donde vamos

17 juin 2019

Le réseau pédocriminel dépasse encore du côté d'Angers

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En ce mois de juin, les médias ont évoqué l’affaire d’un couple de pédophiles qui n’hésitaient pas à prêter leurs enfants, dans la région d’Angers. Au même moment, deux types qui ont été condamnés dans le cadre du réseau pédophile d'Angers se retrouvent à nouveau condamnés pour des faits similaires. L'occasion de faire un focus sur le réseau local.

 

L’affaire du couple en question a été présentée de manière banale : quatre enfants de 4 à 16 ans issus d’une même fratrie, placés en famille d’accueil depuis juillet 2018, ont dénoncé des violences sexuelles commises par leurs parents et par des membres de la famille.

 

Une banale histoire de récidive

Les parents ont été placés en garde-à-vue le 7 juin puis la mère, âgée de 45 ans, a été libérée. La justice ne voulait pas communiquer [1] mais les médias locaux semblaient assez fixés sur cette affaire.

2019-06-16 21_20_16-Angers _ un couple suspecté de pédophilie sur ses quatre enfants - Opera

Il est vrai qu’Angers évoque un important procès de réseau pédophile, qui a eu lieu en même temps que l’affaire d’Outreau, avec à la clé une soixantaine d’adultes condamnés, tous issus des classes populaires.

Le couple de pédocriminels présumés a été mis en examen pour des viols et violences sur les quatre enfants. Ceux-ci ont parlé de "sévices commis aux domiciles d’Angers, mais également de Saint-Barthélemy-d’Anjou, à l’est d’Angers, là où la famille habitait avant de déménage (…) Les enfants mettent également en cause d’autres membres de la famille pour des faits de même nature qui auraient été commis lors de périodes de vacances. Au Mans, où réside un frère d’un des parents. Ou en Vendée".

La famille était pourtant suivie par les services sociaux depuis 2011 via une AEMO (assistance éducative en milieu ouvert), et était placée sous curatelle renforcée.

Une semaine plus tard, on apprenait que deux frangins étaient condamnés à Nantes pour des atteintes sexuelles sur un enfant de 4 ans et pour non dénonciation.

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Rien d'exceptionnel, comparé aux crimes qui défilent dans les tribunaux pour des violences sexuelles graves contre des enfants, si ce n’est que ces deux-là, les frères Philippe et Didier R. (je ne mets pas le nom car leurs enfants, victimes, portent le même), ont déjà été condamnés en 2005 lors du procès du réseau pédophile d’Angers. Et ils ont obtenu un aménagement de peine en 2017.

Ils n'étaient sortis de prison depuis quelques mois seulement quand l’un d'eux a invité une amie, alcoolique sur les bords, avec son fils de 4 ans, alors que le suivi judiciaire leur interdit tout contact avec des enfants. L’agresseur a pris 10 ans, l’autre 36 mois de prison.

Alors qu’un grand nombre de psys considèrent que les violences sexuelles sont le crime qui entraîne le moins de récidive (car il se basent sur les chiffres de la justice qui condamne rarement les pédocriminels), la réalité semble transpirer derrière cette histoire : un pédophile agit dès qu’il en a l’occasion, qu’il soit ou non en état de récidive. Car les peines sont loin d’être dissuasives (9 ans en moyenne pour viol, sachant qu’ils sont libérables à la moitié de leur ‘peine’).

Un peu plus tôt dans l'année, près de 500 enfants ont été entendus suite à l'arrestation d'un pédo de 25 ans à Angers, pour des viols sur ses neveux et sur "des enfants de la région". Le type, doté d'un CAP petite enfance, trainait sur le Dark Net pour rencontrer d'autres pédos et organiser sur ses neveux des actes relevant de la "torture et barbarie".

 

Le procès d’Angers et les dossiers connexes

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Le procès du réseau pédophile d’Angers en 2005, c’étaient 65 accusés et 45 enfants victimes, âgés de 6 mois à 12 ans. L’enquête avait été ouverte suite à une plainte déposée en novembre 2000 par une adolescente de 16 ans, pour des faits survenus entre 1991 et 1993 visant les frères Joubert. Les faits incriminés, pour la justice, s’étendaient de janvier 1999 à février 2002.

A l’origine du réseau qui s'est constitué à Angers, il y avait un pédophile déjà condamné, un certain Eric Joubert, qui fréquentait le coupe V. (Franck et Patricia) depuis sa sortie de prison. Assez vite, les viols des enfants V. puis d'autres enfants de l'entourage deviennent un business, et madame tient la caisse.

A Angers, trois "pôles" de proxénètes d’enfants ont été identifiés : Eric Joubert et son frère, le couple V (Franck et Patricia), et deux autres frères, Didier et Philippe R., qui viennent donc d’être à nouveau condamnés à Nantes. Il y aussi des auteurs qui n’ont jamais été identifiés, des films qui n’ont jamais été retrouvés, des dossiers qui ont été séparés du dossier principal…

2019-06-16 21_36_59-[Réseau de pédophilie à Angers] - YouTube - Opera

Ce sont Eric Joubert, également père de famille, et son frère, que l’adolescente a dénoncés en 2000. A ce moment, Eric venait de purger 2 ans de prison pour des abus sur mineur et était placé sous curatelle, et son frère faisait de son côté 10 ans de prison.

Plusieurs pédophiles déjà condamnés (une dizaine tout de même) ont été identifiés parmi les abuseurs, ce qui avait à l’époque, vaguement, posé la question du "suivi" des pédocriminels après leur libération. Autant dire qu’il n’y en avait pas, et cela n’a pas changé.

Une dizaine d’individus parmi les accusés avaient déjà été condamnés pour des faits de pédophilie, comme une certaine Margaret D. amie d’enfance de Franck V., avait été condamnée en 1996 à 2 ans de prison pour des violences sur ses enfants de 4 et 5 ans. Dans l’affaire d’Angers, elle a avoué avoir touché environ 400 F par semaine pour amener son fils chez les V.

2019-06-16 21_50_34-Le réseau pédophile d'Angers - YouTube - Opera

Ledit Joubert, en effet, ne perdait pas de temps : "Dès sa sortie de prison en mars 1999, alors qu'il était encore sous contrôle judiciaire, il aurait multiplié les concubinages avec des femmes fragiles, dont les enfants ont été victimes d'abus sexuels"précisait un article du Télégramme du 8 mars 2002.

On apprenait aussi lors du procès qu’une bonne partie des adultes accusés avaient eux aussi été victimes de violences sexuelles dans l’enfance, souvent par des gens de leur propre famille. Par exemple, le père de Franck V, Philippe, condamné à 13 ans de prison en 1991 (libéré en 1998) pour avoir violé son fils Franck lorsqu’il était adolescent, était l’un des accusés du procès d’Angers pour les viols de ses petits enfants[2]. De même que le beau-père de Patricia V, qui l’aurait violée quand elle avait 6 ans, ou encore Jean-Jacques R., le père des frères R., qui ont été nouveau mis en examen récemment.

2019-06-16 21_42_58-Le réseau pédophile d'Angers - YouTube - Opera

Il y a aussi Moïse C., reconnu travailleur handicapé en 1989 et placé sous curatelle depuis 2001, venait d’être condamné lorsque le procès s’est ouvert. Il avait pris 12 ans de prison en 2003, pour des viols sur mineurs, et deux ans pour des agressions sexuelles, toujours sur des enfants, l’année suivante. Sa défense était basique, mais elle s’est avérée efficace ailleurs : il ne connaissait pas le couple V., ni aucun des protagonistes de l’affaire.

Les accusés vivaient tous des minimas sociaux, excepté un journaliste et une assistante sociale. Et puis, il y avait ces notables : "Des accusés et des enfants décrivent des scènes avec des inconnus cagoulés, identifiés pour certains. Mais pas tous: nul ne sait qui sont les «costards-cravate» ni la «femme tatouée» dont parlent des accusés", précisait L’Express du 28 février 2005.

2019-06-16 21_48_39-Le réseau pédophile d'Angers - YouTube - Opera

Il y avait aussi le carnet de Franck V, avec des noms dans toute la France, ce qui est assez étonnant pour un type jamais sorti de son bled. Mais, on n'a jamais entendu parler d'autres procès ailleurs en France, en lien avec l'affaire d'Angers.

Mais, tout ce volet qu’on pourrait appeler le "second cercle", a été séparé de la procédure qui a été jugée en 2005. Il n’a rien donné par la suite, ce qui n’est pas sans rappeler le fameux "dossier bis" de l’affaire Dutroux, celui qui portait sur les complicités politiques et policières notamment, et qui n’a bien-sûr jamais été jugé. En Belgique où il s’agit d’une véritable spécialité, on appelle cela le "sauciçonnage" des dossiers.

A l’audience, Franck V. a gardé le silence sur la quasi-totalité des faits, il a refusé de donner les noms des clients, et Patricia s’est en grande partie rétractée, comme l’a fait Badaoui. Sauf que si on a cru Badoui quand elle a "innocenté" ses co-accusés, ce ne fut pas le cas à Angers.

2019-06-16 22_19_16-Lourdes peines au procès d'Angers - Opera

Quand il a été demandé à la "comptable  de la bande, Patricia V. (Franck ne savait pas compter), d’où venait l’argent, elle a cité Eric Joubert mais pour le reste, elle a déclaré " je ne peux pas parler…" malgré les nombreuses relances des magistrats et avocats.

Car des gens cagoulés ont défilé chez elle pour violer ses enfants, et ceux qui lui étaient amenés. Si certains étaient des proches connus des enfants, ce n'était pas le cas de tous ces individus masqués, selon la chef de la section de recherches qui a travaillé sur cette affaire.

Plusieurs des accusés ont mentionné les "cagoulés", par exemple un certain Georges, a évoqué ces cagoulés qui passaient chez les V., dont un type d’une soixantaine d’années avec un caducée au revers de sa veste. "Véronique R." a dit qu’elle aussi avait vu passer ces types chez les V. Il y avait aussi une femme, habillée de cuir, avec une cagoule en cuir et un tatouage.

Aucune preuve n’a été trouvée, mais certains accusés ont expliqué qu’une réunion a été organisée avec plusieurs protagonistes, dans le but de brûler toutes les photos et vidéos qui auraient pu être dérangeantes. Et quand les policiers ont tenté de perquisitionner un garage appartenant à Philippe V., celui-ci avait été fracturé et vidé.

Une quinzaine de lieux de débauche auraient été identifiés par les enquêteurs, aux domiciles des accusés notamment.

2019-06-16 21_37_37-[Réseau de pédophilie à Angers] - YouTube - Opera

Mais, comme dans l’affaire d’Outreau, aucune photo ni aucun film pédoporno n’ont été retrouvés.

Comme à Outreau, aucune rupture d’hymen n’aurait été identifiée chez les filles, ce qui n’est pas surprenant mais révèle juste que déjà à l’époque, les pédos savaient comment s’y prendre pour éviter de laisser des traces trop identifiables.

Comme à Outreau, c’est la femme la plus impliquée, en l’occurrence Patricia V., qui a confirmé les accusations et balancé le réseau, du moins une partie.

Comme à Outreau, les services sociaux suivaient la plupart des familles. Et selon le Christian Gillet, vice-président du conseil général chargé des affaires sociales "Dans la majorité des cas, il y a eu des signalements pour carences éducatives. Et quelques-uns pour suspicion d'abus sexuels". Plusieurs signalements ont été faits en 1999 et 2000, par l’école et la mère d’une des victimes, mais aucun n’a abouti bien que plusieurs pédophiles connus et même encore suivis[3] trainaient dans l’entourage des victimes.

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Comme à Outreau, les enfants étaient à peine défendus, avec un avocat pour 42 enfants, face à une soixantaine d’avocats pour les accusés.

Mais contrairement à Outreau, un tiers des accusés -au moins- ont avoué les faits qui leur étaient reprochés, même s'ils se sont souvent rétractés ensuite.

On constate qu’une première famille qui se met à vendre ses enfants inspire vite ses voisins, qui eux aussi veulent quelques billets. Patricia V a dit qu’ils récupéraient ainsi 1000 à 2000 F par semaine, pendant plus d’un an. Selon elle, ils n’ont pas tout de suite touché de l’argent, cela a commencé après quelques mois d’abus dans un cercle plus « confidentiel ».

Il s’agit de sommes assez importantes si on considère, comme le fait la justice, que la quasi-totalité des coupables vivaient du RMI et des allocations adulte handicapé.

61 personnes ont été condamnées en première instance, et à l’issue du procès en appel, le journaliste a été acquitté. 45 mineurs ont été reconnus victimes et indemnisés.

Ledit réseau d’Angers, bien qu’impliquant des gens qui n’avaient pas les moyens de se déplacer très loin, dépassait les limites du département.

2019-06-16 22_25_13-Pédophilie _ huit mises en examen en Mayenne - Opera

Ainsi en 2005, quatre des condamnés d’Angers –dont Franck V.- ont été mis en examen dans un autre dossier, en Mayenne, qui s’orientait "vers un réseau organisé" et qui a fait un peu de remous.

