tout à 1,2 milliard, le double de la dernière estimation. Finalement en avril 1970 il a été décidé de stopper le chantier et on a décidé de tout détruire excepté la grande halle de la Villette. Pour cela, il a fallu tout revendre à un prix bradé. La société d’économie mixte qui n’avait pourtant que des capitaux publics, censée gérer le projet, a dépensé sans compter[14] bien que la cour des comptes ait tiré la sonnette d'alarme dès 1967.

La Villette

Un article du Nouvel Observateur de juillet 1972 sur quelques scandales expliquait au sujet de cette affaire : "Avril 1971 : la commission d'enquête du Sénat rend public son rapport sur la Villette. En dépit de deux avertissements de la Cour des Comptes, la Société d'Economie mixte de la Villette (S.E.M.V.I.), que préside le député U.D.R. de Paris, Michel de Grailly, a procédé à six réévaltiations en sept ans. Le coût du projet a augmenté de 77,5 %. En un peu plus de dix ans, 950 millions (95 milliards d'anciens francs) ont été dépensés. Conclusion de la commission d'enquête : "Le renom et l'autorité de l'Etat pourraient ne pas résister à une seconde affaire de la Villette." Pierre Marcilhacy, qui présidait cette commission d'enquête, a donné, le 30 juin, au cours d'un débat au Sénat, les noms de ceux qu'il considère comme les responsables, parmi lesquels M. de Grailly et quatre ministres de l'Agriculture : MM. Edgar Faure, Edgard Pisani, Robert Boulin, Jacques Duhamel".

Evidemment, aucun des ministres n'a été inquiété, seuls trois hauts fonctionnaires ont été renvoyés devant une cour de discipline budgétaire. Une commission d'enquête a été mise en place par le Sénat et un bouc émissaire, Michel de Grailly, qui dirigeait depuis 1965 la société d'économie mixte en charge de piloter le projet, a été désigné (il a dû démissionner).

 

Les "500 milliards du téléphone" :

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L’ingénieur Henri Jannes a montré que chaque année pendant 5 ans l’Etat a versé 1 milliard de Francs en trop à des entreprises prestataires ou des fournisseurs d’équipements téléphoniques. Les surfacturations pouvaient s’élever jusqu’à 200 ou même 700%.

Jannes a tenté d’alerter plusieurs ministres et même Pompidou, en grande partie en vain. Mais grâce à lui, la société nationale du téléphone a commencé à moins gaspiller l’argent public et le téléphone a enfin commencé à être diffusé sur le territoire.

Etonnamment, les syndicats ont été presque silencieux sur cette affaire, qui a déjà révélé les méfaits du pantouflage, quand de hauts fonctionnaires ou politiques vont se faire rémunérer dans le privé après leurs fonctions publiques. Aujourd'hui, on les voit faire des allers-retours continuels au gré des pouvoirs en place.

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On retrouve un certain nombre de politiciens Corses et du sud-est de la France dans de grandes magouilles immobilières en région parisienne, et plus précisément dans les Hauts-de-Seine, depuis les années 60. La plupart des anciennes mairies communistes, où vivaient des ouvriers dans les années 50, comme Nanterre, Puteaux, Levallois-Perret, sont passées à droite en même temps que les anciens pâtés de maisons ouvrières étaient rasés pour laisser place aux immeubles de bureaux.

On doit citer Charles Ceccaldi Reynaud (décédé en 2019), dont la fille Joëlle, maire LR de Puteaux comme son père, a eu quelques ennuis judiciaires qui se sont souvent bien terminés pour elle, même si on attend encore les suites de l’affaire des 102 lingots d’or stockés dans une banque luxembourgeoise pour laquelle elle a été mise en garde-à-vue et en examen en 2020 sous le chef de blanchiment de fraude fiscale.

Quant à son père, il a évité les procédures comme un parcours d’obstacles, et est mort avant le procès du marché truqué de la chaufferie de La Défense dans lequel il était un personnage-clé. En 2008, en pleine guerre contre Joëlle, il a balancé son compte non déclaré au Luxembourg, ce qui a entraîné la procédure. Le Canard Enchaîné a révélé qu'il avait été ouvert via une société-écran aux Iles Vierges, dont on a parlé dans la partie sur les paradis fiscaux, puis l'argent a été converti en lingots.

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Le père Ceccaldi (1925-2019) avait commencé à la SFIO (ex-PS) puis s’est fait nommer directeur de l’office HLM de Puteaux en 1960 avant d’entrer au conseil municipal et de devenir maire en 1969. Et il a milité contre le rapprochement des socialistes avec les communistes.

En 1971, il s’est opposé au candidat socialiste Pierre Dardel dans une campagne ultra violente qui a culminé avec la mort par arme à feu d’un colleur d’affiches du clan Dardel. "L’enquête piétine des mois", écrit Alain Jaubert dans "D comme Drogue", et "Les hommes de Ceccalci-Reynaud, parmi lesquels on compte plusieurs truands notoires et des membres du SAC, ne seront que très peu inquiétés". Le SAC, donc, pouvait aussi servir les "socialistes".

Pour mener cette campagne qu’il a finalement gagnée, Ceccaldi avait été aidé en cela par Achille Peretti, mais de Neuilly, qui n’a pas présenté de candidat à droite à Puteaux. Avec Peretti, il avait organisé un système de détournement basé sur la spéculation immobilière : un prête-nom rachetait pour eux des immeubles à Neuilly et à La Défense, dont le prix grimpait en flèche. 

Sur la grande époque des Corses dans les Hauts-de-Seine et de leurs magouilles immobilières ou contre leurs opposants notamment, je recommande le livre "9-2 Le Clan du Président" d'Hélène Constanty et Pierre-Yves Lautrou, paru chez Fayard en 2007, car c'est de cette bande (Ceccaldi, Santini, Peretti, Balkany...) qu'est issu sarkoléon, comme Pasqua.

En 1976, Chirac est devenu le premier maire de Paris et a transformé la mairie en gigantesque pompe à fric pour ses futures élections et les caisses du RPR. Sur 4000 employés, 680 étaient francs-maçons à l’époque Chirac. L’affaire des emplois fictifs retentit encore à nos oreilles. Celles des faux électeurs, des HLM où les entreprises versaient 3 à 5% des marchés en liquide au RPR, des subventions à des associations satellites à Paris [15] et en Corrèze notamment, des billets d’avion payés en liquide, de l’achat du château de Bity par la fondation Pompidou, des marchés publics avec ce financier occulte, Jean-Claude Méry, sont restées mémorables.

Jean-Claude Méry avait déclaré en 2000 dans une vidéo avoir remis 5 millions de Francs en liquide à Chirac en 1986. Chirac est toujours passé à travers les mailles du filet, ou presque [16] (contrairement aux sous-fifres comme Tibéri, Michel Roussin membre de la GLNF et ex chef de cabinet de Chirac à la mairie de 1983 à 1993, Juppé tombé pour les emplois fictifs, Didier Schuller…).

Méry qui s’occupait de récupérer l’argent des entreprises pour le financement du RPR, a aussi dit qu’il a donné 3,5 millions au PS et 1 million au PC, le reste des 10 millions d’euros au total étant allé dans les commissions. Le système permettait aussi d’utiliser des entreprises liées aux différents partis politiques, qui réalisaient des surfacturations pour récupérer de l’argent qui finissait dans des paradis fiscaux.

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Il a commencé à parler parce que le juge Eric Halphen commençait à s’interroger sur ses activités, affaire qui deviendra celle dite des HLM de Paris, et menaçait ses amis pour être protégé. Finalement il a été retrouvé suicidé. Didier Schuller a expliqué aux journalistes Fabrice Lhomme et Gérard Davet dans "French Corruption" que Méry avait dit que s’il tombait il ferait aussi tomber Michel Roussin et Chirac.

Selon Schuller, c’est Sarkoléon alors soutien n°1 de de Balladur, qui avait appelé les services fiscaux pour dénoncer les magouilles des HLM.

De nombreux porteurs de mallettes de billets ont témoigné à diverses occasions, et les mallettes allaient toujours dans le même sens à cette époque : vers Chirac et sa garde rapprochée. Didier Schuller, un des porteurs de mallettes de cette époque, a expliqué à l’auteur de "French Corruption" à quel point la pratique de rémunération des politiques par les industriels était banale, comme il avait pu le constater au début des années 70 alors qu’il était au cabinet de Robert Boulin, ministre chargé des relations avec le Parlement [17].

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Des pratiques fort anciennes et qui n’ont jamais vraiment cessé. Par exemple, les emplois fictifs ont continué sous Delanoë, Hortefeux fut ensuite le porte mallettes de sarkoléon dans les années 80 [18], puis ce fut Thierry Gaubert, conseiller de sarko à la mairie de Neuilly condamné en 2022 avec sa femme Hélène de Yougoslavie pour fraude fiscale et blanchiment de près de 9 millions d’euros qui s’est notamment occupé du financement de la campagne de Balladur[19]... On notera que Gaubert comme Hortefeux ont été en contact étroit avec le sulfureux Ziad Takieddine.

"Gaubert faisait le lien entre Sarko et les puissances de l’argent. Quand Sarko a récupéré Cécilia et qu’il a commencé à avoir des besoins de fric, c’est Thierry qui s’occupait de tout, avec un petit peu Hortefeux, aussi. Tout ce qui tourne autour de l’immobilier, notamment. Et avec Balkany, bien sûr. C’est Balkany, qui avait le contact avec les promoteurs, en particulier Denise Lasserre, décédée depuis [promotrice immobilière des Hauts-de-Seine proche de Balkany et en relation étroite avec sarko], et dont le fils est mort étrangement, en tombant d’un toit…", a expliqué Didier Schuller aux auteurs de "French Corruption".

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En parallèle de l’installation de Chirac à Paris, Pasqua s’est installé dans les Hauts-de-Seine [20], un territoire industriel et ouvrier qu’il va transformer en paradis des sièges de grandes entreprises et des cadres supérieurs. Il commence par organiser le redécoupage électoral du département pour réduire l’influence encore forte des communistes, et s’entoure de jeunes types aux dents longues comme Balkany à Levallois, Devedjian à Anthony, Sarko, Jean-François Probst ou l'indécrottable franc maçon André Santini à Issy-les-Moulineaux. 

L’un des appuis les plus utiles de Pasqua était Etienne Léandri, un mafieux, ancien collaborateur des renseignements allemands et de la gestapo[21], qui s’est rapproché à la fin de la guerre de Lucky Luciano et de la CIA.

C’est d’ailleurs grâce à la CIA, dont il a rencontré le n°1 Allen Dulles plusieurs fois, qu’il a été blanchi en 1955 pour accompagner la "lutte anticommuniste" en France. Léandri s’est lancé dans l’immobilier et les affaires, et est devenu l’un des "conseillers" favoris de Pasqua, c’est-à-dire un porteur de grosses valises et courroie de transmission vers le SAC.

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Tant que Pasqua était au sommet, Léandri a bénéficié d’une totale impunité. Léandri a ensuite été proche de Mitterrand et de son fils Jean-Christophe [22], notamment autour de l’affaire de l’Angolagate dans laquelle le fils Pasqua était aussi impliqué (790 millions d’euros de ventes d’armes à l’Angola qui était sous embargo et en guerre civile), et dans laquelle Pasqua a été souvent cité[23].

Léandri, qui gérait la SOFREMI par laquelle ont transité les commissions et rétro commissions liées aux divers contrats négociés "pour la République" (on va en parler plus bas), était en effet en liens d’affaires –et d’amitié- avec Pierre Falcone, le marchand d’armes au cœur du scandale. C’est aussi Léandri qui a initié le fils Pasqua à l’art des marchés d’armes. Pierre-Philippe Pasqua a pris la fuite avant d’être jugé pour des pots-de-vin dans cette affaire et dans l’affaire Alstom et de prendre une misérable année de prison ferme –il a donc échappé à la prison.

Léandri était aussi proche, cela va sans dire, de Jean-Charles Marchiani, fidèle bras-droit de Pasqua, et des réseaux du SAC en général.

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Mais comme Léandri est mort en 1995, Pasqua, qui était poursuivi pour trafic d'influence passif et recel d'abus de biens sociaux, a été relaxé en 2011 à l’issue du procès en appel. L’Angolagate, ce sont près de 800 millions d’euros d’armes issues de l’ex URSS vendues d’occasion au pouvoir angolais (le "président" Dos Santos), entre 1993 et 1997, de manière totalement illégale mais avec l’appui des réseaux Pasqua qui était alors ministre de l’Intérieur.

Les mêmes armes avaient été achetées moins de 300 millions d’euros. Ce pays aux nombreuses ressources vivait alors dans une guerre civile incessante.

Ont été cités dans ce dossier : les deux vendeurs d’armes Pierre Falcone (devenu ambassadeur de l’Angola auprès de l’Unesco) et le libanais Arcadi Gaydamak, Pasqua et son fils, le fils Mitterrand, les deux lieutenants de Pasqua Jean-Charles Marchiani et Bernard Guillet, ou encore Paul-Loup Sulitzer, le patron de RMC Jean-Noël Tassez et le fidèle conseiller de Mitterrand Jacques Attali (qui a été relaxé dans l’affaire d’une étude réalisée pour 1,5 million de Francs au sujet de micro-crédit en Angola et celle des "cadeaux de noël" offerts à Falcone) [24].

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Lors du procès en 2008, le fiston Mitterrand (condamné) s’est écrié : "Si je m’étais appelé Alain Minc ou Jacques Attali, j’aurais touché beaucoup plus " (il n’aurait touché que 14 millions de Francs pour des "conseils"). Certes, mais papa était mort, et le PS était déjà passé à autre chose.

Il est vrai que sous Mitterrand, les rétro-commissions sur les ventes d’armes à l’Afrique ont "explosé" selon le marchand d’armes Claude Leboeuf, connaisseur de la place, interviewé par Le Parisien en mai 2001. 

Revenons en 1995, qui était aussi l’année de la campagne où Balladur et Chirac se sont affrontés. Chacun a donc cherché des millions pour sa campagne (et les deux ont largement dépassé les plafonds de dépenses autorisés), ce qui, comme avant chaque grande échéance électorale, a mené à diverses magouilles dites "politico-financières".

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Et le fidèle Léandri était à la manœuvre : "Cas pratique avec l’affaire de la Sofremi (Société française d’exportation de matériels, systèmes et services relevant du ministère de l’Intérieur), une des plus consternantes du genre. Entre 1993 et 1995, sous le gouvernement Balladur, elle a fait exploser le montant des commissions (entre 15 et 24 %) lors de la vente de matériel policier en Argentine, en Colombie et au Koweït. À la manœuvre, Étienne Léandri encaissera pour sa part 20 millions de francs, avant d’en reverser la moitié à Pierre-Philippe Pasqua, fils de son père, l’autre à Jean-Jacques Guillet, éditeur du très pasquaïen Quotidien du maire.

Lors du procès de la Sofremi, en 2007, son ancien président Bernard Dubois ne pourra que déplorer : ‘Je ne trouvais pas normal que le ministère de l’Intérieur me demande de piller la trésorerie, mais je n’ai pas voulu m’y opposer’", expliquent les auteurs de "Histoire secrète de la corruption sous la Ve République".

Au début des années 90, quand Pasqua était ministre de l’Intérieur, la Sofremi ("Société française d’exportation de matériels, systèmes et services", créée par Pierre Joxe en 1985 et chargée des exportations d’armes de la police pour le compte de l’Etat), servait donc à financer son parti et ses copains à travers des rétrocommissions élevées, autour de 15% du montant total des marchés. Son fils Pierre-Philippe a pris à 1 an ferme en appel en même temps que Pierre Falcone, en 2009. Ils ont aussi eu une amende de 350.000€ chacun, pour des versements de commissions de 36 millions de Francs par la Sofremi.

(Documentaire : Mafia et République - épisode 3)

 

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Pasqua quant à lui n’a été jugé qu’en 2010, à un âge déjà bien avancé et ne risquait de toute manière pas grand-chose (il a pris 1 an avec sursis pour "complicité et recel d’abus de biens sociaux" c'est-à-dire quasiment rien). Au cinquième jour de ce procès, le 22 avril 2010, Le Nouvel Obs précisait : "L'ancien ministre est soupçonné d'avoir été l'ordonnateur d'un système de commissions et de rétrocommissions qui ont bénéficié à personnalités de son entourage. Il est poursuivi pour "complicité d'abus de biens sociaux et de recel"".

Et puis, les témoins avaient soudain perdu la mémoire. Comme l’ex PDG de la Sofremi qui ne se rappelait plus avoir parlé de financements à destination de Charles Pasqua, ni que Pasqua lui avait demandé de piller la boîte pour assurer lesdits financements. Quant aux "personnalités de l’entourage" de Pasqua qui ont touché des millions, certains regards se sont tournés vers le bon vieux Léandri, mort depuis un bail à ce moment[25].

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Affaire plus ou moins liée : l’affaire Alstom (déjà!). Pas celle qui fait scandale aujourd’hui, mais une affaire bien antérieure impliquant encore Pasqua dans le cadre d’une commission de 5,2 millions de Francs versée par Alsthom [26] via une société de droit Panaméen sur un compte Suisse de Léandri, dont 700.000$ ont fini sur le compte du fils Pasqua.

La construction du quartier d’affaires de La Défense a également été l’occasion de tirer des dessous de table grâce notamment aux bonnes œuvres de l’EPAD, l’Etablissement public d’aménagement qui rachetait les terrains, les rasais et les revendait aux promoteurs. De 1980 à 1985, la relance du projet a permis à Christian Pellerin de construire 400.000 m² de bureaux, et lui dit qu’il a construit la moitié du quartier. Pour mener ses affaires, il a été très proche aussi bien de la droite que de la "gauche", notamment du ministre socialiste du Logement et de l’urbanisme Paul Quilès qu’il invitait souvent à ses frais dans son chalet de Méribel[27].

Les réseaux de financement de la chiraquie ont pris du plomb dans l’aile depuis une bonne dizaine d'années. La guerre a été déclarée à partir de 2012 par l’équipe de Hollande, Valls en tête, contre les piliers des réseaux africains de la droite.

2022-11-07 21_23_26-Affaire Michel Tomi_ abandon des poursuites contre le roi des casinos en Afrique

Michel Tomi, un patron de casinos Corse proche de Pasqua, en fut l’une des victimes. Ce truand jadis appelé par la presse "le parrain des parrains" avait démarré comme croupier à Monaco dans un casino du clan Francisci avant de se lancer dans les jeux en Afrique, s'est retrouvé empêtré dans des procédures judiciaires pour corruption. Sa fille était directrice du PMU au Gabon et a permis à Tomi de financer la campagne de Pasqua sous l‘étiquette de son parti le Rassemblement pour la France eaux européennes de 1999.

Car en Afrique, Tomi avait des relations haut placées, comme le président malien Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) ou Idriss Deby, le président tchadien jusqu'à sa mort en 2021. En échange de ces financements, Pasqua alors ministre de l’Intérieur lui a permis d’exploiter le casino d’Annemasse, à la frontière avec la Suisse. Son fils a une compagnie d’aviation basée à Dubaï, la Afrijet Business Service qui a racheté Gabon Airlines.

Et justement, Michel Tomi était alors très proche du président du Gabon Omar Bongo, tout comme du président élu au Mali en 2013 IBK, qui voyageait avec les avions Afrijet.

Tomi était aussi lié à la bande de la Brise de Mer, la mafia Corse. Son père était déjà ami avec celui de Pasqua en Corse. Il était aussi proche de Bernard Squarcini, qui a recruté le frère de Tomi dès sa sortie d’école, le flic ultra violent contre les manifestants Paul-Antoine Tomi, à la DGSI [28] nouvellement créée. Il y est devenu commissaire et officie aujourd’hui à la circulation, plus précisément la Direction de l’ordre public et de la circulation (DOPC), où il dirige les brigades à moto[29]. Qui recevait aussi des versements annuels en cash de 25.000€ de la part d’un des lieutenants de son grand frère.

En 2013 quand une enquête a été ouverte à Paris contre au sujet de ses relations d’affaires avec les présidents malien et gabonais, "Les policiers qui filochent Michel Tomi à Paris ont la surprise d’apercevoir à plusieurs reprises Squarcini monter dans la voiture de ce dernier (…) Autre hasard : le 3 juin 2013, alors que le soleil inonde la capitale, Squarcini est attendu par l’homme d’affaires pour déjeuner. Rendez-vous a été pris chez Ly, un restaurant asiatique chic de Neuilly, avenue Charles-de-Gaulle" expliquent les auteurs de "Bienvenue place Beauvau - Police : les secrets inavouables d’un quinquennat". Un dîner en présence de Charles Pasqua mais Squarcini n’est pas venu. Et en 2014 Squarcini a déclaré que Tomi "travaille pour le drapeau".

Si Valls s’en est pris à Tomi et aux réseaux Pasqua, c’est probablement parce qu’il avait ses propres contacts en Afrique. Puis à son tour Macron a fait le ménage, mis ses proches dans les renseignements et tenté de récupérer les réseaux de financement.

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Notons au passage que Squarcini est passé de la direction de la DCRI à la création de son cabinet de sécurité dont le client principal est LVMH. Et depuis, il est aujourd'hui mis en examen pour plusieurs affaires comme la surveillance illégale de la rédaction du journal Fakir, pour avoir transmis des informations dans le cadre de l'affaire Cahuzac, pour "trafic d'influence et détournement de fonds publics"... 

En août 2021 il cumulait selon Médiapart 16 mises en examen: c'est cet individu que sarkoléon a nommé pour rpendre la direction des renseignements français de l'intérieur, la DCRI qu'il venait d'ailleurs de remixer à sa sauce et pour répodnre à ses propres intérêts

Et Squarcini s'est servi de la DCRI pour accéder à des données confidentielles qu'il a monnayées ou transmises à titre gracieux à des amis et clients comme la famille Arnault ou Alexandre Djourhi, dont on aura l'occasion de parler rapidement aussi.

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Le successeur en Afrique de Michel Tomi, Francis Perez, le "roi des casinos" membre de la loge "La Lyre de Salomon", possède son petit empire des jeux et des hôtels en Afrique[30]. Lui aussi avait commencé son business dans le sud de la France en rachetant des casinos, grâce aux réseaux de l’ex OAS : "Au départ, c’est Georges Santa Maria, un ancien de l’organisation secrète pro-Algérie française, à laquelle appartenait également le père de Perez, qui lui met le pied à l’étrier en le faisant travailler pour sa société d’importation de machines à sous" [31].

Le père de Perez était déjà ami avec Toussaint Luciani, ancien membre de l’OAS qui a mis le pied à l‘étrier au jeune Francis. Mais quand Pasqua nouveau ministre de l’Intérieur a autorisé les machines à sous dans les casinos en France, en 1986, Perez n’a pas obtenu sa part du gâteau et a quitté la France[32].

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Perez était aussi en liens d’affaires avec Alain Orsoni, le nationaliste Corse qui est un ami d’enfance. En avril 2018, Perez, Jean-Philippe Dorent et Gilles Alix de l’agence Havas (filiale de Bolloré) ainsi que Vincent Bolloré ont été convoqués par l’office central de lutte contre la corruption pour les concessions à Bolloré de ports d’Afrique de l’Ouest, au Togo et en Guinée, obtenues selon la justice dans des conditions suspectes[33]. On n’a cependant plus beaucoup entendu parler de ce dossier depuis 2018.

On le retrouve pas plus tard qu’en octobre 2020 dans des manoeuvres autour de la présidentielle en Côte d’Ivoire. Il aurait ainsi aidé le candidat de l’opposition Guillaume Soro depuis 2017 : "plusieurs rendez-vous auraient eu lieu entre Soro, Olivier Bazin (un homme d’affaires proche de Perez présent dans les jeux au Tchad) et un ancien gendarme de l’Élysée qui fut le conseiller militaire de Laurent Gbagbo (l’ex-président ivoirien déchu par Ouattara en 2010)"selon Vanity Fair. Mais Soro a dit finalement que Perez n’a rien à voir avec lui.

Le PS français, celui de Mitterrand, a également mis en place son système de financement occulte, au moins à partir de 1965 quand les campagnes sont devenues extrêmement chères.

Mitterrand soi-même a reçu de l’argent d’amis fortunés tout au long de sa carrière. Lui qui disait en 1971 que son "ennemi" c’était "le Monopole" n’a pas rechigné à se faire aider Bettencourt, dirigeant de l’Oréal, qui le fait travailler au magazine "Votre beauté", le temps de revenir en politique. Dans les années 60 il se rapproche de François De Grossouvre, patron du SAC de la région de Lyon, ou de Roger Patrice-Pelat son ami depuis la guerre.

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Deux des régions où le PS était le plus fort, et qui étaient aussi gangrenées par la corruption, sont aujourd’hui des fiefs de l‘extrême droite : le Pas-de-Calais et les Bouches-du-Rhône. La gestion du PS dans le Pas-de-Calais a même inspiré la série Baron Noir, sur la corruption d’un édile local et de la fédération PS.

Le maire PS d’Hénin-Beaumont ville du Pas-de-Calais passée dans les bras du FN, Gérard Dalongeville, a mélangé les caisses de la ville, celles du parti et les siennes, passé des marchés publics opaques ou même pas du tout de marchés publics, organisé un système de fausses factures aux dépens des contribuables, gaspillé des sommes énormes sans utilité et extorqué de l’argent aux entreprises du coin. Il a expliqué que pendant "des années" il avait "couvert le PS".

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Lors d’une perquisition, 13.000 € en billets de 100 et 500 € ont été retrouvés dans le coffre-fort de son bureau à la mairie, et certains fonds sont allés au Luxembourg. 

Dalongeville a dénoncé "l’enrichissement personnel de quelques-uns" en plus du financement du parti grâce à ce système de corruption, et a parlé de deux canaux de financement du PS, via un bailleur social la Soginpora, et via la structure publique d’aménagement urbain de Lens, l’Adévia. Mais le PS local, tenu par Martine Aubry, a dit que c’était n’importe quoi et l’enquête s’est arrêtée là, se concentrant sur Dalongeville et une vingtaine d’autres prévenus du coin qui ont été jugés en première instance en 2013 (Dalongeville a pris 3 ans fermes et n’a pas fait appel).

Au niveau de la fédération PS, c’est un dénommé Jean-Pierre Kucheida, député-maire de Liévin, qui s’est trouvé dans la ligne de mire. Suite aux accusations de Dalongeville, il a été mis en examen pour "corruption passive" et "recel d’abus de biens sociaux" [34]. La justice s’interrogeait par exemple sur les 160.000€ qui ont servi à rénover sa maison principale et une résidence secondaire.

Chose assez amusante dans ce dossier : le vice-président du TGI de Béthune, où était instruite l’affaire Kucheida, a été lui aussi mis en examen et placé en préventive pour « corruption passive, trafic d’influence et tentative d’escroquerie ». Ce dossier était lié à celui des malversations du PS mais a été « saucissonné ». Prix du juge ? 60.000 €[35].

Dès les années 80, des affaires retentissantes ont fait la Une : comme l’affaire Urba [36], la fameuse affaire Pechiney, celle de la Sages[37], ou encore celle d’une autre société appelée "Diffusions et Éditions publicitaires". Il a aussi été question des protections socialistes dont ont bénéficié divers truands, comme le proxénète Henri Botey [77]par ailleurs parrain de Marine Le Pen.

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A cette époque, le financement des partis politiques n’était quasiment pas réglementé, et l’Etat remboursait au maximum 50% des plafonds autorisés pour les présidentielles. Les politiques se faisaient donc aussi affairistes et trouvaient de l’argent partout.

Mais au lieu de continuer à condamner ces pratiques illégales, les politiques ont décidé de donner de l’argent public aux partis politiques, ce qui n’a pas du tout fait cesser les pratiques mafieuses comme on l'a vu avec sarkoléon et le financement libyen de sa campagne électorale à hauteur de plusieurs dizaines de millions d'euros, ce qui explosait littéralement le plafond de dépenses de 21 millions d'euros.

C’est donc ainsi qu’en 1989 ont été votées deux lois :

  • Une pour organiser un financement légal des partis politiques avec de l’argent public jusqu’à 500.000F par candidat, ce qui n’était pas le cas, qui en même temps amnistie les financements occultes par des entreprises commis précédemment. Cette loi a permis à quelques mitterrandiens d’échapper à des procédures fâcheuses.
  • Une loi d’amnistie pour les affaires de financement illégal de campagnes électorales et de partis politiques commis avant le 15 juin 1989 (sauf s’il y a eu "enrichissement personnel").

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Le BTP versait aussi sa part, de même que la grande distribution, l’armement etc. Sans oublier bien-sûr la fameuse Françafrique, qui a autant rapporté à la mitterrandie qu’à la chiraquie. Car la démocratie, c’est bien, mais pas chez ceux qui nous financent…

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Prendre l’argent des Africains, volé aux peuples, pour financer les campagnes électorales des politiciens français, est une pratique qui remonte au moins aux années 60 à l’époque Jacques Foccart et perdure encore aujourd’hui. Certains intermédiaires, comme Robert Bourgi, ont raconté quelques anecdotes croustillantes à ce sujet.

En 2011 celui-ci a expliqué qu’Omar Bongo, président du Gabon pendant 41 ans, avait donné de l’argent au FN pour la campagne de 1988, et que Villepin et Chirac avaient reçu l’obole de plusieurs chefs d’Etat au début des années 2000. Bourgi, proche de sarkoléon, a évoqué la somme de 20 millions de dollars pour la chiraquie entre 1995 et 2005, apportés personnellement par lui. Mais, d’autres intermédiaires étaient certainement actifs.

Sous sarkoléon, Ziad Takieddine a été un des intermédiaires les plus connus puisqu’il était déjà impliqué dans l’affaire Karachi et a déclaré avoir ramené l’argent de Kadhafi à l’Elysée, là encore avec des mallettes de cash. Il y avait aussi un des rivaux de Takieddine, Alexandre Djouhri qui avait déjà servi le clan Chirac dans les années 90 – 2000, et qui est aujourd’hui sous contrôle judiciaire après une fuite à Londres puis en Suisse.

Aujourd’hui, certains s’interrogent sur le rôle et les relations d’Alexandre Benalla si proche du président de la République, qui se balade dans toute l’Afrique sans mandat officiel pour négocier des contrats, entre autres via la société Mars dirigée par son pote barbouze Vincent Crase. Benalla qui a gravi aussi vite les échelons de la GLNF (loge « Les chevaliers de l’espérance ») que ceux de la gendarmerie.

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On parle aussi de financements de l’étranger ce qui est en principe totalement interdit pour une campagne électorale : le Qatar qui fait tant de cadeaux à la France, comme les 300 millions d’euros pour la guerre en Libye ou les millions versés à Carla Bruni, BHL et au fils Platini, ou encore l’argent de la Libye pour financer les campagnes de sarkoléon à coups très probablement de dizaines de millions d’euros.

Des affaires qui devraient être des scandales mais aucun média commercial n’a l'air de vraiment enquêter, c'est même tout juste s'ils répercutent les révélations de Médiapart. Qu’en disent les libyens qui se retrouvent dans un pays ravagé, au niveau de vie réduit à néant et sous l’influence islamiste ?

A l'heure de la coupe du monde de foot (qui fut la monnaie d'échange de toutes ces largesses du Qatar envers la sarkozye), il serait temps de s'interroger sur les conséquences locales et internationales, à court comme à long terme, de nos choix électoraux. 

Si aujourd'hui sarkoléon n'a qu'un bracelet électronique (depuis septembre 2021) -tout en se baladant dans le monde entier à la demande du micron pour les mariages et enterrements de dignitaires étrangers et il était encore au Japon en septembre 2022- c'est bien parce qu'il a su faire ami-ami avec Jupicrétin (macron) qui lui a la main comme aucun prédisent de la 5e avant lui sur le pouvoir judiciaire et sur pouvoir législatif.

 

Business et politique : l’ère du mélange des genres

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Contrairement aux promesses et autres incantations des politiques pour justifier des lois aussi favorables à leurs magouilles, la corruption n’a pas cessé malgré des annonces régulières de nouveaux plans antifraude. Sous la micronie, qui a totalement pris en main une "justice" qui n’a de toute manière rien d’indépendant, on n’a même plus une seule affaire politico-financière à sortir, comme si tout était dans les clous... Les marchés publics sont le canal privilégié de la corruption[38], et selon les secteurs on estime que 10 à 30% du montant des marchés sont détournés dans la poche des intermédiaires.

L’Association Anticor qui travaille sur la corruption dans la politique et peut porter plainte dans ce cadre, a été violemment attaquée par la micronie en 2020 : pourquoi ?

Cette association est seule et sous-dimensionnée, mais elle dérange déjà parce que parmi ses dossiers il y a celui d’Alexis Kohler, qui prend toutes les décisions à l’Elysée, ce soutien de l’armateur MSC.

 

"Bien qu'il soit difficile de mesurer le coût exact de la corruption en raison de sa nature cachée, on estime qu'entre 10 et 30 % des investissements dans des projets de construction financés par des fonds publics seraient perdus du fait d’une mauvaise gestion et de la corruption (CoST, 2012), et les estimations de perte de valeur des projets à hauteur de 20 à 30 % à cause de la corruption sont très répandues (Wells, 2014, Stansbury, 2005)", expliquait un rapport de l’OCDE de 2016 [39].

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"Au sein de l'Union européenne, le coût de la corruption est plus généralement estimé à 120 milliards d'euros par an ce qui représente environ 1 % du PIB de l'UE, soit un peu moins que le budget annuel de l'UE en 2014, qui s’élevait à 143 milliards d'euros". Et il ne s’agit là que d’estimations officielles.

Et avec le covid, les choses ne sont pas arrangées selon les experts du domaine : on a tellement "assoupli" les règles à tous niveaux que des marchés ont été passés sans mise en concurrence ou appels d’offre et sans aucune transparence.

Le cabinet d’avocat NohrCon interroge : "la part de l’attribution directe de marchés publics après une procédure négociée sans publicité ni mise en concurrence préalable a augmenté avec l’apparition de la pandémie, et la demande de produits spécifiques a augmenté de manière explosive en peu de temps.

Selon la Commission Européenne, l’attribution directe sans mise en concurrence est juridiquement admissible « dans la stricte mesure où des raisons impérieuses dues à des événements que le pouvoir adjudicateur n’a pas pu prévoir rendent impossible le respect des délais d’appels d’offres publics, d’appels d’offres restreints ou négociés". Mais la question se pose. La justification par l’imprévision du recours à ces procédures sans mise en concurrence peut-elle perdurer alors que la pandémie s’éternise?"

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L’affairisme est bien implanté dans les mœurs politiques et on va voir à travers quelques exemples comment les choses fonctionnent, souvent avec l’aide de la franc-maçonnerie d’ailleurs -même si la fra,c-maçonnerie et ses dérives feront l'objet d'un épisode ultérieur. Il y a du financement de partis politiques, qui n’a été régulé que progressivement au fil des scandales, et de l’enrichissement personnel, cependant bien plus difficile à prouver.

D'ailleurs le point commun de nombreuses affaires de corruption est que lorsqu'un président ou un ministre est cité, elles ont tendance à s'arrêter net. Et à mon avis, le fait que certaines affaires parviennent malgré tout à inquiéter un sarkoléon donne seulement une idée du nombre d'affaire étouffées derrière. 

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L’affaire Cahuzac a montré cela parfaitement : Cahuzac, ministre délégué au budget sous Flamby, a été condamné pour avoir bénéficié personnellement de sa fraude fiscale[40] mais il avait dit qu’une partie de la somme appartenait au parti socialiste et devait financer une campagne de Rocard en collectant de l’argent auprès d’entreprises pharmaceutiques qu’il connaissait- dont Pfizer- par ses activités de lobbying.

D’ailleurs il a été très ouvert aux intérêts des labos une fois qu’il a occupé des fonctions dans le public, notamment en tant que conseiller technique pour le médicament au cabinet du ministre de la Santé, Claude Evin de 88 à 91. Puis Cahuzac a refusé de donner le nom des donneurs d’ordre pour la création de ce butin et s’en est tiré sans mettre un pied en prison (il a pris 2 ans fermes a et eu un aménagement de peine). Il était défendu en appel par notre ministre de la "justice".

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Il y a eu un certain nombre d’affaires retentissantes dans le sud de la France au cours des années 90-2000. A Cannes, le maire UDF-PR et gradé de la GLNF Michel Mouillot a fait un peu de prison suite à cinq mises en examen, notamment pour une affaire de 2 millions touchés en liquide dans un dossier de construction.

Ce proche de Léotard, qui avait démarré sa carrière chez Pernod Ricard [41] après des études de marketing aux States et admettait ne pas être "une oie blanche", avait alors dénoncé une liquidation politique de la part de la chiraquie.

La commission d’enquête sur les comptes de campagnes avait produit un rapport (non disponible en ligne) en avril 1994, qui a montré que rien que pour les législatives de 1993 et pour les entreprises de travaux publics, les dons légaux aux députés ont été nombreux :

  • La générale des eaux avait versé 13,9 millions de F
  • Bouygues avait versé 10,7 millions
  • La Lyonnaise des eaux avait versé 7,7 millions.

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Et les partis bénéficiaires de ces gracieux dons étaient dans l’ordre : le PS (11,3 millions), le RPR (8,6 millions) et l’UDF (7,8 millions). En termes d’individus, Le Parisien du 5 décembre 2000 citait Michel Roussin (868.870F), jacques Toubon (666.000F), Marie-Noël Lienemann (581.5000F), Julien Dray (240.000F). Et alors que le plafond pour une législative était fixé à 500.000F, Balkany, déjà avait réussi à collecter pas moins d’1,8 million de Francs.

Le financement de la campagne présidentielle de Balladur en 1995 a commencé à être jugée en 2019, 25 ans après les faits, sans sarkoleon qui était son directeur de campagne. Et le duo Balladur - Léotard n’a été jugé qu’en 2020 et 2021 en appel : Balladur a été relaxé de tous les chefs d’accusation et Léotard a pris 2 ans de sursis… Sarko qui était son directeur de campagne n'a même pas été renvoyé devant le tribunal. Circulez…

Pour cette campagne, l’argent ne pouvait venir du RPR, monopolisé par Chirac. Les lieutenants de Balladur, à commencer par Sarko alors ministre du Budget et Léotard ministre de la Défense, ont alors été chercher dans des rétro commissions (des retours de commissions illégaux) sur des contrats d’armement déjà quasiment conclus [42].

C’est suite à un attentat commis sur des ingénieurs venus effectuer l’un des contrats d’armement à Karachi et à la procédure initiée par les familles que l’affaire a été révélée.

2022-11-08 19_27_13-L’affaire Karachi, c’est quoi _ - Opera

Mais le secret défense et les circuits de financement occultes, passant par des sociétés offshore et plusieurs paradis fiscaux, ont permis une certaine opacité. En 2007 seulement, des perquisitions ont dans les locaux de deux entreprises françaises impliquées ont permis de relier sarkoléon à la magouille.

"D’après l’ancien directeur financier de la DCN, ‘’la création de ces structures n’a pu se faire qu’avec l’aval des cabinets des deux ministères de la Défense et du Budget’’, respectivement dirigés par François Léotard et Nicolas Sarkozy. ‘’Ce système était étroitement contrôlé par l’État. En amont, le volume des commissions était validé contrat par contrat par les deux ministres de la Défense et du Budget’’, ajoutent les magistrats", rapportent les auteurs de "Histoire secrète de la corruption sous la Ve République".

Et le conseil "constitutionnel" qui doit vérifier les comptes de campagne savait parfaitement que les comptes de Chirac et Balladur étaient bidonnés.

Roland Dumas qui la présidait a expliqué qu’ils ont fait réviser plusieurs fois les comptes par les auditeurs pour que les dépenses rentrent dans la limite légale alors que légalement ils auraient dû les rejeter et ainsi annuler la candidature de ces deux corrompus. Par contre, les comptes de Jacques Cheminade ont été refusés pour une histoire de prêts !

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Pour résumer l’ambiance de cette campagne et montrer qui aspire à gérer le pays, un article de France Info de 2020 expliquait notamment [43] : "Chez Jacques Chirac, 31 personnes se sont présentées à la banque Rivaud le même jour, le 6 mai, veille du deuxième tour, pour  déposer un total de 3,5 millions de francs en liquide. Pour Édouard Balladur, 10,25 millions de francs ont été versés en une fois au Crédit du Nord, trois jours après le premier tour. Interrogée, la banque précise : "en quatre sacs de billets de 500 francs". Interrogés sur ces importantes recettes en liquide, les deux candidats ont livré la même explication : elles sont le fruit de collectes dans les meetings et de vente de t-shirts et gadgets divers.

L’explication n’a manifestement pas convaincu les Sages. "Chacun sait très bien d’où venait cet argent", lance ainsi le conseiller Maurice Faure, évoquant probablement les fonds secrets du gouvernement dans lesquels les partis politiques ont largement puisé à l’époque. Concernant Édouard Balladur, il est possible que ces fonds soient provenus de rétrocommissions sur des marchés de ventes d’armes".

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En 2012, les comptes de campagne de sarko ont été bloqués pour un mini dépassement 2% du plafond de dépenses, ce qui a quand-même obligé les fans de l’UMP à verser des euros lors d’un "sarkothon" pour payer les frais. Quant au dépassement des plafonds de campagne, ledit sarko ne risquait que 3.750 euros d’amende et 1 an de sursis pour avoir littéralement explosé les frais de campagne en 2012.

Il faut dire que rien que Kadhafi lui aurait apporté 30 à 50 millions d’euros à la campagne de 2012 alors que les plafonds étaient alors fixés à 22,5 millions.

L’affaire Bygmalion a ensuite suggéré que les comptes de campagnes officiels n’étaient les bons, et qu’une bonne partie des factures avaient été fortement sous-estimées afin de rentrer dans le cadre des 22,5 millions.

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Des factures bidons pour des conventions bidons ont ensuite été payées par l’UMP pour compenser. Bygmalion, une boîte de com’, a été créée par Copé et deux de ses proches, Bastien Millot et Guy Alves, pour obtenir des contrats de l’UMP.

Le financement des partis et des campagnes électorales a été un appel d’air pour les pratiques de corruption, qui est une pratique banale en politique. C’est seulement en 2000 que la France a ratifié la convention de l’OCDE interdisant de graisser la patte d’agents publics étrangers.

Les grandes surfaces ont été pendant longtemps un véritable tiroir-caisse pour la politique. De 1981 à 1995, les ouvertures de grandes surfaces de plus de 1.000m² devaient toutes être validées par le ministre du Commerce, en dernier ressort. Puis en 1996 Raffarin a transmis ce pouvoir (pour les surfaces de plus de 300 m²) à une "Commission nationale d’équipement commercial" (CNEC), composée de membres nommés par décret. Ce qui a permis d’énormes rentrées d’argent au nom, sans rire, de la protection du "petit commerce".

2022-11-08 19_40_08-Un ex-patron de Monoprix et mari de la députée Brunel mis en examen pour _corrup

C’était après l’affaire Denys Brunel, le mari de Chantal Brunel actuelle maire UMP de Bussy-Saint-Georges et proche de sarkoléon : Brunel, quand il était encore directeur général de Monoprix entre 1993 et 2000, a été "condamné" à 2 ans de sursis et 60.000€ d’amende pour avoir détourné 98.400€ de la boîte. Au départ il était mis en examen pour "abus de biens sociaux", "faux et usage", "blanchiment de fonds provenant d'abus de biens sociaux" et "corruption" et était soupçonné d’avoir financé la campagne de sa compagne qui elle a été "blanchie".

France Info rapportait le 9 juin 2011 que "Selon Edouard Meldonian, ancien membre du parti Démocratie libérale, lui-même mis en examen dans ce dossier, Denys Brunel l'a contraint à sortir illégalement de l'argent liquide de la société pour financer la campagne électorale de Chantal Brunel en 2002, en réalisant des factures pour des prestations déjà effectuées". Meldonian était aussi le patron de la société de services informatiques Facile Info qui était bénéficiaire du chèque de Brunel, qu’il a dit devoir encaisser pour lui remettre la somme en espèces afin de financer les activités politiques de madame.

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Denys Brunel avait été nommé directeur de cabinet de la ville, poste qu’il occupait à titre gracieux dès les élections pour "gérer les affaires urgentes", jusqu’à sa mise en examen en 2011. Pendant la polémique, Chantal Brunel a contre attaqué en évoquant des contrats entre le maire précédent et le dénommé Meldonian pour 700.000 €, sous-entendant qu’ils s’étaient arrangés pour organiser une cabale contre elle[44].

Avec la grande distribution, le système de corruption a été carrément institutionnalisé pour bénéficier à tous les échelons politiques. Comme l’explique le livre "Histoire secrète de la corruption sous la Ve république", chaque maire pouvait toucher sa part sur les surfaces autorisées : "jusqu’en 1991 et 1993, date du vote des lois sur le financement des formations politiques, les ministres ou secrétaires d’État au Commerce et à l’Artisanat recevront des valises de cash de la part des grandes enseignes pour financer leurs partis et ceux de leurs alliés politiques. Mis en route sous la présidence Pompidou, ce système perdura sous Giscard et Mitterrand.

Face au nombre croissant d’élus qui exigeaient leur dîme, la grande distribution avait dû mettre sur pied une grille tarifaire de l’ordre de 1 000 francs le mètre carré ou également évaluée à 10 % de l’investissement total, permettant de construire et d’aménager une grande surface ou simplement de l’agrandir. Cette somme ou ce pourcentage représentait les diverses commissions et avantages occultes nécessaires pour passer outre aux différents barrages institués par les lois Royer et Raffarin. Chaque année, entre 500 et 900 autorisations d’ouverture étaient accordées…".

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Un élu et ex porte-parole du PS, Jean-Pierre Destrade, membre de la commission nationale d’urbanisme commercial, a été condamné pour avoir rançonné les patrons de la grande distribution de la région Aquitaine, dont il était député de 1981 à 1988 puis conseiller général.

En 2005, il a été jugé pour avoir fait transiter 20 millions d’euros provenant de nombreux patrons de magasins sur 67 comptes ouverts dans 25 banques. Destrade a expliqué qu’il s’agissait d’alimenter les caisses du PS, mais les juges ne l’ont manifestement pas cru, et il a pris 3 ans fermes pendant que ses 19 copains socialistes étaient relaxés[45].

Pendant ce temps, on a bétonné et bétonné, à tel point qu’aujourd’hui un tiers des zones commerciales sont bonnes à détruire. Par exemple, entre 1996 et 1997, les surfaces commerciales autorisées ont doublé, passant de 576 000 de m2, en 1996 à 1,2 million en 1997. En 2007, on en était à 3,7 millions de m² autorisés ! Une proportion toujours plus grande des projets déposés, toujours plus nombreux, est acceptée. Quant aux emplois, ils sont précaires, sous payés et subventionnés.

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C’est l’époque de la fuite à Buenos Aires d’un dénommé Jean-Michel Boucheron, élu socialiste d’Angoulême (député de 1981 à 1993, secrétaire d'Etat chargé des Collectivités territoriales durant un mois en 1988) qui avait vidé les caisses de la ville, laissant une dette de 164 millions de Francs et a été poursuivi pour corruption. Il a été arrêté là-bas en 1995 et extradé en 1997.

