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16 janvier 2022

Magouilles et corruption des élites - Partie 14 : L'Allemagne, 51e Etat américain ?

Défense Unie - Europe

On termine la tournée des réseaux stay-behind en Europe avec l'Allemagne. Un élément-clé pour comprendre la géopolitique européenne et la suprématie allemande en Europe, puisque les Etats-Unis ont décidé d'en faire une succursale au niveau des renseignements.

Les réseaux stay-behind d'Europe, présents aussi au Moyen-Orient et en Amérique latine, étaient à la fin de la guerre constitués par les réseaux d' "anciens" nazis. En Allemagne, les renseignements officiels sont directement issus de l'armée "secrète" stay-behind. 

Aujourd'hui, la mouvance néo-nazie et néo-fasciste est directement soutenue par les renseignements allemands, qui collaborent toujours très étroitement avec les renseignements US.

 

En 1990 quand l’affaire des réseaux stay-behind a fait le tour de l’Europe suite aux révélations du 1er ministre italien Guilio Andréotti, les politiciens allemands ont fait comme les autres : ils ont dit qu’ils n’étaient pas au courant, que cette organisation était inactive, et que finalement personne dans le monde politique ou militaire n’avait rien à voir avec ça. Et bien-sûr aucune action sur le territoire allemand n’a été mentionnée.

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Pourtant le stay-behind est en filigrane derrière des attentats et manipulations survenues depuis les années 60. Les médias ont pu montrer que le Shape, le commandement de l’OTAN, coordonnait les services secrets des différents pays, dont l’Allemagne, depuis 1954.

Et quand l’affaire a éclaté en 1990, il est apparu que plein de nazis, notamment un tas d'officiers SS, avaient été mobilisés dans le cadre de ce réseau stay-behind. Et les US connaisaient parfaitement leur CV.

On relève qu'en Allemagne, chose étonnante, ce ne sont pas les renseignements officiels qui ont créé l’armée secrète, mais l’armée secrète qui s’est mutée en services de renseignement officiels.

Proche du bloc soviétique, l’Allemagne avait une position stratégique de rempart dans l’esprit des US. C’est notamment pour cette raison que le réarmement de l’Allemagne après-guerre a été pour eux une véritable priorité, comme ce fut déjà le cas après la Première Guerre.

 

bormann

Il faut aussi souligner que dès 1942 une partie des Nazis a commencé à préparer son avenir après la chute prévisible du Reich. En 1943 par exemple, Martin Bormann a transféré en Amérique Latine de nombreux documents et des fonds importants, déplacés par avion et bateaux cargos entiers[1]

"L’homme de confiance du Führer effectua des dépôts considérables dans des banques suisses, argentines et brésiliennes. Les transports maritimes se firent sous pavillons neutres ou grâce à des sous-marins d’un type nouveau pratiquement à l’abri des forces alliées", écrit Pierre Mariel dans "La revanche des nazis".

Bormann lui-même s’est installé en Bolivie, comme Klaus Barbie, en 1948. On notera qu’une partie de l’argent, sorti du Reich via l’operation Eagle’s flight, est revenue en Allemagne en 1955 quand la RFA a été déclarée indépendante.

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Fin 1944, les dignitaires nazis de plusieurs pays ont commencé à installer leur famille dans une région autrichienne autour de Hallstatt, haut-lieu des recherches archéologiques sur la préhistoire qui devint donc un repère de Nazis dont la population a gonflé en quelques mois de plus de 60.000 habitants civils[2]. Dans les lacs et mines de sel alentours, ils ont jeté des caisses d’or, d’argent et d’armes.

Pendant le siège de Berlin fin 1943- début 1944, le directeur de la Reichsbank Eugen Pfühl a réuni à Bâle (où se trouvait déjà Allen Dulles) un groupe d’économistes et de banquiers qui a désigné "une centaine de nazis pour s’établir à l’étranger, afin d’y créer des sociétés, réelles ou fictives, susceptibles d’abriter des capitaux allemands, de racheter des firmes allemandes et de les sauver ainsi de la mainmise des Alliés. Déjà Pfühl avait entreposé à la Reichsbank des tonnes d’objets précieux volés aux déportés dans les camps d’extermination. Il en avait remis la contrepartie monétaire aux S.S. Jamais trace n’en fut retrouvée et les enquêteurs de Nuremberg manquèrent de curiosité sur ce point précis", explique Pierre Mariel.

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Des centaines d’entreprises détenues par des allemands et créées avec des capitaux obscurs ont ainsi été créées dans le monde entre 1944 et 1946, la moitié en Amérique latine, mais aussi beaucoup au Moyen-Orient, en Espagne, au Portugal, en Turquie.

En août 1944, Albert Speer, ministre de l’Armement d'Hitler qui a plus tard, malgré de nombreux soutiens internationaux, été condamné à Nuremberg, a organisé une réunion à l’hôtel de la Maison Rouge à Strasbourg avec quelques responsables du Reich.

Objectif : organiser le transfert des capitaux nazis et aussi semble-t-il de plaques pour fabriquer de faux dollars et livres sterling. Tout cet argent a filé dans les banques de quelques pays "neutres", d’abord la Suisse et le Luxembourg.

A quoi cet argent a-t-il servi ? Eh bien à poursuivre le grand œuvre des nazis à travers le monde, à travers des réseaux secrets qui se sont mis au service du capitalisme anglo-saxon.

 

Après la guerre : mise en place d’une internationale nazie

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L'ALlemagne n'a retrouvé son autonomie qu'en 1955. Jusque-là, le pays était découpé en morceaux sous gestion US, anglaise, française ou russe, les US ayant le dernier mot. Cela leur laissait une certaine marge de manoeuvre pour recruter tous les nazis qu'ils voulaient et peser sur la gestion politique et économique du pays.

Plusieurs réseaux parallèles sur le mode "stay-behind", dont certains étaient en lien entre eux, ont été mis en place dès la fin de la guerre par les Américains. Ce sont ces réseaux, constitués majoritairement d’anciens officiers nazis, qui ont été l’embryon de la nouvelle armée et des nouveaux renseignements du pays. Cela, tout le monde le savait évidemment dans le monde politique.

"Entre 1949 et 1955, la CIA a organisé deux réseaux stay-behind composés d’agents allemands. Le premier, le réseau Pastime à Berlin, le second, le réseau Kibitz dans le Sud-Ouest de l’Allemagne. En 1952, le réseau Kibitz comptait 125 agents, parmi lesquels d’anciens nazis. Ces derniers intervenaient également au sein des filières d’exfiltration Die Spinne, Odessa, rat-lines, et ils auraient participé au système Octogon, l’évasion des capitaux nazis", écrit Gérard Desmaretz dans "Stay Behind. Les réseaux secrets de la guerre froide".

Il explique que les US ont fait en sorte de conserver l’armée allemande la plus intacte possible à la fin de la guerre, et ont protégé des bataillons entiers allemands du front de l’Est de l’Armée Rouge. Ce réseau Kibitz n’a pas duré très longtemps et a vite été remplacé par d’autres.

Ce réseau Kibitz était piloté par Walter Kopp, lieutenant colonel de la Wehrmacht, sous les ordres de John McCloy, le Haut-Commissaire US en Allemagne. Il a été mis en sommeil en 1953 suite à son exposition.

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Reinhard Gehlen, membre notamment de l’Ordre de Malte dont il a reçu une croix du mérite en 1948 [3], a été l’un des maîtres d’œuvre de ces réseaux stay-behind en Europe, d’abord à l’Est de l’Europe. 

Les Américains ont immédiatement eu une confiance totale en ce nazi [4], chef de l’armée allemande sur le front de l’est, qui était parvenu à infiltrer le Conseil de guerre de l’URSS –il savait donc que les Russes allaient gagner- et leur est arrivé avec 52 caisses de documents et de nombreux microfilms sur les communistes allemands, sur le staff et la stratégie nazis ainsi que sur la stratégie russe. En août 1945, Gehlen est allé aux Etats-Unis, il est revenu le 1er juillet 1946.

C’est ainsi qu’en 1946, sous le nom de Dr Schneider, Gehlen est revenu en Allemagne avec un mandat des US et sous la supervision de JohnMcCloy (le responsable de la zone US en Allemagne), pour créer et diriger une organisation de plus de 5.000 membres, en partie construite sur les restes d’une organisation de sécurité secrète Nazie, le Deutsche Verteidigungs Dienst (DVD)[5].

Cette symbiose entre les militaires et renseignements nazis et ceux des Etats-Unis après la guerre a été qualifiée par l’historien Agilolf Keßelring de "réseaux de renseignement militaire germano-américain".

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Gehlen a créé cette organisation, appelée "organisation Gehlen", à la demande des Américains et sous leur autorité, et c’est cette organisation qui a été le noyau ds renseignements de la République Fédérale Allemande au début des années 50. Gehlen a donc recruté ses anciens camarades nazis de la SS, de la Gestapo, de la Wehrmacht etc. pour constituer l’état-major de son organisation, puis des renseignements officiels, le BND.

Un article du Frankfurter Allgemeine du 23 avril 2018 explique que l’historien "Keßelring démontre de manière convaincante avec divers exemples (…), que l'organisation Gehlen a joué le rôle central dans le concept américain de remilitarisation de l'Allemagne de l'Ouest".

En 1947, il a installé le QG de cette organisation et ses 400 employés (ex nazis, collabos, SS et autres) à Pullach, grâce à un financement US de 3 millions de dollars. Le QG du BND est toujours à Pullach.

Le tout, sous la façade d’un groupe industriel avec des filiales et succursales un peu partout en Allemagne. Au total, environ 5000 personnes travaillaient pour cette structure alimentée par des fonds US, qu’on a appelée l’organisation Gehlen[6] et qui va se transformer en BND, les renseignements allemands "officiels", en 1955.

L’organisation Ghelen avait recruté un certain Hans Globke, proche conseiller et chef de cabinet d’Adenauer dans les années 50, ce qui en faisait l’un des plus proches conseillers du chancelier. C'était lui qui dirigeait en sous-main la CDU, le patri chrétien, de droite.

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Dès 1933, Globke, haut fonctionnaire au ministère de la Justice, avait été actif dans les réformes imposées par le NSDAP, le parti nazi, notamment les lois raciales et le "code Juif". Globe était aussi le supérieur hiérarchique d’Eichmann.

Pour la CIA, "Globke était le principal point de liaison entre le gouvernement de Bonn, la CIA et l’OTAN. Selon  l’historien Timothy Naftali, ‘Globke était une bombe à retardement pour l’OTAN", expliquait un article du Guardian en 2005, repris par Courrier International.

Gehlen a aussi espionné les leaders socialistes du SPD, notamment Willy Brandt tout au long de sa carrière politique, notamment bien-sûr dans sa vie privée. Apparemment, le BND a carrément fait chanter Brandt et l'a même obligé à démissionner de son poste de chancellier en 1974 après qu'un de ses collaborateurs ait été dénoncé comme espion de la RDA (l'Allemagne de l'est), ce que le BND savait depuis 1954.

Une des techniques de Ghelen et du BND était justement d'accuser des opposants d'être des espions de l'est, à travers des campagnes médiatiques faciles à réaliser puisque beaucoup d'agents des renseignements étaient placés comme "journalistes" dans diverses rédactions, ou alors des "journalistes" s'étaient vendus pour assurer la propagande demandée par le BND.

Gehlen a pris comme bras droit le Dr Franz Six, dont il a fait abréger la peine consécutive à sa condamnation à Nuremberg à 20 ans de prison pour avoir dirigé un commando de la SS puis l’office de la sécurité du Reich[7].

Il a aussi recruté le SS Otto von Bolschwing, ex aide de camp d’Eichmann responsable de pogroms en Roumanie et proche d’Himmler. Cela avec la bénédiction de la CIA qui l’a recruté en 1949, probablement parce qu’il était un grand connaisseur du Moyen-Orient et de la Palestine[8].

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Les hommes de ce réseau étaient entraînés dans les bases du Gladio, notamment en Sardaigne. Et la loge P2, poisson pilote du Gladio en Italie, avait des antennes en Allemagne.

Le système de communication utilisé par les cellules stay-behind était le même qu'en France, en Belgique, au Luxembourg, aux Pays-Bas: le système de radio Harpoon, dont les appareils qui permettyaient d'envoyer des messages cryptés à 6.000 km étaient produits par la société allemande AEG Telefunken.

En parallèle, la direction d’une autre organisation secrète sur le modèle du stay-behind mais tournée vers l’international a été confiée à Otto Skorzeny, un responsable de la SS qui avait toute la confiance d’Hitler.

Comme Barbie et d’autres, il a été arrêté après la guerre, interrogé, puis s’est échappé de cette passoire qui faisait office de camp d’interrogatoire des dignitaires nazis géré par les US. Selon certains observateurs Juifs, Skorzeny était en contact avec Mengele dès 1948 au moins, quand tous les deux se trouvaient en Bavière.

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Appelée Odessa (l’organisation des anciens SS, "Organisation der S.S. Angehörigen"), cette structure s’étendait à l’international et a bénéficié d’une partie de l’argent sorti par les nazis à la fin de la guerre. Au départ elle a beaucoup agi comme une amicale d’aide aux nazis sortis de prison ou en fuite, et à partir de 1949 son état-major s’est installé en Argentine où le dictateur Juan Peron, qui partageait tout à fait leurs vues, les accueillis les bras ouverts. 

"Primitivement, l’état-major d’ODESSA siégeait à Augsbourg. Dès 1947, il jugea plus prudent de se transporter en République argentine. C’est alors que son réseau européen se perfectionna. Tous les vingt à cinquante kilomètres, était établi un relais de trois à cinq sédentaires, qui n’avaient connaissance que des relais précédant immédiatement le leur, ou lui succédant. Ces relais (Anlaufstellen) jalonnaient la frontière austro-allemande, particulièrement à Ostermieting en Haute-Autriche, à Zell-am-See près de Salzbourg, et à Innsbrück, dans le Tyrol", explique Pierre Mariel dans "La revanche des nazis".

Selon le journaliste argentin Uki Goñi qui a écrit "La autentica Odessa", Perón, pro nazi leader d'une loge militaire secrète pro nazie, le Grupo Oficiales Unidos, a offert l'asile à au moins 200 fugitifs nazis et fascistes dans les années d'après-guerre, dont beaucoup de français, de belges et d'italiens, arrivés via les rat lines organisées par le Vatican. Notamment par le cardinal français Eugène Tisserant (officiellement "antinazis") qui a joué un rôle clé dans la mise en place des chemins d'exflitration vers l'Argentine

Cette immigration a aussi concerné 7.250 croates ayant fui à la chute du Reich, dont beaucoup de nazis.

Juan Peron

Les discussions pour organiser cette fuite ont commencé dès l'été 1942, quand deux officiels argentins ont fait une petite tournée en Europe, de l'Espagne au Vatican en passant par la France occupée, à la rencontre de responsables SS et du Vatican.

L'ambassadeur argentin en Suisse, Benito Llambí, membre de la même loge militaire que Perón, a aussi beaucoup contribué à cette opération via la création d'un "Centro Argentino de Emigración" (Centre Argentin de l'Emigration) spécialement dédié aux nazis en fuite, par lequel sont passés Mengele ou Eichmann et plusieurs de ses proches collaborateurs.

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En 1948, Otto Skorzeny était en Argentine pour accuillir ses anciens camarades. Il faisait de nombreux aller-retours entre Buenos Aires et Madrid dans l'Espagne de Franco, pour organiser les nombreuses activités de son réseau plus ou moins souterrain. 

En accueillant tous ces nazis, l'objectif était aussi pour l'Argentine de récupérer du savoir-faire scientifique et militaire, notamment pour se munir de l'arme nucléaire. Certains de ces nazis ont occupé des fonctions officielles importantes dans la dictature de Péron comme Branko Benzon, ex diplomate Croate pro nazis qui est devenu responsable de l'Immigration où il a continué à appliquer une politique antisémite.

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Tout ce petit monde se frénquentait: le collabo hollandais Willem Sassen était proche d'Eichmann, de Skorzeny, de Mengele. Ces criminels de guerre nazis buvaient leur café ensemble en terrasse au milieu des années 50, comme l'explique Uki Goñi.

Sassen qui a aussi collaboré avec moult dictateur latino américains, était un éditeur de médias et de livres connu sur la place publique, mais surtout dans les milieux nazis en Argentine. Où les péronistes sont encore nombreux et le sujet de ces nazis arrivés à la fin des années 40 est tabou.

Les nazis étaient également très présents au Paraguay, où les allemands étaient déjà arrivés en masse au tournant du XXe siècle. Ils ont rapidement pris en main les rênes de l’Etat et de l’économie, ce n’est pas pour rien que Mengele et plusieurs autres sont allés y vivre. Le réseau de Skorzeny a été actif dans de nombreux coups d’Etat, y compris l’assassinat de JFK en octobre 1963 parce qu’il voulait démanteler la CIA, ou une tentative d’enlèvement de Fidel Castro en 66.

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Otto Skorzeny a établir un réseau souterrain d’ancien nazis et fascistes de toute l’Europe, qui était basé en Espagne mais essaimait dans le monde entier. Ce réseau était en partie financé par l’argent du 3e Reich, en partie par des industries telles que celles qui sont issues de l’éclatement d’IG Farben (Hoechst, BASF, Bayer…), Mercedes, Volkswagen…

Il y avait dans son équipe, comme le notait un document de la CIA des années 70, des gens comme Werner Neumann, ex secrétaire d’Etat dans le ministère de la propagande de Goebbels, ou Hans Rudel, ancien de la SA installé en Argentine. L’objectif de l’organisation était alors de créer des cellules secrètes un peu partout dans le monde et de s’insérer dans des partis politiques existants.

Waffen SS

Un des enjeux a été de remettre rapidement sur pied la mouvance nazie en Allemagne, avec la création dès les années d’après-guerre de sortes de groupes d’anciens combattants à moitié clandestins, comme la Schnez Truppe qui fonctionnait déjà sur le mode du Gladio, avec des cellules autonomes censées agir militairement en cas de basculement communiste, ou le Bünderschaft qui était un peu l’amicale des anciens officiers nazis. Groupes qui étaient évidemment en lien avec le réseau de Skorzeny à l’international, et sous la coupe de Gehlen.

Plus officiellement, d’anciens Waffen SS ont monté dès 1949 une association d’entraide qui devient la Hilfsgemeinschaft auf Gegenseitigkeit en 1951 (HIAG). La HIAG était dirigée par Kurt Meyer, un ancien général des Jeunesses hitlériennes. Assez vite, la gentille association d’entraide se structure et devient un point de liaison entre différents groupes de militants nazis dans le monde. Elle réclamait notamment la réhabilitation de tous les nazis, et a même obtenu une pension pour les anciens SS en 1961.

Sa politique a ensuite été d’intégrer des membres dans les associations politiques ou de la société civile, ainsi que dans les différents partis politiques. Parmi ces infiltrés, certains sont devenus députés. A la fin des années 50, environ 20.000 anciens SS étaient membres de l’association.

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Des filiales s’organisent aussi en Autriche ou aux Pays-Bas, très orientées politiquement, l’une proche du "Parti de Liberté" d’extrême droite, l’autre carrément néo-nazie[9], et divers groupes d’anciens SS, notamment en Belgique, en Afrique du Sud ou en Australie, s’affilient à la HIAG.

Depuis l’Amérique latine, les nazis ont investi en Europe, notamment en Irlande où ils ont eu un poids économique important dès la fin des années 40. De là, ils ont organisé un noyau qui devait pouvoir agir en Europe.

Ils ont organisé différents trafics très lucratifs comme les armes, la drogue, la fausse monnaie, les minerais précieux, et des circuits de blanchiment, grâce à des petites forteresses et des aérodromes disséminés en Amérique latine, ainsi qu’à leurs entreprises d’import-export.

Ce réseau de nazis qui s’est étendu rapidement à l’ensemble de la planète et pouvait faire son nid dans de nombreuses dictatures, s’est aussi fédéré derrières les restes des sociétés secrètes nazies, qui ont poursuivi leurs activités sous d’autres noms, là aussi partout dans le monde où il y avait des nazis.

Qu’espéraient-ils ? Le retour du national-socialisme et de ses théories, à un niveau planétaire si possible.

 

Au service de  l'oncle Sam

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En 1949, John McCloy a été nommé gouverneur de la zone d’occupation US et premier Haut-Commissaire de la commission alliée en Allemagne. De 47 à 49 ce très proche de la famille Rockefeller était gouverneur de la Banque Mondiale et avant cela il était assistant du ministre de la guerre US, empêchant le bombardement des chambres à gaz et lignes de chemin de fer.

Et encore avant dès 1929, il avait travaillé au cabinet d’avocats d’affaires Cravath, Henderson & de Gersdorff dès sa sortie d’Harvard où il avait sympathisé avec les Rockefeller. Son patron Paul Cravath était vice-président du Council on Foreign Relations, ce qui a permis de lui mettre un pied à l’étrier. Pour son client JP Morgan, McCloy a par exemple géré un prêt de 110 millions de dollars à Hitler[10]. En 1936 il était l’invité personnel d’Hitler aux Jeux Olympiques de Berlin.

En Allemagne McCloy a surtout été très actif pour réduire les peines des quelques nazis condamnés lors d’une vague tentative d’épuration, avec en tête des industriels tels que Krupp ou Flick qui a fait 3 ans sur les 7 auxquels il a été condamné (ce grand collectionneur d’art contemporain avait notamment ouvert des entreprises de fabrication d’armes pour le Reich aux Pays-Bas avec des capitaux US et utilisé des travailleurs forcés auxquels il a toujours refusé de verser 1 mark d’indemnités).

On notera également qu’il était de la même famille que le premier chancelier d’après-guerre Konrad Adenauer, les deux étant mariés à des femmes de la famille Zinsser, propriétaire de la compagne chimique US Zinsser & Co.

Il a ensuite fait une carrière de conseiller de la plupart des présidents des années 50 à 80.

McCloy a nommé Gehlen a la tête des renseignements allemands non officiel, l’organisation Gehlen, qu’il a rendus "légaux" en 1955, en devenant le BND… Les deux ont été les yeux et les oreilles de la CIA en Europe de l’Ouest, et ont en permanence agité le chiffon rouge communiste devant des US hystériques.

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McCloy a recruté de nombreux nazis, comme Klaus Barbie à qui il a permis de repartir tranquillement d’Allemagne où les US l’avaient exfiltré après la guerre, alors que les ex Résistants français de gauche voulaient l’attraper. Il a pu se planquer avec l’aide du Counter Intelligence Corps (CIC) pour lequel Barbie a travaillé très activement dès 1947[11].

McCloy a aussi empêché l’extradition de Barbie en 1950 pour le procès de René Hardy, à l’issue duquel il a finalement été acquitté d’avoir trahi le réseau de Jean Moulin, balancé à la Gestapo de Klaus Barbie dans une sorte de coup d’Etat de la pseudo résistance vichyste, celle qui est restée au pouvoir après la guerre.

En Allemagne, Barbie avait un réseau de SS qu’il utilisait comme réseau de renseignement et travaillait pour les US en leur rapportant les opérations menées par les renseignements français et des Russes dans la zone gérée par les US, ainsi que sur les activités des Allemands d’origine roumaine.

Pour en revenir à von Bolschwing, le bras-droit de Gehlen, après avoir rendu de bons et loyaux services aux Etats-Unis il y a été accueilli en 1953, naturalisé en 1959 et a été protégé des poursuites lancées contre lui en Allemagne après l’arrestation d’Eichmann en Argentine en 1960 : les US ont oublié de dire qu’il vivait tranquillement chez eux, et à ce moment Von Bolschwing allait occuper un poste au département d’Etat (affaires étrangères) basé en Inde, dans le domaine de l’import-export.

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Il a travaillé dans l’industrie pharmaceutique comme directeur international du marketing chez Warner Lambert Pharmaceutical Co. Le président de Warner Lambert était Elmer Bobst, pédocriminel antisémite proche d’Eisenhower et grand ami de Nixon[12]. C’est seulement en 1980 qu’un des "chasseurs de nazis" à ses trousses, Simon Wiesenthal, a annoncé que von Bolschwing se trouvait aux Etats-Unis où il collaborait avec la CIA.

En juin 1948, le responsable de la CIA en charge des contacts avec les services de renseignements de feu le 3e Reich James Critchfield, et Reinhard Gehlen, ont négocié directement un accord jetant "les bases d’une coopération germano-américaine" le tout "dans le cadre de l’Union de l’Europe de l’Ouest et de la Communauté Atlantique"  car ceci est "indispensable pour le succès de la mise en œuvre d’une politique d’opposition et pour contenir la Russie Communiste" [13]

Et jusqu’à ce que l’Allemagne ait retrouvé son autonomie, c’étaient les Américains qui commandaient et fiançaient les projets qui leur plaisaient.

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Après son "organisation Gehlen", Gehlen a donc dirigé le Bundesnachrichtendienst (BND, les renseignements allemands officiels) de 1956 à 1968. On a vu dans la partie sur la non-épuration d’après-guerre que beaucoup de nazis ont été recyclés dans l’armée, dans la police et dans les renseignements, devenus le BND (Bundesnachrichtendienst) en 1956. Ils y recevaient une nouvelle identité qui les lavait plus blancs que blancs.

Ledit BND était totalement sous contrôle des US, auxquels Gehlen devait transmettre la liste des 150 plus hauts responsables afin qu’ils constituent un dossier sur chacun d’entre eux[14].

Au début il était seulement question d’observer les mouvements de troupes soviétiques, puis des cellules secrètes, parallèles au BND, ont été mises en place avec des membres tous foncièrement anti communistes, donc d’anciens nazis ou collabos.

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Les US se sont occupés de l’entrainement de ces groupuscules, qui ont installé des dépôts secrets d’armes et de matériel un peu partout en Europe, mais surtout le long du "rideau de fer". Parmi ces groupuscules, le Bund Deutsche Jugend (Ligue de la jeunesse Allemande), un groupe d’extrême droite dont 2000 membres, surtout d’anciens Nazis, sont entrainés par les US pour bloquer l’URSS, et même les opposants allemands[15].

Gehlen a pris sa retraite en 1968, dans une luxueuse villa payée par les US, et a été remplacé par le général Gerhard Wessel, qui fut son bras droit sur le front de l’Est et fut le représentant de la RFA au comité militaire de l’OTAN à Washington.

La même année en France, le préfet du Haut-Rhin Maurice Picard, un franc-maçon qui dirigeait la Protection civile du Territoire, a été condamné à 7 ans de prison par la cour de Sûreté de l’Etat pour avoir été un espion au service des Allemands et du réseau Gehlen. Pendant la guerre, Picard avait balancé des Résistants aux renseignements nazis, notamment le réseau "Brutus", mais à la Libération il a réussi à se faire passer pour un Résistant.

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Après la guerre, il a protégé des nazis et a rapidement été en relation avec Gehlen, mais aussi avec Skorzeny. Le procès aurait pu nuire grandement à l’organisation Gehlen mais il s’est opportunément avéré que Picard opérait aussi pour le KGB, qui l’a recruté en menaçant de faire fuiter ses activités pendant la guerre.

Du côté de l’armée, le recyclage a aussi battu à plein malgré un démantèlement officiel de la Wehrmacht. Au niveau des pays écrasés par le Reich, il y avait d’ailleurs peu d’emballement pour un réarmement de l’Allemagne qui était pourtant une des priorités de Monnet, Schuman et des européistes du Bilderberg.

En effet, un des objectifs était de créer une communauté européenne de défense avec notamment une armée allemande, projet qui fut retoqué en 1953. Mais l’OTAN avait été mise en place sans l’avis des électeurs et des politiques, dès 1949, pour unifier les stratégies militaires des pays soumis aux US, et évidemment derrière les intérêts du capitalisme US. L’Allemagne l’a intégrée en 1955.

1955 est aussi l’année de la création officielle de la nouvelle armée allemande dans laquelle les SS pas trop gradés ont été immédiatement intégrés. Très vite le niveau hiérarchique a été élevé, jusqu’au grade de lieutenant – colonel de la SS, puis 61 généraux et colonels de la SS ont pu entrer dans l’armée soi-disant "dénazifiée" allemande.

On notera que d’éminents militaires nazis se sont ainsi retrouvés à siéger à l’OTAN, notamment :

  • Heusinger

    Adolf Heusinger : Ce général de l’armée allemande a été chef d’état-major d’Hitler dont il était très proche. Il a géré les invasions de plusieurs pays de l’est, comme la Pologne ou la Norvège. Il a été emprisonné de 1945 à 1947, le temps d’officier à Nuremberg en tant que "témoin", et en 1950 on le retrouve conseiller d’Adenauer pour les questions militaires. Il logiquement repris du service pour la CIA à travers la création avec Reinhard Gehlen du BND, le service fédéral de renseignements d’après-guerre, puis la mise en place de l’armée en 1955 où il a pris le grade de lieutenant général, avant de devenir en 1961 président du comité militaire de l’OTAN à Washington, jusqu’à sa retraite en 1964.
  • Hans Speidel : Général de la Wehmacht sous Hitler puis de la Bundeswehr dans l’Allemagne "démocratique", dont il a contribué à la création. Militant de la Communauté Européenne de Défense, il a été nommé Commandant en chef des forces armées de l’OTAN en Europe de l’est en 1957.
  • Albert Schnez : ancien de la Wehmarcht, proche après la guerre du ministre de la défense Franz Josef Strauss (lui aussi ancien de Wehrmacht), puis général responsable des armées à la fin des années 60 quand Willy Brandt était chancelier. Discrètement à la fin des années 40, il a mis en place son propre réseau secret d’anciens nazis, appelé l’organisation Schnez ou "Schnez Truppe" dont Heusigner et Speidel étaient des membres fondateurs. Là aussi, il était officiellement question d’entraide d’anciens militaires, mais les débats ont vite tourné sur l’anticommunisme et des financements de la part des US et de patrons d’entreprises sont arrivés. Des armes ont donc été achetées et cachées un peu partout (jusqu’en Suisse), des groupes hommes ont été structurés, armés et entraînés, soi-disant en cas d’invasion soviétique. Il y aurait eu jusqu’à 10.000 membres sur les listes de Schnez, qui a même proposé son aide à Skorzeny et à Gehlen[16]. Il a failli être nommé au commandement de l’OTAN mais ses collègues d’Europe de l’ouest ont trouvé qu’il était trop nazi. Il a cependant assuré la coordination entre l’OTAN et Strauss sur le sujet des armes nucléaires.

D’autres nazis éminents ont collaboré avec la CIA dans le domaine des renseignements, depuis l’Allemagne ou l’étranger, notamment l’Amérique latine. Il est impossible d’en faire une liste exhaustive mais au-delà de Gehlen et Skorzeny, on peut en citer quelques-uns, actifs dans différents domaines :

  • adenauer

    Willy Litzenberg : Ce policier membre du NSDAP dès 1933 et la SS en 1937 a intégré la police politique secrète du parti nazi (la GESTAPO) jusqu’à la fin de la guerre. Il a ensuite été détenu plusieurs mois par les alliés, a servi de "témoin" à Nuremberg, puis a été recyclé par Heusinger et Gehlen dans le BND où il a œuvré jusqu’à sa mort en 1964 [17]. Il y a mis en place un réseau d’agents en partie composé d’anciens collègues de la GESTAPO, avec l’objectif de constituer des cellules dans la société.
  • Gerhard Graf von Schwerin, général de la Panzertruppe sous le Reich, est devenu dès mai 1950 conseiller d’Adenauer pour les questions militaires et de sécurité, en charge plus spécifiquement de la création et du développement des toutes nouvelles forces armées, officiellement "dénazifiées".
  • Klaus Barbie : on a déjà vu son parcours, de la Gestapo, notamment à Lyon, jusqu’en Bolivie où il été le bras droit de plusieurs dictateurs tout en étant un des plus gros trafiquants de drogues et d’armes de la région. Il a été recruté dès 1947 par le CIC (Counter Intelligence Corp, plus tard intégré à la CIA), ses crimes de guerre ont été dissimulés, notamment aux français qui le recherchaient pour les assassinats de plus de 4.000 résistants et Juifs et la déportation de 15.000 autres. Barbie était officiellement exportateur de bois et a continué à collaborer avec la CIA, qui lui a assuré une longue impunité en Amérique latine malgré les chasseurs de nazis à ses trousses –et à celles de plusieurs de ses copains implantés sur ce continent[18]. Dans le cadre de cette collaboration, Barbie a notamment contribué à la traque et à l’assassinat de Che Guevara en 1967. A partir de 1966 au moins, il a également travaillé pour les renseignements allemands sous le matricule V-43118[19].
  • mengele brésil

    Josef Mengele : Après s’être planqué quelque temps en Allemagne, Mengele a été exfiltré en Argentine via l’Italie et le réseau Odessa [20]  –très connecté avec le Vatican- puis au Paraguay, puis au Brésil où il serait mort en 1979. Ensuite, il a beaucoup voyagé comme on l’a vu dans un article sur le contrôle mental made in USA. En Argentine, il ne se planquait pas du tout : Peron l’a reçu plusieurs fois, et s’est montré très impressionné par ses connaissances en génétique, qui était une de ses grandes spécialités. Il aurait aussi travaillé pour le BND, selon certains. Enfin, plusieurs victimes de MK-Ultra aux Etats-Unis déclarent avoir reconnu Mengele sur le sol américain et canadien lors de sessions d’expériences "médicales" et de traumas.
  • Friedrich –Fritz- Schwend : ce SS a été l’un des principaux organisateurs des filières d’exfiltration de nazis est arrivé à Lima au Pérou en 1950 avec un passeport fourni par la Croix-Rouge[21]. Il y a ouvert divers business notamment la société Estrella dans l’import-export (en particulier d’armes), dans laquelle Barbie était aussi impliqué. Schwend avait la main sur la gestion d’importants fonds nazis (dont de la fausse monnaie parfaite en livres et en dollars) qu’il avait en partie lui-même dissimulés pour assurer la lutte après la fin de la guerre, et qui ont servi à aux nazis pour refaire leur vie et ouvrir des business à l’étranger. Comme Barbie, il a travaillé pour les renseignements US, à commencer par le fameux CIC, et a mis en place son propre réseau de nazis. Schwend était aussi en contact avec Mengele à Buenos Aires. Il est mort à Lima en 1980.

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Lors de l’adhésion en 1955 de l’Allemagne de l’ouest à l’OTAN, comme partout les accords étaient accompagnés de protocoles secrets.

Dans "Les armées secrètes de l’OTAN", Daniele Ganser relate les propos d’un ancien responsable du renseignement de l’OTAN au sujet de ce protocole signé par Adenauder "selon lequel les autorités ouest-allemandes s’abstiendraient de toutes poursuites judiciaires à rencontre des partisans de l’extrême droite reconnus. Ce que l’on sait moins c’est que d’autres personnalités politiques allemandes de premier plan furent également informées de l’existence de ces plans de résistance. L’une d’entre elles n’était autre que le ministre des Affaires étrangères allemand de l’époque, l’ancien dignitaire nazi Hans Globke".

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Car en effet, les armées secrètes de fascistes pullulaient dans l’Allemagne dénazifiée. Avec des financements US, souvent directement par la CIA comme pour le Bund Deutscher Jugend et le Technischer Dienst qui était sa branche "clandestine", créés en 1950 avec la participation active de Klaus Barbie, et qui ont existé officiellement jusqu’en 1953.

Le Bund Deutscher Jugend était, selon un article du Spiegel en avril 2021, "financé par des fonds américains, des fonds fédéraux et d'importants dons de l'industrie ouest-allemande". Finalement l’organisation, qui était bien rattachée au stay-behind allemand, a été dénoncée et a dû se dissoudre.

Tout ce petit monde a été relaxé par la Cour suprême en 1952, dans l’indignation générale. Décision qui a valu une promotion aux deux juges à l’origine de cette décision à l’encontre du bon sens.

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Un document des renseignements US daté du 28 janvier 1953 évoque la Bund Deutsche Jugend (ligue des jeunes allemands), créé en 1950 par Paul Egond Lueth pour "rallier les groupes de jeunesse à la cause de la démocratie occidentale et combattre le communisme". Ce document explique que Lueth a contacté la Haute Commission US pour demander un soutien à son projet, "qui incluait l’activation d’un réseau souterrain en Allemagne de l’est". Et c’est ainsi que Lueth a été renvoyé vers la CIA.

"Sous la direction de la CIA, la Ligue de la jeunesse Allemande a été développée comme une organisation de propagande à grande échelle". Elle a été créée dans le cadre d’une opération de l’Office of Policy Coordination (OPC) intitulée projet LCPROWL pour établir une organisation clandestine paramilitaire de plusieurs milliers d’anticommunistes.

Le financement venait de l'OPC, les membres étaient principalement recrutés dans la Ligue de la jeunesse Allemande. Puis la branche paramilitaire a été séparée de la ligue qui est devenue la vitrine officielle. Celle-ci a d’ailleurs mené une campagne intensive de propagande en faveur du "plan Schuman" écrit par Jean Monnet pour créer les bases de l’Europe et relancer "l’amitié franco-allemande".

Certains instructeurs de cette armée "secrète" allemande ont été entraînés sur des bases de l’armée US.

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Tout cela s'est au départ passé dans le dos des autorités allemandes, jusqu’à ce qu’une enquête de la police de Hesse sur la Ligue ne vienne compromettre cette structure, fin 1952.

En effet, des perquisitions ont été menées chez un responsable local de la CIA et de responsables de l’organisation. Mais, les responsables militaires US sur place ont su convaincre le ministre président de Hesse et le président du parti socialiste de ne rien faire (en effet, selon des documents trouvés à l’époque, plusieurs leaders socialistes et 1000 communistes devaient être éliminés en cas de guerre).

On notera que l’un des coordonnateurs du Bund Deutscher Jugend, le dénommé Paul Lüth qui assurait l’approvisionnement par des fonds américains[22], était éditeur d’une revue littéraire de propagande US et est devenu quelques années après le démantèlement de ce réseau médecin et prof de médecine sociale dont il est devenu un grand spécialiste.

Il y a aussi eu le réseau mis en place par Martin Bormann, qui a rapatrié les avoirs des nazis en Allemagne en 1955 à la création de la RFA. "Derrière le programme de Bormann de rapatriement des avoirs Nazis il y avait l’idée, développée en 1943, de les utiliser dans le cadre d’une Europe de post-guerre confédérée sous le contrôle dissimulé de l’Allemagne dans ce qui a même été appelée une "Communauté Economique Européenne" ou CEE" expliquait David Guyatt en 2005 dans World Affairs: The Journal of International Issues.