Si cette affaire avait fait l'objet d'une enquête, c'est à la suite de la dénonciation d'un informateur : "Cette seconde enquête a débuté sur la base d'une dénonciation adressée à la PJ d'Angers pendant que tous les médias couvraient l'audience en cours dans la ville. L'interlocuteur de la police judiciaire a expliqué en substance qu'il manquait des accusés dans la salle d'assises et a livré les noms des « absents », les nouveaux suspects. Les faits dénoncés se déroulant dans le secteur de Château-Gontier, en Mayenne", rapportait Le Parisien du 23 avril 2005.

Ils ont été jugés en appel à Laval 2010, pour "agressions sexuelles et de viols en réunion sur sept victimes, dont deux fillettes âgées de 1 et 6 ans à l'époque des faits", en huis clos à la demande de deux des accusés, qui étaient aussi des victimes dans ce même dossier.

2019-06-16 21_53_21-Le réseau pédophile d'Angers - YouTube - Opera

Les enfants (il avait entre 8 et 10 victimes) avaient entre 5 et 15 ans, et la période des faits était bien plus longue que pour Angers, puisqu’elle commençait en 1995 pour s’achever en 2002. Par ailleurs, grâce à l’argent des viols, le couple V. s’est payé trois semaines de vacances en Mayenne, ce qui est un choix de villégiature original dans cette région fort riche en termes de sites touristiques.

Le bilan de cette affaire, sur le plan judiciaire, est le suivant, rapporté le 18 mars 2010 par le quotidien 20 Minutes : "La cour d'assises de la Mayenne a condamné mercredi soir à 7 ans de prison l'un des deux principaux accusés d'agressions sexuelles et de viols en réunion sur sept victimes dont deux fillettes, une peine confondue avec une autre condamnation de 18 ans au procès d'Angers en 2005. L'autre principal accusé a bénéficié d'une relaxe alors que l'avocat général avait réclamé une peine de 12 ans de prison à son encontre. Deux autres accusés ont été condamnés à 5 ans de prison dont 3 avec sursis et un autre à 4 ans dont 3 avec sursis". 

 

Angers connection

2019-06-16 22_31_56-Un « couple diabolique » jugé aux assises pour le rapt d'Aurélia - Opera

D’autres affaires qui laissent supposer l’existence de réseaux, ou qui l’ont clairement montré, se sont déroulées dans la région.

A Jallais, à 20 km d’Angers et 10 km de Cholet, au début des années 2000, des parents du même profil défavorisé violaient et vendaient leurs enfants. En l’occurrence, la mère avait même emmené sa fille, âgée de moins de 15 ans, en Espagne pour la prostituer. D’autres adultes dont un gendarme avaient été entendus dans cette affaire.

En 2009, il y avait eu l’affaire Dominique Guillouche, qui a été renvoyé au tribunal pour 19 actes de pédocriminalité commis sur 18 enfants, entre 1996 et 2005. Ce type était tellement tranquille qu’il essayait carrément d'enlever les enfants dans les rues, dans la région de Cholet.

En 2005, il avait suscité la toute première alerte enlèvement pour avoir embarqué une fillette de 6 ans sur le parking de son école à Jallais. Le lendemain, Guillouche a libéré la petite dans une Cholet et il s’est rendu quelques heures plus tard, "Il a ensuite avoué spontanément les faits et une série d'autres tentatives d'enlèvements et agressions sexuelles commises sur des mineures depuis plusieurs années", précisait La Dépêche.

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Ce type dont le fantasme était "d’avoir une petite fille à la maison qui serait un jouet" afin de "pouvoir la mettre enceinte" a finalement pris 20 ans de prison, sa femme, déficiente intellectuelle, 12 ans.

En fait, le duo était un couple dans le style des Fourniret : entre 1994 et 2005, donc, "Dix-huit fillettes, âgées de 2 à 14 ans, ont été enlevées et violées par ses soins, plusieurs fois avec la complicité d’Alfréda Deneux, son ex-femme. Les victimes étaient les enfants d’amis ou de relations du couple, ou des fillettes croisées au hasard des « chasses » en voiture de Dominique Guillouche sur les routes de Nantes ou d’Angers, dans l’ouest du pays".

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Bien-sûr, le couple aurait raté tous ses enlèvements, sauf le dernier qui a permis de les arrêter. Guillouche a pris 20 ans, avec 14 ans à faire de manière certaine, et elle a pris 12 ans dont 8 obligatoires. Ils se sont tous les deux désistés de leur appel.

Me Jacques Monier, qui a défendu 42 enfants d’un coup dans l’affaire d’Angers (cet avocat doit faire des miracles pour si bien défendre autant d’enfants face à une soixantaine d’accusés et leurs avocats [4]), est aussi intervenu dans des dossiers similaires puisqu’il est nommé par le Conseil général pour s’occuper des mineurs placés à la charge des services sociaux. Mais il ne voyait dans la multiplication des dossiers sordides dans la région que "malheureuse coïncidence".

Plusieurs articles de presse ont évoqué une affaire de pédocriminalité à Jallais au début des années 2000 : un couple qui avait violé ses quatre filles, et qui a pris 16 ans (pour elle) et 12 ans (pour lui) de prison. C’est Me Monier qui défendait les filles.

2019-06-16 22_38_21-Témoignage Véronique Liaigre victime d'un réseau pédo-satanique à Agen 05

"L'instruction a révélé les viols et agressions sexuelles perpétrés contre les filles de ce couple. L'aînée et la cadette, âgées de 15 et 13 ans, avaient subi le plus de violences, la mère ayant même emmené l'une d'elles en Espagne où elle a été prostituée. Lors de l'enquête, deux autres adultes, dont un gendarme, muté par la suite, avaient été inquiétés. Condamné par la cour d'assises d'Angers, le couple a été rejugé en appel en 2002 dans la Sarthe", explique l’article du 25 novembre 2005.

L’avocat mentionnait encore une autre affaire à Baupréau, juste à côté de Jallais, "un réseau impliquant une vingtaine de personnes". En 1994, en effet, une mère de famille qui avait prostitué ses filles, son fils et une nièce à Baupréau a été condamnée à 13 ans de prison.

Mais revenons sur le couple de Jallais, Georges et Marie-Pierre, qui avait violé ses quatre filles. Parce que cette affaire a bien failli faire scandale au début des années 2000, quand l’une des filles du couple, Véronique, a pris la parole publiquement pour dénoncer la secte et le réseau pédocriminel dans lesquels ses parents l’avaient plongée. Elle a parlé d’enfants nés sans être identifiés administrativement, de meurtres dont l’un qu’elle aurait dû commettre elle-même.

Zandvoort

Véronique s’est aussi reconnu parmi les images d’un des CD Roms de l’affaire Zandvoort, comme plusieurs dizaines d’enfants français. "Sur la photos, elle serait âgée de 10 ans. Elle désigne également cinq mineurs qui seraient des camarades d'enfance. Ces photos auraient été prises alors qu'elle vivait à Angers", selon La Dépêche. Mais on sait tous que le procureur Yvon Tallec a clos l’affaire Zandvoort en France en 2000 en déclarant que les enfants étaient consentants.

Véronique avait aussi donné un élément d’information par rapport à la disparition de la petite Marion Wagon, mais l’enquête n’aurait rien donné [5].

Il ne s’agissait pas seulement d’inceste dans cette affaire, mais bien d’inceste et de proxénétisme, accompagnés d’actes de torture, le tout entre 1984 et 1997. Mais les faits les plus graves, ceux qui amenaient inévitablement vers l’existence d’un réseau, ont été écartés. "Poursuivis notamment pour des faits de viols, proxénétisme et agressions sexuelles répétées sur leurs filles entre 1984 et 1997, le père et la mère encourent tous deux vingt ans de réclusion criminelle. Le couple avait vu son procès renvoyé en octobre 2000, après la découverte à Amsterdam (Pays-Bas) d'un CD-ROM pédophile", rapportait Le Parisien du 16 novembre 2001.

2019-06-16 22_39_06-Témoignage Véronique Liaigre victime d'un réseau pédo-satanique à Agen 05

Et miraculeusement, les charges de proxénétisme ont été abandonnés suite à l’apparition de l’affaire Zandvoort dans le dossier.

C’était Véronique, âgée de 17 ans, qui avait dénoncé ses parents en 1997. Mais deux signalements avaient déjà été effectués auparavant par des travailleurs sociaux qui, là aussi, suivaient la famille. L’un de ces signalements faisait suite à une information du proviseur du collège de l’aînée des filles. C’est aussi  grâce à un travailleur social, peu regardant par la suite, que Georges avait obtenu un travail de jardinier.

Véronique a donc parlé de viols commis par ses parents et par "des amis" de ses parents. En janvier 2002, Le Parisien relatait les propos tenus par Véronique devant les policiers : elle "explique qu'elle a participé à des messes noires à Nanterre (Hauts-de-Seine), à Bruxelles et à Londres lors desquelles elle et d'autres enfants auraient subi des sévices sexuels par des adultes. Ses parents l'auraient « louée » pour des gens beaucoup plus fortunés". Elle a évoqué des sacrifices humains, dans le Maine-et-Loire et dans la région d’Agen, et a précisé que la secte de dingues relevait du martinisme, un dérivé de franc-maçonnerie et de christianisme qui verse également dans l’occultisme.

Satanic ritual

D’autres enfants étaient victimes, a-t-elle encore expliqué devant les caméras de TF1 en juillet 2001, et certains étaient sacrifiés. Elle décrit des rituels, qui avaient lieu chaque 21 du mois, avec du sang d’un animal mis dans une coupelle, et "qu’on verse sur la tête".

Selon Véronique, ces adultes "vendaient leurs enfants" parce que "ça rapporte", "puisqu’un enfant qui a moins de 8 ans vaut 22.000 F". A Agen elle a vu tuer des enfants Noirs. Ailleurs, c’étaient des enfants issus de viols, non déclarés, ou des enfants de filles mineures qui ont été accouchées discrètement.

Elle explique qu’en 1994 à Cholet, elle et deux de ses amies ont dû tuer un enfant, sous la menace d’une arme. Et qu’elles l’ont tué parce qu’ils "l’auraient fait avec encore plus de violence" et les auraient torturées. Celui qui tenait l’arme, elle le cite mais le nom est "bipé", était "celui qui dirigeait la gendarmerie". Elle déclare aussi que des juges couvrent le réseau, d’après un email sur lequel elle est tombée, à propos d’un transfert de fonds d’un membre du réseau vers un juge.

Véronique a été placée, et transférée du Maine-et-Loire à Agen, dans un foyer qui était fréquenté par des pédophiles.

 


Ce que dit Véronique peut sembler étonnant, voire "incroyable". Mais j’ai reçu le témoignage d’une autre victime de réseau pédocriminel, du côté de Cholet (10 km de Jallais), dans les années 80, début 90. Là aussi il est question d’enfants violés, déplacés à travers le pays. Ce témoin a aussi parlé de partouzes avec plusieurs adultes et d’autres enfants, en toute impunité, et de meurtres.

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A l’hôpital psychiatrique du coin, toujours selon ce témoin, la plupart des enfants étaient là pour les mêmes raisons, c’est-à-dire les abus qu’ils subissaient dans le cadre de ce réseau. Mais les psys ne les croyaient pas, apparemment, et se contentaient de les mettre sous cachets.

Plusieurs des copines de cette personne, qui étaient aussi violées dans le cadre de ce réseau, sont passées elles aussi par cet hôpital psychiatrique. La mère et le beau-père du témoin passaient chercher les copines de leur fille, qu’ils utilisaient comme appât. Ils les emmenaient en divers endroits, pour des viols et des partouzes, et les enfants étaient drogués systématiquement. Cette activité assurait un certain train de vie à la famille.

Il est intéressant de noter que ce réseau n’a jamais fait l’objet d’investigations, et qu’il n’y a donc aucune raison pour qu’il ait cessé d’exister, bien au contraire.

Il ne serait pas surprenant que certains des pédocriminels du réseau d’Angers aient été victimes du même réseau que Véronique et ce témoin, lorsqu’ils étaient enfants.

 

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Il semble bien que l'affaire du réseau pédocriminel d'Angers n'est pas close, tant les pédos sont incorrigibles. Aucune peine de prison, aucune "thérapie", aucun suivi ne peut les faire changer, et ceux-là ont encore montré qu'il se remettent à agresser des mineurs dès qu'ils sortent de prison.

Plus grave; on comprend que tous les coupables n'ont pas été renvoyés au tribunal, et qu'on en est probablement très loin, et que plusieurs "réseaux" émergent dans cette région depuis vingt ans, sans que jamais cela ne soit pris pour tel. Les enquêtes restent sous dimensionnées pour répondre à la nécessité de mettre à jour un réseau structuté. Mais, il est vrai que cette hypothèse fait tellement peur à la justice qu'elle n'a vu dans les photos de Zandvoort que des sosies, qu'elle a laissé tomber le dossier des cagoules, qu'elle a oublié les faits de proxénétisme dans le cas du couple de Jallais, et ainsi de suite.