Ce "bon maçon" (il était membre du Grand Orient, "Loge des hommes libres" (sic.) et de la fraternelle des parlementaires) a été condamné à quelques années de prison pour divers délits de corruption (recel d'abus de biens sociaux, trafic d’influence, prise illégale d’intérêts pour la privatisation de la distribution d’eau[46]…).

Il demandait 10% aux entreprises qui voulaient obtenir un contrat avec la ville, ce qui a engendré des surfacturations. Et, lui qui remplissait les tenues de sa loge à Angoulême, a été radié du Grand orient.

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Les années 90 sont aussi les années Tapie spécialisé dans le rachat d’entreprises en faillite pour 1 Franc symbolique (Wonder, Look, la Vie Claire, Terraillon, Testut…) et leur revente quelques années plus tard pour des millions. Les liens de Tapie avec le milieu ont souvent été interrogés, notamment après qu'on ait appris l'intervention personnelle de Tapie auprès du ministre de l’Intérieur, en 1992, pour obtenir la mise en liberté du mafieux Francis Le Belge.

Dans les business de Tapie, deux banques qui intriguaient beaucoup les renseignements revenaient régulièrement : la Finter Bank et la BGC (Banque Générale du Commerce, passée en 88 sous capital italien) qui lui auraient été suggérées par la clique Mitterrand. A sujet de la BCG, Ian Harmel écrit dans sa bio de Tapie "C'était Bernard Tapie" que "Cet établissement a joué un rôle majeur dans le financement de la campagne de Bernard Tapie aux élections législatives de mars 1993 à Gardanne. Sur les 11 chèques de sociétés adressés au patron de l'OM, 7 généreux mécènes ont leur compte à la BCG.

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Simple coïncidence sans doute. Plus curieusement, le 13 mars 1993, sur le même chéquier de la BCG, 3 sociétés théoriquement indépendantes ont apporté au ministre de la Ville de François Mitterrand 3 chèques qui se suivent à 3 numéros près".

Quant à la Finter Bank qui intervient auprès de plusieurs entreprises rachetées par Tapie comme Terraillon, elle était soupçonnée de faciliter le blanchiment d’argent, était mêlée à différents scandales financiers et appartenait au groupe du cimentier italien Carlo Pesenti, membre de la loge P2 et proche du Vatican.

En 1991, elle avait prêté 80 millions de Francs au groupe de Tapie, puis avait ramené ses engagements à 3 millions en 1993. C’est par exemple via la Finter Bank qu’un versement de 525.000 F à un intermédiaire véreux du foot, Maniel Barbosa, été effectué.

La BGC, spécialisée dans le BTP, était même soupçonnée par les RG de "transferts de capitaux douteux d’origine essentiellement italienne" réinvestis dans l’immobilier principalement. Elle était dirigée par Jean-Marc Smadja, cousin d’Isabelle Balkany qui a longtemps œuvré à Levallois-Perret, est à la retraite mais a été nommé récemment "conseiller spécial" en urbanisme dans une mairie du Var dirigée par l’extrême droite, et où le maire "multiplie les projets immobiliers". Il s'agit de Marc-Etienne Lansade, maire de Cogolin, un proche de Marion Le Pen parachuté à Cogolin en 2014 par le bureau du FN, et aujourd’hui beaucoup critiquent sa gestion des affaires locales. 

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Après la fin de la mitterrandie, Tapie a su se rapprocher de sarkoléon et sa bande, ce qui lui a permis d’éviter des redressements fiscaux, et surtout d’obtenir -pendant un temps certes- 403 millions d’euros de dommages et intérêts (du jamais vu) suite à la décision en 2008 d’un tribunal d'arbitrage (donc privé) spécial "Tapie", qui a été remis en cause. Mais quand il a été question de récupérer les 403 millions, ils s'étaient quasiment évaporés.

Dans les années 2000, ce sont les affaires Générale des Eaux [47], Lyonnaise des Eaux, Crédit Lyonnais (6,9 milliards de Francs de pertes estimées en 1994), Vivendi qui défraient les chroniques. Tapi a rencontré Mitterrand en 1987 et est rapidement devenu ministre de la Ville, avant d’être impliqué dans l’affaire du match truqué OM Valenciennes (apparemment ce n’était pas le seul match truqué par l’OM et le dopage était courant). Et Mitterrand a toujours soutenu Tapie, le disant absolument innocent de tout.

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C’est l’époque des officines de renseignements, du boom des rétrocommissions, des mallettes de cash. La chiraquie triomphante. Alexandre Djourhi, Robert Bourgi, Ziad Takieddine, étaient parmi les intermédiaires connus ou moins connus de cette grande époque où les rétrocommissions coulaient à flots. Elles ont été interdites en 2000 mais la pratique reste courante, bien qu’un peu plus dissimulées par des ventes diverses et variées destinées à blanchir l’argent.

En 2006, lors des discussions sur le contrat Miksa destiné à vendre à l’Arabie Saoudite un dispositif de protection de ses frontières, les saoudiens ont demandé clairement à la France de ne pas faire entrer dans la danse d’intermédiaires bidons. C'était donc une fâcheuse habitude, comme on l'a vu avec les interventions de Takieddine dans les contrats d'armement Agosta au Pakistan, Miksa et Sawari II à l’Arabie Saoudite (dont les rétrocommissions ont selon lui alimenté la campagne de Balladr en 95), par exemple. 

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L’officine de l’ex flic et franc-maçon Hervé Séveno, I2F, a travaillé grâce à son grand ami Djouhri avec les groupes Casino, Véolia, EDF (il était ami avec Henri Proglio le patron d'EDF), Suez, LVMH, groupe pour lequel il a espionné le journal Fakir en 2015. En échange, Séveno renseignait Djouhri [48].

Le même Djourhi détenait en 2005 8% d’actions Véolia, boîte dirigée par son ami Hervé Proglio, proche de la chiraquie, avec de l’argent qui n’était pas le sien. 8% des actions, cela représentait alors 1,5 milliard d’euros, et certains observateurs se sont demandé s’il ne s’agissait pas d’une manne pour un ou des partis politiques [49].

Un peu comme Attali, Djouhri a su s’immiscer dans l’entourage des présidents de droite : Chirac, sarkoleon, et même le micron. Aujourd’hui, Djouhri est encore en Angleterre, en attente de son extradition. On comprend les anglais d'avour voulu respecter scrupuleusement les droits de Djouhri car il doit avoir beaucoup d’informations à donner sur les magouilles financières du pouvoir français. Et celui-ci ne doit pas être pressé de le voir témoigner devant les juges. En tant qu’intermédiaire de nombreux gros contrats dans divers domaines, il a certainement vu passer quelques millions d’euros de dessous de table.

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Petit truand de banlieue né à Saint-Denis, il a été arrêté en 1981 pour braquage à main armée mais il n’y a pas eu de suites. Selon les auteurs de « Histoire secrète de la corruption sous la Ve république, « En 1986, il est victime d’une tentative de meurtre sur fond de règlement de comptes entre Delon père et fils (Alain et Anthony), par bandes rivales interposées. Il s’en sort avec une balle dans le dos et nie avoir répliqué en dépit de résidus de poudre prélevés sur ses mains ».

Il a commencé ensuite à fréquenter du gratin dans les boîtes de nuit et s’est mis aux affaires, devenant le représentant d’Air Algérie à Paris. Il s’est alors rapproché de Villepin, puis s’est installé à Genève (avant de fuir récemment à Londres suite à l’affaire Kadhafi impliquant son pote sarko) d’où il a dirigé une société de traitement de déchets et de distribution d’eau. Djourhi était très proche de toute la droite, où il a compté de nombreux amis tels que le député UMP Alain Marsaud.

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Il a été proche d’André Tarallo, le pote de Pasqua chez Elf, d’Henri Proglio un ancien d’Occident devenu patron de Véolia puis d’EDF, de Villepin le 1er ministre de chirac, de Bernard Suarcini, patron des renseignements français sous sarko, dont il était l’un des lieutenants.

Selon  le livre  "Histoire secrète de la corruption sous la Ve République", l’argent donné par la Générale des eaux (devenue Véolia) aux politiques de gauche a assuré à Proglio (franc-maçon) une belle carrière dans les grandes entreprises : "Proglio a dans sa poche des personnalités comme Laurent Fabius depuis 1994 et la mise en chantier d’un tramway à Rouen, ou Jean-Marc Ayrault depuis 1991 et la création d’un centre de traitement des déchets à Nantes. Des liens qui se révéleront précieux au printemps 2012, quand le candidat François Hollande désignera deux têtes devant tomber une fois qu’il sera élu président de la République : Bernard Squarcini à la DCRI et Henri Proglio chez EDF. Seul le premier tombera rapidement, le second devant céder son poste en novembre 2014".

Toute une liste de proches de politiques a obtenu une place au chaud et bien rémunérée chez Véolia ou EDF : Pauline Borloo, Laeticia Estrosi, Arthur de Villepin, Julien Bartolone, Monique Lang, plusieurs frères et sœurs de Rachida Dati, Antoine Cahuzac le frère du ministre évadé fiscal…

Dans ces affaires, des francs-maçons étaient souvent à la manœuvre. Par exemple, Ghislaine Ottenheimer s’interrogeait en 1998 dans l’Express : "quel rôle ont joué les liens maçons dans l'affaire du Crédit lyonnais? On y retrouve, là encore, de nombreux "Enfants de la Veuve": Michel Gallot, président de la SDBO, Pierre Despessailles, président de chambre honoraire au tribunal de commerce de Paris, ancien directeur de la SDBO, Michel Mouillot, maire de Cannes, Giancarlo Paretti, Florio Fiorini, etc. De nombreux membres de la GLNF (Grande Loge nationale de France), l'obédience la plus fréquentée par les hommes d'affaires, affirment: "L'affaire du Crédit lyonnais est une succession de renvois d'ascenseur maçons. C'est explosif!" "

2022-11-09 22_06_21-Jacques Medecin and Francois Leotard In Nice, France On April 09,

Il y a eu aussi le maire de Nice dans les années 80-90 Jacques Médecin, le mentor de Léotard pus d''Estrosi qui comme son père, avait établi un système clientéliste : emplois à la mairie pour les copains, subventions, marchés publics truqués, baux commerciaux à tarifs préférentiels, permis de construire faciles…

En 1988, Jacques Médecin et Christian Estrosi, à fond pour la campagne des législatives

Parmi les nombreuses affaires qui ont été reprochées à un moment ou à un autre à Jacques Médecin, il y a le dossier de la Serel, dans laquelle il a été "accusé d'avoir bénéficié de 4 millions de francs de pots-de-vin versés de 1986 à 1990 à une entreprise niçoise de signalisation routière en contrepartie de marchés publics. Médecin s'est défendu en affirmant qu'il s'agissait d'un financement de ses activités politiques. La cour d'appel a examiné les faits avec plus d'indulgence que le tribunal correctionnel qui, en août 1995, l'avait condamné à trois ans et demi de prison ferme et 1 million d'amende et avait refusé la confusion", expliquait un article de Libération le 13 janvier 1996.

Jean-Dominique Fratoni, vieil ami de Jacques Médecin, mafieux et patron de casinos, a été cité dans le dossier de la disparition d’Agnès Leroux, cette héritière d’un casino concurrent que Fratoni voulait racheter -mais il est mort en 1980 en Suisse sans que cette piste ait été éclaircie. Une partie de l’argent provenant de ces magouilles atterrissait sur son compte à la Bank of California à Los Angeles. Notons que Fratoni a bénéficié de la générosité d'Alain Delon pour renflouer, en vain, un de ses casinos.

2022-11-08 22_59_11-Dans le Var, le roi des ordures Pizzorno édicte ses propres règles - Opera

En 2018 Lyon a connu une longue grève du ramassage des ordures, dans la moitié de la ville gérée par l’entreprise familiale Pizzorno (tout de même cotée en bourse) où les éboueurs sont beaucoup moins payés que leurs collègues du public qui font le même travail. Pizzorno a fait parler d’elle surtout dans le sud de la France où elle est très implantée dans le ramassage des ordures. Il faut dire que le patron Francis Pizzorno fréquentait beaucoup de responsables politiques locaux, comme Elie Brun maire de Fréjus qui dû interrompre sa carrière en 2014 suite à quelques scandales dont seulement quelques-uns ont été en justice. 

Pizzorno organise de grandes soirées dans sa villa où le gratin local est convié, et où Elie Brun était un habitué. Et Pizzorno était même présent au procès de Brun en 2013 pour soutenir son ami. En effet, brun s’est retrouvé sous le coup de plusieurs procédures liées à des malversations.

Comme l’expliquait le magazine L’Express en mai 2014, c’est un hiérarque local qui a dit à Pizzorno de se lancer dans les déchets dans les années 70. L’entreprise s’est développée après avoir ouvert sa première décharge et Draguignan est devenu son fief.

François Léotard a été un de ses administrateurs et son lobbyiste -grassement payé- et le député maire de Saint-Raphaël et patron de la fédération UMP du Var Georges Ginesta [50] n’hésitait pas à défendre ses intérêts, y compris auprès d’autres élus qui par exemple venaient de contracter avec un concurrent moins cher. D’ailleurs, il était aussi l’un des assureurs de Pizzorno. Quant à Pizzorno, il subventionnait allègrement l’UMP et faisait partie du cercle des premiers donateurs.

Le groupe est surtout pointé du doigt pour sa gestion de plusieurs décharges légales ou non, en France et au Maghreb, ses surfacturations et les conditions dans lesquelles elle a obtenu plusieurs marchés comme celui du plus gros incinérateur de la région près de Toulon, dont le marché public, justement, a entraîné en 2016 la mise en examen pour "favoritisme" et "prise illégale d’intérêt" d’une douzaine de personnes en vue d’un procès en 2023. Il faut dire que l’affaire est juteuse : 470 millions d’euros sur 18 ans.

2022-11-08 23_07_00-Qui était Francis Pizzorno_ Les témoignages émouvants de ses proches - Var-Matin

En 2015, Médiapart notait [51]: "La chambre régionale des comptes de Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) s’est saisie du nauséabond dossier de la gestion des déchets dans le département du Var. Le résultat de son enquête devrait provoquer de sérieux remous. Dans leur rapport, les magistrats de la chambre régionale ciblent les nombreuses irrégularités du groupe Pizzorno Environnement, quatrième opérateur français. Mais pas seulement. Plusieurs élus du département, et tout particulièrement Georges Ginesta, député (UMP) et maire de Saint-Raphaël, sont épinglés pour leur connivence avec le groupe. Enfin, les magistrats s’interrogent sur le rôle du préfet et soulignent l’inaction du ministère de l’écologie".

Au total, la chambre des comptes estimait le préjudice pour les contribuables à 20 millions d’euros sans que la préfecture censée veiller au grain ne relève le moindre problème.

On pourrait égrener une liste sans fin des noms des politiques corrompus et corrupteurs dans le pays par exemple pour les cas récents :

  • Kader Arif, député PS et ancien ministre délégué aux anciens combattants, avait démissionné en 2014 et renvoyé de la cour de "justice" de la république, qui donne de sursis et acquitte les ministres, pour "prise illégale d'intérêts, atteinte à la liberté d'accès à l'égalité des marchés publics et détournement de fonds publics". Quand il était ministre, il a passé des contrats de "média training" sans mise en concurrence avec une société gérée par son frère et un de ses neveux à 60.000 € pour 6 séances dont une seule a été effectuée.
  • michel mercier

    Michel Mercier, ex ministre sarkozyste renvoyé au tribunal en même temps que sa femme et ses enfants pour "prise illégale d’intérêts et détournements de fonds publics". C’était en 2017 et ils vont seulement être jugés. Extrait de l'article du Monde du 8 novembre 2022 consacré à l'ouverture du procès: "L’épouse de l’ancien ministre de la justice, Michel Mercier, organisait d’aimables déplacements à caractère culturel pour les femmes de notables lyonnais, deux ou trois fois par an pendant seize ans, afin de visiter une exposition, un musée, goûter les crus du Beaujolais ou bien encore passer une agréable journée au bord d’un lac : 45 "événements", dont ont bénéficié au moins 783 invitées, aux frais du conseil général du Rhône dont Michel Mercier était président de 1990 à 2013. Ces dames ont aussi appris la délicate cuisson du homard et, pour les plus motivées, reçu des cours d’escrime".
  • Sylvie Andrieux élue 4 fois de suite députée socialiste à Marseille, condamnée (1 an…) en 2016 pour détournement de fonds publics
  • Claire O Petit députée LREM interdite de gérer une entreprise pendant 5 ans. 
  • Jacques Bompard le maire d’Orange (extrême-droite) a été condamné à 5 ans d’inéligibilité en mars 2021 pour prise illégale d’intérêts pour des histoires de vente par la ville de bâtiments à ses enfants et d’achat de terrain devenu constructible.
  • Alexis Kohler chef de cabinet de macron depuis qu'il était ministre de Flamby, a été directeur financier de MSC, fondé par des membre sde sa famille et qui est directement concerné par des décisions de l'Etat notamment sur les chantiers de St-Nazaire, d’août 2016 à mai 2017, avant de revenir bosser pour macron. Macron qui a juré promis que Kohler n'avait jamais participé à aucune décision concernant MSC, ce qui est contre toutes les évidences. Anticor a porté plainte en 2018 pour "prise illégale d’intérêt", "corruption passive" et "trafic d’influence", classée sans suite évidemment, donc l'association s'est portée partie civile. Kohler a enfin été mis en examen le 3 octobre 2022 pour prise illégale d'intérêts (alors que le parquet national financier trouvait qu'il fallait arrêter de l'embêter), mais l'enquête avance très lentement.

DSK sud Soudan

Et puis il faut évoquer DSK: candidat éternel à la candidature, politicien libéral mais logé au parti socialiste, DSK a davantage privatisé que la droite. Il nous a seriné qu'il "n'y a pas d'alternative" à la mondialisation, a soutenu la "constitution" européenne qui nous étouffe aujourd'hui en le sachant parfaitement, bref: il a joué la partition de la classe dirigeante.

On ne parlera pas dans ce chapitre de l'affaire du Carlton de Lille qui révélait en fait un système de proxénétisme établi entre des patrons d’entreprise locaux et DSK, en passant par le Carlton. Bien-sûr, comme l’a montré la décision de justice au final, DSK ignorait que ces patrons lui payaient des prostituées, dans l’attente de contrats et/ ou de reconnaissance, prostituées fournies à l’occasion par des flics de Lille.

Dans cette affaire, le réquisitoire du parquet est devenu de plus en plus maigre, et au final il n’y avait plus de quoi fouetter un chat.

carlton schéma

Cela a toutefois montré la réalité derrière la signature de nombreux contrats et l'intervention de politiques pour les faciliter. Les gros contrats, en tout cas dans le Nord où les bordels belges sont tout proches, se signent lors de soirées avec des prostituées.

Un tenancier de bordel belge m’avait raconté qu’un patron d’entreprise du nord qui n' avait pas pensé à organiser la petite sauterie a été contraint d'amener en urgence des chinois en bus dans une des "maisons" de ce proxéte pour pouvoir signer le contrat. Au moment de signer, un chinois avait demandé "elles sont où les filles ?". Des pratiques qui expliquent probablement en partie pourquoi si peu de femmes sont présentes dans les conseils d’administration des grandes entreprises.

L’affaire Epstein, finalement, révèle aussi ce système qui utilise des pseudo agences de mannequins pour fournir des filles lors de soirées avec du gratin, où on parle business autour de rails de coke.

On ne parlera pas de l'agression de Tristane Banon ou de celle de Naffissatou Diallo, mais on doit mentionner son aventure avec le "fonds" LSK & Partners, en réalité une pyramide de Ponzi classique avec un volet d'investissements en Afrique.

2022-11-12 17_11_04-DSK Carlton guignols - Recherche Google - Opera

Son associé a eu la bonne idée de sauter par la fenêtre en 2014 (trois jours après que DSK lui ait rendu le siège de président du conseil d'administration), si bien qu'il a pu endosser toute la responsabilité et DSK a pu faire du DSK, c'est-à-dire jouer les vierges effarouchées devant les accusations des juges: notre ex ministre de l'économie et candidat à la gestion du budget national a osé déclarer qu'il avait fait preuve d'incompétence, et qu'il ne savait pas que la boîte dans laquelle il était associé était juste un gouffre financier.

Ce n'est pas drôle: 100 millions d'euros se sont évaporés dans l'affaire, ce qui n'aurait jamais pu être cas s'il n'avait pas prêté son image et son carnet d'adresses à son associé. En tout cas il est assez avisé pour installer ses sociétés dans les paradis fiscaux.  

 

Le SAC, un système mafieux au service de la droite

cannabis maroc

Revenons un peu en arrière, sur les liens entre la politique et le banditisme. Un des exemples les plus révélateurs de cette dérive est Charles Pasqua, entré chez Ricard en 1952 pour monter dans la hiérarchie en devenant directeur des exportations, directeur de la branche marocaine, puis numéro 2 du groupe en 1967. Il est ainsi devenu ami avec le roi Hassan II du Maroc.

De cette amitié serait né un réseau de production de drogue grâce à des laboratoires de transformation de cocaïne installés en 1962 au Maroc, la coke étant ensuite transportée "dans des avions militaires atterrissant dans les deux importantes bases militaires d’Evreux et de Tours", selon les accusation de l’opposant à Hassan 2 Ali Bourequat.

Selon l’ex trafiquant Gérard Fauré[52] qui a oeuvré en tant que trafiquant et assassin de membres de l'ETA (selon ses dires) pour le SAC, "Pasqua avait un accord avec le roi Hassan II qui l’appréciait beaucoup. Il fournissait à ses sbires du SAC des centaines de kilos provenant des fermes ‘royales’ à un prix réduit. Je tiens cette information de la sœur même du monarque, Lalla Fatima Zohra, […] qui gérait ces fameuses fermes et était chargée de fournir les voyous français en cannabis, tout comme elle fournissait les princes saoudiens".

Hassan 2 Chirac

Ces propos sont confirmés par d'autres sources, comme l'ouvrage intitulé A qui appartient le Maroc ? mentionné par le journal Maintenant du 20 décembre 1995, qui évoquait l'existence de sites de production de cannabis appartenant au roi, contrôlés par l’administration royale et où rien ne serait planté sans l’autorisation de ses représentants.

Chirac a aussi alimenté cette relation franco marocaine étroite: à peine élu en 1995 il a rendu visite à Hassan II et a reçu une ferme dans le Ouled Dzaim. A partir de là, la France a été très rapidement envahie de cannabis venu du Maroc (les fameuses "savonnettes"), à bas prix et de qualité souvent douteuse[53]. Cette collaboration a continué sous Mohamed VI.

Le joruanliste franco-marocain Ali Bourequat, qui a porté publiquement ces accusations, a passé avec ses deux frères dix ans dans un bagne marocain. Il y a recueilli de nombreux témoignages de divers malfrats et militaires. Ce qu’il raconte est en grande partie confirmé par une membre de la famille Hémard (il était marié à Jacqueline Hémard, qui a été mariée aupravant à un membre de la famille Hémard), propriétaire de la distillerie Pernod, qui contacte Bourequat suite à son livre.

2021-04-12 21_52_32-Charles Pasqua est mort _ du SAC aux rétro-commissions, une vie de controverses

Celle-ci, avec laquelle il a demandé et obtenu l'asile politique aux Etats-Unis en 1995, lui avait raconté que chaque année en août, la famille Pernod se retrouve dans un hôtel de Genève où Françoise Hémard (l’administratrice de la holding Pernod-Ricard, les 2 entreprises ayant fusionné en 1975) distribuait à tous les membres de la famille une somme importante provenant des bénéfices réalisés dans le trafic de cocaïne par Charles Pasqua et le clan Hémard.

Chacun des héritiers Hémard recevait 100.000$, et l’argent était stocké chez UBS. L’argent était donné par des italiens à Patrick Hemard (beau-frère du témoin), en tant que "royalties pour nos labos au Maroc", a-t-il déclaré. Hémard avait l’assurance d’une impunité totale par le ministre de l’Intérieur. Ce témoin a fui la France pour les Etats-Unis suite à des menaces de la DST et des autorités, après avoir fait ce témoignage, et Bourrequat l’y a rejoint, ayant obtenu l’asile politique ce qui était sans précédent pour un français.

Alain Jaubert dans son livre paru en 1976, "Dossier D… comme Drogue", retranscrit les propos de Jacqueline Hémard : "Je fus mariée et vivais avec mon mari, M. Eric Hémard. Mon nom de jeune fille est Jacqueline Pilé. Mon mari était étroitement lié avec des membres influents du gouvernement français. Il était lui-même très puissant en France, politiquement et financièrement.

Les dernières années, j’ai pris conscience que la famille de mon mari était impliquée dans le trafic de drogue. La famille Hémard a contribué à mettre en place des installations de transformation de la cocaïne au Maroc. Le ministre de l’Intérieur, M. Pasqua, et le roi du Maroc, aussi bien que la famille de mon mari, étaient impliqués dans la mise en place de laboratoires". Un business qui aurait commencé dès 1962, jusque dans les années 80.

Au Canada, la drogue était réceptionnée par le dirigeant local de Pernod Ricard, Jean venturi, considéré par les US comme l’un des plus gros importateurs de l’époque et très proche de Pasqua. 

Ce dernier, qui fut rappelons-le ministre de l'Intérieur de Chirac, a été fortement soupçonné par les US dans le cadre de la French Connection, et de ses activités chez Ricard au Canada. Ils s'interrogeaient notamment sur un grain de 200.000 $ en 10 ans, une somme considérable à l'époque mais bien inférieure à ce que gagnait réellement un trafiquant international. Mais on ne va pas rester trop longtemps sur cette histoire, on y reviendra dans la partie prochaine sur le trafic de drogue.

French connection labo clandestin

Durant la guerre d'Indochine dans les années 50, une bande qui était pilotée par l’armée et le SDECE, le GCMA (groupement des commandos mixtes aéroportés), a pris en main le trafic d’opium en Indochine pour financer ses opérations pourries avant d’être dissous en 1954. L’opium arrivait ensuite dans les labos clandestins de la côte d’Azur et de l’arrière-pays marseillais.

Le SAC est intimement lié au "gaullisme", qui a dès 1947 cherché des financements pour ses campagnes. Il est amusant de noter qu’alors qu’il a tenté de réduire l’influence des réseaux stay-behind en France au tournant des années 60 [54], il a intégré dans le SAC exactement les mêmes profils de petites frappes et truands d’extrême-droite. Décidément fort utiles.

A Nice, à Aix-en-Provence, Marseille, Grenoble ou Lyon, les patrons du SAC étaient aussi des patrons du milieu local. Et le SAC, avec ses hommes de main armés, bénéficiant de passe-droits, était entièrement au service du parti gaulliste. "La direction de la police judiciaire dénombrera un total de 65 affaires impliquant 106 membres du SAC entre 1960 et 1982, affaire touchant à la prostitution, au racket, à la fausse monnaie, au trafic d’armes ou de stupéfiants", écrit Vincent Nouzille dans "Les Parrains Corses, leur histoire, leurs réseaux, leurs protections". Tout l’argent n’allait pas dans la poche des politiques, évidemment.

2021-04-05 18_15_14-En Mai 68, le SAC était considéré comme la « police parallèle » du pouvoir - Ope

Il servait aussi à financer le SAC et ses activités "politiques". En 1968, un courrier à "diffusion restreinte" daté du 24 mai et émis par les dirigeants du SAC  de Marseille fournissait des listes de militants de gauche à arrêter à Marseille, Lyon, Grenoble et d’autres villes, puis à "regrouper sans explication" dans des stades "en cas de clash et sur ordre de Paris".

Apparemment, des listes similaires existaient dans beaucoup d’autres villes de France. "La liste des noms provenait de la DST et l’ordre devait venir de la direction du SAC, c’est-à-dire de Jacques Foccart lui-même", précise Alain Jaubert.

En 1949, il y a aussi eu cette affaire du vol de 100.000 Francs de bons du Trésor à Arras, par l’ex collabo, parrain Corse du clan Carbone et Spirito devenu proche de Lucky Luciano, accessoirement membre du RPF de De Gaulle, Jo Renucci, avec son ami le député gaulliste Antoine Chalvet de Récy. Arrêté, Renucci avait déclaré que l’argent était destiné à un parti politique [55] et il a obtenu un non-lieu. Déjà.

Dès les années 60, on observe aussi que certains types gravitant dans l’orbite du SAC et du SDECE, les renseignements, se sont mis à monter des sociétés à droite à gauche, avec à la clé ce qui ressemble à des détournements d’argent et à des officines de financements d’opérations de barbouzes à l’étranger[56]. En 1969, Pasqua a été poussé à démissionner du SAC et Pierre Debizet en a pris la direction. Il y a eu un petit nettoyage suite à de nombreux débordements en 68-69, mais en gros rien n’a changé, et Pasqua et ses copains se sont mis à créer des antennes dissidentes du SAC.

A cette époque, le milieu a créé des entreprises qui servaient de couverture et de pompe à fric. Il a pris le visage de patrons d’entreprises et cherchait à se rapprocher du monde politique pour continuer le business, quitte à en partager les fruits.

corruption 7

Le même phénomène a eu lieu en Italie, en Colombie, au Mexique, à la même époque. Si bien qu’il n’est pas rare de voir un politicien local qui marche pour la mafia locale, et qui possède des entreprises facilitant les transactions illicites. Ou un patron d’entreprise impliqué dans le trafic, qui se présente en politique ou s’acoquine avec le politique. Quand leurs protections tombaient avec les changements politiques, les malfrats tombaient souvent peu après.

Il y a, à ce sujet, le cas d’un certain Joseph Joanovici, qui faisait dans la ferraille dans les années 40-50. Celui-ci avait l’originalité d’être à la fois Juif, et Collabo avec les Allemands pendant la guerre, et aussi soi-disant résistant. C’est grâce à cela qu’il s’est constitué un monopole dans la ferraille[57] et faire fortune pendant la guerre.

Il a ainsi pu, à la fin de la guerre, financer des mouvements de Résistance et s’acheter un passé dans la Résistance où il n'avait jamais mis les pieds -comme tant d'autres l'ont fait. Mais, il a balancé des mafieux de la Gestapo comme Pierre Bonny et Henri Lafont.

Joanovici

Le type avait mis en place tout un système d’entreprises bidons pour pomper de l’argent à différentes étapes du processus de traitement des métaux, et cet argent servait aussi à financer des caisses noires diverses et variées, dont certaines finissaient dans la poche des politiques. Sa proximité avec le monde politique a permis de lui construire une "légende" de financier de la Résistance, dès le début de la guerre. Alors qu’en fait, il balançait les résistants aux Allemands.

Joanovici recevait -et arrosait - beaucoup. "La plupart des documents compromettants pour Joanovici ont disparu à la Libération. On comprend pourquoi il avait hier un "moral de fer". Cependant, un rapport de police, que nous avons consulté, a échappé au mystérieux coup de balai. De 1933 à 1939, par l'entremise de sa Société de récupération, il a ravitaillé l'Allemagne nazie en laiton, plomb et cuivres nécessaires aux fabrications de guerre. Toujours d'après ce document, il reçoit jusqu'en 1939 des «touristes» venus d'outre-Rhin, munis d'appareils de photographie, chargés de missions spéciales. De janvier 1941 à avril 1943, M. Joseph a vendu aux Allemands plus de soixante mille tonnes de vieux métaux. Chiffre d'affaires: six à huit milliards. Bénéfices personnels: quatre milliards", expliquait un article de Libération du 29 novembre 1997.

Joanovici 2

Mais, il a quand-même été rattrapé par son passé en 1949 : il a pris 5 ans de prison avec indignité nationale et confiscation d’une partie de ses biens. Sa fille a repris le flambeau, comme l’a montré un procès en 1986, pour 177 fausses factures[58].

Mais revenons au SAC et aux liens avec l'organisation institutionnelle du trafic de drogue. Selon l'article "L’État, la drogue et le "complot" en France : de la French Connection à l’îlot Chalon, des années 1960 aux années 1980" d'Alexandre Marchant, "À la fin des années 1960, de nombreux "barbouzes" porteurs d’une carte tricolore furent mis en cause dans des affaires de convoyage d’héroïne : Ange Simonpierri, Joseph Maro, etc. L’ancien membre du SAC repenti, Dominique Calzi, a par exemple rapporté avoir été témoin d’une opération de récupération, de recel et de revente de morphine-base venant de Turquie, supervisée par plusieurs membres du SAC (Victor Léandri, Bernard Cochinaire, Gérard Kappé, etc.). Impliqués aussi dans le trafic d’armes venant de Yougoslavie, ils étaient par ailleurs responsables de la sécurité lors de campagnes électorales de candidats UDR locaux. Cette participation des barbouzes au trafic est aussi attestée par le témoignage rétrospectif de certains policiers de la brigade des stupéfiants de Marseille".

french connection

L’affaire Delouette, ce passeur de drogue arrêté par les douanes US en avril 1971 avec 44 kilos d’héroïne dans le coffre, montre aussi les liens entre trafiquants de drogue, services secrets, et monde politique. En effet Jacques Delouette était un correspondant du SDECE (passé lui aussi par Haïti à la fin des années 60), et a affirmé que cette transaction avait été réalisée sur ordre du SDECE, notamment d'un certain colonel "Fournier" que la justice US voulait entendre, mais qui restait planqué en France en niant en bloc. Delouette a déclaré qu’il devait remettre la cargaison au Canada à un correspondant du SDECE au consulat de France à New York, un certain Harold McNab.

Et le colonel du SDECE Paul Fournier a également été inculpé par la justice US pour avoir participé à l’importation des 44 kilos d’héroïne. Selon l’acte d’accusation, "Fournier est accusé d’avoir approché Delouette le 15 décembre 1970 "pour lui confier la mission de contrebande d’héroïne vers les Etats-Unis" et de l’avoir mis en contact avec un type pour la logistique du transport[60].

marseille années 70

Officiellement, du côté français, toutes ces accusations impliquant le SDECE dans le trafic sont fausses [61] et Delouette avait été viré du SDECE fin 1970. Mais alors, pourquoi, dans un courrier le ministre de la Défense Michel Debré a-t-il rappelé au directeur du SDECE que l’affaire Delouette était confidentielle et ne devait être traitée que par lui personnellement ? Un certain nombre de trafiquants, comme on l’a vu, étaient aussi membres du SDECE, comme Michel-Victor Mertz qui a pris, à l’instar de Delouette, 5 ans de prison en 1971 (selon certains Mertz travaillait aussi pour le Mossad), ou Ange Simonpieri.

A Marseille, où le "socialiste" Gaston Defferre a régné de 1953 jusqu’à sa mort en 1986 grâce à la bienveillance des américains, se concentraient une bonne partie des trafiquants de la French Connection. Ils se sentaient apparemment très bien là, et les nombreux dossiers de corruption qui agitaient la ville montraient des liens étroits entre la pègre et les cercles politiques locaux. C’était comme cela dans les années 30, cela avait continué pendant et après la guerre, et il n’y avait pas de raison que ce système gagnant-gagnant cesse un jour.

mitterrand defferre

Defferre se rendait régulièrement aux Etats-Unis, et a même été reçu à la Maison-Blanche par le président Johnson en mars 1964. Pour eux, il était un candidat intéressant à soutenir dans le cadre de leur politique de neutralisation de de Gaulle.

L’affaire René Lucet, ce patron de la CPAM des Bouches-du-Rhône retrouvé suicidé de deux balles dans la tête en mars 1982, a concentré l’attention à l’époque car Lucet avait stoppé un certain nombre de malversations qui avaient lieu à la CPAM au profit de différents syndicats notamment. L’enquête a mené jusqu’à un certain Dominique Venturi, ami de Lucet et également très proche de Defferre dont il a longtemps surveillé les meetings.

Le SAC était piloté depuis les cabinets ministériels. Les leaders régionaux et nationaux du SAC étaient souvent aussi actifs dans le monde politique. Didier Schuller, quand il était au cabinet de Robert Boulin ministre des relations avec le Parlement en 1972, avait aussi en charge les "mouvements associés" dont le SAC : "Concrètement, cela signifiait que j’allais chercher le fric pour le SAC à Matignon. Les services du Premier ministre, notamment pour les fonds spéciaux, prenaient les décisions, et c’était moi qui, par l’intermédiaire de Boulin, proposais des financements. J’avais des réunions avec les responsables du SAC, Pierre Debizet et Charles Pasqua […] J’écoutais les doléances des dirigeants du SAC, puis je répercutais leurs demandes à Boulin qui lui-même allait ensuite en discuter à Matignon", écrivent Davet et Lhomme [62].

On parle de millions de Francs d’argent public donnés à cette milice barbouzarde au service de la droite. Certains syndicats avaient aussi leur part comme Force Ouvrière dont le seul intérêt était de diviser la CGT.

Yann Piat véhicule

Toujours dans le Var, il a aussi eu l’assassinat de la députée de droite (ex extrême droite) Yann Piat en février 1994. Si le tueur et le pilote de la moto ont été condamnés avec quatre autres lampistes, les commanditaires politiques sont restés hors des projecteurs[63]. Et là encore l'ombre du SAC planait bien qu'officiellement Mitterrand y a mis fin en 1982 à la suite du massacre d'Auriol dont les circonstances exactes sont toujours pas claires, du moins officiellement.

En tout cas, Yann Piat avait mis le nez dans des affaires qui impliquaient des barons locaux, notamment de gros projets immobiliers et d’aménagement d’ex terrain militaires sur lesquels lorgnaient des entrepreneurs locaux liés à des italiens. Elle était en contact avec les frères Saincené, deux truands qui ont été membres du SAC, des proches du milieu politique et notamment du président de la région PACA Jean-Claude Gaudin, qui ont été retrouvés suicidés dans leur villa en mai 1994.

Selon les auteurs de "Histoire secrète de la corruption sous la Ve République", le suicide est assez difficile à concevoir : "

Yann Piat Une

Plusieurs éléments infirment la thèse du double suicide, notamment le fait que les victimes ont sanglé leur ceinture de sécurité pour ce dernier voyage. Autre anomalie, la porte du garage est bloquée de l’extérieur par une autre voiture. Idem pour le verrou de la porte d’entrée de la villa fermée de l’extérieur. Les clés sont retrouvées dans le jardin… Plus surprenant encore, des traces de sang sont relevées sur les corps par les pompiers qui se rendent sur place".

Fernand Saincené devait comparaître le lendemain dans une affaire de racket de chefs d’entreprises par le chef des impôts du coin, Pierre Cervera, en amont des élections régionales de 1992 [64]. Et surtout il avait pris contact avec je juge Van Ruymbeke pour lui expliquer les circuits de financement politiques.

"Fernand Saincené n'était pas un employé comme les autres, arborant cocarde, carte tricolore, laissez-passer et carte magnétique pour s'introduire à l'hôtel de région. On le trouvait également dans un réseau de racket fiscal qui lui permettait de soutirer des dizaines de milliers de francs à des contribuables trop heureux d'échapper ainsi à un redressement fiscal imminent. De 1985 à 1991, des sommes colossales se seraient ainsi accumulées, jusqu'à ce qu'une "victime" se rende chez un juge d'instruction. Rapidement arrêté, Fernand Saincené n'était pas avare de confidences et, devant le juge Murciano du parquet de Grasse, il indiquait que le véritable destinataire des fonds n'était autre que le Parti républicain des Bouches-du-Rhône. Des enveloppes auraient même été remises à Claude Bertrand, directeur de cabinet de Jean-Claude Gaudin", expliquait l’Humanité le 10 février 1995.

fargette

En filigrane de l’affaire du meurtre de Yann Piat, il y avait un caïd local, franc-maçon et membre du SAC, Jean-Louis Fargette, assassiné en 1993. Jusqu’alors, Fargette bénéficiait d’une impunité quasi-totale. Deux fois, en 1983 et 1986, il a été arrêté en Italie puis relâché, et touchait des pots-de-vin sur de nombreux marchés publics dont il reversait certainement une partie aux politiques locaux.

Certains ont accusé Yann Piat d’être commanditaire de l’élimination de Fargette. Selon cette version, elle aurait cherché à le rencontrer, notamment pour lui demander de l’argent[65]. La région était alors tenue par Maurice Arreckx, maire de Toulon, député, sénateur et président du conseil général. Fargette était l’un de ses soutiens dans le Comité d’action pour la majorité, un micro parti local destiné à assurer l’élection d’Arreckx dont Fargette gérait le service d’ordre et pour lequel il organisait des meetings.

2022-11-09 21_29_59-Maurice Arreckx devant les journalistes

Arreckx, affilié au parti de Giscard l’UDF, a revendiqué lui-même, après l’assassinat de Yann Piat, être le "parrain politique du Var". C’était le cas jusqu’au milieu des années 80, quand Arreckx a encaissé lui-même des pots-de-vin réclamés aux entrepreneurs locaux au nom de Fargette. Cela a créé une brouille entre Fargette et son affidé, Arreckx, qui jusque-là lui obéissait au doigt et à l’œil[66].

En 1997, la justice a déterminé qu’il avait un compte en Suisse avec 7 millions de Francs issus de pots-de-vin liés aux marchés publics. Quant à l'affaire Yann Piat, la justice a toujours des doutes sur les commanditaires et les mobiles de son assassinat.

La corruption a donc perduré sans être vraiment perturbée, car si les lois se succèdent, les organismes de contrôle ont de moins en moins de moyens. Les politiques pris la main dans le sac expliquaient qu’il s’agissait de financer les partis politiques.

Gand des lyonnais

Et il est vrai que ce motif a été mentionné dans moult affaires, depuis les braquage du gang des lyonnais à l’affaire du meurtre du duc de Broglie [67], en passant par les emplois fictifs de la ville de Paris, l’affaire Pacary [68], les marchés truqués des Hauts-de-Seine, les détournements de la Mnef, la mutuelle nationale des étudiants de  France, ou  plus récemment les millions de Kadhafi…

A Lyon dans les années 60, les deux parrains, Jean Augé, dont on a déjà parlé, et son rival Jean Schnaebelé [69], étaient chacun protégé par des politiques. Jean Augé était le chef officieux du SAC pour la région Rhône-Alpes jusqu’à sa mort en 1973, pendant que le chef officiel était le commandant des CRS René Farge. Il dirigeait aussi le racket dans le sud-est de la France. Augé avait aussi travaillé pour le SDECE contre l’OAS en Algérie dans les années 60. Puis il s’était lancé dans "les affaires", notamment l’immobilier et le trafic de drogue via la Société Europe Anis. Il

Il en allait de même à Marseille et sur toute la Côte d’Azur. Edmond Vidal, du gang des lyonnais, a expliqué qu’il avait travaillé sur ordre, pour des missions telles que protéger des types en train de poser des écoutes à un congrès des socialistes, surveiller Gaston Defferre, ou encore "le noyautage de manifestation syndicales ou politiques qu’il s’agissait de faire tourner au bordel, par exemple à Belfort, au Puy, à Romans", a-t-il expliqué lors de son procès en 1977.

Il a aussi évoqué "des transports d’armes et de fonds à caractère politique, qui devaient échapper aux contrôles de police et de gendarmerie", grâce aux informations sur les éventuels barrages policiers données transmises par "un haut fonctionnaire des Renseignements Généraux". Ces affirmations étaient-elles un moyen de faire pression pour réduire la sanction ? On ne le saura pas car il n’y a pas eu d’enquête à ce propos.

2022-11-09 22_32_11-Marcel Dassault Files Pictures in Le Bourget, France on June 09, 1979

Même l’enlèvement du fils Mérieux était moins clair que la justice n’a tenté de le faire croire. D’après Thierry Wolton dans "Les Ecuries de la Ve", ce sont les Mérieux qui tenaient le trésor de guerre du parti gaulliste pour les élections présidentielles de 1974. Mais le candidat du parti, Chaban-Delmas, n’a pas été au second tour. C’est Giscard qui a gagné, notamment grâce à d’importants financements de la part de Marcel Dassault [70], membre du Grand Orient[71] (mais suspendu).

Dans ces affaires, on retrouve souvent, à un degré ou un autre, l’action des services secrets, manifestement utilisés comme bon leur semble par ceux qui tiennent les rênes du pouvoir.

2022-11-09 22_28_46-French politician Jacques Chirac and his wife Bernadette with their

Même les élections en France se déroulent de façon totalement irrégulière. Déjà lors des primaires dans les partis : combien d’affaires de bourrage d’urnes ? En 1974 un adversaire politique de Chirac, parachuté en Corrèze avait dénoncé une magouille pour faire élire Chirac secrétaire général de l’UDR de Corrèze grâce à un afflux soudain de 624 adhérents, dans une fédération qui jusque-là en comptait 28 [72]. Certains des nouveaux adhérents étaient, s’est-il dit, pensionnaires de l’hôpital psychiatrique local. Une plainte a été déposée mais la justice n’a jamais éclairci l’affaire.

Pour les législatives de 1986, une association patronale créée en 1982, l’Association Française des Entreprises privées (AFEP), très à droite, aurait distribué 50 millions d’euros aux partis de droite. Patrick Ricard, patron de Pernod-Ricard, a déclaré au sujet du financement des politiques : "Cher mais indispensable. De 1980 à 1986 cela nous a coûté les yeux de la tête".

sergueicorruption

Dans les années 70, 80, 90, les grandes entreprises nationales, grâce à des surfacturations, apportaient aussi leur obole au monde politique. Les entreprises qui bénéficiaient de ces surfacturations étaient dans les petits papiers de partis politiques ou de politiciens et leur en reversaient une partie. Le tout, sur le dos des contribuables et des usagers, français ou étrangers.

En 1994, l’affaire Alcatel Lucent (encore un fleuron des télécoms) avait mis à jour des surfacturations à la charge de France Telecom : "les manœuvres frauduleuses commises au détriment de France Télécom ont pris l'apparence de systèmes bien rodés qui ont permis de surfacturer abondamment les matériels de transmission et les centraux téléphoniques", précisait Le Monde du 4 décembre 1994.

Les contrats d’armement et de grands équipements sont systématiquement liés à des commissions qui atterrissent dans la poche des intermédiaires étrangers, et qui sont légales (environ 10% officiellement de la somme totale du contrat), mais elles donnent aussi lieu à des rétro-commissions, illégales, qui finissent dans la poche des facilitateurs français du contrat, politiques compris.

07 Construction tour GAN

Certains juges, comme on l'a vu, se sont demandé si les billets de 500 Francs que faisait déposer à la banque le candidat Balladur ne venaient pas de rétro-commissions sur des ventes d’armes et non de la vente de T-shirts comme il l’affirmait. Les vagues de nationalisations en 1981, puis de privatisations à partir de 1986, ont encore été l’occasion de remplir les caisses des partis au pouvoir[73].