Car l'Allemagne, tout comme le Japon au niveau de l'Asie, avaient pour les capitalistes US et anglais, ceux qui avaient monté le Council on Foreign Relations après la Première Guerre, un rôlé clé à jouer dans le jeu d'échecs mondial devant amener à la domination totale des US après la Deuxième Guerre. 

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David Guyatt explique que derrière le Council on Foreign Relations, il y avait le groupe de pression discret de Cecil Rhodes, magnat du diamant en Afrique du Sud et eugéniste patenté. Parmi les élites allemandes de l'époque, il n'était pas rare de trouver des adeptes membres de ce groupuscule ou qui en étaient proches.

En effet, le groupe secret de Cecil Rhodes, tout comme l'Ordre de Malte d'ailleurs, ciblait spécifiquement les élites allemandes en leur offrant des bourses d'études pour apprendre l'othodoxie eugéniste anglaise dans différents domaines.

Selon Guyatt, l'ultra réactionnaire Ordre de Malte, dont Gehlen a reçu en 1948 une des plus hautes distinctions, était aussi impliqué dans la gestion de l'argent des nazis. Et évidemment, ont rouve de nombreux types de la CIA parmi les hiérarques de l'Ordre de Malte.

Doté du statut diplomatique par l'Italie et le Vatican dès 1951, l'Ordre de Malte avait donc le droit d'émettre des passeports et d'utiliser la valise diplomatique, ce qui est très pratique pour transférer tout et n'importe quoi à travers le monde. 

 

Développer la propagande US et les théories capitalistes

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Comme en France, en Italie et ailleurs, les US ont aussi investi beaucoup d’argent dans la propagande politique, en finançant divers groupuscules de droite voire d’extrême-droite. Ceux-ci étaient chargés de mener une propagande anticommuniste, pro US, pro européenne.

L’Allemagne a aussi connu sa stratégie de la tension, avec par exemple la Fraction Armée Rouge (RAF- Rote Armee Fraktion), surnommée la bande à Baader, du nom de son leader[23]. Ce groupe d’extrême gauche a commis une série d’attentats, d’attaques de banques et d’enlèvements de patrons d’entreprises au nom de la lutte armée, entre 1968 et les années 90.

Il y a eu deux voire trois générations de ce groupe, les deuxième et troisième ayant commis un plus grand nombre de meurtres et d’attentats pendant que la première puis la deuxième génération étaient en prison.

D’autres groupes d’extrême gauche ont été créés, comme le Mouvement du 2 juin, qui faisait aussi dans les attaques de banques et les enlèvements, et revendiquait les mêmes choses.

Certains des membres du groupe étaient devenus des informateurs de la police ou des renseignements, d’autres étaient des infiltrés. Au total la RAF aurait commis 34 meurtres et assassinats, et aurait vu passer dans ses rangs autour de 80 personnes. Elle a officiellement cessé d’exister en 1998.

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Des liens avec les réseaux de la CIA ont été soulignés, notamment via l’école Hypérion, basée à Paris, qui permettait aux militants des groupuscules de "gauche" à tendance terroriste de se rencontrer. Un rapport de la police italienne a qualifié Hypérion de "plus important bureau de la CIA en Europe" au milieu des années 80[24].

D'autres liens de la RAF avec les services allemands ont été mis en évidence même si là encore, le sujet est un grand tabou national. Il y avait par exemple l'agent provocateur Peter Urbach qui a fourni des armes et des explosifs à la RAF tout en renseignant les services allemands sur ses militants et ses activités.

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Urbach a joué le rôle le plus important dans la transformation d'un groupe de militants un peu allumés en groupe franchement terroriste. Apparemment il a été recruté avant 1967, quand il a commencé à inflitrer les groupes d'étudiants gauchistes pour le compte de l'Office pour la protection de la constitution, une sorte de police politique créée en 1951.

A l'origine de l'opération et de nombreuses autres infiltrations dans les milieux de gauche, il y avait le ministre de l'Intérieur -socialiste- de Berlin Kurt Neubauer. Objectif: criminaliser le mouvement d'extrême gauche pour le décrédibiliser aux yeux de l'opinion publique.

C'est Urbach qui a fourni le premier flingue un des fondateurs de la RAF, l'avocat Horst Mahler. Lors d'une manif qui a dégénéré en 68, il a tranquillement fourni des cocktails Molotov aux plus excités. Il a disparu de la circulation en 1971 quand il a été démasqué après avoir permis l'arrestation d'Andreas Baader et aurait fui aux Etats-Unis avec l'aide de l'Office pour la protection de la constitution où il est mort des années plus tard en Californie. 

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Il y a aussi le cas Ulrich Schmücker, un autre agent infiltré dans un mouvement d'extrême gauche, le "Mouvement du 2 juin", qui a été assassiné d'une balle dans la tête à Berlin en 1974 on ne sait toujours pas par qui malgré plusieurs procès: l'enquête a été torpillée par l'Office berlinois pour la protection de la constitution, qui cherchait à dissimuler ses propres manipulations.

Schmücker avait été retourné lors d'un séjour en prison, pendant un long passage en isolement.

Ce mouvement du 2 juin avait aussi été infiltré par un petit truand, proxénète de son état, Volker Weingraber, devenu en 1974 informateur et agent infiltré pour le compte de l'Office de protection de la constitution.

Etrangement, on retrouve ledit Weingraber en Italie pendant la séquestration et l'assassinat d'Aldo Moro en 1978. Il s'y était réfugié tranquillement après avoir été grillé par ses petits camarades.

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Une partie des membres de la RAF a été tuée par la police, beaucoup se seraient suicidés, ce qui est contesté pour certains ou en tout cas dénoncé comme lié à une stratégie d’élimination des membres des commandos. Par exemple le "suicide collectif" en prison en 1977 de quatre membres de la RAF, dont Andreas Baader, était selon la seule survivante Irmgard Moller une élimination en règle par un commando envoyé spécialement par les autorités.

Elle raconte que cette nuit-là, elle a été agressée et probablement droguée, et qu'elle a appris par quelqu'un que deux de ses camarades étaient morts. Elle s'en est sortie miraculeusement avec quatre coups de couteau au thorax et trois jours de coma.

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Le suicide d’Ulrike Meinhof (une journaliste devenue leader de la seconde génération après avoir défendu les membres de la première) dans sa cellule en mars 1976, avec une corde de 51 cm selon les autorités mais de 80 cm selon d’autres témoins, est l’un de ceux qui posent question. Divers éléments laissent penser qu’elle a été battue, violée et étranglée avant qu’une mise en scène de suicide ne soit montée et diffusée avec l’aide des médias.

En tout cas ses amis sont persuadés qu'elle a été éliminée, dans le cadre de la tentative de faire table rase de la période "révolutionnaire" tumultueuse depuis les années 60. Le traitement qui lui a été reservé en prison où elle était depuis 1972 était, comme celui d'une partie des membres de la RAF, particulièrement violent. Il était basé sur l'isolement complet et la privation sensorielle.

De temps en temps, on colle encore un nouveau crime sur le dos de l’un ou l’autre membre du groupe, grâce notamment à la preuve ultime de l’ADN.

A l'autre bout de l'échiquier politique, les groupes néo nazis et néo fascistes ont ont commencé à se multiplier en Allemagne de l'ouest à partir des années 70, alimentés par les transfuges de la nébuleuse fasciste internationale.

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En 1981, le Turc qui a tiré sur Jean-Paul 2, membre d’un groupe d’extrême-droite appelé les Loups Gris calqué sur le modèle du stay-behind, était resté plusieurs mois à Munich avant l’opération. De nombreux membres des Loups Gris étaient stationnés en Allemagne de l’Ouest, où ils donnaient des coups de main opérationnels au BND, notamment pour gérer les travailleurs immigrés turcs[25].

Par ailleurs, un des complices d’Agça a expliqué devant un juge italien avoir reçu 3 millions de marks de la part des renseignements allemands pour l’organisation de l’attentat et les armes avaient été fournies par le biais d’un marchand d’armes allemand proche du BND, Horst Grillmayer.

Agca avait déjà assassiné le rédacteur en chef d’un journal de gauche en Turquie, avec la bénédiction du parti fasciste et il était passé en 1979 par un camp d’entraînement au Liban. En Italie Ali Agça était aussi en contact avec Toto Riina et d’autres parrains de Palerme.

Il y avait aussi évidemment en Allemagne le terrorisme d’extrême droite, incontournable dans le cadre de la stratégie de la tension, du fait de tout un tas de groupes plus ou moins officiels.

Le premier parti nazi officiel au niveau fédéral depuis 1945 a été créé dès 1964 (le Deutsche National Partei -DNP, parti national Allemand) mais est retourné dans la clandestinité dès 1969. Ses membres étaient issus des 13 organisations "néo" nazies alors recensées en Allemagne et l’un des meneurs a expliqué lors du congrès fédéral de 65 que "Nous n’avons pas inventé les camps de concentration et ne voulons pas être châtiés pour cela. Il ne faut pas oublier leur valeur éducative : de communistes et de marxistes, ils ont fait de bons Allemands" [26].

Werner Naumann - Copie

Dès 1952, le gouvernement de Basse Saxe a fait interdire un parti nazi qui commençait à remporter un peu trop de succès dans les urnes. Il y avait aussi le "groupe Naumann", du nom d’un nazi qui était le dernier secrétaire d'Etat et successeur de Goebbels. Après la guerre Werner Naumann est resté planqué en Allemagne, qui tentait d’infiltrer les partis politiques d’Allemagne de l’ouest afin de renverser la démocratie et de rétablir le "national socialisme"... 

Les membres du groupe de Naumann étaient d'éminents nazis, comme l'ex chef des Einsatzgruppen Werner Best, le responsable de la propagande radio du Reich Hans Fritzsche (acquitté de toutes les charges contre lui à Nüremberg), le colonel SS Paul Hausser... Que du beau monde. 

Finalement Naumann a été arrêté en 1953 par les anglais alors qu’il comptait se présenter à des élections locales sous la bannière du Deutsche Reichspartei. En effet, tout cela faisait désordre en pleine phase de "construction européenne" [27].

L'activisme nazi en Allemagne ne s'est jamais calmé. En 1972 Gary Lauck a créé aux Etats-Unis le NSDAP-AO, avec l'objectif de permettre à des partis nazis de se présenter aux élections en Allemagne et en Autriche. Il a ensuite beaucoup voyagé en Europe pour faire sa propagande et nouer des contacts avec les groupes néo nazis et fascistes d'Europe, et son journal The New Order était diffusé en 9 langues.

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Lauck a ainsi fourni du matériel de propagande et des fonds aux néo-nazis allemands. Le NSDAP-AO y était très implanté et en lien avec une nébuleuse d'organisations nazies et assimilés. Mickael Kuhnen, meneur de cette mouvance, était un de ses principaux relais en Allemagne.

En parallèle de ces réseaux stay-behind classiques, l’Allemagne comme la France, l’Italie et le reste de l’Europe a été la cible d’une propagande culturelle puissante de la part des US en s’appuyant sur la pseudo "dénazification" du pays. Qui était un leurre ou de la pure propagande, comme on l’a vu[28].

"Alors qu'un concierge pourrait être mis sur liste noire pour avoir balayé les couloirs de la Chancellerie du Reich, nombre d’industriels, scientifiques, administrateurs et même des officiers de haut rang d'Hitler étaient tranquillement réintégrés par les puissances alliées dans un effort pour empêcher l'Allemagne de s'effondrer", écrivait Frances Stonor Saunders dans "The cultural cold war, the CIA and the world of arts and letters".

Car en effet, beaucoup de capitalistes anglais, US, français et autres avaient placé des billes dans l’industrie allemande et attendaient un retour sur investissement, comme c'était le cas dans les années 30.

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L’agent de la CIA Michael Josselson, qui a œuvré à la division des renseignements de la Psychological Warfare Division en Allemagne, est le créateur en 1950 du Congrès pour la Liberté de la Culture (Kongress für kulturelle Freiheit), une officine de la CIA qui diffusait des financements vers des intellectuels et médias pro américains et pro-capitalisme comme André Malraux, André Gide, Denis de Rougemont, Raymond Aron en France. Ledit congrès était directement financé par la CIA.

En 1946 Josselson est revenu au "civil", et toujours à Berlin a occupé le poste d’officier des affaires culturelles, puis aux affaires publiques du Haut-Commissariat des Etats-Unis en Allemagne. 

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A ce poste, "il a été affecté au "filtrage du personnel" dans la presse, la radio et les médias de divertissement allemands, qui ont tous été suspendus en attendant l'élimination des nazis", écrit Frances Stonor Saunders. Des revues pro US ont été créées comme le mensuel Der Monat qui bénéficiait d’un financement direct de la CIA et visait à développer les liens entre les intellectuels allemands et US.

La fondation Ford, comme ce fut le cas en France, y allait aussi de ses financements, toujours raccords avec les intérêts du capitalisme US.

Nicholas Nabokov, ami de Josselon affecté dès 1945 (en même temps que l’économiste John Kenneth Galbraith) à la Morale division de la Strategic Bombing Survey unit US en Allemagne, a travaillé avec Josselon pour l’Information Control division où il a été affecté à la section "musique", avec l’objectif de "créer de bonnes armes psychologiques et culturelles avec lesquelles détruire le nazisme et promouvoir un authentique désir pour une Allemagne démocratique" et d’éjecter ceux qui n’étaient pas raccord de l’industrie musicale.

Il fallait à la fois intoxiquer les masses avec la propagande et neutraliser les velléités nationalistes dans le paysage musical allemand (ce qui n’était pas une mince affaire même si la notion de "dénazification" a été comprises avec une extrême souplesse[29]).

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L'Allemagne a aussi eu son mouvement anticommuniste "Paix et Liberté", "Volksbund für Frieden und Freiheit" qui était dirigé par Eberhard Taubert, un ancien collaborateur de Goebbels. Il a été officiellement dissous en 1970 suite aux critiques sur le nombre de nazis présents parmi ses cadres, alors que le mouvement avait pignon sur rue.

Le monde de l’édition a été ciblé également : des programmes de publications des auteurs (US ou européens pourvu qu’ils soient anticommunistes) ont été mis en place, des tournées de promotion ont été organisées, et la Psychological Warfare Division se chargeait de traduire de bouquins de culture capitaliste US, comme "The New Deal in action", mais aussi des bouquins pour enfants, d’art ou de littérature classique US.

La franc-maçonnerie, comme partout, a été utilisée par les US dès la fin de la guerre avec la refondation et la création de nombreuses loges, pour disposer d’un réseau de renseignement et d’action. La Berlin 46 Outpost Lodge 895, loge internationale de langue anglaise, a été créée en 1946-1947 à Berlin de la fusion de différentes loges militaires, et est toujours composée d’expatriés anglophones, principalement US.

On y montait les échelons beaucoup plus vite que dans les "loges" civiles en raison de la durée relativement courte de stationnement en Allemagne : juste après la guerre, elle était principalement composée des militaires US francs-maçons qui étaient là, puis les horizons professionnels se sont diversifiés (business, recherche, diplomatie, finance) …

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Le Gladio local était encore opérationnel dans les années 80, même si officiellement les effectifs étaient fortement réduits et le groupe action aurait été dissous en 1983. Il ne serait plus resté alors que la section "renseignements".

Et en 1990, "les postes du BND pour la gestion de l’organisation ont été réduits à 35", expliquait Der Spiegel du 19 novembre 1990. Mais, soulignait le quotidien, "Les unités de sabotage de l’OTAN existent toujours, contrairement à ce que suggère le rapport Jung ils ne sont en aucun cas dissous".

Pourtant, en 1981 encore 33 caches d’armes avec des armes chimiques notamment ont été découvertes dans le pays. Il a été dit qu’elles avaient été mises en place par le militant fasciste Heinz Lembke qui entrainait ses troupes dans la forêt. Lembke a en tout cas été retrouvé suicidé dans sa cellule le 1er novembre 1981, la veille d’une deuxième audition devant un procureur lors de laquelle il devait expliquer qui utilisait ces armes[30].

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Il était aussi cité dans le dossier de l’attentat de la fête de la bière le 29 septembre 1980 qui a fait 13 morts (dont le poseur de bombe) et plus de 200 blessés, pour avoir refourgué des explosifs provenant de ces caches à un groupe paramilitaire d’extrême droite, le Wehrsportgruppe Hoffmann (groupe de sports de défense Hoffmann). Or, c’est justement vers ce groupe de néo nazis qu’a mené l’enquête sur l’attentat.

Enquête qui n'a jamais débouché sur la condamnation des responsables, et qui a été classée sans suite par la justice en 1982.

Plusieurs observateurs ont fait le lien entre Lembke et le stay-behind. "Sur l’ensemble des armes découvertes dans les arsenaux souterrains, on ne put déterminer l’origine que de trois. Elles provenaient d’une firme privée qui fournissait l’armée allemande et l’OTAN", écrit Daniele Ganser.

En 1995 une nouvelle affaire de caches d’armes de groupuscules d’extrême-droite a percé dans les médias : un néo nazi dénommé Peter Naumann, expert en explosifs et proche de Lembke par le passé [31], a été désigné plusieurs caches d’armes et munitions. Ledit Naumann était impliqué dans plusieurs attentats et les armes venaient de stocks de l’armée (ce qui a valu une amende à un officier de l’armée qui approvisionnait le groupe). Plus de 200 kilos d'explosifs ont été retrouvés dans les caches d'armes, ainsi que de sgrenades, des mines, des fusils, armes de poing et munistions.

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D'ailleurs, le terrorisme d'extrême-droite est considéré comme le danger n°1 en Allemagne actuellement, notamment en raison de son "infiltration" des forces de l'ordre et de l'armée. En réalité il y a une porosité historique entre les "forces de l'ordre" et l'extrême-droite, comme on vient de l'expliquer, et tout a été fait pour en arriver là.

Et les groupes d'extrémistes de droite multiplient les attentats, toujours plus nombreux d'année en année depuis les années 70 : plus de 20.000 attaques diverses et variées ont été recensées rien qu'en 2020 [32].

Les groupes néo nazis se sont multipliés au niveau local et national jusqu'à aujourd'hui: Junge Nationaldemokraten (Jeunes Nationaux Démocrates) qui était la branche jeunesse du NPD (Parti National Démocrate à l'extrême-droite), Der Stahlhelm - Kampfbund für Europa (Le Stahlhelm - Ligue de combat pour l'Europe), l'incontournable Blood & Honour, le Gesinnungsgemeinschaft der Neuen Front (GdNF, communauté du nouveau front qui était la tête de pont du NSDAP-AO), le  Nationalsozialistischer Untergrund (NSU, parti national socialiste clandestin), Sauerländer Aktionsfront...

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La plupart cherchent à s'armer et beaucoup sont passés à l'action. Les armes qui ont pu être retrouvées lors de perquisitions après des attentats sont des armes de guerre  et des exploosifs puissants. Par ailleurs, on observe que certains leaders de ces groupuscules sont proches des renseignements allemands, et que ceux-ci y rémunèrement de très nombreux "informateurs".

Un groupe de gauchistes allemands antifascistes constate : "Quand des organisations sont créées par des néo-nazis en Allemagne, les forces de sécurité ont presque toujours la main dans le pot de confiture ".

Beaucoup de leaders de ces mouvements étaient des informateurs rémunérés (parfois l'équivelent d'un salaire ainsi que de quoi développer leurs activités) par les rensiegnements et/ ou l'office pour la protection de la constitution. Il y a des dizaines de cas recensés par les organisations de gauche. 

2022-01-16 14_54_32-Allemagne_ trois néonazis, dix meurtres et treize ans de cavale - L'Express - Op

Le NSU dont certains membres ont commis une dizaine de meurtres d'étrangers et de braquages de banques dans les années 2000 était suivi de tellement près par les renseignements que cela pose question.

Les trois tueurs identifiés ont reçu l'aide d'informateurs connus du BND, comme Tino Brandt, reponsable du NPD qui était grassement rémunéré par les renseignements depuis 1994. En 2000 il a reçu 2000 marks des renseignements, qui ont servi à payer les faux passeports des trois tueurs. 

Ils ont été aidés par Blood & Honour, dont le reponsable en Thuringe Marcel Dienel était aussi un indic des renseignements, qui a collecté de l'argent pour leurs opérations en organisant des concerts "secrets", et leur a fourni armes et munitions.

2022-01-16 16_33_40-Politik _ Berlin _ Rechtsextreme gegen Wehrmachtsausstellung _ Christian Ditsch

Les renseignements allemands étaient par ailleurs au courant des activités des trois terroristes depuis la fin des années 90, mais les ont laissés faire pendant des années, jsuqu'en 2011 quand Beate Zschäpe s'est rendue à la police après avoir fait exploser le GQ du groupe.

Le  NPD qui est un parti officiel, est complètement infiltré par les renseignements, certains ont avancé le chiffre de 130 taupes dont certaines dans des postes importants. Il y a aussi eu les cas Carsten Szczepanski et Toni Stadler, deux informateurs rémunérés des rensiegnements régionaux du Brandebourg et de l'office pour la protection de la constitution, qui ont créé des groupes d'activistes néo nazisdans les années 90, dont certains ont commis des attentats [33].

S'il n'a pas été interdit par la cour constitutionnelle fédérale en 2003, c'est seulement parce que l'office de protection de la constitution était mouillé jusqu'au cou dans ses activités. Les juges ont en effet expliqué que les juges ont expliqué que la présence de ces nombreux informateurs au niveau de la direction du NPD constituaient un "obstacle procédural inamovible". 

On constate que la stratégie de la tension n'a jamais cessé: le modus operandi est toujours le même et l'omerta aussi.

CryptoAG1

Les services allemands ne semblent toujours pas autonomes par rapport aux services US qui ont toujours surveillé de très près les services allemands, même après la chute de l'URSS et du mur de Berlin. Quant à l’espionnage commun germano US, il a encore été exposé par Edward Snowden en 2013 : depuis un accord secret signé en 1970 [34], le BND et la CIA ont organisé un puissant système d’espionnage électronique des leaders politiques européens, officiellement "amis", via une société basée en Suisse appelée Crypto AG qu’ils ont créée pour l’occasion.

Cette charmante entreprise qui n’a été liquidée qu’en 2018 pouvait aussi louer ses services à des pays tels que le Pakistan, le Vatican, ou encore des dictatures latino-américaines.

Depuis 2001, le BND a aussi protégé la CIA pour ses arrestations et transports illégaux de prisonniers illégaux, interpellés arbitrairement n'importe où dans le monde et expédiés à Guantanamo où les US leur lavaient le cerveau.

 

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Le cas de l'Allemagne est révélateur de la mainmise de la CIA sur la politique intérieure allemande dès la fin de la guerre. Le réseau stay-behind s'y est très vite confondu avec les renseignements officiels d'un côté, et avec la mouvance nazie puis "néo-nazie" qui ne cesse de se développer. Comme en france, alors que les autorités se focalisent sur un mytique terrorisme d' "ultra-gauche", l'extrême-droite a les mains libres. Et on constate qu'en Allemagne, les groupuscules néo nazis sont aidés et financés par les renseignements.



[1] Cf. « The Bormann Brotherhood » de William Stevenson.

[2] Cf. « La revanche des nazis » de Pierre Mariel.

[3] Cf. « Foundations Of The Anglo-American Financial Empire: The secret story of world war II Japanese and Nazi gold » de David Guyatt, 2005, dans World Affairs: The Journal of International Issues World Affairs: The Journal of International Issues.

[5] Supervisé par Martin Bormann, il était basé à Dachau et avait des ramifications dans tous les pays d’Europe, en Egypte, aux USA, qui étaient souvent pilotées par des nazis et ont ensuite perduré sous d’autres noms comme Die SPinne ou Edelweiss.

[6] Cf. Gérard Desmaretz dans « Stay Behind. Les réseaux secrets de la guerre froide » (livre de droite).

[7] Cf. « La mafia des SS » de Victor Alexandrov.

[8] Von Bolschwing s’est notamment chargé de négocier en 1933 l’accord Haavara avec les organisations juives pour assurer l’immigration de Juifs allemands en Palestine en laissant tout derrière eux. Il y est resté quelques années, le temps d’organiser un milices sioniste appelée la Haganah et des groupes armés nationalistes arabes pour attaquer es anglais qui dominaient alors la région.

Toute cette agitation des nazis a commencé à inquiéter certains pays alliés, qui voyaient là une très mauvaise publicité et un risque pour les systèmes politiques en place. Quelques coups de pression ont donc été mis pour que cette internationale nazie de fasse plus discrète, avec quelques arrestations de nazis notamment.

[9] Cf. Nicolas Lebourg, « Les nazis ont-ils survécu ? », p.83.

[10] Cf. « The Nebula, a political murder traces back to NWS’absolute power » de Walter J.Baeyens.

[11] Dès 1949, les US avaient identifié le grand potentiel des militaires nazis pour remplir les rangs de leur « armée secrète », et le Pentagone a ordonné au tout nouveau Counter Intelligence Corps recruter les profils les plus performants à des fins de lutte contre les communistes et la gauche en général.

[12] Dans les années 30 Elmer Bobst, membre de l’ordre de Malte, dirigeait la branche US du labo Hoffman – La Roche qui faisait partie du cartel IG Farben largement financé par Wall Street. C’est lui qui a poussé Nixon à lancer en 1971 la « lutte contre le cancer » à coups de millions de dollars. La même année, le National Cancer Institute dans quel il était influent a déménagé juste à côté de Fort Detrick, le principal labo militaire de recherche sur les armes biologiques.

[13] Cf « Eagle and Swastika: CIA and Nazi War Criminals and Collaborators » de Kevin Conley Ruffner, p. 327.

[14] Cf. « Les armées secrètes de l’OTAN » de Daniele Ganser.

[15] Le groupuscule recevait aussi 50.000$ par mois ainsi que des armes, munitions et explosifs, de la part des US. Le groupe a été mis à jour, il y a eu un mini scandale, et il a été interdit dès 1953.

Carte d'identité de l'armée américaine de Gehlen avec alias

[16] En 1951 Gehlen et Schnez ont signé un accord d’échange des informations obtenues par l’organisation Gehlen d’un côté, et la Schnez Truppe de l’autre, qui avait semble-t-il un excellent réseau de renseignement.

[17] Un rapport fort élogieux a été rédigé par les services de renseignements au sujet de ce « fonctionnaire excellemment qualifié ». Mais il a connu des difficultés quand a été révélé son rôle dans l’organisation de la répression d’un groupe de SS considérés comme des dissidents par Hitler en 1944.

[18] Barbie a été officiellement « retrouvé » en 1972 par des anti-nazis et extradé en France en 1983, pour son procès pour crimes contre l’humanité qui a eu lieu en 1987.

[19] Un article du 17 janvier 2011 paru dans le Figaro suite à la déclassification d’archives de la CIA précisait au sujet de la collaboration Barbie - BND : « Barbie a livré environ 35 rapports aux services allemands. Il a perçu un premier versement de 500 deutsche marks en liquide. Puis des honoraires lui ont été versés régulièrement par le BND sur un compte établi dans une banque de San Francisco, aux États-Unis. Quelques semaines après avoir été recruté par les services allemands, Barbie a pris la tête de la succursale bolivienne d'une entreprise dont le siège était à Bonn, capitale de l'Allemagne de l'Ouest, vendant du matériel militaire superflu de la Bundeswehr, l'armée allemande. Il était alors chargé par le BND de donner des indications sur d'éventuelles pénuries d'armes et de munitions en Bolivie, indique le journal ».

[20] L’Argentine était à l’époque, et surtout sous Peron de 1946 à 1955, très favorable à l’accueil des Nazis, à la fois par sympathies politiques et par intérêt financier. Mengele est ainsi arrivé à Buenos Aires le 20 juin 1949. Il a pu voyager dans tout le continent et même au-delà sans être inquiété. Il est retourné plusieurs fois en Europe durant les années 50 et 60, dont deux fois en Allemagne où sa famille d’industriels avait toujours pignon sur rue. Quand Peron a été éjecté du pouvoir, Mengele est allé vivre au Paraguay (sous son vrai nom) où le général Stroessner assurait bon accueil aux nazis.

[21] La Croix-Rouge Internationale a contribué à l’exfiltration de nombreux nazis en lien avec le Vatican, notamment l’archevêque Aloïs Hudal, proche de Pie 12 et Paul 6 et grand admirateur du 3e Riech. Hudal a notamment fait évader Eichmann et Stangl. Le Vatican a aussi opéré en lien avec l’Ordre de Malte.

[22] Cf. « Les armées secrètes de l’OTAN » de Daniele Ganser. « Quand le stay-behind allemand fut découvert, Lüth fut caché par les Américains, il put ainsi échapper à la justice et disparut sans laisser de traces. Un ancien camarade d’école de Lüth, Erhard Peters, occupait lui aussi des fonctions de premier plan au sein de l’armée secrète. L’homme fut nommé à la tête du Technischer Dienst en raison de ses compétences en matière de communications radio et d’opé-rations de guérilla », explique Ganser.

[23] Andreas Baader s’était entrainé dans des camps palestiniens, et est rentré en RFA avec l’idée de faire la révolution. Il a fait partie des membres arrêtés en 1972 et s’est suicidé en octobre 1977 avec plusieurs autres membres emprisonnés, suite à l’échec d’une prise d’otage dans un avion la Lufthansa, en échange de leur libération. Le groupe a continué sans lui pendant les années 80.

[24] Cf. « Operation Gladio The Unholy Alliance between the Vatican, the CIA, and the Mafia » de Paul L. Williams.

[25] Cf. « Operation Gladio The Unholy Alliance between the Vatican, the CIA, and the Mafia » de Paul L. Williams.

[26] Cf. « La revanche des nazis » de Pierre Mariel. L’auteur explique que 12 des 18 membres du comité directeur du NPD étaient des membres du parti nazi, comme l’ex « directeur éducatif » des Jeunesses hitlériennes ou un ancien chef de commando SS.

[27] Werner Naumann n’est resté en prison que quelques mois avant que les charges contre lui ne soient abandonnées. Il faut dire qu’il avaiat des contacts intéressants dans l’internationale nazie.

[28] Voir les parties de cette saga dans le chapitre « Recyclage des Nazis et Collabos dans les nouvelles structures » : 1) Les services sercets  2) La banque et l'industrie  3) La politique et les syndicats 4) Le monde universitaire  5) Les médias et la culture  6) La justice

[29] En 1947 certains musiciens étrangers s’étonnaient du nombre de nazis notoires qui pullulaient encore dans le monde de la musique en Allemagne, bien qu’ils soient passés par la commission de dénazification qui n’avait rien trouvé à leur reprocher ou si peu.

[30] Cf. « Les armées secrètes de l’OTAN » de Daniele Ganser.

[31] Lembke et Naumann ont commis un attentat ensemble en 1978, en mettant une bombre devant un monument antifasciste à Rome. Naumann est impliqué dans une série d'attentats par explosifs depuis les années 70. En 1988 il a été condamné pour un attentat et la préparation d'attentats, à seulement 4 ans de prison, mais a pu sortir au bout de 2 ans et reprendre ses activités. 

[32] Un article d'Euronews du 05/05/2021 expliquait : "23 604 : c'est le nombre d'attaques attribuées à l'extrême-droite qui se sont déroulées en Allemagne en 2020. Cela représente une hausse de 5,7% par rapport à l'année précédente et un chiffre record depuis la mise en place des statistiques il y a 20 ans. Ces crimes vont de l'incitation à la haine raciale, aux saluts hitlériens, en passant par les assassinats".

white aryans rebels[33]  Par exemple, Szczepanski a été recruté en 1994 par les renseignement du Brandebourg, alors qu'il était en prison pour un bon moment suite à l'assassinat d'un Nigérian. Bizarrement, il est sorti de prison dès 1997, et a ouvert dans une petite ville d'Allemagne de l'est un magasin et une maison d'éditions pour des publications et musqiues néo nazies. Il a alors joué un rôle important dans la mise en place d'un réseau d'organisations néo nazies dans ce secteur et est devenu président de la branche locale du NPD avec des responsbailités au niveau national.

Quant à Toni Stadler, qui tenait un autre magasin de musiques néo nazies, c'est grâce à l'argent des renseignements qu'il a financé et lancé le groupe de musique néo nazi "White Aryan Rebels" qui appelait à commettre des actes pédocriminels et à violer et tuer les étrangers, les Juifs et les anti-nazis. C'est un autre agent infiltré qui organisait la distribution.

[34] Ce système d’espionnage a été appelé "opération Rubicon" par le BND et "Opération Minerve" par la CIA.

 

 

 

Le plan de la saga:

I. La 2e Guerre Mondiale, oeuvre du fascisme financier.

II. Le sabotage de la dénazification.

III. Recyclage des Nazis et Collabos dans les nouvelles structures: 

  1. Les services sercets
  2. La banque et l'industrie
  3. La politique et les syndicats
  4. Le monde universitaire
  5. Les médias et la culture
  6. La justice

IV. La création de l'Europe, un monstre sans tête au service du fascisme financier

  1. Le cas Jean Monnet, sbire du capital anglais et US
  2. Avant l’Europe, ou la mise en place du piège européen
  3. Les peuples immobilisés dans les sables mouvants européens

V.  Une Europe fasciste déguisée en démocratie :

  1. Stratégie de la tension

a.        Angleterre, Suisse, Italie

b.        France

c.         Belgique

d.        Espagne et Portugal

e.        Allemagne

2.   Le pillage économique des nations 

...

 

12 janvier 2022

Pour 2022: ne pas céder, penser à l'après et commencer à construire.

Cambodge Angkor

Cette année, une fois n'est pas coutume, je tiens à souhaiter la meilleure année possible à ceux qui me lisent sur ce blog. Un grand merci pour l'effort de lire mes "longs" articles. 

 

Chers lecteurs, je ne sais pas qui vous êtes mais je sais que vous aimez prendre le temps de la réflexion et remonter à la source de l'information. J'imagine que la période est difficile, et pour cette année 2022 je voulais vous envoyer ce qu'on appelle communément des "bonnes vibrations". Bonnes je ne sais pas, mais combatives c'est certain.

Tout d'abord, je veux dire aux Résistants tout mon respect. J'espère que ces conflits permanents qu'on nous fait subir, et que nous devons vivre aussi à l'intérieur de nous, vont à tous nous permettre d'avancer sur la voie qui est la notre, et si possible de trouver la sérénité.

Je pense que nous verrons bientôt le bout de ce massacre intellectuel, éthique, social, politique qui s'accélère, mais d'ici là nous allons traverser des moments très difficiles. Nous sommes face à des gens aussi puissants que désespérés, nous sommes face au vide total. Un combat inédit face auquel il est difficile d'avoir en permanence les ressources nécessaires. 

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Qui veut voyager loin ménage sa monture, dit le proverbe, et il est si vrai. Gardez-vous des espaces de paix, de passions, de repos, de rires, autant que possible. C'est le carburant de la révolte. Ménagez-vous, sachez que nous sommes dans une course de fond pas un sprint: il faudra tenir sur la durée parce qu'après, il faudra nettoyer et reconstruire.

En 39 - 45, d'après une Résistante que j'ai eu l'honneur d'interviewer, les Résistants étaient ultra minoritaires, bien moins nombreux que les collabos actifs "et la majorité ne bougeait pas". C'est la même configuration aujourd'hui même si, comme en 39-45, certains commencent à sentir le vent tourner et à changer de braquet. En 43 quand tous ces vichystes sont devenus "résistants", dans la veine de Mitterrand et tant d'autres, c'est la même transition aujourd'hui. Nous avons passé le point de bascule: leur délire ne tient plus que dans l'esprit des fanatiques et plus serviles des collabos.

Mais ces fanatiques, acculés, sont dangereux: ils savent qu'ils risquent très gros si on arrive à les envoyer devant un vrai tribunal pour le cirque incommensurable dans lequel ils nous ont fait sombrer. Certains y travaillent, et l'Histoire montre qu'ils seront jugés. En attendant ils peuvent tout détruire, appliquer la politique de la terre brûlée, dans une vaine tentative de s'en sortir. La réalité est déjà celle-là. 

A ceux qui ne sont pas d'accord et qui estiment ne pas pouvoir résister, je souhaite bonne chance. Ca ne va pas être facile.

De la vie de paria ou de celle des multi injectés, je sais laquelle je ne veux pas. J'ai toujours été paria. Très honnêtement cette société m'a toujours dégoûtée: rien n'est cohérent, rien n'est humain. Tout est à changer.

Bangladesh

 Aujourd'hui le monde qui nous est promis est simple. Les puissants savent qu'il n'y a pas assez de matières premières, minérales et autres, pour continuer à courir après la "croissance", ils savent que pour maintenir leur train de vie il faudrait réduire la population mondiale au moins de 80%. La Chine détient une partie des ressources-clés et il y a fort à parier que nos dirigeants, espérant du profit à court terme, nous ont déjà vendus au nouvel ordre mondial made in China.

C'est-à-dire une société de contrôle, de permis à points, de tout numérique, et surtout une société de castes où chacun reste à sa place sauf à avoir promotion du pouvoir. Les "vaccins" ne sont pas le but, ils ne sont qu'un moyen pour ce contrôle avec le graphène d'une part et les laissez-passer pseudo "sanitaires" d'autre part. C'est ce scénario qui est au programme et nous devons absolument le bloquer. 

Le pouvoir est devenu totalitaire et il ne s'arrêtera pas si nous ne l'arrêtons pas. Comme l'a décrit Ariane Bilheran, le corollaire est la paranoïa qui débouche sur la destruction d'une partie du corps social, et sur la négation de l'opposition en général. Tout cela sclérose une société, or une société a besoin de souffle, de flux, de mouvements, de débats, de diversité pour s'adapter aux évolutions du temps. Une société sclérosée meurt.

Nous avons les moyens d'éviter ce monde conçu par des esprtis dérangés sans être nombreux, et nous pourrons trouver des appuis à l'international. Mais surtout ne basculons pas, nous aussi, dans l'obscurantisme.

Nous payons aujourd'hui la note de plusieurs siècles d'aveuglement organisé, de corruption, de compromissions, de tromperies, d'abrutissement et de domination des peuples. Il est plus que temps de faire exploser ce tas de purin et leur crise est une opportunité inespérée pour renverser la table.

Cette année 2022 sera compliquée, elle sera certainement plus mouvementée et plus difficile pour beaucoup que 2021, mais il faut garder confiance en nous et développer le plus vite possible des réseaux de solidarité locaux, pour commencer à construire.

Pensons dès maintenant à organiser l'épuration qui devra être plus efficace qu'en 1945 et à rétablir les règles communes sans lesquelles aucune société ne peut exister et encore moins évoluer. 