En attendant, les enfants trinquent, quant aux réseaux ils se renforcent et s'étendent.



[1] Selon Ouest France du 8 juin 2019, « Le procureur d’Angers, Yves Gambert, ne souhaite pas la commenter. « Il s’agit d’un dossier d’instruction, couvert par le secret, et pour lequel il est tout à fait prématuré de rendre publics des éléments objectifs de la procédure. » »

[2] Il n’a jamais avoué de viols sur d’autres victimes que sa petite fille, Marine, la principale victime, ni jamais cité d’autres adultes comme abuseurs. Au procès il a avoué un viol sur sa fille quand elle avait 7 ans, et était accusé d’avoir violé le fils de cette dernière.

[3] Mais à cette époque le seul juge d’application des peines d’Angers suivait plus de 2000 personnes.

[4] Un autre avocat, Alain Fouquet, représentait « une dizaine d’enfants et les services sociaux »…

[5] Selon la Dépêche du 7 juillet 2001, après avoir quitté son foyer, Véronique a été hebergée chez des gens où elle a entendu une conversation téléphonique au sujet de Marion : «Elle (ndlr: la pédophile) était à l'étage, moi j'étais dans sa chambre en bas, j'ai donc décroché le téléphone dans sa chambre et j'ai entendu un homme que je connais, Walter, qui a demandé plus d'argent, sinon il allait tout dénoncer à police. Il disait lui-même: ''De toute façon, ce n'est pas moi qui irai en prison, ce n'est pas moi qui l'ai tuée, je n'ai fait que l'héberger six jours sous vos ordres''. ». A TF1, elle a expliqué que le type au téléphone disait qu’il avait gardé la fillette six jours et réclamait davantage d’argent sinon il balançait tout.

06 juin 2019

Violences sexuelles contre les mineurs : la situation devient catastrophique, Schiappa regarde ailleurs

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A nouveau, il est temps de revenir sur le phénomène de la pédophilie en France. Parce que, toutes les associations et tous les citoyens engagés dans ce combat le savent : la situation s’aggrave. Non seulement les victimes sont de moins en moins entendues par la justice, mais en plus l’arsenal législatif contre les parents protecteurs, en général les mères, se renforce. Mais tout cela correspond à une tendance générale, qui fait de l’enfant un objet.

 

A la rentrée, nous apprenions grâce à un article du Monde qu’en 10 ans le nombre de condamnations pour viol avait chuté de 40%, alors que le nombre de plaintes n’a cessé d’augmenter.

Je ne vais pas revenir sur les chiffres, mais citons-en un récent : en 2017 les parquets ont classé sans suite 76% des plaintes pour viol. On parle des plaintes pour viols sur adultes ET sur mineurs.

Depuis des années, nous attendons une étude sérieuse sur le taux de "mensonges" par les enfants qui dénoncent des abus sexuels. Bien-sûr elle ne vient pas, et nous devons nous contenter de chiffres canadiens et des Etats-Unis, qui tous situent ce taux en dessous de 8%, et les mensonges à l’initiative des enfants encore bien en-dessous, voir à zéro.

Nous avons donc un problème, et la justice laisse en liberté sans même enquêter sérieusement des milliers de pédophiles chaque année.

viols mineurs évolution

De plus en plus de plaintes sont déposées, et en mars on a explosé les plafonds avec 1800 plaintes pour viol sur mineur. Certains osent se réjouir, déclarant un peu vite (car aucune étude n’a été menée, comme toujours en la matière) que cette augmentation est due au fait que les victimes portent davantage plainte [1].

Selon moi, si le nombre de plaintes augmente malgré un traitement désastreux des victimes par la justice, c’est parce que le nombre de victimes augmente. Ce serait là le résultat logique de l’impunité qui règne, particulièrement depuis le fiasco de l’affaire d’Outreau : 12 enfants reconnus victimes, pour certains de proxénétisme, et 4 coupables, dont 2 pour faits relativement mineurs. Le fiasco d’Outreau, c’est l’omniprésence des théories de la défense des acquittés, au mépris de la parole des victimes, des enfants qui n’avaient pas accès à cet espace médiatique envahi par les Dupont & co. 

Le nombre de victimes augmente certainement, dans cette société du porno accessible gratuitement avec un simple téléphone où, il faut le savoir, la moitié des condamnés pour viol sur mineur sont eux-mêmes des mineurs. Eh oui, les adultes n’avouent pas et passent presque toujours entre les mailles du filet.          

 

Aujourd’hui, les choses s’aggravent et pour plusieurs raisons :

1. La loi schiappa

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Cette loi est un désastre. Une des volontés de Schiappa à l’origine était d’introduire la notion d’ "atteinte sexuelle avec pénétration". C’est-à-dire qu’un type adulte qui violait un mineur avec pénétration pouvait être accusé non pas de viol mais d’atteinte sexuelle, ce qui implique, pour les juges, le consentement de la victime.

Ce délire a été retiré du projet de loi par Schiappa et Belloubet en juillet suite aux mises en garde des associations. 

Oui mais voilà : le constat est que nombre de décisions judiciaires récentes montrent que les juges font comme s’il était passé dans la loi.

Pourquoi ? Parce que dans la définition du viol, qui est un acte de pénétration par violences, contrainte, menace, surprise, a été complexifiée encore davantage en ce qui concerne les mineurs. La loi Schiappa introduit la notion de "discernement" ou d’ "abus de vulnérabilité" en ce qui concerne les viols sur mineurs.

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Donc s’il n’y a pas "violence, contrainte, menace ou surprise" dans le cas d’un viol sur mineur (ce qui est rare puisqu’un enfant étant vulnérable et facilement manipulable, les prédateurs recourent rarement à ces méthodes), eh bien le juge évalue si le mineur avait le "discernement".

Si le juge considère que le mineur avait le "discernement" (pour quoi faire, on se demande bien), alors le viol devient une simple "atteinte sexuelle" (qui passe à une peine potentielle de 7 ans, la blague). C’est ce que l’on a vu, d’autant plus que la loi Schiappa permet de requalifier un viol en "atteinte sexuelle" jusqu’à la fin de la procédure.

C’est arrivé très vite, avec des cas déjà évoqués comme cette mineure de 14 ans, violée par plusieurs pompiers alors qu’elle était, en plus, en était de vulnérabilité, dont la procédure a été requalifiée en "atteinte sexuelle", ou la petite de 12 ans à Roubaix, deux "requalifications" survenues à la rentrée 2018. Cela arrivait déjà avant la loi Schiappa (Cf. Affaire de la fillette de 11 ans à pontoise, violée par un inconnu mais considérée comme consentante par la justice), mais ce nouveau texte va encore faciliter la minimisation des faits.

 

2. Pas d’âge de consentement : open bar pour les pédophiles

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Le refus français de considérer l’absence de consentement pour un mineur à avoir des relations sexuelles avec un adulte est une véritable honte. La notion de majorité sexuelle existe bien en droit, mais elle est complètement bafouée par les lois, tant les exceptions sont devenues la norme.

Aujourd’hui, pour que la justice considère qu’un ou surtout une mineure a été violé(e), il faut des traces.

Ce que les anglais appellent le "grooming", qui consiste pour un adulte à mettre sous emprise un mineur à des fins sexuelles, n’existe pas en France. Que les pédophiles ciblent en particulier des mineurs vulnérables, si possible isolés, eh bien cela ne compte pas. L’état de sidération, la dissociation ne comptent pas, l’incapacité à percevoir le danger et ce qu’il se passe non plus, enfin bref notre justice est toujours au Moyen-Age dans ce domaine.

Alors que d’autres pays relèvent l’âge de la majorité sexuelle/ âge de consentement [2], que même le Vatican a fixé un âge de consentement, même s’il est à 12 ans, eh bien dans notre pays des droits des pédophiles, il n’est pas question de fixer un âge en-dessous duquel un adulte a l’interdiction absolue de rechercher des relations sexuelles ou sentimentales avec des mineurs.

Pourquoi ?

Ces gens protègent-ils des pédos ? Y a-t-il parmi eux des pédocriminels ? L’impunité est telle dans ce pays qu’il est hélas impossible de l’affirmer ou de l’infirmer.

Est-ce –aussi- parce que 99% des condamnés pour violences sexuelles sont des hommes ?

Ou est-ce parce que nous sommes dans un pays qui n’est plus une démocratie, et où la justice montre des pratiques relevant souvent davantage des grandes familles calabraises que d’institutions démocratiques voire judiciaires ?

 

3. Peu de condamnations, dérisoires

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Si les médias mettent facilement en avant les peines importantes, et encore, surtout dans le presse car la télé et la radio semblent boycotter ces affaires quand elles ne touchent ni l’Eglise ni l’école, les condamnations moyennes sont loin d’être dissuasives.

Il faut déjà savoir qu’en France, on est libérable à la moitié de sa peine (le tiers en Belgique). Et qu’en dessous de 2 ans de prison, la justice a pour instruction d’aménager les peines, c’est-à-dire d’éviter la prison et de mettre par exemple un bracelet électronique et un contrôle judiciaire.     

La condamnation moyenne pour viol est de 9 ans ½ (majeurs et mineurs confondus car la justice semble éviter de ventiler les deux).           

En matière d’"agression sexuelle" (et il faut savoir qu’un paquet de viols sont requalifiés en "atteintes sexuelle", qui sont des délits et non des crimes, afin d’envoyer la procédure en correctionnelle et pas aux assises), la moitié des "condamnés" bénéficient même un "sursis total". Peut-on encore dire que les agressions sexuelles sont sanctionnées dans ce pays ?

Les chiffres à retenir sont simples, pour évaluer l’ampleur de l’horreur dans ce pays. D’après les données 2016 :

  • 8184 plaintes pour viol sur mineur déposées.
  • 352 condamnations pour viol sur mineur de moins de 15 ans (en France à partir de 15 ans les viols sont considérés comme des viols sur majeur) en 2016 (dont une moitié de condamnés mineurs, comme on l’a dit). On peut éventuellement ajouter les 152 condamnations pour viols par ascendant ou personne ayant autorité.

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Alors certes, une partie des viols sont correctionnalisés, c’est-à-dire jugés comme des délits, au tribunal correctionnel, et les "peines" vont avec. Mais sur ces 8184 plaintes pour viol sur mineur, 74, 75, 76% selon les années ont été classées sans suite, directement.

Les condamnations sont donc très rares, même quand les faits sont dénoncés et l’auteur parfaitement identifié. La justice est indigente, on le sait, on le subit. Mais on ne peut plus laisser dériver cette justice dans les bas-fonds des classements des pays dits "démocratiques" parce qu’il s’agit de milliers d’enfants chaque année qui sont broyés par le système judiciaire.

Et pour éviter que les médecins qui recueillent la parole des enfants ne fassent des signalements, une mission du sénat vient de décréter qu’il ne fallait surtout pas les obliger à signaler les faits lorsqu’ils sont au courant de violences sexuelles – ou autre – sur un enfant. Si 5% des signalements sont faits par des médecins (à ce propos remercions l’école qui fait la plupart des signalements) c’est parce qu’ils ne sont pas encouragés à le faire, et qu’ils en sont même dissuadés par des procédures bâillon [3].

Quant au nombre de pédophiles, il paraît évident qu’il augmente puisque la pédopornographie est partout, que l’impunité règne, et que la pire perversion devient une valeur morale.

 

Derrière les classements sans suite…                                                                                             

Source Le Monde

Ce que nous constatons (je parle de ceux qui entendent des parents protecteurs désespérés toute l’année, depuis souvent des années), c’est qu’en matière de reconnaissance des violences sexuelles contre les mineurs, la situation s’aggrave.

En effet, on observe qu’entre le moment où une plainte est déposée par le parent protecteur (presque toujours la mère, mais parfois ce sont des pères) pour des actes sexuels commis sur l’enfant par l’autre parent, et le moment où cet enfant est placé chez le parent abuseur, il ne se passe plus que quelques mois, environ 4 à 6 mois.

Il y a encore quelques années, ce processus -qui aboutissait au même résultat- prenait beaucoup plus de temps. Il y avait un semblant d’enquête, on devait encore tenir plus ou moins compte de certaines pièces, on devait encore passer par la case "placement", etc. L'enfant n'était pas envoyé aussi rapidement chez le parent qu'il avait dénoncé.

Aujourd’hui, le processus est très simple et très rapide :

  1. Le parent porte plainte
  2. La plainte est classée (quel que soit le nombre de signalements, attestations, certificats médicaux et informations préoccupantes dans le dossier)
  3. On place l’enfant chez celui qu’il a dénoncé.

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Cela peut sembler aberrant, et ça l’est. Mais dans la logique judiciaire, rien à redire : puisque la plainte est classée sans suite, il ne s’est rien passé. Les accusations sont donc des affabulations. Une expertise psychiatrique et souvent une enquête sociale à charge contre le parent protecteur permettent ensuite au juge de dire que ce parent manipule l’enfant, ou "plaque ses peurs", ou est "insécurisant", ou est "trop anxieuse", etc. Du coup, il faut protéger l’enfant, et c’est là que les juges décident de placer l’enfant chez le parent abuseur, qui, pour le coup, est considéré comme une victime.