Comme l’explique Thierry Wolton, "les grands contrats d’équipement favorisent toujours des entreprises ‘amies’ qui n’oublieront pas de reverser une commission à la formation politique du ministre, de son directeur de cabinet ou du haut fonctionnaire compétent". Les rallonges sur les chantiers, devenues systématiques afin de minimiser le prix initial et de remporter le marché, permettent aussi de verser des dessous de table aux partis et aux politiques. Certains bureaux d’études étaient aussi des officines de partis politiques, et touchaient des montants bien supérieurs aux prix du marché.

En 1999 le Grand Orient s’inquiétait des dérives d’une fraternelle, le Groupement amical de la Défense nationale, où militaires et patrons d’entreprise de la région niçoise se retrouvaient, dans un contexte où les ventes de terrains militaires ont posé question à la justice.

corruption plitique

Dans les années 80, le BTP, la distribution d’eau privatisée, notamment, étaient aux premières loges pour financer les partis. "Chacun des marchés publics permettait au parti politique décisionnaire pour la signature du contrat d’empocher de 2 à 4 % de fausse facturation, par le biais de "bureaux d’études" agréés, tout en reversant quelques miettes (moins de 1 %) aux autres grandes formations politiques", écrivent les auteurs de "Histoire secrète de la corruption sous la Ve République".

 

Rien qu'au niveau des maires, un article de France Info de janvier 2020 expliquait : "Dans la période 2014-2020, selon une estimation de l'Observatoire Smacl des risques de la vie territoriale, ils seraient 827 maires (ou anciens maires) à avoir été l'objet de poursuites. Parmi eux, 340 (soit 41%) ont fini par être condamnés. Les manquements au devoir de probité (prise illégale d'intérêts, détournement de fonds publics, favoritisme, corruption, trafic d'influence, escroquerie, etc.) constituent la première cause de poursuites, devant les atteintes à l'honneur (diffamation, dénonciation calomnieuse) et les atteintes à la dignité et à l'intégrité psychique (discriminations, appels à la haine, harcèlement moral, menaces, etc.)."

2022-11-12 14_03_28-Corruption et marchés publics _ sept ans de prison et 200 000 euros d'amendes re

Ces pratiques sont encore complètement d'actualité : le 29 octobre 2022, un haut fonctionnaire responsable des marchés publics au conseil départemental des Bouches-du-Rhône a été jugé pour avoir été au coeur d'un systme de corruption. 10 autres prévenus dont 9 chefs d'entreprises étaient aussi accusés d'avoir trafiqué les amrchés publics du département de 2012 à 2016. Une affaire révélée par hasard après la découverte d'une clé USB lors d'une perquisition dans le cadre d'un strifc de drogue.

Le parquet a requis 7 ans de prison, 200.000 € d'amende et l'interdiction définitive d'exercer dans la fonction publique contre Renaud Chervet, l'ex haut fonctionnaire qui aurait ainsi gagné près de 500.000 € d'après l'instruction. Sur la clé USB il y avait des vidéos dont une où on voit Chervet dans une voiture prendre 10.000€ en cash donné par un entrepreneur local, et encore 10.000 devaient arriver par la suite. On attend le jugement le 2 décembre 2022.

avions renifleurs

L’affaire des avions renifleurs sous Giscard est aussi emblématique : 800 millions d’euros engloutis par Elf, dont 340 millions évaporés à travers des sociétés offshore, pour développer un procédé censé voir les nappes de pétrole à travers le sol depuis un avion. Ont été condamnés deux lampistes, le pseudo inventeur et celui qui a tenté de refourguer le procédé, du moins officiellement, qui ont fini ruinés.

Mais autour de ce dossier on retrouve Antoine Pinay, son grand ami Jean Violet, ex du SDECE, Carlo Pesenti l’industriel italien membre de la loge P2 et actionnaire de la banque Ambrosiano –tous trois membres de l’Opus Dei, la banque du Vatican impliquée dans moult scandales, une barbouze de la sécurité d’Elf, ami de Jean Violet, et Giscard qui permet à Elf de faire passer l'argent en Suisse sans respecter les "obligations de contrôle administratif et financier et le contrôle des changes".

Ajoutons qu’en 1978, lors d’une réunion entre Elf et l’équipe de Violet à la banque suisse UBS, deux prêtres de l’Opus Dei et liés aux renseignements du Vatican, proches de Violet, étaient présents, Dubois et Marmier. A l’issue de cette réunion, il a été décidé de poursuivre le financement du projet alors que beaucoup s’interrogeaient déjà sur sa faisabilité.

2022-11-12 14_26_52-Affaire LUCHAIRE - Vidéo Dailymotion - Opera

Au milieu des années 80, l’affaire Luchaire, une vente d’obus à l’Iran avec rétro-commissions à des partis politiques, a finalement donné lieu à une loi d’amnistie. Selon Le Nouvel Observateur du 13 novembre 1987, "40 000 obus de 155 fabriqués par Luchaire et théoriquement destinés à la Grèce et au Pérou prennent, dès 1982, la destination du port iranien de Bandar-Abbas", puis les iraniens ont demandé 400.000 obus supplémentaires. Pour cela, il fallait à la société Luchaire l’accord du plus haut niveau de l’Etat (notamment au ministère de la Défense), mais les responsables politiques, le PS de Mitterrand à l’époque, disent que l’entreprise leur a menti.

Au passage, il y a eu des délits d'initié qui ont permis à certains acteurs ayant connaissance des négociation de se faire pas mal d'argent.

Selon certains protagonistes de l’affaire, le patron de Luchaire aurait donné quelques millions de Francs au Parti Socialiste pour pouvoir mener la transaction, et en plus un rapport accablant pour l’entourage de Charles Hernu, ministre de la Défense, a été classé "confidentiel défense" histoire de bloquer l’instruction lancée en 1986. En 1989, ce fut non-lieu général faute de preuves, mais le secret défense n'a pas pu être levé sur de nombreux documents.

 

 

2022-11-12 14_57_15-Jean-Marie le Pen, président du Front National, présente son équipe

Le FN a également bénéficié de donations d’entreprises, comme celle de Dassaut qui aurait donné 500.000 F en liquide pour avoir son député pour la campagne des européennes de 1984, en la personne de Olivier d’Ormesson, en 5e position sur la liste FN, qui avait contribué à la rédaction du programme du FN aux législatives de 1985 [74].

De 1982 à 1986, Michel Mouilot, membre du "parti républicain" concurrent du RPR, a dit avoir "été de tous les coups avec Léotard" pour le financement occulte du parti : "J'ai vu circuler de grosses sommes venant de sociétés françaises bien connues du monde politique. Certains afficheurs nous offraient des prestations gratuites. Tout cela était une immense magouille. Tout le monde prenait sa dîme. Ca continue aujourd'hui car les partis ont toujours besoin d'argent". Mouillot était membre de la GLNF à Paris, comme divers protagonistes de l’affaire. Il a pris de l’argent à la générale des Eaux (publique) pour le donner aux politiques cannois.

L’affaire du Carrefour du développement, qui finira elle aussi en eau de boudin, commence avant la fin de l’affaire Luchaire. Un ministre de la Coopération socialiste et membre du Grand Orient, Christian Nucci, a eu chaud aux fesses [75] quand il a fallu justifier d’un trou de plus de 20 millions de F de la comptabilité, sur une subvention publique de 80 millions[76], dans la caisse de l’association qu’il a créée alors qu’il était ministre.

L’association aurait aussi financé des opérations de barbouzerie, comme l’envoi d’une trentaine de mercenaires du Tchad en 1983. Le scandale a éclaté en 1986 avec l’arrivée de la droite au pouvoir. 

 

Quand la politique est le business – et vice-versa

2022-11-12 15_02_52-(43) ELF AQUITAINE Batisseurs d'énergie film complet - YouTube - Opera

Elf, entreprise publique, a été créée, a dit son ex PDG Loïk Le Floch-Prigent, pour assurer le financement du parti gaulliste. Il semble que cette mission soit restée la même jusqu’aux années 2000 au moins. Entre 1989 et 1993, sous la présidence de Le Floch-Prigent, 2 milliards de francs auraient été détournés. Il s‘agit principalement d’argent prix aux africains, puisque Elf ne payait quasiment aucune taxe à l’Etat sur le pétrole prélevé.

L’argent fuyait de partout : chaque contrat, chaque forage entraînait des surcoûts qui permettaient de remplir les mallettes et de gaver intermédiaires et responsables politiques corrompus en Afrique comme en France. Pour soutenir l’activité d’Elf, on n’hésitait pas à faire intervenir des prostituées ou assimilées [78].

Cette manne d’argent a servi à financer les partis politiques, mais aussi diverses opérations illégales et discrètes menées par les barbouzes français.

 

2022-11-12 15_20_57-La France a été condamnée à payer 630 millions d'euros à Taïwan dans l'affaire d

L’affaire des frégates de Taïwan a révélé encore une fois le rôle des intermédiaires et des rétrocommissions. Six frégates ont été vendues à Taïwan par Thomson CSF et la Direction des Chantiers Navals à partir de 1991, pour 2,5 milliards de Francs. Mais ce qui était vraiment exceptionnel dans ce contrat, c’était le montant des rétrocommissions, les sommes reversées aux décideurs et intermédiaires français qui ont facilité le contrat, et qui s’élevaient à 16% du montant total, soit 440 millions de F  [79]. La France a conclu l’affaire par un non-lieu en 2008 en raison du secret-défense qui a toujours bloqué le dossier, mais la Chine a aussi lancé sa procédure.

Sarkoléon, qui a été ministre du Budget et directeur de campagne de Balladur en 1995, puis ministre de l’Intérieur, puis président, a refusé lui aussi[80] de lever le secret défense sur ce dossier comme le demandaient les juges français d’abord, puis les autorités suisses, si bien que ce sont les contribuables français qui ont dû payer une amende record de 630 millions d'euros à la Chine [81] (qui voulait récupérer les rétrocommissions illégales) pour couvrir ses politiques véreux. En effet, seule la levée dudit "secret défense" aurait permis d’identifier les bénéficiaires des rétrocommissions, à savoir des politiques de "gauche" comme de droite.

Parmi les intermédiaires, on retrouve le réseau d’Andrew Wang[82] et le réseau Sirven-Deviers-Joncour, qui devait amener Roland Dumas (ministre des Affaires étrangères) à valider la transaction, Thierry Gaubert ce proche de sarkoléon accusé par son ex- épouse "d'avoir, dans les années 1990, rapporté de l'étranger avec l'intermédiaire des valises d'argent remises à Nicolas Bazire. Il avait en effet plusieurs fois rejoint Ziad Takieddine à Genève et avait ouvert un compte en Suisse" selon le JDD du 7 octobre 2019. ou encore Takieddine, qui aurait fait transiter une commission de 210 millions de Francs pendant la campagne présidentielle.

Une quinzaine de politiques français auraient dû toucher des commissions, qui sont passées par des comptes offshore détenus par différents intermédiaires, notamment un compte Suisse d’Andrew Wang. Il y a eu quelques morts dans ce dossier, dont certaines suspectes :

  • 2022-11-12 15_23_01-French politicians Nicolas Sarkozy and Edouard Balladur appear at the

    Un colonel de l’armée taïwanaise qui enquêtait sur l’affaire, Yin Ching-Feng, retrouvé assassiné en décembre 1993 dans le port de Taipeh.
  • Un de ses proches à qui il avait confié des dossiers, mort électrocuté dans son bain à Montréal en 1996,
  • Un témoin des versements de Wang, tombé par la fenêtre de son bureau en 1996,
  • Un ex officier de la marine nationale représentant de Thomson-CSF à Taïwan, Jean-Claude Albessard, qui a eu un cancer foudroyant en mars 2000. Selon Le Monde du 7 juillet 2005, une perquisition menée en 2003 à son domicile a mené les juges à penser que « Thomson-CSF avait tenté de procurer à M. Wang un faux passeport dominicain afin de lui permettre d'échapper à la justice de son pays. Ces suspicions ont été confirmées, le 16 mai, par l'ancien directeur juridique de Thomson-CSF, Jean-Claude Desjeux ».
  • L’ex agent de la DGSE Thierry Imbot, tombé en octobre 2000 par la fenêtre de l’appartement chic où il venait d’emménager à Paris. Il avait suivi de près le dossier des ventes d’armes à Taïwan, puis en 1993 avait été embauché par une boîte d’informatique US liée aux renseignements français.
  • Le capitaine marine Jacques Morisson, salarié de Thomson-CSF, tombé de sa fenêtre ou dans sa cage d’escalier selon les versions, à Neuilly en juin 2001.

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Bien-sûr, tout le monde est censé croire que derrière toutes ces magouilles et ces millions de Francs puis d’euros évaporés, jamais il n’y a eu d’enrichissement personnel, ces détournements massifs de milliards n’auraient servi qu’au business politique. Sarko a obtenu un non-lieu en 2016, annulé en 2018. Et nous sommes priés d'oublier les affaires dès qu'elles cessent d'être d'actualité.

On est censés croire que les marchés publics sont réglos, alors qu’on ne cesse de rendre les procédures plus opaques. Selon Brigitte Henri, ex chef des RG en France, explique que "Dans les pays européens, les commissions occultes atteignent 8 à 10 % du montant global des marchés. Le "ticket d'entrée", c'est-à-dire l'enveloppe versée par les entreprises pour pouvoir soumissionner à un marché, étant quant à lui de 3 à 5 %. Ce type de "droit à concourir" est le plus courant dans les pays développés" [83].

françafrique pétrole

Aujourd’hui, quand on voit les milliards donnés sans aucune contrepartie aux entreprises, dont les plus grosses récoltent la plus grosse part, on est censés ne pas imaginer qu’une partie de ces milliards reviennent dans la poche de ceux qui les ont si généreusement octroyés.

Pendant ce temps-là, nos dirigeants utilisent l’argent public pour mener des trains de vie de nababs. Sous chirac par exemple, les frais de la présidence de la République ont augmenté de 798% (x 9 en 12 ans). Puis en arrivant, sarkoléon a explosé le budget en l'augmentant directement de 8,5 %, puis flamby a réduit les dépenses, et le micron les a fait repartir à la hausse.

Et pendant que l’on détourne l’attention et que l’on tape sur d’hypothétiques « assistés », c’est open bar pour les grands patrons, les gros actionnaires, les banques et les multinationales.

Terminons cette partie sur la corruption par de nouveaux développements, qui sont consternants. Depuis le sarkoland, nous sommes passés à la vitesse supérieure dans deux travers politiques, qui sont finalement l’objectif de toujours du capital :

  • La "droite décomplexée", c’est-à-dire aller sans "complexe" sur le terrain de l’extrême-droite, avec des sujets destinés à amuser la galerie tels que l’immigration, l’ « assistanat" des pauvres mais jamais des multinationales et de leurs actionnaires, l' "insécurité" etc. Autant de débats anecdotiques au vu de la gravité de la situation.
  • Un appui sans limite au grand capital, au "business", à "la croissance" etc.
  • Une prise en main des médias avec une pensée unqieu de plus en plus sclérosée, qui vaut d'être qualifié de "complotiste" dès qu'on l'interroge ou qu'on la contredit...
  • Un creusement des inégalités à peine croyable et sous-estimé en raison de l'ampleur des paradis fiscaux.
  • Un pouvoir de plus en plus autocratique, qui même minoritaire monopolise les pouvoirs judiciaire et législatif; sans même parler des médias. Le droit est donc de plus en plus favorable aux intérêts "commerciaux" et il est donc de plus en plus difficile de parler des affaires de corruption impliquant le pouvoir en placee.

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Nous sommes passés dans le monde des intermédiaires, des avocats d’affaires. D’autant plus que les députés et ex ministres pouvaient jusqu’en 2013 droit d’exercer comme avocats d’affaires pendant leur mandat. Suite aux nombreux conflits d’intérêts que ce système a entraîné, une petite liste de métiers parallèles leur a été interdite en 2013. Mais on rappelle que s’ils sont aussi bien payés, c’est justement pour ne pas aller manger à tous les râteliers.

C’est à ce moment qu’est aussi apparu, du moins pour nos législateurs toujours très en retard, le rôle des cabinets d’avocats d’affaires dans l’évasion fiscale et l’ "optimisation fiscale" comme dirait le micron. En tout cas, la perte de milliards d’impôts chaque année (100 milliards a minima) et de l'argent qui ne sert pas à l'économie.

L’affaire Cahuzac a quand-même un peu remué le microcosme, qui s’est cru obligé de réguler un peu ce business. Un certain nombre de pontes de l’UMP sont aussi "avocats" et ont donc le nez dans le business. Jean-François Copé, par exemple, obtenait 80% de ses revenus par ses activités d’avocat d’affaires en 2008, alors qu’il était député et président du groupe UMP à l’Assemblée (ce qui prend plus de 20% de temps par semaine).

Dati sarko

Plus récemment, Rachida Dati a touché 600.000 euros par an environ de Renault-Nissan entre 2009 (quatre mois après son départ du gouvernement) et 2013 pour des conseils. A une époque où la boîte touchait de l‘argent public en licenciant. Coup de bol : "Tenue au secret professionnel de l'avocat, cette dernière n'est pas obligée de rendre public le nom de ses clients. En tant qu'avocate, Dati n'a pas à justifier la matérialité de ses conseils prodigués à ses clients", précisait L’Obs en février 2019.

Des perquisitions ont tout de même eu lieu à son cabinet et à son domicile en octobre 2019 dans le cadre d’une instruction pour "abus de biens sociaux" et "corruption" contre Carlos Ghosn. Alain Bauer, avocat également, est lui aussi impliqué pour avoir touché 1 million d’euros entre 2012 et 2016 pour des conseils.

Sarkoléon aussi est avocat spécialisé dans l'immobilier, et durant toute sa présidence il avait encore 34% des parts du cabinet Claude & Sarkozy (en renonçant certes aux dividendes). L’un de ses associés a été mis en examen dans l’affaire Balkany en 2015.

justice caricature Mexique

Selon L’Obs du 1er février 2015, "Depuis 2009, le chiffre d'affaires de Claude & Sarkozy a doublé, à 5,1 millions d'euros. Sur la seule année 2013, il a progressé de 23% grâce à "la réintégration effective d'un associé", explique le cabinet. L'associé en question, c'est bien sûr Nicolas Sarkozy, redevenu avocat après sa défaite présidentielle, en 2012 (…) Jusqu'alors, le cabinet réalisait l'essentiel de son activité en France. Changement de cap en 2013, avec 1,5 million d'euros de revenus générés à l'étranger"

La justice, placée sous tutelle, via les procureurs, du pouvoir politique, est instrumentalisée au gré des changements de majorité, des amitiés et inimitiés. L’immunité des présidents est un bon Jocker, qui permet d’éviter les problèmes pour les malversations commises pendant leurs "fonctions", ce qui a permis à Sarkoléon de passer à travers de nombreuses procédures.

Nous sommes dans un pays où les magistrats sont tellement indépendants que certains rencardent un président (sarkoléon) dans une affaire l’impliquant[84], qu’un magistrat à la retraite passé dans l’arbitrage privé aide un fidèle client (Bernard tapie) dans une affaire où plus de 400 millions d’euros d’argent public sont en jeu[85], ou encore qu’un président élu avec 8,5 millions de voix (micron, 1er tour) décide de nommer lui-même le procureur de Paris, qui se trouve en haut de la hiérarchie des procureurs.

sarko bateau carla

C’est pour cela que la justice française, qui relève davantage d'une mafia que d’une institution démocratique rendant une forme de justice, est régulièrement brocardée dans les classements internationaux et par la cour européenne des droits de l’homme.

Et ces gens se votent des amnisties, des lois qui légalisent ce qui était illégal, augmentent leurs salaires (+172% pour sarkoléon en 2007, par exemple, en cumulant avec ses autres rémunérations qsoit 42.000€ par mois), leurs avantages, leurs retraites, tout en ruinant ce pays.

Tapie sarko

Sarkoléon a accéléré la mise de l'Etat au service du business. Il recevait tout au long de la semaine des "chefs d’entreprise", des intermédiaires et éminences grises. Ses conseillers étaient issus du monde du business (50 rendez-vous avec Tapie notamment). Il admirait les milliardaires. A force de ne fréquenter que ces sphères déconnectées de la réalité vécue par 99% des gens, ce genre d’individu, perdu au milieu de sa cour, finit par croire que le seul modèle valable est celui que ces patrons du CAC 40 lui soufflent à l’oreille. Un trait qui s'est violemment renforcé sous macron avec l'arrivée des lobbyistes au gouvernement.

Avec macron, un cap a été passé : le business a envahi le gouvernement, et ce président est ouvertement sponsorisé par des multinationales. Ce qui a valu une perte de souveraineté et un recul de l’emploi notables : affaire McKinsey, affaire MSC, affaire Uber avec la destruction du droit du travail si chère à jupicrétin, et d'autres désastres économiques tels que:

  • maniffestation licenciements

    ArjoWiggins Security de Jouy-sur-Morin, plus grand papetier du pays qui appartenait à la banque Worms devenue le groupe Sequana et fut qualifié par Les Echos de "cas d’école du déclin industriel français" et a englouti 200 millions d’euros d’argent public en 7 ans [87]
  • Goodyear, une fermeture d’usine qui a mis plus de 830 salariés sur le carreau en 2014, jugée "injustifiée sur le plan économique" en 2020 car elle aussi marchait bien avant que les milieux spéculatifs s’en emparent.
  • Vallourec, usine fermée en 2020 après avoir été vidée progressivement de ses ressources. Le groupe a licencié 3000 personnes dans le monde et une centaine en France sur le site de Saint-Saulve. Un nouveau plan annoncé en mai 2022 concerne 300 autres salariés en France et le site de Saint-Saulve sera fermé : c’est le 7e "plan social" en quelques années[88].
  • Sanofi qui a annoncé en 2021 la suppression d’un millier d’emplois en France.
  • Vivarte et 2000 licenciements prévus suite à la revente. Le groupe est dirigé par un fonds spéculatif US qui l’a racheté en s’endettant par "effet de levier", et doit donc rembourser le capital + les intérêts + rémunérer ses actionnaires et a donc encore une fois démantelé le groupe[89].
  • Technicolor, spécialiste de l’image, est lentement démantelé. 110 emplois sur 286 à Rennes doivent disparaître car les activités R&D qui restaient encore (et les brevets bien évidemment) sont progressivement délocalisées en Inde. L’entreprise a été endettée volontairement puis mise en procédure de sauvegarde pour pouvoir licencier en masse, et Bpi France, actionnaire à plus de 7%, a mis 20 millions d’argent public pour recapitaliser.
  • Nokia qui après d’excellents résultats en 2020 a annoncé le licenciement 1200 personnes de sa filiale Alctatel Lucent (jadis un fleuron national) en France, soit un tiers de ses effectifs. Même la CFDT a trouvé ce plan de "sauvegarde de l’emploi" hallucinant, apparemment mis en suspens.
  • Renault a annoncé en 2020 la suppression de 4600 emplois en France et 15.000 dans le monde.
  • Alstom revendu dans d'obscures conditions à General Electric, a subi deux plans sociaux et a été dépouillé de son savoir-faire. Certains parlent même d'un "démantèlement" d'Alstom qui était avant le micron une entreprise stratégique.

On s’étonne de ne plus rien produire en France ?

 

Du côté du Vatican

macron pape

Les magouilles pécuniaires et l’Eglise catholique, c’est une longue histoire. Comme le rappelle Monseigneur Rafael Rodriguez Guillén dans "The Vatican Mafia", c’est bien à Rome qu’est née la mafia, et ses liens avec le Vatican dont elle dépendait sont originels.

Et dès le XIXe siècle les papes ont fait appel aux Rothschild pour combler les trous dans la comptabilité : en 1831 Grégoire XVI a réalisé un premier emprunt de 400.000 £ (ce qui représente autour de 40 à 50 millions d’aujourd’hui, au moins) aux Rothschild[90] qui étaient déjà des créanciers réputés de divers Etats, mais Juifs ce qui posait tout de même un problème à de nombreux catholiques. James de Rothschild est devenu le banquier officiel du pape, et a mis un petit peu d’ordre dans les finances de l’Eglise, qui étaient gérées n’importe comment par des curés non compétents[91].

ANTONELLI_GIACOMO_(+1876)

Sous Pie IX, c’est le secrétaire d’Etat au Trésor Giacomo Antonelli qui a fait main basse sur les finances du Vatican, enrichissant au passage ses trois frères et lui-même, envoyant des dizaines de famille de la noblesse noire vers la Banca Romana qu’il avait confiée à son frère. Cette banque devint rapidement un gouffre et était au bord de la faillite en 1887.

Mais on va se concentrer sur le XXe siècle, riche de scandales en la matière, depuis le sauvetage des finances du Vatican par Mussolini après le krach dans les années 30 (un renvoi d’ascenseur[92]) jusqu’aux scandales de la banque Ambrosiano ou de la loge P2.

C’est avec Mussolini que le Vatican fraîchement créé a pu se doter d’une institution financière pour gérer la donation de Mussolini. Appelée Amministrazione Speciale della Santa Sede (ASSS), elle devait faire fructifier l’argent afin qu’il ne soit pas dilapidé dans des œuvres de charité.

En juin 1929, comme l’explique Paul Williams dans son livre "Les dossiers noirs du Vatican. L’argent, le crime et la mafia dans l’Eglise catholique" : "le Pape engage Bernardino Nogara, le génie de la finance qui a réorganisé la Banque du Reich, pour devenir le gestionnaire et le directeur du nouvel organisme, en lui confiant le contrôle plein et entier sur les investissements. Sur la consigne de Nogara, la nouvelle institution n’emploie pas d’ecclésiastiques pour qu’aucun intérêt paroissial ne puisse interférer avec la logique du profit financier. Le seul but de l’Administration spéciale du Saint-Siège est de générer des revenus pour rendre à l’Église richesse et pouvoir".

Bernardino Nogara

Très vite, il a fait venir quelques amis banquiers suisses pour faire tourner les affaires de la banque, qui a beaucoup investi dans l’économie de l’Italie fasciste. Grâce à Nogara et ses placements internationaux réalisés via la Banca di Roma et des établissements amis et au rachat de nombreuses entreprises en faillite en pleine crise des années 30, le Pape est rapidement devenu le plus grand propriétaire terrien du pays après le gouvernement.

Des parts majoritaires ont été prises dans divers établissements tels que la Banca Commerciale Italiana et dans de nombreuses entreprises, avec des mouvements financiers dans tous les sens. Une grande partie des revenus a été détournée dans des structures défiscalisées appartenant à l’Eglise, puis dans des banques suisses. Depuis cette époque, peu de gens connaissent réellement le montant du patrimoine de l’Eglise.

Le staff était composé de financiers et était supervisé par trois cardinaux. C’est pour préserver les biens de l’Eglise en Allemagne que le Vatican a négocié avec Hitler et lui a permis d’accéder à la chancellerie en 1933, alors que les catholiques allemands s’opposaient aux nazis[93].

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Puis la très opaque banque du Vatican, l’Istituto per le Opere di Religione (IOR – Institut pour les œuvres de la religion…) a été créée en 1942 par Nogara et Pie XII, très proche à la fois de Mussolini et très favorable à Hitler[94], et placée sous son autorité directe. Les comptes de cet institut destiné à "prendre en charge et de gérer les capitaux destinés à des organismes religieux" n’étaient vérifiés par aucune structure, personne ne connaissait ses actifs ou son passif excepté le pape et ses hommes de confiance.

Aucun enquêteur ne pouvait y accéder, même sur demande d’un juge, et tous les employés étaient directement nommés par le pape pour des missions définies par lui.

Comme dans tout bon paradis fiscal, les dépôts et les comptes pouvaient être anonymes, toute la comptabilité était régulièrement détruite et jamais publiée. Chose originale, l’IOR avait trois comités de direction : un avec des cardinaux, un avec des banquiers internationaux, et un avec des fonctionnaires des finances du Vatican.

Vatican italie

Aujourd’hui encore, l’IOR fonctionne comme une des principales blanchisseuses d’argent sale au niveau international comme l’a notamment montré l’affaire des "Vatileaks", des documents détournés par un employé de Benoît 16 en 2011 qui n’ont débouché sur rien mis à part des poursuites judiciaires contre le lanceur d’alerte. De nouveaux documents sont donc sortis en 2012 au sujet de détournements d’argent du Vatican par des dignitaires. Là encore, le pape a seulement poursuivi les lanceurs d’alerte.

Nogara a aussi enrichi son entourage, à commencer par Volpi, son ami depuis 1902 et magnat de l’industrie, que les US considéraient comme un escroc bien trop puissant à leur goût. 

Le Vatican a aussi gagné beaucoup d’argent en organisant les rats lines en collaboration avec la CIA, c’est-à-dire l’exfiltration des nazis y compris les pires tortionnaires, vers l’Amérique latine qui semble avoir été la destination principale, l’Amérique du Nord, le Moyen-Orient, et même en France et ailleurs en Europe.

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Les nazis qui risquaient des poursuites devaient rémunérer le Vatican pour les faux papiers, le gîte et le couvert dans ses monastères, et les voyages. Et il a conservé l’or volé par les nazis croates, les oustachis, à leurs centaines de milliers de victimes (il est question de 600.000 à plus de 800.000 morts).

Dès 1947, Pie XII a utilisé l’argent de l’IOR, en premier lieu celui de la CIA (par exemple en 1948 la CIA y a mis 65 millions de dollars provenant de la vente d’héroïne) pour financer le parti chrétien démocrate qui a régné sur le pays pendant des dizaines d’années. Des milliers de cellules locales ont été ouvertes avec l’appui sans faille du Vatican et de toute l’Eglise, pour contrebalancer la forte présence locale du parti communiste[95].

L’argent a aussi servi à organiser les rats lines ou à financer les mafieux qui s’en prenaient aux communistes et allaient jusqu’à massacrer des civils en parfaite impunité en particulier dans les périodes électorales, comme on l’a vu dans la partie sur le stay-behind en Italie. Car la Démocratie chrétienne s’est alliée avec la mafia, le tout sous les auspices de Pie XII, et a pu remporter haut la main les législatives de 1948, évitant ainsi la nationalisation des entreprises collabos.

"Le nouveau président De Gasperi, en reconnaissance du soutien que lui a apporté le Vatican, offre à l’Église les termes du Concordat signé avec Mussolini. Toutes les entreprises appartenant au Vatican en Italie resteront exonérées d’impôts et, en tant que sociétés légales d’un État souverain, libres de toute investigation publique. Rien des biens considérables de l’Église ne sera rendu à César.

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Et avec l’aide financière américaine qui coule à flots en Italie, le Vatican reçoit des millions pour la revitalisation de ces entreprises comme Italgas et Immobiliare. De plus, l’administration Truman, par l’intermédiaire du cardinal Spellman, commence à faire parvenir au Vatican d’importantes sommes d’argent "au noir", pour "continuer à combattre les soviets en Europe". Dans l’un de ses rapports destinés à Rome, Spellman insiste sur l’absolue nécessité de garder le secret sur les millions de dollars que les États-Unis déversent dans les coffres de l’Église catholique romaine" écrit Paul Williams dans "Les dossiers noirs du Vatican".

On notera au passage que Spellman est cité par plusieurs victimes de crimes rituels comme membre du réseau pédo-sataniste d’élite US et qu’il est connu pour apprécier les adolescents.

En 1950, l’IOR avait une participation souvent majoritaire dans 79 banques, depuis le géant Médiobanca jusqu’à des coopératives locales. Et Nogara conditionnait les gros investissements à l’obtention d’au moins un siège au conseil d’administration des entreprises, sièges où retrouvait souvent des neveux du pape, de la famille Pacelli[96].

2022-11-12 19_05_01-Ombres et lumières sur la banque du Vatican _ Les Echos - Opera

C’est ainsi qu’à la fin des années 50, l’argent ayant coulé à flots vers le Vatican surtout, le Saint-Siège détenait un empire : il avait la main sur 90 des 180 banques, organismes de crédit et assurances du pays, qui finançaient les entreprises et avaient donc un poids considérable dans l’économie.

Elle possédait aussi de nombreuses entreprises comme la plus grande entreprise du bâtiment du pays, la Società Generale Immobiliare et des actions dans des centaines d’entreprises italiennes ou étrangères, notamment US comme Shell, General Electric, IBM, TWA…

D’un autre côté, la banque du Vatican pouvait accueillir l’argent du trafic de drogue, qui s’est internationalisé et était carrément organisé par la CIA. Les discussions à ce sujet avaient lieu lors des réunions de l’ordre de Malte, dont étaient membres des dirigeants de la banque ainsi que de la CIA. Elle est devenue à cette époque l’établissement financier le plus puissant du monde, tout en passant son temps à pleurer sur sa pauvreté, rappelait Monseigneur Rafael Rodriguez Guillén.

D’autres banques "catholiques" comme la banque Ambrosiano bénéficiaient de la même opacité (aucun contrôle de la banque nationale d’Italie) et abritaient de grosses sommes des clans de mafieux. Mais en 1981 de nouvelles règles comptables ont été mises en place par la Banque d’Italie, ce qui limitait les possibilités de fraude concernant les avoirs étrangers, en particulier pour les institutions qui n’avaient pas le statut de banques à part entière, très prisés pour le blanchiment d’argent sale.

ambrosiano

Les dettes de la "banque" Ambrosiano sont alors apparues au grand jour (estimées à 1,75 milliard de dollars en 1981). Le banquier membre de la P2 Michele Sindona, qui en avait pris la tête quelques années plus tôt et avait la responsabilité de nombreuses malversations, a racheté des banques en Italie, en Suisse, aux Etats-Unis où il a racheté en 1972 la Franklin National Bank qui a fait faillite deux ans plus tard après que la Réserve Fédérale ait injecté 1 milliard de dollars dans ce puits sans fonds.

L’enquête a montré que Sindona avait siphonné 45 millions de dollars de la banque juste avant la banqueroute officielle.

Sindona venait d’une famille sicilienne plutôt pauvre, mais avait pu faire des études et est devenu traducteur pour l’American Command, le commandement US en Italie, dans les années d’après-guerre. Une période à laquelle il a aussi rencontré Nogara peu avant sa mort et s’est mis dans les affaires à Milan et a ainsi mis un pied dans celles du Vatican.

Comme Calvi et avant lui, Sindona a fait gagner des millions au Vatican, à ses copains de la mafia et de la loge P2, mais a en même temps creusé des trous dans les comptes de plusieurs de ses banques, avec lesquelles il jouait au bonneteau ce qui les a toutes fait chuter in fine.

Sindona 2

Il a donc commencé à avoir de sérieux problèmes avec les premières faillites et a été mis sous protection rapprochée par les familles Genovese et Gambino à New York où on l’appelait Don Michele, avant d’être lâché par tout le monde Vatican compris quand les US ont lancé la procédure d’extradition vers l’Italie. A ce moment-là, plus personne ne le connaissait : ni Marcinkus, ni Gelli, ni Paul 6 ni personne. Et le Vatican lui avait déjà trouvé un remplaçant en la personne de Roberto Calvi.

Paul E. Williams explique dans « Les dossiers noirs du Vatican » comment Calvi a pris le contrôle complet de la banque Ambrosiano pour diverses malversations même quand elle a commencé à être dans la ligne de mire des enquêteurs et qu’il était plus difficile de sortir l’argent, à la fin des années 70 : "Calvi règle les deux problèmes grâce à son ami l’évêque Marcinkus et à la Banque du Vatican. Il commence par "prêter" de grosses sommes d’argent appartenant à la banque Ambrosiano à huit sociétés fictives. Les prêts passent par la Banque du Vatican, ce qui crée autour de ces sociétés une aura de légitimité (les directeurs de la banque Ambrosiano sont persuadés qu’il s’agit là des affaires de Sa Sainte Mère l’Église).

Six de ces entreprises se trouvent au Panama: Astolfine SA, United Trading Corporation, Erin SA, Bellatrix SA, Belrose SA et Starfield SA. La septième — Manie SA — est établie au Luxembourg; la huitième — Nordeurop Establishment — est au Liechtenstein. Elles se servent des millions empruntés à des fins précises :

  1. accroître la fortune personnelle de Calvi et de ses acolytes de la mafia ;
  2. financer les opérations douteuses de Licio Gelli ;
  3. acquérir des parts dans la banque Ambrosiano.

Calvi 2

Quand on leur demande des garanties supplémentaires, les sociétés panaméennes inscrivent tout simplement les actions d’Ambrosiano qu’elles ont achetées, ainsi que des relevés d’actifs gonflés et des prévisions de fabuleux profits d’exportation".

Créée par Calvi, Marcinkus, Gelli et deux autres membres de la P2, la société Bellatrix, par exemple, a acheté des missiles Exocet pour l’Argentine avec l’argent d’un "prêt" de la banque Ambrosiano pendant la guerre des Malouines contre l’Angleterre. Et toutes étaient sous le contrôle du Saint-Siège, selon une attestation de Marcinkus qui espérait ainsi mettre fin aux enquêtes en cours. Selon Paul E. Williams, Sindona a déclaré que Calvi a versé 20 millions de dollars à Marcinkus pour qu’il écrive ce courrier.

En 1980 Sindona a été condamné pour 68 chefs d’accusation pendant que Gelli rencontrait le gratin, comme Georges bush 1er alors chef de la CIA ou William Casey, et que les manœuvres de Calvi à la banque Ambrosiano commençaient à occuper le fisc et la justice italiens.

2022-10-31 22_25_52-L'archevêque Paul Casimir Marcinkus lors d'un voyage du pape

En 1982, Sindona a commencé à raconter qu’une partie de l’argent mystérieusement disparu de la banque Ambrosiano avait servi à financer des partis politiques et groupuscules armés de droite et d’extrême droite, en Italie mais aussi beaucoup en Amérique latine où plusieurs dictatures étaient encore en place. Il a déclaré que le but principal de toute cette architecture financière opaque était de renforcer la droite en Amérique latine et en Italie.

Il a aussi parlé à un journaliste US de la protection du trafic de drogue par les US et comment ils ont permis à quelques privilégiés de s’enrichir grâce à cela. Sindona a raconté comment certaines des plus grosses fortunes au monde avaient accumulé l’argent du trafic, et étaient devenu membres de l’establishment mondial, comment la P2 avait tout fait pour détruire le parti communiste italien, comment l’IOR blanchissait l’argent des trafics, mais a tout de même gardé de nombreuses billes.

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A cette époque, Sindona disait qu’il ferait de son procès un "vrai cirque" et qu’il déballerait tout. Et en juin 1982 on a retrouvé Roberto Calvi pendu sous un pont à Londres, les poches pleines de cailloux et de devises étrangères et Sindona a été empoisonné en prison en mars 1986 peu après son extradition.

La famille de Calvi a tout de suite dénoncé le suicide qui a été la version officielle pendant des années[97], d’autant qu’il avait écrit une lettre à Jean-Paul 2, demandant à le voir et disant qu’il a été un homme de paille stratégique pour le Vatican dans la lutte contre le marxisme, de l'Europe de l'Est à l'Amérique du Sud[98]. La banque Ambrosiano a coulé quelques semaines après la mort de Calvi avec une dette de 1,8 milliard de dollars en grande partie garantis par l’IOR qui en était le principal actionnaire.

En 1984, le Vatican a versé en guise d’indemnisation une somme de 250 millions de dollars aux créditeurs de la banque Ambrosiano, à l’issue d’une négociation menée via l’European Trade Association à Genève. D’où venait cet argent ? D’un dépôt de 406 millions de dollars fait à l’IOR par le chef de la diplomate du Vatican Casaroli, avec l’argent de l’Opus Dei.

Licio-Gelli Franc Mac - Copie

En février 1987 des mandats d’arrêt ont été lancés contre 3 responsables de l’IOR dont le président de la banque du Vatican de 71 à 89 Paul Marcinkus, mais n’ont jamais été exécutés et Marcinkus est rentré vivre aux Etats-Unis, à Sun City en Arizona. Gelli a été arrêté et a fait deux ou trois mois de prison puis a été libéré pour raison de santé. 

Il a été jugé en 1992 à 18 ans de prison mais quand soudain, en 1998, les flics sont enfin venus le chercher chez lui, eh bien il n’était plus là. C’est là qu’ils ont trouvé 363 lingots d’or[99] dissimulés un peu partout ainsi qu’un tas de documents.

Selon Monseigneur Rafael Rodriguez Guillén, "Le maître et penseur responsable du stratagème des milliards de dollars de monnaie contrefaite, et qui finance aussi les voyages du Pape Wojtyla [Jean-Paul 2], est Marcinkus l'auteur des achats d'argent blanchi et de titres et obligations dans des banques européennes et américaines". Il était même administrateur du Banco de Nassau, située aux Bahamas dans laquelle il organisait des transactions avec Roberto Calvi de la banque Ambrosiano.

Un jour, l’avion du pape y a fait escale et deux conseiller du pape habillés en noir sont venus avec des mallettes. C’est certainement en raison de ses bons offices que Marcinkus a été nommé cardinal.

Calvi juges

Dans cette affaire, le Vatican s’en est très bien tiré puisqu’aucun responsable n’a été jugé ni même vraiment inquiété. Mais Licio Gelli a su négocier son retour en Italie après avoir fui en Argentine, demandant à n’être poursuivi que pour les affaires financières, pas pour celles avec la mafia ni évidemment avec le Gladio local. Après un vague procès en 1992, il a pu vivre assigné à résidence dans sa villa de Toscane, d’où il s’est enfui avant d’être retrouvé sur la Côte d’Azur.

L’argent sale mais blanchi de la mafia et du Vatican se retrouvait ainsi dans les banques des Etats-Unis, d’Europe, de Suisse… Et au final plus de 1,3 milliard de dollars s’est évaporé avec les mics-macs du Vatican, de la mafia et de leurs banquiers, et l’assentiment total de Washington.

2022-11-12 19_48_42-Après des scandales financiers, le Vatican renforce sa vigilance sur ses investi

Les magouilles financières n’ont évidemment pas cessé au Vatican puisque l’impunité est la règle. Dans les années 90 il y a eu l’affaire Frankel, un type qui rachetait des compagnies d’assurances avec une caution du Vatican, et qui siphonnait leurs actifs pour les placer sur ses propres comptes dans des paradis fiscaux.

En échange de son image qui devait donner confiance aux vendeurs des compagnies d’assurance, le Vatican devait toucher 10% des gains. Encore une fois, le Vatican a échappé à la justice même si cette fois il a été renvoyé au tribunal.

Malgré quelques efforts assez récents, la transparence n'est toujours pas d'actualité dans les finances du vatican et de ses banques. Pas plus tard que le 10 novembre 2022, donc cette semaine, le Vatican a essuyé une plainte ses propres autorités pour avoir enterré une vingtaine d'affaires de corruption et de détournements de fonds. Mais au même moment la condamnation de l'ancien président de l'IoR (de 1999 à 2009) Angelo Caloia à 8 ans de prison a été suspendue par un cour d'appel du Vatican. Il s'agissait d'une histoire de ventes d'immeubles fraudulses.

En 2022, une autre affaire immobilière avec beaucoup d'intermédiaires avait entraîné le renvoi d'une dizaine de personnes au tribunal, pour détournement de fonds, abus de pouvoir, extorsion, corruption, subornation de témoin, blanchiment et fraude.

 

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Cet article était un peu long, mais il fallait bien cela pour donner un aperçu, loin hélas d'être exhaustif, de la corruption dans les milieux politiques et économiques. Bien qu'elle est minimisée et même cachée, elle représente une réelle menace démocratique, en court-circuitant tous les processus de contrôle ou de décision mis en place pour éviter ces dérives.

Et il ne s'agit là que de l'une première couche d'analyseà, à laquelle il faut ajouter d'autres réseaux plus obscurs. En tout cas, la france est vue comme un tiroir-caisse par ceux qui prétendent gérer le pays et y parviennent grâce précisément au soutien des milieux d'affaires.

 

 


[1] Pour aller très vite, l’affaire a commencé par la faillite d’une banque d’affaires, l’Union générale, en 1888. Derrière, un crédit et des mouvements spéculatifs permettent de financer le chantier du canal, mené par Ferdinand de Lesseps, qui s’avère particulièrement laborieux. Les politiques ont autorisé les crédits sous forme d’emprunts puis d’obligations de la Compagnie de Panama, accompagnés d’une vaste campagne de pub visant à arnaquer les petits porteurs crédules. Il s’est ensuite avéré qu’une centaine de ministres et parlementaires, dont Clémenceau, avaient touché des pots-de-vin. Au final, personne n’a été condamné.

[2] Stavisky a été retrouvé suicidé en janvier 1934 alors qu’il était traqué par la police dans le cadre de l’affaire du Crédit municipal de Bayonne. Il s’agissait d’une escroquerie organisée par Stavisky, avec émission de faux bons pour de faux dépôts. Pendant des années, il avait pu mener ses magouilles sans problèmes, car il graissait la patte de personnages bien placés dans les affaires, la politique, la police et la justice, et les faux bons avaient permis de les payer. Son suicide arrangeait donc bien du monde. Le gouvernement de Camille Chautemps est tombé suite au scandale (cela n’arriverait certes plus aujourd’hui).

[3] Le patron de l’UIMM n’a finalement été condamné qu’à un an de prison et 375.000€ d’amende. L’Express du 10 février 2014 rappelle que « La justice reprochait notamment aux prévenus d'avoir détourné ou bénéficié de quelque 16 millions d'euros retirés en liquide entre 2000 et 2007 des caisses de l'Epim, une structure d'entraide créée en 1972 par l'UIMM. (…) Selon certains témoins, l'argent aurait servi à "fluidifier les relations sociales", pour d'autres, contribué "au rayonnement" de la fédération patronale, en pointe dans les négociations sociales ». 

[4] Ces caisses créées dans les années 30 ont été placées totalement entre les mains du patronat sous Vichy. Elles géraient autour de 6 milliards d’euros par an en 2008 et fonctionnaient sur base d’un fonds de roulement et de paiement versés chaque trimestre.

[5] Comme on l’a vu, Jean Venturi, bras droit de Pasqua chez Ricard, était le frère de Dominique Venturi, un des grands parrains de l’époque. Jean venturi était chargé de l’importation d’héroïne vers les USA et le Canada. Il y a aussi Christian David, membre du SAC et de l’extrême droite très actif en Algérie, arrêté en 1972 au Paraguay avec un ancien collaborateur de la Gestapo membre de la bande d’Henri Lafont, un dénommé Auguste Ricord, qui sera extradé aux USA. Après avoir tué des policiers lors d’une interpellation en 1966, David s’est enfui, avec l’aide du clan Guerrini, jusqu’au Mexique puis finalement au Brésil. Là, il collabore avec le caïd local de la French Connection, ledit Ricord.

[6] Philippe Thyrault de Vosjoli a démissionné en 1963, officiellement parce que de Gaulle avait refusé de suivre ses alertes concernant des taupes du KGB dans son cabinet. En fait c’est surtout parce que de Gaulle se méfiait autant des US que des Russes. De Vosjoli était aussi proche de James Angleton, chef du contre-espionnage de la CIA.

[7] Cf. « La fabrique des « barbouzes » - Histoire des réseaux Foccart en Afrique » de Jean-Pierre Bat.

[8] Cf. « La CIA en France. 60 ans d’ingérence dans les affaires françaises » de Frédéric Charpier.