Je vous souhaite toute la force nécessaire pour affronter ce qui vient, de trouver du temps pour vous écouter, de rester centrés sur ce qui fait de vous des humains. J'espère que vous pourrez rester vous-mêmes, vous préserver et agir pour vous et vos proches.

De mon côté, je vais refuser "jusqu'au bout" comme dirait jupicrétin de mettre ne serait-ce qu'un doigt dans cet engrenage, je serai encore là à la fin de ce délire et d'ici là je sais comment occuper mon temps libre.

Les amis Résistants, tenez bon. No pasaran.

 

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08 janvier 2022

Affaire Dutroux : Que reste-t-il de la théorie du prédateur isolé ? Pour la rouverture du dossier "bis"

2019-10-17 23_16_27-Il y a 20 ans, l'affaire Dutroux_ ligne du temps - Opera

Alors qu'une pétition est en ligne et qu'un des gendarmes qui a travaillé sur le volet "réseau" du dossier Dutroux tente d'obtenir la rouverture des enquêtes sur le réseau qui était si actif autour de Dutroux, revenons sur la chronologie de cette affaire.

Car entre l'époque où le scandale a éclaté puis été étouffé et aujourd'hui, plus aucun des arguments ayant permis de mettre le réseau sous le tapis ne tient la route. 

 

Reprenons les choses dans l'ordre chronologique, pour y voir plus clair. 

A cette occasion, je lance un appel aux nombreux témoins, aux nombreuses victimes, pour partager leur témoignage s'ils le peuvent, même de manière anonyme. Il est temps de réunir les pièces du puzzle.

Cette chronologie, bien que relativement longue, est loin d'être exhaustive: de nombreux dossiers pourraient y être ajoutés, notamment des magouilles financières et du trafic d'armes, sur lesquels on reviendra bientôt dans la saga "Magouilles et corruption des élites".

La pétition pour la rouverture du dossier est ici.

 

Avec cette chronologie on va voir par exemple que:

  • 2022-01-08 11_14_23-UNE INSTRUCTION BÂCLÉE, DES TÉMOINS ÉCARTÉS

    Dutroux est protégé sur le plan judiciaire depuis au moins le début des années 80.
  • Il y avait un tas de pédocriminels autour de Dutroux.
  • Plusieurs meurtres d'adolescentes non résolus aujourd'hui pourraient être élucidés si on reprenait l'enquête.
  • Les témoignages pointant vers le réseau ont été systématiquement décrédibilisés et écartés après avoir été mis dans un "dossier bis",
  • De nombreux témoins-clés ont été tués ou sont morts de manière fort opportune pour assurer l'omerta,
  • Plusieurs enquêteurs honnêtes ont été sanctionnés par les autorités belges puis réhabilités. Il a été admis qu'ils n'avaient pas commis d'erreurs dans leur travail de recoupement des témoignages dénonçant le réseau,
  • Aujourd'hui plus aucun argument de la thèse du prédateur isolé ne tient,
  • Une bonne partie des arguments en faveur de l'existence d'un réseau pédocriminel avec les "élites" du pays ont été recoupés.
  • Le réseau semblait être au coeur de nombreuses magouilles politico financières, notamment du trafic d'armes.

C'est pour cela qu'il faut aujourd'hui rouvrir le volet "réseau" de l'affaire Dutroux: le dossier bis. La pétition mise en ligne par l'ancien gendarme Aimé Bille pour cela est ici.

 

Avant 1992 : Nihoul et Dutroux font leur nid

Nihoul confrérie

1970 : Michel Nihoul s’implante à Bruxelles, rencontre sa future épouse Annie B., avocate spécialisée en droit des étrangers, et Philippe Deleuze (avocat et politicien PSC dont il organise des campagnes électorales).

Il a déjà commencé ses activités d'escroc : ses premières condamnations remontent à 1968 (banqueroute frauduleuse) et 1976 (chèques sans provision, escroquerie, détournements...).

8 mars 1973 : Le ministre de la Défense Paul Vanden Boeynants est présent à l’inauguration des locaux d’ASCO, entreprise de fourniture de pièces dans le domaine de l'armement, à Zaventem. 

En tout cas Vanden Boyenants a fourni de juteux contrats à l'entreprise dans les années 70. Et le patron Roger Boas a été soupçonné de lui avoir versé des pots-de-vin.

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1981 : Rencontre Martin - Dutroux à la patrinoire de Forest à Bruxelles.

+ Weinstein est condamné à 15 ans de prison pour une série de braquages avec des armes en région parisienne. Il a bénéficié de grosses remises de peine et est sorti dès 1985 pour aller directement en Belgique.

13 mars 1982 : Début des Tueries du Brabant (première vague) avec l'attaque d'une armurerie à Dinant.

30 août 1982 : Disparition de Carine Dellaert, une amie de Régina Louf, l'un des principaux témoins au sujet du réseau, dont les témoignages ont été classés sous le nom de "X1". Son corps ne sera retrouvé qu'en septembre 1985.

10 juin 1983 - 18 décembre 1985 : Divers faits criminels ou délictueux sont commis par Marc Dutroux : viols, séquestration de cinq mineures d'âge, vols simples, vols avec circonstances aggravantes, port d'armes illégal.

1er décembre 1983 : Fin de la première vague des tueries du Brabant avec l'attaque d’une bijouterie à Anderlues (deux morts). Selon plusieurs témoins, ces attaques étaient des règlements de compte.

2019-10-18 01_11_43-Oudergem_ 13 Februari 1984 (Page 15) — Andere feiten — Bende van Nijvel - Opera

13 février 1984 : Meurtre de la Champignonnière. Christine Van Hees, 17 ans, est retrouvée morte à Bruxelles. Regina Louf a décrira plus tard comment le crime s'est déroulé et qui était présent.

20 février 1984 : 20 février 1984 : une copine de Christine Van Hees, Fabienne K., parle aux enquêteurs de "réunions secrètes" que Christine  avait depuis quelque temps avec des gens plus âgés, qu’elle commençait à les craindre parce qu’ils avaient des jeux qui devenaient "violents" et envisageait de s’en éloigner.

"Elle m’a dit qu’une fois qu’on entrait dans cette bande, on n’en sortait plus" a-t-elle déclaré. Fabienne K. parle aussi d’un rendez-vous avec un certain "Marc de la région de Mons" le week-end avant sa mort.

+ Une autre amie, Ariane M., parle d’un "Marc de la région de Mons" que Christine avait rencontré peu avant à la patinoire.

+ D’autres amies disent l’avoir vue peu de temps avant sa mort à des soirées de Radio Activité, la radio où Nihoul était bénévole.

+ Sa prof et une amie ont dit qu’elle avait l’air traquée et apeurée depuis deux semaines avant sa mort.

+ Un véhicule avec un aigle sur le capot vue près de la champignonnière à l’époque du crime. Les enquêteurs ont cherché un véhicule américain alors qu’à cette époque Nihoul conduisait la voiture de sa maîtresse Marleen D., une Mitsubichi brune avec un aigle sur le capot.

+ Il y a de nombreuses anomalies dans les auditions de témoins. Par exemple la mère de Christine n’a été entendue par la police qu’en septembre 1991.

+ "Des vêtements montrés à la famille (jeans, anorak, chaussures) en 84 ne sont plus là et en 97 ils voient des choses non vues en 84".

+ Témoignage de Michèle B., ex inspectrice PJ: elle n‘a jamais vu deux chefs sur la même enquête, or pour la champignonnière, deux inspecteurs ont été désignés. Elle n’a jamais cru à la piste des punks qui a été privilégiée, car ils auraient pris les bijoux de Christine et cela n'a pas été le cas.

derochette

13 juin 1984 : Le pédocriminel Derochette est interné pour des faits de mœurs (viols sur mineurs) comme en 82, 83 et 84. Il a plus tard été condamné pour avoir enlevé et tué une fillette, Loubna Benaïssa. 

Juin 1984 : Ordonnance de la chambre du Conseil du TGI de Bruxelles qui montre que le juge Jean-Claude Van Espen qui a travaillé sur le dossier du meurtre de Christine Van Hees, a été l'avocat d'Annie B., la compagne de Nihoul, lors d’une querelle de ménage.

2 août 1984 : La commission de défense sociale de l’annexe psychiatrique de la prise de Forest décide d'une mise à l’essai, sur base d’une tutelle sociale et médicale, et de remettre Derochette en liberté. 

13 septembre 1984 : Arrestation d’un punk pour le meurtre de Christine Van Hees.

1er mars 1985 : Arrestation de Marc Dutroux. Détention préventive à la prison de Mons pour plusieurs viols et vol qualifié, pendant un mois très exactement.

2 avril 1985 : Libération de Dutroux.

2021-12-20 21_41_08-Avant Julie, Melissa, An et Eefje_ les premières victimes de Marc Dutroux n’ont

24 septembre 1985 : On retrouve le corps de Carine Dellaert, amie de X1 dans le réseau, dans la fosse septique d'un ancien café près de Gand, le "Neptune". On ne sait pas vraiment quand elle a été tuée, probablement depuis plus de deux ans selon l’autopsie, et elle avait disparu le 30 août 1982 à l’âge de 15 ans. Selon X1, elle a été maintenue en vie ensuite, et était enceinte.

Un fragment d’un appareil utilisé pour provoquer des avortements ou faciliter les accouchements a été retrouvé et d’autres indices montrent qu’elle était probablement enceinte lors de sa mort.

Son père a été arrêté pendant deux mois, soupçonné du meurtre, mais relâché par manque de preuves. La mère de Carine avait dit qu’il était incestueux avec leur fille et X1 a affirmé en 1996 qu’il avait livré sa fille au réseau et qu’il la violait lui aussi. En février 1977, quand Carine avait 12 ans, il a commis des attentats à la pudeur sur ses deux filles. Il a été jugé en janvier 1978.

La mère des deux filles les avait fait placer en octobre 1977 en raison du comportement de son mari, qui a d’ailleurs fait un séjour en hôpital psychiatrique. En 1990, sa nouvelle compagne a porté plainte contre lui pour viol après l’avoir droguée au Rohypnol.

X1 a expliqué que Van der Elst de même que son souteneur Tony et le frère du bourgmestre de Knokke Maurice Lippens étaient présent lors du meurtre. Le dossier a été clos en juin 1998.

27 septembre 1985 : Début de la seconde vague des tue­ries du Brabant avec l'attaque d’un supermarché Delhaize à Braine-l’Alleud (trois morts).

2019-10-18 01_08_50-Crime de la champignonnière, une piste révélée - La DH - Opera

1er octobre 1985 : Reprise de l’instruction sur la mort de Christine Van Hees par le juge Jean-Claude Van Espen alors beau-frère du politicien du CEPIC (un groupe à l’aile droite du parti chrétien dirigé par Van den Boyenants), Philippe Deleuze, aux campagnes duquel Nihoul a participé [1].

21 octobre 1985 : Alors qu'un des complices de Dutroux, Bernard Weinstein, est en prison en France, Charles Schulman, écrit à la prison. Il est le beau-frère de Weinstein, et dirige le service d'urologie d'un grand hôpital de Bruxelles. Il explique sur un papier à en-tête de l'hôpital qu'il faut laisser Weinstein sortir car un psychiatre allait le suivre en Belgique. Weinstein a obtenu une libération conditionnelle le 6 novembre 1985, aux deux-tiers de sa peine.

9 novembre 1985 : Dernier fait attribué aux tueurs du Brabant.: l'attaque d’un supermarché Delhaize à Alost (huit morts).

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1986: Procès du Mirano, une boîte de Bruxelles, pour du trafic de cocaïne après le décès par overdose du fils d'un magistrat. La boîte appartenait à Phillipe C., patron d'une société immobilière et proche à cette époque de Paul vanden Boeynants. La clientèle était plutôt huppée, d'après X2 le baron de Bonvoisin le fréquentait.

Le témoin VM1 dans le dossier Dutroux bis a expliqué y avoir été prostitué alors qu'il était mineur au début des années 80: "Je devais aller chercher des enfants, puis les faire boire ou les droguer, pour les amener ensuite dans la partie privée où l’on abusait d’eux".

Lors du procès de 1986, Annie B., la compagne de Nihoul, a défendu l'un des individus impliqués, Alexis Alewaeters, qui avait travaillé quelque temps à son cabinet. Dans une interview Nihoul a déclaré qu'il n'a jamais mis les pieds au Miarno mais qu'il savait ce qu'il s'y passait : "le frère du Roi qui était ben train de baiser, et ils avaient des photos avec des filles de 14 ans". Selon lui c'est pour cette raison que seul le trafic de drogue a été jugé et que l'affaire de la prostitution de mineurs a été étouffée.

Parmi les visiteurs du Mirano (qui existait encore en novembre 2021) il y avait aussi un des types cités à maintes reprises dans les tueries du brabant et par des témoins du dossier bis, Mahdani Bouhouche. Ce flic d'extrême-droite fréquentait aussi le Dolo. 

Dans "Les dossiers X, ce que la Belgique ne devrait pas savoir", les auteurs Annemie Bulté, Douglas De Coninck et Marie-Jeanne Van Heeswyck expliquent : "Pendant le procès du Mirano, qui a eu lieu en 1986, il est apparu que le suspect principal, Philippe C., faisait cueillir des petits garçons à la place Fontainas à Bruxelles. On parlait alors de grandes quantités d’images que C. aurait réalisées de ses "clients". Le parquet de Bruxelles est cependant resté aveugle à tout ce qui n’avait aucun rapport direct avec la consommation de cocaïne. Lors de l’audience, la juge Claire de Gryse a dit sans sourciller qu’elle n’avait même pas regardé les images saisies "parce que tout le monde m’a assuré qu’il n’y avait rien là-dedans qui puisse choquer même un capucin". Etrange. Au cours de ce même procès, l’avocat général Talon a déclaré que Philippe C. avait avoué lors de l’enquête que des enfants faisaient office "d’attraction spéciale" lors des soirées cocaïne au Mirano"

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Enfin, le témoin X2 qui inbtervient dans le "dossier bis" a aussi parlé du Mirano où elle a été amenée au milieu des années 80 et des "soirées privées qui se terminaient en partouzes avec distribution de cocaïne" auxquelles "des mineurs étaient présents", plutôt entre 12 et 15 ans. Elle explique que parmi els amateurs, des membres de la famille royale étaient présents aussi "mais jamais actifs".

L'ex gendarme Marc Toussaint, qui a travaillé pour la cellule de Neufchâteau et a interrogé le témoin VM1, écrit dans son livre "Tous manipulés" que le dénommé Philippe C. avait créé en 1985 la SA Parc Savoy "avec de grandes pointures du secteur immobilier et de l’entourage direct de l’ancien premier ministre Paul Vanden Boeynants. Il est apparu que cette société, qui avait pour but d’exploiter des bars et des restaurants et d’organiser "des réunions culturelles et sociales", était liée au très influent Cercle des Nations. Ce club privé comptait parmi ses quatre-vingt-un membres fondateurs de nombreux nobles, hommes d’affaires, banquiers, diplomates et politiciens, dont certains noms sont cités par les témoins X".

Et il rappelle ses connexions avec Nihoul et sa compagne Annie B. via un des condamnés au procès (il a pris 5 ans...), Alexis Alewaerters. En 1993 Nihoul lui a prêté une Porsche qui a disparu de la circulation. Et déjà en 1980 quand il était tout jeune et a ses premières condamnations "c’est Annie Bouty qui vole à son secours.41 Via sa société Cadreco, elle tente d’accélérer sa libération conditionnelle et lui fournit un avocat: Didier de Quévy. On retrouve encore Alexis Alewaeters comme gérant temporaire de la station-service de Casper Flier à Anthée, où Michel Lelièvre a également travaillé".

3 février 1986 : Nouvelle arrestation de Dutroux. De nature criminelle, les faits qu'on lui reproche sont cependant correctionnalisés contre l'avis du procureur du Roi de Charleroi, M. Marchandise qui considère Dutroux comme : "un délinquant sexuel grave ayant une personnalité reconnue responsable par l’expert, qui se dit invincible et n’a jamais exprimé le moindre remords".

Le Dolo

27 avril 1987 : Coup de fil anonyme à la police d’Etterbeek au sujet du Dolo, un bar pas loin de chez Nihoul où se retrouvent de nombreux pédocriminels, mais aussi des flics et magistrats, et où ont lieu des partouzes dont certaines avec des enfants, ainsi que du meurtre de la champignonnière. Aucune enquête n’est pourtant lancée sur le Dolo, tenu par le couple Michel Forgeot - Dolors Bara.

24 juin 1988 : Le tribunal correctionnel de Charleroi condamne Dutroux pour les faits commis jusqu’en 85 (viols et séquestrations de cinq mineurs d’âge, vols, port d’armes prohibées, etc).

L’adjudant Duthuin, qui a participé aux enquêtes concernant ces faits, observera plus tard des similitudes avec des faits commis en novembre 95 (viol et tentative de meurtre d’une jeune fille, Caroline, à Obaix)

1988 : Nihoul entre en même temps que Forgeot et sa compagne Marleen D. (rencontrée en 1982 au club échangiste Les Atrébates) à la "Confrérie des maîtres brasseurs et distillateurs de Wallonie", dont il est devenu président quelques années plus tard.

Van den Boyenants Haemers

14 janvier 1989 : Enlèvement de Paul Vanden Boeynants (VDB), ancien premier ministre et ministre de la Défense, par Patrick Haemers et ses complices (mais l’opération est revendiquée par un obscur groupe d’extrême gauche dont personne n’entendra plus jamais parler, certainement créé pour l’occasion). Il a été libéré le 12 février, devant la gare de Tournai.

Haemers avait comme avocat Jean-Paul Dumont, proche de Nihoul et cité par X1 et X2 comme étant un membre actif du réseau. Dumont a fait de la politique au PSC, le parti de Vanden Boeynants, et fut l’avocat de Madani Bouhouche, un flic fasciste cité à de nombreuses reprises dans l’affaire des Tueries du Brabant, et aussi comme un des hommes de main du réseau.

Quant à Haemers, il était aussi membre du réseau, comme homme de main et consommateur de mineures, d'après le témoignage d'Anneke Lucas.

Dumont fréquentait Raemaekers depuis le milieu des années 70. Dans une audition le 1er novembre 1996 (PV n° 115444/96), Raemaekers a expliqué qu’il avait accompagné Dumont "à plusieurs adresses" dans les régions de Bruxelles et Namur au début des années 90 "en vue d’y chercher des enfants, à savoir des garçons en bas âge".

Selon Raemaekers, Dumont était en lien avec le commissaire de Bruxelles Georges Marnette et se vantait d’avoir "de nombreux contacts dans le milieu judiciaire, tant au niveau de certains services de police et plus précisément avec la police judiciaire de Bruxelles, qu’avec certains hauts magistrats et hommes politiques. Il m’a raconté qu’il avait des contacts permanents avec le commissaire Marnette de la PJ, qu’il connaissait d’ailleurs personnellement".

Parmi ces contacts il y avait la bande citée par le témoin Nathalie W. :Van den Boyenants, Alain VANDERBIEST devenu ministre –PS- de la région wallonne et dont le chauffeur Richard Taxquet a été condamné pour l’assassinat du ministre André Cools en 1991. Lui a préféré se suicider en 2002. 

Il y avait aussi d’autres noms, en fait un véritable carnet d’adresse des milieux politiques de l’époque, autant chez le PSC que chez les socialistes. Un certain nombre de ces politiques ont d'ailleurs été impliqués dans des affaires "politicio-financières". 

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9 mars 1989 : Disparition à la fête foraine de Schaerbeek de Naïm Mazibas, une fillette de 10 ans d’origine Turque. Elle a été retrouvée dans une rivière "le cou et les pieds liés à des blocs de béton", au niveau d’une station essence Q8. L'affaire a été classée très rapidement par le parquet, dès le 8 octobre 1990.

Le père de la fillette avait repéré Derochette qui donnait des jouets aux petites filles au marché de Schaerbeek, un quartier du nord de Bruxelles, et l'avait alpagué une semaine avant la disparition de sa fille.

X1 a identifié la fillette lors d'une de ses premières auditions, et a donné des précisions en avril 1998, mais devant des policiers qui ne la croyaient pas. Elle a expliqué que la "fillette Turque" a été tuée lors d'une partie de chasse dans les Ardennes, mais la PJ de Bruxelles a conclu que la petite Naïm n’avait jamais croisé la route de Dutroux et le dossier n'a pas été rouvert.

26 avril 1989 : Jugement de la cour d'appel de Mons contre Dutroux, défendu par Me De Quevy. Pour les faits de viol, de séquestration de 5 mineures de 13 à 17 ans et de vol, il prend 13 ans et 6 mois de prison, Michelle Martin prend 5 ans.

Ils sont jugés en même temps qu'un dénommé Van Peteghem qui a pris 6 ans. Dès sa sortie de prison en septembre 1991 il a été écrasé par un bus communal de la ville de Liège et en est mort.

Encore une fois il a bénficié d'un traitement de faveur, dans un pays certes particulièrement tolérant en matière de pédo"philie" : le coupla été jugé en correctionnelle sur décision du parquet général alors que le substitut de Charleroi voulait les juger aux assises.

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09 mai 1989 : Arrestation du truand Patrick Haemers au Brésil. Il a été rapatrié en Belgique où il s'est suicidé en prison le 14 mai 1993. Toxicomane, il avait été privé brutalement de son traitement de substitution par le médecin de la prison et la presse l'a décrit "dépressif" et "démoralisé". Mais beaucoup pensent qu'il a été assassiné.

Il savait beaucoup de choses sur beaucoup de monde, au sujet des tueries du brabant , des milieux d'extrême-droite, du trafic d'armes et de drogues, mais aussi du système pédocriminel belge.

1989 : Régina Louf (X1) participe en tant que comédienne à une formation sur les techniques d’audition de victimes d’abus sexuels à l’École royale de gendarmerie, organisée par la BCR (brigade de recherches de la gendarmerie). 

2021-12-14 22_20_13-Michel Nihoul dit ne pas pouvoir payer les 1,2 million d'euros dus au fisc - Ope

Fin 1989 : Nihoul monte sa boîte de vente de poisson en gros, après avoir fait 5 mois et demi de prison. De l’argent d’une société panaméenne a été investi dans la boîte, via l’avocat Van der Els. La société est devenue DCN Benelux SA et avait comme administrateurs sa copine Marleen D., Forgeot et un dénommé Delamotte.

Elle a été revendue en 1992, a été délocalisée en Irlande et le trafiquant de drogue Casper Flier en est devenu administrateur délégué. Côté belge elle s'appelait La Maison des Chefs où Nihoul était toujours employé en 1996, et qui lui a valu un redressement fiscal de 1,2 million d'euros pour faillite frauduleuse - qu'il n'a jamais payé.

Flier est justement celui qui a été accusé de fournir les pillules d'ecstasy à Nihoul, qui selon les enquêteurs devaient servir à rémunérer des enlèvements de mineures commis par Nihoul et Lelièvre.

En 1993 il avait rencontré Lelièvre en prison et lui a offert un job dans sa station service à Anthée, où ont été vus Dutroux et d'autres membres de son entourage. En 2010 il a été arrêté à Amsterdam pour trafic international de cocaïne.

7 décembre 1989 : Marc Dutroux "engrange" une remise de peine collective de six mois. Il en a une autre en 1990 et encore une en 1991.

20 décembre 1989 : Disparition d’Elisabeth Brichet à Saint-Servais. Ce meurtre est attribué à Fourniret par Monique Olivier et la justice française, mais Dutroux en a été soupçonné pendant un bon moment.

Au sujet des connexions de Fourniret avec la Belgique:

 

Fourniret: le scénario du prédateur isolé, une fois de plus - donde vamos

L'enlèvement d'Estelle Mouzin, comme beaucoup d'autres disparitions de mineurs à l'époque, est toujours irrésolu et on n'a jamais retrouvé son corps. Aujourd'hui, les avocats du père d'Estelle Mouzin pensent que Fourniret est impliqué dans sa disparition, et une enquête est menée à ce sujet par une juge d'instruction.

http://dondevamos.canalblog.com

 

13 janvier 1990. Dutroux, délinquant primaire, est au tiers de sa peine : il est théoriquement libérable.

25 avril 1990 : Création d’un poste de magistrat national pour centraliser toutes les enquêtes sur la "grande criminalité".

7 septembre 1990. Seconde remise de peine collective de six mois pour Dutroux.

Nathalie Geijsbregts

26 janvier 1991 : Disparition de Nathalie Geijsbregts. Un chauffeur de camion hollandais, pédocriminel connu, a été soupçonné de l'enlèvement mais il est mort en prison en 2009. En 1992 le dénommé Michel Stokx a été condamné pour le muertre d'une fillette hollandaise  de 11 ans et de deux garçons allemands de 9 et 13 ans, il avait été entendu plus de 250 heures par 6 enquêteurs belges quelques mois plus tôt, mais n'a jamais avoué ce meurtre. Son corps n'a jamais été retrouvé.

19 juin 1991. Troisième remise de peine collective de six mois pour Dutroux.

14 octobre 1991 : Libération de Raemaekers, apparemment avec pas mal d’argent puisqu’il loue un bureau de prêts à court terme à 22% (qui sentait l’escroquerie) avenue Louise  à Bruxelles [2] et fait des voyages, notamment au Paraguay où il a plus tard déclaré avoir créé une banque, et au Nigeria. Il a expliuqé en 1997 à des journalistes qu'il avait eu l'argent nécessaire en vendant des cassettes pédoporonographiques.

15 novembre 1991 : Disparition de Vinciane Gosset à Namur, retrouvée assassinée le 6 décembre 1991.

Katrien de cuyper chateau

17 décembre 1991 : Disparition de Katrien De Cuyper à Brasschaat, dont le corps a été retrouvé lors de travaux de terrassement dans la zone portuaire d’Anvers le 22 juin 1992. X1 expliquera plus tard qu'elle était dans le réseau. Elle a été vue pour la dernière fois au café Les Routiers où elle appelait ses parents pour prévenir qu’elle aurait un peu de retard. Ce café est à deux pas de là où ont disparu Kim et Ken Heyrman deux ans plus tard, en janvier 1994.

Or, une société de pornographie hollandaise avait son siège juste au-dessus, dans lequel la police a retrouvé les coordonnées d’un pédo hollandais impliqué dans le réseau de Zandvoort, Robby van der Planken, condamné en 1998 pour avoir assassiné un autre pédo, Gerrit Ulrich, avec lequel il avait une relation. Ledit Ulrich a aussi régulièrement effectué des virements d’argent vers cette société hollandaise.

30 décembre 1991 : Disparition de Inge Breugelmans, 15 ans, à Wuustwezel, près d'Anvers. Ce meurtre ainsi que celui d'Inès Van Muyldert disparue dans le même secteur à la même époque, ont été avoués par un pédo hollandais en 1992. Qui a cependant toujours nié son implication dans l'assassinat de Katrien. Les parents des deux adolescentes n'ont pas pu voir les corps.

 

Après 1992: Quand les autorités refusent de voir l'évidence

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01 janvier 1992 : Démilitarisation de la gendarmerie (loi du 18 juillet 1991) qui est englobée das la police.

27 janvier 1992. Marc Dutroux a accompli la moitié de sa peine donc 6 ans. C'était un prisonnier modèle avec assez de relations dans la prison pour choisir son codétenu, selon le témoignage de l'un d'eux présenté dans "Les dossiers X", et même revenir de permission avec 48 h de retard. Il a des permissions de sortie et des congés pénitentiaires pour "préparer sa réinsertion". L’Unité d’Observation et de Traitement est favorable à sa libération conditionnelle.

Selon "Les Dossiers X", Dutroux refuse le suvi psycho-social "mais il est prêt à se faire suivre, après sa libération, par le docteur Emile Dumont, qui a près de soixante-dix ans à l’époque. C’est ce médecin ucclois chez qui Michèle Martin avait essayé, pendant l’instruction, d’obtenir un rapport d’irresponsabilité. Il prescrit à volonté du Rohypnol et de l’Haldol. Des pilules contraceptives aussi, en triple ration à Martin, pendant des années. Plus tard, Dutroux en revendra même à Michel Nihoul". Ces drogues ont été utilisées pour endormir les victimes.

C'est ce Dumont qui a permis à Dutroux de bénéficier d'une pension invalidité à 66% pour "nervosité". Et justement, toutes les procédures judiciaires contre lui le rendent "nerveux". 

12 mars 1992 : Derochette est libéré.

Mars 1992 :  Débat sur la libération conditionnelle de Dutroux. Le procureur général de Mons, M.Demanet y est hostile.

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6 avril 1992 : Par arrêté ministériel, le ministre de la Justice Melchior Wathelet (membre du Parti Social Chrétien qui selon certains témoins a rencontré Dutroux, et selon certains témoins était dans le réseau) décide de remettre Marc Dutroux en liberté conditionnelle. Les conditions étaient:

  • Se soumettre à une guidance sociale stricte (le dernier rapport de la guidance sociale a eu lieu le 17 juillet 1996)
  • Poursuivre de façon régulière le suivi médico-psychologique auprès du Dr Dumont,
  • Indemniser les victimes 1000 FB par mois (Dutroux a vite arrêté les versements)
  • Ne pas fréquenter de débits de boissons, ni d’anciens détenus étrangers à sa famille.
  • Apporter la preuve d’une occupation et de revenus réguliers.

Dès sa sortie il s'est activé à la construction de ses caches.

Avril 1992 : Dutroux demande à un copain braqueur, Patrice C. de mettre le feu à sa maison de la rue Jules Destrée à Marchienne-au-Pont pour toucher l’assurance. Ca lui a rapporté 1,3 million de FB, et il a pris 3 ans de prison en mars 2002, 2 pour le complice.

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Selon Le Soir du 8 septembre 2003, "En cellule, les deux hommes eurent de longues discussions sur la conception de cette "cache parfaite". Jamais Dutroux n'indiqua à Charbonnier qu'il s'agira d'y cacher des enfants. Nous nous demandions quelle serait la porte la plus secrète possible, indiqua Dutroux lors d'un de ses interrogatoires consacrés à ses relations avec Patrice Charbonnier. En avril 1992, après avoir purgé 7 des 12 années de prison que lui avaient valu plusieurs viols et séquestrations de jeunes gens, Dutroux repris contact avec son vieil ami et comparse Charbonnier.

Les deux hommes reprirent leurs conversations sur la conception de la "cache parfaite". Charbonnier avait déjà réalisé la sienne. Dutroux se rendit à Trazegnies pour y découvrir le "modèle" de la cache qu'il comptait réaliser. Charbonnier, qui s'était reconverti dans l'installation de systèmes d'alarme fit part de son expérience à Dutroux. Il lui enseigna aussi la soudure. A une dizaine de reprises, Dutroux revint à Trazegnies. Michelle Martin l'accompagnait parfois. Elle confiera aux enquêteurs que Dutroux estimait que la cachette de son comparse était très bien. Charbonnier lui-même vint à Marcinelle. Des témoins le virent travailler avec Dutroux, ce que l'ex-facteur nie."

1er juin 1992 : Premier rapport d'enquête sociale de Dutroux sur base d'entretiens ayant eu lieu le 28 avril, les 4 et 5 mai 1992.

Avril 1992 à mars 1993 :Entretiens de guidance sociale mensuels pour Derochette. Le service de réinsertion sociale ne connaissait pas ses antécédents et tout se passe bien.

Loubna Benaissa

5 août 1992 : Enlèvement de Loubna Benaïssa, d'abord considéré comme une fugue pendant six jours. Son corps a été retrouvé en mars 1997 seulement, dans une malle dans la cave de la station d'essence Derochette à Bruxelles.

Le père Derochette fréquentait le Stanley, un bar de Bruxelles où se croisaient les anciens coloniaux du Congo, les milieux d'extrême-droite, de barbouzes et des pédocriminels dont Dutroux et Nihoul, qui étaient par ailleurs des clients de la station service Q8 des Derochette.

14 août 1992: Vacances de Dutroux dans le sud de la France, notamment à Marseillan où il vole un véhicule Renault Master.

28 aout 1992 : Enlèvement de Laurence Mathues, 16 ans, retrouvée morte le 8 septembre 1992 à Fernelmont. Elle avait un job d'été au parc Walibi, et son corps a été retrouvé le 7 septembre à plusieurs dizaines de kilomètres. La presse a dit qu'elle a été tuée par des barbituriques dans les 24 h après sa disparition.

Selon Dutroux, son ancien camarade accessoirement indic de la police Claude Thirault était mêlé à cet enlèvement. L'affaire n'est toujours pas résolue, mais les traces de médicaments retrouvées dans son sang sont identiques aux médicaments que l'on a retrouvés en quantité chez Dutroux et dont il se servait.

Août 1992 : Vacances des Dutroux dans le sud de la France.

Novembre 1992 : Attentat à la pudeur de Dutroux sur des mineures à la patinoire de Charleroi. Il est interpellé et relâché après un simple contrôle d’identité.

25 décembre 1992 : Disparition de Marie-Anne Gillot à Tilff. Son corps est retrouvé le 12 janvier 1993 près de Visé.

7 avril 1993. Dernier rapport d'assistance sociale. Le travailleur social chargé de Dutroux change d'affectation et n'est pas remplacé.

Fin août 1993 : L'informateur non enregistré Claude Thirault contacte la gendarmerie pour signaler que Dutroux aménage des caches dans sa cave (à la place d’une ancienne citerne) à MArchienne-au-Pont dans le but de séquestrer des jeunes filles d’une douzaine d’années…

Il précise que Dutroux "aménageait ses caves pour y loger des enfants avant de les envoyer à l’étranger" et qu'il lui a proposé 150.000 FB (3700€) par fille pour enlever deux fillettes à une fête de village.

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Octobre 1993 : Divers dossiers sont ouverts à Charleroi contre Marc Dutroux pour vols. Et, entre autres, une information judiciaire au Parquet et une instruction chez le juge Lorent portant le n°1003/93. Le procureur général de Mons est informé de ces faits mais sans qu'un rapprochement soit fait avec sa condamnation et sa libération conditionnelle.

8 novembre 1993. Dans le cadre du dossier 1003/93 du juge Lorent, la brigade de gendarmerie de Charleroi effectue une série de perquisitions dans les maisons occupées par Marc Dutroux : 43-45, rue de Rubignies, à Sars-la-Buissière; 17, rue Jules Destrée, à Marchienne-au-Pont; 128, avenue de Philippeville, à Marcinelle; 27, rue Lenoble, à Jemeppe-sur-Sambre.

A Marchienne-au-Pont, les gendarmes cherchent à vérifier les affirmations de Thirault et constatent que des travaux sont bel et bien en cours. Marc Dutroux en donne une explication aux gendarmes qui prennent cependant une série de photos. Leur P.-V., très précis, fait état de terrassements à une profondeur de 1,50 m et du creusement de deux galeries.

Le général de gendarmerie D. R écrira dans une lettre du 22 août 1996 : "L’absence d’éléments lors de la perquisition, l’explication plausible donnée par Dutroux et l’absence d’autres informations concernant une éventuelle activité délictueuse de Dutroux tendent alors à infirmer l’information reçue".

26 novembre 1993 : La brigade de gendarmerie de Charleroi retourne en perquisition à Jemeppe-sur-Sambre.

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6 décembre 1993: Courrier du médecin traitant de Dutroux qui raconte au médecin-conseil de l'organisme qui verse les allocations le calvaire de Dutroux afin de justifier les aides sociales qu'il réclamait: "J’ai examiné MD régulièrement depuis le 28 novembre 1991 jusqu’au 10 août 1993 et je l’ai encore revu le 23 novembre 1993. Depuis mon dernier rapport, l’état nerveux ne s’est pas amélioré, au contraire : il se plaint toujours de céphalées, difficultés de concentration, asthénie, amaigrissement considérable, état dépressif qui s’est encore aggravé ces dernières semaines à la suite d’une perquisition effectuée par la gendarmerie à son domicile. MD reste toujours agressif, avec des tendances à des colères explosives".

Dutroux a donc été reconnu donc incapable de travailler, le pauvre. Il a même reçu un super traitement remboursé la sécurité sociale : Redomex 25 mg, Haldol 60 gouttes, Rohypnol 2 mill. Produits qu'il utilisait massivement pour droguer ses victimes.

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10 décembre 1993 : Les perquisitions n'ont pas confirmé les "tuyaux" de l'informateur,  mais les gendarmes de la brigade de Charleroi leur laissent cependant un certain crédit et ils sont convaincus que Marc Dutroux est impliqué dans divers vols et dans des recels. Ces opérations ont au moins eu le mérite de faire cesser les travaux d'aménagement de la cache dans sa maison de Marchienne-au-Pont.

Avec l'espoir de localiser ses dépôts, les gendarmes ont  demandé au juge d'instruction Lorent, de Charleroi, d'autoriser une opération de surveillance baptisée "opération Decime", que le Posa (peloton d'observation, de soutien et d'arrestation) devrait mener à bien. Le 13 décembre, le juge Lorent accepte cette proposition. 

13 décembre 1993 : début de l’Opération Décime. La gendarmerie reçoit l’autorisation du juge d’instruction Lorent d’ef­fectuer des observations chez Dutroux, mais omet de lui dire qu’ils cherchent à vérifier les déclarations de Thirault au sujet des caches et des enfants. 

5, 6 et 12 janvier 1994 : Le 5 (de 9 à 15 heures), le 6 (de 10 à 16 heures) et le 12 janvier (de 15 à 21 h 45), le Posa de Charleroi surveille Marc Dutroux. Rien de suspect n'est relevé à l'occasion de ces observations et filatures.

16 février 1994: L'"opération Decime" est clôturée. Un rapport en est fait à l'attention du juge d'instruction Lorent, avec copie au procureur du Roi.

7 mars 1994. Le Parquet de Charleroi demande au ministère de la Justice si Dutroux respecte bien les conditions mises à sa libération. Le 15 mars, le ministère répond que rien ne prouve le contraire.

16-17 Avril 1994: Dutroux est en Allemagne, puis en Tchécoslovaquie. Il rentre le 3 mai. 

Nihoul

Mai 1994 : Nihoul a expliqué avoir été contacté en mai 1994 par Jean-Louis Delamotte qui fréquentait le Dolo, pour travailler pour sa société ASCO (Achat, Service, Commerce) à Onnezies, qui s’occupait d’acheter et vendre des véhicules d’occasion principalement à destination de l’Afrique. Elle explique :"Etaient administrateurs de ladite société, Jean-Louis Delamotte, Forgeot Michel, Marleen D. qui a remis ses parts en 1994 à Fernand M., lequel obtient 50% de la société, et une autre dame dont j’ai oublié le nom".