Autre constat : les sanctions contre les parents protecteurs et les enfants qui parlent, car il faut appeler un chat, un chat, s’alourdissent. En effet, il est devenu systématique de couper tout lien entre l’enfant et le parent protecteur, et en général ils ne peuvent se voir qu’à l’occasion d’une heure de visite médiatisée, c’est-à-dire en présence d’un éducateur le plus souvent hostile.

Le deal (et si ça n’en est pas un, cela y ressemble beaucoup) est en gros le suivant : si le parent protecteur et l’enfant se taisent et font comme si tout allait bien, alors on leur donne le droit de se voir un peu plus longtemps. Deux heures, puis deux heures par semaine. Après des mois il est possible d’obtenir des samedi après-midi, puis après des mois encore des week-end.

Mais, très souvent, les visites médiatisées n’ont pas lieu. Le parent protecteur n’a même plus son mot à dire pour l’école ou les soins de l’enfant, même quand il a encore l’autorité parentale, ce qui n’est pas toujours le cas.

On constate que les liens sont généralement coupés au maximum par le parent accusé, sans que la justice ne réagisse.

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Ce sont les affaires d’enfant broyés. Celle de Marie, 5 ans, confiée à la garde exclusive de son père, peu après avoir dénoncé des viols, et cela malgré plus de 8 signalements de professionnels qui tiraient la sonnette d’alarme auprès de la justice.

C’est l’affaire de Liam, 6 ans aujourd’hui, confié depuis 1 an à la garde exclusive de son père, peu après avoir dénoncé des agressions sexuelles de sa part. Il ne voit plus sa mère qu’une heure de temps en temps en visite médiatisée.

C’est l’affaire de Léo, Max, Neo, 4 et 5 ans, confiés à un père, condamné pour violences familiales et poursuivi pour viols sur mineurs. Leur mère a le plus grand mal à avoir de leurs nouvelles, ses plaintes ne sont pas prises en compte.

C’est l’affaire d’Alban, 12 ans aujourd’hui, qui a lui aussi dénoncé des abus sexuels commis par son père, mais que la justice tente encore d’obliger à voir, depuis des années de procédure.

C’est encore l’affaire de Julien et Jérôme, confiés à la garde exclusive de leur père après avoir dénoncé des viols et actes relevant de la torture commis par cet homme. Depuis deux ans ils ne voient plus leur mère, qui a récemment perdu l’autorité parentale.

C’est l’affaire de Paul, 5 ans, qui doit être confié à la garde exclusive de son père dans quelques jours, là encore parce qu’il a dénoncé des agressions sexuelles et que la plainte de sa mère a été classée sans suite.

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On pourrait encore continuer cette liste, qui ne cite que des affaires récentes et en cours. Dans tous ces dossiers, il y a des éléments clairs qui devraient au minimum entraîner des mesures de protection le temps de faire une enquête. Au lieu de cela, les plaintes sont classées sans suite et tout, pour cette justice, se résume alors à un "conflit parental", entretenu évidemment, selon les intervenants dans la procédure, par le parent protecteur.

Il est évident qu’une fois chez le parent abuseur, l’enfant ne va plus parler. C’est pour la justice la preuve qu’il va bien.

Mentionnons aussi l’incompétence crasse de nombre d’intervenants, experts, éducateurs, magistrats, avocats. On a déjà entendu une assistante sociale dire à un enfant qui venait de dénoncer des violences sexuelles de son père : "mais tu sais, ton papa il t’aime". Et ainsi de suite.

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Ou une soi-disant experte psy qui demande 20 fois à une fillette de 4 ans : "C’est maman qui t’as dit de dire ça ?". Si l’enfant répond oui, tout simplement parce qu’en arrivant sa mère lui a dit de tout dire à la dame, eh bien la psy s’empresse de dire que les accusations viennent de la maman, qui oblige l’enfant à dire n’importe quoi. Ce procédé est un classique, on l’a tous vu plusieurs fois dans des "expertises". Souvent, les rapports et expertises tordent tellement la réalité qu'on se demande si ces gens mentent éhontément ou pensent vraiment ce qu'ils écrivent.

On a vu aussi des tas d’expertises faites par des gens qui ne sont pas habilités à le faire. Des audiences qui se tiennent sans que le parent protecteur n’en soit informé. Des plaintes qui se perdent. Des signalements qui se perdent. Des refus de prendre des plaintes, de plus en plus. Des mensonges de nombreux intervenants et des partis pris, des vices de procédure, on en a vu dans tous les dossiers.

Cela n’est pas propre au domaine de la pédocriminalité, mais les conséquences pour le coup sont catastrophiques à l’échelle de la société toute entière.

 

Et pour la suite ?

Pour la suite, je ne peux qu’appeler, même si je sais que c’est difficile, à davantage de solidarité entre les parents protecteurs. Il faut que les uns aillent soutenir les autres. Nous ne pouvons pas faire grand-chose autrement.

Du côté du gouvernement, nous sommes face à une irresponsable, qui Tweete plus vite qu’elle ne pense. Elle ne cesse de dire des contre-vérités pour défendre une loi indéfendable dont nous attendons impatiemment l’évaluation qu’elle nous promet.

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Comble du cynisme : alors que des personnes compétentes étaient en lice, la micronie a choisi un type sorti de nulle part et sans compétence aucune en la matière, pour officier en tant que "secrétaire d'État chargé de la Protection de l'enfance" dans le ministère de Buzyn.

En 6 mois il n’a rien fait, strictement rien, pour répondre aux problématiques créées par cette loi schiappa. D’ailleurs, c’est toujours elle qui semble avoir la main sur le sujet. Et on s’interroge : qui la conseille ? Car ce ne sont pas les spécialistes de la victimologie, les associations de victimes ou de femmes qui ont son oreille. 

Bref, aucune initiative intelligente ne viendra de ce gouvernement.

En attendant, la broyeuse passe à une échelle industrielle. C’est à tel point que nous sommes nombreux à penser qu’il ne s’agit pas de « dysfonctionnements » ou d’ « erreurs » mais d’un véritable système. La question qui fait peur alors est de se demander pourquoi les pédophiles bénéficient-ils d’autant de soutien par les systèmes législatif et judiciaire ? Pourquoi les enfants sont-ils considérés comme des objets, et leurs mères avec ?

Il est facile de prédire que la situation va encore s’aggraver. Probablement jusqu’à une dépénalisation, puis une légalisation de la pédocriminalité.

L’idée n’est pas d’effrayer, mais de dresser un constat lucide de l’évolution des choses ces dernières années, particulièrement depuis 2006 et le massacre d’Outreau. Et avec une accélération du processus depuis un an ou deux.

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La France est régulièrement rappelée à l’ordre par la cour européenne des droits de l’homme pour des atteintes aux libertés et aux droits de l’homme, souvent par la police et la justice. En octobre 2018 le rapport de la Commission Européenne pour l'Efficacité de la Justice montait que le budget de la justice en France (65,9 euros par an et par habitant) est la moitié de celui de l’Allemagne, ce qui entraîne un sous-effectif et, du coup, des classements à la pelle et des investigations a minima et c'est particulièrement grave quand il s'agit d'enfants.

On va nous vendre la justice "restaurative" ou "réparatrice" comme le remède miracle, alors qu’il s’agit uniquement de vider les tribunaux et les prisons. Mais jamais il ne sera réellement question de prendre en compte l'ensemble des victimes, et de sanctionner l'ensemble des agresseurs. l'objectif, on l'a compris n'est pas là.

C'est à nous de réagir, mais chacun est pris dans sa procédure et pourtant il est indispensable de se mobiliser pour se soutenir les uns les autres. Nous subissons un Etat qui n'en a rien à faire des enfants, des victimes, des droits des femmes et des droits humains en général. Le processus ne va pas changer, surtout quand on compte le nombre de pédophiles qui gravitent autour de la micronie. Le seul moyen de changer les choses est d'établir un rapport de force, et cela passe par une mobilisation dans les tribunaux, clé de voûte du système qui donne finalement tous les droits aux pédocriminels.

 

Pédophilie | Agenda Anti Pédocriminalité

Agenda des mobilisations de soutien dans les affaires de pédocrminalité / pédophilie / inceste

https://nopedozone.wixsite.com





[1] Et encore, il est communément admis que moins d’une victime sur cinq porte plainte.

[2] Même un pays qui est compétition avec la France pour la première place des Pédolands, la Belgique, a relevé l’âge du consentement en 2018, pour le mettre à 16 ans. Les « peines », qui étaient véritablement indignes, ont été un peu alourdies. En Espagne où l’âge légal pour se marier est passé de 14 à 16 ans, et l’âge de consentement à des relations sexuelles passe de 13 à 16 ans. En 2008, c’est le Canada, qui augmentait l’âge de consentement, là aussi de 14 à 16 ans.

[3] L’affaire de la pédopsychiatre Catherine Bonnet est exemplaire. Suite à des signalements pour des abus graves sur des enfants, les pères ont porté plainte contre elle. Des persécutions via l’ordre des médecins ont abouti à une interdiction d’exercer. En 1999, l’ordre des médecins a fini par admettre qu’elle n’avait enfreint aucune règle.

01 juin 2019

Réseaux pédocriminels en Irlande : 30 ans d'omerta par les autorités

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Les médias nationaux irlandais évoquaient le 19 avril l’ouverture d’une enquête judiciaire sur l’existence d’un réseau pédophile actif dans les années 80 dans le comté de Fermanagh, en Irlande du nord. Plusieurs victimes se sont fait connaître ces dernières semaines, et toutes évoquent l'existence d'un réseau pédophile dans la région, centré autour d'un chauffeur de bus. 

Du côté de l'affaire du réseau du Kincora, les liens avec les barbouzes anglais qui terrorisaient les républicains Irlandais deviennent évidents, le tout avec la protection du MI6.

 

L'affaire a été étouffée, comme le montrent les derniers éléments de l'enquête menée par des journalistes locaux. La police vient par exemple d'admettre (ce que l'on savait déjà puisque des victimes ont tenté de dénoncer les faits) qu'elle était au courant des accusations d'agressions sexuelles et viols sur mineurs qui pesaient contre le chauffeur de bus.

Le principal accusé par ces victimes est un ancien chauffeur de bus, David Sullivan, qui a été retrouvé assassiné en 1998 lors d’une vague d’accusations contre divers pédophiles. Ce crime est resté impuni.

Si des victimes se sont mises à parler dans ce pays où l’omerta est très prégnante, c’est parce qu’un média local, l’Impartial Reporter, s’est mis à enquêter sur les abus sexuels commis depuis des dizaines d’années dans le pays.

 

L’affaire Sullivan

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David Sullivan avait agressé des mineurs, notamment ceux qu’il transportait dans son bus, jusqu’à son meurtre en 1998. Une de ses victimes aujourd’hui âgée de 45 ans a expliqué récemment à la police que Sullivan l’avait agressé une douzaine de fois quand il avait 12-13 ans. Il l’a aussi vu agresser d’autres garçons. Apparemment, Sullivan se baladait dans son bus un peu partout dans le secteur, à la recherche de victimes qu’il embarquait sans se soucier de rien.

D’après les médias, en première ligne l’Impartial Reporter, Sullivan avait le profil parfait du prédateur isolé, n’ayant pas vraiment de vie, il n’avait que sa vieille mère, disait-on, et passait ses journées seul. Et puis alors que des accusations contre lui commençaient à parvenir jusqu’aux forces de police, Sullivan a disparu un jour d’août 1998. Très vite, les enquêteurs ont considéré que Sullivan avait été liquidé.

Son corps a été retrouvé le 3 février 2000 dans la campagne à la frontière avec l’Irlande, et le ou les meurtriers courent toujours. Il a été tué le crâne fracassé, puis décapité.  En décembre 2002, deux types âgés de 23 et 24 ans ont été arrêtés dans le cadre de l’enquête sur le meurtre de Sullivan, pour avoir dissimulé des informations mais pas pour le meurtre.

En 2009, un autre type a été suspecté du meurtre de Sullivan, et qui a été placé un temps en détention, affirme que les officiers avaient dit que "Sullivan était à la tête d’un puissant réseau pédophile qui avait fait plus de 400 victimes", selon le Belfast Telegraph. Ce témoin, Leo Hoad, précise : "la police m’a dit qu’il était le pire pédophile d’Irlande du Nord". Et selon lui, si Sullivan n’a jamais été inquiété, c’est parce qu’il savait des choses en raison de son activité de fournisseur de chair fraîche aux pédophiles du coin, du moins ceux qui pouvaient se le payer.

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Hoads, lui-même pédophile, dit qu’il en outre qu’il connaît les noms de plusieurs agresseurs pédophiles, notamment un ex enseignant d’une école locale ou un riche businessman. Hoads dit qu’il n’a été relâché que parce que le jour de la disparition de Sullivan, il était à l’enterrement de son grand-père.