[9] Cf. « Histoire secrète de la corruption sous la Ve République », livre collectif dirigé par Yvonnick Denoël et Jean Garrigues.

[10] Idem.

[11] Idem. Les auteurs expliquent au sujet de Pélissier, devenu très riche, que « Son secret tient à son extraordinaire carnet d’adresses, du ministre au gangster, et à sa capacité exceptionnelle à assumer sans vergogne les démarches les plus difficiles, voire les plus douteuses. C’est pour cette raison qu’il est devenu le conseiller du grand promoteur Robert de Balkany (qui n’a qu’un lointain lien de parenté avec les époux Balkany des Hauts-deSeine), le bâtisseur de Parly II et Grigny II, l’un des rois de l’époque. Si l’on en croit les journalistes, les interventions de Michard-Pélissier se comptent par dizaines de milliers, ce qui explique son train de vie exceptionnel ».

[12] Depuis la deuxième guerre, Beaujolin officiait comme trésorier officieux du gaullisme et des partis politiques de droite. Proche de Foccart, il dirigeait de nombreuses sociétés dans l’import-export, notamment en Afrique, qui permettaient de participer à des trafics d’armes et au blanchiment de l’argent, en plus des détournements classiques.

[13] Cf. « D comme Drogue » d’Alain Jaubert.

[14] Lors d’une séance de débats au Sénat le 30 juin 1972, le sénateur Pierre Marcilahacy a repris la chronologie de l’inflation du coût du projet à chaque étape de la démarche : « En 1957, un avant-projet est adopté par le conseil municipal pour abattoirs et marché, soit 120 millions de francs. En 1958, le projet est adopté par le conseil municipal, y compris le transfert des halles et du marché d’intérêt national il est actualisé à 173 millions. En 1961, le projet est approuvé par le Gouvernement pour 245 millions. En 1963, le projet, réévalué et agréé par lettre du Premier ministre du 7 novembre 1963, se monte à 358 millions. En 1966, la fixation du plafond de l’opération par lettre du Premier ministre du 6 juin 1966 se monte à 600 millions de francs. En juillet 1969, il y a réévaluation par la S. E. M. V. I. à 799 millions, soit en francs courant, un milliard. Je vous ai dit tout à l’heure qu’on était certainement loin du compte ». Il souligne que le grand projet de reconstruction a été lancé par le gouvernement, qui n’a pas donné les moyens à ces abattoirs de « tourner », de fonctionner, rendant le projet voué à l’échec.

[15] Certains se sont demandé pourquoi la mairie de Paris avait octroyé chaque année 3 millions de France à la fondation Hulot à partir de 1991 (alors qu’en 10 ans le ministère de l’environnement n’avait donné que 100.000 F). Certes Hulot était alors fan de Chirac, mais tout de même. Des associations catholiques ont aussi beaucoup touché sous la chiraquie.

[16] Juste avant de devenir complètement gaga, en 2011, il a pris deux ans de sursis pour « détournement de fonds publics » et « abus de confiance » (eh oui ce sont eux qui font les lois) dans l’affaire des emplois fictifs de la ville de Paris. 21 employés bidons payés par les parisiens mais travaillant pour le RPR ont été impliqués, et 42 personnes ont été condamnées dans les différents volets de l’affaire, qui a été minutieusement saucissonnée.

[17] Schuller évoque la proximité des grands industriels avec les politiques, citant le cas de Robert Boulin dont un patron d’une chaîne de supermarché finançait le train de vie familial, « en échange de cela il était membre de fait du cabinet. Il venait aux réunions du cabinet ministériel avec sa Rolls ». Si les sponsors de macron sont aussi dans les cabinets –et ils le sont déjà via McKinsey, on comprend mieux l’état de la France.

[18] Cf. « French Corruption » de Fabrice Lhomme et Gérard Davet. C’est Didier Schuller qui raconte cela.

[19] D’autres procédures sont encore en cours contre Gaubert, comme l’expliquait Le Monde en février 2022 : « Il s’est alors vu infliger quatre ans de prison, dont deux ferme, et 120 000 euros d’amende, pour recel d’abus de biens sociaux. Il a fait appel, mais les dates de ce nouveau procès n’ont pas encore été fixées.

M. Gaubert reste, en outre, mis en examen pour « association de malfaiteurs » dans l’enquête sur des soupçons de financement libyen pour la campagne 2007 de M. Sarkozy. Il est notamment soupçonné d’avoir touché des fonds provenant du régime libyen de Mouammar  Kadhafi qui auraient pu abonder le budget de cette campagne ».

[20] Il en devient président du Conseil Général entre 1973 et 1976.

[21] Léandri s’est réfugié en Italie après la guerre et a quand-même été condamné à 20 ans de travaux forcés qu’il n’a jamais faits puisqu’il a été blanchi en 1957 grâce à sa collaboration avec Luciano et avec les US.

[22] Dans les années 90, Jean-Christophe Mitterrand était le chef de la « cellule Afrique » du cabinet de son papa. Les dossiers sensibles passaient donc par lui (son père était moribond), et il prélevait sa com quand il le pouvait.

[23] Certains –dont Pasqua- pensent que la procédure de l’Angolagate, qui visait Pasqua et son entourage ainsi que le fils Mitterrand, était surtout destinée à empêcher Pasqua de se présenter à la présidentielle de 2002 comme il l’avait annoncé.

[25] Selon Ouest France du 27 septembre 2013 « Quatre contrats ont fait l'objet, entre 1993 et 1995, de commissions et rétrocommissions injustifiées. Contrats avec le Koweït, l'Argentine, la Colombie et le Brésil. À la manoeuvre, à chaque fois, Léandri, surnommé « Le pépé ». Ce « facilitateur » d'affaires - doux euphémisme - travaille pour de grands groupes. En tête, Thomson. Il semble avoir lui-même choisi les patrons de la Sofremi, Bernard Dubois et Bernard Poussier, collaborateur de... Thomson ».

[26] Alsthom était à la base une entreprise publique, la Compagnie Générale d’Electricité. Le jeu des fusions acquisitions en a fait Alcatel Alsthom, puis Alstom en 1998, qui grossit trop, s’affaiblit, est victime de spéculateurs et a été progressivement dématelé.

[27] Pellerin a toujours nié toute corruption. Mais il y a quand-même eu quelques remous : deux morts (dont un mis en cause suicidé –pendu et avec une balle dans la tête- la veille de son audition à la police en mars 1990), et deux incarcérations. Pellerin a aussi pu construire en 1989, en site protégé et sans permis, une villa de 1.650 mètres carrés à Antibes. Dans la même veine, il a eu plusieurs ennuis pour des dépassements de permis de construire. Par ailleurs, au début des années 90, un juge d’instruction, Jean-Pierre Murciano, a enquêté sur la « villa Pellerin » qui, en plus des mètres carrés supplémentaires, avait permis l’évaporation de 160 millions de Francs. Il a expliqué à une commission d’enquête parlementaire menée en 2000 sur les « obstacles au contrôle et à la répression » de la délinquance financière que : « Cette villa a été construite grâce à des fonds qui ont été prêtés par la BNP à Christian Pellerin et grâce à un jeu de fausses factures consistant tout simplement à surévaluer le coût des travaux. Il a présenté des devis qui ont justifié la sortie d’environ 180 millions de francs, alors que l’expert que j’ai désigné pour chiffrer le coût réel arrivait à un coût qui n’excédait pas 20 millions de francs. 160 millions de francs s’étaient ainsi évaporés. En même temps, il était apparu que le maire de la ville d’Antibes qui avait délivré ce permis pouvait être impliqué et qu’il aurait, semble-t-il, été corrompu, notamment par le cadeau d’un véhicule Mercédès ». Murciano a ensuite été dessaisi de ce dossier.

[28] Selon le journal en ligne StreetPress du 1er février 2021, « Ce dernier lui confie le centre d’écoutes de l’office à Boullay-les-Troux, dans l’Essonne. Une mission très sensible pour laquelle il est habilité « Secret-défense ». Il y officiera jusqu’en 2016, chapotant bon nombre d’écoutes judiciaires et administratives, avant d’en être débarqué… »

[29] Comme beaucoup de flics violents, Paul-Antoine Tomi a été récompensé pour ses œuvres : « À l’été 2019, il est des fonctionnaires de la Préfecture de police décorés de la médaille de la sécurité intérieure, à la suite à des manifestations Gilets Jaunes » précise l’article de StreetPress.

[30] Perez est propriétaire du Grupo Pefaco dont le siège est à Barcelone, qu’il a créé en 1995 et a introduit en bourse à Malte avant d’en être exclu. Il s’est associé avec le groupe sud-africain Genesis Capital, dont le dirigeant a été arrêté fin 2019, soupçonné de fraude et de corruption. Le groupe est présent dans plusieurs pays d’Afrique, en Amérique Latine et s’apprête à développer sa présence dans l’hôtellerie en Europe.

[31] Cf. Vanity Fair le 9 mars 2020.

[32] Il a alors créé son entreprise de machines à sous en Espagne (le Grupo Pefaco) puis est arrivé au Togo où il a obtenu l’autorisation d’exploiter des machines à sous grâce au fils du rpésident en place, Fauré Gnassignbé, ami de son associé.

[33] Selon le magazine Capital du 25 avril 2018, « C'est notamment en enquêtant sur le groupe Pefaco, société spécialisée dans l'hôtellerie et les jeux, très implantée en Afrique, que la justice avait resserré ses investigations sur les activités de Vincent Bolloré sur le continent. M. Perez est connu pour entretenir des relations étroites avec Jean-Philippe Dorent ».

[34] Là encore, le système utilisait des entreprises publiques et un système de surfacturations, ou encore de dessous de table pour des marchés, ce qui a permis de pomper énormément d’argent (plus de 4 millions d’euros). Dalongeville était jugé en même temps qu’une vingtaine de personnes et a pris 3 ans fermes en 2013. Le FN qui est à la mairie a aussi exhumé des dossiers concernant Eugène Binaisse, maire de 2010 à 2014, qui sera jugé prochainement.

[35] Cf. « Le tour de France de la corruption » de Jacques Duplessy et Guillaume de Morant, Grasset, 2016.

[36] Urba était un bureau d’études créé par le PS et dirigé par un flic syndicaliste, Gérard Monate, qui a alimenté un système de fausses factures au profit du parti. Le principe était le même que celui des bureaux d’études du RPR ou des communistes, qui surfacturaient des prestations parfois inexistantes à des entreprises en recherche de marchés publics avec des mairies tenues par les socialistes. Des dizaines de millions de francs ont ainsi été détournés. En 1991 quand le juge Thierry Jean-Pierre a décidé de perquisitionner au siège d’Urba, il a été dessaisi sur ordre du ministre de la justice Henri Nallet.

[37] La Société auxiliaire générale d’études et de services (Sages) a été créée en 1973 par un chef du Grand Orient, Michel Reyt, avec l’aides de ses congénères. Reyt a aussi fondé la loge Victor Schoelcher fréquentée par Jean-Pierre Soisson maire centriste d’Auxerre. Reyt a surtout aidé les socialistes les plus à droite, autour du camp giscardien. Dans « Histoire secrète de la corruption sous la Ve République », les auteurs expliquent que « Michel Reyt intervient auprès des élus pour obtenir aux entreprises généreuses de juteux marchés publics, en échange de leur contribution aux caisses des candidats ou des partis. Le fichier de ses bénéficiaires compte pas moins de 580 noms, maires, parlementaires et collaborateurs ministériels. Il finance notamment les campagnes électorales des socialistes qui ne sont pas du courant mitterrandiste, Michel Rocard, Claude Évin et Jean-Marc Ayrault, figures de la « deuxième gauche », qui s’estiment lésés par le système Urba ».

[38] Cf. Prébissy-Schnall, C. (2020). Les marchés publics resteront-ils le domaine privilégié de la corruption politico-administrative ?. Revue française d'administration publique, 175, 693-705. https://doi.org/10.3917/rfap.175.0693

[39] Rapport « prévention de la corruption dans les marchés publics » de l’OCDE, 2016.

[40] Cahuzac a dû s’expliquer sur les comptes qu’il possédait à Singapour, à l’île de Man, au Panama et en Suisse, et qui n’étaient pas déclarés au fisc. Les sommes dont il est question ont évolué à la baisse au fil de la procédure, pour finir à 600.000€ au lieu des 15 millions dont il était question à un moment. Or, tous les observateurs ont convenu que 600.000 € n’était pas réaliste pour de l’évasion fiscale de ce type : selon le journaliste Antoine Peillon "Il est impossible qu'une banque s'occupe d'évasion fiscale pour quelqu'un qui n'a que 600 000 euros. Pour ce genre de politique d'évasion fiscale, il faut un minimum de 10 millions d'euros". Concernant l’argent de Rocard, Cahuzac a dit qu’il ne savait plus quoi en faire après l’échec de la campagne de 1994 et l’a gardé.

[41] Il en était devenu le directeur du marketing et relations publiques, c’est-à-dire du lobbying.

[42] Quatre contrats ont été ciblés par les balladuriens :

  • La vente de trois sous-marins au Pakistan – contrat Agosta, signé le 21 septembre 1994.
  • La vente de deux frégates à l’Arabie saoudite – contrat Sawari 2, signé le 19 novembre 1994.
  • L’armement des frégates saoudiennes – contrat Shola/Slbs, signé le 30 janvier 1994.
  • La réhabilitation de frégates vendues à l’Arabie saoudite– contrat Mouette, signé le 30 janvier 1994.

[43] « Présidentielle 1995 : comment le Conseil constitutionnel a validé les comptes de campagne irréguliers de Chirac et Balladur », France Info le 20 octobre 2020.

[44] Dans « Le tour de France de la corruption », les auteurs racontent que selon Melonian, Brunel lui aurait dit « Il faut aider Chantal, votre société n’aura pas à le regretter ». Pour justifier le chèque, des prestations bidons en informatique ont été facturés à Monoprix. Deux intermédiaires ont confirmé la remise du liquide à Brunel, en deux fois.

[45] Destrade avait notamment impliqué Henri Emmanuelli, qui était le trésorier du PS et lui aurait demandé en 1988 de servir d’intermédiaire dans le système de financement avec la grande distribution.

[46] La générale des eaux, pour obtenir le contrat, reversait 6% de ses bénéfices à deux bureaux d’études, qui reversaient l’argent à une société appartenant à un ami franc-maçon de Boucheron, Michel Gabaude dont le seul employé, rémunéré 35.000 F par mois, était Boucheron.

[47] La Compagnie Générale des Eaux a financé les partis politiques (surtout la gauche) des années 60 aux années 80, ce qui lui a permis d’éviter la nationalisation en 1982.

[48] Cf. « L’affairiste. L’incroyable histoire d’Alexandre Djourhi de Sarcelles à l’Elysée », de Simon Piel et Joan Tilouine.

[49] Ces actions ont été rachetées par Dassault et par un fonds Qatari entre 2008 et 2010. Libération du 6 octobre 2014 expliquait que le fonds souverain Quarati avait versé 182 millions d’euros de commissions, via des paradis fiscaux évidemment, pour entrer au capital de Véolia à hauteur de 5%. La question étant : qui a touché les millions ? Suite à cela, Véola a obtenu de gros contrats ua Qatar.

[50] Il était présent lors de l’inauguration des nouveaux locaux de la Grande loge de France à Saint-Raphaël en 2017. Ginesta a repris le siège de député de Fréjus à la suite de Léotard.

[51] Cf. « Le groupe Pizzorno et des élus du Var sont pris les mains dans les poubelles » par Pascale Pascariello, Médiapart le 14 avril 2015.

[53] En 2004, deux chercheurs spécialisés dans les réseaux de trafic de drogue écrivaient dans la revue Politique Africaine: « Non seulement 90% du haschisch consommé en Espagne et en France provient de la région du Rif, mais les trafiquants utilisent leurs réseaux pour acheminer en Europe des drogues dures comme la cocaïne et y blanchir leurs profits ».

[54] Quand il est revenu au pouvoir, de Gaulle a chargé Constantin Melnik de stopper les réseaux stay-behind en France. Sauf que Melnik était très proche de la RAND Corporation et un admirateur d’Allen Dulles, comme l’explique David Talbot dans « The Devils Chessboard Allen Dulles, the CIA, and the Rise of Americas Secret Government », et du coup rien n’a changé en réalité. De Gaulle avait aussi tenté de purger le gouvernement des proches de la CIA.

[55] Cf. Thierry Wolton, « Les Ecuries de la Ve ».

[56] C’est le cas par exemple d’André Labay, qui commence dans les affaires après-guerre, dans une boite américaine d’import – export dont le siège est au Maroc et achète en Europe de l’Est, il voyage donc beaucoup. En 1948 il fonde à Dakar une entreprise d’avions taxis. Il fait aussi dans l’immobilier en Tunisie puis rentre en France et se met à collaborer avec le SDECE. Là, il travaille un peu en Algérie, puis rejoint les mercenaires au Katanga. On le retrouve aux Antilles en 1966, puis à Haïti où il collabore avec le dictateur Duvallier et lui sert d’intermédiaire dans différentes transactions (tout en étant encore collaborateur du SDECE). Puis il créé la Fenwick Corporation S.A qui sert de couverture pour du trafic de drogue en collaboration avec les US.

[57] Joanovici avait commencé dans la ferraille dès son arrivée à Paris dans les années 20. En 1933 il propose aux flics de les renseigner sur le milieu.

[58] Cf. Thierry Wolton, « Les Ecuries de la Ve ».

[59] Les livres de comptes de la société Transmétal ont disparu en même temps que la société, suite aux ennuis du fisc, juste après les élections législatives de 1973, explique Thierry Wolton dans « Les Ecuries de la Ve », qui ajoute : « Notons simplement que la plupart des grandes fraudes dans la ferraille ont toujours été concomitantes des échéances électorales de la Ve ». Ce trafic impliquait des banques, notamment en l’occurrence la banque Rothschild, avec l’aval du haut de la hiérarchie, et aussi bien-sûr un certain nombre de paradis fiscaux.

[60] Cf. « D comme drogue » de Alain Jaubert.

[61] Deux ans après le scandale, un providentiel mafieux, Claude Pastou, affirme que c’est à lui que Delouette devrait livrer la marchandise.

[62] Cf. « French Corruption » de Fabrice Lhomme et Gérard Davet.

[63] Le tueur, Lucien Ferri, n’a jamais donné les noms des commanditaires avec lesquels il a préparé le meurtre. Lors du procès, il a dit que « Yann Piat était en danger depuis au moins un an. Ça devait arriver, si ça n'avait pas été moi ç'aurait été un autre. Il y a deux camps de commanditaires: la voyoucratie et des hommes politiques ». Ferri et le conducteur de la moto, Marco Di Caro, ont été impliqués dans plusieurs meurtres et tentatives sur des caïds locaux à la demande, selon certains, de Gérard Finale, patron du Macama. Selon un témoin, Finale espérait obtenir le contrôle de « tous les bars » de la région de Hyères si son ami Joseph Scercia, concurrent de Yann Piat, gagnait la mairie. Six personnes ont été condamnées en 1998 en première instance et Gérard Finale est passé pour le commanditaire final de l’assassinat. Mais avant le procès il avait tenté en vain de négocier un aménagement de peine contre des noms.

[64] Le juge Jean-Pierre Murciano, qui a instruit l’affaire, a expliqué devant une commission parlementaire que « Les enquêteurs avaient été amenés à découvrir l’existence d’une association dont la préfecture des Bouches-du-Rhône avait confirmé qu’elle n’avait pas d’existence légale depuis plusieurs années, mais qui a continué à vivre uniquement parce que son compte bancaire a continué à fonctionner, alimenté par des subventions du conseil régional, qui étaient dépensées par la seule personne qui figurait sur le carton de signature à la banque, à savoir M. Gaudin lui-même. Il attribuait donc des subventions à une association dont la seule existence était

celle d’un compte bancaire sur lequel il avait seul le pouvoir d’ordonner les dépenses »

[65] Selon Jean-Michel Vernes dans « Riviera Nostra », elle aurait demandé 600.000 F pour rembourser des dettes et 400.000 F pour sa campagne électorale des législatives, mais Fargette aurait refusé.

[66] Cf. « Le Pen, une histoire française » de Philippe Cohen et Pierre Péan.

[67] Pour comprendre cette affaire assez hallucinante, mais finalement banale sous la Ve République, je renvoie vers ce documentaire de Francis Gillery : https://www.youtube.com/watch?v=zIqx8gbDD6c

[68] Une affaire de détournement d’argent au profit du RPR qui n’a jamais abouti. Les deux principaux accusés, Michel Pacary et son ex compagne, sont morts assez jeunes de cancers, avant le procès. Pacary officiait comme intermédiaire entre des banques et des collectivités locales cherchant des prêts, et touchait des commissions qui étaient largement redistribuées en espèces aux politiques –essentiellement du RPR, comme l’indiquaient les témoignages des Pacary. Ce système a fonctionné à partir de 1984 selon Pacary.

[69] Ponte du milieu lyonnais, du SAC et ancien de l’Algérie, Jean Schnaebelé, prêtait son avion à ses amis, parmi lesquels son vieil ami André Jarrot (ministre de la Qualité de la vie sous Giscard), Louis Joxe (député du Rhône et futur membre du conseil constitutionnel) ou Pompidou. Après le meurtre d’Augé en 1973, c’est lui, le ponte des machines à sous jusqu’en 1995, qui a pris la main sur le milieu lyonnais. D’après certains observateurs, c’est lui qui aurait mis en place l’équipe qui a tué le juge Renaud en 1975, parce qu’il dérangeait ses activités. Cette affaire non plus n’a pas été élucidée. Quant au fils du juge Renauld, il pense que le SAC était directement impliqué dans l’assassinat de son père, avec Schnaebelé dans le rôle du commanditaire et trois types qui ne faisaient pas partie du gang des lyonnais comme auteurs. En 1986, on entend à nouveau parler de Schanebelé dans le cadre de vols répétés dans l’entreprise de Black et Decker France. A noter qu’au même moment, le patron de Black et Decker France a été assassiné, mais c’est le groupe Action Directe qui a été accusé.

[70] Au sujet des « subventions » à Giscard, Dassault aurait dit « je l’ai gavé ». Un propos rapporté dans « Les Ecuries de la Ve ». Quant aux gaullistes, Dassault aurait déclaré « je les ai tous payés ».

[71] Cf. « Le dessous des affaires », L’Express du 27/01/2000.

[72] Cf. Frédéric Charpier, « Officines, 30 ans de barbouzeries chiraquiennes », p. 25.

[73] Pour illustrer le détournement lié aux nationalisations – privatisations, dans « Les Ecuries de la Ve », Thierry Wolton écrit en 1989 que « la publicité en général – et Havas en particulier- est un gros pourvoyeur de fonds occultes. Dans ce secteur, les tarifs se font à la tête du client, il est facile de détourner de l’argent à l’aide de rabais, de fausses publicités, de repasses gratuites, etc. Havas, qui gère plus de 50% des budgets publicitaires de l’Etat (même depuis la privatisation), est au centre de ces fraudes quasi légalisées. Environ 200 millions de Francs disparaissent ainsi, chaque année, par ce biais, dans la caisse du parti au pouvoir. On comprend qu’en privatisant Havas, le RPR ait voulu mettre le grappin dessous. Les socialistes, revenus au pouvoir en 1988, ont réclamé leur part ».

[74] CF. « Histoire secrète de la corruption sous la Ve République ». C’est l‘ex de Le Pen, Pierrette, qui a raconté cela dans une interview en avril 1988.

[75] Il a bénéficié de l’amnistie générale de 1990 pour les financements politiques.

[76] Officiellement, l’argent était destiné à l’organisation d’un grand sommet « franco-africain » en 1984 au Burundi, à la demande de Mitterrand. Une partie de l’argent a servi au train de vie de Nucci et de son bras droit, qui s’est enfui grâce à un passeport octroyé par Pasqua, Yves Charlier.

[77] Botey, qui a longtemps régné sur Pigalle et au-delà, a été renvoyé devant la justice en 1978 (il a pris un an et un redressement fiscal), en1982 et en 2011, puis il est mort deux ans après. En 74, Botey avait activement soutenu la campagne de Giscard. Arrivé au pouvoir, Mitterrand lance une enquête sur les activités de Botey, qui est arrêté avec sa femme en 1982. Mais, après que cette dernière ait expliqué à la police que si on l’embêtait trop, elle risquait de se mettre à table, il n’a pris que 10 mois de prison.

[78] Christine Deviers-Joncour a été recrutée comme lobbyiste pour cibler Roland Dumas, ministre des Affaires étrangères à l’époque, et dont elle était la maîtresse. Mais de véritables prostituées ont aussi travaillé pour Elf, comme l’ont montré l’enquête du juge N’Guyen sur un réseau de « call-girls » ou l’affaire Anne-Rose Thiam « amie » de Le Floch-Prigent qui transportait aussi quelques valises depuis les bureaux d’Elf vers des « personnalités ».

[79] Un montant qui a gonflé au fil du temps. En janvier 1990 il n’était question que de 1,8 milliard d’euros pour les six frégates. En août 1991 le montant passe à 2,2 milliards, puis en 1993 à 2,5 milliards, quand interviennent les équipes Balladur, alors en recherche de fonds pour la présidentielle.

[80] Comme le rappelait L’Humanité du 6 août 2008, « Les ministres de l’Économie Laurent Fabius, en 2001, Francis Mer, en 2002, et Thierry Breton, en 2006, ont successivement invoqué le secret- défense pour s’opposer au versement de ces documents au dossier des enquêteurs ».

[81] Thales et l’Etat français ont été condamnés à payer 630 millions d’euros à Taïwan, 482 millions étant à la charge des contribuables français.

[82] Andrew Wang a eu la bonne idée de décéder en 2015 à 87 ans, en plein dans la procédure menée par la Chine pour récupérer 800 millions bloqués depuis 13 ans sur un compte en Suisse lui appartenant.

[83] « Au cœur de la corruption par une commissaire des RG », par Brigitte Henri.

[84] Gilbert Azibert espérait un poste à Monaco (en vue de se remplir les poches avant la retraite ?). Alors procureur général à la cour de cassation, il a rencardé sarkoléon sur la procédure liée à l’affaire Bettencourt (de laquelle sarko s’est tiré, mais il n’a pas pistonné Azibert à Monaco). Ledit Azibert est aussi (était ?) un gradé de la GLNF et animateur de la fraternelle de la chancellerie en 2010. Ce que la GLNF française a démenti. Dans « histoire secrète de la corruption sous la Ve République », les auteurs expliquent (p. 431) quelle fut la défense de sarkoléon à ce sujet : « Placé en garde à vue, l’ancien président se défendra par cet argument inquiétant : « Si j’avais besoin d’informations ou d’influence, ferais-je appel à M. Azibert ? Croyez-vous que je ne pouvais pas téléphoner au premier président de la Cour de cassation, que je connais depuis vingt ans quand j’étais maire de Neuilly ? Croyez-vous que je n’aurais pas pu téléphoner au procureur général de la Cour de cassation que j’avais nommé ? »

[85] C’est l’affaire Bernard tapie, qui a été manifestement aidé par un magistrat à la retraite passé au conseil privé tout en étant membre d’un tribunal privé, Pierre Estoup. Qui a donc été jugé en mars 2019 avec cinq autres protagonistes de cette magouille qui a permis à Bernard Tapie de récupérer 403 millions d’euros en dédommagement de la vente de son groupe par le Crédit Lyonnais. Selon Le Monde du 18 mars 2019, « C’est au moment où il devient magistrat honoraire qu’il entame, dans les années 1990, une carrière dans l’arbitrage privé, qui baigne essentiellement dans le monde international des affaires. Une activité plus discrète mais aussi bien plus lucrative. Pour l’arbitrage Adidas-Crédit lyonnais, les trois juges arbitres se sont partagés, à titre d’honoraires, la somme d’un million d’euros ». Oui, sauf qu’Estoup a beaucoup travaillé pour Bernard Tapie –et donc beaucoup gagné (environ 1 million €)- dans les années précédant cet « arbitrage ». Selon RTL le 4 novembre 2013, « Entre 1997 et 2006, l'ancien magistrat Pierre Estoup a travaillé comme consultant et plus de 42% de ses honoraires sont venus de dossiers où apparaissent aussi deux avocats ayant défendu Bernard Tapie, à savoir Maurice Lantourne et Francis Chouraqui ».

[87] Une entreprise qui fabriquait le papier des billets de banque, cédée dans des conditions obscures à deux fonds spéculatifs Suisses qui l’ont vidée de ses ressources jusqu’à la liquidation, ramenés par le Comité interministériel de restructuration industrielle alors dirigé par Bruno Lemaire. Et cela, après que l’entreprise ait été recapitalisée et après touché des subventions publiques. 238 salariés ont été mis sur le carreau et l’Etat dont les rênes de l’économies étaient déjà tenus par le micron, a fortement appuyé ce pillage. Par ailleurs, la mise en vente par le groupe Sequana a eu lieu après qu’il ait déjà vidé l’entreprise de ses ressources car elle se portait très bien quelques années plus tôt : « Ils ont tout fait pour la mettre en difficulté financière, y compris en la dépouillant d’une partie de son savoir-faire par la vente de brevets », a expliqué un permanent syndical à Jean-Loup Izambert et Claude Janvier dans le livre « Le virus et le président ».

[88] Le groupe Vallourec délocalise en Chine et au Brésil après avoir récupéré les brevets, savoir-faire, machines et subventions en Europe. En France 1 milliard d’argent public a ainsi été gaspillé depuis 2005 (de quoi payer 2000 salariés à 2000 euros par mois pendant 10 ans charges comprises).

[89] Selon un article de Force Ouvrière en 2017, « Une étude financière commandée par les syndicats montre que le groupe Vivarte a consacré 1,9 milliard d’euros au service de la dette ces dix dernières années. Seulement 1,2 milliard d’euros ont été consacrés à l’investissement sur la même période ». Là encore les contribuables ont été généreux notamment avec un don de 45 millions d’euros via le CICE, le crédit impôt compétitivité emploi (sic.)

[90] Cf. Gérald POSNER « God’s, bankers : a history of money and power at the Vatican », 2015, Simon & Schuster.

[91] Pie IX a ensuite cherché à se défaire de l’emprise des Rothschild en lançant des souscriptions directement auprès des fidèles.

[92] Le pape avait contribué à la victoire de Mussolini en ne s’y opposant pas et en demandant la neutralité aux catholiques avant sa marche sur Rome, puis en lui apportant son soutien ouvertement avec les accords du Latran en 1929 qui ont notamment créé le Vatican et donné un poids diplomatique à l’Eglise. De son côté Mussolini a exempté l’Eglise d’impôts et aidé à renflouer les caisses.

[93] Quelques alliés des nazis proches du Vatican ont permis de faire basculer le Parti du centre (catholique) du côté des Nazis et de voter les pleins pouvoirs à Hitler. Et soudain l’église allemande est devenue légaliste, appelant les catholiques à rester dans le rang et à cesser de critiquer les nazis et signant même un « concordat » proposé par Hitler, qui garantit des ressources conséquentes à l’Eglise via un impôt sur les catholiques, en échange d’un sabordement du parti et du syndicat catholiques (puisque tous les partis et syndicats ont été interdits). D’ailleurs, Eugenio Pacelli, élu pape en mars 1939 sous le nom de Pie XII, a été un des maîtres d’œuvre des accords du Latran puis du concordat avec Hitler.

[94] Nommé pape en 1939, Pie 12 (Eugenio Pacelli) était issu de la noblesse noire pontificale et son arrière grand-père était le ministre des finances de Grégoire XVI qui a anobli toute sa famille au passage. Il était aussi un grand admirateur de l’Allemagne même sous hitler et fermement anticommuniste, bref : il avait tout pour plaire.

[95] Cf. « Operation Gladio. The unholy alliance between the Vatican, the CIA and the mafia » de Paul E. Williams.

[96] Cf. Gérald POSNER « God’s, bankers : a history of money and power at the Vatican », 2015, Simon & Schuster.

[97] C’est seulement en 1998 que la famille est parvenue à faire rouvrir le dossier en Italie et à obtenir une nouvelle autopsie qui a notamment permis de trouver un ADN étranger sur ses sous-vêtements.

[98] Cf. Gerard POSNER, « God ‘s bankers : A history of money and power at the Vatican », Simon & Schuster 2015.

[99] Apparemment ces lingots venaient de l’argent volé par le gouvernement yougoslave nazi aux Juifs pendant la guerre.

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30 octobre 2022

Magouilles et corruption des élites - Partie 17 : L'ultra libéralisme, quand la finance anglo-saxonne prend le pouvoir

Gilets Jaunes macron

Avançons dans notre saga : après avoir vu comment le décor a été planté par les Etats-Unis en Europe après la guerre, à coups de propagande et d'impérialisme économique, voyons le résultat de ce travail. Car l'objectif était de transformer le monde en un vaste marché, ouvert à toutes les lubies économico-financières de Washington.

Nous sommes maintenant au paroxysme de ce système, qui ne peut pas aller plus loin sauf à éliminer une bonne partie de la population. 

 

L'arme fatale pour établir cette domination qui a fait du monde un vaste casino pour milliardaires est l'idéologie néo-libérale (dont le corollaire est la mondialisation) que l'on peut résumer comme une mise de l'Etat et de ses moyens au service du capital.

L'Etat n'a plus à penser la politique sociale ou économique, il doit juste faciliter le business américain en établissant des règles favorables ou, encore mieux, pas de règles du tout. Et dans ce schéma, le citoyen ne compte pas, il ne doit pas y avoir de débat sur les principaux enjeux et choix économiques.

Jusqu'à maintenant, nous n'avions une valeur qu'en tant que force de travail et consommateurs. Mais avec la numérisation, et avec la crise des matières premières, c'est en train de changer. Dans un système néo-libéral à bout de souffle, quelle sera la place du citoyen?

 

Le plan de la saga:

I. La 2e Guerre Mondiale, oeuvre du fascisme financier.

II. Le sabotage de la dénazification.

III. Recyclage des Nazis et Collabos dans les nouvelles structures: 

  1. Les services sercets
  2. La banque et l'industrie
  3. La politique et les syndicats
  4. Le monde universitaire
  5. Les médias et la culture
  6. La justice

IV. La création de l'Europe, un monstre sans tête au service du fascisme financier

  1. Le cas Jean Monnet, sbire du capital anglais et US
  2. Avant l’Europe, ou la mise en place du piège européen
  3. Les peuples immobilisés dans les sables mouvants européens

V. Une Europe fasciste déguisée en démocratie :

  1. Stratégie de la tension
    1. Angleterre, Suisse, Italie
    2. France
    3. Belgique
    4. Espagne et Portugal
    5. Allemagne
    6. Les suites du Gladio
  2. Le pillage économique des nations
    1. Domination de l’Europe par les lobbys US
    2. Prise de pouvoir de la finance

En résumé : Financiarisation rime avec domination

neolibéralisme inégalités

Une fois que le décor a été planté en matière de "pensée" économique dans les pays "amis", il n’y avait plus qu’à passer à l'offensive, à la mise en application toujours plus fort et toujours plus loin, de ces théories.

Les maîtres mots ? On les a entendus en boucle, c’est la doxa européenne : "main invisible du marché", "concurrence libre et non faussée", "libérer le marché", "autorégulation", "loi de l’offre et de la demande", "compétititvité", "privatisations", "dette", "profits", "actionnaires", "dividendes". Voilà en gros résumée cette pensée "libérale" devenue "néo-libérale" en mettant l’Etat au service du grand capital, qui est en train de nous asphyxier.

Pourquoi ? Parce qu’elle impose, via une sorte de pensée unique que nous sommes forcés de constater dans nos médias de masse et dans le paysage politique en général, une marchandisation de tout jusqu’à l’homme (assurance "paysan mort" aux USA par exemple), jusqu’à ses besoins les plus élémentaires comme l’alimentation, l’air, l’eau, et que les capitalistes veulent toujours plus de profits dans un monde qui lui a des limites (en termes de matières premières, d'énergie, d'inégalités).

Tous les moyens de la fabrique du consentement dont on a parlé plus en amont, mais qui ont évolué avec les technologies, ont été mis en oeuvre. On ment à la population sur les aides aux entreprises, sur le coût des pauvres ou des services publics, sur le chômage, sur les choix économiques en général.

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La gabegie pour le capital doit être dissimulée car il s'agit de faire carcher le "pognon" aux masses: c'est l'un des intérêts de la dette perpétuelle, créée artificiellement en 1973 quand Pompidou a décidé que la banque centrale devrait emprunter sur "les marchés" pour financer l'économie. Aujourd'hui, le remboursement des intérêts de la dette est le 1er budget de l'Etat.

Car imposer un tel délire ne va pas de soi et il a fallu comme on l’a vu un long processus pour en arriver là. On ne va pas refaire la chronologie, mais le rôle des banques anglo-saxonnes dans la manière dont a été construit le monde occidental est loin d’être négligeable. Car l'idéologie libérale, puis néo-libérale n'impacte pas seulement l'économie: elle ravage la société toute entière et la planète avec, comme certains commencent à le comprendre.

Elle a détruit la santé, l'éducation, les transports, la recherche, les infrastructures, le secteur de l'énergie, la justice, la police, le système démocratique, bref: l'Etat. La société n'est vue que comme un marché. Et certains en veulent encore.

banksters

On nous a présenté ces théories comme pragmatiques, et même comme de la "science" quitte à inventer un prix "nobel" de la banque de Suède qui 'nest pas un prix Noble, pour valoriser les théories économiques les plus fumeuses.

Au contraire, "Le programme néolibéral, qui tire sa force sociale de la force politico-économique de ceux dont il exprime les intérêts [...], tend globalement à favoriser la coupure entre l’économie et les réalités sociales, et à construire ainsi, dans la réalité, un système économique conforme à la description théorique, c’est-à-dire une sorte de machine logique, qui se présente comme une chaîne de contraintes entraînant les agents économiques" comme l'expliquait en mais 1998 Pierre Bourdieu dans l'article "L’essence du néolibéralisme" paru dans Le Monde Diplomatique.

La théorie néolibérale doit tordre voire nier la réalité pour perdurer et continuer à s'imposer par la mondialisation, qui a mis tous les Etats en concurrence les uns avec les autres. On est entrés dans une forme de prostitution des gouvernements auprès des capitalistes, dans tous les sens du terme.. 

Banksters 3

L'économiste et socialogue Giovanni Arrighi expliquait en 2006 à la revue Marx Actuel que "La mondialisation du capital désigne une période dans l’histoire du capitalisme, mais aussi un régime institutionnel international spécifique, politique autant qu’économique, construit au bénéfice du capital concentré. Sa consolidation a été marquée par un nouveau bond dans la centralisation du capital, dans la polarisation de la richesse, et dans l’évolution des systèmes politiques vers la domination d’oligarchies tournées exclusivement vers leur enrichissement et la reproduction de leur domination.

Dans les pays capitalistes centraux du "Nord", ces oligarchies possèdent leurs bases sociales les plus solides là où dominent les systèmes de retraite de marché financier. Leurs bénéficiaires sont des individus dont l’appartenance sociale est éclatée, et la capacité à se différencier politiquement de la bourgeoisie se trouve diminuée, souvent fortement. D’un côté ce sont des salariés, de l’autre des gens dont le sort est lié au cours de la Bourse et à l’efficacité de ponctions rentières planétaires".

agriculture chimique

Comment tout cela s'est-il passé? On a vu comment l'influence du capitalisme anglo-saxon s'est établie depuis la Deuxième Guerre, et qu'ils ont modelé l'économie mondiale en fonction des intérêts des plus gros capitalistes. Par exemple, l’industrialisation de la médecine a été largement organisée par le clan Rockefeller.

La financiarisation de l’alimentation n’est pas si ancienne : elle date de 1991, quand Goldman Sachs a eu la brillante idée de créer un indice boursier qui intégrait les valeurs liées à l’alimentation[1].

C’était la suite d’un processus logique dont l’accélération a commencé avec le codex alimentarius de l’ONU (plus précisément de l’OMS et la FAO) qui a mis en place en 1961 ce standard international sur l’alimentation, standard appelé le Codex Alimentarius et qui correspondait à l’alimentation industrielle bien plus qu’artisanale et avait pour objectif affiché de "faciliter le commerce".

Wolfgang Stemme Champs sans arbres

Beaucoup de discussions concernent par exemple la variété et le taux des produits chimiques ou d'OGM acceptés dans les divers produits alimentaires. Le codex tolère en effet de bien étranges pratiques telles que l'irradiation d'aliments comme les oignons, les échalottes, l'ail, les fruits et légumes secs, les crevettes... ce qui leur fait perdre quasiment toutes leurs vertus nutritionnelles.

Et tout cela a entraîné un grand processus de concentration de l’industrie agro-alimentaire dans le monde comme en France.

Ce processus s’est accéléré avec la nécessité de la rentabilité maximale pour les actionnaires, et aujourd’hui quelques leaders se partagent l’essentiel du marché dans les principaux secteurs de l’agro-alimentaire.

Ce sont des entreprises privées qui ont mené un lobbying auprès de l’ONU, qui est en fait leur chose, pour établir ce codex fort contesté par ceux qui veulent de la qualité et de la cohérence dans le circuit alimentaire.

bayer montsanto agriculture

Parmi ces activistes, on trouvait évidemment les fabricants de pesticides, dont il faut le rappeler plusieurs (BASF, Hoechst, Bayer) sont issus d’IG Farben, cette entreprise qui a joué un rôle si crucial dans l’extermination Nazie, mais aussi Monsanto qui a beaucoup milité pour introduire les OGM dans notre alimentation et dans l'agriculture (aujourd'hui Monsanto a été absorbé par Bayer).

Selon le journaliste Daniel Estulin[2], "le codex est une arme utilisée pour réduire le niveau de nutrition à travers le monde". L'ampleur de cette baisse nutritionnelle dans les aliments est évidemment discutée, mais globalement elle est admise et puis il y a le problème de ce qu'on appelle les "aliments transformés" bourrés de produits chimiques, de sel, de sucre, qui sont clairement toxiques.

Dans de très nombreux secteurs économiques, on assiste aujourd’hui à une concentration extrême : agro-alimentaire, banque, assurance, médias, armement, BTP, automobile, téléphonie – internet, grande distribution, énergie…

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Et puis on privatise ce qu'il reste de services publics, avec à la clé dans les deux cas une baisse du service, une augmentation des prix et un démantèlement progressif des entreprises afin d’en tirer continuellement des bénéfices pour les actionnaires qui in fine dictent la loi.

C’est là qu’il est intéressant d’observer le rôle de quelques fonds dits d’ "investissement", en réalité de vulgaires fonds spéculatifs, mais qui manipulent des centaines, voire des milliers de milliards de dollars : il s’agit du rôle prépondérant joué par des organisations comme Blackrock qui gère 8000 milliards de dollars d'actifs en octobre 2022 (près de 4 fois le PIB annuel de la France) et est la plus grosse institution financière du monde, Vanguard ou Capital Research & Management.

Blackrock a mis au point un super logiciel, Aladdin, qui mouline des milliards de données pour en ressortir des informations sur l'économie et ses perspectives. DU coup, il a la main sur un véritable trésor en termes d'information en temps réel, et conseille de nombreuises institutions publiques et privées, comme par exemple le gouvernement du micron qui a fait appel à ses théories pro business pour de sa loi de destruction des retraites, la Banque Centrale Européenne ou la commission européenne -ce qui a valu une plainte à cette dernière.

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En 2020 on a aussi appris que Blackrock allait conseiller la commission européenne en matière d'environnement alors qu'il est l'un des plus gros investisseurs dans les énergies fossiles et dans les banques qui les financent. Il pourra ainsi conseiller l'Europe sur la réglementation le concernant directement.

Blackrock a aussi conseillé la réserve fédérale US, la FED, en mars 2020 lors d'un rachat massif d'obligations pourries et d'actions des entreprises US afin d'éviter un krach. Et parmi ces titres pourris, l'un des produits de Blackrock a représenté 25% des achats de la FED!

On retrouve ces trois fonds spécualutifs US (Blackrock, Vanguard et Capital Research & Management) parmi les 5 à 10 principaux actionnaires de la quasi-totalité des multinationales du CAC 40 en France, du Nasdaq (entreprises technologiques cotées), du S&P 500 (les 500 plus grosses entreprises cotées aux USA) etc.

Au hasard prenons Pfizer : en octobre 2022 Vanguard était son actionnaire numéro 1 avec 8,29% des parts, Capital Research Management avait au total environ 7% et Blackrock restait modeste avec 2, 18% des actions.

cartoon FED Blackrock

Prenons ensuite son concurrent direct, dans cette sombre affaire de covid : Moderna. Eh bien Vanguard en possédait 6,71% en octobre 2022, Blackrock 1,84%. Geode Capital management est aussi présent dans les deux.

Allons voir le "français" Sanofi : si L’Oréal est le premier actionnaire avec 9,33% des parts, Vanguard est 3e en octobre 2022 avec 2,4% des actions, et Blackorck est 5e avec 1,5%.

C’est pareil dans pratiquement tous les secteurs, de l’agroalimentaire aux médias en passant par l’automobile ou l’armement (Blackrock et Vanguard sont parmi les 10 principaux actionnaires de Lockheed Martin, de Raytheon Technologies avec également Capital Research & Management et Géode Capital Management notamment), de Northrop Grumman (dont Capital research & Management possède tout de même plus de 30%) ou encore Boeing, c’est-à-dire les 4 plus gros producteurs d’armement au monde. 

bénéfices CAC 40 2021

On retrouve encore Vanguard et Blackrock premiers actionnaires de Facebook, Apple, Microsoft... ou encore chez Coca et son "concurrent" Pepsi, Ford et General Mortors...

Toutefois, en france ces fonds spéculatifs pèsent moins dans le CAC 40 que les bonnes vieilles familles d'oligarques: "Selon les calculs d’Euronext BlackRock pesait en 2020 à lui seul 2,4% de l’ensemble l’indice du CAC40, soit plus que l’Etat français et ses 2,2%. Vanguard pèse de son côté à 2,1%. Les grandes familles Arnault : 6,9%, la famille Hermès : 3,5% et Bettencourt Meyers : 3,2% pèsent plus de 17%." expliquait sur son blog le financier Steve Moradel.

D'ailleurs, le poids ces familles a encore augmenté depuis la méga crise covid : "A fin 2020, les grandes familles détenaient au moins 19,3% du capital du CAC 40 contre 16,6% en 2019 et… 9,7% en 2012" selon l'AGEFI du 8 juin 2022.

capitalism

La fameuse "concurrence libre et non faussée" n’est qu’un leurre pour justifier la lutte contre les salaires : en réalité, ce sont toujours les mêmes qui remplissent leurs poches.

Et maintenant la question à 10.000 : A votre avis qui sont les deux principaux actionnaires de Blackrock ?

Gagné : Vanguard n°1 avec 5,67% des parts, Capital Research & Management n°2 avec 5,27%.

Bref. Ce capitalisme est censé ne pas avoir de visage mais pourtant à la fin il y a bien de vraies personnes qui touchent de vrais dividendes, bénéficiant directement de la compression des salaires et des subventions publiques, tout en refusant de payer leurs impôts.