En juin 94 Nihoul est allé à Saint-Domingue pour prendre des contacts dans le cadre de son job de vendeur puis dit avoir cessé en juillet 94 parce qu’il n’a pas été payé.

Il se trouve que des Mercedes Blanches qui tournaient autour des écoles dans plusieurs villes du pays à l'époque du scandale Dutroux appartenaient à cette société ASCO et avaient de fausses plaques d'immatriculation françaises.

Selon le témoin Nathalie W., qui dénonce aussi Delamotte comme agresseur, la société faisait aussi dans le trafic d'armes et selon X1 des snuff movies y ont été tournés.

L'enquête a également montré que des jeunes femmes d'origine étrangère, probablement d'Amérique latine, logeaient temporairement à l'étage au-dessus de l'entreprise.

27 mai 1994 : Dutroux repart en Tchécoslovaquie. Il y retourne en juillet, et en août. On sait qu'il a ouvert des comptes bancaires en Slovaquie.

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13 juin 1994: Les gendarmes de Charleroi procèdent à nouveau, sur ordre du juge Lorent, à des perquisitions dans les habitations déjà visitées le 8 novembre 1993. A Marchienne-au-Pont, les gendarmes constatent que les travaux n'ont pas avancé depuis cette date.

Eté 1994 : Diakostavrianos, complice du Dutroux pour le trafic de voitures et d’adolescentes, est à Montpellier.

Août - septembre 1994: Dutroux est en Slovaquie, probablement avec plusieurs voyages.

15 décembre 1994 : Disparition de Sylvie Carlin, 19 ans. Cette affaire n'est toujours pas résolue, son corps n'a toujours pas été retrouvé. Diakostaviranos notamment était dans son entourage.

Un voyant a tout de même retrouvé certains de ses vêtements, enterrés dans une autre région au milieu d'un bois, mais la police a mis 6 ans pour répondre que ce n'étaient pas les siens, contre l'avis de sa famille.

Janvier 1995 : Raemaekers prend 15 ans de prison pour la séquestration et les viols de trois fillettes

24 mars 1995 : Date officielle de la mort de Julie et Mélissa, qui auraient été enterrées le 27 mars.

02 avril 1995 : Disparition à la sortie d’une boîte de nuit, "La Luna" à Charleroi, de Jean-Pol Taminiau avec sa voiture. Il venait de reprendre la gestion d’un bar à filles avec sa compagne Nadèje Bernard qui l’avait quitté en janvier. Leur bar était situé 125 rue de Montignies à Charleroi, à 600 mètres d’une des maisons où Dutroux aménageait des caves, au 128. Son coaprs a du être découpé puisqu'on a retrouvé un pîed dans un canal.

2021-12-18 13_43_32-43646579 Photos Machienne au Pont

14 juin 1995 : Le jour des élections on apprend dans la presse que les enquêteurs de la cellule de Neufchâteau ont visionné des cassettes retrouvées lors de la perquisition chez Dutroux le 13 décembre 1993. On y verrait Dutroux en train de violer une jeune fille droguée et construire des caches dans sa cave. 

Au sujet de ces cassettes, la sénatrice Anne-Marie Lizin a déclaré à des journalistes en octobre 1996 que : "Nous étions en discussion, Jean-Denis Lejeune et moi avec Elisabeth Yorre et John Raunbun de "Missing Children" [aux Etats-Unis] quand un coup de fil est arrivé. Comme c'était un gendarme belge, un certain Patrick du BCR (Bureau Central des Recherches), et qu'il parlait de l'affaire Dutroux, les Américains ont branché le haut-parleur... C'est ainsi que nous l'avons entendu dire que des cassettes pédophiles avaient été saisies et qu'il y avait des personnalités politiques dessus".  Elle a aussi expliqué ensuite que "les gendarmes du BCR étaient en contact étroit et régulier avec les services américains (CIA & FBI) dans les locaux de l'ambassade américaine de Bruxelles" mais qu'il n'y avait pas de "personnalités politiques".

Par ailleurs, dans un article du quotidien "Le Soir", daté du 16 mars 2004, le journaliste Marc Metdepenningen précisait même que "la caméra était tenue par Michelle Martin, l'épouse de Dutroux, et qu'elle s'attardait sur le violeur et sur des personnes qui y assistaient et qui étaient au nombre de 15 à 20.

 

Les enlèvements : Toutes les infos sur Dutroux étaient déjà dans les tiroirs

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24 juin 1995 : Enlèvement de Julie et Melissa à Grâce-Hollogne. L'affaire est mise à l'instruction deux jours plus tard chez la juge d’instruction Martine Doutrewe.

26 juin 1995 : L’informateur Thirault rencontre le gendarme Pettens et lui rappelle ses informations de 1993 (Opération Décime) – PV 100101/99 – ANT CDS/cellule Neufchâteau.

7 juillet 1995 : La brigade de gendarmerie de Charleroi adresse un fax à la brigade de Grâce-Hollogne (qui enquête sur la disparition de Julie et de Mélissa) pour lui communiquer les informations rassemblées sur Marc Dutroux dès octobre 1993. 

17 juillet 1995 : La brigade de Grâce-Hollogne demande au bureau central de renseignements (BCR) de la gendarmerie, à Bruxelles, de lui fournir tous les renseignements dont il dispose sur Marc Dutroux. Le BCR répond à cette demande le 27 juillet 1995 en envoyant les photos et la documentation disponibles à Grâce-Hollogne. Fax du gendarme B. de Charleroi vers la gendarmerie de Liège au sujet de l’enlèvement de Julie et Melissa (il mentionne l’Opération Décime).

Juillet 1995: Voyage de Lelièvre en Slovaquie.

26 juillet 1996 : Mort de François Reyskens, 28 ans, passé sous un train deux heures avant d’être entendu par les gendarmes de Seraing sur la disparition de Mélissa, après être tombé en panne à Amay.

Il avait appelé les parents des fillettes qui ont prévenu la gendarmerie. Selon son père adoptif, il avait croisé Julie et Mélissa aux Pays-Bas après leur enlèvement. L’enquête a conclu à un suicide.

28 juillet 1995 : La brigade de Grâce-Hollogne accorde de l'importance aux informations lui provenant de la brigade de Charleroi. Elle adresse donc un fax à la BSR de Charleroi pour lui demander :

  • un contrôle discret des véhicules de Dutroux et Martin;
  • la communication de toutes les informations utiles en rapport avec un éventuel trafic d'enfants vers l'étranger;
  • des informations sur la manière dont la brigade de Charleroi a pu contrôler la destination des travaux engagés à Marchienne-au-Pont;
  • la transmission de tous les P.-V. en rapport avec les viols et les autres comportements suspects commis par Dutroux.

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Fin juillet - début août 1995. Les gendarmes de Grâce-Hollogne affirment que c'est dans cette période qu'ils informent la juge d'instruction Martine Doutrèwe des soupçons pesant sur Dutroux. La juge soutient qu'elle a été informée... mais à la fin du mois d'août. Un policier situe cet échange d'information "à la fin du congé" pris par le juge... qui a pris quelques jours de congé à la fin de juillet et à la fin d'août !

Août 1995 : Rencontre officielle entre Nihoul et Dutroux par l’intermédiaire de Lelièvre. Cette date est fausse, ils se sont rencontrés au moins 10 ans plus tôt.

Selon le comité "Julie et Mélissa", "Le milieu fréquenté par Lelièvre, dans les mois précédant l’enlèvement de Julie et Mélissa est, à l’évidence, un milieu polycriminel formé de Nihoul-Bouty-Flier, inculpés dès les premiers jours de l’enquête chestrolaise pour "association de malfaiteurs impliquée dans les enlèvements d’enfants". Lelièvre est, à l’évidence, en cette période de l’année 1995, bien plus que Dutroux ou Martin, le maillon effectif entre Nihoul & Co et les enlèvements d’enfants. C’est en effet Lelièvre qui fera le lien objectif entre les activités criminelles de Dutroux et celles du club "Nihoul & Co". Dès mai 95, Lelièvre et Nihoul forment une paire dont les activités (drogue, trafic de véhicules) semblent dépasser la simple "infiltration" du milieu au bénéfice de la gendarmerie de Dinant, ainsi que Nihoul l’a prétendu pour sa défense.

2021-12-14 22_16_35-Michel Lelièvre, «l’esclave de Dutroux», libéré - Le Soir - Opera

Le rôle de Lelièvre, qui reconnaît lui-même avoir présenté Dutroux à Nihoul, ne pouvait être à ce point minimisé. Mais, Lelièvre ayant constamment été présenté à l’opinion -grâce au travail de propagande de son avocat et à la crédulité de la presse - comme un simple drogué sous la coupe de Dutroux (de la même manière que le rôle de Martin fut minimisé par le portrait de pauvre victime de son époux que l’on fit d’elle des années durant), son rôle décisif a fini par passer presque inaperçu dans l’affaire des enlèvements d’enfants de 95 et 96. La presse, en particulier, par son aveuglement, a largement participé à désinformer l’opinion et à la conditionner pour la préparer (suivant en cela l’objectif final du juge Langlois et de la justice) à l’explication simpliste du ’pervers isolé’.

Thèse confortable s’il en est car ne comportant aucun risque de remise en question d’un système qui préfère ne rien savoir d’une des formes les plus graves d’exploitation humaine que sont les organisations criminelles pédopornographiques, auxquelles des sous-fifres du modèle Dutroux ou Lelièvre appartiennent immanquablement. Mais encore fallait-il poser les bonnes questions pour pouvoir le démontrer".

Beaucoup s'interrogent sur le rôle réel de Lelièvre qui était plus actif dans les enlèvements que ne l'a laissé paraître le dossier final.

En tout cas cette histoire de la rencontre Nihoul - Dutroux par l'entremise de Lelièvre en août 1995 ne tient pas la route: X1 a expliqué qu'elle connaissait les deux, ainsi que Bernard Weinstein et Michelle Martin, dans le réseau: 

J’ai fait leur connaissance par Nihoul. Cela peut paraître improbable, mais ils se connaissent déjà depuis très longtemps, a-t-elle dit lors d'une audition.

- Pardon ? lui a demandé l'enquêteur.

Je dis qu’ils se connaissent déjà depuis très longtemps, et que cela peut paraître improbable.

- Qui connaît qui vous dites ?

Nihoul et Dutroux se connaissent déjà depuis longtemps.

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Elle explique qu'elle les a rencontrés pour la première fois chez Nihoul où sa mère l'avait conduite. Elle ne sait pas dire quand, mais elle connaît Nihoul depuis le début des années 80, elle a identifié la maison où elle a été emmenée par lui la première fois, qui s'est avérée être un ancien domicile à Jette d'Annie B. la compagne de Nihoul qui était présente selon le témoignage. X1 a expliqué que ce jour-là elle a été violée par les adultes et par les bergers allemands de Dutroux dont elle donne les noms (Brutus et Sultan).

Elle a aussi rencontré Vander Elst le fidèle ami de Nihoul, lors de partouzes quand elle avait entre 12 et 15 ans. Elle explique que Nihoul a été l'un de ceux qui l'ont initiée aux meurtres rituels avant l'âge de 12 ans, d'abord sur des animaux puis sur d'autres mineurs. Par exemple au sujet de Weinstain elle dit: "Savez-vous qu’un de ces jeux préférées était d'enterrer des animaux vivants? C’était vraiment amusant, n’est-ce pas?".

Au cours du week-end où elle a recontré Dutroux et Martin chez Nihoul à Bruxelles, X1 explique dans son audition du 13 novembre 1996 que de nombreux viols et tortures ont eu lieu avec comme point culminant un rituel où un tirage au sort entre elle et une autre fille a été organisé pour savoir laquelle des deux allait mourir, et cette fille que X1 disait connaitre environ un an avant sa mort a été identifiée rapîdement par les enquêteurs comme étant Christine Van Hees, assassinée en 1984. 

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04 août 1995 : Le gendarme Michaux (en charge de l’enquête sur la disparition de Julie et Melissa) demande au gendarme Pettens de prendre contact avec son informateur Thirault. Nouvelle révélation : "Dutroux offrirait de l’argent pour enlever des enfants" (Rapport 309/BSR/95).

+ La BSR de Charleroi répond, par fax, à la brigade de Grâce-Hollogne que l'informateur du maréchal des logis P. (voir au 21 octobre 1993) confirme les informations qu'il a données deux ans plus tôt et y ajoute que Dutroux proposait de payer 150.000 F pour une fillette enlevée.

7 août 1995 : L’adjudant L. du BSR de Seraing demande à ses équipes de "monter un dossier" de leur côté puisque ça ne bouge pas à Charleroi.

08 août 1995 : Le gendarme V. du BCR envoie un fax à toutes les unités de gendarmerie concernées: "Objet : dis­parition Julie et Mélissa. Dans le cadre de la disparition de Julie et Mélissa (DUTROUX), vous êtes invités à une réunion organisée le 9 août 1995 à 10 h dans les locaux de la B.S.R. de Charleroi"

On constate que le nom de Dutroux est déjà ici directement associé à l’enlè­vement de Julie et Mélissa. Mais le gendarme V. n’envoie pas de copie à la juge d’instruction chargée de l’enquête, l'information restera donc confidentielle au sein de la gendarmerie.

09 août 1995 : La BCR organise, à Charleroi, une réunion à laquelle participent les BSR de Charleroi, de Seraing, de Thuin et de Namur. Il en résulte que, si, d'un point de vue judiciaire, peu de faits concrets pèsent sur Dutroux, d'un point de vue policier, de sérieux soupçons se multiplient. Une attention particulière pour Marc Dutroux est donc demandée à tous les services de gendarmerie présents à cette réunion. Seuls des gendarmes sont présents.

Aucun P.-V. n’est rédigé suite à cette réunion. Il y a juste eu un rapport interne da­tant du 16 août. On ne sait pas trop ce qu’il s’y est dit mais le sujet portait à minima (selon le lieutenant général Deridder) sur les enlèvements d’enfants et pas sur l’affaire Julie et Mélissa.

On sait aussi que lors de cette réunion du 9 août, le dossier des enlèvements a été retiré à la brigade de Liège et confié à celle de Charleroi sans que les magistrats de Liège n’en soient informés. Quant à ceux de Charleroi ils ont seulement été informés que "Dutroux est un suspect potentiel". 

Combien de temps a été perdu suite à ces tergiversations? 

2021-12-18 14_57_02-Claude Thirault avait dit aux autorités que Marc Dutroux construisait des caches

10 août 1995 : Claude Thirault se présente de nouveau devant les forces de l'ordre pour désigner les manigances de Dutroux, cette fois chez le maréchal des logis P. Il répète ce qu’il avait dit début juillet 1995 sur ses discussions avec Dutroux antérieures à juin 1995, et donne d'autres précisions dont il ne s'est souvenu qu'après l'enlèvement de Julie et de Mélissa.

·        Il rappelle les faits de 1993, époque à laquelle il travaillait avec Dutroux dans une de ses maisons à Marchienne Docherie, rue Jules Destrée N° 17a et 17 b, ainsi que les déclarations qu'il avait faites au sujet de caches que Dutroux était en train d'aménager pour y mettre des enfants dans le cadre d'un trafic. 

·        Il parle de ce qui s’était passé (en juillet 93) à Yves- Gomzée, où Dutroux, qui avait repéré dans la rue deux petites filles lui a dit ce que l’on pouvait espérer en gagner (soit 150 000 Francs Belges) et comment il fallait les kidnapper (c'est-à-dire en les tenant avec une main sur la bouche).

·        Il parle ensuite de son dernier contact avec Dutroux qui était venu le voir chez lui (à Viésville) et lui a proposé de gagner pas mal d'argent en faisant le guet pendant un "gros coup" qui était alors en préparation....Cela se passait le 20 juin 1995, juste avant l'enlèvement de Julie et Mélissa le 24 juin 1995...

Un autre informateur a déclaré à cette période que Dutroux lui a proposé de travailler pour lui notamment à Sars-la-Buissière et de participer à des rapts d’enfants dans la région de Malines. 

Malgré ces déclarations précises faites devant une série d'agents des forces de l'ordre entre 1993 et 1995, il faudra encore un an avant que liens ne soient faits: c'est seulement en août 1996 que Dutroux et deux de ses complices sont arrêtés dans le cadre des enlèvements.

C'était après avoir enlevé et séquestré six filles dont quatre sont mortes. Deux seront retrouvées vivantes in extremis.

Cette lenteur surréaliste reste une des grandes interrogations dans le traitement ubuesque de l'affaire, restée sans réponse. Mais il est clair que les forces de l'ordre disposaient des informations nécessaires sur les intentions de Dutroux.

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Et dans ce pays de 11 millions d'habitants, il est peu probable que ce genre de tuyau arrivait suffisemment en nombre pour être noyé dans la masse. La question légitime est de se demander si les protections de Dutroux, manifestement actives depuis le début des années 80, n'étaient pas encore à l'action.

16 août 1995 : Le district de gendarmerie de Charleroi demande qu'on interroge Interpol sur les voyages de Dutroux en Slovaquie et en Allemagne. Cette demande a été transmise à Interpol Wiesbaden le 18 août.

22-23 août 1995 : Enlèvement à Ostende de An et Eefje, 17 et 19 ans. Lelièvre dira plus tard qu’il s’agissait d’une "commande" faite à Dutroux. D'après Michele Martin elles ont été assassinées début septembre, peu après la rentrée scolaire.

24 août 1995 : La BCR diffuse à toutes les brigades de Belgique un avis de recherche concernant Dutroux et ses véhicules.

Critiquée pour le flou et l'imprécision de cet avis de recherche, la gendarmerie explique qu'à l'époque seules des dénonciations d'informateurs anonymes pesaient sur Dutroux et qu'à trois reprises (l'opération Decime et deux perquisitions) des tentatives de vérification s'étaient révélées négatives.

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25 août 1995 : Le BCR annonce la mise en place de l’Opération Othello qui a consisté à observer le domicile de Dutroux, sans jamais l'interroger (les gendarmes ont dit devant la commission d'enquête qu'il n'avait pas été interrogé pour ne pas éveiller ses soupçons et qu'il ne s'en prenne pas aux victimes, après avoir dit dans un premier temps que l'opération Othello n'avait rien à voir avec l'enlèvement de Julie et Mélissa).

C’est le commandant L. de Charleroi, qui avait déjà participé à l’opération Decime en 1993-1994, qui signe le document de lancement. Le district de gendarmerie de Charleroi adresse un rapport détaillé au substitut Robert, du Parquet de Charleroi, pour lui demander l'autorisation de lancer l'"opération Othello".

Cette note est présentée "dans le cadre de la lutte contre la traite des êtres humains" car "certaines rumeurs persistantes font état du comportement suspect d’un habitant résidant sur le ressort du district de Charleroi. Ces rumeurs sont amplifiées depuis la disparition des deux jeunes filles Julie et Mélissa".

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La note précise que "Depuis 1993 et ce à plusieurs reprises, des rumeurs persistantes font état que Dutroux aménage les caves de ses différentes maisons pour y loger des enfants en attente d’être expédiés à l’étranger". Elle fait référence à plusieurs enlèvements d'enfants, dont celui de Julie et de Mélissa qui à ce moment n'ont toujours pas été retrouvées.

Elle mentionne les rumeurs et les dénonciations concernant Dutroux, tout comme l'échec des tentatives de vérification faites jusque-là.

Enfin, elle envisage l'utilisation des informations qui seront récoltées également dans une enquête pour trafics d'autos qui est menée parallèlement contre Dutroux.

+ Le même 25 août, le gendarme Guy Geubels de la brigade de Grâce-Hollogne (là où Julie et méliassa ont été enlevées), est retrouvé "suicidé", une balle dans la tête et le téléphone dans une main. Il allait rencontrer la presse pour parler de l’affaire, qu’il avait suivie depuis le début, et avait eu l’autorisation de sa hiérarchie. Selon les parents de Julie et Mélissa, il était l’un des seuls à parler de piste pédophile dans les disparitions.

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28 août 1995 : début de l’Opération Othello (premières observations de Dutroux et ses domiciles). La première observation de l'"opération Othello" est menée à bien par le Posa de Charleroi. Les autres auront lieu les 29 août, 8, 19 septembre, 13 et 16 octobre.

La BSR de Charleroi effectuera également un certain nombre de surveillances pendant cette période. Toutes ces opérations auront un résultat négatif, rien de notable n'apparaît d'après les enquêteurs.

5 septembre 1995 :  Le juge d'instruction Lorent de Charleroi reçoit une lettre de la mère de Marc Dutroux (écrite sous son nom de jeune fille et se présentant comme sa propriétaire).

La lettre dit que les voisins de Dutroux "se plaignent de nombreux va-et-vient nocturnes concernant le trafic de pneus et maintenant de carcasses de voitures, mais aussi du passage des filles entre 16 et 18 ans qui n’ont fait que transiter par cette maison inhabitée mais dont les chambres sont occultées par du plastique noir… En ce temps où des disparitions de jeunes filles se multiplient, je pense que je peux faire moins que de signaler le passage de ces inconnues à Jemeppe".

Cette lettre a été transmise au parquet mais n’a pas été exploitée. Le juge demande des renseignements complémentaires aux polices de Charleroi et de Namur. La mère de Dutroux confirmera ses déclarations à la police de Pont-à-Celles; l'un des époux voisins de Dutroux (interrogé en janvier 1996 seulement) refusera de confirmer les affirmations de la mère de Marc Dutroux.

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31 octobre 1995 : Ordonnance de renvoi de Dutroux devant le tribunal pour les vols commis en 1992, 1993 et 1994. Le procès est fixé à octobre 1996. Il n'est toujours pas inquiété pour les enlèvements.

2 novembre 1995. Le procureur du Roi Marchandise est informé pour la première fois de l'opération Othello. Il en discute avec la substitute Troch qui gère ce dossier et s'interroge beaucoup sur l'identité des informateurs de la Brigade de Charleroi.

3 novembre 1995 : Avec Weinstein, Dutroux séquestre trois adultes dans le contexte d'un règlement de comptes autour d'une affaire de vol de camion. L’une d’elles parvient à s’échapper et prévient la police.

Dutroux a comparu pour ces faits et des vols le 5 novembre devant la police de Charleroi, et n’a été arrêté que le 6 novembre et relâché quelques jours plus tard puisqu’il était fortement soupçonné du viol d’une jeune fille à Obaix le 22 novembre (on a trouvé la voiture de Weinstein près des lieux du viol).

5 novembre 1995 : Mort de Bruno Tagliaferro, ferrailleur qui était en contact avec Dutroux, Weinstein, Diakostavrianos, officiellement d’une crise cardiaque bien qu’un labo du FBI ait conclu à un empoisonnement. Sa femme Fabienne Jaupart est persuadée qu’il a été tué, d’ailleurs il s’était armé pour les défendre. Elle est sûre qu’il a dû démonter de vendre en pièces détachées la voiture qui a servi à l’enlèvement des fillettes.

Claude Thirault a de son côté expliqué que Dutroux lui avait parlé d’un Tagliaferro à liquider contre 50.000 FB.

9 novembre 1995. La police slovaque répond que Dutroux est inconnu chez elle. La police allemande avait répondu la même chose peu avant.

Fin novembre 1995 : Bernard Weinstein, complice de Dutroux depuis les années 80, disparaît de la circulation. Dutroux a expliqué que c’est à cette période qu’il l’a tué à coup d'Haldol avec Michelle Martin après l'avoir séquestré plusieurs jours dans une des caves qu'il avait lui-même aménagées. 

29 novembre 1995 : Mme Troch souhaite un procès-verbal des déclarations faites par les informateurs. Les gendarmes lui expliquent que ce sera vraisemblablement impossible car ces informateurs sont terrorisés par Dutroux.

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06 décembre 1995 : Dutroux se rend à la police de Charleroi pour une audition par l'inspecteur D. Il s'y est rendu de son plein gré, certain que son complice gardera le silence.

Pourtant, il est arrêté car la police la police communale de Charleroi veut l'entendre dans le cadre de la séquestration de trois complices et d’un vol de camion. Il reste en détention préventive jusqu'au 20 mars 1996.

Pendant ce temps, selon lui, Julie et Mélissa vont mourir de faim dans sa cave à Marcinelle, un quartier populaire de Charleroi.

08 décembre 1995 : Le juge Lorent délivre des mandats de perquisition à la police de Charleroi pour aller visiter les habitations de Marc Dutroux.

11 décembre 1995 : Le gendarme René Michaux se rend chez le juge Lorent afin de le convaincre de lui confier les mandats de perquisition remis à la police. Ce même jour, le policier D. reçoit un appel du juge Lorent lui demandant de rendre les mandats de perquisition !

+ Un gendarme constate fortuitement le passage de Dutroux (arrêté) au palais et informe la subsitute Troch des soupçons pesant sur lui. Mme Troch contacte le juge Lorent qui ne fait aucun rapprochement avec la lettre qu'il a reçue le 5 septembre de la mère de Dutroux.

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12 décembre 1995 : le gendarme Michaux reçoit les mandats de perquisition du policier D. et refuse qu’il participe à la perquisition chez Dutroux. Cette perquisition ne donnera rien, comme les autres effectuées par Michaux dans les différentes affaires liées à Dutroux.

13 décembre 1995 : Perquisitions très superficielles (plutôt une simple visite) dans plusieurs domiciles de Dutroux, mais 99 cassettes vidéo[3] et différents documents sont tout de même saisis. Le gendarme Michaux est allé au domicile de Philippeville près de Marcinelle avec des collègues. En présence du serrurier Lejeune, il entend des voix d’enfants… Alors qu’il est à la recherche d’enfants…

Il criera taisez-vous. Michaux visitera seul la cave (alors qu’il est d’usage que les enquêteurs visitent ensemble chacune des pièces), et enfin, Michaux oubliera de se munir d’un appareil photo…

La plupart de ces cassettes n'avait toujours pas été visionnée en 1996 quand Dutroux sera enfin arrêté. Si elles l'avaient été il aurait certainement été mis hors d'état de nuire bien plus tôt: sur cetaines on le voit poser devant ses caches et montrer le mécanisme d'ouverture, sur d'autres il est en train de violer des filles jeunes.

14 décembre 1995 : PV d’enquête au sujet du témoignage du femme, Anne H., qui a dit avoir l’information selon laquelle Melissa Russo était passée par le night-club Le Vénus à Rotterdam. Un de ses amis, qui vit à Rotterdam, aurait vu Mélissa le 15 ou le 16 septembre dans un bar de la ville.

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19 décembre 1995 : deuxième perquisition ratée de Michaux au domicile de Dutroux. C’est là qu’il dit avoir entendu des voix d’enfants qu’il a attribuées à des enfants dans la rue. Il serait étonnant que Julie et Mélissa aient survécu sans manger, sans chauffage et sans électricité depuis trois mois.

Fin 1995 : Affaire des Mercedes blanches qui tournaient dans la région de La Louvière et dont les occupants cherchaient, selon plusieurs témoignages reçus à l’époque. Des enfants étaient suivis à la sortie des écoles et photographiés, à Mons, La Louvière, Charleroi, Couvin, Thuin, Chimay, Beaumont.

Le gendarme Christian DUBOIS de La Louvière enquête et apprend que ces véhicules appartiennent à la société de ferraillage ASCO, installée notamment à Onezies depuis 1994. Un informateur confie également à DUBOIS que ASCO est mêlée à du trafic d’enfants, séquestrés un temps en Belgique avant d’être envoyé à l’étranger.

10 janvier 1996 : Le Parquet de Charleroi adresse au Parquet général de Mons un rapport faisant suite à une demande de l'ONSS qui souhaite consulter le dossier Dutroux (qui bénéficie comme on l'a vu d'une pension d'invalidité).

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25 janvier 1996 : Après l'interception de Dutroux, les gendarmes interrompent l'"opération Othello" et font rapport au procureur du Roi Marchandise. Celui-ci classe Othello "définitivement" le 31 janvier 1996.

12 février 1996 : Rédaction d’une note interne de la gendarmerie sur les atta­ques sur les transports de fonds. Cette note sera interceptée par le commandant de brigade et jamais transmise.

Février 1996 : Une jeune femme de 28 ans, Nathalie W., se présente à la police de Bruxelles. Elle explique que son père a commencé à la violer quand elle avait 6 ans et l'a livrée à un réseau pédocriminel, des amis à lui, pour des partouzes qui se déroulaient dans des villas.

La police a refusé de noter la participation des autres adultes que son père, et elle est partie sans signer sa déclaration tronquée.

1 mars 1996 : Le P.-V. 101702/96 de la brigade d’Uccle rédigé par  Marc Toussaint qui l'a déposé en mains propres au greffe, est retiré sur ordre par le gendarme L. Ce P.-V. parle d’informations sur la vague d’attaques sur les transports de fonds à cette époque (bande à Maache).

16 mars 1996 : Disparition de Laurence Vojtcziyk, 23 ans, du magasin GEL 2000 à Charleroi et retrouvée décédée, ligotée et bâillonnée comme An et Eefje. Elle aurait été lestée de béton et jetée vivante dans la Sambre. En 1999 deux types ont été accusés du crime. Elle aurait été enlevée d’un cambriolage, puis violée et tuée. Il a été question de joindre ce dossier au dossier Dutroux.

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20 mars 1996 : Libération de Marc Dutroux après 106 jours de détention préventive…  Dutroux affirme que c'est à ce moment qu'il retrouve Julie et Mélissa mourantes. Julie serait morte le jour même et Mélissa le 24 mars.

19 avril 1996 : Nihoul a connaissance qu’un certain Walsh est en possession de 5000 pilules d’XTC et de 10 kilos d’amphétamines.

23 avril 1996 : Nihoul dénonce les faits en tant qu’infor­mateur au gendarme Vanesse (gendarmerie de Dinant). Alors que Vanesse parle des 5000 pilules d’XTC, les gendarmes de la BSR de Bruxelles interceptent la cargaison et saisissent 15 kilos d’amphétamines…

Les 5000 pilules d’XTC ont "disparu", les gendarmes de la BSR de Bruxelles n’en parleront plus… C’est Nihoul qui entre en possession des pilules. Par quel miracle ?

25 avril 1996 : Dans une affaire séparée, Gérard Vanesse mène une perquisition chez Michel Fourniret sur commission rogatoire internationale du SRPJ de Reims, suite au vol de pistolets commis par Fourniret en 1993 au poste de police de l'air et des frontières (PAF) à Givet (Ardennes). Fourniret n'a jamais été condamné pour cette affaire.

3 mai 1996 : Disparition de Liam Van den Braanden, 2 ans et demi.

8 mai 1996 : L'assistante sociale dresse un rapport sur Dutroux qui est venu la voir spontanément et qui nie être concerné par les faits qu'on lui reproche.

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28 mai 1996 : Enlèvement de Sabine Dardenne, 12 ans, sur le chemin de l’école à Kain près de Tournai. Elle a toujours dit n'avoir vu que Dutroux le temps de sa séquestration, c'est-à-dire environ 3 mois.

30 mai 1996 : Vanesse mentionne dans son carnet un échange d'informations avec la police française au sujet d'enlèvement d'enfant dans la région de Dinant.

Il s'interrogeait : "Michel suspect?", en évoquant Fourniret qui vivait alors à Ville-sur-Lume dans les Ardennes, puisque selon lui Nihoul n'avait rien à voir avec les enlèvements d'enfants.

Juin 1996 : Nihoul reconnaît avoir invité pour dîner chez son amie Annie Bouty, Dutroux et Lelièvre.  

+ Ce mois-là, Dutroux et Lelièvre font un voyage en Slovaquie, d'autres vont suivre durant l'été. C'était leur grande destination à ce moment.

10 Juin 1996  : 

  • 10h50 : Nihoul téléphone à la gendarmerie de Dinant 374 secondes.
  • 10h59 : Nihoul téléphone à la gendarmerie de Charleroi 88 secondes.
  • 11h04 : Nihoul téléphone à la gendarmerie de Charleroi 98 secondes.
  • 11h06 : Nihoul téléphone à la gendarmerie de Charleroi 219 secondes.
  • 11h10 : Nihoul téléphone à la gendarmerie de Charleroi 228 secondes (P.-V. 8345/01 du 22 août 2001 de la police fédérale de Neufchâteau, 16743, 86.0/7847)

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23 juin 1996 : Conférence de presse des parents Russo et Lejeune sur les manquements au niveau de l’enquête et leur mise à l’écart par la juge Doutrewe.

25 juin 1996 : mise à l’instruction de l’enlèvement de Sabine chez le juge d’instruction Tollebeek.

26 juin 1996 : Le juge Tollebeeek prend contact avec le BCR de la gendarmerie. Une réunion est organisée. L’adjudant V. déclare avoir un suspect, et s’occupe de tout, mais il ne communique pas le dossier Othello au Juge.

29 juin 1996  : Nihoul remet 105 pilules d’XTC à Lelièvre. Les faits se déroulent au domicile de Nihoul en présence de Dutroux.

+ Le même jour le témoin Nathalie W., venue en février dénoncer le réseau pédocriminel de son père, a été suivie par une Mercedes dans laquelle se trouvait son ancien souteneur, "Vincent" et un autre type, qui l'ont bloquée au feu rouge.

Vincent est monté et l'amenée dans une maison de Schaerbeek à Bruxelles où elle a été violée par Vincent qui l'avait marquée d'un "V" au bras quelques mois auparavant. Elle a mis une dizaine de jours avant d'aller en parler à la police.

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6 juillet 1996 : Remise de 100 pilules d’XTC par Nihoul à Lelièvre. "Toujours selon la défense de Michel Nihoul, l'ecstasy devait permettre d'aller plus en avant dans le trafic et de remonter, notamment, la filière de Michel Lelièvre", précise un média lors du procès de 2004 lors duquel Nihoul n'a été jugé que pour le trafic de pilules.

7 juillet 1996 : Nouvelle audition de Nathalie W. qui dépose plainte pour l'agression du 29 juin. Elle explique que depuis qu'elle a témoigné en février, alors qu'elle était venue porter plainte contre le réseau de son père, elle subit de plus en plus de pressions et d'agressions par ce réseau. Elle est harcelée toutes les nuits par téléphone et menacée de mort.

Dans une lettre elle donne des précisions sur les premiers viols à l'âge de 6 ans, la complicité de sa mère, partie du domicile avec les deux frères quand elle avait 9 ans, le début des viols collectifs organisés par son père avec ses copains du Rotary de Waterloo...

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Elle explique qu'elle a tenté de parler à plusieurs personnes à l'époque, toujours en vain. Depuis qu'elle est adulte, les viols collectifs n'étaient plus organisés qu'à noël, chez son père, avec d'autres victimes, puis il est parti vivre en Espagne. Elle dit qu'elle a été trois fois enceinte et a dû avorter les trois fois.

Nathalie W. désigne de nombreux lieux notamment à Bruxelles comme le bar "chez Dolores" (le Dolo) où il y avait d'autres enfants victimes et qui était un lieu de passage de nombreux "étrangers" non francophones ou néérlandophones (anglais, allemand?) et déigne Michel Forgeot le tenancier du bar. Elle dit avoir reconnu Nihoul à la télé.

17 juillet 1996 : L'assistante sociale de Dutroux dresse un second rapport très favorable après un nouveau contact où Dutroux lui explique qu'il est  "victime de sa propre innocence et de sa naïveté".

23 juillet 1996 : Le domicile de Marc Toussaint est cambriolé et fouillé pendant qu'il est en vacances. Seuls des documents et son vieil ordinateur qui fonctionnait en DOS ont disparu.

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Début août 1996 : Les jours qui précèdent l’enlèvement de Lætitia, Nihoul a téléphoné jusqu’à 5 fois à Dutroux.

8 – 9 août 1996 : Plusieurs témoins reconnaissent formellement Nihoul, Dutroux et Martin à Bertrix (ces témoignages ne seront pas pris au sérieux). Nihoul s’est trouvé un alibi qui a rapidement été mis à plat, à savoir qu’il repeignait l’appartement de Michel Vander Elst, avocat condamné pour faux témoignage dans l’affaire de l’enlèvement de Van den Boyenants. Quand son témoignage a été écarté, Vander Elst a fui directement en Gambie.

Cependant cet alibi a permi bidon a permis à Nihoul d'échapper aux poursuites pour l'enlèvement.

9 août 1995: Laetitia Delhez est enlevée à Bertrix en sortant du centre sportif communal. C'est vraiment à partir de là que l'enquête commence et que le focus va se déplacer vers Dutroux. Le lien sera fait grâce à l'immatriculation d'une camionnette blanche suspecte qui tournait depuis deux jours dans le secteur de l'enlèvement, notée par un témoin.

Dans les jours qui précèdent l’enlèvement, Nihoul et Dutroux se téléphonent jusqu’à cinq fois par jour, parfois pendant près d’une demi-heure. Ils se sont aussi appelés dans les jours suivants.

2021-12-16 21_26_57-2-Affaire Dutroux_ Nihoul protégé par la mafia maçonnique - Vidéo Dailymotion -

10 août 1996 : Remise de 1000 pilules d’ecstasy par Nihoul à Lelièvre. C'est David Walsh qui les lui a données, ainsi qu'un lot d'amphétamines pour lesquelles Nihoul l'a balancé aux gendarmes de Dinant et à la BSR de Bruxelles, et qui lui ont valu d'être arrêté en avril 1996 abev 10 kilos d'amphétamines.

"Michel Nihoul a toujours nié le trafic de drogue jusqu'à sa comparution en chambre du conseil en 2002. A cette date, il a reconnu les faits mais en ajoutant avoir procédé à une livraison contrôlée pour le compte de la gendarmerie. Pour le ministère public, Michel Nihoul a plus simplement détourné pour son compte les 5.000 pilules d'un trafiquant qu'il a balancé, David Walsh. Michel Nihoul affirme aujourd'hui que Walsh lui a donné... 1.300 pilules. Pour Michel Lelièvre, qui a reçu le stock de drogue de Nihoul, il ne s'agit pas de 1.300 mais de 1.500 pilules d'ecstasy", résume en 2004 la Dernière Heure au sujet de cette affaire.

12 août 1996 : Deux témoins présents à Bertrix permettent d’identifier la plaque d’un véhicule suspect lors de l’enlèvement de Lætitia.

  • À 16h30, le BCR "découvre" Dutroux parmi les pro­priétaires de camionnettes semblables… Il transmet alors au juge Connerotte et au procureur Bourlet, le dossier Othello, sur insistance de la BSR de Neufchâteau !
  • À 17h, le procureur Bourlet demande au BCR de venir ––lui expliquer le cas de Dutroux avec des gendarmes connaissant le dossier.
  • À 18h, réunion à Neufchâteau en présence du juge ––Connerotte, du procureur Bourlet, de trois gendarmes de Neufchâteau et trois gendarmes de Charleroi.