Avant de devenir chauffeur de bus chez Ulsterbus, Sullivan a été chef scout, et il trainait avec ses amis dans les bars et salles de billard du secteur. Il avait aussi été membre de la Royal Air Force, l’armée de l’air. Des enfants et des ados venaient chez lui sans que cela ne pose problème à personne.

Mais, il y a toujours eu des "rumeurs" comme quoi Sullivan n’était pas si isolé que cela, et qu’il fréquentait même le gratin local, notamment quelques businessmans. Les rumeurs parlaient aussi d’un lien avec un réseau pédophile local, basé dans la plus grande ville du comté, Enniskillen, environ 13.000 habitants. Et puis il y a aussi eu des plaintes, à plusieurs reprises, toutes classées sans suite.

Ce réseau était donc très actif dans les années 80, une période à laquelle la ville a été le lieu de nombreux affrontements entre Irlandais et anglais.

Une des victimes parle d’autres adultes qui ont participé aux faits, d’autres garçons lorsque lui-même était violé par Sullivan. En mai, une douzaine de témoins avaient contacté l’Impartial Reporter. Presque tous avaient déjà signalé les faits aux autorités, en vain.

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Parmi ces témoins, une femme qui a expliqué avoir été victime d’un réseau pédophile organisé dans trois villages à moins de 10 km d’Enniskillen. Elle compte une quinzaine d’agresseurs. C’est son assistante maternelle, la femme qui la gardait, qui l’a mise dans ce réseau, a-t-elle dit. Elle a parlé d’autres enfants que cette femme avait "vendus" à des types, des gens qui travaillaient, des "entrepreneurs, des gens très connus dans la région", selon un article de presse, qui venaient dans la maison où les enfants étaient gardés. Les abus auraient ainsi duré de ses 4 ans à ses 8 ans.

Un autre témoin, qui dit aussi avoir été victime de Sullivan, estime que dans la région, ce réseau aurait pu faire une centaine de victimes.

Une autre femme a déclaré qu’à la même époque, et pendant plusieurs années, son frère a été régulièrement drogué et violé par Sullivan. Elle ajoute que la famille avait tenté de déposer plainte, mais qu’on leur avait dit de ne pas entamer de procédure.

D’après les journalistes qui enquêtent sur cette histoire, les mêmes noms de protagonistes, les mêmes lieux apparaissent dans les différents témoignages, alors que ces personnes ne se connaissent pas.

Si une enquête judiciaire a été ouverte à la suite des articles dans la presse, les victimes n’ont aucune confiance dans la suite de la procédure.

 

L’affaire du Kincora Boys Home : où en est-on ?

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On a déjà parlé plusieurs fois du Kincora Boys Home à Belfast, dirigé par William McGrath, un pédophile pro anglais qui avait carrément organisé un réseau pédophile dans ce foyer pour adolescents, et qui travaillait pour les services anglais. Le Kincora avait ouvert dans les années 70 et fermé en 1981 quand plusieurs membres de l’équipe dont McGrath ont été condamnés pour des actes pédophiles sur 11 victimes.

Plusieurs personnalités s’y rendaient, et l’endroit était placé sous l’étroite surveillance des renseignements anglais, le MI5. Une trentaine de victimes ont été identifiées, mais il y en a probablement quelques dizaines de plus.

Un des lanceurs d’alerte au sujet de l’affaire du Kincora est justement un ancien des renseignements, mais de l’armée. Colin Wallace, qui travaillait à l’Information Policy Unit de l’armée anglaise en Irlande du Nord au début des années 70, avait tenté d’exposer ce réseau il y a déjà 40 ans, sans succès. Evidemment, cela ne lui a pas réussi sur le plan de sa carrière dans l’armée.

Il veut aujourd’hui expliquer comment ses efforts ont été ruinés par le MI5. Il demande à ce que l’affaire du Kincora soit incluse dans l’enquête gouvernementale sur les abus sexuels, qui a été lancée en Irlande mais pas en Irlande du Nord, toujours rattachée à l’Angleterre.

Selon Wallace, le MI5 utilisait le Kincora pour compromettre puis manipuler diverses personnalités, essentiellement de la politique et des renseignements. De fait, la liste des visiteurs est digne d’un gala mondain : Lord Montbatten, l’oncle du prince Philip, Maurice Oldfield, patron du MI5 et ensuite du MI6 (les renseignements extérieurs)[1], et son bras droit Peter Hayman, l’un des membres fondateurs du Paedophile Information Exchange, Leon Brittan qui a été ministre de l’Intérieur sous Thatcher et a étouffé de nombreux dossiers de réseaux pédophiles, surtout quand ils impliquaient des VIP, ou encore l’agent double Anthony Blunt…

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Cependant, l’affaire du Kincora a été examinée récemment à l’occasion d’une enquête sur divers cas d’abus, mais plusieurs témoins clé ont refusé de témoigner, parmi lesquels Colin Wallace et son collègue Brian Gemmell, ou encore l’ex membre du parti unioniste (pro anglais) et éditorialiste Roy Garland, qui pourtant avait dénoncé les faits dans les années 80.

William McGrath, le pédophile en chef qui dirigeait le Kincora, était au cœur du mouvement paramilitaire unioniste. Il en connaissait tous les pontes, et avait aussi fondé son propre groupuscule, appelé Tara, vers 1966. Et il est arrivé en 1971 comme directeur du Kincora.

Par ailleurs, McGrath était très proche de Sir Knox Cunningham, avocat d’Irlande du Nord, unioniste militant et collaborateur du premier ministre Harold Macmilan. Il était très proche également de leaders unionistes comme le "révérend" Ian Paisley qui a été 1er ministre d’Irlande du Nord [2] ou James Molyneux, cité récemment comme un des pédophiles actifs dans le réseau pédophile de Westminster à Londres qui était membre du Monday Club, un groupe très à droite du parti conservateur, et proche du lobby pédophile le Paedophile Information Exchange.

 

Les coups fourrés des services anglais

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Plus récemment, des éléments sont ressortis, mettant en exergue le rôle d’une taupe des services anglais dans le mouvement irlandais, qui a assassiné en 1989 un avocat réputé de Belfast à l’époque, Pat Finucane, de 14 balles à bout portant.

En 2004, un dénommé Ken Barrett de l’Ulster Defence Association (UDA), un groupe paramilitaire pro anglais, qui était un informateur de la police anglaise, a avoué le meurtre. L’enquête a été étouffée durant des années, mais il est apparu que les services de sécurité anglais étaient impliqués dans l’assassinat.

Celui qui aurait donné l’ordre de passer à l’acte serait celui qui était le porte-parole et un des dirigeants de l’UDA, Tommy ‘Tucker’ Lyttle. Un vrai terroriste[3], qui a d’ailleurs été arrêté en 1990 et condamné à 7 ans de prison pour avoir organisé des meurtres ciblés de Républicains irlandais[4].

Lyttle était aussi un informateur des renseignements anglais sous le nom de code "Rodney Stewart" depuis des années au moment du meurtre [5], et des témoins expliquent que Finucane faisait partie des cibles sur lesquelles il avait monté un dossier. En fait, ce seraient les renseignements anglais qui auraient "demandé" à des unionistes alors emprisonnés d’éliminer Finucane.

Pourquoi ? Officiellement, parce qu’il aurait trop bien défendu des membres de l’IRA, accusée de terrorisme.

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Il se trouve que l’une des victimes du Kincora Boys Home, Richard Kerr, qui a été résident du home de 1975 à 1977 [6], se souvient avoir croisé Lyttle, à deux occasions. La première quand il avait 15 ans, un jour où il avait été amené à un hôtel pour un client inconnu par les types du foyer, et dans l’entrée de l’hôtel les types sont revenus avec celui qu’ils ont alors présenté comme "Tommy", qui est remonté en voiture avec eux ensuite pour le ramener au Kincora. Il s’agissait donc de Lyttle.

Cette première rencontre a valu à Ricard Kerr quelques intimidations par la suite. D’autant plus facilement que, le monde étant petit, William McGrath, le patron du Kincora, était très proche des leaders de l’UDA [7].

La seconde fois, c’était encore une fois où on l’amenait vers un client dans un hôtel, mais ce jour-là il était accompagné par des gros bras, soit proches, soit membres de l’UDA. A un moment de la soirée ils se sont retrouvés dans un bar, où Lyttle était présent. Puis, Kerr a été envoyé dans la chambre d’un type, avant que Lyttle et ses gros bras le ramènent au Kincora.

Par la suite Kerr a croisé plusieurs fois les gros bras de l’UDA, notamment à une soirée Loyaliste à Belfast. Il a aussi été violé plusieurs fois par un ami de McGrath, John McKeague, un leader politique unioniste, fondateur en 1972 d’un commando particulièrement meurtrier, le Red Hand Commando. Il a aussi été le garde du corps de Ian Paisley et selon certains, était fan de délires occultistes. Les viols se déroulaient au Girton Lodge hotel, juste à côté du Kincora, où Lyttle, McKeague et leurs amis terroristes pro anglais se retrouvaient régulièrement.

 

Les connexions londoniennes du Kincora

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Kerr a aussi été envoyé en Angleterre, toujours pour servir d’objet sexuel aux politiciens pédophiles et à leurs amis. Là, il a par exemple été violé à Manchester par Cyril Smith, ce député contre lequel 144 plaintes pour viols sur mineurs ont été déposées, en vain, et qui était protégé par le MI5. Kerr semble même avoir fait le tour d’un certain nombre de hauts lieux de pédocriminalité : il explique avoir été violé au Dolphin Square, et à Elm Guest House [8], à Londres. Parmi ceux qui l’ont violé, Kerr cite Cyril Smith, Peter Hayman, membre du MI6 et bras droit de Maurice Oldfield.

Cet hôtel était aussi cité par Colin Wallace comme un lieu de rendez-vous des unionistes où des activités pédophiles avaient lieu, comme à l’hôtel Park Avenue ou l’Europa Hotel, où Richard Kerr a été prostitué avant d’y travailler grâce à un job proposé par le réseau.

Par ailleurs, Wallace a expliqué que selon les informations qu’il avait obtenues dans les années 70, plusieurs garçons passés par le Kincora s’étaient retrouvés embarqués dans les activités paramilitaires de l’UDA.

Une autre taupe des renseignements de l’armée anglaise à l’UDA, un dénommé Baker, a déclaré en 1988 au maire de Londres Ken Livingstone que les dirigeants de l’UDA savaient pour le réseau pédophile du Kincora, que des politiciens d’Irlande du Nord étaient impliqués, et que les renseignements anglais avaient organisé ce système.

Le MI5 était lui aussi parfaitement au courant de ce qu’il se passait au Kincora, mais Colin Wallace et Brian Gemmell n’ont jamais pu pousser leurs enquêtes à ce sujet pour la simple raison que le MI5 faisait pression sur les pédophiles VIP qui en profitaient.

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Richard Kerr a mis longtemps à parler, parce qu’après avoir pu quitter le réseau, il a été régulièrement menacé. Puis dans les années 80 quand l’affaire du Kincora a émergé, et que McGrath et deux autres types ont été plus ou moins condamnés, le réseau a changé de stratégie et a assuré son aisance matérielle, par exemple en lui fournissant un grand appartement à Oxford Street alors qu’il avait des revenus limités. Même si, de temps en temps, des flics en civil ou en uniforme, ou des agents des services de renseignement, venaient le voir pour lui rappeler qu’il fallait se taire.

A l’époque déjà, Ian Paisley lui avait bien expliqué qu’il ne fallait rien dire au sujet des "anglais" qui venaient au Kincora.  

Une autre victime du Kincora, Clint Massey, a déclaré qu’au Kincora, il y avait "des tas gens de Londres".

Le frère de Richard Kerr, Alan, a suivi le même parcours : violé dans les foyers de Belfast par des amis de McGrath, il a été envoyé à Londres au milieu des années 80, où il a été violé à nouveau dans le même circuit que son frère.



[1] Oldfield est aussi cité dans le réseau de Westminster.

[2] Dès 1973, Paisely était parfaitement au courant de ce qu’il se passait au Kincora, car il en avait été informé par Valerie Shaw, secrétaire de la mission locale. Il n’a rien fait.

[3] Lyttle et ses amis avaient organisé, outre divers attentats, des enlèvements, tortures et meurtres de Catholiques irlandais, parfois de simples civils. Toujours impunément. Cette femme a aussi averti les leaders du parti unioniste, en vain, et la hiérarchie de l’Eglise, qui l’a prévenue que Paisley la détruirait si elle continuait à parler de cela.

[4] D’ailleurs les anglais ont commencé à flipper quand est apparue sur la liste des cibles de l’IRA à éliminer une de leurs meilleures taupes, un dénommé Freddie Scappaticci qui a eu des contacts dès la fin des années 70 avec les renseignements anglais tout en étant une figure montante du mouvement Républicain armé. Dans les années 80 il touchait 80.000£ par an pour balancer ses copains et les pousser à faire n’importe quoi. Scappaticci avait un rôle essentiel dans la sélection des recrues et l’évaluation de la fiabilité des troupes. Il a été balancé en 2004 seulement.