A force d'impunité et d' "autorégulation", la finance est devenue un véritable casino aspirant l’argent des plans de relance et d’émissions monétaires qui se succèdent depuis des années, cette huile magique qui alimente le moteur fou de la spéculation.

Aujourd’hui beaucoup d'entre nous savent que la valeur des grands titres boursiers, souvent autour des nouvelles technologies, n’ont aucun rapport avec leur valeur économique réelle. Mais comme il faut toujours que les cours montent, que les bénéfices augmentent d’une année sur l’autre, on continue à injecter de l’argent et on fait monter la valeur financière d’entreprises qui agissent comme des conquistadors sur nos libertés, et sur notre autonomie économique et politique.

Mafalda 1

Nous sommes arrivés au bout de l’idéologie néolibérale, qui ne vit qu’en siphonnant les richesses toujours plus massivement. En juillet 2021 l’économiste Michel Aglietta expliquait au site Inegalités.fr que ce régime "dit "néolibéral", s’est imposé à partir des années 1980 en étendant la recherche de la rentabilité financière à tous les domaines des échanges : matières premières, devises, actions et, surtout, l’immobilier, profitant de l’affaiblissement du pouvoir des salariés du fait du chômage. Tout est devenu potentiellement producteur de rentes, de sur-profits, tout a été financiarisé en quelque sorte. Faire de l’argent avec de l’argent est devenue la logique dominante par affaiblissement des institutions régulatrices du régime de croissance de l’après-guerre.

2022-10-31 18_22_41-« La chute des Bourses est un problème pour toute l’économie » - Opera

La financiarisation est la forme néolibérale du capitalisme, où tout est tourné vers la recherche de rentes. Cette forme du capitalisme est toujours à l’œuvre, mais elle a connu une crise sévère en 2008".

Sauf qu’au lieu de le laisser s’écrouler en 2008, le monde de la finance a été sauvé par injections de milliards au prétexte que les banques étaient trop grosses pour les laisser couler. Pas de bol: en 2022, les banques sont encore plus grosses, et au moins aussi endettées... Toujours les miracles de l’autorégulation car c'est bien connu, les mafieux se régulent parfaitement entre eux.

Juste avant le covid et surtout les "confinements" arbitraires de la moitié de la population mondiale, les bourses étaient en chut libre malgré les milliards injectés en masse, jusqu'à une férquence quotidienne, par la FED et la banque centrale: en mars 2020 la bourse de Wall Street a perdu 35% de sa valeur en un mois, le 12 mars 2020 la bourse de Paris affichait une baisse de 12,28 %, la plus forte de son histoire! Je pense vraiment que la gestion de crise covid a été organisée pour réinjecter des milliards dans le système financier, et sur ce plan ça a été une réussite.

Avec la crise qui vient, on ne pourra encore pas se payer le luxe de laisser couler des banques systémiques comme BNP Paribas. Sauf qu'on n'a plus 1 euro à mettre dans le système financier. On verra donc bien comment le renflouement sera mené, et une des pistes semble être le délire de monnaie numérique.

La chute pourrait être proche car on voit les médias parler de retour du "risque systémique" c'est-à-dire de faillite d'une grosse banque. "En 2020, les actifs financiers logés chez ses intermédiaires opaques irait de 63 000 à 226 000 milliards de dollars selon le rapport du Forum de Stabilité Financière (FSB). C'est donc potentiellement la moitié des actifs financiers dans le monde" selon un article de Radio France du 29 octobre 2022. Et la fourchette de valeur du simple à presque le quadruple montre bien l'opacité qui règne: on ignore le montant des actifs pourris que les banques et fonds spéculatifs ont planqué un peu partout. 

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Les actionnaires majoritaires dans le capital des entreprises peuvent peser sur le conseil d’administration de ces entreprises, donc sur les choix stratégiques et la nomination des dirigeants. Pendant des années Blackrock et Vanguard ont juré la main sur le cœur qu’ils n’utilisaient pas leur vote pour influencer la stratégie des multinationales, mais s’il a jamais existé, ce temps est clairement révolu.

Même si Libération dit le contraire dans un de ses inénarrables article de débunkage / enfumage, parlant même de "fonds passifs" quand d'autres parlent de "fonds activistes".

"La valeur actionnariale des grandes entreprises est devenue un principe de gestion. En l’appliquant, l’entreprise va chercher le rendement maximum à court terme, la compression des coûts, l’augmentation des dividendes, les pratiques de rachat d’actions, etc." expliquait Michel Aglietta.

Tout cet argent pompé par les actionnaires ne revient pas dans l’économie : il est perdu. D’où la stagnation des salaires, les délocalisations, l’augmentation incroyable des inégalités ces dernières années -même si c'est loin d'être un scoop, et qu'on asssiste depuis 40 ans à une dégradation des conditions de vie de la population pendant que le capital fuit toujours dans le sens du 0,01%.

 

Les capitalistes et leurs représentants : le système "démocratique" occidental

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Dans le cadre de cette "libéralisation", pour survivre dans (à ?) la "mondialisation" il fallait que les pays utilisent les mêmes règles du jeu. Et ce sont des cabinets comme McKinsey, toujours prompts à prôner les vieilles recettes néolibérales pour le plus grand profit des actionnaires, qui les ont expliquées d'abord gratuitement puis au fil du démantèlement de l'Etat, de plus en plus cher.

Ces règles sont aussi prônées par des centaines de think tank (ou "boîtes à idées"), style institut Montaigne (pour qui McKinsey écrit des rapports censés être "indépendants" et présentés aux gouvernements, servant de prétexte aux nouvelles régressions économiques et sociales et dont le patron a longtemps été à la réunion  du Bilderberg), l'institut Brueghel, l'IFRAP dont la représentante Agnès Verdier-Moliné est régulièrement interviewée par les chaînes de droite pour taper sur les dépenses publiques sociales et appeler à subventionner davantage les entreprises.

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Ces machins produisent des tas de rapports très orientés qui envahissent et polluent ce qu'il reste de débat public, c'est-à-dire les médias. En banalisant des théories franchement antisociales et parfois même antidémocratiques, ils ont une réelle influence dans la formation de la "pensée" économique et véhiculent une idéologie néo-libérale radicale. McKinsey a d’ailleurs créé son propre think tank "indépendant", le McKinsey Global Institute, en 1990. Objectif : développer "des points de vue" sur les enjeux critiques : en gros présenter la doxa néo-libérale, que tout le monde du business pourra reprendre en chœur.

Et puis l’avantage de ce think tank est de donner un vernis pseudo "académique" aux élucubrations de ces jeunes cadres dynamiques fabriqués en série. Les employés de McKinsey, qui s’est internationalisée au cours des années 80, font ensuite carrière dans le business ou dans la politique, créant de fait un réseau de fidèles[3] capables de s’échanger des informations et de se rendre de menus services.

mckinsey macron

Au cours des années 90, McKinsey a énormément renforcé son activité de conseil dans la finance. Ce délire financier a aussi atteint les politiques publiques depuis les années 70 et cette fameuse loi Rothschild de Pompidou, ex directeur de la banque Rothschild : on le voit avec la gestion des services publics qui sont un "bien social" comme s’il s’agissait d’une vulgaire start-up –les subventions monstrueuses et l’argent privé en moins.

En même temps que les américains nous ont libérés et éclairés sur le chemin tortueux de l’American Way of Life, ils nous ont imposé, à travers la construction européenne et la minutieuse sélection de nos "élites", leur domination économique fondée sur les principes de ce qu’on peut appeler l’ultra libéralisme : la domination de la finance. Pour mieux affirmer la prépondérance de cette idéologie, ils se sont appuyés sur les bonnes vieilles théories libérales, remixées pour être encore plus favorables au business.

Keynes, l’idole des libéraux, prônait le "fais ce qu’il te plait", avec cette histoire de "main invisible du marché". La même devise que celle de son ami Alistair Crowley.

"Parmi les hauts dirigeants économiques et politiques mondiaux, on relève une proportion importante de personnalités favorables aux idées d'extrême droite (royaliste, fasciste, nazie...). Ces dernières convergent autour de différents points communs. L'idée centrale repose sur une vision naturaliste, d'un darwinisme social, d'un monde naturellement hiérarchisé", résume le sociologue Thierry Brugvin[4], "ils estiment que les décisions ne doivent pas être prises par le peuple (suffrage universel, démocratie parlementaire) mais qu'il faut confier le gouvernement aux seules élites politiques et économiques (les grands capitalistes), car disposant seuls des compétences nécessaires". La variante nazie avait ajouté les questions de race et de religion dans la notion d’élite, d’autres choisissent l’élimination par l’argent…

afrique inégalités n,ord sud

Le parcours de Hjalmar Schacht dont on a déjà parlé, est révélateur du recyclage des milieux bancaires nazis par les US. Schacht a été l’un des principaux financiers d’Hitler, et à ce titre il a été placé en camp d’internement à la fin de la guerre. Mais il a été libéré en septembre 1948 avec l’aide des US. A partir de 1952 il a financé les activités d’Otto Skorzeny[5].

Le père de Jurgen Mossack, un des fondateurs du cabinet Mossack Fonseca qui est impliqué dans les Panama Papers et de nombreuses affaires de fraude fiscale, était un SS qui a fini par émigrer au Panama dans les années 60. Le frère de Jurgen, Peter, vit encore en Allemagne, a créé un club local du lions Club à Damrstadt, et a été nommé consul honoraire du Panama.

Par ailleurs, plusieurs établissements ont servi de pôles de diffusion de la propagande néo-libérale, une sorte d’adaptation des théories du libéralisme économique en faveur de la dérégulation totale des marchés et de la spéculation. La London School of Economics créée par Sidney Webb qui était membres de la Fabian Society (un groupuscule élitiste anglais à la fois eugéniste et "socialiste"), est l’un des principaux avec les universités de Chicago et Columbia aux USA.

Là encore, les financements de la fondation Rockefeller ont été indispensables pour réorienter l’université : de 1923 à 1939, "un quart environ de ses revenus annuels et la quasi-totalité de son budget de recherche ont été assurés par la fondation", explique Marie Scot dans l’ouvrage "L’argent de l’influence. Les fondations américaines et leurs réseaux européens".

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Sous la direction de lord Beveridge, la London School of Economics qui avait peu d’ampleur avant 1920, a ouvert grand les bras à la fondation Rockefeller qui a financé l’extension et les nouveaux bâtiments ainsi que des "recherches" en économie, tout à fait orthodoxes par rapport aux théories déjà en cours aux USA.

"Webb et Beveridge en Grande-Bretagne et les réformateurs sociaux qui peuplent les fondations américaines partagent un credo commun : les problèmes sociaux doivent être étudiés scientifiquement ; une gestion technocratique de la société par des experts est la garantie du contrôle politique et de la paix sociale", précise Mare Scot, "De 1919 à 1940, les fondations philanthropiques américaines ont versé 690.000 £ aux centres britanniques de recherche en sciences sociales : 95% proviennent de la Rockefeller".

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En parallèle, la CIA a été construite avec les mêmes individus issus de l’élite protestante capitaliste US, les fameux WASP, qui constituaient déjà le cercle interne de l’OSS. Dulles, lui-même homme de Wall Street, a recruté des industriels et des banquiers millionnaires ainsi que leurs sous-fifres avocats d’affaires[6].

De Gaulle, dès qu’il est revenu au pouvoir en 1958 après un coup d’Etat poussé par Washington, a nommé comme directeur de cabinet Georges Pompidou, directeur général de la banque Rothschild, dans laquelle il a fait des allers-et-retours.

Aujourd’hui, la haute finance échappe totalement aux règles communes. Pas d’impôts, pas de régulation, une législation spécifique, bientôt des tribunaux spéciaux. A l’occasion de la crise du covid, et surtout de la gestion de crise, ceux-ci tentent de pousser leurs pions pour avancer vers leur société idéale, qui a des teintes de Grand Reset même si celui-ci n’est qu’une étape dans leur délire.

On a vu que les conditions du Plan Marshall étaient de libéraliser le commerce et de lancer les bases d’une institution européenne supranationale, déconnectée des peuples, qui allait devenir la CECA, la communauté économique du charbon et de l’acier.

 

plan marshall

Nous avons tellement bien ouvert nous frontières aux "capitaux", aux "investissements étrangers", en l’occurrence US, que de nombreuses entreprises yankees se sont installées chez nous. Les aides et autres subventions, les abattements fiscaux, ont encore embelli les mariées. Cela a certes apporté de l’emploi, voire même à l’époque des transferts de technologie.

Mais cela a aussi apporté un modèle économique, un mode de management des travailleurs et donc de la société, et assez vite les choses ont changé : fini l’emploi, parce que les fonds d’investissement pillent le tissu économique pour planquer le pognon dans les paradis fiscaux, et fini les transferts de technologie. Ou plutôt si, mais dans l’autre sens : aujourd’hui les fonds d’investissement rachètent les brevets, les start-ups qui ont bénéficié de l’argent public grâce à la "start-up nation" (et même avant), et finalement les entreprises ferment, sont délocalisées, absorbées…

En Belgique, en Italie, en France, le schéma a été le même. Et ceux qui ont tenté de s’y opposer ont pu le payer cher. Les réseaux Gladio et la paranoïa anti-communiste ont contribué à maintenir le calme, par la terreur.

Les anciens nazis et collabos, recyclés dans la politique et l’économie d’après-guerre, ont su tirer profit du tout business, devenant des soutiens fervents du capitalisme et des capitalistes.

2022-10-31 17_19_29-Dividendes_ 2022, une année record - Challenges - Opera

Si le niveau des européens de l’ouest s’est considérablement amélioré après la guerre, c’était uniquement pour couper l’herbe sous le pied aux communistes. Il fallait montrer les bienfaits du "monde libre", c’est-à-dire du capitalisme, pour détourner les foules des idéaux de gauche. Maintenant que nous sommes coincés dans ce système, on a vu que les choses sont bien différentes.

A partir des années 70, quand apparaît vraiment la crise économique au tournant du choc pétrolier de 1973, les tensions sociales sont montées. Et le pillage de la richesse publique s’est accéléré. Alors que le gâteau rétrécissait, la part des plus riches, ceux qui se cachent derrière des sociétés écrans et des cabinets d’avocats, n’a cessé de grossir.

Les paradis fiscaux, une invention des britanniques qui ont ainsi compensé les pertes liées à la chute de leur empire colonial, sont devenus incontournables au fil des années 60 et de la mondialisation du business.

L’argent qui transite ou qui est stocké dans les paradis fiscaux n‘est pas forcément de la plus grande blancheur. Par exemple, les banques liées à la famille royale anglaise (Barclays, Rothschild, HSBC…) ont toujours blanchi, grâce à leurs filiales dans les paradis fiscaux, une bonne partie de l’argent issu du trafic de drogue, cela remonte parfois au XVIIIe siècle et aux guerres de l’opium. La City permet aussi l’opacité la plus complète sur les transactions financières, et fonctionne comme une bulle dont les lois sont restées figées au Moyen-Age.

Lors de la réunion du Bilderberg en 1968, une session entière a été consacrée à l’ "internationalisation des affaires". Un US et deux français avaient préparé des mémoires sur la question, pour définir les contours de ces nouvelles "entreprises mondiales" (world company) américaines pour la plupart, qui pensaient le business au niveau mondial et plus seulement national.

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Les US en appelaient ainsi au "développement de structures modernes d’entreprises en Europe –ce qui n’est sans doute pas possible sans une plus grande unité politique", et bien évidemment à "libéraliser le commerce mondial, notamment la libération des mouvements de capitaux". Ces entreprises mondiales sont beaucoup plus autonomes par rapport aux législations nationales, puisqu’elles peuvent faire jouer la concurrence entre les Etats. Du coup, il fallait créer une gouvernance mondiale.

En 1969, Pompidou, le favori de Washington, est arrivé au pouvoir après avoir travaillé à la direction de la banque Rothschild (tiens, comme le micron). Pompidou, professeur au lycée Henry IV entré en 1944 comme chargé de mission auprès de de Gaulle, il est entré chez Rothschild en 1954[7] pour quatre ans avant de revenir à la haute fonction d’Etat.

Dès 1973, il fait passer la loi dite Rothschild, justement, qui interdisait à la banque centrale française de créer de l’argent en cas de besoin, l’obligeant à emprunter sur "les marchés". Cette loi a été reprise par le droit européen qui interdit aux banques centrales nationales de faire marcher la planche à billets. Alors que les US, bien-sûr, ne s’en privent pas.

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La grande offensive néo libérale et néo conservatrice des US en France, pour diffuser leur idéologie plus en profondeur dans la société française, s’est renforcée violemment dans les années 80 et c’est bien sous les socialistes qu’on a le plus privatisé d’entreprises. On se souvient de DSK et du fameux "il n’y a pas d’alternative" au libéralisme ultra. Le TINA de Thatcher : There Is No Alternative. Repris par Rocard, DSK et compagnie, notamment.

Or des alternatives à la dérégulation complète de l’économie, la mise en coupe réglée de l’économie et de la société pour le seul profit de la finance, il y en avait et il y en a.

Puis nous avons eu Chirac qui a commencé à détruire tous les acquis sociaux, mais il y avait encore à cette époque la contrainte de l’opinion publique et des mouvements sociaux qui ont temporisé l’ampleur de la case.

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Puis sarko qui commencé à déréguler le marché du travail, a renforcé les banques et le système financier, nous replacés à 100% dans le giron de l’OTAN et de Washington. Flamby qui était déjà sous l’influence du micron, chef de cabinet puis ministre de l’économie, et enfin le micron président : on lui doit un record de vente du patrimoine industriel français depuis 2014 (ces fusions acquisitions : Lafarge, Alstom, ). Au total 15% du CAC 40 y est passé en 8 ans.

Sarko, Flamby et surtout le micron sont la preuve que l’intérêt du capitalisme passe avant celui des pays et de leurs citoyens, même s’il est contradictoire. Ils sont la preuve que nos dirigeants peuvent détruire le pays par idéologie ou par compromission (et l’un n’empêche pas l’autre).

Les banques s’en tirent toujours, c’est le contribuable qui paie : les affaires Crédit Lyonnais, Dexia (qui a coûté 6,6 milliards d’euros aux français selon un rapport de la cour des comptes paru en juillet 2013), Société Générale le montrent bien. On va y revenir dans un prochain volet de la saga.

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On assiste depuis les années 60 aux Etats-Unis, les années 80 en France, à une forte accélération de ce qu’on appelle gentiment la "dérégulation" de l’économie et surtout des règles financières, c’est-à-dire la circulation opaque des capitaux. Encore un phénomène venu des Etats-Unis, quand Reagan a réduit à néant les restes du New Deal.

Avec les paradis fiscaux, rien de plus facile que de siphonner les bénéfices d’une entreprise, puis de le planquer et de le redistribuer discrètement. Et toutes les multinationales ont des filiales dans plusieurs paradis fiscaux, combinant des services variés en matière d’opacité et d’exemptions fiscales.

Et même sans filiales off shore : nos Etats sont devenus de tels casinos que les entreprises les plus grosses, banques en tête, gagnent à tous les coups. Quand elles perdent on les renfloue, quand elles gagnent on ne les taxe pas. Et dans tous les cas elles bénéficient de cadeaux fiscaux et d’une quasi impunité judiciaire.

banques chypre evasion fiscale

Le climat est donc très favorable à la finance et à la spéculation sur les marchés boursiers, où le cours des actions grimpe au fil des plans de relance et autres mesures de quantitative easing. Avant qu’on ne nous demande de rembourser la note, comme ce fut le cas depuis 2008 et maintenant avec les pertes liées à la gestion lamentable de la crise dite "du covid".

Les milliardaires se sont encore enrichis pendant la crise du covid, dans des proportions jamais connues. Bernard Arnault passait officiellement devant Bill Gates en 2019 avec 105 milliards de dollars –déclarés. En 2021 il dépassait Jeff Bezos avec 186 milliards de $. Mais Bezos, Gates, Elon Musk, Zuckerberg et les autres se sont tous enrichis de dizaines de milliards.

"En 2007, 3 200 milliards de dollars – soit une fois et demie la production annuelle française – s’échangeaient chaque jour sur le marché des changes – contre 18 milliards au début des années 1970 – tandis que les réserves de change des banques centrales ne leur donnaient déjà plus les moyens de se défendre face à la spéculation à haut risque !

Treize années plus tard, en 2019, ce sont 6 600 milliards de dollars qui s’échangent quotidiennement sur le même marché" rappelaient Jean-Loup Izambert et Claude Janvier dans "Le virus et le Président: Enquête sur l’une des plus grandes tromperies de l'Histoire".

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Les dividendes sont un des moyens, mais hélas pas le seul, pour pomper les ressources d’une entreprise, mais c’est le seul qui permet un transfert direct de la richesse des entreprises vers les spéculateurs. "La France est le principal payeur de dividendes en Europe et, grâce aux importants dividendes extraordinaires de Natixis et d’Engie, a été le seul pays à afficher des paiements record en 2019" mentionnait l’analyse d’une firme d’audit citée dans le livre d’Izambert et Janvier.

En 2019 pas moins de 1430 milliards de dividendes ont été versés dans le monde, officiellement déclarés dont près de 64 milliards en France. C’est sans compter les primes et autres rémunérations off-shore (versées dans les paradis fiscaux et non déclarées aux Etats).

Des dividendes en augmentation, encore en 2020 et 2021 (on note la forte augmentation des dividendes versés par les industries minières), même dans des entreprises en difficulté ou censées l’être puisqu’elles licencient et délocalisent, ou bien qui déclarent des pertes en France histoire de récupérer, en plus, des crédits d’impôts.

En mai 2018 le sénateur Eric Bocquet interrogeait la micronie sur ces dividendes déjà délirants dans un contexte économique morose, et soulignait notamment que "De 2009 à 2016, sur 100 euros de bénéfices, ces entreprises ont reversé en moyenne 67,40 euros de dividendes ; 27,30 euros pour l'investissement et 5,30 euros de primes pour les salariés. La rémunération des actionnaires a progressé quatre fois plus vite que celle des salariés".

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Le ministre de l’économie lui a répondu des mois plus tard que "Le Gouvernement souhaite stimuler encore davantage l'essor de ces différents canaux de rémunération, notamment à travers le projet de loi PACTE qui prévoit plusieurs mesures en ce sens".

L’économie réelle, celle qui produit de la richesse, ne sert plus qu’à alimenter la finance. Plus de 90% des actions sont vendues sur le marché secondaire, celui des occasions, et ne créent aucune richesse réelle : c’est de l’argent numérique créé par la spéculation à court terme.

La plupart des titres ne sont aujourd’hui détenus que l’espace de quelques secondes avant d’être revendus par des ordinateurs ultra rapides. Il ne s'agit donc pas d'investissement mais de spéculation, de faire de l'argent sur rien.

Et macron, qui n’est là que pour servir ceux qui l’ont mis là, les plus gros capitalistes du pays, a tout fait pour renforcer et accélérer ce processus. Il a littéralement vendu le pays à la découpe, le laissant exsangue. "Depuis qu’il fréquenta les allées du pouvoir sous la présidence de son parrain François Hollande jusqu’à devenir ministre du gouvernement Valls, il a passé son temps, de loi en décret, à privatiser des secteurs importants de l’économie.

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Ces privatisations ont eu pour conséquences une augmentation du montant de la distribution des dividendes aux actionnaires privés et une régression du tissu économique et social français marqué par la désindustrialisation, le chômage, la précarité et une aggravation de la pauvreté. Parvenu au pouvoir, il fit mener par son Premier ministre Philippe une répression violente du mouvement social tout en multipliant les lois liberticides.

La "minorité-majorité" LREM issue des élections présidentielles et législatives de mai 2017, qui promettait de libérer les forces vives de la nation et de protéger les plus faibles, s’est surtout empressée de favoriser les attentes de la minorité des plus riches tout en aggravant la situation de la majorité du peuple. Elle a ainsi encore creusé un peu plus le fossé des inégalités sociales", résument Izambert et Janvier.

 

Le rôle-clé des paradis fiscaux, coffre-fort du capitalisme

infographie La Dépêche

Pour donner une définition des paradis fiscaux, je vais reprendre celle d’une étude de la BEM – Bordeaux Management School parue en 2008. Ils cumulent en général plusieurs de ces qualités, et l’idéal pour un évadé fiscal est de faire transiter les fonds par suffisamment de paradis fiscaux pour bénéficier de tout le panel de services et rendre son magot absolument intraçable.

  • une taxation faible ou nulle pour les non-résidents ;
  • un secret bancaire et un secret professionnel renforcés ;
  • des procédures d'enregistrement très simples ;
  • une liberté complète des mouvements de capitaux internationaux et une rapidité d'exécution ;
  • des infrastructures de haut niveau pour une technologie de l'information reliée à des centres financiers d'importance ;
  • une stabilité politique et économique essentielle ;
  • une image de marque rassurante pour les investisseurs;
  • un réseau d'accords bilatéraux (conventions avec grands pays) permettant d'éviter une double taxation des filiales d'entreprises.

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On ne va pas rentrer ici dans les détails, mais il faut remonter un peu le cours de l’Histoire. Les premières places franches recensées remontent à l'Antiquité, mais c'est avec le développement de l'empire britannique et du trafic de drogue au XIXe siècle qu'ils se sont multipliés dans les comptoirs commerciaux et ont pris une place stratégique dans l'économie capitaliste.

On notera que dans tout trafic de drogue il y a un besoin de blanchiment d’argent, qui ne peut être mené à grande échelle qu’avec la collaboration de banques et l’opacité par rapport aux Etats. Il y a un lien très étroit entre les paradis fiscaux et le trafic de drogue ou d'armes car il faut blanchir l'argent et donc passer par des paradis fiscaux avant de le faire revenir dans des banques à peu près propres ou de l'investir dans des activités légales. 

Ce n'est pas totalement un hasard si le 1er ministre des Iles Vierges britanniques -qui dépendent de l'Angleterre- a été arrêté en avril pour trafic de drogue et blanchiment avec la directrice des services portuaires. Aujourd'hui, même "monsieur tout-le-monde" a recours aux paradis fiscaux pour peu qu'il ait quelques centaines de milliers d'euros à planquer.

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L'affaire Iran Contra, ou les magouilles autour de la loge P2 et du Vatican en Italie ont aussi montré ce lien inextricable entre mafias, banques et paradis fiscaux. A la fin des années 50, le banquier de la mafia, de la loge P2 et conseiller financier du Vatican Michele Sindona a commencé par ouvrir des sociétés au Luxembourg et au Lichtenstein pour abriter les mouvements de fonds issus du trafic de drogue, le tout avec la bénédiction du Vatican et de la CIA[8].

Falco SA, créée avec l’argent de la mafia et de la CIA, couvrait ainsi tout un tas d’autres sociétés qui permettaient de faire transiter l’argent et de dissimuler sa provenance comme sa destination. Via Falco, Sindona contrôlait environ 500 sociétés, dont au moins 5 banques comme la Banque de Financement basée à Genève et la Bankhaus Wolff à Hambourg[9], sans avoir les mêmes contraintes légales que les banques puisque Falco n’en était officiellement pas une.

Sindona était aussi en relation avec une multitude de banques européennes plus ou moins regardantes dont certaines avaient pignon sur rue comme la Banque de Paris et des Pays-Bas, ou aux Etats-Unis la Franklin National Bank à New-York, dont Falco a progressivement et discrètement pris le contrôle et dont la faillite en 1974 fut retentissante, ou la Continental Illinois. Avec l’argent de ses banques, Sindona faisait aussi dans la spéculation à grande échelle sur le marché des changes.

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Il a aussi créé Moneyrex en 1964, une société de placements spéculatifs qui plaçait discrètement dans d’autres banques l’argent de riches particuliers qui ne voulaient pas payer leur part d’impôt ou dissimuler le pognon, pour des entreprises et elle faisait aussi des placements peu scrupuleux pour des banques classiques. Le tout contre 10 à 20% des montants placés, tout de même.

"Le blanchiment de l’argent sale(…) géré par un nombre très limité d’affiliés à la compétence particulière. Dès le début des années 1970 des cellules internationales de blanchiment sont placées dans des paradis fiscaux tels que Aruba, la City de Londres et la Suisse. Ce dernier pays, en particulier, est présenté par les enquêteurs comme le véritable pivot du trafic de stupéfiants grâce à la présence d’affiliés tels que Roberto Vito Palazzolo. D’autres filières du blanchiment, découvertes au cours des années 1970 et 1980, démontrent le rôle central de la loge maçonnique "P2" en tant qu’interface entre mafia, politique et économie. Un cas est établi, celui de Michele Sindona, banquier du Vatican qui recyclait l’argent sale de la faction Bontade-Badalamenti à travers ses instituts de crédit", explique Giuseppe Muti dans l’article "Mafias et trafics de drogue : le cas exemplaire de Cosa Nostra sicilienne".

2022-10-31 22_25_52-L'archevêque Paul Casimir Marcinkus lors d'un voyage du pape

Cette frénésie d’acquisitions dans les banques suivait la recommandation de son ami le cardinal US Paul Marcinckus, par ailleurs impliqué dans moult scandales financiers et autres, selon lequel le meilleur moyen de voler une banque est de l’acheter. Pour la CIA, les banques de Sindona permettaient de récupérer l’argent du trafic de drogue et de financer discrètement des opérations clandestines type Gladio[10].

L’argent de la mafia, blanchi grâce au système bancaire, a été investi dans des business légaux à travers le monde à commencer par les plus laxistes, mais l’Europe de l’ouest n’a jamais été épargnée. Voilà pour illustrer à quoi servent les paradis fiscaux et pourquoi ils sont autant protégés par nos gouvernements.

Quand il a fallu financer la guerre en Syrie, le Qatar est intervenu pour faciliter le blanchiment de l’argent des trafics opérés par les milices djihadistes sur place. En juin 2021 le Daily Mail expliquait : "Des politiciens, des hommes d'affaires, des organisations caritatives et des fonctionnaires qatariens de premier plan auraient utilisé un bureau privé appartenant à l'émir du pays et deux banques pour acheminer des centaines de millions de dollars vers le Front Nosra, une filiale d'Al-Qaïda", d’après des documents présentés lors d’une procédure lancée par des victimes syriennes des djihadistes. L’argent était extorqué par ce groupe de Qatari dans l’économie locale, mis dans des banques comme Qatar National Bank la plus grosse banque de la région, ou la Doha Bank, puis revenait en Syrie soient directement, soit via des banques turques.

2022-10-31 22_54_21-L'homme politique français Patrick Balkany, principalement connu sous

Les mallettes qui reviennent de Suisse pleines de billets ne sont pas un mythe. C’est au mieux de l’argent totalement défiscalisé, au pire de l’argent sale. Des sociétés-écrans accueillent les millions et le redistribuent à d’autres sociétés dans d’autres paradis fiscaux, pour lesquelles il n’y a pas besoin de publier les comptes ou les noms des propriétaires. Après ce petit circuit, il peut réapparaître en liquide ou dans des trusts anonymes, blanchi.

Un exemple parmi tant d’autres issu du livre "French Corruption" de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, avec le cas Balkany : "des entreprises détentrices de marchés publics à Levallois versaient des pots-de-vin via une coquille vide, la société Supo Holding, cette dernière servant en quelque sorte de "coupe-circuit". Pour blanchir les fonds, Supo aurait ensuite utilisé l’argent récolté afin de racheter au prix fort l’entreprise Réty à Patrick Balkany. La société Réty, qui avait cédé l’intégralité de son activité commerciale, fut revendue en 1994 au prix de… 1 franc par porteur de part, donc à la famille Balkany !"

Si les paradis fiscaux existent depuis le XIX e siècle par les nécessités du trafic de drogue, ils ont pris une place prépondérante dans le jeu économico-financier mondial depuis les années 70, en parallèle de la mondialisation et de nla financiarisation de l’économie dont on a parlé plus haut. En 2008, année où le système a craqué et été à deux doigts de la faillite, une étude de l’école de commerce de Bordeaux parue dans les Cahiers de la recherche [11]soulignait : "Les places offshore et paradis fiscaux ont en effet un rôle essentiel dans les stratégies d'investissement international des firmes mais aussi dans la circulation et l’utilisation des flux bancaires internationaux."

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En 2008, selon cette étude, les Iles Vierge Britanniques (là où Epstein avait son île et sa fondation) avaient davantage investi en Chine que le Japon ou les Etats-Unis, avec un PIB 12 à 20 fois moins important et une population de … 35.800 habitants.

Et cet argent venait de filiales d’entreprises multinationales des pays riches (donc chez nous) qui passaient par leurs filiales dans les paradis fiscaux pour investir sans rien déclarer ni payer d’impôts sur les bénéfices.

En 2008, la crise a montré que les banques et autres institutions financières détenaient tellement de titres pourris qu’elles étaient assises sur des montagnes de dettes. Pendant que des milliards d'actifs étaient planqués dans des paradis fiscaux.

2022-10-31 22_59_03-_Les paradis fiscaux, c'est terminé_, disait Sarkozy il y a douze ans… Sans blag

Sarkoléon avait promis de mettre fin aux paradis fiscaux qui avaient rendus exsangues les pays les plus favorisés et on a vu ce qu’on a vu. C’est-à-dire pas grand-chose puisqu’in fine pour ne plus figurer sur la liste des paradis fiscaux, il suffisait de passer des accords de transparence avec une dizaine ou une douzaine d’autres pays.

Les paradis fiscaux ont donc passé des accords entre eux et aujourd’hui il n’existe en 2022 plus que 9 paradis fiscaux sur la liste de l’Union Européenne, dont bien-sûr aucun des paradis fiscaux européens. Et à part les Iles Vierges US, aucun de ceux qui aspirent fortement l’argent de nos multinationales.

Le Luxembourg (6e paradis fiscal au mon de en volume de dépôts), la Suisse (5e paradis fiscal au monde), les Pays-Bas (4e paradis fiscal au monde), le Royaume-Uni, Jersey (8e paradis fiscal mondial), Andorre, le Lichtenstein, Malte, Chypre, l’Irlande, le Vatican, Monaco, n’y figurent pas.

Pourquoi ? Parce que "Les ministres européens, qui doivent se prononcer à l’unanimité sur les questions fiscales, ont laissé ces pays hors de la liste. Parmi les principaux arguments avancés : le fait que ces listes sont des outils destinés à faire face aux menaces externes et que tous les Etats membres respectent les trois critères choisis", nous explique la Commission européenne.

 

Les paradis fiscaux, pierre angulaire du système - donde vamos

Grâce aux paradis fiscaux, le CAC 40 paie deux fois moins d'impôts que les PME. Bizarrement, alors que sarko a joué le cow boy tout l'hiver 2008 pour terrasser lesdits paradis fiscaux, ceux-ci se portent très bien. 

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En effet, parmi les 8 critères évoqués plus haut, les Etats membres n’en ont retenu que 3 : manque de transparence, concurrence fiscale déloyale et pas du tout de lutte contre l’évasion fiscale.

2022-11-01 11_19_18-Quand l’argent s’envole aux paradis fiscaux… - Cartooning for Peace - Opera

Le système utilisé est celui des prix de transfert : une filiale en France par exemple va faire sortir les bénéfices en payant des services à des prix surgonflés à la maison-mère ou à une autre filiale implantée dans un paradis fiscal. En revanche, en France on aura tout intérêt à déclarer des pertes pour récupérer un maximum de crédit d’impôts : c’est comme cela par exemple que Total n’a pas payé d’impôst en 2020 et 2021 en France, tout en affichant des profits record au niveau mondial et en versant des dividendes records.

"Comme de nombreuses autres entreprises multinationales du CAC40, TotalEnergies recourt à des pratiques d’optimisation fiscale afin de ne déclarer chaque année que des bénéfices négatifs, nuls ou faibles en France afin d’y limiter son imposition" notait sobrement Bastamag dans un article du 28 juillet 2022. Cela fait en effet 20 ans que ça dure, et le système traverse les crises dans bouger.

Selon l’étude de BEM –Bordeaux Management School, "l’utilisation, par les agents économiques américains des paradis fiscaux, aurait fait perdre 53 milliards de dollars de recettes fiscales au budget américain en 2001, un montant en forte croissance par rapport à 1998 (35,7 milliards). Et dans un sondage réalisé par le cabinet Ernst & Young fin 2005 auprès de 476 [multinationales] réparties dans 22 pays, pour 77% d'entre elle, les "stratégies de prix de transfert" qui leur permettent de réduire leur charge fiscale et d’augmenter leurs bénéfices grâce aux paradis fiscaux, auraient été au centre de leurs politiques fiscales pour 2006-2007"[12].

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Il ne faut donc pas s’étonner qu’en France, le poids du fonctionnement de l’Etat soit toujours davantage payé par les ménages, toujours moins par les entreprises. Le coût de ces paradis fiscaux est énorme pour les finances publiques sans compter qu’en plus ces entreprises réclament des baisses d’impôts et des subventions à n’en plus finir.

En 2005 "Aux Etats-Unis, le coût atteint près de 350 milliards de dollars par an, soit plus de 10%des recettes publiques totales", précisait encore l’étude de BEM.

Où en est-on aujourd’hui en termes de poids des paradis fiscaux ?

Un rapport de 2022 de l’Institut de Recherches Economiques et Sociales[13] montrait qu’avec le covid, les aides aux entreprises ont encore augmenté, et leur contribution au budget de l’Etat a encore chuté. En 2019, l’Etat versait déjà 157 milliards d’aides par an aux entreprises.

Mais… où va tout cet argent, aspiré des comptes publics ?

aides fiscales

En novembre 2021, la directive sur la transparence fiscale préparée au Parlement européen a été vidée de sa substance, permettant aux multinationales de continuer gaiement avec leurs filiales dans les paradis fiscaux et leurs prix de transfert. L’heure est donc toujours à faciliter la soustraction des richesses produites dans les Etats.

Les affaires Lux Leax, Panama Papers, Paradise Papers, Cum Ex, Swiss Leaks etc. ont montré que rien n’a changé depuis 2008 (d’ailleurs on attend toujours la liste des fraudeurs) et que les multinationales, en premier lieu les banques, possèdent toujours des dizaines de filiales dans divers paradis fiscaux (qu’ils soient ou non parmi les 9 paradis fiscaux officiels de l’Europe). Toutes les multinationales mangent à ce râtelier.

Selon un article du Monde du 11 février 2021 au sujet de l’affaire OpenLux, "Les trois quarts des groupes tricolores cotés en France sont présents au Grand-Duché, à travers près de 170 filiales, souvent consacrées à une ingénierie financière complexe", et ces filiales y ont une "activité financière" à 59%, et d’assurance à 13%. BNP Paribas, par exemple, possédait 25 filiales rien qu’au Luxembourg.

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BNP Paribas qui possédait toujours plus de 170 filiales dans des paradis fiscaux en 2016, et qui avec la Société Général et le Crédit Agricole, ont été prises la main dans le sac à détourner de l’argent en Allemagne, en France et ailleurs, à coups de milliards comme il se doit[14]. L’affaire a été qualifiée par certains de "plus gros braquage fiscal de l’histoire", à hauteur de 150 milliards d’euros en 20 ans d’après les chiffres officiels.

En 2017, le journaliste économique Christian Chavagneux écrivait [15]: "Les paradis fiscaux sont devenus une infrastructure clé de la circulation des flux financiers internationaux. Les grandes banques du monde entier, françaises incluses, sont aujourd’hui dépendantes de ces territoires. Elles y organisent de fructueuses stratégies d’optimisation fiscale agressive, pour elles-mêmes et leurs clients. Mais leur présence dans ces centres offshore va au-delà des questions fiscales : elle accroît l’instabilité financière internationale".

L’Observatoire européen de la fiscalité estimait dans un rapport de 2021 qu’environ 20% des bénéfices des grandes banques européennes sont nichés dans des paradis fiscaux, en 1er lieu le Luxembourg. Une autre étude de la revue Projet et du CCFD Terre Solidaire de 2013 estimait que les multinationales européennes possédaient 5848 filiales dans des paradis fiscaux, pour un détournement d’environ 1000 milliards par an des caisses des Etats européens –et autant pour les pays défavorisés.

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Et nos dirigeants ne trouvent rien à y redire, ou si peu. Pas comme quand il s’agit de s’en prendre aux chômeurs qui vivent dans l’opulence avec leurs indemnités royales de 50% du salaire.

Il est cependant difficile de chiffrer l’ampleur de l’évasion fiscale, et les estimations varient. Pour CCFD Terre Solidaire elle coûterait 427 milliards de dollars par an aux Etats, ce qui semble peu si on réunit les entreprises et les particuliers. Et selon l’étude, "Les paradis fiscaux liés au Royaume Uni (dépendances de la Couronne et territoires d’Outre Mer), les Pays-Bas, le Luxembourg et la Suisse sont responsables de 47% des pertes dues à l’évasion fiscale des entreprises, d’après ces nouveaux calculs", tandis que les pays les plus durement touchés par l’évasion fiscale, là où elle est la plus importante, sont les pays défavorisés.

Le syndicat Solidaires Finances Publiques estime selon une étude de novembre 2021 que pour la France seulement, la fraude s’élève à 80 à 100 milliards d’euros par an, somme qui semble plus réaliste.

Une étude de l’université de Copenhague parue en 2017 montrait que les multinationales européennes hébergeaient environ 35 % de leurs profits dans les paradis fiscaux, une augmentation forte ces dernières années[16]. Ce qui représente 20% de pertes des revenus de l’Etat issus des impôts sur les entreprises. L’économiste Gabriel Zuckman estimait en 2017 que 40% des bénéfices des multinationales étaient délocalisés dans les paradis fiscaux.

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Et ces bénéfices envoyés dans les paradis fiscaux pour des services dont 1/3 semblent totalement fictifs, ont aussi disparu des rapports financiers annuels que les entreprises cotées doivent rendre aux autorités.

Pendant ce temps, les bénéfices explosent, et les dividendes avec : c’est ce qu’on pourrait appeler la pompe qui permet de siphonner la richesse produite par ces mêmes entreprises, avec notre argent de consommateurs et de contribuables. En 2021 le CAC 40 (les 40 plus grosses multinationales françaises cotées en bourse) affichait 160 milliards d’euros de bénéfices, le double par rapport à 2019 (82 milliards). Oui nous parlons bien de cette période de crise permanente où la micronie n’a cessé de réduire les dépenses sociales et d’augmenter les aides aux grosses entreprises, aux start-ups et aux milliardaires.

En 2021, ces mêmes entreprises du CAC 40 ont versé 57 milliards d’euros de dividendes à leurs actionnaires, un montant record comme on l’a vu, malgré « la crise ».


Siphonage de la richesse des Etats et des populations par la finance, ou le ruissellement vers le haut - donde vamos

Aujourd'hui, on va voir comment les populations du monde entier sont spoliées d'une grande partie de leurs richesses et pourquoi ce phénomène, si l'on ne fait rien, va s'accélérer. Quelques fonds spéculatifs sont actionnaires des banques, des multinationales côtées en bourse, des organismes de contrôle.

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La question désormais est : comment sortir de cette nasse? Comment reprendre les commandes de l'économie au niveau national et international, en sortant du schéma d'accumulation capitaliste qui mène à la destruction de tout. C'est pour cela qu'il est important de comprendre les mécanismes de ce systsème, comment et dans quels intérêts ils ont été mis en place. Maintenant il faut déconstruire cette doxa et imaginer des systèmes cohérents capables de coexister. 
L'accumulation est arrivée à unt tel point que les spéculateurs ne savent plus comment tirer leurs 5, 10 % de gains annuels : alors on nous créé une guerre, on nous créé une crise énergétique, et quoi encore derrière? Le plan a été dessiné: monnaie numérique, grande réinitialisation, revenu universel conditionné à un comportement léthargique, métavers, contrôle numérique. 
Nous n'en voulons pas mais beaucoup d'entre nous ne se rendent pas compte du programme, qui pourtant est annoncé urbi et orbi par ces mondialistes déglingués. Pour imaginer la suite, il faut comprendre à quel point la société actuelle est vérolée.


[1] Le Goldman Sachs Commodity Index.

[2] Cf. « Transevolution, the coming age of human destruction ».

[3] Cf. Duff McDonald « The firm : the story of McKinsey and its secret influence on American Business », 2013.

[4] Dans l’article « La proximité des réseaux d’extrême-droite et des élites internationales ».

[5] Cf. « The Skorzeny Papers: Evidence for the Plot to Kill JFK » de Ralph P. Ganis.

[6] Cf. « Operation Gladio. The unholy alliance between the Vatican, the CIA and the mafia » de Paul E. Williams.

[7] C’est René Fillon, ex trésorier du RPF et directeur général de la banque Rothschild, qui lui a trouvé un poste comme directeur général basé à New York. En 1958 il s’est mis en disponibilité de chez Rothschild pour revenir à la politique en même temps que de Gaulle dont il est devenu directeur de cabinet, puis est retourné chez Rothschild, avant de de devenir premier ministre en 1962.

[8] Cf. « Operation Gladio. The unholy alliance between the Vatican, the CIA and the mafia » de Paul E. Williams.

[9] Cf. « The Failure of the Franklin National Bank: Challenge to the International Banking System » de Joan Edelman Spero.

[10] Cf. « Operation Gladio. The unholy alliance between the Vatican, the CIA and the mafia » de Paul E. Williams.

[11] Cahiers de recherche - Working paper « L’entreprise et ses menaces économiques en 2008 : une tentative de bilan ».

[12] Quant aux raisons invoquées de cette présence dans les paradis fiscaux, les dirigeants de multinationales en avançaient plusieurs : « réduire leur imposition ; échapper à des contraintes règlementaires ; dissimuler un niveau élevé d'endettement et présenter ainsi des comptes artificiellement assainis (pour leurs actionnaires et investisseurs potentiels) ; s'assurer sur un marché captif »

[13] « Un capitalisme sous perfusion. Mesure, théories et effets macroéconomiques des aides publiques aux entreprises françaises » (octobre 2022) par Aïmane ABDELSALAM,Florian BOTTE, Laurent CORDONNIER, Thomas DALLERY, Vincent DUWICQUET, Jordan MELMIES, Simon NADEL, Franck VAN DE VELDE, Loïck TANGE

[14] C’est l’affaire CumEx, un détournement massif réalisé en vendant des actions juste avant la date de versement des dividendes, et à la racheter juste après pour dire au fisc qu’on n’était pas propriétaire de l’action et qu’on n’a pas touché les dividendes, puis de demander des crédits d’impôts au fisc. Pour cela, il fallait que le pays où l’action est vendue et celui où elle est achetée aient un accord appelé Arbitrage de dividendes. Cela a pu se produire parce qu’on a réduit les contrôles à zéro ou presque, en fonction du principe bien connu de l’autorégulation censée rendre le business plus attractif.

[15] CHAVAGNEUX Christian, « Sortir les banques des paradis fiscaux », Revue d'économie financière, 2017/4 (N° 128), p. 197-206. DOI : 10.3917/ecofi.128.0197. URL : https://www.cairn.info/revue-d-economie-financiere-2017-4-page-197.htm

[16] Cf Tørsløv, T. R., Wier, L., & Zucman, G. (2017). €600 Billion and Counting: Why High-Tax Countries Let Tax Havens Flourish.