 

Dutroux arrêté, le réseau à protéger 

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13 août 1996 : Dutroux est arrêté dans le plus grand secret. Plusieurs perquisitions sont organisées une nouvelle fois aux différentes adresses de Dutroux. Michaux se charge de la maison de Marcinelle (là où sont effectivement cachées les petites filles) et où il avait déjà échoué précédemment et il passe encore une fois à côté de Sabine et Lætitia!

En soirée, le procureur impose à la presse de ne plus diffuser aucune information relative à ces disparitions, dans l’intérêt de l’enquête.

Ce black-out sera totalement respecté jusqu’aux retrouvailles de Sabine et Laetitia, puisque ce 13 août, Dutroux, Lelièvre et Martin ont déjà été interpellés et interrogés sur l’enlèvement de Laeticia et que des perquisitions sont déjà menées dans ses différentes maisons et notamment à Marcinelle.

Michaux réalise une 3e série de perquisitions, toujours aussi infructueuses, dans les maisons de Dutroux.

14 août 1996 : Sans la soirée, la PJ vient chez Nihoul à Saint-Gilles à Bruxelles parce qu'il a eu de nombreux contacts avec Dutroux dans les jours précédents. A ce moment ils ne savent pas vraiment qui est Nihoul.

Il n’est pas là, mais les policiers  sont entrés quand-même et ont trouvé sur son bureau deux numéros de téléphone : celui de Dutroux et le bip de Lelièvre, pour lui laisser des SMS.

Annie B. qui habitait l'appartement du dessus est venue voir ce qu'il se passait, elle appelle Nihoul qui dit aux enquêteurs qu'il ira les voir le lundi 19 dans les locaux de la PJ de Bruxelles. Après cela il a été très occupé pendant deux jours.

2021-12-18 19_35_28-L'affaire Dutroux _ rappel des faits _ Archive INA - YouTube - Opera

15 août 1995 : C'est le jour où l'affaire bascule, avec la découverte de Sabine Dardenne, enlevée le 28 mai à Kain, et Laeticia Delhez, enlevée le 9 août à Bertrix, très certainement pour une commande car selon Lelièvre, elles devaient correspondre à des critères précis.

Elles ont été retrouvées dans une des maisons déjà perquisitionnées parce que le juge Connerotte a amené Dutroux a avouer l'enlèvement de Laëtitia avec Lelièvre, mais ils n'étaient vraisemblablement pas seuls.

Elles sont retrouvées ensemble, séquestrées dans un minuscule réduit au sous-sol d’un immeuble de Marcinelle. A ce moment, on ne connaît pas encore l’identité des ravisseurs. Dutroux les a violées régulièrement et gavées de différents comprimés, notamment Haldol, Fru-Zepam, Mycolog, Neutacetim et une foule d’autres comprimés dont elles ne connaissaientt pas les noms.

La presse, même en France, évoque immédiatement la piste du réseau pédo"phile" autour de Dutroux, de "filière". Les médias de nombreux pays ont parlé de cette affaire.

15 août 1996 : Michaux rédige le P.-V. 100014/96 dans lequel il parle de la perquisition ratée du 13 décembre et des voix dans la cave. Il précise également : "Il nous est impossible d’affirmer que les voix entendues auraient pu être celles de Julie et Melissa, la date de leur mort n’étant à notre connaissance pas déterminée par la médecine légale".

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16 août 1996 : Arrestation de Michel Nihoul. Il est interrogé sur sa participation à l'enlèvement de Laetitia à Bertrix le 9 août 1995 et donnc comme alibi qu'il faisait des travaux avec son ami l'avocat Michel Vander Elst dans un de ses appartements. Choses étonnantes:

  • les enquêteurs ont constaté que les fichiers de l'ordinateur de Nihoul ont tous été effacés après son arrestation.
  • ils n'ont trouvé aucune emrpeinte digitale de Nihoul dans son propre appartement.

17 août 1996 : A 12h05 Dutroux avoue avoir séquestré Julie et Melissa et accepte de conduire les enquêteurs à l’endroit où il a enterré les corps. Les corps de Julie et Melissa seront découverts le même jour à Sars-la-Buissière à 3 m de profondeur. Elles auraient été tuées le 24 mars 1995 et enterrées le 27.

+ La juge d’instruction Martine Doutrewe en charge de la disparition de Julie et Melissa prend connaissance pour la première fois, à la morgue de Charleroi, de l’existence du dossier Othello et du nom de Marc Dutroux comme suspect ! Ceci alors qu’il était le suspect principal de la gendar­merie depuis plus d’un an !

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19 août 1996 : la presse commence à dire que Julie et Mélissa sont mortes de faim. Il est même dit on ne sait pourquoi que l’une d’elles est morte après avoir été mise en terre. Par ailleurs :

·        Dutroux et Martin n’ont donné que bien plus tard des indications sur la date des décès,

·        Il a été écrit qu’elles "avaient conservé leurs traits qui ne laissaient aucun doute sur leur identité" et que les corps étaient dans une terre argileuse alors qu’elle était sablonneuse et conservait donc beaucoup moins bien. C’est pourtant aussi ce que le commissaire Lamorque en charge du dossier depuis le 26 juin 1995 a déclaré aux parents.

+ Premier appel à témoins, le 0800-9779 est mis à disposition du public, mais uniquement pour rechercher des témoignages à propos des quatre suspects arrêtés (Dutroux, Lelièvre, Martin et Nihoul). On ne parle pas encore des rémoins "X" mais bien d’éventuels témoins ou victimes de Dutroux & Consorts.

+ Les membres de la 3ème SRC de la BSR de Bruxelles (De Baets et Bille) se proposent spontanément pour collaborer à l’enquête de Neufchâteau…

20 août 1996 : la juge Doutrewe demande des explications à la gendarmerie et rédige une apostille à l’intention des gen­darmes de Liège (Grâce-Hollogne). Elle souhaite des explica­tions sur les investigations menées au sein de la gendarmerie (en d’autres termes sur l’affaire Othello !). 

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22 août 1996 : Nouvelle perquisition chez Dutroux. On re­trouve dans un faux plafond des pilules d’XTC appartenant au stock de Walsh. Dutroux reconnaît les avoir reçues de Nihoul. Pourquoi la BSR de Bruxelles a-t-elle fermé les yeux sur ces 5000 pilules ? Son commandant, Jean-Marie Brabant file à Neufchâteau pour supplier le juge Connerotte de ne pas per­quisitionner au sein de ses services.

+ Appel de Tania, une amie de Régina Louf, au juge Connerotte.

26 août 1996 : Mandat d’arrêt contre Pierre Rochow dans le cadre d’un trafic de voitures avec Dutroux.

27 août 1996 : Début des fouilles à Jumet dans la zone du chalet de Weinstein, sur indications de Dutroux. Un radar de sol anglais a détecté quelque chose d’anormal sur ce terrain, mais les fouilles ont été stoppées en fin de soirée.

Août 1996 : La femme d’un pédocriminel déjà condamné, Roland Corvillain, appelle les enquêteurs pour leur dire qu’elle a vu à la télé pas mal de gens qui sont passés chez elle et sont proches de son mari. 

Elle cite Achille Haemers le père du braqueur Patrick Haemers, Robert Darville l’armurier de la bande de ce dernier, Michel Nihoul (qui n’était jamais cité devant elle mais qu'elle a reconnu à la télé), un dénommé Serge Frantsevich. Tous étaient proches des milieux d’extrême-droite, et la bande de Patrick Haemers a été condamnée avec l’avocat Van der Elst (qui a servi d’alibi à Nihoul[4] pour l’enlèvement de Laëtitia Delhez) pour avoir enlevé le ministre Van den Boyenants dans les années 80.

Ce témoin évoque une discussion entre Nihoul, Haemers, Frantsevich et Corvillain au sujet de la livraison prochaine de "jeunes chevaux" venus d’Europe de l’est. Aucun ne travaillait dans le domaine des chevaux. "Dutroux a été chez nous plusieurs fois", a-t-elle dit, dont une fois avec Michelle Martin, "Il avait à chaque fois un entretien avec Corvilain, Frantsévich et Nihoul".

En février 1997, le couple Corvillain a été jugé pour les viols de quatre enfants, dont la fille de Mme. alors que des victimes ont dit qu'il les violait dans son dos. On peut se demander s'il ne s'agissait pas d'une mesure de rétorsion.

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3 septembre 1996 : Découverte des corps d’An Marchal et Eefje Lambrechts à Jumet. Les autopsies des deux filles montrent des violences sexuelles importantes.

4 septembre 1996 : Connerotte charge le gendarme De Baets d’auditionner Regina Louf. En effet De Baets qui est néerlandophone se trouve "par hasard" dans le bureau du juge Connerotte quand un coup de téléphone en néerlandais émanant d’une certaine "Tania de Gand" fait état du témoi­gnage de Regina Louf : naissance de X1. Elle est connue uniquement sous ce nom jusqu’au 22 janvier 1998.

+ Arrestation d’Annie B.. Elle est rapidement libérée, le 22 octobre 1996.

5 septembre 1996 : Audition de Nathalie W., qui déclare que Nihoul l’a violée à plusieurs reprises et qu’elle a été amenée à plusieurs reprises chez "Dolores" (qui était la patronne du Dolo le point de rencontre des partouzeurs pédos de Bruxelles) où le patron Michel Forgeot, époux de ladite Dolores, l’a violée quand elle avait entre 10 et 12 ans. Elle est entendue à plusieurs reprises durant cette période.

Elle a aussi décrit des rituels avec des tortures, viols et sacrifices d’enfants, dans les années 70 (elle est née en 1965), ainsi que de parties de chasses. Elle avait un proxénète, ami de son père, "Vincent", qui l’amenait dans les soirées, notamment au Dolo. Elle cite aussi les noms de plusieurs politiques, ou magistrats présents au Dolo, qui attendaient la "marchandise" (les enfants) : Kubla[5], Vanden Boeynants, Forgeot... Une fois qu’ils avaient choisi la victime dans la voiture, le chauffeur l’amenait dans une villa.

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Elle a cité une trentaine de lieux précis (dont plusieurs ont été mentionnés par X1) et de nombreux agresseurs dont beaucoup étaient connus, comme :

  • Alexandre de M. qui serait la vraie identité de "Vincent", 
  • le procureur de Nivelles Jean D qui a planté son enquête sur les tueries du Brabant et empêché un enregistrement audio d'être versé au dossier Pinon sur une affaire de réseau pédocriminel pour mieux le classer sans suite,
  • un militaire ex conseiller de Van Den Boyenants quand il était ministre de la Défense,
  • le bourgmestre (maire) de Jette Jean-Louis T.
  • le bourgmestre de Saint-Josse à Bruxelles, Guy C.,
  • l'officier de gendarmerie D.R., qui a travaillé sur certains volets de l'affaire Dutroux.
  • Van den Boyenants,
  • François P. qui était un des principaux financeurs du Parti Socialiste, impliqué dans des affaires politico financières comme Agusta-Dassault (affaire de vente d'armes qui lui a valu un passage en prison en 1997)
  • Nihoul,
  • Michel Forgeot du Dolo,
  • Jean Militis (qui appartenait au CEPIC, le courant de Vanden Boeynants),
  • Charly De Pauw lui aussi proche de Vanden Boeynants,
  • Guy Mathot devenu un ponte du PS,
  • Bonvoisin,
  • Etienne D. un des piliers du Bilderberg,
  • le juge d’instruction à Bruges Eric D. N [6],
  • le chanteur Claude Barzotti qu’on retrouvait aussi dans l’association de Nihoul SOS Sahel,
  • Louis M. qui a été vice premier ministre avant d’être envoyé à la commission européenne,
  • Albert Frère ce milliardaire qui deviendra un des grands soutiens de sarkoléon,
  • le commissaire Georges Marnette ou encore
  • André Pinon qui est au cœur d’un autre dossier de réseau pédocriminel impliquant des politiques (dont Vanden Boyenants), appelé le "dossier Pinon".
  • Des médecins de l'hôpital Erasme, des profs d'université.

Au moment où elle parle, notamment sous hypnose, elle est encore en partie sous l’emprise du réseau et de "Vincent". Même lorsqu’elle est sous la surveillance de la police le réseau arrivait à la faire venir à des "soirées".

6 septembre 1996 : Exhumation du corps d’un des témoins morts étrangement pendant l'enquête sur le réseau Dutroux, Bruno Tagliaferro. L’autopsie montre un empoisonnement.

12 septembre 1996 : Le juge Connerotte inculpe Nihoul comme co-auteur de l’enlèvement de Julie et Mélissa, ainsi que celui de Laëtitia Delhez. Nihoul justifie ses nombreux appels à Dutroux par une réparation de sa voiture par Dutroux.

 

Les témoins X parlent, les autorités redoublent d'efforts pour enterrer l'affaire

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20 septembre 1996 : Première audition de "X1" (Régina Louf) par l’équipe du gendarme De Baets (BSR Bruxelles 3ème SRC). Elle identifie Michel Nihoul sur photo, comme étant un de ses agresseurs lorsqu’elle était jeune (dès 1982 il est venu la chercher à l'école pour des viols commis seul ou avec d'autres mais elle ignorait son nom) et livrée à un réseau pédocriminel, ainsi que l’immeuble de Jette dans lequel a vécu Nihoul avec sa compagne à l’époque des faits. Ces auditions vont durer 8 mois.

Elle explique qu'elle a été entraînée à oublier tous les noms et prénoms des adultes présents lors des soirées ou qui l'agressaient, ainsi qu'à satisfaire des hommes, à tourner dans des films pédopornographiques, et elle déclare que beaucoup d'autres enfants étaient exploités par ce réseau.

On comprend aussi qu'elle est victime de personnalités multiples, le plus souvent des enfants qui se sont créées lors de traumatismes, et qui peuvent remonter quand elle est perturbée ou stressée.

2022-01-06 17_33_34-Il y a 25 ans, la photo de L'Avenir Luxembourg qui a fait tomber le juge Connero

21 septembre 1996 : C'est le jour du souper spaghetti organisé par les proches des victimes, qui a mis en présence le juge Connerotte, le procureur Bourlet et les victimes Sabine et Lætitia avec leurs familles.

Cela vaudra au juge Connerotte, jusque là particulièrement efficace, d'être définitivement écarté du dossier. Et cela, très rapidement, comme s'il y avait une urgence absolue pour la justice belge réputée particulièrement lente.

28 septembre 1996 : Article du Soir sur une cache retrouvée chez Patrice Charbonnier, un braqueur de la région de Trazegnies qui était une connaissance de Dutroux depuis qu’ils avaient partagé la même cellule.

Il a été arrêté début septembre avec 6 autres types pour le braquage d’un fourgon de transports de fonds en juin 96 : "la PJ de Nivelles a effectué de nouvelles perquisitions au domicile de Patrice Charbonnier, avenue du Grand Jardin à Trazegnies, dans l'entité de Courcelles. Dans la cave, les enquêteurs ont découvert une cache semblable à celle que Marc Dutroux possédait à Marcinelle (…)

Les similitudes entre les caches de Charbonnier et de Dutroux résident notamment dans leur technique de camouflage, et leur système d'ouverture inséré dans le mur. C'est sur base de nouvelles déclarations de Patrice Charbonnier que la cache a été découverte. Il a en effet "avoué" connaître Dutroux pour avoir fréquenté les mêmes institutions pénitentiaires que lui. La relation des deux hommes se serait poursuivie par la suite à l'extérieur de ces murs".

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En mars 2003 l’avocat de Dutroux Me Kahn a évoqué la piste de la "bande de Courcelles" dont plusieurs membres seraient "protégés par les autorités judiciaires de Charleroi", notamment Gérard Pinon et Claude Thirault, deux complices de Dutroux. Charbonnier a déclaré avoir renseigné Dutroux sur des braquages faciles à réaliser, ce qui aurait permis une quinzaine de cambriolages.

29 septembre 1996 : 2e audition de X1 et reconnaissance dans les régions de Bruxelles et Ostende.

  • Elle identifie sur photo Nathalie W qui était aussi une victime du réseau, qui a été torturée dans un club de Bruxelles où Nihoul était présent.
  • Elle identifie sur photo X2, ce témoin qui était dans la police.
  • Elle désigne le bar le CO-CLI-CO à Gand, où l’auraient conduite Tony et sa mère. Elle y parle d’un viol par une dizaine d’hommes parlant le dialecte anversois, lors d’une sorte de "concours".  Il y avait bien un bar / night-club à ce nom à Gand dans les années 80 géré jusqu’en 1984 par un dénommé Gutav D. et fermé suite à la pose de scellés par le parquet de Gand. Gustav D. avait été arrêté. Le bar s’est ensuite appelé le Lips, géré par un certain Joop D. J. et son épouse qui avait travaillé au CO-CLI-CO et est repris par la société IFFA dont Gustav D. est l’un des 7 administrateurs. Il s’est aussi avéré que "Tony" travaillait pour la "s.a La cinéma publicitaire belge" à laquelle Gutav D. devait en 1983 la somme de 262.275FB. Un bon de commande pour le CO-CLI-Co a aussi été retrouvé chez "Tony" avec le nom de Gustav D. dessus. Pourtant Tony a nié le connaître lui ou le CO-CLI-CO. Le principal créancier de Gustav D. était la société ALL-MEAT, qui avait notamment pour actionnaire le hollandais Gerard C[7], salarié de la Slavenburg Bank qui est devenu plus tard un des plus gros distributeurs de films porno, et dont le bras-droit était Joop D. J. Enfin, Gustav D. était associé de la société L.A.T (ex International Club) domiciliée là où résidait Clo (Carine Dellaert).
  • Elle explique de Clo était dans le circuit de Tony.
  • Elle cite aussi l'avocat Vander Elst, le fameux alibi de Nihoul, également désigné par d'autres témoins X. 
  • Beaucoup de monde défilait dans l'hôtel de sa grand-mère, qui organisait de nombreuses réceptions avec le gratin local, soirées, auc ours dequelles X1 était souvent prostituée à l'étage.
  • Des partouzes ont été organisées un peu partour en Belgique et même à Lille (où beaucoup de belges étaient présents).
  • Elle mentionne Chantal S., autre témoin du dossier bis, comme victime, et précise que ses parents étaient présents aux partouzes.
  • X1 précise que certains des types qui étaient là ne savaient pas dans quoi ils étaient tombés, ils ne se rendaient pas compte que des mineurs allaient être présents et entraînés pour les amener à des rapports sexuels.

2 octobre 1996 : Mandat d’arrêt contre Gérard Vannesse, ex membre de la BSR de gendarmerie de Dinant dont Nihoul a été un informateur[8]. Il était "soupçonné de participation à divers trafics, notamment de stupéfiants, impliquant un complice de Marc Dutroux, l'homme d'affaires bruxellois Jean-Michel Nihoul" selon la presse.

5 octobre 1996 : Note Ucc/COPS/38/96 où il est fait état d’un contrat sur la personne de Marc Toussaint et sur enfants.

6 octobre 1996 : Le propriétaire et probablement le chauf­feur de la voiture Mitsubishi qui a tenté d’attenter à la vie de Marc Toussaint, israélien de la région d’Aflila en Israël, s’est vu délivrer son pas­seport ce jour-là.

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11 octobre 1996 : Le juge Connerotte lance un appel à témoin et met à disposition un numéro vert : le 0800-9779.

La sénatrice Anne-Marie Lizin affirme dans une interview donnée à Ciné Télé Revue que le NCMEC (Centre américain pour enfants disparus) a reçu l’information "qu’un certain nombre de K7 saisies lors de l’arrestation de Marc Dutroux reproduisaient des viols d’enfants devant des spectateurs identifiables". "Une partie de ces personnages seraient de hauts magistrats ou hautes personnalités belges", soutient le NCMEC.

13 octobre 1996 : 3e audition de X1. Elle identifie un autre immeuble dans lequel elle est allée avec Nihoul, où était domiciliée son association SOS Sahel et où vivait sa compagne d’alors, Marleen D (qui était aussi administratrice du Dolo). Elle parle aussi de "Tony".

14 octobre 1996 : Dessaisissement du juge Connerotte qui a permis d'arrêter Dutroux pour les enlèvements, suite au souper spaghetti (pour suspicion légitime). L'opinion publique qui sent bien que les autorités lui cachent des choses est littéralement révoltée. 

Cette décision sans précédent a donné lieu à l'"arrêt spaghetti" de la cour de cassation.

17 octobre 1996 : Vote au Parlement pour la création d’une commission d’enquête sur l’affaire Dutroux. Elle rendra son rapport en avril 1997, dans lequel elle dénonce des "dysfonctionnements" répétés dans les enquêtes sur les disparitions d'enfants. Hélas, jamais il n'est question de manipulations volontaires de l'enquête ou de protections politiques.

La commission n'a orienté ses travaux que dans le sens des "responsabilités individuelles", si bien qu'elle a pu écrire que "Les responsablités à retenir au stade actuel se situent aux niveaux structurel et individuel". On sent toutefois que certains auraient aimé approfondir leurs travaux: "Au cours de sa réunion du 19 février 1997, la conférence des présidents a décidé que la commission devrait [...] inclure dans ses conclusions une recommandation à l’adresse de la Chambre des représentants visant à permettre à la commission d’enquête de poursuivre ses activités concernant les pistes relatives à d’éventuelles protections".

2021-11-20 12_09_03-Retour en images sur les grandes étapes de l'affaire Dutroux - rts

20 octobre 1996 : Rassemblement citoyen en blanc à Bruxelles, qui a été appelé la Marche Blanche. La mobilisation a été sans précédent. les chiffres offociels parlent de 300.000 personnes environ mais elles étaient certainement le double.

On sait que ce jour-là, la structure étatique a vacillé, l'alerte était maximale.

Suite à cela, des Comités Blancs citoyens ont été mis en place et rapidement infiltrés, et les travaux pour mettre en place l'association "Child Focus" censée rechercher les enfants disparus ont commencé. L'association n'a ouvert, avec le soutien du 1er ministre et de la fondation Roi Baudouin, qu'en 1998. Aujourd'hui elle se concentre essentiellement sur les pédos en ligne..

21 octobre 1996 : Début des travaux de la première commis­sion d’enquête parlementaire sur l’affaire "Dutroux-Nihoul". A ce moment les familles des victimes n’ont toujours pas accès au dossier en raison du "secret de l’instruction".

23 octobre 1996 : Tony appelle à 18 reprises entre 16h 55 et 17h17 le gendarme Berry V. qui a été nommé plus tard dans l’enquête menée à Anvers dans le cadre du dossier bis. C’est aussi l’un des deux rédacteurs du PV de synthèse de l’enquête sur le meurtre de Katrien De Cuyper, intitulé "Fermeture de la piste X1…".

+ Début du procès de SOS Sahel, l’association de Nihoul et Bouty, pour des malversations. Nihoul a pris 3 ans de prison.

2021-12-20 21_34_51-Des élus pressés par la colère du peuple - Le Soir - Opera

25 octobre 1996 : 4e audition de X1. Elle décrit la mise à mort au domicile de son amie Clo (Carine Dellaert) d’une jeune fille qu’elle reconnaît sur photo et s’avère être Véronique Dubrulle. Celle-ci est officiellement morte d’un cancer le 4 septembre 1983 à Gand, son certificat de décès a été signé par un neuropathe et un neurochirurgienn qui selon X1 font partie du réseau. Une demande d’autopsie a été faite par les avocats de X1 mais cela n’a jamais été fait.

Selon X1, Van der Elst l’alibi de Nihoul était présent lors de l’assassinat de Véronique Dubrulle, de même que le prince Albert (futur roi), Emile Dellaert (père d’une autre victime du réseau), Joost B. (administrateur de DECSCOOP, qui a été inaugurée avec une partouze pédocriminelle selon X1), Tony, Nihoul et Annie B.

Lors d’une reconnaissance le 30 novembre 1996 X1 a reconnu la maison où Clo a été tuée, maison qui s’appelait l’International Club et était connue pour être une maison de passe. Ce club avait pour gérants le dénommé Gustav D. (gérant jusqu’en février 1984 du bar CO-CLI-CO), Stefan et Wim Van W. puis René Arthur B. selon les statuts publiés en 1991.

29 octobre 1996 : Audition de Chantal S., ancienne camarade de Regina, également victime de son père Roland S. Ses parents l’ont prostituée dans la maison de la grand-mère de Regina à Knokke et confirme aussi une partie de ce qu’a dit X1. Elle explique qu'une fois quans elles étaient enfants, elle a vu X1 être menée avec un revolver par sa grand-mère.

Elle cite plusieurs des mêmes noms d’agresseurs. Tout comme le témoin X7, elle a été reconnue par le témoin X4 sur photo et désignée comme victime du réseau ayant été utilisée dans des films pédopornos. Elle a cessé de collaborer avec la police en mai 1997, comme d'autres témoins-clés, face à la cabale contre les victimes et les quelques enquêteurs qui faisaient honnêtement leur travail. 

Le fait qu'elle témoigne a beaucoup perturbé sa famille, son mari s'en prenant à son père qui a fini par admettre qu'il l'avait emmenée dans plusieurs des villas désignées par Chantal mais affirmant ne pas savoir ce qu'il s'y passait. Il a même tenté de la faire interner à nouveau, et Chantal a fait une tentative de suicide ce qui l'a amenée en HP. 

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31 octobre 1996 : 5e audition de X1, qui déclare avoir assisté à plusieurs meurtres d’enfants à différents endroits du pays, notamment les Ardennes, et le Luxembourg, lors de "parties de chasse". 

6 novembre 1996 : 6e audition de X1. Elle parle d’un week-end entier de violences dans un bâtiment industriel identifié plus tard lors d’une reconnaissance comme ceux d’ASCO près de Zaventem, où elle a assisté à plusieurs meurtres d’enfants filmés. Nihoul, l’avocat Jean-Paul Dumont (qu’elle identifie sur photo) et le baron de Bonvoisin notamment étaient présents à plusieurs de ces "soirées".

Elle cite aussi plusieurs clubs dans lesquels elle a été amenée : le Lido près de Gand, le Dolo, le Jonathan à Bruxelles, des clubs à Ostende, Knokke, Latem St-Martin…

+ Le même jour, le témoin X2, qui est policière, est entendue par Patrick De Baets et Aimé Bille et ils partent en reconnaissance. Elle désigne plusieurs villas à Knokke, dans lesquelles des violences ont été commises depuis le milieu des années 80 dont au moins deux ont déjà été désignées par X1, à Endhoven, à Chimay, ainsi que d'autres lieux comme le château d'Argenteuil à Waterloo, qui appartenait à une femme folle appelée Liliane à la fin des années 80.

chateau d'Argentueil Waterloo

En effet, ce château fut à partir de 1961 la demeure du roi Léopold 3 (qui n'a régné que jusqu'en 1940 à cause de sa collaboration avec les nazis pendant la guerre), mort en 1983 et dont la tendre épouse Liliane de Réthy, proche du roi Albert 2, est restée seule dans ces murs jusqu'à sa mort en 2002. L'Etat belge a ensuite vendu le château en 2003. Selon X2, il y a certainement des corps de victimes enterrés dans le grand parc de ce château.

Comme X1, elle cite comme agresseurs Vanden Boeynants; Bonvoisin, les frères Lippens dont l'un a été maire de Knokke pendant des années, et son proxénète prinicpal était Karel, un haut magistrat bruxellois. 

Elle décrit l'exploitation de mineurs et des meurtres d'enfants et d'adolescentes dans le cadre de ce réseau, couvert par les autorités, et cite certains noms qui apparaissent dans le dossier Dutroux et dans celui des tueries du Brabant, comme Jean-Paul Dumont ou Bonvoisin, ainsi que des magistrats de Bruxelles.

Elle explique que les filles disapraîssaient quand elles avaient atteint 15 ou 16 ans.

X2 parle aussi du père de Nathalie W., André W., membre du Rotary Club de Waterloo que X1 a reconnu sur photo. Le père de Nathalie M était en lien avec la firme ASCO, qui faisait officiellement dans l’import-export et faisait aussi dans le trafic d’armes selon Nathalie W.

marche blanche article

Comme X1 et X2 explique que Maurice L., banquier et frère du bourgmestre de Knokke, a assisté au meurtre de Katrien De Cuyper. Il est également cité par Chantal S. qui le qualifiait de "vrai porc" et par des lettres anonymes reçues par la justice entre novembre 1996 et janvier 1997. Selon X1, Van der Elst, Nihoul et "Tony" étaient aussi présents. 

Ce meurtre s'est déroulé, selon X1, dans un château qu'elle a identifié avec les enquêteurs, et qui appartenait alors à un baron, membre éminent du Cercle des Nations (un lobby très à droite droite, pro européen, proche du business, auquel appartenait aussi Vanden Boyenants). Et une des photos de victimes des CD de Zandvoort lui ressemble énormément.

X2 a cessé sa collaboration avec les enquêteurs en mai 1997, quand a vu comment la propagande tournait à l'attaque organisée des témoins et que son dossier n'avançait pas. A ce jour il n'a toujours pas été exploité.

7 novembre 1996 : La sécurité sociale belge réclame -enfin- 1,3 millions de FB (environ 35.000€ d'aujourd'hui tout de même) à Dutroux pour des indemnités d’invalidité indument perçues.

+ Audition ce 7 novembre de Michel Lelièvre qui admet sa participation aux enlèvements de Sabine et Laëtitia, ainsi que d'Ann et Eefje mais pas de Julie et Mélissa. Il a expliqué que c'est à cause d'une dette qu'il avait envers Dutroux. A l'époque il était toxico (amphétamines, héroïne, coke...), en août 1995 Dutroux lui avait avancé de la drogue qu'il a largement consommée, et il dit qu'en échange il s'est retrouvé à participer aux enlèvements.

christine van hees

13 novembre 1996 : 7e audition de X1. Elle dit qu'elle connaît Nihoul depuis le début des années 80. Concernant Dutroux, elle évoque un week-end au cours duquel sa mère l’avait amenée chez Nihoul et sa compagne A.B, et où sont passés Dutroux et Michelle Martin. Il y a eu des partouzes, des viols, et une des filles victimes a été brûlée.

Cette victime a été identifiée comme étant Christine Van Hees, tuée en présence de Nihoul, Annie B., l’avocat Michel Van der Elst, Dutroux et Martin. Elle a décrit en détail le crime, le déroulement de la soirée, et son récit est confirmé par une série d’éléments retrouvés sur place et par l’autopsie même si ses conclusions sont erronées.

Lors de cette audition, elle raconte comment Nihoul, Weinstein et Tony l'ont initiée aux meurtres rituels entre ses 10 et ses 12 ans : "c’était la période où, oui, par exemple je ne recevais pas de nourriture sauf si j’abattais mon propre lapin et cetera, ma propre poule. Des choses comme ça", dit-elle.  Dans une ferme isolée ils organisaient "de vrais shows" sataniques au cours desuqels des enfants étaient tués.

Elle explique qu'elle a été forcée à tuer d'autres enfants, sinon c'était elle qui devait y passer. Et il fallait le faire comme ils le voulaient, sinon les tortures étaient assurées.

+ Article de Gilbert Dupont dans le journal La Dernière Heure, qui parle de 4.300 casettes saisies au total dans cette affaire, dont "plusieurs dizaines" chez Dutroux, de 2 à 300 chez Nihoul et encore davantage chez Annie B.. Seule la moitié auraient été visionnées à cette date. Selon l’article, "Aucun des enfants disparus en Belgique, Mélissa, Julie, An, Eefje, Loubna, Elizabeth ou autres, n’apparaît sur ces vidéos. Mais un doute subsiste pour An Marchal que les parents croient reconnaître…"

grafe di rupo

16 novembre 1996 : Début des articles sur les comportements de Di Rupo et Grafé. Des témoins ont appelé la cellule d’enquête pour dire qu’ils fréquentaient des bars gays en compagnie de mineurs, notamment dans la région de Liège. Certains ont aussi évoqué les allées et venues de Grafé dans deux foyers pour enfants de la région, où il venait chercher des mineurs pour la nuit.

Tous deux démentent avoir commis de tels faits, mais font l’objet d’une demande de mise en accusation adressée, par le Procureur général de Bruxelles, au Parlement (pour E. Di Rupo) et aux assemblées wallonne et francophone (pour JP Grafé). Très vite, la presse fera état d’une "manipulation" basée sur le seul témoignage d’un jeune homosexuel mythomane. Cette "affaire Di Rupo-Grafé", comme on l’a appelée, fera ainsi la Une de la presse pendant de longues semaines au cours desquelles d’autres accusations viendront s’ajouter aux premières.

Le monde politique est en émoi et le Parlement vote en vitesse une loi visant à organiser les poursuites à l’égard des ministres. Au bout du compte, Elio Di Rupo est blanchi par la Chambre et l’on commence à se demander comment ce "dossier" a pu être monté.

Quant à JP. Grafé, après avoir démissionné de son poste de ministre et être redevenu "simple député", il fera l’objet d’une levée d’immunité parlementaire et d’une instruction judiciaire qui aboutira, près de deux années plus tard, à un non-lieu. Six ans et demi plus tard, le doute plane toujours sur l’origine de cette "affaire"…

17 novembre 1996 : Audition du témoin X69 qui décrit une partouze à laquelle il a assisté en Flandre chez un certain Micha en mai ou juin 1995, en tant qu’attraction de la soirée (il était majeur) Il dit que quatre enfants de 8 à 13 ans étaient présents et ont été violés notamment par Nihoul et Bouty. Il désigne la maison, effectivement habitée par un proxénète surnommé Micha et une prostituée avec un enfant.

18 novembre 1996 : 8e audition de X1. Elle explique avoir vu Christine Van Hees chez Nihoul, puis qu’elles ont été violées par un groupe d’adultes.

di rupo grafe dossier piégé

19 novembre 1996: Demande de mise en accusation par la justice belge du vice-Premier ministre fédéral, Elio Di Rupo, et du ministre de l'Enseignement de la communauté francophone, Jean-Pierre Grafé, pour faits de pédophilie. Le scandale bat son plein. Suite à des fuites, le principal témoin sera attaqué par médias interposés et l'affaire sera lentement dégonflée. Certains observateurs ont d'ailleurs parlé de "dossier piégé"...

Ce n'est pas pour cela que les deux ministres n'étaient pas pédocriminels: de nombreux autres témoignages l'évoquent.

20 novembre 1996 : X4, qui a une trentaine d'années, prend contact avec la cellule d'enquête de Neufchâteau. Elle a été violée enfant dans le cadre d'un réseau et avait un proxénète, "Jacques V", producteur de pédopornographie SM. Plusieurs auditions suivront, dans lequelles elle décrit des scènes de viols collectifs, de meurtres d'enfants, et cite les noms de plusieurs hommes politiques comme clients réguliers du réseau dont la plupart sont également cités par d'autres témoins X.

Sur photos, elle a aussi reconnu deux amies d'enfance de X1 (qu'en revanche elle ne connaît pas) utilisées enfants pour des tournages SM, ainsi que le pédocriminel Jean-Paul Raemaekers. X4 ditque parmi les agresseurs les plus sadiques il y avait des membres de l'Opus Dei, dont la famille royale belge est traditionnellement très proche.

X4 a mis fin aux auditions quand les flics qui ont été nommés pour l'interroger ont montré qu'ils cherchaient surtout à la décrdéibiliser.

Michel piro

6 décembre 1996 : Assassinat sur un parking d’autoroute entre Charleroi et Bruxelles de Michel Piro, restaurateur de l’Arche de Noe à Charleroi et impliqué dans le proxénétisme. Selon un PV du BSR de Charleroi en date du 16 décembre 1996 il était en contact avec Dutroux, Weinstein et Diakostavrianos pour le trafic de voitures. 

Par ailleurs, son resto était fréquenté par Dutroux, Weinstein, Lelièvre, Nihoul et Diakostavrianos, selon des témoins. 

Piro avait prévenu au moins 29 personnes qu’il avait des choses à dire concernant l’enlèvement de Julie et Mélissa et avait appelé Jean-Denis Lejeune le père de Julie pour organiser une soirée en leur honneur, au cours de laquelle il voulait faire des révélations. Selon la rumeur, il était au courant que les petites avaient été prêtées à un bar fin 1995.

Selon l’enquête du gendarme Jean-Pierre A., le 12 août 1996, veille de l’arrestation de Dutroux 5 appels sont passés depuis l’Arche de Noé : quatre à la police judiciaire et un à la gendarmerie de Charleroi. Par ailleurs, un jeune serveur qui a travaillé dans ce restau a déclaré y avoir vu Nihoul et Dutroux ensemble. Mais le juge Langlois a clos ce dossier.

En 1999, la compagne d'alors de Piro a été condamnée pour l'assassinat et la presse a expliqué que cet acte n'avait "rien à voir avec les révélations" de Piro. Elle a pris 15 ans mais les deux types poursuivis pour le meurtre ont été acquittés en France tellement le dossier était léger.

Les parents de Julie et mélissa avaient intenté une action pour pousser les recherches mais ont été déboutés.

9 décembre 1996 : 10e audition de X1, qui porte sur Christine Van Hees. Elle identifie des villas dans la banlieue cossue de Bruxelles (Woluwe Saint-Pierre, Auderghem).

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10 décembre 1996: Le témoignage de X3, qui est déjà venue 4 fois de suite en novembre 1996 pour témoigner des abus qu'elle a subis dans le cadre d'un réseau pédocriminel, est enfin consigné sur papier, mais les policiers ont reçu l'ordre de noter le minimum.

Elle explique qu'elle a été dans le réseau entre 1950 et 1962, et cite des personnalités politiques et économiques telles que Charly De Pauw un magnat de l'immobilier proche de Vanden Boyenants, le président du PSC à l'époque Ferdinand de N., ou encore Vanden Boeynants.

Elle explique qu'elle a été témoin de tortures et meurtres d'enfants, de "parties de chasse" aux enfants, décrit des scènes de toture commises par ces mêmes personnalités, apparemment avec une délectation absolue, évoque des rituels avec des sacrifices scénarisés et du cannibalisme.

Ce témoignage n'a pas été exploité à ce jour et il serait intéressant de le faire, même aujourd'hui, et de remonter les fils.

11 décembre 1996 : X2 parle des viols commis par Bonvoisin et Dumont, qui participaient à des partouzes pédocriminelles à Eindhoven. En parallèle, plusieurs témoins anonymes ont dénoncé les tendances pédocriminelles de Dumont, qui aurait proposé des soirées spéciales dans un château près de Namur.