[5] Lyttle a expliqué des années plus tard qu’il n’était pas seulement un informateur, puisqu’il a assuré pour le compte des renseignement s militaires un transfert d’armes à destination de l’Afrique du sud, à l’époque sous le régime de l’Apartheid.

[6] Kerr est entré au Kincora à 14 ans, il était alors le plus jeune résident. Quelques mois plus tard il était emmené dans les hôtels, prostitué auprès de divers types en relation avec le staff de pédophiles unionistes du Kincora.

[7] Notamment de David Payne, à qui il avait demandé de tuer un leader politique, Roy Garland, qui avait dénoncé les abus sexuels commis par McGrath sur des mineurs en 1973.

[8] Elm Guest House était une guest house transformée en bordel pédophile pour des VIP, beaucoup de membres du parti conservateur ou du parti libéral comme Cyril Smith, mais aussi des membres des renseignements comme Peter Hayman et des stars du show biz comme Jimmy Savile.

17 avril 2019

Mexique: l'Etat s'excuse pour avoir torturé une journaliste qui a osé dénoncer un réseau pédophile VIP

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Après des années de combat, une journaliste mexicaine, Lydia Cacho, vient d’obtenir des excuses publiques de la part de l’Etat mexicain pour les persécutions qu’elle a subies après avoir dénoncé un réseau pédophile impliquant des VIP, qui produisait aussi de la pédopornographie. C'est l'ONU qui a fait pression, et l'enquête judiciaire rebondit dans la foulée.

 

En 2005, Lydia Cacho a publié son livre sur une enquête qu’elle avait démarrée quelques années plus tôt, en 2003.

Los Demonios del Edén portait sur l’exploitation sexuelle d’enfants dans l’Etat du Quintana Roo au sud du pays. Un Etat touristique de la péninsule dont la capitale est Cancún, et qui est particulièrement touché par la corruption et les liens entre entrepreneurs, politiciens et narcotrafiquants.

 

Incroyable : l'ONU oblige le Mexique à réagir 

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Très vite après le signalement des faits à la justice, des fuites ont été organisées dans les médias, et les types qu’elle avait accusés nommément ont entamé une campagne de presse contre elle et contre les victimes qui avaient osé parler.

La journaliste a subi diverses pressions judiciaires et médiatiques, et a même été arrêtée illégalement par des gros bras –mais avec la caution d’un procureur- durant plusieurs jours.

C'est à tel point qu’en 2018, le Comité des Droits de l’Homme contre l’ONU a demandé au Mexique de réparer les dommages liés aux graves violations des droits de l’homme qu’elle a subies durant des années et de poursuivre les coupables.  

2019-04-10 21_57_56-Señalan a Miguel Ángel Yunes Linares de desviar recursos del FondenPar ailleurs, l’ONU a demandé la révision des lois qui permettent les procédures pour diffamation et calomnie, qui ont été lancées contre elle et ses sources.

Autant dire que c’est une première internationale.

Peu après avoir publié son livre en mai 2005² Lydia Cacho a été emmenée dans une camionnette, transportée durant 20 heures au cours desquelles elle a été menacée de mort, et détenue illégalement pendant une dizaine de jours. 

En février 2006, des enregistrements des conversations d’un des entrepreneurs qu’elle visait, un patron d’entreprise textile d’origine libanaise dénommé Kamel Nacif Borge, ont été diffusées par un média [1].

Dans l’une d’elles, il félicitait carrément Mario Marín le gouverneur de l’Etat de Puebla (près de Mexico), membre du PRI (le parti dominant, le Partido Revolucionario Institucional) qui n’est pas du pas plus révolutionnaire que notre parti socialiste n’est socialiste pour avoir arrêté Cacho.

Si elle s’en est sortie, c’est parce que son compagnon, qui était le directeur d’un des plus grands quotidiens du pays, El Universal, et ses amis journalistes, se sont démenés. C’est seulement après que l’affaire ait fait la une des 20 h de plusieurs chaînes nationales et locales qu’un juge a ordonné la libération de Lydia Cacho.

En 2007, la Cour Suprême a déclaré que les violations des droits dont elle a été victime n’étaient pas si graves que cela.

 

L’enquête de Lydia Cacho

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Lydia Cacho était une journaliste déjà connue, qui dirigeait depuis des années un centre pour les femmes victimes de violences, quand elle a commencé à enquêter sur les déclarations de deux fillettes, qui expliquaient être victimes de violences sexuelles commises dans le cadre d’un réseau.

C’était au début des années 2000. Elle a remonté le fil, et compris que ce réseau était bien organisé, qu’il produisait de la pédopornographie, et que parmi les abuseurs il y avait des politiciens et des entrepreneurs très en vue.

Elle a découvert des ramifications de ce réseau basé à Cancun, jusqu’en Espagne, aux Etats-Unis, au Brésil, au Venezuela. Cancún est une ville balnéaire, qui reçoit des flots de touristes du monde entier, particulièrement des US, un lieu très propice pour la prostitution et la débauche.

Le moteur du réseau était un riche patron d‘hôtel, Jean Succar, un Libanais naturalisé mexicainqui était proche du directeur de l’aéroport de Mexico et d’un haut fonctionnaire des douanes amis de Kamel Nacif, et pouvait carrément aller chercher de nouvelles victimes à l’étranger en avion sans être embêté. Succar produisait de nombreux films pédopornographiques puisqu’il filmait les viols et les orgies. D’ailleurs, cela lui permettait également de menacer les victimes de montrer cela à leurs familles. En 1998, Succar avait récupéré une fillette de 3 ans qui est devenue sa principale victime, et lui a servi d’appât pour attirer d’autres mineurs par la suite.

2019-04-10 23_20_54-Miguel Ángel Pech Cen renuncia a fiscalía de Quinta Roo

Et déjà en 2003, trois cassettes pédopornographiques sur lesquelles Succar était identifiable ont été retrouvées dans un de ses hôtels à la suite d’une perquisition pour une affaire de fraude fiscale. Quelques mois plus tard, un article d’un journal hispanophone des Etats-Unis mentionnait son arrestation, dans le cadre d’un "réseau de prostitution et de pornographie infantile"impliquant des mineurs de 8 à 14 ans, à Cancún.

Plusieurs hôtels de la zone touristique étaient concernés et une grande opération de communication a dû être menée par les partons d’hôtels pour changer les idées de l’opinion publique locale à ce sujet.

Un certain Alejandro Góngora Vera, ex patron du fonds de planification de tourisme du Mexique (Fonatur) [2], ex délégué à la Sécurité Sociale et aux Migrations, était cité publiquement par l’une des victimes comme un membre important de ce réseau.

Mais selon Lydia Cacho, ce sont en fait cinq victimes du réseau de Succar qui l’ont identifié et cité dans leurs témoignages auprès de la justice. Quand son nom a été cité dans les médias, Góngora Vera a vendu ses biens très rapidement et a disparu de la circulation le temps de se faire oublier.

Des membres de l’équipe du procureur général des mineurs étaient également impliqués dans le réseau, selon le quotidien mexicain La Jornada. Dans son livre, Cacho cite plusieurs politiciens locaux, comme l’ex maire de la ville, Magaly Achach, qui serait entrés dans le réseau au fil du temps et ont toujours protégé Succar comme ils le pouvaient.

Dès qu’elle a commencé à creuser sur les déclarations des victimes, avant même d’avoir publié le livre, Lydia cacho a subi des menaces de la part du réseau, et notamment de Succar Kuri. Dans un article de 2005 du quotidien espagnol El Mundo, il est précisé que "Certains anciens agents de la police municipale ont rendu visite à Lydia Cacho pour la prévenir qu’elle et l‘avocate du centre, Veronica Acacio, étaient sur une liste de personnes que Succar Kuri avait demandé d’assassiner".

2019-04-07 22_19_23-Lydia Cacho, the journalist fighting child abuse and human trafficking

Lydia Cacho montre dans son livre que ce réseau était tentaculaire, et selon une estimation pas moins de 18.000 enfants dans le monde ont été victimes du réseau de Succar. Ledit Succar avait des amis très bien placés, parmi lesquels José López Portillo, qui avait été président du Mexique de 1976 à 1982, un architecte en vue appelé Roman Rivera Torres, ou encore un autre ponte du PRI de Cancún, le sénateur Emilio Gamboa Patrón (qui a occupé son siège jusqu’en 2018).

L’une des victimes cite aussi Miguel Ángel Yunes Linares, un grand ami de Succar, ex sous-directeur de la société qui exploitait l’aéroport de Cancún à la fin des années 80, puis politicien et gouverneur de l’Etat de Veracruz de 2016 à 2018. 

Ces jours-ci, Yunes est accusé d’avoir détourné de l’argent du fonds d’indemnisation des catastrophes naturelles, et a aussi sur le dos une affaire de marché public illégal pour la fourniture de caméras de surveillance dont 72% ne fonctionnent pas.

Et selon Lydia Cacho, une enquête menée par l’office antidrogue US (la DEA) et par la justice mexicaine a permis de lancer une surveillance de Yunes, qui a montré ses liens avec des narcos[3].

2019-04-17 23_17_05-Arrest warrant against former governor and businessman who tortured Lydia Cacho,

Nacif avait beaucoup de relations lui aussi, et plutôt très bien placées. Parmi ses amis, Kamel Nacif, pouvait compter l’ex président Vicente Fox. Il faut dire que, selon Lydia Cacho, il finançait allègrement les campagnes électorales de nombre de ses amis.

Né en 1946, de nationalité étatsunienne, le type avait déjà été arrêté en 1993 à Las Vegas avec demande d’extradition au Mexique pour évasion fiscale, mais il a été libéré au Nevada contre rémunération. Il faut dire qu’il avait fait construire des hôtels de luxe là-bas, grâce notamment au travail non déclaré de migrants mexicains.

Au Mexique il possède plusieurs usines dans quatre Etats différents, où les travailleurs sont sous-payés. Il a également été cité en 2003 dans une note d’information d’une ONG comme participants à du blanchiment d’argent.

 

Quelles suites ?

jean-succar-kuri-e43155a0-b872-4860-9bf9-59b5d7e9b43-resize-750Depuis toutes ces années, la justice ne s’est pas beaucoup remuée pour mettre les types impliqués dans le réseau derrière les verrous. Jean Succar a bien pris 112 ans de prison en 2011, mais il a été le seul [4] et finalement sa peine a été jugée trop longue et raccourcie à 20 ans.

Le temps faisant, la plupart des autres protagonistes ont fini par se retirer de la vie politique. Mais Lydia Cacho veille.

2019-04-17 20_08_06-Tribunal gira orden de aprehensión contra Mario Marín

En 2016 encore, elle a à nouveau dénoncé un candidat au poste de Procureur général du Quintana Roo, Miguel Ángel Pech Cen, comme étant "un protecteur de pédophiles", ce qui a jeté un froid dans la campagne. Il faut dire que ledit Pech avait carrément prévenu et laissé s’échapper Jean Succar lors qu’il dirigeait l’enquête sur le réseau.

Le procureur Miguel Ángel Pech Cen, qui avait mis tellement de volonté à ne rien faire contre son ami Succar Kuri, a dû démissionner de son job de procureur général du Quintana Roo fin 2018, alors qu’il avait été élu à l’unanimité le 21 décembre 2016.

S’il est tombé, ce n’est pas spécifiquement suite à l’affaire Cacho, mais pour une corruption généralisée du parquet dénoncée par le rapport du Secrétaire à la Sécurité Publique de l’Etat. "Pech Cen a eu à diriger une institution corrompue, infiltrée, qui a un retard monumental dans le traitement des procédures et investigations", lisait-on dans El Universal du 27 septembre 2018

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Mais en 2007, la cour suprême avait considéré qu’il n‘était pas responsable de l’enlèvement de Lydia Cacho, qu’il avait pourtant validé.

Aujourd’hui, Kamel Nacif est en prison aux Etats-Unis, mais bien-sûr ce n’est pas pour son implication dans le réseau pédophile. S’il a été arrêté en 2018 seulement –et il est en attente d’extradition, c’est pour les actes commis contre Lydia Cacho. Un fonctionnaire du bureau du procureur a aussi été arrêté pour la détention illégale de Cacho.

Le désormais ex gouverneur Mario Marín a déclaré récemment que pour lui, l’affaire Cacho avait déjà été jugée, et qu’il n’y avait rien à redire. Un juge vient tout juste d’ordonner son arrestation, annoncée le 16 avril très exactement, mais pas de chance il était "en vacances" et n’a pas pu se rendre à la police avant deux jours.

2019-04-17 23_19_48-Marín, Kamel, Karam y Moreno_ 13 años después van tras ellos por torturar a Lydi

L’ordre d’arrêt concerne également Kamel Nacif Borge, ainsi que l’ex directeur de la police judiciaire dans l’Etat de Mexico Hugo Adolfo Karam Beltrán, et l’ex commandant de la même police, un dénommé Juan Sánchez Moreno. La petite bande qui a perdu une procédure en appel doit donc répondre d’avoir torturé Lydia Cacho.

Là encore, ce n’est donc pas du réseau qui préoccupe la justice.