29 octobre 2022

3e Podcast: Réflexion autour des contrats de von der Leyen

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Voilà mon 3e Podcast: Un petit tour des procédures en cours en Europe pour savoir comment von der Leyen a négocié, en direct avec Albert Bourla le PDG de Pfizer, le plus gros contrat d'injections anti covid, à l'été 2021. Une négociation opaque par SMS, sur lesquels personne n'arrive à mettre la main.

 

Là-dessus, Pfizer confirme que son produit n'a jamais été testé au niveau de la transmission du virus, seulement sur la gravité du covid.

Tout cela se passe entre soi. Un exemple est la remise du prix de l'Atlantic Council par von der Leyen à Bourla l'année dernière. Elle-même avait d'ailleurs reçu le prix de l’Atlantic Council en 2021 en tant que "citoyenne européenne et transatlantique" de l’année, et avait aussi donné le prix de l’Atlantic Council du meilleur businessman de l’année à "son cher" Albert Bourla.

Ces deux-là sont donc en train de "construire le futur mondial ensemble", puisque c’est la "mission" de ce lobby atlantiste créé en 1961 pour diffuser le modèle américain à travers le monde.

C’était quelques mois après avoir court-circuité au moins une fois les instances européennes qui auraient du négocier ce type de contrats, comme le comité de pilotage et un obscur groupe dédié, pour le 3e contrat passé avec Pfizer, qui a permis 

Et tout cela pose pas mal de questions. Je vous propose d'y réfléchir quelques minutes!

 

 

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13 octobre 2022

La justice, victime ou complice des pères maltraitants et de leur harcèlement ?

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Voici un cas d’école de la manière dont la "justice" peut considérer comme dangereuse une maman sans que rien ne vienne le démontrer, et comme parfait un père au comportement clairement abusif. Il n’est pas question de violences sexuelles dans l’affaire de Sophie, 9 ans aujourd’hui, mais si c’était le cas sa maman ne le saurait pas : elle ne peut voir sa fille qu’1 heure tous les 15 jours, dans le cadre de visites médiatisées.

Prochaine audience devant le juge aux affaires familiales le 19 octobre: le père réclame la garde de la fillette et la réduction des rencontres mère-fille à 1 heure par mois.

 

Dans cette affaire comme dans tant d’autres, la parole du géniteur est considérée comme la Vérité par la plupart des magistrats qui sont intervenus dans ce dossier, principalement le juge aux affaires familiales. Devant lequel la maman, D., doit comparaître ce 19 octobre à Strasbourg.

 

Quand la justice devient l'instrument du harcèlement

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Nous avons là un "père" qui ne s’est jamais occupé de sa fille jusqu’à ce qu’il décide d’en récupérer la garde pour nuire à la maman qui avait osé le quitter. Et qui depuis miltiplie les plaintes pour non représentation, et réclame la garde de sa fille, puis aujourd’hui la résidence, par tous les moyens.

Le profil ? Un individu qui ne pense qu’à lui, qui ne s’est jamais impliqué dans l’éducation de sa fille, qui n’hésite pas à inventer des histoires ubuesques dans ses innombrables procédures qui pourtant sont prises très au sérieux par les juges.

On connaît ce profil dans les dossiers que je traite habituellement, avec ces types capables de pleurer sur commande devant les juges, de se mettre les sévices sociaux et le point rencontre dans la poche, et in fine de manipuler quasiment tout le monde. La condition de ce cirque, c’est juste le silence des enfants : il faut les faire taire, il faut qu’ils ne parlent pas.

C’est le sentiment qu’on a en relisant la chronologie de cette affaire. Dès la "rencontre", qui en fait était une forme de harcèlement si l’on considère froidement les choses, la relation était toxique. Mais quand elle s’est décidée à partir, D. est tombée enceinte de la petite Sophie, en 2013. Et bien-sûr, comme dans tous ces dossiers, les violences de l’individu contre D., bien qu'il n'y a jamais eu de "vie commune", n’ont pas cessé et Sophie en a été le témoin.

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Il faut aussi noter dans cette histoire que les parents de l’individu fonctionnent de la même manière : désintérêt total pour la mère et l’enfant, tout en étant particulièrement intrusifs.

Comme il ne vivait pas avec l'enfant, il a rapidement demandé une garde alternée : sa fille avait 9 mois et était encore allaitée. Le juge aux affaires familiales a heureusement refusé cette fois-là, mais il a obtenu un "droit de visite progressif" et a enchaîné les procédures depuis cette date pour récupérer l’enfant, ce qu’il a réussi à faire en mars 2021 quand elle lui a été confiée "provisoirement" au motif que la maman est considérée comme nuisible à sa fille.

Par exemple quand l’enfant a eu 2 ans et demi, il a lancé une nouvelle procédure devant le juge des enfants, arguant apparemment de mauvais traitements de la maman.

Dans la foulée il a commencé à porter plainte pour non-représentation d’enfant. On en cumule 11 aujourd’hui, et heureusement pour 8 d’entre elles la maman avait pu avoir un témoin avec elle, qui démontre qu’il n’y a jamais eu de non-représentation. ELle a donc pu obtenir 8 classements sans suite, mais a été gratifiée d'un rappel à la loi pour les 3 autres.

placements abusifs sud ouest

Il a obtenu des visites médiatisées auxquelles sa fille alors âgée de 3 ans et demi ne voulait pas se rendre, d’autant qu’elle a évoqué des coups de son "père" lors de la première, puis des droits de visite et d’hébergement quand elle a eu 5 ans.

Puis une assistance éducative est mise en place pour "observer" le comportement de Sophie, accusée d’être "dangereuse" pour sa fille par l’individu, et à partir de là tout est allé de travers, et on se demande où est la cohérence dans les décisions rendues par cette justice, elle-même rendue au nom du peuple français.

Bref, l’assistance éducative a conclu que Sophie était victime de sa mère sans qu’on sache bien pourquoi, une histoire de conflit parental dont D. serait, selon les sévices sociaux, la seule responsable.

Puis, l’individu a demandé une pension alimentaire (il a été débouté), et en 2021 il a réussi, grâce à un nouveau juge des enfants, à obtenir le placement de Sophie chez lui de manière "temporaire", grâce à divers témoignages disant que D. est dangereuse pour sa fille alors que le dossier mentionne des maltraitances du géniteur envers l’enfants mais pas le contraire. 

Dès le début, la maman a eu droit à des intervenants à charge :

  • enfant seul pixabay

    Le psy qui voit Sophie à l’âge de 3 ou 4 ans et lui dit d’emblée qu’un papa c’est « très important »

  • Les éducateurs du point rencontre qui prennent toujours des décisions en faveur de l’individu, qui n’entendent jamais quand Sophie dit qu’elle veut voir sa maman et pas lui,

  • Une des éducatrices qui se promène souvent avec l’individu hors du contexte professionnel mais rédige des rapports contre D.

  • Le responsable du point rencontre qui va jusqu’à rédiger une attestation en faveur du père alors qu’ils sont censés rester neutres, déclarant qu’ils ont incité l’individu à saisir le juge des enfants car D. serait folle et Sophie serait donc en danger. Une déclaration sans aucun fondement puisque D. a des certificats disant exactement le contraire, mais dont les effets nocifs se font toujours sentir dans cette procédure. On y accuse aussi D. d’avoir porté plainte contre le père, ce qu’elle ne fera que 5 jours plus tard… un des mystères de ce dossier.

  • Aucun dossier n’a été réalisé au point rencontre concernant Sophie, qui y est suivie depuis des années, d’abord pour voir son géniteur, puis sa mère. Tout est basé sur les dires des éducateurs et de l’individu. 

 

Complicité ou aveuglement ?

protection de l'enfance

Depuis qu’il a obtenu la garde de Sophie, qui n’est même pas une garde alternée, le nouvel objectif semble être d’éliminer totalement D. de la vie de sa fille qu’elle ne voit pourtant qu’en visites médiatisées depuis 1 ans et demi. La fillette ne semble pas aller bien du tout, elle est très souvent malade, maigrit, a même été hospitalisée faute de soins à temps. Elle manifeste dès qu’elle le peut son envie de retourner vivre chez sa mère "comme avant".

D. a évidemment porté plainte mais cela n’a pas empêché le renouvellement du placement chez le géniteur en mars 2022 alors que D. n’a jamais eu le loisir de rencontrer l’éducateur chargé du dossier en un an – ce qui n’a pas empêché un nouveau rapport à charge. 

placements enfants

Le fameux SAP, le syndrome d’aliénation parental, invention d’un pédocriminel, Richard Gardner, qui a utilisé cette invention pour défendre ses congénères dans les tribunaux et auprès de l’opinion publique. Ce SAP n’existe toujours pas dans la liste des maladies mentale, pourtant particulièrement extensive.

Il n’a pas le droit d’être utilisé en justice puisque c’est un truc qui est totalement bidon, et la résolution du Parlement Européen du 06 octobre 2021 portant sur les violences faites aux femmes et aux enfants dans le cadre du droit de garde, article 41 l’a encore confirmé. Mais on nous parle de mère "trop fusionnelle" ou de "conflit de loyauté" décelé par une obscure éducatrice chez Sophie.

A ce jour, aucun danger réel de la part de la maman de Sophie n'a été prouvé, au contraire, les rapports d'expertise psychiatriques établis à la demande des services sociaux en juin 2018 (un comble puisque les services sociaux voulaient prouver l'incompétence de la maman...) établissent l'inverse. La maman de Sophie est en totale capacité de s'occuper de son enfant.

A l’audience du 19 octobre (en réalité elle était rpévue le 12 mais été annulée une heure avant l'audience par l'avocate de la partie adverse), l’individu réclame la résidence complète de Sophie et la réduction des visites médiatisées à 1 h par mois.


Nous reviendrons sur cette affaire.

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09 octobre 2022

Magouilles et corruption des élites - Partie 16 : Pillage économique des nations et domination par les lobbys

Gilets Jaunes police 2

Continuons notre saga "Magouilles et corruption des élites", avec un focus sur la mainmise du capitalisme anglo-saxon sur les choix stratégiques européens. Mainmise qui est le fruit d'un long travail d'infiltration, par les fondations capitalistes anglaises et US, et de la création d'une forme de pensée unique en matière économique. Au final, les dindons de la farce sont les peuples dont les richesses sont littéralement pillées par ces mêmes capitalistes.

 

Cette partie sera peut-être moins exhaustive que les autres, mais le sujet est vaste et l'idée est plutôt de mettre en évidence certains mécanismes. 

Pour s'y retrouver dans ce dossier, voici le plan:

I. La 2e Guerre Mondiale, oeuvre du fascisme financier.

II. Le sabotage de la dénazification.

III. Recyclage des Nazis et Collabos dans les nouvelles structures: 

  1. Les services sercets
  2. La banque et l'industrie
  3. La politique et les syndicats
  4. Le monde universitaire
  5. Les médias et la culture
  6. La justice

IV. La création de l'Europe, un monstre sans tête au service du fascisme financier

  1. Le cas Jean Monnet, sbire du capital anglais et US
  2. Avant l’Europe, ou la mise en place du piège européen
  3. Les peuples immobilisés dans les sables mouvants européens

V.  Une Europe fasciste déguisée en démocratie :

A. Stratégie de la tension

  1. Angleterre, Suisse, Italie
  2. France
  3. Belgique
  4. Espagne et Portugal
  5. Allemagne
  6. Les suites du Gladio 

B.  Le pillage économique des nations 

  1. Domination par les lobbys

 

Domination par les lobbys atlantistes

Les deux guerres mondiales ont été en grande partie le fruit du travail des milieux financiers, comme l’ont expliqué nombre d’historiens en particulier anglophones. Ces milieux financiers dépassent les frontières, et on a vu que les financiers US de Wall Street avaient de nombreux intérêts en Allemagne depuis le début du XXe siècle. L’Allemagne Nazie avait d’ailleurs un plan pour dominer le monde par l’économie à partir d’une Europe ultra centralisée autour d’elle.

Si l’Europe qu’on subit est bien centralisée sur l’Allemagne, la domination économique mondiale est aujourd’hui celle du grand capital US et anglais.

 

Une nébuleuse de clubs élitistes

Les pressions économiques ont beaucoup contribué au succès des Nazis dans la conquête des différents pays. "Dans tous les pays, des contacts ont été établis avec des industriels et entrepreneurs sympathisants" et des avantages avaient été promis en échange d’une collaboration pleine et entière [1].

Allen Dulles Time

Wall Street a été le vrai gagnant de la guerre et évidemment de l’après-guerre. Dès 1942, Allen Dulles a été nommé chef de l’OSS (Office of Strategic Services) pour l’Europe et a choisi de s’installer à Berne. Ce QG est vite devenu "les yeux et les oreilles de l’OSS en Europe", comme le confirme un rapport historique de la CIA de 2003. Des contacts avec les résistances des pays occupés comme avec les Nazis ont été pris immédiatement.

C'était un fervent défenseur du nouvel ordre mondial version Wall Steet, même s'il était consient qu'il fallait d'abord une propagande massive vers les populations pour avoir une chance d'y parvenir: "Rien ne permet de penser que l'opinion publique américaine, par exemple, approuverait la l'établissement d'un super-État, ou permettrait aux Américains d'en faire partie. En d'autres termes, il faudra du temps - beaucoup de temps - avant qu'un gouvernement mondial soit politiquement réalisable..... Un temps qui pourrait apparemment être raccourci, en ce qui concerne l'opinion américaine, par une campagne de propagande active", a-t-il écrit en 1946 dans l'article "The United Nations" par dans la revue "Foreign Policy". 

Et il avait décidé d'appliquer son programme quelle que soit la volonté du Congrès ou même du gouvernement. Pour cela, il a rendu la CIA presque autonome des institutions politiques, qui parfois posent des questions: de nombreuses affaires l'ont montré, dont MK-Ultra sur laquelle on reviendra n'est pas la moindre.

DULLES TV

Dulles, fils d’un pasteur jésuite et dont le profil est clairement celui d’un psychopathe, a choisi Berne "parce que la capitale suisse était le centre d'intrigues financières et politiques en temps de guerre. Berne était un bazar d'espionnage, grouillant d'espions, d'agents doubles, d'informateurs et de colporteurs de secrets. Et, comme Dulles le savait, la Suisse était un refuge financier pour la machine de guerre nazie", résume David Talbot dans "The Devils Chessboard Allen Dulles, the CIA, and the Rise of Americas Secret Government".

Et Allen Dulles connaissait bien les principaux acteurs de la place financière Suisse, puisqu’il avait travaillé pour eux ou avec eux chez Sullivan & Cromwell.

Avec son frère John Foster, Allen Dulles a été associé du cabinet d’avocats d’affaires Dulles, Sullivan & Cromwell (dans lequel a aussi travaillé Christine Lagarde avant que sarkoléon ne nous l’inflige comme ministre de l’économie et des finances puis qu’elle dirige le FMI et la BCE), qui représentait de grosses firmes et banques de Wall Street, dont de nombreuses avaient des actifs dans l’industrie Allemande.

JFK Dulles

La firme représentait également des industries allemandes comme Merck ou IG Farben qui jouait un rôle-clé dans l’effort de guerre du Reich et que Foster Dulles a représentée. Le cabinet a été très actif dans la reconstruction de l’Allemagne après la 1ère guerre au moment où les frères Dulles y travaillaient, et John Foster était mouillé jusqu’au cou dans la finance nazie[2].

Comme ses amis financiers de Wall Street, Dulles a longtemps été pro nazis, était antisémite, anticommuniste. Et à Berne, cet individu dont Roosevelt puis Trumann se méfiaient comme de la peste, a continué à défendre les intérêts de ses clients de chez Sullivan & Cromwell.

Annie Lacroix-Riz rappelle dans "La non épuration en France" que "Dulles occupait l’essentiel de son temps à préparer avec ses amis et vieux partenaires d’affaires hitlériens le Reich du futur, pivot des plans américains pour l’Europe" et en France, lieu stratégique du débarquement, "Il finança très généreusement depuis le printemps 1943, pas seulement contre les communistes, contre de Gaulle aussi, la gauche anticommuniste et les vichysto-collaborationnistes", ces gens prêts à se retourner une fois de plus, contre l’Allemagne en cette fin de guerre, s’ils y voyaient leur intérêt.

Siege Banque des reglements internationaux

Il est clair que l’ordre économique européen devait rester le même après la guerre que pendant le régime nazi.

La Banque des Règlements Internationaux créée à Bâle en 1930 [3] dont pas moins de 5 directeurs du temps de la guerre ont été poursuivis pour crimes de guerre, le système de Bretton Woods, la Banque mondiale, le FMI créés en 1945 ont servi à mettre en place un ordre monétaire et économique mondial.

Du côté européen, on a vu dans le chapitre sur la construction européenne à quel point celle-ci a été faite pour répondre aux besoins du capitalisme US, avec l’aide de relais totalement inféodés à Washington comme Jean Monnet, l’ex collabo Antoine Pinay, Guy Mollet ou René Pleven côté français, ou les lobbyistes du Bilderberg dont Pinay et Pleven ont d’ailleurs été parmi les membres fondateurs.

 

Domination US par les lobbys

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1945 a marqué le début de ce qu’on appellera peut-être plus tard l’ère de la domination des actionnaires. Les choses se sont mises en place progressivement au niveau mondial et européen grâce à un lobbying massif de la part des multinationales et des milieux financiers, en particulier anglo-saxons, appuyés par ces fondations. 

Le travail de "soft power" avait déjà commencé depuis le début du XXe siècle, avec la multiplication des "fondations" de capitalistes –la première étant celle du magnat de l’acier Andrew Carnegie- et autres organisations non gouvernementales qui ont propagé la bonne parole auprès des élites politiques et intellectuelles qu’elles ont largement contribué à sélectionner.

Au départ, ce soft power a beaucoup milité pour "la paix", parce que l’antimilitarisme est un concept très acceptable comme l’est aujourd’hui l’écologie. Mais il s’agit en fait d’un emballage : comme avec des poupées gigognes, l’idéologie qui apparaît en premier dissimule d’autres idéologies, d’autres objectifs.

A mesure que les fondations ont pérennisé leurs activités et leurs relations politiques au niveau international, elles sont devenues plus agressives et ont envahi d’autres champs : éducation, comportements sociaux, développement du business. Petit à petit, ces fondations, tout comme divers lobbys capitalistes, se sont emparés de l’organisation de la société toute entière, au niveau national comme international.

"Tout au long de leur histoire, les Fondations ont été tour à tour ou en même temps initiatrices, partenaires et outils des politiques gouvernementales, qu’il s’agisse des gouvernements américains (au niveau fédéral, des états, des comtés et des villes), ou bien des gouvernements des pays étrangers dans lesquels elles développèrent leur action", explique Pierre-Yves Saunier dans l’article "Administrer le monde ? Les fondations philanthropiques états-uniennes et la Public Administration, 1930-1960".

Reconstruction TERRA

On l’a vu, depuis la fin de la guerre, les Américains mettent franchement leur nez dans la politique nationale en France et en Europe en général. Le plan Marshall qui a jeté les bases de la concurrence libre et non faussée et d’une organisation supra nationale dotée d’importants pouvoir économiques, a servi à mettre le pied dans la porte. Il n’y avait plus qu’à l’ouvrir grand. Mais depuis le début du XXe siècle, on a assisté à l’émergence d’une sorte d’élite "internationale" censée être apte à diriger nos sociétés.

Cette élite cooptée par les ONG et fondations construit les idéologies dominantes et se charge de les mettre ensuite en application, aussi branlantes et contre-productives soient-elles. Les organisations dites "philanthropiques", appartenant toutes à des industriels ou banquiers, ont décidé au début du XXe siècle d’investir en premier lieu dans l’enseignement supérieur, mais ce processus a été initié dès la fin du XIXe aux Etats-Unis, d’abord dans la "médecine" [4].

La phase d’internationalisation a suivi, renforcée à chaque guerre mondiale grâce au volet "humanitaire" de leur intervention. Cette internationalisation est similaire à la création d’une nouvelle religion internationale, comme le disait HG Wells qui savait de quoi il parlait puisqu’il était membre de la Fabian Society et appelait déjà à constituer un "gouvernement mondial", il s’agissait de créer "un monde politiquement, socialement et économiquement unifié"[5].

Wells ajoutait : "il est impossible de penser que le monde est sûr et satisfaisant tant qu'il n'existe pas un seul bien commun mondial, empêchant la guerre et contrôlant les forces morales, biologiques et économiques et les gaspillages qui autrement conduisent à des guerres. Et les contrôler dans le sens où la science et la réalisation de l’homme, et le contrôle de ses pouvoirs et de ses possibilités augmentent continuellement". Car il faut noter que le déploiement du capitalisme anglo saxon répond parfaitement aux visées eugénistes de HG Wells et de cette élite anglo saxonne.

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Pour étendre ce pouvoir sur le monde, les capitalistes américains et anglais ont créé une toile d’araignée qui enserre aujourd’hui le monde entier, constituée de fondations "philanthropiques" et ONG militant dans l’intérêt de la finance et du capitalisme anglo saxon dans tous les domaines : santé, démocratie, éducation, recherche, politique, sport, syndicalisme, environnement, médias … Celles-ci ont financé des instituts, groupes de recherche, publications et autres travaux allant toujours dans ce même sens des intérêts capitalistes anglo saxons.

"On nous appelle l’Internationale des Conservateurs", déclarait le vice-président du Bundestag Richard Jaeger en 1973, lors de l’ouverture du 22e congrès annuel du Centre de documentation et d’information (CEDI dont on a déjà parlé dans le stay-behind en France), "(…) Nous sommes un mouvement qui s’est fixé comme objectif l’unité de notre continent", cela "sur une base chrétienne". Et d’ajouter que "Notre but est l’unification de toute l’Europe, libérée du communisme"[6].

C’est surtout avec la fondation Rockefeller créée en 1913 qu’a vraiment émergé cette "diplomatie philanthropique" dont parle Ludovic Tournès dans "L’argent de l’influence. Les fondations américaines et leurs réseaux européens"[7].

L’objectif poursuivi par la fondation Rockefeller était de mobiliser "l’ensemble des savoirs scientifiques (sciences de la nature et sciences sociales) pour établir une science totale de l’homme permettant de gérer les comportements individuels et collectifs. Autrement dit, créer non seulement un homme nouveau, mais également une société rationnelle gouvernée par la science"[8].

Hanry Ford 2

Puis le fabricant de voitures Henry Ford a créé sa fondation en 1936, avec l’objectif de modeler le monde selon son idéologie fasciste. Comme on l’a vu, les subventions sont tombées sur les universités, institutions, publications orthodoxes.

Des étudiants triés sur le volet se sont vu payer des séjours de découverte ou des années d’études aux Etats-Unis, avec l’argent des fondations principalement.

Ces fondations, ainsi que celles qui sont apparues plus récemment comme celles de Soros, Gates etc. présentent une série de points communs :

  • TV pub

    La promotion d’un modèle de société basé sur la libre entreprise, avec des notions de paix et de démocratie made in USA.
  • Elles s’appuient sur les "sachants", intellectuels.
  • Une action à l’échelle mondiale,
  • Une action complémentaire à celle de l’Etat américain. D’ailleurs, des présidents des Etats-Unis sont passés par les conseils d’administration de fondations comme Woodrow Wilson ou William Howard Taft, et les fondations employaient beaucoup d’anciens conseillers politiques ou officiels de la CIA par exemple.
  • Elles créent des réseaux ou s’insèrent dans les réseaux existants, notamment celui des organisations internationales : elles financent des projets de l’ONU, de l’OMS, de la Banque Mondiale…

Un rapport de l’ambassade US intitulé "Programme international d’échanges éducatifs" expliquait en 1956 que "Si les relations belgo-américaines sont demeurées stables dans un monde qui ne l’était pas, si la Belgique a constamment apporté son soutien aux objectifs de la politique étrangère américaine, si des problèmes délicats ont pu être dénoués dans un climat amical, nous pouvons en attribuer les résultats, en partie au moins, à la connaissance qu’ont les dirigeants belges des Etats-Unis et à la confiance qu’ils nous portent à la suite de leur séjour de formation dans nos universités"[9].

Ces fondations, qu'on peut qualifier de lobbys transnationaux, "se situent au cœur de l’organisation politique du capitalisme à l’échelle mondiale. Ils contribuent à identifier des problèmes, à leur opposer un langage commun, à clarifier les lignes de forces dans lesquelles ils se situent – et plus prosaïquement, ils constituent un lieu privilégié pour négocier des dossiers de toutes sortes", explique le sociologue Jean-Christophe Graz dans l'article "Qui gouverne ? Le Forum de Davos et le pouvoir informel des clubs d'élites transnationales". 

Une sélection de politiques orthodoxes

de gaulle nixon

En France comme ailleurs, les US ont pris soin de repérer les politiciens qui leur seraient favorables, et de s’assurer que le pouvoir suprême ne risque pas de tomber entre des mains trop à gauche. De Gaulle soi-même est revenu au pouvoir en 1958 par un coup d’Etat, avec l’accord des US [10] : il les avait rassurés quant à la préservation de leurs intérêts en France, l’adhésion de la France à l’OTAN, au marché commun et à l’Europe, etc.. Mais très vite les US ont compris qu’il prendrait des libertés avec ces promesses.

Quand il s’est montré trop éloigné des vues américaines au début des années 60, les US ont cherché à miser sur la génération émergente pour remplacer les hiérarques de la IVe République qu’ils avaient largement soutenus jusque-là, et ont d’ailleurs continué à soutenir (les Pinay, Monnet, Mollet, Schumann, Marjolin piliers du Bilderberg et autres…). Ces gens de droite comme des socialistes ont touché de l’argent en cash de la part des services US, parfois à l’insu des officiels de l’ambassade[11].

Les US avaient aussi des taupes dans l’entourage politique de de Gaulle, comme Jean de la Grandville qui était au ministère des Affaires étrangères responsable des affaires atomiques et spatiales, et qui était un informateur privilégié -et zélé -de l’ambassade US et de la CIA depuis 1964. Dès 1949, la commission Fullbright a eu pour objectif de développer les échanges universitaires entre la France et les Etats-Unis.

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Il s’agissait en priorité de réduire l’influence communiste sur les milieux universitaires et intellectuels, mais aussi de repérer les futurs "leaders" qui étaient dans la ligne. Le secrétaire de la commission Fullbright était Gaston Berger, qui a milité pour les idées de droite pro-US dans le monde universitaire[12], quitte à ravager les sciences sociales avec l’appui financier et logistique des fondations US.

Il s’agissait de préparer l’après de Gaulle, qu’ils espéraient rapide, surtout après la sortie de l’OTAN en 66. L’ambassadeur US à Paris James Gavin a ainsi déclaré : "Nous maintenons des relations avec ceux qui pourraient lui succéder. Par exemple, je vois fréquemment Chaban-Delmas, Mollet, Pflimlin et Mendès France" et parlait des rendez-vous avec l’ex bras-droit de Monnet le banquier Pierre Uri, avec Pinay et d’autres.

Les US ont donc fait en 1967 une liste de 300 leaders envisageables d’ici deux à trois ans, et à cette occasion avaient repéré Chirac (jeune élu de Corrèze qui avait déjà fait un long séjour aux USA en 1953, et qui était proche de Pompidou) et Balladur notamment à droite, chez les "socialistes" Roland Dumas, Gaston Defferre, Pierre Mauroy, Charles Hernu, Michel Rocard[13], au centre Jacques Duhamel (père d’Olivier Duhamel qui sera ministre sous Pompidou), Dominique Baudis... Tous pro business, pro Europe, pro OTAN, atlantistes, anticommunistes.

Siege OTAN Paris

Dans cette liste, les plus "ouverts" aux vues américaines et dont ils pensaient qu’ils allaient jouer un rôle important dans les 20 prochaines années comme Giscard ou Jacques Médecin, ont été invités pour un séjour de plusieurs semaines aux Etats-Unis "dans le cadre du programme de visiteurs internationaux mis en place par le département d’Etat et l’agence américaine d’information", explique Vincent Nouzille. Il y a eu aussi quelques syndicalistes et journalistes.

La liste comportait aussi des noms de partons d’entreprise comme Dassault ou Ambroise Roux (père de l’actuel patron du Medef, Roux de Baizieux), des syndicalistes, des hauts fonctionnaires, des journalistes, et même des curés comme Jean-Marie Lustiger, qui sont cités par Vincent Nouzille dans son livre "Des secrets si bien gardés…".

Des listes sur le même modèle ont été dressées pour d’autres pays, notamment les Pays-Bas, où le Youth Committee a fait en 1969 une liste de 122 noms de la politique, du journalisme, et des leaders des mouvements étudiants. Un quart d’entre eux a obtenu des bourses pour étudier aux Etats-Unis en 1970[14].

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Les US ont aussi nourri des contacts avec les dirigeants de partis d’opposition jugés "conformes": Mitterrand, Lecanuet, Giscard…

Tous leur ont affirmé à la fois leur atlantisme et leur ferveur européenne, donc ultra libérale. La pouponnière du PS de l’époque, le Centre d’Etudes, de Recherches et d’Education Socialistes (CERES, créé en 1966 par un groupe autour de Chevènement) était déjà franchement orientée à droite. On trouvait dans ce groupe qui a porté la candidature de Mitterrand des gens comme Alain Gomez, inspecteur des finances proche d'Elisabeth Guigou et des réseaux Pasqua qui plaisait beaucoup aux américains et qui deviendra le PDG de Thomson CSF alors nationalisée (avant 1997).

Un conseiller de l’ambassade US à Paris avait écrit à ses supérieurs au sujet de Gomez qu’il "a dit que la principale tâche de la gauche quand elle sera au pouvoir sera d’injecter un esprit d’efficacité, de compétitivité et de modernité dans l’économie française et le gouvernement"[15].

De loin, les US ont aussi soutenu l’OAS, les militaires et barbouzes algériens qui ne voulaient pas d’une Algérie algérienne. L’OAS a commis de nombreux attentats là-bas et ici, notamment contre de Gaulle soi-même. Parmi ces militaires, le général Maurice Challe, qui a démissionné de son poste de commandement de l’OTAN en Europe centrale pour protester contre de Gaulle et a pris part en 1961 au putsch manqué des généraux à Alger. On a déjà évoqué cela dans la partie sur la stratégie de la tension, je n'y reviens pas.

Mitterrand

Côté "socialistes", Mitterrand et son frère Robert [16] dont on a vu qu'ils n'ont jamais été de gauche, ont rencontré les US à de nombreuses reprises à l’ambassade ou lors d’un voyage aux USA, entre 1965 année de sa première campagne présidentielle et 1967 en préparation des législatives, pour les rassurer sur les vues atlantistes et pro-européennes des socialistes français ainsi que sa volonté de réduire au maximum l’influence du parti communiste.

Vincent Nouzille écrit qu’à cette période, Mitterrand "devient une sorte de consultant permanent sur la vie politique française" pour les diplomates US en France.

Des contacts qui ont repris en 1970 par l’intermédiaire du chef du service politique du Nouvel Observateur, proche de l’ambassade US, qui a invité Mitterrand et le secrétaire de l’ambassade US Allen Holmes dans sa maison de campagne. Avant le Congrès d’Epinay de juin 1971 où il a pris la direction d’une gauche non communiste réunie, Mitterrand a été voir les américains pour leur expliquer son plan qui avait comme principal avantage de contenir les communistes, qui représentaient encore un peu plus de 20% de l’électorat.

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Charles Hernu, éminent franc-maçon, a été l’un de leurs informateurs privilégiés depuis la IVe République, sur les arcanes de la politique française à "gauche" comme à droite. Il rencontrait régulièrement un agent de la CIA et avec l’ambassade US jusque dans les années 70 au moins. Dans une interview au magazine Geo en octobre 2010 Vincent Nouzille revient sur ce réseau d'informateurs organisé par les Américains dès le retour au pouvoir de de Gaulle:

"L'espionnage américain en France a pris de l'ampleur après la création de la CIA, dès 1947. Il ne s'agissait pas seulement d'espionnage, mais aussi d'ingérence : création de Force Ouvrière, financement directs ou indirects de partis politiques, de centres culturels, d'associations, etc. Tout ce qui était non communiste et pas trop nationaliste leur convenait : chrétiens démocrates en Allemagne, démocrates chrétiens en Italie, MRP en France. Antoine Pinay, figure de la droite libérale, ralliait leurs suffrages. (...) Dès 1958, ils renforcèrent leur dispositif d'espionnage en France. Ils s'intéressèrent notamment aux "événements d'Algérie". Ils étaient favorables à l'indépendance parce que de leur point de vue, la guerre d'Algérie empêchait la France de concentrer ses efforts contre l'ennemi soviétique. La CIA était très informée : elle possédait d'honorables correspondants aussi bien dans les hautes sphères de l'état-major qu'au sein de l'OAS".

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Les objectifs de ces informateurs étaient variables: "D'une part, des éléments antigaullistes de l'armée, tel le général Maurice Challe, qui avait été en poste à l'Otan, pensaient (à tort) qu'ils seraient soutenus, notamment lors de leur putsch avorté d'avril 1961. D'autre part, des diplomates et hommes politiques entretenaient de longue date des contacts avec les Américains. C'est le cas de Charles Hernu qui les informait déjà sous la IVe république. Hernu faisait partie des gens avec lesquels la CIA et les diplomates américains étaient en contact pour savoir ce qui se passait dans les milieux politiques antigaullistes. Dans l'appareil d'Etat, on cherchait une alternative à un de Gaulle jugé de plus en plus antiaméricain.".

Un autre "socialiste", Christian Pineau, "fait savoir à la Maison-Blanche, via le leader socialiste belge Paul-Henri Spaak, qu’il aurait besoin d’une aide matérielle pour créer une agence de propagande en faveur de l’intégration européenne et de l’OTAN", explique Vincent Nouzille dans "Des secrets si bien gardés. Les dossiers de la Maison-Blanche et de la CIA sur la France et ses présidents".

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Quand sont arrivées les manifestations ouvrières et étudiantes de 1968, les US ont pris contact immédiatement, via l’ambassade à Paris, avec les différents acteurs - étudiants compris. Et ceux-ci n’y voyaient aucun inconvénient. Les US ont vu ce mouvement étudiant comme éloigné des valeurs communistes, ce qui était le cas, et ont plutôt cherché à l’instrumentaliser pour mettre de Gaulle en diffiulté. Ils mettent même en place le France Watch Group, pour se tenir au courant en temps réel des événements.

L’ambassadeur US Schriver a envoyé ses agents dans le mouvement étudiant, et ouvrait la porte de son domicile aux militants qui y tenaient réunion. L’objectif était pour eux de favoriser l’agitation tout en évitant qu’elle ne vire trop à gauche. Parmi leurs informateurs lors du printemps 68, il y avait aussi des responsables de la DST, la surveillance du territoire, franchement anticommunistes, qui craignaient plus que tout de voir l’URSS prendre le pouvoir à l’occasion des grèves massives dans les usines.

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Pour la présidentielle de 1969, les US avaient principalement misé sur le centriste et fan de l’Europe supranationale Alain Poher, mais le vainqueur fut Pompidou, qui avait pour slogan de campagne "le changement dans la continuité" (il était 1er ministre de de Gaulle quelques mois plus tôt), était passé par la banque Rothschild et avait des positions franchement anticommunistes [17].

Pompidou était en contact avec les US depuis les années 50, notamment via son ami Cecil Lyon, numéro deux de l’ambassade américaine à Paris de 58 à 63[18]. Il leur a tenu le discours habituel : il soutenait le marché commun et l’Europe, voulait renforcer les relations transatlantiques etc. Il se posait même en 68-69 comme l’alternative à la fois à une dictature militaire et aux communistes. Les US étaient absolument ravis mais sont restés discrets.

Dès 1970, la coopération militaire franco-US ainsi que la collaboration de la France avec l’OTAN ont été grandement renforcées. Kissinger faisait partie des membres du staff US lors des discussions à ce sujet. L’affaire de l’armée européenne si chère aux US est très vite revenue sur le tapis. Bien évidemment, cette pseudo "armée européenne" est en fait un OTAN européen financé à 100% par l’Europe.

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Au fil des années 70, les états-majors US et français coopèrent de plus en plus. Les US fournissent ainsi une assistance technique pour la fabrication d‘armement de pointe, puis en matière stratégique. Pompidou est mort en 1974 d’une maladie foudroyante rare mais que beaucoup de chefs d'Etat ont attrapée, et les socialistes, déjà proche des US comme on le sait, ont à leur tour renforcé les liens avec l’équipe du président US Carter. Ce fut notamment l’œuvre de l’aile droite des "socialistes", avec des gens comme Michel Rocard ou Jacques Attali.

En 1974, le favori des US était Giscard, qui a remporté les élections. « Parmi les prétendants, il représente le meilleur espoir d’une amélioration des relations franco-américaines », avait déclaré l’ambassadeur John Irwin. Il présentait de nombreux gages: outre son dogmatisme néo libéral, son père a été président du Comité France- Amérique et un de ses frères était un pilier du Bilderberg. Il fut élu.

Puis quand la "gauche" mitterrandienne est arrivée sur le trône républicain en 1981, il s’est empressé lui aussi de donner des gages à ses vieux amis : le 24 mai il a annoncé à Helmut Schmidt le chancelier d’Allemagne de l’ouest, qu’il était tout à fait d’accord pour que la France héberge sur son sol des missiles US Pershing alors qu’il s’était positionné contre en 1980 à l’Assemblée.

Mitterrand a tout de même été forcé de mettre au gouvernement quatre ministres communistes puisqu’il avait aussi été élu grâce aux voix communistes, mais le jour même il a reçu Bush 1er à l’Elysée pour leur expliquer que tout cela n’était que de la politique et qu’il n’était ouvert aux communistes que par opportunisme[19].

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Il a pris à ses côtés François de Grossouvre, responsable du stay-behind en France depuis les années 50 dont on a déjà parlé dans la partie sur le stay-behind en France, qui était en contact régulier avec Georges Albertini, un conseiller de la banque Worms et collabo qui a travaillé avec Laval à Vichy puis est devenu conseiller des milieux de droite grâce à sa proximité avec Pompidou, et qui était très proche de la CIA au point de leur faire des rapports réguliers sur la situation politique française à l’époque Mitterrand. Comme il l’avait quelques années plus tôt.

Albertini était aussi un « honorable correspondant » du SDECE, qui entretenait son propre réseau d’informateurs.

Puis ce fut Chirac, puis Sarkoléon qui a réintégré la France à l’OTAN, flamby, et enfin comble de la soumission de la France aux intérêts US, le micron.

 

Le Cercle Pinay

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En 1969, à la suite de quelques réunions pilotées par les US, notamment par Kissinger et David Rockefeller président de la Chase Manhattan Bank, ce groupuscule a été constitué pour raviver la lutte anticommuniste sur les plans idéologique et politique, ainsi que la construction de l’Europe. A la manœuvre derrière la création du "Cercle Pinay", appelé aussi "Le Cercle" ou "Cercle Violet", on trouve Antoine Pinay, ministre des Finances proche du CNPF (ancêtre du Medef) et aussi Jean Violet, un personnage fermement anti communiste situé au croisement de multiples affaires d’ordre politico-financier et au carnet d’adresses bien rempli.

L’avocat "d’affaires" Jean Violet a été dans les années 30 membre du groupe d’extrême droite la Cagoule, a été arrêté pour collaboration après la guerre puis relâché sur "ordre d’en haut". Il est ensuite devenu avocat, très proche du pouvoir politique (notamment de Pinay qu’il rencontre en 1951) et de l’Opus Dei. A la fin des années 40, Violet est devenu de manière officieuse observateur du Vatican auprès de la commission du droit international de l’ONU.

A partir de 1952 Violet a également été conseiller de l’ex pétainiste  et co-fondateur du Bilderberg Antoine Pinay, et a contribué à resserrer les liens avec les politiques allemands qui cherchaient à construire l’Europe et la Communauté européenne de Défense, c’est-à-dire une armée européenne[20], ainsi qu’avec l’Espagne franquiste. Ceci, dans le contexte des tentatives fort prématurées de mettre en place une Communauté Européenne de Défense[21].

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Dès 1955, Violet a été rémunéré comme correspondant du SDECE sur recommandation d’Antoine Pinay.

En lien avec le Vatican, l’extrême-droite, les US, Violet était aussi impliqué dans un obscur groupuscule appelé Sint Unum : "Il appartient à des structures quasi clandestines, comme le Sint Unum, une association qu’il a créée et qui travaille en liaison avec la représentation du Saint-Siège à l’ONU et avec le cardinal Tardini au Vatican. Elle regroupe des hommes aussi différents qu’Antoine Pinay, le démocrate-chrétien allemand Franz-Josef Strauss, dit "le Taureau bavarois", les généraux Grossin et Gehlen, des Français et des Allemands ayant joué un rôle important dans la poursuite de la réconciliation franco-allemande lors du retour du général de Gaulle aux affaires. Avec l’appui de Henry Kissinger, Sint Unum s’illustre au cours des années 1970 dans la négociation de la "troisième corbeille" des accords d’Helsinki, qui prévoit la libre circulation des hommes et dont les Soviétiques ne se remettront jamais", écrit Frédéric Charpier dans "La CIA en France".

Pinay violet giscard

Sint Unum était financé notamment par l’industriel du ciment Carlo Pesenti, membre de la P2 et proche de la mafia, avec lequel Violet était aussi impliqué dans une affaire dont on va reparler plus tard : l’affaire dite des avions renifleurs, censés repérer le pétrole profond dans le sol par un simple survol, qui a abouti à l’évaporation de millions de francs d’argent public. Pesenti était aussi le chef de Sint Unum et Violet en était le secrétaire général, d’après un mémorandum de Kissinger en 1970 [22]. A priori, il s’agissait d’ouvrir un canal discret entre divers services de renseignements tels que le BND de Gehlen, la CIA ou le SDECE, et le Vatican.

Notons que Violet était jusqu’en 1966 un agent rémunéré du BND de Reinhard Gehlen, lui-même directement piloté par la CIA, comme on l’a vu dans l’épisode sur le Gladio allemand, tout en travaillant pour le SDECE, alors dirigé par le général Paul Grossin, franc-maçon et membre de la SFIO depuis la fin de la guerre, nommé à la tête du SDECE en 1957.

2019-02-03 18_21_21-Reinhard Gehlen, ou comment un ancien officier nazi a créé le service de renseig

Selon Frédéric Charpier dans "La CIA en France", c’est Violet qui a créé Sint unum,structure secrète "qui travaille en liaison avec la représentation du Saint-Siège à l’ONU [où travaillait Violet, ndla] et avec le cardinal Tardini au Vatican" dont Grossin comme Gehlen étaient membres. Différents observateurs considèrent que certaines des actions du Cercle relevaient du plan mis en œuvre par Sint Unum.

Selon Eric Lebec, auteur de "Histoire Secrète de la Diplomatie Vaticane", qui a été membre de Sint Unum, le groupuscule aurait "joué un rôle important dans le maintien de la réconciliation entre la France et l’Allemagne au moment de l’arrivée au pouvoir du général de Gaulle", et était un "outil" pour le Vatican. Il avait des membres à la représentation du Vatican à l'ONU, d'autres étaient directement au Vatican. Le groupuscule aurait cessé ses activités après la mort de Jean Violet.

C’était aussi l’objectif de ce cercle Pinay qui s’est ouvert rapidement aux intérêts atlantistes, et qui était à l’image de Jean Violet au carrefour de nombreux groupes d’intérêts, lobbys, clubs et autres groupuscules élitistes, atlantistes et pro européens tels que l’Opus Dei, le Bilderberg, la loge italienne P2, la Fondation Heritage, la World anti-Communist League et bien-sûr un certain nombre de services de renseignements tels que la CIA, les MI-5 et la MI-6, le SDECE, le SISMI italien, les renseignements militaires suisses…

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"Le premier participant des Etats-Unis fut David Rockefeller, président de la Chase Manhattan Bank et l’un des hommes d’affaires les plus influents dans les coulisses de la scène politique de Washington. Sa relation étroite avec Henry Kissinger dotait Le Cercle d’un accès privilégié au nouveau président américain Richard Nixon […] Dans les années 70, Le Cercle devint le pivot d’une diplomatie parallèle visant à contrer la politique des gouvernements occidentaux jugée trop conciliante vis-à-vis du communisme", explique Johannes Großmann dans l’article "L'’Internationale des Conservateurs’. Cercles d'élites transnationaux, diplomatie informelle et biographies croisées en Europe occidentale depuis 1945".

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Pour montrer son influence, un document de la CIA datant de juillet 1969 déclassifié tout récemment relate une réunion du Cercle lors d’un dîner de David Rockefeller le 2 juillet 1969 à New York, auquel Violet était présent, avec le 1er ministre italien Giulio Andreotti qui d’après certains était aussi le vrai patron de la loge mafieuse Propaganda Due, Otto Von Habsburg co-fondateur du Bilderberg, Antoine Pinay (qui avait fait entrer Violet dans la délégation française à l’ONU en 1955), Carlo Pesenti ou encore le déjà incontournable Henry Kissinger. Au cours de ce dîner centré sur la "menace" communiste de plus en plus grande selon eux, Violet a beaucoup pris la parole.

Les invités ont passé en revue les différentes questions géopolitiques du moment concernant l’Europe et l’URSS, abordé l’immense potentiel du développement de la "coopération entre les Etats-Unis et l’Europe", et chacun a passé en revue la situation de son pays vis-à-vis des préoccupations atlantistes. Il a été noté lors de ce dîner que Kissinger restait en contact avec les "invités", les membres du cercle Pinay donc, par l’intermédiaire du banquier David Rockefeller.

Plusieurs des individus présents ce jour-là étaient des membres de l’Opus Dei : Jean Violet, Otto Von Habsbourg, Giulio Andreotti et son ami l’industriel Carlo Pesenti a minima. Tous ces gens ont rejoint le "cercle Pinay".

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De nombreux politiques "conservateurs" qui furent en général des collabos pendant la guerre voire franchement des nazis, étaient liés à ce "Cercle Pinay". Outre les piliers déjà cités, il y avait aussi les allemands Konrad Adenauer et Franz Josef Strauß, l’espagnol, ex franquiste Manuel Fraga Iribarne, le belge Paul vanden Boeynants, le général General Antonio de Spínola qui soutenait Salazar au Portugal, Chirac, Margaret Thatcher ou encore Ronald Reagan… Et Le Cercle a évidemment favorisé la carrière de ses affidés. Force est de constater que c’est ce courant politico-économique qui triomphe en occident jusqu’à présent.

Le Cercle, resté très secret jusque dans les années 80, cooptait les politiques favorables à la ligne US, et finançait d’autres lobbys comme l’Institut pour l‘Etude des Conflits de Brian Crozier à Londres, qui éditait la revue Le Monde des Conflits, financée par de l’argent issu des services secrets sud-africains, et à la réalisation de laquelle contribuait notamment Georges Albertini [23].