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15 décembre 1996 : 11e audition de X1. Elle identifie trois amies de Christine Van Hees : Muriel A. qui était dans la même classe et servait d’alibi pour leurs sorties noctures, Daniela D., Mireille M., qui étaient dans la même école que Christine. Elles auraient participé aux faits de la champignonnière ce qui est possible puisque X1 ne pouvait pas identifier toutes les personnes présentes. D’après l’enquête, fabienne K, Muriel A. et Daniela D. sont ensuite tombées dans le milieu de la prostitution.

X1 revient sur sa rencontre avec Dutroux et Martin lors de ce week-end de viols où le meurtre de Christine a été commis, et évoque le meurtre de son premier enfant lors de ce même week-end, par Annie B., Weinstein et Vander Elst.

Elle décrit aussi dans le détail comment, ce week-end là, le duo Dutroux-Nihoul et leurs compagnes ainsi que Van der Elst, ont torturé et tué Christine Van Hess, des déclarations largement confirmées par les constatations sur place et sur le corps de la victime.

21 décembre 1996 : Perquisition au domicile des responsables de la secte Abrasax suite à un message d'un des chefs de la secte, le dénommé "Anubis" (de son vrai nom Francis Desmedt), chez Bernard Weinstein. Il s'agit aussi du QG de la secte, où sont abrités quatre temples différents (Wicca, cultes aryens etc.). 

Abrasax était déjà connue, grâce à une émission diffusée en 1991 à la télé, avec la diffusion d'une messe noire faite pour l'occasion. 

Cette perquisition n'a rien donné, et pour cause: les intéressés étaient au courant plusieurs semaines avant! En effet, dans le quotidien Le Soir du 11 janvier 1997, le journaliste Alain Lallemand s'interroge : "Des journalistes auraient-ils compromis la perquisition d'Abrasax?". Et il explique : "Bon nombre de journalistes (judiciaires) du pays savaient depuis la fin octobre, début novembre, qu'une opération concernant l'institut Abrasax était en préparation et qu'elle pourrait se produire aux alentours du solstice d'hiver, pour des raisons propres aux dogmes supposés de ce mouvement. Préparant leurs dossiers, les journalistes se gardaient donc de tout contact avec le duo Desmedt - Kindermans.

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Mais quatre journalistes ont eu, à notre connaissance, contact avec le duo dans les deux mois qui ont précédé la perquisition : deux sont de nationalité française et ignoraient tout de l'enquête de Neufchâteau; deux autres, collaborateurs occasionnels de la presse périodique francophone, avaient été avertis, préalablement à la perquisition, de l'intérêt porté par Neufchâteau envers Abrasax. L'un n'a eu qu'un entretien téléphonique avec Dominique Kindermans, l'autre est venu au siège même du mouvement. ".

L'un des journalistes belges concernés avait dit sa bonne foi à ses collègues, jugeant utile de préciser qu'il "collabore lourdement avec les autorités judiciaires à titre privé". Mais il est clair que l'effet de surprise a été très relatif: le rapport d'enquête sur l'affaire Abrasax précise que "la veille de la perquisition à Forchies, Desmedt a déménagé de nombreuses caisses, en utilisant une camionnette du Musée des Arts Royaux par qui il est employé". Sept autres personnes l'ont aidé, ce qui représente pas mal de cartons déplacés.

De plus, selon les documents policiers relatifs à la fouille des ordinateurs d'Anubis et sa collègue, de nombreux fichiers étaient "indéchiffrables, 3 systèmes d'exploitation différents ont été installés et beaucoup de fichiers avaient donc été effacés. 

D'autres perquisitions ont été menées aux domiciles de certains membres, mais rien d'intéressant n'aurait été trouvé car eux aussi étaient très probablement au courant plusieurs jours avant.

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23 décembre 1996 : Alain Guillaume journaliste du Soir, dévoile le volet Abrasax, qui prendre le même chemin que l'affaire Grafé - Di Rupo. Abrasax est une secte satanique, ou plutôt une fédération des groupuscules satanico-lucifériens de Belgique francophone actifs à l'époque, réunis en asbl (association). Genre: Eglise belge de Satan, Ordre luciférien initiatique, Coven Cernunnos, Wicca belge...

L'un de leurs rituels, parmi les sabbats, messes noires et autres rendez-vous, était appelé l'Assemblée Ordre au noir, avait lieu peu avant Pâques et coûtait 1000 FB en espèces. Ce jour-là on remettait un tas de trucs aux adeptes, dont le "livre des ténèbres".

Il y avait un rituel d'initiation, et un serment du "néophyte"leur faisait dire (entre autres) des choses comme : "j'ai renié toute autre Foi que celle en Satan, j'ai renié la Lumière pour l'Ombre, j'ai renié la Vie et embrassé la Mort, j'ai renié mes Inhibitions pour me libérer Corps et Esprit. J'ai ainsi agi car tel est mon Libre Choix. Je jure, en toute Conscience et de mon plein Gré, devant les PUISSANCES INFERNALES [en majuscules dans le texte] dont SATAN, BELZEBUTH et ASTAROTH forment la Hiérarchie Suprême, d'oeuvrer désormais à Leur Plus Grande Gloire". Ambiance. Au fur-età-mesure de la montée en grade, de plus en plus de démons étaient invoqués.

Pour passer le 5e niveau de la Wicca, le rituel consistait à coucher avec Anubis. Des documents évoquent des rituels à des dates précises avec des sacrifices de victimes aux profils et âges spécifiques.

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Mais tous les membres disent que jamais il n'y avait d'enfants à ces cérémonies, sauf un membre qui a dit en avoir vu à une cérémonie de solstice.

Très vite, les médias et les autorités ont fait passer ce groupe pour de gentils illuminés absolument inoffensifs et l'enquête a tourné en eau de boudin.

La cellule d'enquête de Neufchâteau, a mené les perquisitions au domicile des responsables d'Abrasax, à savoir un transexuel appelé(e) Dominique Kindermans qui disait être membre d'une loge maçonnique allemande et qui pronait la supériorité de la race aryenne, et son compagnon résidant à Forchies-la-Marche, suite à une note intrigante d'Anubis trouvée chez Weinstein (complice présumé de Dutroux): "Bernard, n’oublie pas de lui rappeler que la grande fête approche et songe au cadeau pour la grande prêtresse..."

On s'aperçoit aussi que Diakostavrianos était en contact avec un couple de policiers communaux de Charleroi membres du groupe. Et Claude Thirault, qui avait parlé à la police de Charleroi des travaux et projets de Dutroux, a reçu des menaces de mort écrites sur un papier à emblème d'Abrasax. 

Le journaliste se posait déjà la question de savoir si les victimes de Dutroux ont pu avoir été sacrifiées sur l’autel du démon, ajoutant que "ces histoires-là, on n’y croyait pas jusqu’ici. Et pourtant, en Allemagne, en France, en Grande-Bretagne et aux USA, services de police et journalistes avaient déjà décelé l’existence "de réseaux sataniques" et imaginent qu’ils s’approvisionnaient en jeunes victimes. Toutes ces enquêtes avaient échoué, tous ces dossiers refermés, étouffés sous le sceau du mot "fantasmes". Cette piste a ensuite permis de décrédibiliser l’enquête et la thèse du réseau. 

2021-12-25 12_08_14-L'affaire Abrasax ou qui veut brûler la sorcière _ RTBF, Dossier Noir _ Free Dow

Quant à Anubis/ Desmedt, une sorcière parisienne relate sur son blog le parcours de ce grand amateur de Duvel (des bières belges à 8,5°) et du 3e Reich : "Le Maître Anubis a suivi sa propre quête ésotérique : initié à 18 ans au Satanisme par un Adepte du pays de Liège, il a ensuite suivi quelque temps l’enseignement des Rosicruciens, des Martinistes et des Compagnons d’Isis, puis il a été initié à la Sorcellerie Wicca et à la Gnose. Il s’est ensuite associé à Nahema‑Nephthys pour fonder l’Institut Abrasax et former à son tour de nouveaux détenteurs de la Tradition Sorcière et Initiatique. Son Coven (groupe) Wicca est reconnu par la Wicca Occidentale Française et la Wicca Germanique, et il était lui‑même membre de la Satanic Church d’Anton Szandor La Vey (USA)". 

Parmi les membres de la secte, beaucoup étaient aussi membres d'autres groupuscules, plusieurs avaient même leur propre temple aménagé à leur domicile. Il y avait deux pédocriminels connus des services, deux ou trois proxénètes qui rabattaient les filles vers Abrasax, au moins sept ou huit prostitué(e)s, au moins cinq policiers et des écclésiastiques comme l'abbé D..

Reportage sur Abrasax (version officielle particulièrement complaisante):

L'affaire Abrasax ou qui veut brûler la sorcière : RTBF, Dossier Noir : Free Download, Borrow, and Streaming : Internet Archive

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Enfin, en 1997 un jeune homme victime d'une secte satanique appelée Alliance Krypten, basée à Paris mais ayant des ramifications internationales, a publié avec Bruno Fouchereau le livre "L'enfant sacrifié à Satan" dans lequel il raconte son histoire. Il y explique notamment être allé en Belgique en 1988 puis en 1992 à Charleroi et dans une ville dont il ne souvient plus exactement le nom mais qu'il appelle "La Marche Forcée".

Il explique qu'il a assisté et du participer à plusieurs rituels qui se sont déroulés dans la région de Charleroi, et qu'un autre jeune avait disparu là-bas.

Bruno Fouchereau écrit "Dans ce village [Forchies-la-Marche], il se souvient avoir été séquestré dans une grande maison blanche, dans laquelle avaient été aménagés plusieurs temples, ce qui rappelle étrangement la demeure utilisée par la secte Abraxas. En compagnie d’une dizaine d’enfants, il fut, en ces lieux, soumis à de nombreux sévices. Il se souvient parfaitement des visages de ses hôtes belges. Eux aussi étaient des satanistes, eux aussi pratiquaient d’ignobles rituels au cours desquels des enfants étaient torturés et violés. Cette rencontre entre satanistes français et belges n’est pas de nature à surprendre les enquêteurs du petit royaume qui doivent entendre Samir dans le cadre de l’affaire Dutroux. Depuis plusieurs semaines, ils affirment avoir mis en évidence un réseau international qui passe par la France, Monaco, l’Angleterre, l’Allemagne, les pays de l’Est et les U.S.A".

24 décembre 1996 : Nathalie W. est auditionnée. Elle parle d'une plainte qu'elle avait déposée autour de 1980 à la police de Waterloo contre "Vincent", son souteneur dans le réseau quand elle était mineure. Le lendemain elle a été hospitalisée. Une partie de son dossier médical à l'hôpital Erasme à Bruxelles a disparu.

+ Au sujet d'Abrasax, le même journaliste du Soir explique que "Deux membres actuels - et un ancien agent contractuel - de la police communale de Charleroi font ou ont fait partie de l'institut Abrasax de Forchies-la-Marche" dont l'un était trésorier de l'association. Mais selon cet article "depuis qu'il a rejoint Abrasax en 1992, il n'y a jamais rien constaté d'illégal : Il n'y avait ni mineurs d'âges, ni partouzes, ni attouchements sexuels, ni drogue, nous a-t-il déclaré hier". 

2021-12-25 12_05_00-L'affaire Abrasax ou qui veut brûler la sorcière _ RTBF, Dossier Noir _ Free Dow

En 1994, une des membres avait été interceptée par la gendarmerie. Voici le résumé de l'intervention par la cellule d'enquête de Neufchâteau: "En date du 09/04/94, elle a été trouvée par une patrouille de la brigade de Marchienne-au-Pont, déambulant dans Courcelles, toute vêtue de noir. Elle tenait des propos incohérents, et semblait sous l'effet de drogues ou d'hypnose, n'ayant plus aucune notion d'orientation dans le temps et dans l'espace.

Elle est ramenée à l'unité, tenant des propos sataniques, et évoquant Francis (NDLR DESMEDT) le grand maître. Après un moment de calme, elle se déshabille et se masturbe. Elle hurle (PRENDS MOI ANUBIS, CHACAL), demande la clé du cénacle, et évoque des personnages sataniques. Elle crie également qu'elle porte l'enfant de SATAN.

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Ces faits font l'objet du PV CH.57.52.100881/94 du 09/04/94. A la suite de ces faits, elle a dû être hospitalisée, et suivie par un psychologue".

Un autre membre qui ne connait officiellement personne dans le groupe à part les deux responsables qui ont été perquisitionnés -et surtout pas Weinstein, a expliqué en 1997 à la cellule de Neufchâteau  : "II n'y a jamais eu d'acte sexuel ni même d'attouchement. cela était strictement interdit. Je précise que je n'ai plus de possibilité sexuelle depuis 1972 des suites de plusieurs opérations chirurgicales".

Pourtant, un autre membre a déclaré selon le PV 100734/97 du 8 septembre 1997 : "A l'exception d'une masturbation individuelle lors des rituels du Clergé Infernal, [le témoin] déclare n'avoir assisté à aucun sacrifice humain ou animal (en dehors du coeur [provenant de] la boucherie, ni à aucun fait à connotation sexuelle".

Le groupe avait aussi proposé à sa compagne de se lancer dans la prostition pour un couple membre de l'association et déjà connu des services de police pour des faits de proxénétisme. Enfin, ce témoin précise avoir reçu des menaces de mort de la part d'Anubis "s'il se retournait contre lui".

Il n'y a jamais eu d'inculpations de membres de ce groupe dans l'affaire Dutroux.

Le Dolo

30 décembre 1996 : Audition de Michel Forgeot, patron du Dolo, qui confirme que le commissaire de Bruxelles Georges Marnette fréquentait le Dolo, Nihoul et toute la bande. X2 aussi a parlé de Marnette au Dolo lors de ses auditions de novembre 1996.

3 janvier 1997 : La chalet de Weinstein fait l’objet d’un incendie criminel.

9 janvier 1997 : Dans un fax X1 évoque l’assassinat d’une autre adolescente Mieke, qui était prostituée par Nihoul et Tony, lors d’un week-end chez la grand-mère de X1.

9, 11, 17 janvier 1997 : Trois premières auditions de X7, une amie d’enfance de X1 entre leurs 10 et 14 ans, dont le père incestueux était ami avec les parents Louf et Tony selon X1. Elle confirme une partie du récit de Régina, mais est totalement dans le déni de ce qu'elle a subi. Elle déclare avoir été à Knokke à l'âge de 10 ans, elle décrit la villa de la grand-mère de X1, parle de sa relation avec "Tony".

X7 se montre en tout cas perturbée, déclare faire d'affreux cauchemars toutes les nuits, refuse d'être filmée ou photofgraphiées, pense avoir des pulsions sexuelles en voyant sa petite fille nue dans son bain, et dit qu'elle a des black outs encore à ce moment quand elle voit son père, visites desquelles elle revient vidée. Elle explique aussi que sa soeur a subi des agressions sexuelles (elle ne va pas plus loin, contre toute vraisemblance d'après son propre récit) de la part de son père.

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14 janvier 1997 : Un témoin contacte le gendarme M qui était à Neufchâteau et est entendu ce jour-là par les gendarmes pour parler du château des Amérois près de Bouillon, où des sacrifices d’enfants auraient eu lieu. Ce hollandais (Robin D. R.) tient ces informations de l’Américain Fritz Springmeyer, qui n'a apparemment pas été entendu. Ce château n’a pas été montré à X1 lors de l’enquête. 

28 janvier 1997 : Audition d’un témoin anonyme qui parle de magouilles de Zicot, Dutroux et Diakostavrianos autour du trafic de voitures en échange d’armes, ainsi que d’un trafic de jeunes femmes et de mineurs depuis la Pologne, organisé avec une certaine "Annie", patronne d’un bar appelé "Le Saint Moritz " dans une ville près de Charleroi : "Ces femmes transitaient par le Luxembourg où elles travaillaient pendant environ un mois et demi. Elles étaient initiées à la prostitution et recevaient des rudiments de langue française. Dutroux a alors proposé à Annie de faire revenir des mineures de Pologne. Ces trois personnes ont mis leurs projets à exécution, les jeunes femmes et les mineures étaient enfermées dans une grande cave aménagée en cellule. Pour faciliter le passage du Luxembourg vers la Belgique, je sais que les intéressés disposent d’une protection soit au niveau de la police ou de la douane luxembourgeoise. L’immeuble où se trouve cette cellule [...] est la propriété d’Annie. Il s’agit d’une maison de maître"[9].

Le témoin explique que depuis deux ou trois mois plus personne ne serait passé dans cette cave. Cette "Annie" était selon ce témoin protégée par "un juge de Charleroi", et les filles ont servi notamment à des tournages de films au château de Faulx-les-Tombes, où trainait aussi Nihoul.

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29 janvier 1997 : Début des agissements suspects de conducteurs de Mercedes blanches aux abords des écoles. Plusieurs témoignages de parents remontent aux forces de l'ordre de différentes villes de Wallonie en l'espace de quelques jours.

Les témoins évoquent des plaques d'immatriculation françaises, qui s'avéreront être des fausses plaques.

1er février 1997 : Le juge Langlois inculpe Dutroux de nouvelles préventions. A celles d’association de malfaiteurs, d’enlèvement de Sabine de Laeticia, et d’assassinat de Weinstein, il ajoute les viols de Sabine, Laeticia, Eefje et l’assassinat de An et Eefje. Concernant les enlèvements de Julie et Mélissa, Dutroux nie farouchement. Aucune mention des assassinats de Julie et Mélissa.

6 février 1997 : Une réunion est organisée par le BCR à Charleroi sur la problématique des Mercedes blanches. 

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8 et 15 février 1997 : Auditions de X1 au sujet du meurtre de Katrien de Cuyper, retrouvée assassinée le 19 juin 1992. X1 explique que Tony est venu la chercher un soir en l’absence de son mari, qu’ils ont laissé un type avec ses enfants et qu’elle a été amenée dans un château près d’Anvers où Katrien était attachée sur un lit.

X1 explique qu’elle a été obligée de l’égorger sous la menace qu’on tue ses enfants, selon elle pour l’obliger à se taire sur tout ce qu’elle avait subi. Le 1er mars 1997 le château a été identifié comme le château de K., qui appartient au baron de C.. Elle a dit dans sa dernière audition être allée 15 à 20 fois dans cet endroit entre 1990 et 1995 et y avoir assisté à 6 ou 7 meurtres d’enfants et adolescentes dont celui de Katrien.

12 février 1997 : Fax de X1 au sujet de Raemakers, dont elle explique qu'il est un vrai pédo"phile", qu'il était un pourvoyeur d'enfants destinés éventuellement à être abattus, avec des fournisseurs aux Pays-Bas. Il avait son propre circuit d'approvisionnement et de distribution des enfants, dans un réseau connexe à celui de Dutroux et Nihoul mais selon X1 un peu moins puissant. Il était aussi chargé de livrer les enfants sur place, sans savoir à qui, notamment dans un club sado maso de Bruxelles.

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16 février 1997 : Audition en présence du procureur Bourlet du témoin VM1, devenu indicateur de la gendarmerie, déjà connu pour des braquages. L'inspecteur Yves Z. suit son dossier depuis un moment. Il sait que VM1 a été victime de pédocriminels à partir de ses 9 ans quand il a été envoyé dans un foyer où un juge des enfants venait le chercher les week-ends pour l'envoyer à des partouzes dans des villas de la région de Bruxelles. 

Il s'est ensuite mis à jouer un rôle actif dans ce réseau une fois devenu adulte et a déclaré avoir rabattu des mineurs vers le Mirano.

18 février 1997 : Rapport d'autopsie d'An Marchal, qui avait été retrouvée les poignets liés, un baillon sur le nez et la bouche et un sac en plastique sur la tête, mis alors qu'elle était vivante.

Elle a souffert de violences sexuelles vaginales, y compris probablement post-mortem.

20 février 1997 : Une étrange cache est découverte dans une maison de Molenbeek, dont les occupants ont disparu depuis septembre 96. Les enquêteurs décrivent son "système sophistiqué d’ouverture qui n’est pas sans rappeler celui conçu par Marc Dutroux". Le dossier a été confié au parquet de Bruxelles et il n’en a plus jamais été question.

24 février 1997 : VM1 est menacé (probablement par des membres de la Sûreté de l’État).

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26 février 1997 : Le cinéaste Jean-Marc Houdmont est victime d’un accident de voiture mortel au moment où il s’apprêtait à faire des déclarations peut-être importantes sur l’enlèvement d’Elizabeth Brichet, dont le dossier d’instruction est alors ouvert à Namur depuis 1989, et avant d'avoir livré le moindre élément concret.

Houdmont était connu pour détenir des photos et K7 pédophiles et avait été soupçonné d'avoir participé à l'enlèvement d'Elisabeth Brichet notamment parce qu'au moment de la disparition de la petite fille il était domicilié non loin de chez elle à St Servais. En mai 1997, sa compagne avait passé plus de deux mois en prison et était toujours poursuivie pour cet enlèvement.

27 février 1997 : X1 reconnait la maison où elle a vu Christine Van Hees lors de deux soirées de partouzes à Woluwe St Pierre.

3 mars 1997 : Selon trois quotidiens flamands, cinq hommes politiques francophones de tous bords auraient été cités par Connerotte, sous le huis clos de la commission d’enquête, comme protecteurs de Michel Nihoul. La presse francophone emboîtera le pas à ses confrères néerlandophones et les citera à son tour. Parmi eux il y avait Jean Gol, Serge Kubla, Paul Vanden Boeynants et Jean-Claude Van Cauwenberghe.

Les hommes politiques en question ont tous réagi, niant tous avoir jamais été en relation avec Nihoul, à l’exception de Vanden Boeynants qui était alorsà l’étranger. La députée PRL Jacqueline Herzet a accusé Claude Eerdekens (député PS) d’avoir sa part de responsabilité quant à ces fuites. Didier Reynders -futur 1er ministre - a été jusqu’à le qualifier de "bouffon d’Andenne".

2021-12-19 12_47_58-1996 _ L'affaire Dutroux _ Archive INA - YouTube - Opera

5 mars 1997 : Décès soudain du père Joseph Toussaint (apparemment d'une crise cardiaque), qui exercait dans un village où se rendaient souvent à la fois Michelle Martin et la compagne de Jean-Marc Houdmont, décédé à peine 10 jours plus tôt.

Joseph Toussaint était justement, étrange hasard, le confesseur des deux femmes et l'aumônier de la prison de Jamioulx où est passé Dutroux, devenu fervent catholique durant cette incarcération. Dutroux a donc beaucoup vu le père Toussaint, et le curé a ensuite fortement appuyé sa demande de libération conditionnelle.

6 mars 1997 : Le corps de Loubna Benaïssa est retrouvé à Bruxelles dans une malle en fer posée dans la cave de la station-service Q8 appartenant à la famille Derochette, pas très loin du domicile de ses parents. L’auteur de l'enlèvement et de l'assassinat, le pédocriminel connu Patrick Derochette, a été décrété irresponsable et n’a donc été, jamais été jugé.

Station Q 8 derochette

Un certain nombre d'éléments (par exemple : lettre anonyme parvenue à Neufchâteau en octobre 96 et désignant la station Q8 de Derochette comme un lieu de présence de Dutroux, fréquentation de la station Derochette par Nihoul, témoignages de riverains du Dolo, boîte à partouzes fréquentée par Nihoul, désignant Derochette comme l’ayant fréquentée,...) sont encore aujourd'hui à investiguer pour établir si les faits concernant Loubna sont à mettre en rapport avec les faits concernant les autres enlèvements d’enfants préoccupant Neufchâteau.

07 mars 1997 : Marc Toussaint reçoit une note de fonctionnement (rapport disciplinaire) pour avoir travaillé à Neufchâteau sans en avoir averti ma hiérarchie et je suis assigné à des tâches administratives.

24 mars 1997 : Plainte de X1 contre Nihoul, Tony, Joost B. pour viol de mineurs de moins de 10 ans. La plainte cible en particulier les pressions exercées sur elle entre 1991 et 1994 pour qu’elle continue à participer au réseau et pour l'obliger à se taire. Son mari et ses enfants étaient également menacés.

julie et mélissa - marche blanche

28 mars 1997 : Rapport d’autopsie de Julie et Mélissa, qui laisse un large doute sur la théorie de la mort de faim et de soif : il est -notamment- écrit que "Cette dilatation anale ne s’explique que par des faits de mœurs répétés" (en jargon judiciaire belge, "faits de mœurs" = violences sexuelles). Il y a aussi des traces de violences sexuelles répétées.

Le rapport d'autopsie ne laisse pas de doute sur les violences sexuelles massives qu'ont dû subir les deux fillettes. Toute la question est : par qui puisque Dutroux a passé la plupart du temps en prison ?

14 avril 1997 : Premier rapport de la commission d’en­quête parlementaire sur les manquements dans les enquêtes sur les disparitions d'enfants, qui aboutit principalement... à la décision de réformer les services de po­lice (suppression de la gendarmerie et création d’une police unifiée). Au passage la commission souligne qu'il serait intéressant d'approfondir le volet "protections", et énumère certains "indices" :

Sur les protections envers Nihoul:

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    "En dépit des instructions formelles, un service de police n’a pas transmis en temps réel à Neufchâteau un certain nombre d’informations concernant M. Nihoul"
  • "Il ressort de déclarations de témoins que M. Nihoul avait des liens avec les maisons de débauche de Bruxelles, ainsi que des contacts avoués avec M. Lelièvre notamment au sujet de la transformation de l’habitation de ce dernier dans le but d’y exploiter un maison de débauche; il se serait prévalu, dans ce cadre, de son statut d’expert judiciaire auprès des tribunaux de Bruxelles".
  • "Certains membres d’un service de police admettent qu’ils connaissent M. Nihoul et savent qu’il participe à des parties fines; ils connaissent également l’exploitant du Dolo, connaissent certains suspects en matière d’affaires de moeurs et sont amis d’un avocat qui a été suspendu. Il s’avère qu’un corps de police a informé préalablement l’exploitant du Dolo des devoirs d’enquête dont il allait être l’objet".
  • "Des témoins déclarent aussi sous serment que Nihoul était protégé par deux collaborateurs de l’entourage d’un ancien ministre"
  • "Le manque manifeste de réaction d’un corps de police en ce qui concerne M. Nihoul contraste fortement avec les efforts déployés par certains membres d’un même corps en vue de s’introduire dans la cellule de coordination de Neufchâteau",
  • "Il apparaît que M. Nihoul a également été en mesure, par le passé, d’influencer des décisions en matière de libération conditionnelle et de permis de séjour".

Sur les protections envers Dutroux:

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    Selon un témoin, "un policier connaissait M. Dutroux depuis fort longtemps (depuis 1985) et l’avait probablement aussi informé",
  • "Le magistrat national [chef des magistrats belges] est intervenu pour écarter le policier en question de l’enquête menée à Neufchâteau". Ce policier est intervenu à plusieurs reprises dans le parcours judiciaire de dutroux pour écarter de lui les soupçons ou retarder son arrestation.
  • "On peut se demander comment le couple Dutroux-Martin a pu bénéficier d’une protection sociale aussi large, en échappant manifestement à tout contrôle".
  • "Il convient également de se pencher sur le rôle qu’un policier a joué en octobre 1996, lorsqu’il a déconseillé à un juge d’instruction d’effectuer une perquisition chez le nommé F., au sujet d’un lien avec la pornographie "hard" aux Pays-Bas"

Cette affaire a coûté sa carrière à Melchior Wathelet, ministre de la justice de 1988 à 1995 et responsable de la libération conditionnelle de Dutroux en avril 1992. Le quotidien La libre Belgique écrivait en avril 2004: "Depuis, Melchior Wathelet a plus ou moins disparu de la scène politique belge pour officier à la Cour de justice des Communautés européennes à Luxembourg. En 2003, il ne sera pourtant pas reconduit dans ses fonctions. Sans mandat et sans perspective électorale, il n'a pas plus l'intention de se présenter aux élections régionales" 

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22 avril 1997 : La presse fait état d’un nombre de 6500 à 7000 cassettes saisies dans le cadre de l’enquête Dutroux & Co, depuis la mi-août 96. Selon La Dernière Heure, deux tiers en auraient déjà été examinés.

Concernant plus particulièrement les K7 trouvées chez Dutroux, seules trois délivrent des images de faits de mœurs commis sur de jeunes Slovaques. Gilbert Dupont, de La Dernière Heure, poursuit son article en ces termes : "A ce stade, les enquêteurs sont donc loin des fantasmes décrits au tout début de l’affaire, à l’époque où les médias pensaient qu’on verrait sur des K7 trouvées chez Dutroux, des personnalités politiques dépravées impliquées dans des ballets roses ou bleus". Toujours selon Dupont, on apprend que "d’autres K7 saisies proviennent en fait d’un dossier séparé, traité à Charleroi, où il est aussi question des Pays-Bas : 17 cassettes montrant des faits de mœurs ultra-violents et très réalistes avec des enfants pour victimes".

25 avril 1997 : Assassinat de José Steppe, un militant d'extrême-droite qui disait avoir des infos sur Dutroux. Il a pris contact avec un journaliste à qui il devait remettre des cassettes sur lesquelles on verrait notamment Dutroux et des notables de Charleroi dont des politiciens connus, en train de violer des enfants.

Steppe avait confié peu avant à un ami qu'il craignait sérieusement pour sa vie. Quelques jours avant de rencontrer ce journaliste, il a été retrouvé mort avec son maque à oxyègne, dans lequel ce n'est pas de l'oxygène qui lui avait été envoyé mais du Rohypnol. 

30 avril 1997 : Le juge Van Espen demande une expertise psychiatrique de Regina Louf par 5 experts de spécialités différentes de l’Université Catholique de Louvain. Ils doivent notamment vérifier si elle a un "trouble de la dissociation" et son témoignage était valable. Ils confirment qu’elle a subi des abus sexuels massifs, graves et répétés dans l’enfance.

Ils concluent après lui avoir fait subir une trentaine d'heures d'entertiens à un "trouble dissociatif" et une "personnalité bordeline", ce qu’elle n’a jamais caché et qui confirme encore une fois ses accusations. L’un de ces experts, le Pr Igodt, a expliqué ensuite que son témoignage devait être pris au sérieux et vérifié.

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Mai 1997 : Certains journalistes "bien introduits" reçoi­vent des disquettes contenant les PV de synthèse de l’enquête.

15 mai 1997 : Le témoin X2, malmenée dans les médias et par la justice, refuse de continuer les auditions. Elle explique qu’elle n’a plus la force psychologiquement.

26 mai 1997 : Le témoin X3, issue d'une famille nombreuse défavorisée qui l'a livrée au réseau, décrit des viols organisés entre 1950 et 1962.  De 3 à 8 ans elle était l'enjeu de parties de cartes chez ses parents, puis les violences ont augmenté et elle a été prostituée dans le réseau.

X3 cite une dizaine de noms qu’on trouve dans le dossier dont celui de Van den Boeynants et de son ami le promoteur Charly D..

A la cellule de Neufchâteau, on lui expliquera vite que tout cela est prescrit et ne fera pas l'objet d'une procédure pénale, mais on lui dit et répète, jusqu'en 1999, qu'une enquête des plus sérieuses est menée à propos de ses déclarations.

31 mai 1997 : Audition de X1 à la BSR de Gand. Elle explique que Tony les a prostituées, elle et sa copine Clo, dans un bar appelé La Paix à Gand. Un bon de commande de ce bar auprès de Tony a aussi été retrouvé.

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2 juin 1997 : Audition de X3 sur le volet "famille royale". Elle cite plusieurs hommes de la famille royale dans les années 50-60.

Elle explique  qu'à 10 ans elle a été obligée d'initier d'autres enfanrs et qu'après 12 ans elle a été introduite dans un réseau de pédophilie avec trois types de soirées:

  • les soirées photos qui étaient relativement soft sans meurtres en tout cas, où elle était prostituée auprès de différents pédos,

  • les soirées "spectacles" pour lesquelles elle était droguée et amenée avec d'autres enfants à différents endroits cossus. Des viols étaient organisés, souvent très violents, les enfants étaient alors confiés à un médecin du réseau. Il pouvait y avoir des "parties de chasse" dans les parcs des villas et châteaux où avaient lieu ces barbaries. Elle décrit des scènes de cannibalisme des victimes, des scènes de tortures, de nombreux meurtres d'enfants et adolescentes, rituels ou non.

  • les soirées "mondaines" dans des demeures luxueuses avec de grands murs d'enceinte, où étaient présents les mêmes protagonistes mais où la mise en scène est celle d'un diner mondain avec des enfants comme plats et de nombreux serviteurs. Là aussi un ou plusieurs enfants étaient torturés et massacrés par les adultes.

29 juin 1997 : Tentative d’assassinat de Marc Toussaint. Il dépose plainte.

2 juillet 1997 : Premier rapport de "relectures" des 17 premières auditions de X1, qui avaient été enregistrées. C’est ce rapport qui a servi de base à l’éjection de l’équipe de De Baets qui avait commencé l’enquête sur le réseau et les témoins X.

11 juillet 1997 : Suite aux relectures des témoignages des témoins "X" demandées par l’état-major de la gendarmerie, le juge Langlois demande à son tour une relecture, de tous les P.-V. réalisés suite aux auditions des témoins X (X1 & autres).

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25 août 1997 : L’équipe de De Baets est écartée de l’enquête officiellement. Leur supérieur le commandant Jean-Luc Duterme, responsable de la cellule de Neufchâteau, leur reprochait d’avoir manipulé le témoignage de X1 et les accusait de "faux en écriture publique". Duterme a agi à la demande du juge Langlois.

23 septembre 1997 : Marc Toussaint remets sa démission. N'ayant toujours pas eu de réponse un mois plus tard, il ne se présente plus sur son lieu de travail. Le 5 novembre il reçoit un courrier de l’état-major de la gendarmerie lui demandant la raison de mon ab­sence injustifiée.

14 novembre 1997 : L’état-major de la gendarmerie de­mande au ministre de l’Intérieur de le licencier pour déser­tion.

18 novembre 1997 : On annonce le décès du gendarme Gérard Vanesse de Dinant. Selon son épouse, il était accablé par les suspicions de protection qui pesaient sur lui dans l’affaire Dutroux. Il avait été appréhendé le 30 septembre 96 et inculpé pour "association de malfaiteurs impliqués notamment dans un trafic de drogue", puis libéré le 4 octobre 96.

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Le comité "Juliet Mélissa"s’interrogeait : "Vanesse était sans conteste une relation du tandem Nihoul-Lelièvre. A ce jour, aucune explication claire n’a encore été apportée concernant le rôle de l’ex-gendarme dans l’affaire Dutroux. Fréquemment cité par Nihoul dans le cadre de trafics de drogue (pilules d’XTC) et de véhicules auxquels semblent avoir participé certains protagonistes de l’affaire Dutroux, le rôle obscur du gendarme Vanesse n’a toujours pas été éclairé. Cherchait-il, par le biais de Nihoul et Lelièvre, à "remonter une filière", tel que l’indique Nihoul ? Ou, plus plausible, a-t-il servi de couverture protectionnelle aux agissements de Nihoul-Lelièvreet peut-être Dutroux, dans les enlèvements d’enfants, tel que le suggèrent actuellement certains avocats de parties civiles ?"

On notera aussi que Gérard Vanesse, ce gendarme que son indicateur Nihoul avait cherché à joindre la veille de son arrestation, était intervenu le 25 avril 1996 pour les perquisitions chez Michel Fourniret, suite au vol d'armes à feu à un poste de police à la frontière.

Certains acheteurs des armes ont été retrouvés en Belgique mais l'enquête n'a pas abouti à la condamnation de Fourniret.

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27 novembre 1997 : Annie B., qui est toujours inculpée pour association de malfaiteurs dans le dossier de Neufchâteau, se voit à nouveau inculpée par le juge bruxellois Leys du chef d’escroquerie et usurpation de titre dans le dossier Cadreco, du nom de cette société de conseils juridiques pour étrangers qu’elle avait créée en 1986.

Spécialisée en droit des étrangers, elle aurait notamment escroqué plusieurs personnes en séjour illégal à qui elle demandait des honoraires de 50 à 100 000 francs pour régulariser leur situation. Mais jamais les clients n’obtenaient leurs papiers. Annie B. avait déjà été condamnée, en 1989, à deux ans avec sursis, pour de mêmes faits d’escroquerie.

11 décembre 1997 : Procès à Dinant de Casper Flier, qui trafiquait de la drogue avec Nihoul et Lelièvre, pour le vol du 4X4 d’un client de la station-service de Flier à Anthée. Le dossier a été séparé car il a été considéré que ce vol n’avait rien à voir avec les affaires de Dutroux.

10 janvier 1998 : la presse (Télé-Moustique et De Morgen) sort le témoignage de X1 (Regina Louf) et la place comme témoin principal dans l’affaire du meurtre de la Champignonnière.

13 janvier 1998 : Dans le cadre de leur enquête, les gen­darmes de l’inspection entendent un témoin capital de la ten­tative d’assassinat dont a été victime Marc Toussaint en juin 1997. Cette audition ne sera pas versée au dossier… Cette audition aurait permis de mettre le dossier à l’instruction et d’ouvrir une en­quête pour tentative d’assassinat !

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22 janvier 1998 : X1 révèle son identité et montre son visage sur les conseils du juge Van der Meersch qui était chargé du dossier Christine Van Hees. Régina Louf commence à parler en public de son passé, sans citer de noms.

30 janvier 1998 : conférence de presse au parquet de Bruxelles. Le juge Vandermeersch, le juge Langlois et le procu­reur du Roi Dejemeppe déclarent qu’aucune preuve ne vient étayer les déclarations de X1, notamment en ce qui concerne la Champignonnière.

Début février 1998 : Marc Toussaint reçoit les disquettes contenant les P.-V. de synthèse de l’enquête des mains du gen­darme Michel Clippe (Équipe De Baets – BSR Bruxelles 3ème SRC).

17 février 1998 : Deuxième rapport de la commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Dutroux – Nihoul. On ne parle plus de protection au plus haut niveau de l’État, mais "d’estompement de la norme" !

15 mars 1998 : Création des "Listes blanches" : parti poli­tique citoyen en vue des élections législatives de mai 1999. Il s'appuie au départ sur les 135 comités blancs mis en place dans le pays. 

Marc Toussaint qui a été l'un des organisateurs, explique dans son livre Tous Manipulés : "L’idée n’était pas de viser un quelconque pouvoir ; il s’agissait de permettre un contrôle citoyen des institutions, notamment par le biais d’une présence au parlement et d’une participation à l’élaboration de projets de loi. Inutile de dire que cette idée n’a pas fait beaucoup d’heureux au sein du monde politique". 

Une vaste campagne de dénigrement a suivi à l'intérieur et à l'extérieur des Comités Blancs.