Quant à Lydia Cacho, elle a semble-t-il dû récemment fuir le pays suite à de nouvelles menaces, elle demande à l’Etat mexicain d’examiner aujourd’hui de nombreux cas flagrant d’impunité de la classe politique, notamment celui du massacre de dizaine d’étudiants en 2015. Elle contribue aussi au mouvement #MeToo au Mexique, qui est très critiqué car il décape plusieurs icônes.

Un fil devrait être tourné, avec de gros moyens, à partir du livre de Lydia Cacho. Ce qui a tendance à agacer la victime qui en a été la protagoniste principale, lassée d'être sous les feux de la rampe depuis 15 ans. Elle a entamé depuis quelques années une procédure contre Lydia cacho pour dommage moral.

 

Un réseau similaire à Acapulco ?

Acapulco Crédit : Xavier Espinosa CC BY SA

En février, un média alternatif espagnol, la Tribuna de Espana relatait l’histoire d’un entrepreneur mexicain dans l’événementiel balnéaire, Federico Weck Palazuelos, accusé d’avoir organisé un réseau de prostitution dont les victimes incluent des mineurs.

Celui-ci dénonce des accusations mensongères destinées à lui extorquer de l’argent.

C’est sur les réseaux sociaux que l’affaire aurait commencé à faire parler. Deux employés d’une boîte de nuit, la Candela 2, ont déclaré y avoir vu "des jeunes participer à un concours de sexe oral". Puis des gens ont parlé, sur les réseaux sociaux, de pédophiles qui attrapent des mineurs et les amènent dans la prostitution. A Accapulco, il semble quele tourisme sexuel et la prostitution de mineurs se portent très bien ces derniers temps, ce qui commence à alerter l'opinion publique.

Le réseau en question, qui serait basé à Acapulco, un haut lieu touristique, comprendrait lui aussi des VIP de niveau national. L’ex président (jusqu’en 2018) ultra libéral Pena Nieto est cité, mais il y aurait d’autres politiciens et des entrepreneurs, notamment des espagnols qui faisaient le déplacement rien que pour les prestations fourniers par Palazuelos. Une cinquantaine de mineurs âgés parfois d’une douzaine d’années auraient été victimes de cet individu, qui organisait des orgies dans ses villas.

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Sur les réseaux sociaux, des parents sont en train de réclamer que Federico Weck Palazuelos lâche leurs enfants sur lesquels il a mis la main, selon les messages. Ils auraient tenté d’alerter des politiciens et la police, mais il ne se passe rien.

Selon la Tribuna de Espana, Weck Palazuelos menace les journalistes qui tenteraient d’évoquer l’affaire, en leur envoyant des flics corrompus pour les amener à « réfléchir ». Un procureur, un certain Merit Camacho García, lui donnerait des coups de main, notamment en demandant une protection de son domicile.

Depuis deux ans, Palazuelos a lancé des procédures en diffamation contre les gens qui l’accusent de proxénétisme de mineurs et de majeures sur les réseaux sociaux, et il a embauché un hacker pour contrer ces accusations.

Il serait aussi aidé par un cartel puissant de la région, le Cártel del Golfo, qui s’occuperait de la sale besogne.

Plusieurs affaires sont en train d'émerger à Acapulco, notamment un réseau de pédophiles repéré récemment sur Facebook.



[1] C’est la femme de Nacif (qu’il avait épousée quand elle avait 15 ans et lui plus de 40) qui avait fait les enregistrement et els avait diffusés avant de fuir, parce qu’il la battait et qu’elle voulait dénoncer ses actes pédophiles.

[2] A ce poste, Góngora Vera a été soupçonné d’avoir détourné et blanchi d’importantes sommes d’argent, grâce notamment à l’intervention de ses amis le sénateur Emilio Gamboa Patrón et jean Succar.

[3] Il est carrément soupçonné, alors qu’il gouvernait l’Etat de Veracruz, d’avoir laissé s’installer un cartel en toute impunité, malgré les débordements que cela implique avec les cartels déjà présents. Par ailleurs, plusieurs témoins l’accusaient d’avoir facilité du transport de drogue par avion.

[4] Il a tout de même fallu aller le récupérer en Arizona où il pensait pouvoir rester planqué.

14 avril 2019

Angleterre : Quand les VIP utilisent les réseaux de prostitution de mineurs (ou l'inverse)

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Focus cette fois-ci sur un des épisodes de la saga des réseaux pédophiles VIP en Angleterre, l’affaire de Playland, du nom d’un site de jeux d’arcade prisé par les ados près de Picadilly Circus à Londres. Réseaux dont l’existence n’a toujours pas été officiellement reconnue, mais ce n‘est pas faute de témoignages concordants de victimes, d’enquêteurs, d’éducateurs et autres témoins directs de ce système et de l’omerta qui va avec.

 

Si on remonte le fil de l'histoire, il faut revenir à 1975, quand Scotland Yard lance une enquête sur des abus sexuels sur mineurs (moins de 21 ans à l’époque), impliquant des personnalités qui se fournissaient en chair fraiche à Piccadilly Circus. A cette époque où l’homosexualité était encore interdite, c’était un lieu de rencontre et des types venaient y chercher des adolescents en errance : d’après une instruction judiciaire, pas moins de 64 maquereaux connus tournaient dans le coin en 1974.

 

Prostitution de jeunes pour les VIP

Beaucoup de mineurs, garçons et filles, passaient directement des foyers à la prostitution à Piccadilly, qui était comme la place Fonainas à Bruxelles ou la gare centrale à Amsterdam. Dans les années 80 et même 90, la situation n’avait pas vraiment changé. Certains éducateurs pédophiles qui opéraient dans des orphelinats et foyers londoniens assuraient parfaitement la transition de ces jeunes dans la vie active.

En fait, c’était un réseau de truands[1] qui opérait dans cette salle de jeux vidéos, et qui fournissait des Vip en jeunes prêts à des rapports sexuels contre un peu de drogue et d’argent.

Quelques types ont été inculpés, puis vaguement condamnés. Parmi eux, un certain Charles Hornby, un VIP très proche des milieux politiques. Selon l’un des condamnés, David Archer, Hornby n’était pas seul VIP impliqué et que la procédure était étouffée.

D’aucuns ont affirmé que Lord Mountbatten, l’oncle du prince Philip, le mari de la reine Elisabeth, était aussi dans l’affaire.

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Un livre sur cette histoire, "Playland: secrets of a forgotten scandal", a été publié en mars 2018 par Anthony Daly, lui-même victime de ce réseau qui exploitait de jeunes types, des fugueurs, de jeunes prostitués, des jeunes normaux qui étaient mis sous emprise par le réseau. Anthony Daly avait déjà témoigné publiquement en 2014, mais de manière anonyme.

Un système très proche de ce que racontait Samir Aouchiche dans son livre "L’Enfant sacrifié à Satan", dans lequel il raconte comment il a été récupéré par une espèce de secte satanique. Les ados étaient attirés par d’autres jeunes ou des adultes, avec des parties gratuites, des hamburgers et des sorties gratuites, dans un premier temps, puis on leur demandait en échange des actes sexuels "basiques", avant d’aller crescendo.

Daly avait 20 ans quand il a débarqué à Londres depuis l’Irlande du Nord, où il fuyait les attentats et la répression. Très vite il a commencé à traîner à Piccadilly Circus, notamment aux jeux d’arcades de Playland, et il s’est retrouvé sans argent.

C’est alors qu’il a rencontré Charles Hornby, un banquier de 35 ans issu de la bonne société, qui fréquentait le prince Charles et qui avait fait l’université d’Eton où une bonne partie du gratin anglais est passée. Bref, dès la première rencontre, par une connaissance commune, Hornby a drogue et violé Anthony Daly. Puis Hornby l’a poussé à rencontrer certains de ses amis [2].

A partir de là, Daly explique qu’il a été prostitué auprès de l’establishment. Il a été ainsi présent à diverses soirées où des mineurs étaient violés par les types, des politiciens, des patrons, des stars du show biz et de la télé, "dont beaucoup avaient un passé militaire", selon le récit du Belfast Telegraph.

 

Dans le marigot des VIP pédophiles

"Le sentiment était qu’ils étaient tellement puissants, qu’ils avaient tellement de relations, qu’il n’y avait aucun risque que je ne représente jamais une menace pour eux. Les règles normales ne s’appliquaient pas ici", écrit Anthony Daly.

Il cite par exemple comme pédophiles :

  • mirror23975Charles Irving, député conservateur tout juste élu, qui lui filait 30 £ pour les passes. Charles Irving a été cité également comme l’un des visiteurs d’Elm Guest House, ce bordel pédophile fréquenté par des membres du parti conservateur, des renseignements, des stars du moment comme Jimmy Savile, et qui a été actif entre 1979 et 1983. Irving, qui a été anobli en 1990 et est resté député jusqu’en 1992, a invité Anthony Daly à une soirée du Monday Club, un club très à droite du parti conservateur dont il était membre, qui a été dissous après qu’on l’ait pris à financer le Paedophile Information Exchange (un lobby pédophile actif des années 60 aux années 80), au début des années 80. Et dans les années 80, Irving a fondé la National Association for the Care and Resettlement of Offenders (Association nationale pour l’aide et la réinsertion des délinquants) et aussi, étrangement, la National Victims Association.

  • Basil Andrew Cohen, qui était le chauffeur de Charles Hornby et Keith Hunter, qui a été condamné à 6 ans, passés à 3 ans, pour pédophilie suite au procès de l’affaire Playland, et a connu d’autres procès au cours des années 70 et 80.
  • Simon Hornby, frère de Charles. Anthony Daly explique qu’il a aussi eu pour client le frère de Charles Hornby, Simon, qui était alors PDG d’un groupe de grandes surfaces. Et Simon Hornby, anobli quant à lui en 1988, a à son tour fait "rencontrer" son réseau à Anthony Daly, qui explique que ce réseau avait des connections étaient puissantes dans les milieux financier, politique et militaire.
  • 2019-04-13 23_58_38-Norman Tebbit admits he heard rumours top Tory was paedophile a decade before trJames Molyneaux, un politiciens pro anglais d’Irlande du Nord et membre du Monday Club dont il a même été vice-président.

  • Sir Michael Havers, député conservateur puis juge et principal conseiller juridique du gouvernement Thatcher dans les années 80, il a pu enterrer pas mal d’affaires dont celles du Kincora Boys Home et Elm Guest House[6]. D’après Anthony Daly, Havers était l’un des clients des gamins issus de Playland. D’ailleurs, il s’est beaucoup intéressé à cette affaire lors du procès en 1975. Il était aussi le frère de la juge Butler Sloss, la première juge nommée pour présider la grande enquête sur les abus sexuels en Angleterre et au Pays-de-Galles (qui a été forcée à démissionner suite à la pression de l’opinion publique).
  • Le vicomte William De L’Isle, député conservateur et ex gouverneur d’Australie passé lui aussi par Eton.
  • Nicholas Eden, fils d’un ancien premier ministre et lord d’Avon. Il a occupé quelques fonctions dans les gouvernements Thatcher et est mort du SIDA en 1985.
  • Tom Driberg, un client rencontré par le biais de Simon Hornby. Driberg était à la fois un prêtre anglican, un ancien député du Labour –il a même dirigé le parti- qui avait aussi travaillé pour le MI5, les services chargés du renseignement intérieur, tout en étant dans les années 40 un journaliste en vue (un cas classique en France aussi). Selon certains, il était aussi un agent double qui travaillait pour le KGB. En 1968 il aurait échappé à des poursuites pour des actes pédophiles, selon le député Simon Danczuk. Driberg était aussi proche de deux gros truands de l’époque, les frères Kray, qui lui fournissaient des mineurs et avec lesquels il partouzait régulièrement. Les frères Kray, qui ont eu les mains libres jusqu’en 1969, servaient aussi à éloigner les personnes qui pouvaient gêner Driberg. Il a été anobli en 1974 et est mort en 1976 d’une crise cardiaque à l’arrière d’un taxi.

 

Et depuis ?

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Anthony Daly raconte qu’au bout de quelques mois à ce régime, il a fini par rentrer chez ses parents en Irlande du nord. L’année suivante, des militaires anglais sont venus chez lui, pour lui signifier qu’il était rappelé par ses "amis de Londres". Il n'y est pas retourné mais le message était clair.

En 2016, alors qu’il était en train d‘écrire son livre, Daly raconte que des flics sont entrés chez lui, disant qu’ils avaient des informations selon lesquelles il avait des contenus pédopornographiques. Et en 2017 ils ont dit qu’ils avaient trouvé 11 images. Puis on lui a expliqué qu’il ne serait pas poursuivi, mais que son ordinateur –dans lequel se trouvaient des preuves de ses liens avec Simon Hornby- devait être détruit.

Cinq types ont été condamnés dans cette affaire. Il y a Charles Hornby qui a pris 30 mois de prison et 1.000£ d’amende [7] lors du procès en 1975 (au cours duquel plusieurs dizaines d’adolescentes ont été entendus). Il y a aussi eu, dans une affaire jugée séparément, un certain Kenneth Martin, déjà condamné pour des agressions sur des mineurs, et qui utilisait l’appartement que lui prêtait une association de charité pour attirer des jeunes avec des jeux vidéos. Il a pris 7 ans de prison en 1975 pour avoir mis le grappin sur des ados à Playland.