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Le "Cercle" finançait allègrement des "études" à visées anticommunistes, pro européennes, ultra-libérales… "Les travaux s’adressent essentiellement aux cadres et aux hauts responsables des organisations nationales et supranationales s’occupant de défense et de stratégie économique, ainsi qu’aux organes de décision gouvernementaux ou patronaux. L’OTAN, la CEE, les ministères de la Défense et de l’Intérieur des pays de l’Alliance atlantique et plusieurs officines spécialisées reçoivent le résultat de ces études mensuellement et parfois à un rythme plus accéléré, dans la revue Conflict Studies, et dans des rapports spéciaux (ISC Special Reports)." explique Frédéric Laurent dans "L’Orchestre Noir".

Ladite revue ISC collaborait avec d’autres revues d’extrême-droite, parfois moins confidentielles comme Le Monde Moderne.

On retrouve aussi plusieurs membres du Cercle, notamment Jean Violet et Carlo Pesenti, dans l’affaire des avions renifleurs, qui a vu s’évaporer autour de 340 millions de francs sur 800 millions engagés dans l’affaire, dans les années 70. A partir des années 80, plusieurs dirigeants du Cercle étaient des agents du MI6 ou des proches des Rothschild, comme les politiciens conservateurs Julian Amery et Jonathan Aitken, Lord Lamont ou Lord Lothian.

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Ce groupe aurait fortement contribué à la chute du gouvernement Heath en Angleterre, ainsi qu’à faire élire Thatcher. Il a soutenu les campagnes de nombreux candidats conservateurs, en propagande et lobbying comme en financement[24], comme celles de Chirac en 81 ou de l’Allemand Franz Josef Strauss, qui a perdu les élections internes à la CDU face à Helmut Kohl. Strauss était très à droite, et très proche des US. En 1955, il est venu à la réunion du Bilderberg en Bavière avec Reinard Gehlen[25].

Le Cercle a connu des difficultés avec l’arrivée des socialistes au pouvoir, et avec les affaires des avions renifleurs, de la Banque Ambrosiano et de la loge P2 en 81-83, en raison des liens évidents entre le Cercle et ces structures.

Selon des documents sortis lors de l’éclatement du scandale Gladio en Italie puis en Europe en 1990, le cercle Pinay était la branche politique d’une structure créée par l’ex nazi devenu chef des renseignements allemands après la guerre, Reinhard Gehlen, appelée la "Private Intelligence Unit".

Il s’agissait en tout cas d’une structure commune à une nébuleuse de groupes d’extrême-droite pro OTAN, pro Europe, pro Américains et ultra capitalistes. On reparlera du Cercle dans la partie sur les réseaux pédocriminels, parce qu’il avait des liens avec tout un tas de groupes politiques et de lobbys d’extrême-droite dont le point commun était d’être à la fois atlantistes et pro-Europe, et qu’en Belgique ces groupes étaient impliqués jusqu’au cou aussi bien dans le stay-behind que dans le réseau pédocriminel. Ce qui amène évidemment à s’interroger sur les liens réciproques[26].

 

La fondation Rockefeller et la fondation Ford

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On ne va pas revenir en détail sur ces deux organisations dont on a déjà beaucoup parlé dans les parties sur la guerre, l’Europe et le stay-behind. On va surtout voir ici leur influence sur l’enseignement supérieur et par conséquent :

  • Le cadrage, la formalisation des sciences, y compris les sciences humaines et sociales,
  • La structuration des filières universitaires,
  • La sélection des futures élites. Ce sont par exemple ces fondations qui ont construit la discipline de "public administration", la gestion des affaires publiques, dès les années 30 [27] (Cette institutionnalisation de la technocratie était au départ fondée sur la stratégie de "séparer l'administration de la politique" selon les mots de Woodrow Wilson).

Via des financements US, la collaboration des universités avec les industriels a été grandement renforcée en Europe dès la Première Guerre mondiale.  Dans "The Open conspiarcy" paru en 1928, HG Wells explique que son nouvel ordre mondial peut être atteint en développant une forme de religion moderne du progrès perpétuel, et mis en place "à partir d’une simple campagne de propagande et d’une simple protestation de résistance contre le militarisme contemporain [c’est-à-dire les Etats nations, ndla] à l’intérieur d’une préfiguration organisée de la recherche, la publicité et l’expérimentation de reconstructions éducatives, économiques et politiques" et une grande "Pax Mundi".

On dirait une description de l’activité des fondations dites philanthropiques. Le but, selon HG Wells, était que les gouvernements des Etats se trouvent seulement "en position d’administrateurs pour le plus grand gouvernement", celui qui surplombe toute la planète.

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Les premières facultés de "science" économique ont été créés au début du XXe siècle chez les anglo-US, avec notamment le Harvard Committee of Economic Research créé en 1917 et la Brooking Institution en 1927. "Dès 1924, le Laura Spelman Rockefeller Memorial a envisagé la subvention d’un institut parisien ; mais entre le projet et sa concrétisation, il s’écoulera plus de huit ans, de sorte que l’ISRES [Institut Scientifique de recherches économiques et sociales] n’est créé qu’en octobre 1933 ; la fondation Rockefeller lui accorde un financement de 350 000 dollars qui couvrira la quasi-totalité de ses frais de fonctionnement jusqu’en 1940" explique Ludovic Tournès[28].

Pour donner un exemple, entre 1920 et 1940 la fondation Rockefeller a financé la création de l’école d’infirmières et la faculté de médecine de Lyon parce qu’un réseau "philanthropique" d’industriels franco-US dans la veine hygiéniste avait été mis en place depuis la Première Guerre. C’est à partir de cette école qu’est élaboré le programme de formation des infirmières, généralisé dans tout le pays avec le diplôme d’état créé en 1922 [29].

Concernant la médecine, l’objectif était l’intégration de l’hôpital, de la faculté de médecine et des laboratoires, comme cela se faisait déjà aux Etats-Unis.

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En Grande-Bretagne, la fondation Rockefeller a financé la création du premier centre de recherches en sciences sociales, le Nuffield College créé par Lord Nuffield (un autre "philanthrope" proche des US) en 1937 à Oxford ou encore celle du National Institute of Economic and Social Research qui passe pour le "plus ancien institut de recherche indépendant d’Angleterre" créé en 1938.

En Allemagne où elle a mis une pause à ses investissements dans la recherche et les universités au cours des années 30, la fondation Rockefeller a vivement repris ses activités dès 1945. Elle a beaucoup investi dans des universités, notamment l’Université Libre de Berlin créée en 1948, en quoi elle a été rejointe dès 1951 par la fondation Ford.

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C’est encore elle qui a largement financé Alfred Kinsey, l’inventeur de l’ "éducation sexuelle" et ses travaux sur la sexualité qui comprenaient des viols d’enfants[30]. C’est le planning familial, également financée par Rockefeller, qui a répandu ces théories de la sexualité des enfants qui ont bien failli s’imposer dans les années 80 et reviennent par la fenêtre avec cette fameuse "éducation sexuelle" poussée par l’UNESCO et consorts. Elle a aussi financé les études hygiénistes, dont les tendances eugénistes étaient plus ou moins évidentes, comme on l’a vu ailleurs.

En France la fondation Rockefeller a aussi largement modelé les sciences sociales et contribué à rendre incontournable des universitaires alignés sur les vues du capitalisme US, comme l’économiste Charles Rist sous-gouverneur de la banque de France depuis 1926, qui prétendait appliquer des méthodes scientifiques à l’économie.

La Rockefeller a notamment permis la création en 1933 et le démarrage de l’Institut scientifique de recherches économiques et sociales (ISRES) de Rist, qui a vite donné le "la" en matière de "pensée" économique en France, en la déconnectant de toute réalité de terrain puisqu’elle devenait une science totalement empirique basée sur des statistiques qui servaient surtout à donner un vernis rationnel à bon nombre d’élucubrations libérales, puis néo libérales.

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Objectif affiché de cet institut : "faire progresser l’emploi des méthodes scientifiques dans l’étude des phénomènes économiques et sociaux (prix, salaires, crises…) en soumettant ces phénomènes à une observation et à une élaboration scientifique", de manière totalement indépendante bien évidemment. Il possédait aussi la seule importante bibliothèque en matière économique à Paris, où venaient tous les amateurs de cette discipline créée à coups de subventions US, et a agi comme un lobby cherchant à influencer les milieux politiques.

Un autre élément important est l’approche "internationale" de la vision économique de cet institut, comme l’explique Ludovic Tournès : "l’ISRES est en effet l’un des premiers lieux en France où se construit une vision internationale de l’économie alors largement absente du paysage universitaire et politique. Elle est affirmée dès les Tableaux de l’économie française (1910-1934), dans lesquels les données françaises sont systématiquement comparées aux données internationales. Elle se retrouve dans L’activité économique, dont la première partie est toujours consacrée à l’analyse comparée de la conjoncture dans les grands pays industrialisés.

On peut y voir la patte de Ch. Rist, largement ouvert depuis la décennie précédente sur l’international. Mais il faut aussi souligner le rôle de ses collaborateurs principaux qui ont, par son intermédiaire, obtenu de la fondation Rockefeller des bourses de voyages individuelles en plus du financement de l’institut : c’est le cas de Ph. Schwob et R. Marjolin, mais aussi d’Henry Laufenburger qui obtient en 1935 une bourse pour visiter les instituts de recherches économiques en Angleterre, Italie, Allemagne, Autriche, Danemark, Suède et Norvège"

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La fondation Rockefeller a aussi financé le sociologue Célestin Bouglé, Robert Marjolin qui a eu sa bourse Rockefeller en 1932, ou l’hélas incontournable politologue Raymond Aron, fondateur du Congrès pour la Liberté de la Culture qui diffusait la propagande atlantiste avec l’argent de la CIA.

On notera que Raymond Aron, biberonné aux dollars des fondations depuis ses études dans les années 30, a aussi bénéficié de l’argent de la fondation Ford, notamment pour la création en 1960 de son Centre de Sociologie Européenne.

Aron a aussi créé le "Comité des Intellectuels pour l'Europe des Libertés" ou CIEL, une officine anti-communiste proche du mouvement Paix et Liberté (égelement anti-communiste et financé par la CIA) qui réunissait des "intellectuels" militants pour le système atlantiste tels que Eugene Ionesco, Jean-Marie Domenach, Philippe Sollers.

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La fondation Rockefeller et la fondation Ford, comme d’autres d’ailleurs, fonctionnaient en coordination avec la CIA et il existe beaucoup d’exemples dans lesquels ses responsables ont consulté le gouvernement ou la CIA avant de débloquer une subvention. Par ailleurs, de nombreux officiels ont défilé à son conseil d’administration comme l’avocat d’affaires et banquier John McCloy. Son parcours est d’ailleurs assez révélateur de la consanguinité entre les fondations et les renseignements US.

De 1947 à 1949, après avoir contribué à créer l’OSS, McCloy était président de la toute nouvelle Banque Mondiale et membre du conseil d‘administration de la fondation Rockefeller. En 1949 il a été nommé Haut-Commissaire US en Allemagne où il a supervisé la création de la République Fédérale d’Allemagne et assuré la fuite de milliers de nazis. Après ça il est allé bosser dans le privé pour diriger la Chase Manhattan Bank de 1953 à 1960 [31].

De 1954 à 1970 il a présidé le Council on Foreign Relations (dont on va reparler) jusqu’à ce que David Rockefeller le remplace, et de 58 à 65 il était à la fondation Ford tant que spécialiste de l’Europe, avant de diriger son conseil d’administration.

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McCloy qui faisait discrètement partie de cette petite élite politique appelée l’establishment et son second en Allemagne Shepard Stone qui a été directeur des affaires internationales de la Fondation Ford de 1952 à 1967, ont carrément rédigé des passages entiers des premiers textes européens, notamment le traité qui a créé la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier), et ont été à la manœuvre dans la création de la RFA, et la mise en place du plan Marshall ainsi que de l’OTAN.

La fondation Ford, créée en 1936 mais d’abord cantonnée au sol américain, s’est targuée de "l’avancement du bien-être humain" à partir des années 50, et s’est développée en Europe. On y retrouvait Richard Bissell qui a été directeur de l’OSS puis bras droit d’Allen Dulles à la CIA, avant de rejoindre la fondation qu’il a dirigée de 1952 à 1954. Il a alors été remplacé par John McCloy qui a présidé la fondation Ford de 1958 à 1965.

A cette époque, la fondation avait pour président un dénommé Horace Rowan Gaither, nommé à la mort d’Henri et Edsel Ford pour donner une nouvelle dynamique à la fondation. Il s’agissait d’un fin connaisseur des enjeux géostratégiques puisqu’il avait contribué à mettre en place et dirigé la Rand Corporation, et dont l’objectif était de mettre les sciences sociales au service des intérêts de ce qu’il appelait "la nation".

De 1952 à 1967 Shepard Stone dirigeait les affaires internationales de la fondation Ford et construit avec McCloy le Programme des Affaires Internationales de la fondation [32]. En 1966, c’est McGeorge Bundy, conseiller en sécurité de plusieurs présidents, ex doyen d’Harvard et membre du CFR, qui est élu président de la fondation Ford et y restera jusqu’en 1979. Tous ont grandement œuvré à "renforcer la coopération" transatlantique. Des individus comme Monnet, des universités, des intellectuels, ont bénéficié de leurs largesses.

2022-10-02 18_39_12-French businessman, banker and later political figure, Jean Monnet

En 1952, McCloy et Stone, alors tous deux à la fondation Ford, ont décidé qu’elle devrait "sponsoriser la création de plusieurs instituts de recherche sur les problématiques de la Communauté Européenne"[33]. On l’a vu, la fondation Ford n’a pas lésiné sur les financements à des activités en faveur de la construction européenne, notamment celles de Jean Monnet. Ces fondations aussi financé les "études européennes", tout aussi bidons puisque la seule position admise est la béatitude totale face à l’œuvre bienfaitrice de l’Europe et de nombreux "instituts" qui étaient en réalité des thnink tank ou des lobbys pro europe.

A partir de 1958 des versements ont été faits à la Fondation Nationale des Sciences Politiques (250.000$ cette année-là): il s'agit de la fondation privée, créée dès 1945, pour gérer l'IEP de Paris, Sciences Po, et a une influence sur tous les IEP de France. Dans les années 60 le Centre d’Études des Relations Internationales a aussi reçu des dons.

En Italie aussi, où le parti communiste est resté puissant jusqu’à la fin des années 60, la fondation Rockefeller suivie de la fondation Ford, ont investi dans les sciences humaines et sociales avec comme priorité de lutter contre les idées de gauche, en particulier celles de tendance marxiste qui représentaient un courant important dans les universités. Ces investissements dans des instituts, centres de recherche fonctionnant davantage comme des lobbys et dans l’enseignement supérieur ont aussi servi à sélectionner les futures élites politiques, orthodoxes comme il se doit.

En Allemagne la fondation Ford a donné un bâtiment à l’Université Libre de Berlin dès 1945, elle a financé de nombreuses bourses d’étude. McCloy et Stone ont aussi incité de grands noms de l’industrie allemande comme les Krupp ou les Thyssen, compromis jusqu’au cou dans le nazisme, à créer des fondations pour blanchir leur image vis-à-vis de l’opinion publique.

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Mais son influence était aussi prépondérante aux Etats-Unis, où "La Fondation Ford est un laboratoire où s'expérimentent des solutions de type réformiste aux problèmes sociaux urbains de l'Amérique des années 1960, en même temps qu'un vivier où sont recrutés les acteurs des politiques gouvernementales, et l'abri où ils se replient quand les grands programmes fédéraux sont redessinés par l'administration Nixon" selon l’historien Pierre-Yves Saunier [34].

Tout ce travail était destiné à créer puis consolider et développer des réseaux pro américains bien implantés dans les structures étatiques et économiques des pays européens. Comment penser le capitalisme et ses conséquences, quand ces mêmes capitalistes financent les recherches et publications "scientifiques" sur le sujet, et qu’elles ont même structuré les disciplines universitaires censées organiser ces recherches ?

Comment faire la part des choses entre la réalité et la propagande quand la réalité "scientifique" est écrite comme l’est un slogan commercial, à l’aune d’opinions et positionnements politiques tout sauf neutres ?

On ne peut pas être exhaustif sur l’influence des fondations Rockefeller et Ford sur la politique mondiale en général, et Européenne en particulier, mais il s‘agissait de rappeler qu’elles ont totalement formaté la vie sociale, politique, culturelle, économique de nos démocraties en carton-pâte.

 

Autres lobbys atlantistes

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Cette diplomatie parallèle opérée par les lobbys atlantistes et européistes a permis de faire avancer les pions discrètement sur bien des sujets. Ces courants liés plus généralement à une sorte de nébuleuse de lobbys conservateurs anglo-saxons permettaient de diffuser la bonne parole, de coopter des élites fidèles, et d’organiser des réseaux d’influence nationaux et internationaux. Le Cercle et le Bilderberg en faisaient partie, mais sans les citer tous il faut tout de même en présenter quelques-uns.

La "démocratie" made in Washington est même devenue un véritable business, dont le chiffre d’affaires était estimé à 700 millions de dollars en 2000.

"Ces fonds, qui alimentent un marché international de la réforme des institutions d’État en pleine expansion, servent à financer des missions d’observation électorale, des groupes de défense des droits de l’homme, des organes de presse indépendants, des ONG, la formation de magistrats ou encore la diffusion de la vulgate économique dominante", explique Nicolas Gilhot dans l’article "Logiques militantes et logiques savantes dans le nouvel internationalisme américain", "Mais les bénéficiaires en sont aussi, et peut-être principalement, les nombreux sous-traitants qui se chargent de la logistique savante de ces opérations : consultants spécialisés, organismes semi-publics, ONG, centres de recherches universitaires, think tanks, associations professionnelles, fondations des partis politiques, organismes syndicaux".

Bénéficiant très souvent du soutien d’organismes officiels US, de l’ONU ou de la Banque Mondiale, par exemple, ces ONG, lobbys et autres groupes d’intérêts ont pignon sur rue et étendent leur emprise sur le monde, s’insinuant dans la pensée politique, médiatique, culturelle, universitaire. On ne va pas en faire une liste exhaustive car il faudrait une encyclopédie, mais on va en évoquer quelques-unes dont on n'a pas encore parlé.

 

Le Council on Foreign Relations

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C'est un des premiers lobbys impérialistes officiels des Etats-Unis, créé en 1921 après deux ans de préparation parce que les termes du traité de Versailles qui a mis fin à la guerre 14-18 ne convenaient pas à un groupe d’américains et anglais riches et/ou puissants et dont l’objectif était une gouvernance mondiale. L'un des piliers du CFR était le colonel Edward Mandell House, qui était le plus proche conseiller du président Wilson sur lequel il avait une grande influence.

Parmi ses membres il y avait bien-sûr les frères Dulles, John McCloy qui a eu tant d’influence sur la construction européenne avant de passer à la fondation Ford puis à la Chase Manhattan des Rockefeller, Nelson et David Rockefeller, mais aussi Dwight Eisenhower, JFK, Nixon, Gerald Ford, ou plus récemment Bush 1er et Bush Junior, Dick Cheney, Colin Powell et Bill Clinton.

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Et y a aussi des stars d'Hollywood qui en sont membres, et officient comme "ambassadeurs" du CFR à travers leurs bonnes oeuvres dans le monde, comme Angelina Jolie qui en est membre depuis 2007 ou George Clooney, qui en est membre "à vie". Il a aujourd'hui pour président David Rubinstein, confondateur et ex dirigeant de Carlyle et pour président Richard Haas, proche de Bush junior et spécialiste des relations internationales.

"C'est le colonel House qui a rédigé la première version du pacte de la Société des Nations", écrit William Jasper dans "Global Tyranny step by step", "Il a également persuadé Wilson de réunir le groupe connu sous le nom d' "Inquiry" [enquête, qui réunissait notamment les frères Dulles et Walter Lippmann], une cabale d'Américains partisans d'un seul monde qui a formulé qui a formulé la plupart des "Quatorze points" du programme de paix de Wilson".

En 1922 lors du premier événement organisé à New York par le CFR, le président français Georges Clémenceau en était l'invité d'honneur.

2022-10-02 20_25_03-Celebrating a Century _ 100 Years of Speakers at CFR - Opera

De nombreux responsables politiques y ont défilé, pour faire des discours, comme Ceaucescu qui y a fait un tour lors de sa première visite aux Etats-Unis en 1970, Daniel Ortega le dictateur du Nicaragua (à la solde des US) en 1984, Fidel Castro en 1959...

Le CFR a développé toute une rhétorique autour de la paix, des mouvements pour la paix en Europe (soutenus par les capitalistes US), avec une vision internationaliste de la démocratie made in USA[35]. Il a mené un lobbying politique aux Etats-Unis et en Europe pour vendre un système mondialisé qui ne parlait pas à tout le monde, loin de là, des deux côtés de l’Atlantique.

Il fallait faire accepter au public et aux décideurs le concept d’ordre mondial au nom de la paix, évidemment. Pour propager sa vision "internationaliste" du monde auprès d'une intelligentsia triée sur le volet, le Conseil a lancé un journal trimestriel, Foreign Affairs, qui a été qualifié par le magazine Time de "périodique le plus influent" à l’époque.

ANgelina Jolie CFR

"L'amiral Ward a dit de son influence : "En suivant l'évolution de cette propagande dans la plus la plus prestigieuse revue scientifique au monde, Foreign Affairs, n'importe qui peut déterminer des années à l'avance quelles seront les futures politiques de défense et d’affaires étrangères des États-Unis. Si une certaine proposition est répétée assez souvent dans cette revue, alors l'administration américaine au pouvoir - qu'elle soit républicaine ou démocrate - commence à agir comme si cette proposition ou cette hypothèse était un fait établi"", explique William Jasper.

Le CFR a développé des réseaux dans tout l’occident, encourageant avec l’aide des fondations Ford et Rockefeller surtout le développement de cursus universitaires dans le domaine des relations internationales, de l’économie et de l’histoire, calibrés en fonction de l’idéologie du CFR & Co.

Un tas d’organisations satellites ont aussi été mises en place pour promouvoir les vues du CFR, telles que l’United World Federalists qui en 1972 développait déjà l'idée qu'il fallait une "solution mondiale" aux "problèmes mondiaux" tels que la "crise environnementale", l’Atlantic Council, la commission Trilatérale, l’Institut Aspen, le Business Council ou encore la Foreign Policy Association.

Trudeau CFR

William Jasper rappelle que : "Par l'intermédiaire de ses membres, le CFR a progressivement gagné de l'influence dans la branche exécutive du gouvernement fédéral, les deux principaux partis politiques, les organes importants des médias, des grandes universités, des groupes de réflexion influents, des grandes fondations exonérées d'impôts, d'énormes sociétés multinationales, des banques internationales, des organisations non gouvernementales, et autres centres de pouvoir.

L'historien Arthur M. Schlesinger (CFR), qui a été assistant spécial du président Kennedy, a écrit en 1965 sur la communauté financière et juridique de New York qui a si longtemps fourni un approvisionnement régulier ... aux administrations démocrates et républicaines. Cette communauté était le cœur de l'Establishment américain ... ses organisations de façade [sont] les fondations Rockefeller, Ford et Carnegie et le Council on Foreign Relations ; ses organes, le New York Times et Foreign Affairs".

L’influence du CFR est toujours réelle bien que diluée dans une galaxie d’organisations similaires, officielles ou privées, et ses préoccupations restent les mêmes.

 

Le Centre Européen de Documentation et d’Information (CEDI)

capitalists cartoon

Créé au début des années 50, le Centre Européen de Documentation et d’Information avait pour objectif de favoriser la construction européenne version capitalisme US mais a toujours nié son importance. Le CEDI avait son origine dans un mouvement allemand conservateur et chrétien appelé Abendland, et a été créé quand Otto de Habsbourg, fils du dernier empereur d’Autriche-Hongrie, et d’autres leaders de droite européens, notamment de l’Espagne franquiste, ou le fasciste français René Belin, ont rejoint le mouvement. Les adhérents français étaient d'ailleurs généralement d'anciens vichystes.

Le CEDI recrutait exclusivement parmi les "élites". Quand de Gaulle est revenu au pouvoir en 1958, plusieurs de ses proches ont intégré le CEDI qui leur donnait accès à des congénères conservateurs et chrétiens en Allemagne, en Autriche, en Grande-Bretagne et ailleurs. Il a cependant cessé ses activités après la mort de Franco en 1975, qui était alors son principal bailleur de fonds.

Le Cercle de Jean Violet a recruté plusieurs de ses membres au CEDI.

 

Heritage Foundation

2022-10-02 20_47_39-La Heritage Foundation, puissante fondation néoconservatrice derrière Donald Tru

La Fondation Heritage créée en 1973 pour promouvoir "la libre entreprise, la limitation du gouvernement, la liberté individuelle et les valeurs traditionnelles américaines", regroupait un paquet d’anciens de la CIA et des conservateurs proches de Reagan.

Elle a très vite noué des contacts avec des groupes ultra conservateurs US et européens, voire d’extrême-droite comme le club de l’Horloge où a été Bruno Mégret par exemple. En France, elle a mené des campagnes de lobbying sur différents thèmes, principalement le "libéralisme économique", pour pousser à la dérégulation et aux privatisations.

La fondation bénéficiait, via William Casey, de financements de la CIA en plus des dons de capitalistes conservateurs.

Elle a notamment étendu son influence en France dans les années 80, au moment de la grande offensive néolibérale américaine, et avait déjà des contacts avec l’équipe de Chirac au milieu des années 80. Deux de ses futurs ministres proches de la fondation l’ont ainsi abreuvé des théories magiques des néolibéraux [36].

2022-10-02 21_05_10-Understanding Trump and Trumpism _ The Heritage Foundation - Opera

Rappelons que nous subissons toujours ces théories malgré Reagan, Thatcher, l’Europe etc. le micron nous a encore fait le coup de la "théorie du ruissèlement" inventée par un sbire de Reagan pour justifier ses politiques qui s’apparente plutôt à une évaporation d’argent public vers les comptes en banque de milliardaires y compris dans les paradis fiscaux. Bref.

L'influence de la Fondation Heritage est loin d'avoir diminué ces dernières années, avec le renouveau néo-conservateur aux USA : elle est toujours très active derrière Trump dont elle a soutenu la candidature en 2016 et qu'elle soutient toujours très activement et sur lequel elle a une influence en termes de choix politiques comme ce fut le cas avec Reagan ou les Bush. Plusieurs membres du staff de la fondation ont même rejoint l'équipe de Trump dès la préparation de la campagne électorale, puis dans son gouvernement, et certains ont même parlé de "noyautage".

Elle est focalisée contre la Russie depuis toujours, et veut une domination US avec l'Europe comme vassale.

 

La French American Foundation

2022-10-02 21_43_22-_La fondation repère les leaders du futur_ - French-American Foundation - Opera

En 1976, la French-American Foundation (FAF) a été mise en place par un groupe de membres du Council on Foreign Relation[37] pour "renforcer les liens" entre les Etats-Unis et la France, ces fameuses "relations transatlantiques" dont on a tant entendu parler, mais aussi pour repérer les "futures élites", c'est-à-dire les jeunes bien dans le moule qu'on pourra faire monter en confiance dans la hiérarchie mondialiste.

Comme l'expliquait le président français de la fondation à Paris Match en 2015: "Chaque année depuis 1981, après avoir reçu des centaines de candidatures, le jury sélectionne dix Français et dix Américains âgés de 30 à 40 ans appelés à jouer, selon lui, un rôle capital dans leur pays (business, politique, médias, culture) et dans l’intérêt des relations de nos deux pays. Après quoi, les heureux élus échangent à haut niveau sur toutes les questions d’intérêt commun.".

Dans un article paru sur le site du Réseau Voltaire en avril 2007, Pierre Hillard explique :"Dans les années 1970, les trois hommes mirent en commun leurs réseaux français dans le monde politique, économique, ainsi que dans la presse et le milieu universitaire. Parmi leurs relais on trouvait Olivier Chevrillon, (l’un des fondateurs de la revue Le Point), Pierre Jouven (président de Péchiney), Jean-Louis Gergorin (futur membre du comité exécutif d’EADS) et Thierry de Montbrial (futur président de l’Institut français des relations internationales, l’IFRI, qui co-dirigeait à l’époque le Centre d’analyse et de prévision du ministère des Affaires étrangères)".

macron french american foundation

Elle a un siège à paris et un à New-York, et a nommé des dizaines de Young Leaders en France et aux Etats-Unis (le même système que les Global Young Leaders de Davos qui lui est au niveau mondial) : citons Alain Juppé ou François Léotard en 1981, Alain Mérieux en 82, Hillary Clinton, Alain Minc ou Jacques Toubon en 1983, François Villeroy de Galhau (patron de la banque de France) en 95, flamby et Pierre Moscovici en 96, Marisol Touraine en 97, Arnaud Montebourg en 2000, Jean-Marc Jancovici et Valérie Pécresse en 2002, Nathalie Kosciusko-Morizet et Mathieu Pigasse en 2005, Edouard Philippe en 2011, le micron et Cédric Villani (ex fan du micron passé chez Mélanchon et mouillé jusqu'au cou dans le covid) en 2012...

Ils étaient 5 de la "FAF" dans le gouvernement de flamby (et 6 avec lui), au moins autant dans l'entourage de macron. Sarko quant à lui a fait en septembre 2006 un discours à la FAF à new-York, dans lequel il affirmait sa volonté de "rebâtir les relations transatlantiques". Le futur "président pro-amérique" dixit Fox News était en campagne depuis des années et faisait une tournée auprès des néoconservateurs US de la bande de Bush Junior.

2022-10-03 21_42_57-Accueil - French-American Foundation – France - Opera

La French American Foundation est longtemps restée très discrète, jusqu’à ce que ses manœuvres ne sautent aux yeux de beaucoup sous l’ère du micron. Son existance a été officialisée en 76 à l'ambassade de France à washington, en présence de Giscard et Gérald Ford: il ne s'agissait donc pas d'une obscure fondation de plus.

Une de ses spécialités est la sélection des futurs "Young Leaders" dont le micron est un des lauréats, un programme lancé en 1981 pour "bâtir des relations durables entre jeunes personnalités françaises et américaines et appelées à de hautes fonctions dans leurs pays respectifs". Jusqu'à 10 Français et 10 US de 30 à 40 ans ont droit à des "séminaires" des deux côtés de l’Atlantique en présence des responsables politiques et leaders économiques influents. De quoi étoffer son carnet d'adresses et s'insérer dans des réseaux pro-US d'envergure internationale.

Parmi les donateurs, on trouvait évidemment David Rockefeller, Franck Carlucci du fonds Carlyle, proche des Bush et ancien ponte de la CIA, ou encore des industriels français comme Ernest Antoine Sellière quand il était patron du Medef, aujourd’hui il y a Bank of American, Sodexo, Lazard, Amazon, Vivendi, Axa, Suez, Engie, L’Oreal, la Banque Transatlantique, BNP Paribas, LVMH, JP Morgan.

2022-10-03 21_54_58-Cyber Security - French-American Foundation – France - Opera

Au comité exécutif on a un banquier de BNP Paribas, une responsable des Galeries Lafayette, une conseillère des présidents du Medef, un ex ambassadeur aux Etats-Unis (Jean-David Levitte), un général français qui fut Commandant Suprême pour la transformation de l’OTAN (2012-2015), Louis Giscard, le fils de. On note aussi que parmi les "autres membres du conseil" il y a "Airbus" et l’Oréal.

En 2018 la FAF a lancé sa "Health Initiative", son "initiative santé", pour "échanger sur les bonnes pratiques dans un contexte transatlantique" et le programme Young Talents qui fait voyager 8 ados sportifs issus de la diversité aux Etats-Unis.

Et en 2017 elle s'est lancée sur le terrain de la cybersécurité avec le Cyber Club, dont les débats, qui se déroulent avec des politiques de haut niveau, des militaires, sont secrets (comme le Bilderberg et beaucoup de ces réunions, les débats sont soumis à la "règle de Chatham House" c'est-à-dire qu'on ne doit jamais savoir qui y a dit quoi). Et "Le Cyber Club reçoit également une fois par an une délégation de sénateurs américains ou de membres de la Chambre des Représentants, membres de la commission de sécurité": viennent-ils donner les consignes pour l'année? 

Elle organise un séminaire chaquie année appelé "French-American Cyber Security Conference" sur les enjeux de "cybersécurité" où des responsables de la NSA viennent parler des "menaces" telles que les "réseaux sociaux", des "enjeux liés à la 5G" (sujet de 2019) où à l' "identité numérique" (sujet de 2018)...

 

Le Safari Club

Safari CLub

Ce club privé a aussi été créé en 1976 au Mont Kenya Safari Club en présence d’Henri Kissinger, pour réunir discrètement les responsables politiques et des renseignements des pays intéressants pour les US, de la France au Maroc en passant par l’Iran ou l’Arabie Saoudite. Il était en lien étroit avec "Le Cercle" de Violet, Pinay & Co[38] et avec un obscur "comité des 26" qui était semble-t-il basé à Bristol en Angleterre.

Certains observateurs comme Paul E. Williams, considèrent que l’objectif premier de cet obscur groupuscule était d’instrumentaliser le terrorisme et le proto terrorisme par des groupes alliés présents partout dans le monde, sous le prétexte de lutter contre "le communisme". Le Safari Club, qui réunissait des individus de pays en guerre et de pays fabricants d’armes, s’est assuré dans plusieurs cas des fournitures d’armes à des groupes rebelles soutenus par Washington, notamment lors de la guerre contre l’URSS en Afghanistan dans les années 70-80.

Le milliardaire et marchand d'armes saoudien Adnan Khashoggi (d'origine turque) qui était aussi très proche des intérêts US et du Groupe Carlyle notamment, financait les activités du club. Il a été impliqué dans de nombreuses affaires dont l'Iran Contra, et il a été l'un des clients de Jeffrey Epstein au tout début de sa carrière dans la finance, avant qu'il se fasse virer de la banque Bear Stearns. Ce monde est petit...

Adnan Khashoggi

Un article paru le 17 novembre 1999 dans le magazine anglais Scallywag précisait : "le Safari Club, avec l'argent illimité du pétrole, était occupé à comploter pour renverser le président Sékou Touré en Guinée ; à assassiner Amilcar en Guinée-Bissau ; et à soutenir Siad Barre en Somalie. Ils ont mené des complots pour assassiner le colonel Kadhafi, parce qu'il avait activement fourni du soutien et des armes à "l'autre bord". Ils avaient noué des liens étroits avec le BOSS, la police secrète de style Gestapo d'Afrique du Sud. Leurs seuls véritables échecs ont été de ne pas réussir à assassiner Kadhafi et de ne pas soutenir le Shah".

En 1981 la présidence est prise par le "comte" Alexandre de Marenches, membre de l’ordre de Malte et ex directeur du SDECE nommé en 1970 par Pompidou dans le contexte de l’affaire Markovic (dont on va reparler), ce proche d’Alain Delon retrouvé dans une décharge avec une balle dans la tête, qui menaçait de balancer sur les partouzes du couple Pompidou. Ce fervent anticommuniste n’a quitté ses fonctions qu’en 1981, justement.

Certains disent que c’est de Marenches qui a créé ce club dédié à la barbouzerie internationale, notamment en Afrique et au Moyen-Orient. Mais les objectifs allaient bien au-delà et son orientation n’était pas en faveur de la France mais des Etats-Unis. Et on doit beaucoup de guerres, de sang, de violences et de destructions à ce petit groupe de vieux fanatiques.

"Avec le transfert clandestin de son siège au Caire, le Safari Club devint un élément-clef dans le recrutement de combattants irréguliers arabes pour lutter contre l’Union soviétique en Afghanistan (...) Le Safari Club était responsable de la plupart des opérations clandestines de l’Occident contre l’Union soviétique dans les zones de conflit s’étendant de l’Afghanistan à la Somalie et de l’Angola au Nicaragua" résume l'article de Libanews. Aujourd'hui, une nouvelle mouture du Safari Club serait encore impliquée dans le soutien au djihadisme international et divers groupes armés. 

L'objectif est anti communiste, mais aussi pour défendre des intérêts industriels, dans les mines, le pétrole ou autres et chacun contribue à son niveau. La France peut y apporter ses compétences ou son matériel de pointe, sans être impliquée directement.

 

L’Open Society

George_Soros_-_World_Economic_Forum_Annual_Meeting_2011

L’Open Society est une de ces ONG, qui complètent l’action des fondations en matière de soft power. Soros a créé l’Open Society en 1979, là encore pour promouvoir "la démocratie" par l’éducation et le militantisme politique, en particulier dans des pays ciblés par les Etats-Unis, en Afrique, en Amérique latine, en Asie centrale, en Europe de l’Est.

Actuellement, elle est très active dans ce mouvement antiraciste, pro religions, sur la propagation de la théorie du genre et des droits sexuels, et plus généralement la "lutte contre les discriminations" dans le monde entier. 

Soros a émigré à Londress puis Etats-Unis dans sa jeunesse, et sur magot de 25 milliards de dollars il en a mis 18 dans sa fondation en 2017. Celle-ci est alors devenue "la fondation la plus riche au monde, après la Fondation Bill and Melinda Gates et avant la Fondation Ford, avec un budget de 940,7 millions de dollars en 2017, dont 60 % sont destinés aux subventions" comme l'expliquait Oriane Calligaro dans un article paru en 2017 dans la revue Politix.

2022-10-04 19_34_31-Les fondations Open Society et George Soros - Open Society Foundations - Opera

De 1984 quand il est arrivé en Europe à 2020, Soros aurait ainsi investi 32 milliards de dollars dans la philanthropie démocratique. C'est le site de sa fondation qui le dit: "Les fondations Open Society (Open Society Foundations en anglais) ont été fondées par George Soros, l’un des plus grands philanthropes au monde qui a fait don, depuis 1984, de 32 milliards de dollars sur sa fortune personnelle, bâtie sur les marchés financiers".

L'Open Society s'est concentrée au départ sur l'Europe de l'est et les ex pays soviétiques, et après le mur de Berlin elle a élargi ses activités aux Etats-Unis, à l'Asie et l'Afrique. 

2022-10-04 19_31_43-Billionaire George Soros getting married for the third time _ Reuters

Pour certains observateurs, Soros est l'homme de main de l'oligarchie financière anglaise et joue sa partition de destruction des Etats-nations, vieille marotte des capilatistes anglo-saxons. C'est le bras droit du baron Edmond de Rothschild, un certain George Karl Weiss, qui lui aurait prêté l'argent nécessaire pour lancer son business. Arrivé en Angleterre en 1947 sous la protection d'un prof de la London School of Economics, il y a aussi étudié. 

Sa fortune vient d'opérations spéculatives contre le bhat thailandais, la lire italienne, la livre anglaise notamment, et à l'utilisation extensive des paradis fiscaux.

C'est probablement de ces milieux eugénistes anglais que lui vient sa défense de l'euthanasie ou du "suicide assisté", par exemple (cf. son "Project on Death in America" pour "changer la culture de la mort" et accompagner les gens dans la mort plutôt que d'essayer de les soigner).

Pas difficile, puisque son fonds d'investissement Quantum Fund, est domicilié à Curaçao aux Antilles néerlandaises, un paradis fiscal notoire. Et il gagne son pognon sans se soucier d’éthique et certains l'accusent de spéculer contre l'Euro comme il l'avait fait contre la Livre dans les années 90, et d’avoir contribué aux crises financières Européennes pour ensuite prêter de l'argent à l'Europe à des taux d’intérêt élevés.

Aujourd’hui, l’Open Society est un peu une multinationale de la démocratie avec de nombreuses filiales et structures satellites entre lesquelles naviguent les responsables. Parmi celles-ci il est intéressant de citer :

  • OTPOR drapeaux

    Otpor, une association d'étudiants serbes financée par l'USAID (l'agence de développement US) et par l'Open Society notamment. Elle a été très active dans la préparation de la guerre de l'OTAN contre les Serbes à la fin des années 90 en organisant des formations pour les militants "démocrates" dans des pays où l’OTAN cherche à faire basculer le pouvoir, et dans lesquels ont généralement lieu ces pseudos révolutions "colorées". A commencer par la Yougoslavie qui a été littéralement explosée façon puzzle par l’occident en ciblant la Serbie [39] où l'association a été créé en Serbie en 98 avec le soutien d’une structure US proche du gouvernement, le National Endowment for Democracy, en tant que mouvement étudiant pour aider à faire chuter Slobodan Milosevic. On retrouve évidemment Otpor en Ukraine, où ils étaient déjà actifs en 2004 pour la pseudo "révolution orange". L’Open Society y finance directement depuis 1990 une International Renaissance Foundation. Ils sont aussi au Liban, en Géorgie, en Estonie, en Pologne, au Sénégal avec Yen a marre qui s’est reprpduit depuis 2011 dans d’autres pays d’Afrique… Ses fondations ont été ejectées de certains pays comme en 2018 de la Hongrie.
  • L’Open Society European Policy Institute qui est à Bruxelles, et dont les activités auprès de l’Europe et de la Cour Pénale Internationale sont assez inquiétantes. Son objectif est clair : "Il s'efforce d'influencer et d'informer la prise de décision sur les lois, les politiques, le financement et l'action extérieure de l'UE afin de maintenir et de promouvoir des sociétés ouvertes en Europe et au-delà". La CPI est le fruit d’un processus absolument pas démocratique piloté par des ONG et groupes d’intérêts autour de l’ONU, pour commencer à aligner le droit international sur la mondialisation économique, à l’anglo saxonne. Cela, au nom de la paix et des droits de l’homme. Le procureur de la CPI est nommé d’une manière obscure et elle ne juge que ceux qui arrangent l’occident.
  • L'Open Society Initiative for Europe (OSIFE) créé en 2013 spécifiquement pour financer des ONG "antiracistes" et surtout pro islam en Europe de l'ouest et de démocratie en Europe de l'est. Ce qui a nécessité des rapprochements hasardeux entre organisations féministes et pro-islam, par exemple, pour mener un lobbying efficace à Bruxelles afin de défendre les femmes muslmanes (que certes il faut défendre mais ces magouilles stratégiques ne font certes pas avancer la cause féministe, du moins en version occidentale).
  • L’Open Society Justice Initiative,
  • L’Open Society Initiative for West Africa
  • L'Université d’Europe centrale de Budapest destinée à former une nouvelle génération de dirigeants politiques et économiques.

2022-03-12 21_40_09-Open Society Foundations - Opera

L’Open Society soutient aussi financièrement, parfois massivement, de nombreuses autres "ONG" type Amnesty International, Transparency International, Oxfam, Human Rights Watch (10 millions de $ par an quand-même)… Et elle collabore étroitement avec le NED, le National Endowment for Democracy, qui est une structure publique chargée de promouvoir la "démocratie" dans le cadre d'une stratégie impérialiste créée en 1983. Il a aussi filé 7 millions à Hillary Clinton en 2016, quelques millions à Obama en 2007, et a pesé de tout son poids sur la sélection des différents candidats démocrates aux présidentielles US.

Soros peut miser sur le soutien de personnalités politiques pour faire avancer sa cause : Madeleine Allbright qui a été très active pour la guerre en Yougoslavie et au Koweit, Tony Blair, Alassane Ouattara qui a rencontré Soros quand il était directeur général adjoint du FMI et a fait tomber Gbagbo avec l’aide de la France, ou l’éternel "conseiller économie" (du Fmi, de la Banque Mondiale, de l’OCDE, de l’OMS et de nombreux gouvernements ciblés par Soros partout dans le monde) Jeffrey Sachs, un vieil ami de Soros.

Soros TimeDans les années 90, l'Open Society a été éjectée de plusieurs pays: Biélorussie, Yougoslavie, Albanie, Croatie, Khighizistan après des accusations de malversations fiscales et / ou d'espionnage.

En 2018, c'est carrément le siège de l'ONG qui a été viré de Hongrie où toutes les activités ont cessé, puis installé à Berlin. Elle chapeautait une soixantaine d'organisations "démocratiques" sur place comme l'université d'Europe centrale de Budapest ou le Civic Education Project créés en 1991 lors de l'invasion du pays par les ONG atlantistes.

A Bruxelles, l'Open Society est très influente auprès de la commission européenne et autres structures de décision, et leur avis est respecté. Il faut dire qu'il y a une consanguinité: de nombreux chercheurs et responsables de l'Open Society ont travaillé dans les institutions européennes.

Depuis le début des années 2000 il s’occupe aussi de "transparence" de l’extraction de matières premières, via l’ "Extractive Industries Transparency Initiative" lancée officiellement par Tony Blair en 2003 et "Publish What You Pay". Le travail a commencé par les versements aux gouvernements pour les hydrocarbures autour de la mer Caspienne. Et dès 2004 les "leaders du G8" adhéraient à la démarche.

coupr pénale internationale

L’Open Society finance aussi la Coalition pour la Cour Pénale Internationale (CCPI) qui se targue d’avoir créé la Cour Pénale Internationale. Et en 2017, elle a donné directement 115.000$ (au moins) à la CPI. Et il y a quelques mois, un scandale sur liens entre la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), censée être la plus haute juridiction administrative de tous les pays d’Europe, et les fondations de Soros a plus ou moins remué le microcosme.

C’est grave : nos plaintes contre l’Etat pour les mesures liberticides diverses et variées finissent là, systématiquement rejetées. 

Le conseil de l’Europe qui chapeaute la CEDH collabore avec le Réseau européen des institutions nationales des droits de l’homme, lui-même financé à la fois par l’Europe et par l’Open Society à hauteur de 5% de son budget en 2019, et avec l’European Implementation Network (Réseau Européen de Mise en œuvre), dont l’Open Society est cette-fois le principal donateur.

2022-10-04 21_07_38--La CEDH et les ONG- - Opera

De plus, une bonne partie des "juges" de la CEDH ont été rémunérés par des ONG dont la plupart sont dans la galaxie Soros, comme l’a montré un rapport du European centre for Law and Justice : "Il a été possible d’identifier sept ONG qui, étant actives à la Cour, comptent parmi leurs anciens collaborateurs au moins une personne ayant siégé comme juge permanent de la CEDH depuis 2009. Il s’agit (par ordre alphabétique) de :

  • A.I.R.E. Centre (Centre sur les droits individuels en Europe),
  • Amnesty International,
  • la Commission Internationale des Juristes (CIJ),
  • le réseau des comités et fondations Helsinki
  • Human Rights Watch (HRW)
  • Interights (Centre international pour la protection judiciaire des droits de l’homme),
  • l’Open Society Foundation (OSF) et ses diverses branches, en particulier l’Open Society Justice Initiative (OSJI) ». Au moins 12 juges ont collaboré contre rémunération directement pour l’Open Society entre 2009 et 2019. Le rapport précise que « Concernant l’Open Society Foundation (OSF) et ses branches, onze des douze juges ayant eu des liens forts avec cette organisation ont jugé des affaires dans lesquelles elle est intervenue".