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31 mars 1998 : Ouverture officielle de Child Focus par Albert, devenu Roi en 1993. Le projet a été initié au tout début par les familles de victimes et les citoyens, dans la suite de la Marche Blanche du 20 octobre 1996.

Mais très vite le leadership est passé au politique qui cherchait à neutraliser les "comités blancs" de citoyens passablement énervés, et dès 1997 la présidence du conseil d’administration de l’organisation a été confiée à Daniel Cardon de Lichtbuer, banquier de la banque Bruxelles Lambert, fanatique de l’Europe technocratique dans laquelle il est impliqué depuis la CECA en 1958 et membre du très élitiste Cercle de Lorraine.

De Lichtbuer qui a dirigé Child Focus jusqu’en 2007[10] était aussi un proche de Vanden Boyenants et du roi Albert qui l’a anobli en 1998 en lui donnant son titre de "baron". C’est un des fondateurs du cercle de Lorraine, sorte de Rotary belge hyper sélect. De 2006 à 2009, il a été nommé président de l’International Centre for Missing and Exploited Children.

Child Focus a rapidement montré son inefficacité, se contentant de faire coller des affiches avec les photos des enfants sur la voie publique. Tous les signalements étaient directement à la justice ou à la police, et la boucle était bouclée. Force est de constater que depuis que Child Focus existe, de réseau il n’a plus jamais été question. Et les citoyens s’en sont détournés.

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23 avril 1998 : Confrontation dans le bureau du juge entre X1 et "Tony" qui est devenu son souteneur quand elle avait 12 ans et jusqu’à ce qu’elle fuie le réseau à 16 ans. Il avoue avoir eu des relations sexuelles avec elle quand elle était mineure mais nie l’avoir prostituée dans le réseau.

Cette plainte a été transférée au tribunal de Neufchâteau où l’enquête sur Dutroux et consorts a été limitée, tribunal qui s’est déclaré incompétent le 26 mars 2003 seulement, constatant soudain que "Tony" ne résidait pas dans l’arrondissement.

23 avril 1998 : Au même moment à 17 heures, les trois procureurs généraux (Bruxelles, Gand & Anvers) décident que Régina Louf n’est pas crédible, et clôturent définitivement l’ensemble des dossiers connexes (appelés dossiers X)…

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+ Ce 23 avril 1998 est aussi le jour de l'évasion surréaliste de Dutroux lors d'une consultation de son dossier au Palais de Justice de Neufchâteau. Marc Toussaint rapporte cet épisode dans son livre "Tous manipulés": Après avoir agressé le policier censé le surveiller et lui avoir pris son arme déchargée, Dutroux "s’enfuit, vole une voiture et se rend quelque part dans une forêt, alors qu’il aurait pu rouler jusqu’à la frontière française qui se trouvait à quelques kilomètres seulement.

D’après la version officielle, il se serait ensuite embourbé dans un chemin forestier. Chose incroyable, les commissariats de police des environs immédiats – c’est-à-dire d’Herbeumont et les contrées avoisinantes – ne sont même pas avertis de son évasion ! C’est pourtant là que se trouvent les agents qui connaissent le mieux la région. Explication de la gendarmerie : impossible de prévenir tout le monde".

Cette évasion provoque la démission des ministres Johan Vande Lanotte (Intérieur) et Stefaan De Clerck (Justice).

24 avril 1998 : Confrontation entre X1 et Emile D le père de son amie Clo, assassinée dans le réseau, qui a dissimulé l’assassinat et les viols de sa fille et attaque X1 qui ne dit plus rien.

+ L’état major de la gendarmerie fait savoir que la démission du Général Deridder (chef de corps) n’est pas à l’ordre du jour…

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25 avril 1998 : Lelièvre parle du rôle de Nihoul dans le trafic de jeunes filles d’Europe de l’est. "Il devait donc s’agir de faire venir des filles en Belgique pour qu’elles se prostituent en Belgique. Je tiens à préciser qu’il ne s’agissait pas de demander aux filles de se prostituer en rue, mais bien de se prostituer dans des clubs ou des maisons particulières et que les filles devaient avoir une bonne présentation et ne pas être vulgaires.

Nihoul était exigeant à ce niveau-là. C’est lui qui devait s’occuper de recevoir les filles, de les habiller, de les préparer, puis de les placer dans un club. C’est bien Nihoul qui aurait dû garder les passeports des filles et qui devait s’occuper de toute l’intendance et du paiement, le propriétaire du bar rétrocédant directement les gains des filles à Nihoul. Nihoul devenant par ce fait le "maquereau" des filles ramenées par Dutroux.

Nihoul n’a jamais précisé l’identité du patron du bar auquel il faisait allusion comme étant son contact privilégié dans ce secteur-là et sur lequel il semblait avoir une certaine mainmise. Il ne m’a jamais non plus précisé la localisation".

Dutroux a confirmé dans une audition le 24 aout, expliquant : "Nihoul cherchait des filles pour la prostitution, il voulait des Tchèques ou des Slovaques et promettait 30.000 francs belges par fille".

28 avril 1998 : Démission du Général Deridder, chef de la gendarmerie belge, officiellement suite à l'évasion de Dutroux.

6 mai 1998 : Dernière audition de la mère de X1 qui finit par confirmer que sa fille a eu des relations sexuelles avec un certain Tony dans sa jeunesse, et qu’elle avait donné la clé de la maison à ce Tony qui venait régulièrement.

comités blancs

24 mai 1998 : Signature de l’accord "Octopus". Modification de l’article 184 de la constitution belge (qui précise que l’orga­nisation et les attributions de la gendarmerie font l’objet d’une loi), en prévision de la suppression programmée de la gendarmerie.

4 juin 1998 : Marc Toussaint est arrêté et déféré devant le juge d’ins­truction Pignolet pour violation du secret de l’instruction et recel de P.-V.

8 juin 1998 : Les listes blanches se retirent face à la pression des politiques.

22 août 1998 : Le journal flamand De Morgen parle du témoignage d’un détenu de la prison de Louvain disant qu’un trafiquant d’enfants lui a montré une photo Polaroïd de Melissa dans un café de Marcinelle proche de chez Dutroux.

1er octobre 1998 : Rapport d’expertise psychiatrique de Michel Lelièvre. Selon les psychiatres qui l’ont examiné, c’est un psychopathe dangereux pour la société, qui s’il exprime des regrets, en éprouve surtout pour son propre sort. Les experts considèrent qu’il est responsable de ses actes et ne pourra donc bénéficier d’une mesure d’internement.

8 octobre 1997 : Le Matin annonce la parution en français du livre de René De Witte (journaliste économiste du Financieel Economische Tijd) consacré à l’empire de la famille De Clerck, dans lequel Nihoul apparaît comme un "fournisseur de femmes haut de gamme et relais francophone du lobbyiste véreux anversois Raoul Stuyck" (recondamné aujourd’hui en appel), lequel a bâti son réseau de relations bruxelloises dans le milieu d’Aldo Vastapane et Paul Vanden Boeynants.

15 novembre 1998 : Meurtre de Gina Pardaens, qui travaillait avec l'association de défense des enfants le Groupe Morkhoven. Sa voiture a été sabotée, probablement au niveau des freins. Elle travaillait notamment sur l'affaire Manuel Schadwald, un jeune allemand exploit dans les bordels pédocriminels des Pays-Bas, et détenait un snuff movie tourné en Belgique dans lequel on reconnaitrait un ancien associé de Nihoul.

Elle avait reçu plusieurs fois des menaces de mort, était suivie et notait les plaques : parmi celles-ci il y avait le véhicule d’un ancien chauffeur du Dolo. Elle devait faire une déposition le lendemain 16 novembre.

 

L'affaire Manuel Schadwald, au coeur de la nébuleuse pédocriminelle - donde vamos

Puisqu'elle est étrangement revenue dans l'actualité, on va reparler aujourd'hui de l'affaire Manuel Schadwald. Ce dossier est très intéressant, car il montre que les réseaux pédophiles anglais, belge, hollandais, français et allemand sont reliés les uns aux autres.

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7 décembre 1998 : loi sur la réforme des polices (suppres­sion de la gendarmerie).

18 décembre 1998 : Mort de Fabienne Jaupart, veuve du ferailleurs décédé prématurément Bruno Tagliaferro (assassiné le 5 novembre 1995). La protection policière que le juge Connerotte lui avait mise venait d’être levée, peu après la nomination du juge Langlois. 

L’enquête conclut au suicide, contre tout évidence : Fabienne Jaupart se serait aspergée de méthanol, aurait remis la bouteille sur le meuble à côté de son lit et se serait ensuite immolée, non sans avoir pris soin de mettre les pommes de terre à cuire sur le réchaud et de faire tourner le lave-vaisselle...

2021-12-25 12_38_08-L'affaire Abrasax ou qui veut brûler la sorcière _ RTBF, Dossier Noir _ Free Dow

27 – 28 avril 1999 : Rétractations de Van Der Elst qui avait fourni un alibi à Nihoul pour l'enlèvement de Laëtitia Delhez le 9 août 1996 à Bertrix -où Nihoul a été vu par quatre témoins la veille pour les repérages. Pourtant, jusqu’à la fin la justice a fait comme si cet alibi tenait toujours. En juillet 1999 il explique qu’il est "fort possible que je me sois trompé en ce qui concerne la date à laquelle Nihoul était venu avec un Africain pour nettoyer mon appartement à Schaerbeek" et qu’il est plutôt venu le lendemain.

14 juillet 1999 : L’avocat général de Liège Hubert Massa, qui était en charge de l’affaire Dutroux, se tire une balle dans la tête. Il travaillait aussi sur le meurtre d’André Cools.

25 novembre 1999: X1 annonce qu'elle va déposer plainte contre X avec constitution de partie civile, contre les enquêteurs en charge des "relectures" de son témoignage, notamment en raison des irrégularités et des innombrables fuites vers la presse durant cette opération.

16 décembre 1999 : Libération de Nihoul.

20 janvier 2000 : Ordonnance de non-lieu dans la procédures contre l’équipe De Baets.

2000 : Interview de Nihoul en caméra cachée par des journalistes français. Il leur exeplique que la mort du ministre André Cools en 1991 était liée à l'affaire des tueries du Brabant, parle du système de corruption et des partouzes avec des gens du gratin.

Sondage Belgique a t elle changé depuis marche blanche

9 octobre 2000 : Le sénateur Frans Lozie demande la création d'une commission d'enquête parlementaire pour déterminer dans quelles conditions les "relectures" ont eu lieu et plus généralement pourquoi les enquêteurs Patriek De Baets et Aimé Bille, à qui plusieurs témoins avaient pu se confier, avaient été écartés de l'enquête -et des témoins dont ils avaient commencé à recouper et vérifier les informations. 

"La commission d'enquête parlementaire doit faire une description précise de la création de la cellule d'enquête De Baets (3º SRC, BSR de Bruxelles), de la façon dont cette cellule s'est retrouvée sous le contrôle de M. Duterme, de la genèse des relectures, des décisions d'éloignement (temporaire) de De Baets et Bille de la cellule d'enquête, des éloignements ou mesures analogues éventuels à l'égard d'autres enquêteurs, de la façon dont des officiers supérieurs de police et des magistrats y ont été associés, des conclusions de toutes le enquêtes, tant pénales que disciplinaires, etc.

La commission d'enquête parlementaire pourra ainsi faire la lumière sur toutes les responsabilités, et plus particulièrement sur les motifs de tous ceux qui ont été impliqués dans cette opération. C'est surtout le début de toute l'opération qui peut aussi nous renseigner sur les motifs. D'où la nécessité d'enquêter sur le dossier 218/96 du juge d'instruction Gruwez". Evidemment cette commission n'a jamais été mise en place, du moins jusqu'à présent.

23 novembre 2000 : X1 se constitue partie civile contre "Tony", Nihoul et X devant le juge Langlois.

1 janvier 2001: Réforme des Polices. Abolition de la gen­darmerie et création d’une police unique (fédérale et locale).

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13 mars 2001 : Audition de G. De Vries, qui gère une association d‘aide aux enfants victimes d’abus sexuels à Amsterdam. Il relate le témoignage qu’il a reçu ainsi que Marcel Vervloesem de l’association Morkhoven, de la part d’un jeune pédocriminel hollandais, Robert Jan Warmerdam, qui a identifié plusieurs des victimes des fichiers de Zandvoort.

Warmerdam lui a expliqué qu’au bar le G-Force, lieu de rencontre connu mondialement dans les milieux SM, il a croisé plusieurs fois Dutroux en 1995-1996, juste avant qu’il soit arrêté. Selon G De Vries, "Robert avait vu Dutroux parler à Eric Nordholt du fait que lui, Dutroux, avait peur d’être attrapé" par la police et "qu’il avait peur d’être dénoncé pour les disparitions d’enfants en Belgique". Selon ce témoignage, Dutroux et Nordhold, qui était alors responsable de la police de la région et membre du parti "socialiste", parlaient aussi d’un circuit de fraude entre les Pays-Bas, l’Allemagne et l’Angleterre.

Vervloesem a confirmé que Warmerdam a parlé de Dutroux comme un habitué du G-Force, où il a rencontré plusieurs fois Nordholt. Le patron du G-Force était un pédocriminel américain dénommé John Edward Mullaney qui aurait tué plusieurs enfants lors de viols sadiques.

Warmerdam a aussi déclaré avoir croisé dans le milieu pédo le jeune Manuel Schadwald, disparu à Berlin en juillet 1993 et qui aurait été tué peu de temps après lors d’une "soirée" avec des personnalités.

2019-10-18 00_47_56-Marc Dutroux Images et photos - Getty Images - Opera

22 octobre 2001 : Sauciçonnage de l'affaire "Dutroux" par la chambre des mises en accusation de Liège avec d'un côté les 6 enlèvements et quatre meurtres, et de l'autre tout le reste (notamment l'aspect "réseau").

Les analyses génétiques des éléments retrouvés dans les caches et véhicules de Dutroux ne seront donc pas examinés pour le procès des enlèvements, qui aura lieu 3 ans plus tard.

24 octobre 2001 : Nomination de Willy Deridder, ex commandant de la gendarmerie belge, au poste de directeur exécutif des services de police d’Interpol. Il avait été révoqué de la gendarmerie en avril 1998 bien que "aucune faute personnelle ne peut lui être imputée", comme le disait le 1er ministre belge Jean-Luc Dehaene.

Mars 2002 : Procès de Dutroux et Charbonnier pour une escroquerie à l’assurance, qui ont pris respectivement 3 et 2 ans de prison. 

En avril 1992 Charbonnier avait à la demande de Dutroux, mis le feu à sa maison de la rue Jules Destrée à Marchienne-au-Pont. Cette escroquerie à l'assurance avait permis à Dutroux d'empocher 1,3 million de FB.

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14 novembre 2002 : Le procureur Bourlet répond à Nihoul sur l’affaire des pilules d’ecstasy et son rôle trouble d’ "informateur" de certains gendarmes.

Il écrit que "Le dossier a établi, pour le ministère public, que Nihoul, agissant comme informateur de la gendarmerie, a joué un double jeu à l’occasion de l’affaire Walsh : il a dans un premier temps rempli partiellement ses engagements vis-à-vis des forces de police en signalant que le trafiquant Walsh arrivait en Belgique porteur d’une importante quantité de drogue. Dans un second temps, s’apercevant que Walsh était en possession de deux sortes de drogues, il a détourné à son profit les 5.000 pilules d’ecstasy qu’il a sorties du coffre de la voiture du trafiquant et qu’il a cachées d’abord dans son appartement, avec l’accord de Walsh en envisageant une commercialisation à leur profit mutuel ; tout en laissant partir le trafiquant vers le piège qui lui était tendu avec les dix kilos d’amphétamine".

16 janvier 2003: Carine Russo (maman de Melissa) est renvoyée devant le tribunal correctionnel par la chambre du conseil pour dénonciation calomnieuse à l’égard de l’ancien chef d’enquête de l’affaire Dutroux !

Nihoul procès 2

17 janvier 2003 : La Chambre du conseil blanchit Michel Nihoul pour les enlèvements et renvoie trois des quatre inculpés devant la Cour d’As­sises : Marc Dutroux, Michelle Martin et Michel Lelièvre. Nihoul ne figure plus dans l’association de malfaiteurs, seul Dutroux est poursuivi pour l’enlèvement de Julie et Mélissa, Lelievre n’est pas poursuivi pour leur séquestration, seul Dutroux est accusé de l’assassinat de Weinstein.

20 janvier 2003: Marc Toussaint est condamné à 6 mois de prison avec sursis (3 ans) ––pour violation du secret de l’instruction et recel de PV. Appel du procureur Michel Bourlet suite à la décision de la chambre du conseil du 17 janvier.

27 février 2003 : Le commissaire de la PJ de Bruxelles Georges Marnette est acquitté à l'issue du procès sur les fuites de l'affaire Grafé -Di Rupo, dont il a été soupçonné par la justice. En effet, cette affaire atyant servi à jeter le bébé avec l'eau du bain s'est révélée fort opportune pour détourner l'attention du réseau pédocriminel.

30 avril 2003 : La Chambre des mises en accusation renvoie Nihoul en Cour d’Assises, pour avoir donné des pililes d'XTC à lelièvre deux jours après l'enlèvement de Laëtitia.

26 juin 2003 : Arrestation de Michel Fourniret à Ciney près de Namur, par pur hasard. Il venait encore d'enlever une mineure sur le bord de la route, mais celle-ci a pu s'échapper et être récupérée par une automobiliste. Elles ont ensuite croisé le véhicule de Fourniret et noté la plaque d'immatriculation.

Très rapidement, on nous explique qu'il n'y avait aucun lien entre Fourniret et Dutroux, alors que les deux ont exactement le même profil et étaient en partie actifs sur les mêmes zones. Plusieurs tmoignages laissent penser que les deux "prédateurs isolés" étaient plus proches qu'il n'y paraît. La piste n'a en tout cas jamais été exploitée par les autorités belges ni a priori française.

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15 janvier 2004 : Le député Albert Mahieu (aujourd'hui décédé) rencontre un individu anonyme et son avocat, qui est un ancien avocat de Dutroux décédé depuis également.

Cet individu révèle avoir en sa possession une cassette vidéo qui lui a été donnée par une personne proche de la sûreté belge (les renseignements) dont il a fait une copie. Sur cette cassette, on verrait selon lui les derniers instants de Julie et Mélissa, subissant des tortures et des viols par un groupe de 10 à 12 adultes dont certains sont identifiables et d'autres sont masqués.

Selon l'individu, le film montre clairement les deux fillettes, pendant qu'elles sont violées par un politicien PS de niveau fédéral qui serait "parfaitement reconnaissable". Il explique aussi que les petites finissent empalées, ce qui correspond aux constatations des médecins légistes.

Mais, cet individu explique qu'il compte faire chanter le cardinal Danneels, qui était le premier prélat de Belgique (candidat à la succession de Jean-Paul 2 en 2012), ce qui agace le très catholique Mahieu. Il va donc de ce pas alerter Danneels de l'existence de cette cassette.

dannells bergoglio

5 février 2004 : Mahieu rencontre Danneels et lui explique ce qu'il a entendu le 15 janvier et donne le nom du politicien PS. Mais il est étonné car Danneels reste de marbre devant le récit atroce des mises à mort des fillettes.

Il fait une courte pause et c'est alors que Danneels lui demande "suis-je également dessus?" et Mahieu lui répond que non "évidemment". Le prélat insiste et Mahieu doit lui promettre que lui n'a pas vu cette vidéo, puis il lui demande de ne parler de tout ça à personne.

Mahieu ira voir en mars 2004 plusieurs repsonsables du Vatican dont Ratzinger le futur pape, à qui il explique les faits.  Mais, il semble qu'ils avaient déjà la copie de la fameuse cassette ainsi que le dossier d'instruction de l'affaire Dutroux. Ce qui n'a semble-t-il rien changé puisque Danneels n'a pas été écarté  pour autant de la course à l'investiture papale. 

Il a envoyé une lettre à la cour d'assises d'Arlon, qui s'est bien gardée d'en tenir compte.

 

Affaire Dutroux: il y aurait une K7 du meurtre des fillettes - donde vamos

Une cassette vidéo du meurtre de Julie et Mélissa existerait bel et bien. En 2004, un député, Albert Mahieu, écrit au président de la Cour d'Assises d'Arlon, où est jugé le dossier Dutroux bis. Il lui parle d'une cassette vidéo du meurtre des deux petites qui aurait été visionnée par une connaissance.

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1 mars 2004 : Début du procès Dutroux, Lelièvre, Martin et dans une moinde mesure Nihoul (qui comparaît libre) à Arlon. Gino et Carine Russo ont décidé de ne pas se déplacer en protestation contre la mascarade judiciaire.

2021-12-18 12_11_50-42815928 cache de MARCINELLE

18 mars 2004: Les débats ont notamment porté sur les "micro-traces" ADN retrouvées dans la cache de Marcinelle où ont été séquestrées Julie et mélissa ainsi que Sabine et Laëtitia. Ces traces, qui pour la justice se limitent à quelques cheveux dont la qualntité officielle n'a cessé de se réduire, n'ont pas été étudiées car cela aurait coûté "trop cher" selon la justice.

En décembre 2003 le journaliste du Morgen Douglas De Coninck a écrit à ce sujet: "On a trouvé dans la maison de Marcinelle les traces génétiques d’au moins quatre personnes inconnues de sexe masculin, et de cinq personnes inconnues de sexe féminin. Leur profil ADN ne correspond à celui d’aucun des suspects du dossier Dutroux. C’est ce qui ressort du rapport 6700/1 du laboratoire judiciaire de l’ancienne PJ de Namur.

Le rapport sur lequel De Morgen a pu mettre la main contient des indices de ce que plusieurs individus étaient impliqués dans les enlèvements d’enfants qui ont ébranlé le pays en 1996, mais également de ce que les jeunes filles qui ont séjourné dans la maison (de Marcinelle) étaient plus nombreuses qu’on ne le pensait jusqu’ici

(...) En tout le rapport identifie jusqu’à 26 traces d’ADN "inconnnus" dans les maisons et les voitures (de Dutroux). Mais le profil ADN est parfois incomplet, de sorte qu’on n’a pas pu savoir si ces traces provenaient d’une ou de plusieurs personnes, encore moins si elles provenaient d’un homme ou d’une femme".

Ces traces ADN n'avaient même pas été comparées à celles des suspects quand le procès s'est terminé. Et ça n'a d'ailleurs jamais été fait.

2021-12-19 12_45_19-1996 _ L'affaire Dutroux _ Archive INA - YouTube - Opera19 mars 2004 : L'audience porte sur les décès de Julie et Mélissa dont la version officielle veut qu'elle soient mortes de faim entre décembre 1995 quand le gendarme Michaux a entendu les voix dans la cave de Dutroux, et le 20 mars 1996 quand Dutroux explique qu'il les a retrouvées mourantes de faim. Cette thèse a été mise à plat par les trois autopsies consécutives et par les débats lors du procès.

Un nutritionniste est venu expliquer que pour que les deux fillettes puissent survivre dans la cache dont selon Langlois elles ne sont jamais sorties, entre le 9 décembre 1995 et le 20 mars 1996 soit 103 jours, il aurait fallu qu'elles disposent de 150 litres d’eau chacune. Mais la quantité d’eau disponible, selon les recoupements dans les déclarations de Dutroux et Martin, était insuffisante.

D’autre part, le volume de 300 litres d’eau en bidons ou en bouteilles aurait occupé toute la cache. Si elles ont survécu dans cette cache, c'est parce que quelqu'un est venu leur apporter de l'eau.

A ce propos, Marc Toussaint écrit dans son livre "Tous manipulés" : "Le juge Langlois a soutenu contre vents et marées que les fillettes avaient pu survivre seules dans la cache pendant toute cette période. il sera finalement établi lors du procès que ce n'est pas le cas. Elles étaient donc mortes quand Dutroux a été libéré. Problème : les trois experts médico-légaux se sont accordés pour dire qu'elles avaient subi des sévices particulièrement atroces [...]

Or le problème réside dans le fait que si Dutroux était en prison, il n'a pas pu abuser des fillettes, donc nous ne sommes pas en présence d'un prédateur isolé. Le juge Langlois a trouvé la parade en faisant appel à un expert français qui, sur base des photographies et sans voir les corps, déclarera qu'une distension vaginale comme celle relevée peut s'expliquer par des phénomènes de putréfaction".

29 mars 2003: Audition du maître chien qui est intervenu le jour de l'enlèvement de Julie et Mélissa et dont l'expertise n'a pas été prise en compte à l'époque. Pourant son chien avait tracé le bon parcours, depuis le pont de l'autoroute jusqu'en bas sur la bande d'arrêt d'urgence au pied du pont.

2022-01-08 13_33_52-1996 _ L'affaire Dutroux _ Archive INA - YouTube - Opera

7 avril 2004 : Lors de l’audience, un voisin de l’hôtel Brazil explique qu’il a vu An et Eefje à l’hôtel Brazil avec Marcel Marchal, alors qu’il rentrait chez lui. "Ce soir-là, j’avais été manger au restaurant. En revenant, je mets ma voiture dans le garage, en face de ma boucherie. Je sors du garage et je vois Marcel Marchal devant ma porte. D’abord je m’arrête. Mais il y a avait deux filles avec lui et un homme, et j’ai pensé qu’il ne pourrait pas m’attaquer puisqu’il y avait des témoins. Alors, je traverse et je vais jusqu’à ma porte. Il se trouvait à cinquante centimètres de moi.

Les deux filles étaient à côté de lui. J’ai été très étonné de voir ces jeunes filles, car elles ne ressemblaient pas du tout à des prostituées. J’ai encore regardé le visage de ces deux jeunes filles pendant plusieurs secondes. Mais je n’ai pas attendu mon reste et je suis rentré chez moi. Deux ou trois jours plus tard, lorsque j’ai vu dans un journal la photo de deux jeunes filles qu’on recherchait, je les ai parfaitement reconnues. C’étaient An et Eefje". Il est possible que l’homme en leur compagnie était Dutroux.

En 1996, une instruction a été ouverte contre Marchal qui a été soupçonné de trafic d’êtres humains, dont les coordonnées se trouvaient dans le carnet de Dutroux. Puis il s'est enfui en Amérique latine.

livre Sabine Daerdenne

20 et 21 avril 2004 : Après Laëtitia Delhez qui a demandé à Dutroux de confirmer ce qu'il lui avait dit au sujet du réseau et des commandes de Nihoul, c'est Sabine Daerdenne qui lui demande pourquoi elle n'a pas été envoyée dans ce réseau dont il leur parlait alors si souvent, mais qui a totalement disparu au fil de l'instruction.

Les deux jeunes femmes ont affirmé n'avoir vu personne d'autre que Dutroux durant leur séquestration, mais il est vrai qu'elles étaient très souvent droguées.

30 avril 2004 : Au procès Dutroux & Co, un couple de voisins de Dutroux évoque ce qu'il a vu pendant la période de détention de Dutroux, alors que les petites Julie et Mélissa étaient a priori dans la cave de la maison de Marcinelle. Weinstein est venu plusieurs fois notamment avec Michelle Martin.

Il y a aussi le Dr C., qui était le médecin de Bruno Tagliaferro et a déclaré que celui-ci, déclaré officiellement mort d'une crise cardiaque, n'était pas cardiaque, et a rapporté les propos d'un de ses clients : "Il y a environ un mois, alors que je me trouvais chez un client, le nommé SORCE Pietro, d’Auvelais, celui-ci m’a déclaré qu’un certain S. Louis aurait détenu pendant deux ou trois jours les petites Julie et Mélissa et cela en son domicile près du cimetière de Lambussart.

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10 mai 2004: Auditions de trois témoins de moralité pour Michelle Martin. Déjà en 2004 les gens qui s'occupent d'elle à la prison ne lui trouvent que des qualités. Par exemple l'aumônière protestante Patricia M. déclare qu' "Elle était intéressée par l’étude de la Bible. Il y avait chez elle une très grande souffrance, on la sentait engluée comme dans une toile d’arraignée [...]

Elle m’a raconté sa vie avant : maltraitée, menacée, battue par son mari, très seule, elle devait garder tout ça pour elle, elle était esclave de cet homme, il n’y avait pas moyen de faire autrement, et, quand elle raconte tout ça elle revient constamment sur le problème de ses enfants.

Cela a duré quelques mois puis, elle a commencé à réagir, elle considérait les auditions avec les enquêteurs comme un travail. Je lui disais : "tu dois dire toute la vérité !" - "c’est ce que je fais" - . Et je dois dire que je n’ai jamais entendu une contradiction dans ses dires....Une véritable relation d’amitié s’est établie...Sa mère était dérangée et malade, elle s’est vraiment préoccupée de sa mère jusqu’au bout. 

Elle s’est battue pour voir ses enfants, elle a construit une relation solide avec eux... Elle a établi une bonne relation avec un neuropsychiâtre

Douce, intelligente, elle lit beaucoup, et ça l’aide certainement, elle cherche à comprendre. Au niveau de la foi, elle étudie la Bible. Ce n’est pas la même foi que la mienne, elle ne veut plus se laisser manipuler par quiconque, mais la foi c’est personnel..."

Cécile T., sa prof de dessin, est aussi des plus élogieuses: "Je constate un désir de reconstruction, de s’en, sortir pour retrouver une certaine paix, un équilibre... Je relate aussi le témoignage d’autres détenues, avec lesquelles une relation d’amitié sincère a pu se créer, une tolérance à sa vie de prison. Elle lutte pour ses enfants. Pour leur apporter l’équilibre dont ils ont besoin... Elle veut aller vers le bien...elle a un souhait de vérité..."

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13 mai 2004 : On découvre lors de l'audience que la quasi totalité des témoignages au sujet de Lelièvre ont été écartés, notamment tous ceux qui portaient sur ses liens avec le milieu du trafic de drogue ou qui montraient son côté manipulateur. 

Ceci, car: "Il a été décidé par le magistrat instructeur que tous les témoignages relatifs à la drogue faisaient partie d’une autre enquête, et que nous n’avions pas à nous en occuper", selon le parquet. Du coup, tous les témoignages sur les liens de Lelièvre avec la drogue, y compris ceux sur ses relations avec Nihoul et Casper Flier, ont été écartés du volet "enlèvements"!

Quant à l'expetise psushiatrique, elle a conclu que Lelièvre est un "petit psychopathe" pas dangereux s'il est seul. Mais il ne comprend pas pourquoi il est resté si longtemps en prison et ne se considère pas tellement impliqué dans les faits.

L'Observatoire Citoyen s'interrogeait au sujet de Lelièvre, qui n'a jamais été poursuivi pour viols : 

"Pendant cette terrible période qui dura de juillet 95 à août 96, les nombreux témoins à avoir rencontré les inculpés - qu’il s’agisse de Michelle MARTIN ou Michel LELIEVRE - leur ont parlé d’une façon ordinaire. Ils les ont vus, l’une dans ses relations maternelles avec ses enfants, l’autre dans ses projets d’avenir. Ceci apporte la preuve qu’à tout moment, le carrousel infernal aurait pu être arrêté.

Et c’est là le véritable mystère que ni les rapports de moralité, ni les expertises psychiatriques, ni l’influence ou la peur de DUTROUX, si souvent évoquées, ne peuvent expliquer : comment expliquer cette permanence dans les faits de non-assistance à enfants en danger de mort, particulièrement pendant la période d’incarcération de Marc DUTROUX, qui ne peut alors exercer une influence directe sur ses complices ? Seul, "isolé", Marc DUTROUX aurait pu être dénoncé.

En revanche, si l’on prend en compte d’autres peurs, la crainte de Michel NIHOUL en particulier - peurs exprimées dans les premières auditions de Michel LELIEVRE et de Michelle MARTIN, juste après leur arrestation -, leur paralysie peut commencer à s’expliquer."

26 mai 2004 : Le procureur Bourlet répète que selon lui Nihoul était le commanditaire de l'enlèvement de Laëtitia Delhez, mais les jurés n'en ont pas tenu compte. 

22 juin 2004 :Verdict. Les pistes menant vers un réseau éventuel seront suivies dans un "dossier bis" mis à l’instruction. Il faudra une dziaine d'années pour détricoter totalement ce dossier bis qui contenait en réalité l'essentiel de l'affaire.

 

L’après-procès : le puzzle se complète

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30 juin 2004 : Fourniret avoue l'enlèvement et le meurtre d'Elisabeth Brichet, et désigne l'endroit où il l'a enterrée, dans le parc de son château du Sautou tout près de la frontière belge, dans les Arennes françaises. Il a avoué cinq autres meurtres le même jour.

23 novembre 2004 : La Chambre des mises en accusations rend un arrêt selon lequel toutes les recherches qui devaient être faites dans le cadre du dossier bis (86bis/96) devaient être définitive­ment arrêtées. Clôture définitive de l’instruction sur les pistes connexes de l’affaire Dutroux pourtant promise aux victimes et aux citoyens lors du procès.

Le Nouvel Obs commentait dans un article du 1er décembre: "La clôture de ce dossier, qui autorisait les enquêteurs à continuer à rechercher d'éventuels complices inconnus du pédophile, met un terme définitif à la "théorie du réseau" aux yeux de la justice. La thèse selon laquelle Marc Dutroux aurait agi pour le compte de pédophiles ou aurait bénéficié de soutien de l'Etat était très répandue en Belgique, jusqu'à l'ouverture du procès en mars 2004.

Après quatre mois d'audiences qui n' ont apporté aucune révélation fracassante, les jurés ont mis fin à cette hypothèse. Marc Dutroux, selon la justice belge, n'aurait reçu l'assistance que de son épouse de l'époque, Michelle Martin, et d'un jeune marginal, Michel Lelièvre".

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11 avril 2005 : Procès de plusieurs trafiquants de voitures dont Dutroux. Dans ce procès il y a eu des accusations contre les policiers Georges Zicot et Pascal Prevedello, chargés en général des trafics de voiture à Charleroi. Ils ont été attaqués sur la qualité de leur travail, et Zicot a été clairement soupçonné d'avoir protégé Dutroux.

Certains magistrats ont prêté crédit à ces rumeurs, comme le procureur général Demanet, dont le fils était au centre d’une escroquerie à l’assurance "vol de voiture" ; comme également le juge Connerotte, à Neufchâteau, qui a été "manipulé" par la gendarmerie. Cette affaire a eu lieu sur fond de guerre police / gendarmerie avant la fusion des deux dans la police.

Selon l’Observatoire citoyen, "Il y a la Porsche du fils du Procureur Général. Philippe Demanet vivait, à cette époque, avec son père. C’était quotidiennement qu’ils pouvaient parler de cette affaire. Le fils avait tout avantage à salir le policier. Et quand une plainte lui arrive, dont la cible est Zicot, le père, Procureur Général, la crédibilise au point qu’il fera déplacer non seulement l’inspecteur Zicot, mais également les substituts Marlière et Labar. Cette suspicion de base corrompt l’accusation et engendre des méthodes inhabituelles. Au point qu’avant la mise à l’instruction, on fait filmer, par caméra cachée, une rencontre entre Zicot et l’agent de la compagnie d’assurance, sans doute pour obtenir un flagrant délit. Il n’y en aura pas !"

Avril 2006 : Libération de Nihoul.

Janvier 2009 : Des analyses de cheveux sont relancées dans le cadre du dossier bis.

zicot

22 avril 2009 : La cour de cassation octroie une grosse indemnité à Georges Zicot pour ses 35 jours de détention préventive subis entre le 24 août 1996 et le 27 septembre 1996. "Dans son arrêt, la cour de cassation dit que le policier, qui a été acquitté à Nivelles de toutes les préventions liées à l'affaire Dutroux, "fut arrêté dans des conditions particulièrement traumatisantes pour lui-même et ses proches". Elle souligne "le caractère inhumain du traitement dont (Georges Zicot) présumé innocent fit l'objet"" selon le journal 7 sur 7.

18 janvier 2010 : le procureur de Liège, Cédric Visart de Bocarmé, demande un devoir d’enquête au tribunal de Neufchâteau à propos de l’analyse des cheveux trouvés chez Marc Dutroux. En effet, deux cheveux n’avaient pas pu être identifiés et ont fait l’objet d’examens complémentaires. Les analyses ont permis l’identification complète d’un cheveu et l’identification partielle du second.

21 janvier 2010 : le procureur de Liège annonce que le dernier cheveu retrouvé dans la cache de Marcinelle posant question appartient à une enquêtrice de la police scientifique. Il déclare avoir été au bout des investigations pertinentes et réitère sa volonté de ne pas traîner inutilement en longueur ce dossier.

Cette affaire de cheveux ressemble à celle des cassettes vidéos saisies chez Dutroux et consorts : il était au début question de 6.000 cheveux prélevés dans la cache, à 55 puis 1 seul pour lesquels on a eu des résultats d'analyse. Bref, on se prépare à classer sans suite le dossier bis dont l'enquête avait été réduite à cette histoire de cheveux.

Danneels

6 juillet 2010 : Perquisitions à l'archevêché et au domicile de Monseigneur Danneeels où les policiers trouvent des documents relatifs à l'affaire Dutroux sur deux CD Roms.

Danneels avait notamment conservé des photos des autopsies de Julie et Mélissa. On a d'abord dit que c'est Mahieu qui avait donné ces photos, et une enquête a même été ouverte contre lui à ce sujet, avant de parler "d'un tiers". Finalement, on a dit que c'était arrivé par la poste et que ces documents avaient été conservés.

Mai 2011: Le tribunal d'application des peines de Mons accorde la libération conditionnelle à Michelle Martin, qui peut donc mettre en marche le processus de réinsertion préalable.

19 avril 2012 : Le député Laurent Louis organise une conférence de presse pour alerter sur l’étouffement du dossier Dutroux bis. Il montre le dossier et les photos d’une des autopsies de Julie et Mélissa, pour dénoncer la théorie officielle qui veut qu’elles soient mortes de faim.

Suite à cela, c'est le scandale en Belgique : tout le monde est outré non pas des questions sur la fin tragique des fillettes, mais que ce député ait osé poser la question de cette affaire que tant de monde espérait bel et bien enterrée.

2021-12-25 18_20_12-L'ex-femme de Dutroux trouve refuge dans un couvent après sa libération - Charen

31 juillet 2012 : Les bonnes soeurs du couvent de Malonne près de Namur annoncent être d'accord pour héberger Michelle Martin. En effet, elle pourra être libérée très rapidement si elle est bien domiciliée dans ce couvent et reste à l'écart des familles des victimes. 

21 août 2012: Plainte contre Michelle Martin pour avoir organisé son insolvabilité afin de ne pas verser les indemnités aux victimes. Selon l'avocat du plaignant, le père d'Eefje, "Pour que son héritage soit transmis à ses enfants, Michelle Martin, 52 ans, avait transmis l'héritage de sa mère directement à ses enfants, indique Le Soir. Si elle a enfreint la loi, elle risque deux ans de prison". 

Nous sommes en 2022 désormais et jamais elle n'est retournée en prison.

28 août 2012 : Libération de Michelle Martin, 52 ans, après avoir fait 16 ans de prison sur les 30 auxquels elle a été condamnée. Cela faisait 5 ans qu'elle réclamait sa libération conditionnelle, initialement pour aller dans un couvent en France (cela a été refusé).

C'est un ex juge d'instruction qui l'a aidée à sortir plus tôt en lui trouvant un hébergement dans un couvent où elle n'est restée que quelques jours avant de vivre sa vie. En 2017, ce juge, Christian Panier, a osé demander aux familles des victimes de "pardonner" à Dutroux et ses complices.

Pour la libérer, la cour de cassation a rejeté des recours déposés par les parties civiles et le parquet. Elle a cru au projet de "réinsertion" de Michelle Martin. Elle devait aussi trouver un stage (comme elle a passé des diplômes de droit elle doit faire un stage chez un avocat), reprendre une thérapie, indemniser les victimes et participer aux tâche quotidiennes du couvent dont elle avait l'autorisation de sortir quand ça lui chantait.

2021-12-15 23_05_15-Un ancien juge conseille aux parents des victimes de _pardonner_ Marc Dutroux_ _

2013 : Début des libérations conditionnelles de Lelièvre.

Juin 2013 : On apprend que les soeurs des Clarisses veulent virer Michelle Martin, car finalement elle serait pas si peuse que ça et ne participait pas à la vie de la communauté. Apparemment, elle passait son temps à ne rien faire, comme si elle était dans un hôtel gratis.

9 janvier 2014 : Voyage de Michelle Martin dans la région de Florence en Italie, officiellement pour rencotnrer les responsables d'un couvent de la communauté religieuse Cristo e la Riposta afin d'y être hébergée. Officiellement "les soeurs qui l'hébergent vont bientôt déménager vers Bruxelles et ne souhaitent pas qu'elle les accompagne".

Le reponsable de la communauté, le pasteur canadien Paul Schafer, avait expliqué: "Nous ne savons pas exactement quand elle viendra. A ce stade, nous n'avons pas encore discuté d'une future résidence permanente chez nous. Il est d'abord question d'un séjour de 5 à 7 jours pour qu'elle puisse réfléchir et se reposer un peu (...) "C'est via un groupe évangélique belge que j'ai répondu favorablement à sa demande. Nous savons qu'elle est sous pression médiatique en Belgique et nous sommes d'accord pour lui offrir une retraite spirituelle dans notre groupe, rien de plus".

Le Tribunal de l'application des peines (TAP) de Mons lui avait accordé le 2 janvier une autorisation de sept jours pour ce petit voyage réalisé avec on ne sait quelles ressources. 

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Fin janvier 2015 : On apprend que Michelle Martin va quitter le couvent des Clarisses car les bonnes soeurs déménagent à Bruxelles sans elle, et vendent le bâtiment. Apparemment, elle ne sait pas vraiment où aller, le départ est précipité.

31 mars 2015 : L'ex juge Panier, également ex-candidat du PTB aux européennes, déclare à la RTBF (la chaîne de télé nationale) qu'il a obtenu l'autorisation du tribunal pour héberger Michelle Martin.

"Chez Chistian Panier, Michelle Martin aura un appartement indépendant. Elle s'y installera dans les prochains jours et a déjà commencé à déménager. Il y a quelques mois, une tentative de s'installer en France avait échoué en raison du refus du ministre de la Justice, qui craignait des "troubles à l'ordre public" en cas d'arrivée de l'ex-épouse de Marc Dutroux", relatait France 3 Hauts-de-France.

2019-03-03 15_45_53-(80) Anneke Lucas

Décembre 2016 : Anneke Lucas, autre survivante du réseau pédocriminel belge, témoigne publiquement. Elle vit désormais aux Etats-Unis et commence à parler de son histoire et les violences subies dans les années 70. Sa mère l'a introduite dans le réseau quand elle avait 6 ans et ses parents l'emmenaient à des partouzes dans des villas où il y avait des gens riches, des aristocrates, des politiciens, des truands. 

Elle décrit des viols et meurtres d'enfants. Parmi les tortionnaires, elle cite Nihoul qu'elle qualifie d' "intermédiaire", Dutroux qui était un "souteneur" pour le réseau, Van den Boyenants, Patrick Haemers.

Elle explique que ce réseau était d'abord un système de corruption et de chantage detsiné à piéger des personnalités.

 

Témoignage d'Anneke Lucas, survivante du réseau pédophile Belge: Dutroux n'était pas un prédateur isolé. - donde vamos

Il y a deux ou trois jours, le témoignage d'Anneke Lucas a été diffusé sur le net. Cette Belge originaire de Bruxelles se présente comme une survivante de trafic sexuel, et a fondé en 2014 Liberation Prison Yoga afin d'aider d'autres victimes.

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28 mai 2018 : Un ancien leader d’extrême-droite explique publiquement que Van den Boyenants était le véritable chef de l’organisation terroriste d’extrême-droite Westland New Post.

23 octobre 2019 : Mort de Nihoul à 78 ans. Il vivait sur la côte Belge depuis sa sortie de prison.

Michel LELIEVRE 2019

2 décembre 2019 : Libération de Michel Lelièvre (48 ans) sous condition qu’il trouve un logement dans les 6 mois, qu’il trouve une formation etc. Il a d’abord dormi dans un centre pour SDF à Bruxelles alors qu’il devait louer son appart. Il devait de toutes manières être libéré en 2021.

Lelièvre a toutefois à se balader tranquillement dans les rues de Belgique, et a été tabassé plusieurs fois depuis sa sortie de prison.

Janvier 2020 : Michelle Martin obtient un diplôme de droit, une licence. A ce moment-là, elle "vit toujours dans un petit studio grâce aux allocations du CPAS (revenu d’intégration sociale). Si elle continue à respecter les règles de liberté conditionnelle, elle sera vraiment libre en 2022". A ce moment elle vit des aides sociales du CPAS (RSA).

 

 

 

 

En savoir + :

 

 

Témoignage de Régina Louf:



[1] Selon la femme de Deleuze, Françoise Van Espen, Nihoul a organisé avec ses sociétés plusieurs campagnes électorales pour Deleuze, qui a toujours cherché à minimiser leurs relations.

[2] En juin 1992 le juge Van Espen l’a inculpé pour appel illégal à l’épargne publique, faux et usage de faux suite à une plainte de la commission bancaire.

[3] Apparemment, à la fin de chaque cassette il y a des scènes porno live. Mais devant la commission d’enquête les gendarmes ont dit que « quatre cassettes ont été visionnées par la BSR de Charleroi, parce que les titres laissaient soupçonner un rapport avec des faits de mœurs. Le reste des cassettes (95) a été envoyé au centre audiovisuel de la gendarmerie à Bruxelles parce que la BSR ne voulait pas » les visionner car cela aurait pris trop de temps. Le centre audiovisuel les a reçues le 15 décembre 1995 et aurait fini de les regarder le 26 janvier 1996.

[4] Nihoul et Van der Elst ont déclaré qu’ils se sont rencontrés en 1989 lors d’un séjour à la prison de Forest. Mais un témoin affirme que Nihoul avait amené van der Elst à Radio Activité, où il a été actif de 1982 à 1985. En tout cas il se fréquentaient pour le plaisir comme pour le travail dans les différents business de Nihoul, tous plus ou moins frauduleux.

[5] Serge Kubla a été sénateur PRL et bourgmestre de Waterloo en 2011. Il a été incarcéré en 2015 pour « corruption concernant une personne qui exerce une fonction publique dans un état étranger, à savoir la République démocratique du Congo » et a démissionné de son poste de bourgmestre. Il a aussi été impliqué en 2017 dans le Kazakhgate, inculpé pour « blanchiment d'argent placé sur un compte bancaire suisse ».

[6] En 1997 il y a eu une procédure disciplinaire contre De Nolf. Selon Le Soir du 7 février 1997, « accusé d'avoir soustrait des documents d'un dossier en cours et d'avoir ainsi violé le secret professionel. Lesdits documents avaient été transmis au conseiller près de la cour d'appel de Gand Jan Beirens, lui-même en prison depuis fin novembre 1996, accusé de corruption. La procédure disciplinaire contre le juge d'instruction Eric De Nolf pourrait mener à sa suspension, suite à quoi il serait remplacé au parquet de Bruges, où les trois autres juges d'instruction ont du travail pour quatre. (E. S.) »

[7] Cok, l’ex « baron du porno » qui vit à Knokke, était aussi un spéculateur dans l’immobilier et dans la finance et fréquentait les milieux de la voile. Il fait sa fausse page wikipedia. En 1981 il a été arrêté alors qu’il était directeur de la Slavenburg Benk, avec deux belges dans une affaire de fraude sur les taux de change de 250 millions de FB et a été condamné à 6 mois de prison par le tribunal correctionnel de Gand. En 1987 il a fait 76 jours de prison à nouveau pour fraude mais a échappé au procès pour vice de procédure et en 1997 il a dû passer un accord secret de 5,45 millions d’euros avec les services fiscaux néerlandais en même temps que des types proches de la mafia (une « organisation Delta ») dans une affaire d’évasion fiscale en Suisse...

L’un de ses principaux clients dans le porno était le hollandais Charles GEERTS que COK avait aidé en 1970 à racheter les parts d’un concurrent surnommé « le roi du porno ». COK était aussi était actionnaire d’une de ses sociétés, une chaine de sex shops dont il est devenu le directeur et GEERTS était aussi impliqué dans la fraude à 5,45 millions d’euros. En 1985 GEERTS a été arrêté par le FBI à l’aéroport de Los Angeles pour trafic de pornographie, et 23 cassettes de pédopornographie ont été saisies. D’ailleurs, selon Scotland Yard GEERTS était impliqué dans un trafic de pédoporno.

Cok a expliqué : « À partir de 1994, j'ai transformé l'industrie du sexe en une machine professionnelle. Alors que l'amateurisme était omniprésent et que des personnages moins corrects étaient sur ce marché, j'ai agi comme un entrepreneur ». En 1996  il a racheté un parc de vacances en Espagne (malgré l’opposition du gouvernement au départ) et en 1999 il a revendu sa chaine de sex shops tout en continuant à louer les bâtiments dont il est resté propriétaire. Il a ouvert en 2019 un centre commercial géant à la frontière italo-suisse, qui a fait un bide lui coûtant la modeste somme de 23 millions d’euros.

[8] Lors du procès de 2004, le chef de la gendarmerie de Dinant Claude Rasador a expliqué que Michel Nihoul « s'était présenté spontanément à la BSR de Dinant en mai 1995 dans le cadre d'un trafic de voitures et que cela avait permis de retrouver un véhicule volé. Il a ensuite dénoncé un trafiquant de drogue, David Walsh, qui a conduit à l'arrestation de ce dernier à Bruxelles en avril 1996 en possession de 10 kilos d'amphétamine. Selon le ministère public, Michel Nihoul aurait fait un coup double car il avait détourné 5.000 ecstasy à ce même trafiquant. M. Rasador n'était pas au courant de ce "double jeu" de Michel Nihoul », expliquait La Libre Belgique.

[9] Une perquisition sur place a bien conclu à l’existence d’une cave et même d’une sorte de cellule de 1 m 60 de hauteur, mais les objets venus de Pologne retrouvés sur place ont été attribués aux ouvrier Polonais qui retapaient la maison à l’époque.

[10] Son successeur était Jean-Louis Duplat, ex président de la commission bancaire de 1989 à 2001, administrateur de diverses sociétés.

10 décembre 2021

Réseaux sataniques en France: Deux témoignages sur le trauma organisé et l'omerta judiciaire

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Voici le témoignage courageux de deux survivantes de réseaux pédocriminels organisés, pratiquant la torture et le trauma. Elles reviennent sur les désordres de la personnalité organisés par les abus rituels subis depuis l'enfance, de manière à fractionner la personnalité et à contrôler la victime.


Dans cette vidéo, elles expliquent aussi pourquoi ces affaires ne sortent jamais dans la presse et encore moins au niveau de la justice: l'omerta est organisée, ces réseaux sont pyramidaux, protégés et ce sont les vitimes qui sont traquées et attaquées, notamment par les autorités si elles s'avisent d'entamer une procédure ou de s'exprimer publiquement.

Deux témoignages rares, pour lesquels elles méritent un grand merci et qui j'espère donnera confiance à d'autres pour comprendre ce qu'elles ont vécu ou même pour dénoncer leurs agresseurs.

 

Parmi les questions qui se posent après avoir entendu ces témoignages, il y a celle de savoir comment protéger les survivants de ces systèmes qui tentent de s'en sortir? Ce n'est certainement pas par le biais de la justice, car comme le disent ces jeunes femmes, quand une victime de réseau parle, au mieux l'affaire est considérée comme un inceste limité au cercle familial. Il n'y a jamais de clients, encore moins de maboules encapuchonnés qui violent et assassinent des enfants pour les mangent ensuite par petits morceaux, surtout si ces gens sont connus pour être "respectables".

La seule issue que je vois est de médiatiser ces affaires, du mois en partie, pour neutraliser les attaques possibles. Ces individus ne sont pas fous au point de s'exposer et de risquer qu'on balance tout sur eux et leurs copains.

Cela explique aussi, hélas, pourquoi certaines personnes dont je fais partie ne peuvent pas tout dire : il faut protéger les survivants et le prix est très souvent le silence sur des éléments précis. Mais les dossiers existent, au cas où. Et un jour il sortiront certainement.

Il faudrait pour cela que les gens soient prêts à entendre, à ne pas rejeter ces témoignages sous prétexte que "c'est impensable" ou un" fantasme collectif" comme le disait en 2004 "Me" Florence Rault la copine de Bensussan à la suite ... de l'affaire Dutroux (sur laquelle je vais revenir très vite d'ailleurs étant donné que les éléments prouvant le réseau sont aujourd'hui pléthore et inattaquables et que des victimes ont parlé depuis).

Mais, le lobby pédocriminel (qui ne comprend probablement pas QUE des pédos "pratiquants" mais en tout cas des défenseurs des intérêts des pédos) commence à être identifié à force de sortir du bois et d'aboyer à la première accusation qui touche le système d'un peu trop près. 

En se réunissant, il y aura certainement davantage de chances de se faire entendre du grand public, et de s'organiser pour se protéger.

En tout cas ceux qui ont subi ces traumas doivent savoir que nous sommes relativement nombreux aujourd'hui à les croire. 

 

21 novembre 2021

Entendre la parole des enfants victimes de violences sexuelles : un combat acharné pour faire durer l'omerta

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Après avoir détruit le conseil de la protection de l'enfance dont les recommandations ne plaisaient pas à la micronie, occupée comme on le sait à légaliser la pédocriminalité, Adrien Taquet l'incompétent secrétaire d'Etat en charge de la protection de l'enfance dont il ignore tout a mis en place en mars 2021 une "commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles sur mineurs".

Bizarrement, celle-ci a rendu un premier avis fracassant sur le sujet des "mères en lutte", ce qui n'a pas plu à la vieille garde des défenseurs des pédocriminels.

 

Après la "loi Schiappa" qui a failli nous inventer l'atteinte sexuelle de mineur avec pénétration jugée comme une atteinte sexuelle donc avec une peine dérisoire à la clé, après la suppression du Conseil de protection de l'enfance, après les tergiversations sans fin pour ne pas instaurer de majorité sexuelle, après l'éjection de Guigou la pote d'Olivier Duhamel de la commission "inceste" en décembre 2020 et après le rappel à l'ordre du conseil de l'Europe en 2019, la micronie acculée a été forcée de faire un geste en faveur de la protection de l'enfance.

C'est ainsi qu'en mars 2021 une "commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles sur mineurs" (CIIVISEa été créée par le gouverne-ment.

Elle réunit 27 membres et est coprésidée par Nathalie Mathieu, directrice générale de l’association Docteurs Bru, ainsi qu'Edouard Durand, juge des enfants.

Depuis mars, elle écoute des mères, quelques pères, qui dénoncent la machine à broyer judiciaire dans le cadre des plaintes pour violences sexuelles contre les mineurs commises par les pères, les beaux-pères, etc. Elle a entendu à quel point l'inceste est nié, à quel point les défaillances s'accumulent dans ces procédures pour finalement assurer l'omerta et l'impunité des pédos.

 

==> Pour rappel, sur la suppression du conseil de protection de l'enfance par Taquet

Violences sexuelles contre les enfants : un pense-bête pour M. Taquet - donde vamos

Alors que ce pays s'écroule sous les coups incessants de la micronie et de la corruption et que les enfants sont plus que jamais menacés, j'ai envie de m'adresser à une obscure éminence de ce gouvernement : M.

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Une révolution à Pédoland: prendre en compte la parole des enfants

2021-11-20 17_21_21-INCESTE _ GARANTIR LA PROTECTION DES ENFANTS EN CONDAMNANT LES DISCOURS ANTI-VIC

Le premier avis de la CIIVISE, rendu en octobre 2021 et portant sur la question des "mères en lutte", a été un pavé dans le marigot : elle recommande d'écouter les enfants! 

Une audace incroyable dans un pays où les pédos sont défendus par des ersatz faisant office d'intelligentsia. Mais on comprend mieux pourquoi depuis l'affaire Duhamel, n'est-ce-pas.

Ainsi la commission s'interroge : "Ces mères, qui portent plainte pour violences sexuelles suite aux révélations de leurs enfants et qui, en cherchant à les protéger, se voient condamner pour non-représentation d’enfant ou retirer la garde au profit de leur père. Cette réalité interroge l’autorité judiciaire dans sa capacité à protéger les enfants efficacement, et interroge ainsi la société dans son ensemble".

Mais il faut constater qu'en réalité la justice protège les pédocriminels et que les lois sont faites en prenant largent en compte l'avis du lobby pédocriminel, très actif dans les instances législatives comme on l'a vu à chaque fois que le sujet revient dans l'actualité. 

Les recommandations de la CIIVISE relèvent du bon sens et correspondent à la demande des acteurs de terrain et associations de protection de l'enfance :

  • Prévoir la suspension de plein droit de l’exercice de l’autorité parentale et des droits de visite et d’hébergement du parent poursuivi pour viol ou agression sexuelle incestueuse contre son enfant.
  • Suspendre les poursuites pénales pour non-représentation d’enfants contre un parent lorsqu’une enquête est en cours contre l’autre parent pour violences sexuelles incestueuses.
  • Prévoir, dans la loi, le retrait systématique de l’autorité parentale en cas de condamnation d’un parent pour violences sexuelles incestueuses contre son enfant. 

La situation est en effet catastrophique. On en était en 2019 à 553 condamnations pour viol sur mineur dans tout le pays et sur toute l'année. Ceci, alors que 6.605 auteurs de viols sur mineurs ont été dénoncés à la justice la même année, mais seulement 2.066  ont été poursuivis.

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On doit toutefois noter une augmentation des condamnations par rapport à 2015 ou on était à 401 condamnés pour viol sur mineur. 

Le documentaire récent de Karl Zéro montre bien, pour ceux qui ne la connaissent pas, cette réalité que vivent tant de parents protecteurs face à la "justice" :

 

La CIIVISE estime que 22.000 enfants sont chaque année victimes de violences sexuelles de la part de leur père et rappelle que le taux de mensonges dans ces affaires est infime. Au-delà, elle souligne que "La suspicion systématique des professionnels à l’égard des mères qui dénoncent des violences sexuelles commises sur leur enfant est un obstacle majeur au repérage et à la protection des enfants victimes de violences sexuelles".

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Dans son avis, elle dénonce également les théories anti-victimaires, principalement le SAP (Syndrome d'aliénation parentale, inventé par un pédo dénommé Richard Gardner) que défend envers et contre tout Paul Bensussan, venu attaquer les enfants victimes lors du procès en appel de l'affaire d'Outreau en 2006. 

Depuis des années, le SAP est utilisé par des "experts" pour neutraliser les mères qui dénoncent et nier la parole des enfants. C'est ce que j'appelle le "bouclier à pédos", leur super jocker. Ca marche presque à tous les coups.

Mais quand ce n'est pas le SAP qui est utilisé, la "justice" a bien d'autres arguments: elle peut reprocher à une mère d'être "trop fusinnelle" avec ses enfants, d'avoir elles-même subi des violences sexuelles dans le passé, de ne pas vivre avec un homme, de déposer plainte ou de consulter des médecins avec son enfant...

La liste est longue car les "experts" comme les sévices sociaux et les juges sont d'une grande inventivité quand il s'agit de nier la réalité des viols subis par un enfant.

 

Quand Bensussan se sent visé par l'avis de la CIIVISE

2021-11-20 19_31_25-_Prendre au sérieux la parole de l’enfant ne doit pas être synonyme de la prendr

Peu après la publication le 27 octobre 2021 de l'avis de la CIIVISE qui a rencontré un écho médiatique relativement important, voilà que Bensussan s'est fendu d'une espèce de tribune dans Marianne, dont la rédaction est dirigée par l'inénarrable défenseuse du patriarcat Natacha Polony. Cette tribune co-écrite avec une avocate soutien de Jupicrétin dénommée Delphine Provence est en réalité un argumentaire en faveur du SAP...

Il revient avec son refrain habituel sur les enfants menteurs, le même qu'il a servi à Saint-Omer (procès en appel de l'affaire d'Outreau) sans jamais avoir vu un seul des enfants victimes et dans de nombreux tribunaux depuis. Avec des termes obséquieux comme à son habitude, il tente de dénoncer "la flambée du hashtag #MeTooinceste", la "catharsis collective aux allures de thérapie de groupe", les mères qui ne seraient pas si innoncentes que le dit la CIIVISE...

Mais il en vient vite à l'essentiel: le SAP, auquel il tient tellement. Il définit l'aliénation parentale comme suit : "l’aliénation parentale désigne le rejet par un enfant d’un parent autrefois aimé, dans le contexte d’une séparation parentale conflictuelle". Sauf qu'à la base ça désigne la manipulation de l'enfant par un parent pour qu'il rejette l'autre.

Or, comme le montre sa définition, le SAP est utilisé dès que des violences sexuelles sont dénoncées dans un contexte de séparation, ce qui est très souvent le cas et pour cause: l'enfant parle et cela entraine la séparation, ou alors le père commence les agressions après la séparation, par vengeance. 

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La séparation est donc forcément "conflictuelle", et pas parce que les mères sont folles. 

Et bizarrement, le SAP ne fonctionne jamais dans le cas des pédocriminels qui obtiennent la garde de leur victime (comme c'est généralement le cas) et font tout pour éloigner la mère, voire l'effacer de la vie de l'enfant. 

Selon Bensussan il ne faut pas nier l'existence de l'aliénation parentale, dont l'existence n'a absolument jamais été démontrée, même pas par Gardner.

Lui-même nie la réalité, celle qui est vécue dans les prétoires: "Comme si, jusqu’ici, l’inceste (désormais incriminé par le Code pénal) ou les abus sexuels sur mineurs avaient réellement fait l’objet d’un déni massif", ose-t-il. Comme s'il ignorait les chiffres des condamnations, des classements sans suite et autres dérives judiciaires dans ce domaine.

Et s'il ne les connaît pas, à quel titre intervient-il pour donner son avis sur un sujet aussi grave qu'il ne maîtrise pas ? 

Dans sa longue tribune, il ne cite pas de sources sur les chiffres hallucinants de mensonges des enfants qu'il annonce. Et on voit que pour lui, les accusations mensongères seraient majoritaires, ce qui est une aberration pour qui connaît un tant soit peu le sujet. Ou qui n'est pas en train de faire du lobbying.

 

La réponse des experts à Bensussan

2021-11-20 20_06_58-_Un flagrant délit de disqualification de la parole des enfants_ - Opera

Cet argumentaire scabreux n'a pas été au goût de plusieurs spécialistes des violences sexuelles contre les mineurs, parmi lesquels Eugénie Izzard, Maurice Berger, Gégard Lopez, Hélène Romano qui ont répondu au duo par tribune interposée le 4 novembre.

Les auteurs commencent par corriger quelques erreurs et omissions de Bensussan et Provence, notamment sur l'origine du SAP, son retrait du DSM à la demande de professionnels, son interdiction récente par le Parlement européen ou encore les résultats de l'étude menée en 2013 aux USA sur l'utilisation du SAP contre les mères protectrices...

"Il existe une sorte de lobby pro-SAP dont les membres doivent avoir des raisons variées d’adhérer à ce concept. Sinon, comment expliquer qu’en France, dans un manuel scolaire de première, dans le chapitre consacré aux problématiques sociales et alors que les thèmes habituels sont l’inégalité, la marginalisation, la perte d’emploi, la précarité et l’illettrisme, le modèle d’exclusion présenté sur sept pages est le SAP", écrivent les spécialistes dans ce texte.

Oui en france il y a même ce qu'on peut appeler un lobby pédocriminel: on le voit à l'oeuvre dès qu'il est question de protection de l'enfance, notamment de définir et respecter une majorité sexuelle.

Le texte revient aussi sur le désastre d'Outreau vis-à-vis de la prise en compte des violences sexuelles contre les mineurs. 

Le monde condamnations

L'affaire a commencé en 2001, et très vite il n'a été question que d'enfants menteurs, dans un espace médiatique envahi par les avocats des accusés (l'un d'eux est notre ministre... de la "justice"!).

Depuis les procès en 2004 et 2005, la parole des enfants est niée dans les tribunaux alors que les plaintes sont toujours plus nombreuses. 

De 2005 à 2016, le nombre de condamnations pour viol sur mineur a été divisé par deux, baissant de 40%. C'est ce bilan que défend ici Bensussan et que défendent les avocats de la défense dans une 3e tribune, toujours dans Marianne : le mythe des enfants menteurs.

"Plusieurs études dont nous avons lu la méthodologie montrent que lorsque l’enfant fait une déclaration spontanée d’agression sexuelle, la fiabilité de ses propos est de 100 % à 99 % selon les recherches" rappellent les spécialistes.

 

Les défenseurs des acquittés d’Outreau sortent du bois

2021-11-20 13_43_39-Les avocats d'Outreau _ _Des recommandations de la CIIVISE nous paraissent d'une

Et voilà que le 13 novembre, sans qu'on sache très bien pourquoi, plusieurs des avocats des acquittés d'Outreau, les plus médiatiques à l'exception de Dupont qui est ministre de la "justice", ont trouvé utile de nous donner clairement leur avis sur cette affaire de parole de l'enfant. Ils ont publié un texte assez étrange, qualifié de "tribune", dans Marianne, en réponse à la réponse des experts à Bensussan.

Ces individus se sont acharnés sur quelques enfants pour défendre des adultes menteurs, ce qui a amené au désastre qu'on connait avec seulement quatre adultes condamnés et 12 enfants reconnus victimes, y compris de faits de proxénétisme, issus de plusieurs fratries. Sans compter les dossiers disjoints, jugés séparément de manière plus ou moins heureuse.

On aura l'occasion de reparler en détail de cette affaire dans les prochains mois.

2021-11-20 21_42_17-Le fiasco judiciaire de l’affaire Mannechez, ou le mythe de « l’inceste heureux

Les signataires de cette tribune sont Frank Berton, Blandine Lejeune, Hervé Corbanesi, et les Delarue père et fils. Le père est celui qui, avec Dupont, a parlé d'inceste heureux pour faire acquitter son client, un père incestueux. Qui peu après a tué sa fille avec laquelle il avait eu un enfant, et l'employeur de celle-ci qui avait tenté de s'interposer.

Pour ce procès qui a eu lieu en 2011, c'est le père qui avait choisi l'avocat de ses victimes: ce fut Dupont, notre ministre de la "justice". Et l'une des filles de Dennis Mannechez, Betty a dit récemment : "Les avocats nous ont convaincues d’affirmer que nous étions amoureuses de notre père et demandeuses de relations sexuelles avec lui". Un beau travail...

Une bonne partie des manoeuvres de cette bande d'avocats lors de l'affaire d'Outreau a déjà été dite. Le reste, je l'espère, le sera bientôt. 

L'objet de la tribune?

  1. Défendre Bensussan, qu'ils avaient déjà appelé à la rescousse lors du procès en appel de l'affaire d'Outreau en 2006 pour présenter ses théories fumeuses sur les enfants menteurs.
  2. S'en prendre à l'avis de la CIIVISE qui nuit selon eux à la présomption d'innocence qu'ils confondent avec un chèque en blanc pour faire n'importe quoi.
  3. Préparer le terrain pour le procès de Franck Lavier : "Nous voilà revenus à l'avant Outreau… Si les propos des enfants peuvent être sincères et crédibles, cela n'implique pas la confusion systématique entre vérité psychologique (ce que chacun est persuadé d'avoir vécu) et vérité historique (ce qui s'est réellement passé)". Ils ne veulent surtout pas qu'on revienne sur ce qu'ils considèrent comme un acquis: l'omerta sur la parole des enfants victimes. 

 

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On peut s'attendre à d'autres prises de position avec l'arrivée du procès de Lavier, mais 15 ans après le rapport de forces n'est plus le même. L'évidence est là: la france paie aujourd'hui des années de silence à propos de la pédocriminalité et des violences sexuelles contre les mineurs en général. Les victimes sont nombreuses et parlent, la parole se libère lentement et le lobby qui cherche à faire perdurer le silence est désormais aussi visible que ridicule. 

Que ces individus se plongent dans les enquêtes de victimologie, qu'ils défendent quelques enfants victimes, qu'ils regardent de près la formation des experts et de leurs théories, et ils ne pourront plus tenir des propos sortis du tréfonds des âges comme ceux qu'on peut hélas lire dans ce texte lamentable.

 

 

 

20 novembre 2021

Affaire Dutroux: Pourquoi il faut rouvrir le dossier bis - Pétition en ligne !

julie meliassa manif

Un policier qui avait travaillé sur l'affaire Dutroux a lancé une pétition début novembre pour demander la rouverture du dossier bis, celui qui concerne le réseau pédocriminel autour de Dutroux et Nihoul.

D'innombrables raisons poussent à rouvrir ce dossier, les mêmes qui ont amené les autorités à l'étouffer.

 

L'histoire de ce dossier bis elle-même est édifiante: l'affaire a été classée pour la dernière fois en 2010.

En 1996, deux fillettes ont été retrouvées vivantes chez Dutroux, cachées dans une de ses caves, uniquement parce qu'un juge a fait son travail: le juge Connerotte qui a été rapidement écarté du dossier au prtexte qu'il était trop proche des parents des victimes. Les corps de quatre autres ont été déterrés, ce fut le choc dans le pays.

Il y a eu la marche blanche, qui le 20 octobre 1996 a rassemblé officiellement 300.000 personnes dans les rues, soit un belge sur 30. Mais ceux qui étaient sur place disent qu'il y avait au moins 500.000 personnes. Des gens choqués par l'horreur de ce qui se révélait en plein jour: la pédocriminalité organisée, l'exploitation sexuelle de mineures par des réseaux criminels. 

2021-11-20 12_09_03-Retour en images sur les grandes étapes de l'affaire Dutroux - rts

Des Comités Blancs ont été mis en place par la population, pour retrouver les enfants disparus et comprendre ce qu'il se passait, mais ils ont rapidement été infiltrés et neutralisés : en deux ans 90% des effectifs avaient déserté les comités.

Les Belges voulaient des réponses, ils voulaient savoir comment cela était possible et qui était responsable. 

Ce n'est pas ce qu'il s'est passé, l'Etat belge a mis toute sa force d'inertie, toute sa capacité à embrouiller les faits, pour étouffer cette affaire et limiter au maximum le nombre d'accusés. Il faut dire qu'en France aussi, on regardait de très près l'évolution de cette affaire et il était hors de question qu'elle éclabousse le réseau français.

Dans ce maëlstrom, Aimé Bille qui a lancé cette pétition a été l'un des rares enquêteurs à faire son travail honnêtement à l'époque.

 

Voici le texte de sa pétition (pour signer c'est ici) :

A Sa Majesté la Reine des Belges

A Monsieur le 1er Ministre

A Monsieur le Ministre de la Justice    

LA POPULATION BELGE EST EN DROIT DE SAVOIR  

En 1996, l’affaire Dutroux a éclaté et a amené le pays dans l’horreur. Des petites filles, des jeunes filles ont été enlevées, séquestrées, violées voire assassinées par Marc Dutroux et sa bande. En 2004, la Cour d’Assises d’Arlon a rendu son verdict.

2021-11-20 12_35_36-Affaire Dutroux_ une pétition pour rouvrir le dossier bis, «les parents et la po

Marc Dutroux est toujours incarcéré ce qui n’est pas le cas de ses 3 complices (2 libérés et 1 décédé).

Il est de notoriété que la vérité n’est pas sortie de ce verdict rendu à Arlon. Un dossier bis a été ouvert et devait logiquement amener la magistrature à d’autres devoirs judiciaires.

Les parents de Julie, Melissa, An, Eefje, Sabine et Laetitia espéraient par ce dossier bis, apprendre enfin la vérité sur cet horrible drame. Hélas, il semble que ce dossier bis dérangeait et ne pouvait étrangement pas être éclairci.

Des gendarmes "dérangeants" ont été écartés à la suite de faux en écriture commis par d’autres gendarmes le tout couvert par une certaine magistrature. Des enquêtes pendant trois ans ont été menées contre les gendarmes écartés et rien ne leur a été reproché. La Justice les a totalement blanchis.

Les auteurs des faux n’ont jamais été inquiétés ni par la justice ni par le sommet de la gendarmerie.

De plus, des procès-verbaux (113477 et 114012 de la BSR de Bruxelles envoyés en septembre 1996 au Juge d'instruction de Neufchâteau) confirment que la gendarmerie possédait des informations sur Marc Dutroux en lien avec des enlèvements d'enfants et cela, depuis le 16 août 1995.

Il y a, à ce moment 53 jours que Julie et Melissa ont été enlevées ! Des protections semblaient être visibles.

Les signataires de la présente pétition sollicitent la réouverture immédiate de ce dossier bis et que celui-ci soit confié à des magistrats et enquêteurs intègres. Il doit encore y en avoir dans ce pays !

C’est très bien de commémorer les 25 ans de la Marche Blanche mais il faut plus. Commémorer est une chose, rechercher LA VERITE, c’est être en phase avec ses engagements devant le peuple.

Les parents et la population doivent savoir exactement ce qu’il s’est passé dans cette sinistre affaire.    

 

Un réseau protégé jusqu'à aujourd'hui

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Pour rappel, le dossier Dutroux a été d'abord sauciconné, ce qui montrait déjà une volonté de l'étouffer. Les enlèvements des six fillettes et adolescentes ont été instruits d'un côté, ce qui a donné le procès d'Arlon en 2004, et tout le reste, c'est-à-dire les connexions de Dutroux et Nihoul, le trafic de drogue, le réseau de prostitution et de pédopornographie, le trafic de voitures etc. ont été vaguement instruits, très lentement, pour arriver à un classmement sans suite.

Une autre étape dans l'étouffement a été la commission d'enquête parlementaire en 1997 qui avait pourtant repéré de nombreuses "irrégularités" de la justice et de la police dans les enquêtes sur les disparitions d'enfants menées ces dernières années. Mais elle a aussi étudié des protections de Dutroux par diverses personnalités, notamment politiques, mais a conclu très rapidement, dès mai 1997, que non personne ne l'avait protégé. 

Quand Dutroux a été jugé avec ses complices mais en tant que prédateur isolé, en 2004 à Arlon, il n'était jugé que pour les faits directement liés aux enlèvements des quatre filles qu'il a tuées et des deux qui ont été libérées et a pris "perpétuité" + 10 ans de sûreté. Michel Lelièvre a été condamné à 25 ans et il est libre, Michèle Martin à 30 ans et elle est libre, et Nihoul avait pris 5 ans pour trafic d'ecstazy, et a très vite été libéré. 

Le dossier bis a connu un destin funeste. Tous les témoignanges des témoins X, une dizaine de personnes qui ont clairmeent dénoncé l'existence d'un réseau pédocriminel organisé par les élites politiques et économliques du pays, dans lequel des enfants étaient torturés et tués, et qui bénéficiait d'une impunité totale, étaient étudiés dans ce "dossier 86 bis".

 

 

Des connexions devenues évidentes

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Il est clair aujourd'hui que "beaucoup de pistes ont été négligées" comme le dit l'ex procureur Michel Bourlet. D'aucuns évoqueraient même un sabotage délibéré et systématique.

Et beaucoup de questions dérangeantes ont été écartées, comme celle que se posent les parents de Julie et Mélissa, retrouvées enterrées dans un de ses jardins: qui les a enlevées puisque l'enquête a montré que ce n'est pas Dutroux ?

Le dossier bis a été classé sans suite par le parquet de Liège fin 2004 et de nouveau en 2010 après les recherches ADN dans la cache de Marcinelle. Comme le résume alors L'Obs: "La clôture de ce dossier, qui autorisait les enquêteurs à continuer à rechercher d'éventuels complices inconnus du pédophile, met un terme définitif à la "théorie du réseau" aux yeux de la justice. La thèse selon laquelle Marc Dutroux aurait agi pour le compte de pédophiles ou aurait bénéficié de soutien de l'Etat était très répandue en Belgique, jusqu'à l'ouverture du procès en mars 2004".

Sauf que non: depuis, beaucoup ont continué à travailler sur cette affaire, et à dire que les choses ne se sont pas passées comme le dit la vérité judiciaire. 

Des victimes sont capables de parler, peut-être même prêtes à le faire.

Mais le réseau, il ne faut pas s'y tromper, existe toujours et a toujours la même impunité. Pourquoi les choses auraient-elles changé?

On sait même que le réseau belge est interconnecté avec le réseau français et avec le réseau hollandais, notamment. On sait que des partouzes pédocriminelles se passent souvent à la frontière, et qu'on invite les voisins. On sait tout cela: on a assez de témoignanges, assez d'éléments convergents.

25 ans après la Marche Blanche, les gens commencent à sortir de la torpeur, du sommeil et du déni institutionnalisés dans lesquels les a plongés une propagande féroce pour nier la réalité la plus évidente. Nombreux sont ceux qui veulent voir la vérité mise sur la place publique, et des enquêtes sérieuses pour juger les coupables jusqu'au plus haut niveau, en Belgique comme ailleurs.

 

Cette pétition est importante, il faut la faire circuler et remettre ce dossier bis dans l'actualité.