Cette étude relève également un lobbying pour faire évoluer la jurisprudence à travers de nombreuses actions en "justice" : "Depuis 2009, on recense au moins 185 affaires ayant donné lieu à la publication d’une décision de la CEDH dans laquelle l’une au moins des sept ONG dont sont issues des juges a visiblement agi. Dans 72 d’entre elles, l’une au moins de ces ONG a visiblement agi comme requérante, ou comme représentant légal du requérant.

Sur cette même période, ces ONG ont en outre été autorisées à intervenir comme tierce partie dans plus de 120 affaires ayant donné lieu à la publication d’un jugement. Il arrive fréquemment qu’en raison de l’importance stratégique d’une affaire, plusieurs de ces ONG s’associent pour intervenir ensemble39, témoignant ainsi de leur proximité doctrinale". Et ceci n’est qu’un minimum tant l’opacité règne en la matière.

Soros Rothschild

Et puis il y a toutes ces ONG qui se trouvent dans la sphère de l’Open Society car elles en reçoivent des subventions, et qui sont également très actives auprès de la CEDH : "Parmi les centaines d’organisations gravitant dans l’orbite de l’OSF, certaines sont actives devant la Cour et bénéficient d’un important financement prélevé sur les 32 milliards de dollars dont a été doté l’OSF depuis 1984. C’est le cas de Human Right Watch qui a reçu 100 millions de dollars américains depuis 2010 (et dont le président d’honneur fut aussi président de l’OSF), mais aussi des Comités Helsinki qui ont reçu plus deux millions et demi de dollars en 2016, dont 460 000 pour le Comité bulgare, 610 000 pour le Comité hongrois, 1 325 000 pour la Fondation Helsinki pour les droits de l’homme de Pologne". Etc.

Il s’agit ni plus ni moins d’entrisme dans des institutions non démocratiques, qui décident de l’orientation du droit et de ce qui est conforme ou non aux "droits de l’homme" pour l’ensemble des citoyens européens. Que dirait-on si le juge du coin était lié avec des structures représentant des intérêts privés et dont l’agenda final est plus ou moins opaque ? Je plaisante.

2022-10-04 21_42_43-Justice Reform and the Rule of Law - Open Society Foundations - Opera

Pour terminer, le rapport souligne que "Pour certaines de ces ONG, il est relativement factice de les distinguer de l’OSF tant elles en dépendent financièrement. Les juges ayant eu des responsabilités au sein de ces ONG ne peuvent ignorer ces liens. Le nombre d’affaires laissant apparaître un lien indirect est tellement considérable que nous n’avons pas entrepris de l’évaluer totalement".

En France, l’Open Society est surtout active dans le financement d’associations axées sur les thèmes de la "diversité" version mise à bas de la laïcité, et a commencé à par dénoncer, pour le coup à raison, les contrôles au faciès opérés par les forces de "l’ordre".

Elle soutient aussi des organisations comme la Ligue des Droits de l’Homme, qui est traditionnellement une filiale de la franc-maçonnerie en France –comme beaucoup de "ligues" d’ailleurs, ou l’Observatoire International des Prisons dont l’action dans ce pays est indispensable mais qui se place tout de même en dépendance de Soros et son programme. On a aussi appris que le Collectif contre l'islamophobie en France a reçu 35.000 € en 2012.

Bref, il semble que l'Open Society fait tout pour exciter les clivages et les divisions de la société, alors que faire société c'est de partir de ce qui nous rassemble pas de ce qui divise. 

 

National Endowment for Democracy

2022-10-05 21_37_08-NATIONAL ENDOWMENT FOR DEMOCRACY - Supporting Freedom Around the World - Opera

En 1985 encore, on découvrait le National Endowment for Democracy (NED ou "fonds national pour la démocratie"), un lobby créé en 1982 avec le soutien de Reagan et financé par le gouvernement US. Créé après des années de réflexions en tant qu'organisation non gouvernementale, il s'est positionné officiellement sur le terrain de la défense des droits de l'homme - principalement en URSS et dans les pays satellites, faisant des "droits de l'homme" le vecteur d'une nouvelle forme d'interventionnisme

Cette stratégie permettait de dissocier le gouvernement et la CIA des activités et financements du NED auprès de diverses organisations à l'étranger, en offrant une alternative pour les opérations de subversion clandestines, normalement interdites par le droit international.

"Chargé dès sa création de financer les "forces démocratiques" à l’étranger (dissidents, organes de presse indépendants, leaders démocrates, militants des droits de l’homme, syndicats, etc.), il s’inscrit en fait dans la continuité des opérations politiques de la CIA, qui sont théoriquement bannies depuis 1977. Cette filiation se manifeste d’abord dans l’anticommunisme virulent de l’institution, qui soutient non seulement des dissidents, mais aussi des forces conservatrices dans des pays démocratiques. Et tandis que la CIA utilisait des fondations écran, le NED, dont le budget est annuellement approuvé par le Congrès, finance à son tour, mais ouvertement, des institutions américaines ou étrangères", explique Nicolas Gilhot dans l'article "Les professionnels de la démocratie".

National endowment for democracy

Le NED, que Nicolas Guilhot qualifie avec d'autres ONG du même type d' "activistes internationaux 'conventionnés'" a donc distribué pas mal d’argent en France –et ailleurs- à des structures diverses et variées, toutes pour l’économie de marché, favorables à l'impérialisme US et contre le communisme. L’argent était versé par le biais de structures "officielles", comme l’AFL-CIO, le syndicat international pro US qui a reçu pendant les premières années du NED jusqu'à 70 % de son budget de donations.

Le NED était lui-même financé par des organismes gouvernementaux US. "Il s’appuie sur trois grandes institutions de Washington qui ont contribué à sa naissance : le département d’État, l’USIA (United States Information Agency, l’agence d’information des États-Unis) et l’AID (Agence internationale pour le développement), qui lui fournit les fonds. Ces derniers sont destinés à promouvoir la politique étrangère et militaire des États-Unis, à défendre les valeurs de la démocratie américaine et du libre marché", explique Frédéric Charpier dans "La CIA en France". L’argent était donné à des structures intermédiaires comme la fédération syndicale internationale AFL-CIO qui le redistribuaient ensuite à d’autres structures sans qu’on puisse deviner qu’il venait directement de Washington[40].

2022-10-05 22_22_11-During Kenya’s Election, NED Partners Target Online Misinformation - NATIONAL EN

L’UNI, un syndicat étudiant franchement à droite créé par de Gaulle, a reçu 400.000 $ en 1985. Mais, Force Ouvrière chargée de diviser la gauche en a obtenu davantage : 830.000$ tout de même [41]. Au niveau mondial le NED a financé à hauteur de 200 millions de dollars, entre 1982 et 1992, 1500 projets en accord avec ses idées. Le très à droite Institut d’Histoire Sociale d’Albertini a aussi reçu de l’argent du NED.

Le NED, pourtant bien conservateur, a en effet aidé à organiser des organisations de gauche, avec des leaders "de gauche" bien dans leur ligne de pensée: il s'agit de "contenir les mouvements pour les droits civiques et les groupes étudiants dans les limites du progressisme démocrate", comme le dit Nicolas Gilhot. C'est ce qui a créé cette tendance de gauche caviar derrière le Labour, cette gauche politique atlantiste qui défend le néo-libéralisme et un "progressisme" qui laisse perplexes les militants gauchistes les plus aguerris. Pourquoi? Parce que cette "gauche" était un instrument de la lutte anticommuniste.

Combinant idéologie et expertise, le NED s’est doté en 1994 d’un laboratoire d’idées, son petit lobby pour créer des études, l’International Forum for Democratic Studies. Il tourne grâce à des bienfaiteurs privés et est placé "sous l’autorité scientifique d’un research council dont les membres sont présentés comme des democracy experts. Cette stratégie d’investissement savant répond à plusieurs impératifs. En permettant de définir un champ d’expertise, elle vise tout d’abord à affranchir ces pratiques de leurs origines idéologiques", selon Nicolas Guilhot[42]

NED democracy

Dans ce conseil "scientifique" il y avait beaucoup de membres du Council on Foreign Relations, de la RAND corporation, du Center for Strategic and International Studies, l’American Enterprise Institute, la Hoover Institution ou la Carnegie Endowment for International Peace et aussi quelques universitaires pour la caution "scientifique". On restait donc essentiellement entre soi.

Les "experts" du NED s'exprimaient donc dans des revues scientifiques, dans des congrès, dans les médias, dotés de l'aura des "sachants" insérés dans les réseaux qui comptent.

Le NED a donc grandement contribué à professionnaliser la "réflexion" conservatrice, très orientée à droite, anticommuniste bien-sûr, mais désormais son discours est devenu plus "technique", ce qui a estompé l’aspect purement idéologique de la démarche.

Elle a inscrit ses préoccupations dans le monde "scientifique" et depuis des années ceux qui tiennent ce discours passent pour "réalistes" et ceux qui le critiquent pour des idéologues, preuve que cette stratégie que certains ont appelée "métapolitique" a été efficace.

Il coordonne un réseau de lobbys et think-thank impérialistes, le Network of Democracy Research Institutes (NDRI), destiné à renforcer les liens entre les réseaux "pro-démocratie" à la façon NED, qui est lui-même membre du "World Movement for Democracy" créé en 1999 et qui réunit des "activistes de la société civile" en faveur de la "démocratie", surtout en Afrique, Asie et au Moyen-Orient.

2022-03-09 20_22_33-Damon Wilson - NATIONAL ENDOWMENT FOR DEMOCRACY - Opera

Le président et PDG du NED aujourd’hui est Damon Wilson, dont le NED nous explique qu’il vient de l’Atlantic Council auquel il a donné une dimension mondiale, et a été assistant du directeur des affaires européennes au National Security Council, "aidant à élargir une Europe entière, libre et en paix ; à garantir la liberté par l'élargissement de l'OTAN ; à dissuader et contrer l'agression russe ; et à  travailler avec une Europe unie en tant que partenaire américain de premier plan pour soutenir la démocratie dans le monde".

Une articulation claire entre impérialisme US et affrontements géostratégiques via l’OTAN, avec l’Europe comme toutou, qui est patrfaitement claire quand on voit l'activisme du NED sur l'Ukraine et contre la Russie.

Auparavant, Wilson était dans le staff du secrétaire général de l’OTAN (2001 à 2004 pour la guerre en Afghanistan), puis directeur de l’Europe centrale au National Security Council (de 2004 à 2006), "aidant à élargir l’OTAN" avec les coups d’Etat en Europe de l’Est et Asie centrale, notamment. Il est aussi passé par les ambassades US à Pékin et Bagdad et pendant ses études au milieu des années 90 il a été bénévole au Rwanda dans l’ONG Save the Children, et aussi pour le War Program.

Depuis quelque temps, le NED s'occupe aussi d'information (et de propagande) et déploie le concept de "kleptocratie internationale" mais bien-sûr ce ne sont pas les macron et les Von der Leyen qui sont visés, mais les dirigeants de pays ciblés par l'establishment US : Vénézuela, Syrie, Russie évidemment, l'Afrique centrale où il y a tant de richesses plus ou moins connues dans le sous-sol... Ils influencent des élections, par exemple au Kenya en luttant contre la "désinformation" ou en Gambie en organisant le bloc d'opposition, ils soutiennent des "journalistes" en Ukraine...

 

German Marshall Fund

German Marshall Fund

On a très rapidement abordé le German Marshall Fund, parmi d’autres structures transnationales atlantistes, avec l’explication sur l’influence de la CIA sur les journalistes. L’une des structures qui permet de faire rentrer dans l’orbite US des journalistes –ou autres- est selon le journaliste repenti Udo Ulfkotte, le German Marshall Fund (voir la vidéo ci-dessous, qui date de 2014 [45]) dont il était membre et par lequel il a voyagé aux Etats-Unis au début de sa carrière.

Une de ses méthodes est de payer des voyages aux Etats-Unis, tous frais payés, à de jeunes loups aux dents longues, et de leur fournir un réseau pour leur carrière.

Ulfkotte explique qu'il recevait des pots-de-vin de milliardaires US pour mentir dans les journaux où il écrivait, et que tous les médias allemands sont en lien "avec les grosses organisations transatlantiques" où on approche les jeunes journalistes pour rejoindre les programmes d'échanges par exemple.  

Le German Marshall Fund (GMF) ne cible pas que les journalistes, et vise tous les futurs leaders principalement dans la politique, et finance divers programmes "démocratiques" en Europe de l'Est, dans les anciens pays du bloc soviétique qui sont particulièrement ciblés.

Créé en 1972 à l’initiative de Willy Brandt qui l'a annoncé lors d'un discours à Harvard et de Guido Goldman (un prof d'Harvard fan de Kissinger, accessoirement fils de l’ancien président de l’Organisation sioniste mondiale Nahum Goldmanpour remercier les bienfaiteurs américains du plan Marshall, il est cofinancé par les Etats-Unis et l’Allemagne, et a été très actif dans les pseudo révolutions au Moyen-Orient et en Afrique du nord, puis en Europe de l’est et en Ukraine. 

2019-06-01 22_22_29-german marshall fund micron

Il dispose d’une antenne à paris depuis 2000, et organise des programmes de "voyages d'étude" d'un an pour de jeunes européens prometteurs aux Etats-Unis, et vice-versa.

Le micron a bénéficié des largesses du German Marshall Fund en 2007, une année qui aurait décidément  été bien remplie, car il a aussi fait aux Etats-Unis un stage de plusieurs mois à la banque Rothschild [43]. Sa candidature avait été proposée par le banquier Bertrand Badré, un ancien chiraquien (2003) qui a étét vice-président de la banque Lazard à Londres et a été directeur financier de la Banque Mondiale.

Mais ledit Badré aime aussi s'occuper de "santé": il a participé à la création du GAVI, l'alliance pour les "vaccins" de Bill Gates qui est en fait un gros lobby pro injections de masse pour rapporter un maximum à Big Pharma tout en permettant un contrôle renforcé des populations, voir leur réduction - cela reste à démontrer mais la question est ouverte [44].

C'est Badré qui a constitué le schéma financier du GAVI, via le Finance Facility for Immunization (IFFIm) qui a permis de lever des fonds pour financer la recherche et la distribiution de diverses mixtures, en Afrique et partout dans le monde aujourd'hui. Badré a aussi été à l'origine de la création d'UNITAID, qui est un fonds d'argent public (notamment vvia une taxe internationale sur les billets d'avion) et un peu privé, destiné à financer des campagnes massives d'injections. Bref.

2022-10-08 13_37_33-Marshall Memorial Fellowship _ Strengthening Transatlantic Cooperation - Opera

Comme le micron, tous les ans une cinquantaine de futurs "leaders" (hélas pour nous) sont d'abord formés puis invités à découvrir l'autre côté de l'Attlantique par le German Marshall Fund. "A chaque étape, des rencontres sont organisées avec des élus, des chercheurs, des hommes d'affaires ou encore des Américains ordinaires", explique L’Express. De quoi bien étoffer son réseau.

Najat Vallaud Belkacem y a été également. Il y a aujourd'hui plusieurs porgrammes d'échanges pilotés par le GMF:

  • Le Marshall memorial Fellowship, qui est le programme n°1 du GMF. Créé en 1982 il concerne plusieurs dizaines d'européens et d'US chaque année, avec aujourd'hui des sessions de cours à distance pendant 6 mois et 24 jours sur place. C'est ce programme qu'a suivi le micron, comme 2500 jeunes cadres dynamiques ("2500 leaders" comme dit le GMF.
  • ReThink CEE fellowship : "repenser l'Europe", rien que ça, créé en 2017. La "future génération d'experts politiques et de leaders" d'Europe de l'est a droit à un an à l'étranger puis on leur propose des "opportunités professionnelles".
  • Le Transatlantic Inclusion Leaders Network (TILN) vise spécifiquement les "leaders issus de la diversité" dans la politique et s'intéresse aux enjeux de "diversité" comme on dit. Ledit réseau "compte plus de 200 anciens élèves qui accèdent à des fonctions supérieures, notamment au Parlement européen et au Congrès américain, entre autres. Grâce au TILN, le German Marshall Fund (GMF) offre une occasion unique de répondre aux exigences de leadership du 21e siècle, car il est crucial que les institutions reflètent la diversité des sociétés de part et d'autre de l'Atlantique et favorisent l'équité, l'inclusion et l'appartenance" (sic.).
  • Le Manfred Wörner Seminar/Euro-Atlantik Seminar qui concerne seulement l'Allemagne et les Etats-Unis avec une trentaine de jeunes chaque année. Il a été lancé en 82 sous le parrainage du Germand Marshall fund et du Bureau des ofrces armées du ministère de la Défense Allemand.
  • Le Policy Designers Network s'adresse aux jeunes leaders de Géorgie, Moldavie, Arménie et d'Ukraine pour les former à la démocratie made in USA et leur donner des "outils", afin de renforcer les "relations transatlantiques".
  • Le leadership Lab qui vise les jeunes activistes des mêmes pays (Arménie, Géorgie, Moldavie et Ukraine) pour "augmenter leurs capacités et leur impact". 

Garman Marshall Fund 2

Les administrateurs du GMF sont liés au Pentagone, à la CIA et/ou à Wall Street, et ils sont tous aux Etats-Unis. Il est d'ailleurs financié par l'USAID [46].

A travers ses "experts", quasiment tous US, qui produisent des études et autres documents de propagande, assistent à des congrès, s'expriment dans les médias et auprès des politiques, ce lobby propage la bonne parole atlantiste, libérale, et le capitalisme. Elle gagne chaque année en influence dans nos "démocraties" et agit dans le même sens que les autres ONG dont on a parlé.

Parmi les thématiques du moment pour le GMF il y a la reconstruction de l'Ukraine, la montée en puissance de la Chine, la promotion des nouvelles technologies notamment autour des enjeux de surveillance et de "sécurité", de l'identité numérique, ou encore le fameux concept de "désinformation" tellement pratique pour nettoyer le paysage de toute contradiction, etc.

 

Le Forum Economique Mondial de Davos

leyen trump davos

Le Forum Economique Mondial, qui a le statut de fondation privée à but non lucratif, est la grande vitrine mondiale du capitalisme triomphant. Il a son siège en Suisse dans le canton de Genève où de nombreuses banques, multinationales et ONG ont aussi leur siège, et chaque année en janvier Schwab officie comme le Monsieu Loyal de la "grand messe" du capitalisme à Davos, dont Soros est jaloux (il le qualifie d'"énorme cocktail party").

Elle permet d’afficher la puissance du business occidental. Ce n'est pas une création européenne, mais des milieux d'affaires US. 

De nombreuses activités, bien lucratives, sont organisées par des structures satellites du forum et rapportent de la monnaie sonnante et trébuchante à Schwab.

Créé sous le nom de European Management Forum jusqu'en 87 quand il a pris le nom de forum économique mondial, il agit comme un lobby parce qu’il propage la bonne parole néo libérale, et diffuse les lignes directrices sur les principaux sujets d'actualité et la prospective. Il permet aussi de coopter des élites dans les différents pays, en leur offrant un réseau mondial, mondialiste même.

2022-10-08 22_11_09-Building a movement _ Global Shapers - Opera

Il a notamment mis en place un programme Young Global Leaders (comme la French American Foundation) pour coopter de futurs "leaders". Là aussi, le micron est Young Leader et c'est le seul politicien français!

Schwab s'est vanté que son réseau d'environ 600 personnes aujourd'hui comprend des politiques aux plus hautes responsabilités notamment en Europe ou au Canada.

Depuis 2011 il y a aussi le programme "Global Young Shapers" qui finance des projets portés par des moins de 30 ans essentiellement dans les pays d'Asie, d'Afrique, d'Amérique latine, du Moyen-Orient. Objectif : "donner aux jeunes les moyens de jouer un rôle actif dans l'élaboration des agendas locaux, régionaux et mondiaux".

Selon certains chercheurs comme Kees van der Pijl, Davos "succéderait ainsi à d’autres organisations qui l’ont précédé, comme la franc-maçonnerie, le réseau gravitant autour de la Round Table à l’apogée de l’Empire britannique ou les conférences de Bildeberg tout au long de la guerre froide et au-delà. Mais selon lui, à la fin des années 90, le WEF constituait bel et bien "le groupe de planification transnational le plus accompli, […] une véritable Internationale du capital"", résume le sociologue Jean-Christophe Graz dans un article de 2003 sur le forum de Davos.

 

2022-10-08 16_45_47-Das Forum- Le seul documentaire en 50 ans d'histoire du Forum de Davos (VF) - Cr

Le programme affiché de Davos est la mise en place d’un nouvel ordre mondial comme Schwab l'a moult fois expliqué, mais maquillé derrière des objectifs sociaux et environnementaux à travers une théorie inventée par Schwab (la "théorie des parties prenantes" c'est-à-dire la coopération des "parties prenantes" au jeu économique, avec une place prépondérante donnée aux multinationales).

 

Schwab a mis en place son forum avec un expert qui a créé l'Hudson Institute, Herman Kahn, spécialiste de la prospective au niveau mondial, grand défenseur des intérêts US et proche de Kissinger lui aussi. Il est venu en Europe mobiliser les troupes avec l'économiste néo-libéral John Kenneth Galbraith pour que le 1er forum soit un succès. Schwab avait alors 33 ans et a bénéficié d'appuis importants au niveau international, comme celui de Raymond Barre.

On note que comme Kissinger, Galbraith et Kahn étaient membres du Council on Foreign Relations: les trois mentors de Schwab. Lors de la première conférence, c'est Galbraith qui était le principal intervenant. 

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Schwab, fils d'un industriel collaborateur du Reich [47] est très proche des Etats-Unis, où il a été diplômé d'Harvard en économie dans les années 60, et où il a rencontré Kissinger qui y enseignait. Depuis les premiers jours du forum en 1971, il s'entoure d'un staff principalement composé d'US.

Le journaliste Johnny Vedmore écrit que "en fait Kissinger a recruté Schwab à l'International séminar à Harvard, qui était financé par la CIA (...) Le Forum économique mondial n'est pas une création européenne. En réalité, il s'agit plutôt d'une opération qui émane des grands de la politique américaine des époques Kennedy, Johnson et Nixon, qui avaient tous des liens avec le Council on Foreign Relations et le mouvement associé de la Round Table; avec un rôle de soutien joué par la Central Intelligence Agency".

2022-10-08 17_30_02-Kissinger_ The challenges facing the world right now _ World Economic Forum - Op

Les objectif des US, dont Kissinger est une des éminences grises, s'inscrivaient alors dans la guerre froide avec la lutte contre le communisme, l'instauration d'un ordre économique néo-libéral fabriqué avec les règles de Wall Street et La City, et l'alignement du droit latin sur le droit anglo-saxon, la guerre de la propagande, et finalement l'interdépendance des Etats grâce notamment à l'Europe, dans un ordre mondial dominé par les Etats-Unis.

Kissinger était le directeur exécutif de l'International seminar que Schwab a rejoint vers 1967, avant de devenir conseiller à la sécurité nationale sous Nixon en 1969. C'était la structure qui recevait le plus d'argent de la CIA à Harvard à cette époque.

Les préoccupations collent à l'actualité et à la construction du monde de demain. Aujourd'hui, il est par exemple question du Métaverse, ce monde parallèle virtuel dans lequel les fanatiques de la technologie veulent nous imposer et que le forum compte construire avec "les parties prenantes", c'est-à-dire son réseau d'entreprises et d'ONG.

2022-10-08 22_22_14-Qu’est-ce que « The Great Reset », un livre devenu théorie du complot _ - Opera

En 2008 le forum de Davos avait 300 salariés qui organisaient un forum annuel en Chine et des sommets régionaux au Moyen-Orient, en Inde, en Afrique, en Amérique latine.

De nombreuses entreprises sont partenaires du forum, voire partenaires "stratégiques", dont les Gafam, la plupart des grandes banques, fonds spéculatifs et des entreprises du CAC 40 notamment, et presque tous les leaders de l'industrie pharma.

Après le crise de 2008, le forum est devenu encore plus actif autour de la théorie des "parties prenantes" de Schwab. En 2009 il a lancé différentes initiatives dont la Global Redesign Initiative à travers laquelle il dit que "le temps est venu d’adopter un nouveau paradigme de gouvernance internationale, analogue à celui de la théorie de la gouvernance d’entreprise sur laquelle le Forum économique mondial a été fondé".

En 2020 c'est la Great Reset Initiative (dont on a déjà parlé ici) qui a été lancée avec un bouquin praticulièrement chiant à lire de Schwab (et qui par ses aspects pontifiants m'a beaucoup rappelé l'Alchimiste de Coelho) pour jeter les bases d’un futur "post-pandémique" et de sa 4e révolution industrielle numérique et "green", qui selon lui permettra de "fusionner nos identités physique, biologique et numérique". Puis ce fut le "Great Narrative" pour construire un discours commun sur ce magnifique devenir (c'est aussi le titre du dernier bouquin de Schwab). 

Schwab développe l'idée de mettre en commun des secteurs entiers (pour socialiser les pertes), que l'Etat joue de le rôle de facilitateur pour le business, et qu'une superstructure mondiale coordonne le tout. C'est du néo-libéralisme communiste, en quelque sorte.

 

Zelensky davos

Radio Canada se plaint que ce Grand Reset soit "Dénoncée par des figures complotistes et de l'extrême droite comme un plan de l’élite mondiale pour abolir la propriété privée et les frontières, mettre fin aux libertés individuelles et asservir l’humanité". Je rassure: on peut aussi le critiquer sans être d'extrême-droite ni même "complotiste" (car selon moi exposer les mécanismes de corruption n'est pas complotiste, sinon ce serait la fin du journalisme), d'autant que tout est public, tout a été annoncé urbi et orbi depuis des années.

L'article de Radio Canada, dont l'auteur a bien lu le communiqué de presse de Davos, poursuit: "Cette initiative du Forum Economique Mondial vise à construire un monde meilleur après la crise sanitaire et cherche plutôt à sauver le capitalisme qu'à le détruire, en mettant l’accent sur la protection de l’environnement et la coopération internationale". Ben oui,pourquoi s'inquiéter de si bonnes intentions de la part de gens aussi bien? 

Peut-être parce que l'idéologie transhumaniste et élitiste qui se cache derrière ces beaux principes n'a rien d'oecuménique, et parce que tout est en train de se dérouler sans aucun débat public, loin du regard des citoyens. 

 

La fondation Gates

Gates microsoft

Je ne vais pas faire long sur la fondation Gates, car on en a déjà parlé au sujet du covid. Rappelons seulement qu’elle a été créée en 2000 après quelques scandales sur les magouilles de Gates et Microsoft, pour redorer son blason, et elle a bénéficié de la plupart de la fortune de Warren Buffet.

Elle se consacre à ce que certains observateurs, notamment en Afrique, appellent un "néo-colonialisme de la santé" avec de grandes campagnes de "vaccination" et d’ "éducation" organisées dans les pays les plus vulnérables.

Au fil du temps, Gates a mis en place un véritable réseau qui mélange les entreprises de la technologie et de la santé, et qui a pris le dessus sur les organisations internationales, notamment l'OMS qui a été en réalité privatisée (Gates en est le 1er financeur depuis des années), et des tas d'organisations satellites financées par le privé et le public, qui récupèrent de l'argent pour financer la recherche sur les virus et les nouveaux "vaccins". 

Ils ont dit, l'OMS, Gates et compagnie, que le XXI e sicèle sera le siècle des "vaccins" [48]. Et attention: il ne s'agira pas de vaccins classiques mais de "vaccins" améliorés avec les nouvelles technologies comme les produits à ARN, le graphène et on ne sait quoi d'autre. Des trucs expérimentaux dont nous sommes les cobayes. 

 

 

Bill Gates vient d'une famille d'eugénistes bien insérés dans les classes supérieures de la société. Dès les débuts de Microsoft, il a bénéficié de transferts de technologie de la DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency), comme les autres leaders de la tech. C'est donc un échange de bons procédés: il développait sa boîte à l'international et rendait des services à l'establishment US.  

Bill gates graffiti- Opera

On n'est donc pas surpris d'apprendre, par exemple, que Gates développe avec la DARPA un programme de forçage génétique pour créer des "vaccins" OGM qui modifieront l'ADN des injectés et même du reste de l'espèce par contagion. Cela peut éêtre un "vaccin" contre la fertilité, grande marotte de Gates et l'OMS depuis les années 90 au moins. Evidemment, ces recherches ne sont officiellement destinées qu'à se protéger d'une attaque de ce type [49]. 

Gates mène ainsi le projet Target malaria au Burkina-Faso, qui consiste à lâcher des milliards de moutiques OGM censés éradiquer les moustiques porteurs de la malaria.

Gates a aussi beaucoup investi dans l'identité numérique qui consiste à réunir toutes les données de toute la population, pour conditionner son accès à différents services. Il finance, via sa fondation, de nombreuses initiatives dans ce sens, surtout en Afrique et en Asie, et mène un lobbying intensif auprès des gouvernements pour développer le plus vite possible cet arsenal numérique qui permettra de mieux contrôler tout le monde.

 

Arrêtons là cette longue liste des lobbys qui ont conditionné les politiques que nous subissons, dans tous les domaines: on a compris le schéma. Même s'il aurait été intéressant de parler plus en détail, entre autres, de:

  • 2022-10-09 12_55_32-Clinton Global Initiative – Clinton Foundation - Opera

    L'European Council on Foreign Relations : Créé en 2007 avec au départ des fonds provenant surtout de l'Open Society de Soros. C'est un lobby atlantiste et pro-europe qui publie des rapports.
  • L'Hudson Institute: Il a été fondé par Hermann Kahn, le collègue de Schwab, en 1961, pour étudier les leviers de la transition des Etats-Unis vers un futur technologique.
  • L'European Round Table of Industrialists: un lobby qui représente les plus grosses multinationales européennes et produit des rapports que la commission européenne recopie quasi tels quels pour donner les grandes orientations de l'Europe, par exemple sur l'éducation. Elle est très bien coordonnée avec l'agenda du Bilderberg, notamment.
  • Le Bilderberg : on en a déjà beaucoup parlé, mais il est intéressant de noter qu'il a perdu en importance depuis que tout le monde le connaît. J'ai eu confirmation qu'en parallèle de ces réunion, des orgies avec des massacres d'enfants sont organisées pour des invités triés sur le volet.
  • La Trilatérale: Créée en 1973 par David Rockefeller, pour resserrer les liens entre les USA, l'Europe et le Japon. Elle a beaucoup servi à propager la doxa de Wall Street auprès des élites politiques et économiques européennes, comme le Bilderberg plus axé sur les enjeux mondiaux. Elle a créé récemment une "task force sur le capitalisme en transition".
  • L'institut Bruegel: Un autre lobby pro europe, atlantiste, néo libéral. Créé en 2005 il se dit "indépendant" et cherche surtout à influer sur la politique européenne en produisant des études et autres publications.
  • L'institut Montaigne : un lobby néo libéral dirigé par Thierry de Montbrial, un pilier du Bilderberg pendant des années, qui s'exprime beaucoup dans les médias de milliardaires et produit des études, des rapports, organise des conférences pour réclamer toujours plus d'avantage en faveur du business.
  • La Clinton Global Initiative: C'est le programme phare de la fondation des Clinton lancée en 2001 pour financer des programmes sociaux aux Etats-Unis, puis dans le monde, et qui s'occupe donc aujourd'hui de "fédérer les leaders mondiaux et résoudre les problèmes" qu'ils ont créés eux-mêmes avec leurs copains.

 

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Tout au long de cette saga nous avons vu l'importance de ces fondations qui privatisent la "gouvernance" c'est-à-dire la gestion des affaires.Les milliardaires se considèrent naturellement comme éclairés et plus aptes à gérer la société que la population: c'est le modèle oligarchique, mais en version mondiale. 

Ces sortes de petits clubs élitistes transnationaux affidés aux intérêts des capitalistes anglo-saxons qu'ils représentent ne servent pas la démocratie, elles servent un programme qui permet le siphonage des richesses produites par les populations, la privatisation des profits et la socialisation des pertes. Elles échangent de manière informelle avec les représentant des Etats, ce qui rend quasiment impossible d'établir clairement leur influence pourtant bien réelle.

Ces fondations, ces lobbys, ont façonné nos sociétés en profondeur en agissant sur tous les leviers: politique, recherche universitaire, médias, business, justice, santé, éducation, alimentation. Rien n'a été laissé au hasard, et les milliards des capitalistes ont permis d'alimenter cette énorme machine d'influence. Il ne faut pas négliger cet impact et essayer de se déconditionner: quel serait le monde aujourd'hui sans cette influence? Comment penserait-on? Quels moyens de sortir de cette crise structurelle serions nous capables d'imaginer?

 



[1] Ce sont les mots d’un article écrit en 1940 par une journaliste américaine, Dorothy Thompson, qui était correspondante en Allemagne jusqu’à son expulsion par Hitler.

[2] Cf. "The Devils Chessboard Allen Dulles, the CIA, and the Rise of Americas Secret Government" de David Talbot.

[3] Cette banque qui existe toujours était dirigée pendant la guerre par un certain Thomas McKittrick, ami des frères Allen et John Foster Dulles a beaucoup servi à financer le 3e Reich et à blanchir l’argent volé par les nazis. Certains qualifient McKittrick de « banquier d’Hitler », notamment parce qu’il a accepté les dépôts d’or volé aux Juifs et aux pays pillés et de réaliser des échanges commerciaux avec l’étranger pour le compte de la Reichsbank, la banque du 3e Reich[3]. Il est arrivé à Berne en 1940 pour diriger la BRI, et a travaillé étroitement avec Allen Dulles quand il y est arrivé à son tour. La BRI était franchement au service du Reich : par exemple, celui qui en a rédigé la charte était Hjalmar Schacht alors patron de Reichsbank, qui a mis tout son pouvoir au service d’Hitler.

Schacht était très lié aux milieux financiers internationaux, notamment au patron de la banque d’Angleterre Montagu Norman. Il a poursuivi sa carrière de banquier après la guerre.

[4] Cf. Ludovic Tournès. Sciences de l’homme et politique « Les fondations philanthropiques américaines en France au XXe siècle ». Editions des Classiques Garnier. Editions des Classiques Garnier, pp.412, 2011, Bibliothèque des sciences sociales, François Vatin & Philippe Steiner.

« Au début du XXe siècle, les quelques grandes fondations qui existent (Carnegie, Rockefeller, Russell Sage notamment) commencent à se faire une place dans la société américaine, en participant activement (quels qu’aient pu être les motifs de cette participation) à la construction de l’Amérique moderne, dans des domaines aussi divers que le travail social (enquêtes de terrain dans les classes populaires), la santé publique (travail de la Sanitary Commission dans le Sud), la médecine (l’enquête Flexner sur l’organisation de l’enseignement médical), l’enseignement supérieur (le travail de la Carnegie Foundation for the Advancement of Teaching), ou encore la vie culturelle (le financement de musées ou la construction de bibliothèques par la Carnegie Foundation).

À la fois porteuses d’un projet de société inspiré par le darwinisme social, l’individualisme libéral et une certaine forme de conservatisme social, elles sont aussi marquées par une culture positiviste et une volonté de régulation sociale portées par le mouvement réformateur dont certains membres entament des carrières au sein de l’appareil philanthropique ».

[5] Cf. « The open conspiracy » de HG Wells, paru en 1928. « La Conspiration Ouverte, le mouvement mondial pour le remplacement, l'élargissement ou la fusion des institutions politiques, économiques et sociales existantes doit nécessairement, à mesure qu'il grandit, se rapprocher de plus en plus des questions de contrôle pratique. Il est susceptible dans sa croissance d'intégrer de nombreux fonctionnaires actifs et de nombreux dirigeants et administrateurs industriels et financiers. Il peut assimiler de grandes masses de travailleurs intelligents. A mesure que ses activités s'étendront, il élaborera tout un système de méthodes spéciales de coopération ». A la fin, plus rien ne peut se faire hors du pouvoir central, tout est pris dans la toile d’araignée.

[6] Cf. Johannes Großmann « L’Internationale Des Conservateurs. Cercles d’élites Transnationaux, Diplomatie Informelle et Biographies Croisées En Europe Occidentale Depuis 1945 ». Histoire, Économie et Société, vol. 35, no. 2, Armand Colin, 2016, pp. 32–44

[7] On notera que l’activisme de la fondation Rockefeller a porté sur de nombreux domaines, à commencer par la santé publique, la médecine et les sciences sociales qui ont été totalement reformatées.

[8] Cf. « L’argent de l’influence. Les fondations américaines et leurs réseaux européens », dirigé par Ludovic Tournès.

[9] Cf. « L’argent de l’influence. Les fondations américaines et leurs réseaux européens », dirigé par Ludovic Tournès.

[10] En effet, sans l’accord de Washington, jamais le coup d’Etat gaulliste de 58 n’aurait pu avoir lieu. Vincent Nouzille explique que « Des secrets si bien gardés » qu’un proche de Foccart, bras droit de de Gaulle, le dénommé Henri Tournet, a été voir le colonel Sternberg qui était en poste en France, puis l’ambassadeur US Amory Houghton, pour expliquer que la France respectera ses engagements dans l’OTAN et resterait dans la ligne de la IV e République, sauf quelques modifications de pure forme (comme en 43 d’ailleurs). Pourtant il tenait un véritable discours de rupture en public.

Finalement, sur les recommandations de Dulles, Eisenhower a décidé d’aider la prise de pouvoir par de Gaulle en faisant pression sur les socialistes pour qu’ils laissent faire, laissant les communistes seuls dans l’opposition.

[11] Cf. Vincent Nouzille, « Des secrets si bien gardés. Les dossiers de la CIA et de la Maison-Blanche sur la France et ses président ». L’auteur explique qu’un diplomate en poste l’ambassade US à Paris entre 1960 et 1965, Wells Stabler, a écrit au sujet d’une visite chez Guy Mollet qu’un agent américain est venu lui déposer une valise de billets. Celui-ci a écrit par exemple que « Nombre de ces gens, comme Guy Mollet et d’autres anciens leaders de la IVe République, avaient eu ce qu’on devrait appeler une relation fiduciaire avec les Etats-Unis, et ils recevaient un soutien financier du gouvernement américain ».

[12] Cf. « La CIA en France. 60 ans d’ingérence dans les affaires françaises » de Frédéric Charpier.

[13] Rocard, inspecteur des finances, dirigeant du PSU et élu dans les Yvelines, a été un de leurs chouchous au début des années 70, incarnant la « gauche » non communiste, aux idées « progressistes » et très ouverte aux vues ultra libérales des américains. A partir de ce moment, il s’est rendu « très régulièrement » aux Etats-Unis a-t-il dit, et l’ambassade le sollicitait « comme une sorte d’expert sur la vie politique française ».

[14] Cf. Kiran Klaus Patel et Kenneth Weisbrode, « European Integration and the Atlantic Community in the 1980s ».

[15] Cf. Vincent Nouzille, « Des secrets si bien gardés. Les dossiers de la Maison-Blanche et de la CIA sur la France et ses présidents ».

[16] Robert Mitterrand, père de Frédéric, a longtemps été le conseiller politique officieux de son frère.

[17] C’est René Fillon, ex trésorier du RPF et directeur général de la banque Rothschild qui a trouvé une place de choix à Pompidou.

[18] Cf. Vincent Nouzille, « Des secrets si bien gardés. Les dossiers de la Maison-Blanche et de la CIA sur la France et ses présidents ».

[19] Cf. « La CIA en France. 60 ans d’ingérence dans les affaires françaises » de Frédéric Charpier.

[20] C’est parce que ce projet d’armée européenne, la CED, a raté, que le Bilderberg a été mis en place dès 1953 pour relancer la construction européenne.

[21] Cf. Johannes Großmann « L’Internationale Des Conservateurs. Cercles d’élites Transnationaux, Diplomatie Informelle et Biographies Croisées En Europe Occidentale Depuis 1945 ». Histoire, Économie et Société, vol. 35, no. 2, Armand Colin, 2016, pp. 32–44

[22] Cf. « The Rogue Agents. The Cercle Pinay complex 1951 - 1991 » de David Theacher.

[23] Cf. Réseau Voltaire, « Les gentlemen du Cercle Pinay ».

[24] Cf. « The Rogue Agents. The Cercle Pinay complex 1951 - 1991 » de David Theacher.

[25] Cf. « The Rogue Agents. The Cercle Pinay complex 1951 - 1991 » de David Theacher.

[26] Notamment l’AESP, Académie européenne de sciences politiques dont étaient membres le ministre, 1er ministre etc. Vanden Boeynants et son acolyte le baron Benoît de Bonvoisin dont le père, Pierre, président de la Société Générale, était déjà un compagnon de route de Vanden Boyenants et avait participé à la fondation du Bilderberg (il était aussi présent à la toute première réunion en septembre 1952).

[27] Cf. « Administrer le monde ? Les fondations philanthropiques états-uniennes et la Public Administration, 1930-1960 » de Pierre-Yves Saunier, dans la Revue Francaise de Science Politique, Fondation Nationale des

Sciences Politiques, 2000, 53, pp.237-256

[28] Cf. « L'Institut scientifique de recherches économiques et sociales et les débuts de l'expertise économique en France (1933-1940) », Genèses, 2006/4 (no 65), p. 49-70. DOI : 10.3917/gen.065.0049.

[29] Ce diplôme d’état a été élaboré avec des représentants de la Croix-Rouge Américaine et de la fondation Rockefeller, comme l’expliquent Pierre-Yves Saunier et Ludovic Tournès.

[30] La fondation Rockefeller a financé Kinsey dès 1941, et à partir de 1947 il a reçu de sa part 40.000$ par an, via le comité pour la recherche sur les problèmes sexuels du National Research Council’s (NRC) lui-même financé directement par la fondation Rockefeller.

[31] McCloy a dirigé la Chase Manhattan de 1953 à 1965 et a géré la fusion de la Chase Manhattan Bank et de la Bank of Manhattan.

[32] Stone, Juif lituanien d’origine, avait émigré aux Etats-Unis avec sa famille en 1908. Il a commencé comme journaliste à Berlin en 1929, où il a fait des études d’histoire. Il y est retourné en 1945 pour le compte des renseignements et a travaillé aux côtés de John McCloy au Haut-Commissariat en Allemagne.

[33] Cf. Antonin Cohen. « The Atlantic structuration of European studies. The Ford Foundation and the European Community Institute for University studies in the generation of an “object” », Revue française de science politique, vol. 67, no. 1, 2017, pp. 69-96.

[34] Cf. « Administrer le monde ? Les fondations philanthropiques états-uniennes et la Public Administration, 1930-1960 » de Pierre-Yves Saunier, dans la Revue Francaise de Science Politique, Fondation Nationale des Sciences Politiques, 2000, 53, pp.237-256

[35] Comme la League to Enforce Peace (Ligue de renforcement de la paix) créée par Theodore Marburg, un nabab du Maryland et financée principalement par Andrew Carnegie, qui était selon les médias l'homme le plus riche du monde.

[36] Cf. « La CIA en France » de Frédéric Charpier.

[37] Le lancement officiel a eu lieu lors d’un dîner à l’ambassade de France à Washington, en présence de Giscard et du président US Gérald Ford, flanqué d’Henry Kissinger.

[38] Mgazine Scalluwag du 17 novembre 1999, « X – The Cercle ».

[39] Soros avait créé des fondations dans chaque région de Yougoslavie qui deviendra autonome après la guerre des années 90 : en Coratie, en Slovénie, En Serbie, en Macédoine, en Bosnie, et au Montenegro.

[40] Avec l’AFL CIO, le NED versait 70% de ses fonds à trois autres structures, comme l’explique Nicolas Ghilhot, « le Center for International Private Enterprise, créé pour l’occasion par la Chambre de commerce américaine, et les deux instituts internationaux liés aux Partis démocrate et républicain, le National Democratic Institute et l’International Republican Institute (…) Les 30 % restants de son budget sont versés directement à des bénéficiaires étrangers.».

[41] Cf. « La CIA en France » de Frédéric Charpier.

[42] Cf. Guilhot Nicolas, « Les professionnels de la démocratie. Logiques militantes et logiques savantes dans le nouvel internationalisme américain », Actes de la recherche en sciences sociales, 2001/4 (n° 139), p. 53-65. DOI : 10.3917/arss.139.0053.

[43] Selon le JDD du 22 avril 2018, « Accueilli à Washington par Craig Kennedy, le patron de l'organisation, qui a ouvert au groupe sa maison, Emmanuel Macron, alors âgé de 29 ans, était déjà très impatient de découvrir la suite : séjour à Houston, au Texas, où il visitera notamment les installations de la Nasa ; déplacement de plusieurs jours dans le ­Wisconsin, à la découverte d'un Midwest rongé par la désindustrialisation ; et à Seattle».

[44] Evidemment, Badré en appelait dès juin 2020 au développement rapide de "vaccins" contre le covid et cela grâce à une "coopération internationale". Il parlait déjà d'une mobilisation pour remplir les objectifs de l'Agenda 2030 de l'ONU (les fameux objectifs de développement durable), et de la nécessité d'une coordination internationale.

[45] Udo Ulfkotte était un de ces "journalistes de guerre" qui ne font que produire une propagande conforme aux objectifs de l'OTAN et de Washington. Il a couvert l'Irak, l'Iran, l'Afghanistan etc. Il a déclaré fin 2014 qu'il travaillait pour la CIA comme "couverture non-officielle" tout en étant journaliste au Frankfurter Allgemeine Zeitung pour faire une propagande pro Europe et pro US. Il est mort peu après, en janvier 2017 d'une crise cardiaque.

[46] Parmi les plus gros financeurs, on a aussi la Commission européenne, l'union européenne, le département d'Etat US, le ministère des affaires étrangères australien, le ministère de l'économie allemand, l'agence de développement suédoise, une série de multinationales des deux côtés de l'Atlantique (et même au-delà), comme Airbus, Michelin, Google, Microsoft, Boeing, Exxon, et des ONG ou fondadations (Hewlett, Henri Luce, Bertelsmann, Sandler, JP Morgan fondations, European Council On Foreign Relations, McKinsey Global Institute, Open Society...)

[47] Dans les années 30 son père Eugen dirigeait une usine Escher-Wyss à Ravensburg, le plus gros employeur de la ville. L’usine a même reçu le prix National Socialiste de l’entreprise modèle. Dans les années 60 son père était président de la chambre de commerce de Ravensburg.

[48] « À bien des égards, le siècle dernier a été celui des traitements, avec des réductions considérables de la morbidité et de la mortalité résultant notamment de la découverte et de l’utilisation des antibiotiques, principaux moteurs du changement en matière de santé. Le présent siècle promet d’être celui des vaccins, avec la possibilité d’éradiquer, d’éliminer ou de juguler un certain nombre de maladies infectieuses graves, potentiellement mortelles ou débilitantes, et la vaccination au cœur des stratégies préventives » a déclaré l'OMS en lançant en 2012 sont "plan d'action mondial pour les vaccins".

[49] Pourtant, cette pratique du forçage génétique avait été dénoncée par 170 ONG en décembre 2016 lors du sopmmet de Cancun sur la biodiversité, et elles réclamaient un moratoire. Qui n'est jamais venu grâce au lobby des OGM dont Gates est un des meneurs, puisque tout le monde travaille sur ces technologies qui sont de plus en plus accessibles.