D’autres ont été condamnés, mais seulement pour avoir racketté des jeunes prostitués de Picadilly.

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En mai 2018, on a appris par un ancien policier que les enquêtes sur Twiss avaient été interdites par la hiérarchie. Roddam Twiss, qui est cité par Daly comme étant présent à la soirée où les deux frères ont été violés, avait été interrogé à la fin des années 70 au sujet de son implication dans le réseau pédophile VIP de Westminster.

Cette audition faiait suite à des accusations selon lesquelles Cyril Smith, député libéral ami de Jimmy Savile et pédophile notoire déjà l’époque, avait amené un mineur prostitué au domicile londonien de Twiss. D’après les premières investigations, Twiss était très connu dans le milieu des ados prostitués et son père l’avait viré du Parlement de Westminster où il avait interdiction de mettre les pieds. Enfin, il se rendait souvent au Dolphin Square, ce complexe d’immeubles de luxe dans lequel de nombreux politiciens vivaient, et où diverses partouzes pédophiles ont été dénoncées. En 1967, Twiss avait été condamné pour avoir déshabillé, attaché et frappé des garçons.

Quant à Cyril Smith, quand on a dit que pas moins de 144 plaintes pour viols et autres agressions sexuelles sur des mineurs ont été déposées contre lui au fil du temps et que jamais il n'a été poursuivi, on a tout dit. Au sujet de Cyril Smith, les derniers développements des "enquêtes" anglaises ont montré que les autorités avaient sciemment étouffé des dizaines d’affaires à son sujet.

Bref. C’est quand il s’est avéré que Twiss rabattait ces jeunes vers des VIP que l’enquête a été stoppée net. Anthony Daly explique que Twiss était en lien avec un jeune prostitué appelé Lennie Smith, qu’on retrouve parmi les quatre condamnés dans l’affaire du meurtre sadique de Jason Swift, un jeune fugueur, et probablement de plusieurs autres jeunes et enfants selon les policiers qui ont enquête sur ce groupe de types qui gravitaient autour d'un certain Sidney Cooke, lui-même en contact avec Jimmy Savile [8].

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Lennie Smith était le rabatteur pour le réseau, il attirait des jeunes dans les orgies. Il a finalement été condamné en 1992 pour des viols commis sur un garçon de six ans qu'il gardait et est mort du SIDA en 2006.

En mars 2019, les dossiers des renseignements au sujet de 62 personnalités et 12 organisations qui ont été ouverts aux parlementaires dans le cadre de cette commission d’enquête sur 50 ans d’affaires étouffées (l’enquête ne porte que sur des faits antérieurs à 1992, comme si tout cela s’était arrêté).

Parmi ces dossiers, celui de Peter Hayman, a été partiellement transmis à la commission d’enquête de Westminster sur l’étouffement des affaires de réseaux pédophiles impliquant des VIP.

Il y avait aussi celui de Peter Morrison, décédé en 1995, ex responsable des relations avec le Parlement pour Thatcher.

Mais étrangement, parmi ces 62 dossiers il n’y aurait pas celui de Maurice Oldfield, nommé comme patron du MI6 en 1973, qui a été accusé de tremper dans plusieurs affaires de réseaux pédophiles et poussé vers la porte en 1979, peu avant que son "homosexualité" ne soit révélée. Oldfield a fréquenté le Kincora Boys Home, selon une victime de ce réseau et des agents des renseignements.

Le bras droit d'Oldfield était d'ailleurs Peter Hayman. 

 

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Ce qui apparaît aussi très clairement dans tout cela, c’est que pendant que les victimes qui osent dénoncer des réseaux VIP sont poursuivies et traquées les unes après les autres à la suite de la grande enquête sur les abus dans les institutions d’Angleterre et du Pays –de-Galles (qui exclut donc l’Irlande du Nord et l’affaire du Kincora Boys Home notamment, ainsi que les abus commis en Ecosse)[9], l’autre enquête sur l’étouffement des dossiers de réseaux pédophiles VIP avance et démontre parfaitement que ces affaires ont été systématiquement étouffées par les plus hautes autorités de l’Etat, et dans l'ensemble des services concernés (justice, renseignements, police, même les renseignements militaires).



[1] Selon la déposition d’Anthony Daly devant la commission d’enquête, ce groupe de truands était associé à un mafieux local très présent entre les années 50 et les années 70, Bernie Silver, lui-même proche d’un autre mafieux Juif mais des Etats-Unis, Martin Bromley. Qui « possédait la plupart des salles de jeux d’arcades dans le centre de Londres », jusqu’à sa condamnation pour une énorme fraude fiscale en 1981.

[2] Selon Daly, Charles Hornby lui a dit qu’il avait pris des photos la veille durant le viol et que s’il refusait il les montrerait à ses parents. C’était une technique courante à l’époque, qui est certainement encore utilisée quand les victimes, majeures ou mineures, sont issues d’un milieu extérieur au réseau.

[3] Une victime de ces orphelinats a vu Morrison repartir avec un enfant dans sa voiture.

[4] Pour plus de détails, je vais renvoyer à d’autres articles, mais en gros le Kincora était ou bien surveillé, ou bien organisé par le MI5 anglais, et de nombreux politiciens anglais et étrangers y sont passés lors de séjours à Belfast. Par ailleurs, les adolescents qui étaient victimes de ce réseau étaient amenée à voyager en Irlande et hors du pays.

[5] McKeague aurait été recruté par les renseignements anglais à cause de ses actes pédophiles, qui leur ont donné un moyen de pression inespéré. En 1973 il a été arrêté et interrogé dans le cadre de l’enquête sur le meurtre d’un gamin de 10 ans. Finalement, il a été assassiné en 1982, quelques jours après avoir été interrogé dans l’affaire du Kincora.

[6] Havers a aussi été juge dans l’affaire du tueur en série Peter Suthcliffe, passé pour un prédateur isolé alors que nombre d’éléments montraient le contraire. Notamment ses liens avec Jimmy Savile, par exemple.

[7] Condamné en juin 1975, il est ressorti de prison dès juillet 1976.

[8] Lennie Smith était lui aussi passé par les foyers de la protection de l’enfance avant de se retrouver à Piccadilly et sur le trottoir au début des années 70. En 1974 il devient assistant dans une salle d’arcades tenue par son « suggar daddy », Jack Parsons, un endroit qui servait aussi de couverture pour du trafic de drogue et la prostitution de jeunes. C’est dans l’appartement qu’il partageait avec deux autres pédophiles impliqué dans l’affaire, que Jason Swift a été tué en 1985.

[9] On a beaucoup parlé de cette grande enquête (Independent Inquiry into Child Sexual Abuse (IICSA)) qui a été décrédibilisée dès le départ en 2014 et n’avance strictement à rien. Plusieurs de victimes ont été poursuivies ou placées en hôpital psychiatrique après avoir témoigné et beaucoup ont refusé de témoigner à nouveau.

09 avril 2019

Magouilles et corruption des élites - Partie 3 : Recyclage des Nazis et Collabos dans les nouvelles structures (1)

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Après avoir vu comment les Nazis ont été aidés par la finance et l'industrie des pays de l'Ouest, et comment on a soigneusement évité de réprimer les Nazis et collabos après la guerre, nous allons voir comment ces Nazis et Collabos ont été recyclés dans les nouvelles structures de l'Etat d'après-guerre.

Aujourd'hui, voyons à quel point la mainmise des Etats-Unis a été importante dans tous les domaines de la vie française, de la politique à l'économie, en passant par l'enseignement supérieur, les syndicats, la culture, la justice, et bien-sûr les services de renseignement.

 

Cette partie 3 sur le recyclage des Nazis et Collabos dans les nouvelles structures sera donc composée de plusieurs chapitres:

  1. Les services sercets
  2. La banque et l'industrie
  3. La politique et les syndicats
  4. L'enseignement supérieur
  5. Les médias et la culture
  6. La justice

 

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Nous avons vu précédemment que la Libération de 1944-45 n’a pas été synonyme de victoire des démocrates sur les Nazis ou les fascistes. Maintenant on va aborder le système qui a été mis en place après la guerre par les Etats-Unis, en Europe.

On peut parler de système car la chose a été mise en place méthodiquement. Le but dudit système était de conserver la mainmise économique, politique et militaire sur l’Europe de l’Ouest, afin :

  • De limiter l’expansion de l’URSS, dans un contexte où le communisme, et les idées marxistes, avaient pas mal de sympathisants en Europe et donc une certaine portée.
  • S’assurer un marché ouvert et favorable pour les marchandises et les investissements US.

Pour cela, les Américains ont agi sur différents plans : ils ont modelé les services secrets d’Europe occidentale, laissé les fascistes diriger la banque et l’industrie, éliminé toute opposition sérieuse de la politique et des syndicats, mais aussi du monde universitaire et de la culture, et surtout misé sur la création de l’Europe.

Pour y parvenir, certaines factions des services de renseignement et de l’armée, de nombreux lobbys sous différentes formes, mais aussi des structures plus informelles comme la franc-maçonnerie ou l’Opus Dei, ont été mobilisées. Tout ce milieu constituant finalement une sorte de "5e colonne" nazie ou fasciste.

C’est ce que nous allons voir dans les prochains chapitres.

 

Les services secrets 

1. En Allemagne

Carte d'identité de l'armée américaine de Gehlen avec alias

Prenons pour commencer l’exemple des services de renseignements allemands, le BND ( en Allemand Bundesnachrichtendienst). Le BND a été mis en place en 1956 par la CIA, et était directement rattaché au département de la Défense des Etats-Unis, sans que cela ne dérange personne, et surtout pas le chancelier Adenauder [1].

Les Américains ont choisi comme dirigeants pour le BND une série d’individus qui étaient encore des Nazis quelques années plus tôt. Le tout premier "président" du BND, de 1956 à 1968, était d’ailleurs l’ancien officier des renseignementde l’armée allemande Reinhard Gehlen [2], qui avait largement contribué à façonner ledit BND. 

C’est une organisation militaire appelée l’ "organisation Gehlen", mise en place dès 1946 par les Américains –et qui était considérée en Allemagne comme une "institution privée germano-américaine", qui a servi de modèle et de structure de base au BND. Reinhard Gehlen a donc principalement recruté dans ses services, d’abord dans l’organisation Gehlen puis dans le BND, d’anciens SS, d’anciens gestapistes, et d’anciens membres de l’Abwehr, le contre-espionnage Nazi. Un autre Nazi, Herman Baun, a contribué à mettre en place le BND, qui a donc été créé comme une sorte de revival de l’Abwehr, pour lutter contre le communisme. Il a été décidé par les US que l’organisation Gehlen serait l’embryon du BND, et serait transférée plus tard sous la responsabilité officielle du gouvernement ouest-allemand.

Gehle BND

L’objectif affiché était d’obtenir des renseignements sur l’URSS, mais en réalité le BND collectait aussi des informations sur les politiciens allemands. Les agents du BND, Gehlen en tête, faisaient des dossiers par exemple sur le leader socialiste Willy Brandt [3] devenu chancelier, que le BND transmettait aussitôt à la CIA. Grâce à ces éléments, le BND de Gehlen a monté des coups médiatiques pour décrédibiliser Willy Brandt lorsqu’il était candidat contre Adenauer et évoquait une "détente" avec l’URSS, en diffusant des histoires de fesses et des histoires sur un rôle qu’il aurait eu pendant la guerre civile espagnole.

On a appris en 2017 seulement[4] que Gehlen avait aussi placé un agent dans la direction du parti socialiste, le SPD : le directeur de la politique de l’information du SPD Fried Wesemann qu’il avait recruté dès le début des années 50. En fait, des centaines de personnes ont été espionnées par le BDN de Gehlen, parmi lesquelles des politiques, des universitaires, des journalistes, des militaires. Même le Vatican a été espionné.

L’organisation Ghelen avait recruté un certain Hans Globke, chef de cabinet d’Adenauer dans les années 50, ce qui en faisait l’un des plus proches conseillers du chancelier. Dès 1933, Globke, haut fonctionnaire au ministère de la Justice, avait été actif dans les réformes imposées par le NSDAP, le parti nazi, notamment les lois raciales et le "code Juif". Un ancien officier de la Wehrmacht, Max Merten, a aussi affirmé que Globke était avec Adolf Eichmann responsable de la déportation d’environ 20.000 Juifs depuis Thessalonique en Grèce [5]. C’est ce genre de choses qui interdisait à Globke de mener une vraie carrière politique. Mais lui aussi, comme les vichystes en France, a réussi à laisser croire qu’il serait devenu une sorte d’opposant à Hitler.

Dès 1949, les US ont également poussé Gehlen à prendre contact avec les services secrets français de l’époque, le SDECE, ainsi qu’avec les services italiens et espagnols (alors que Franco était au pouvoir), afin bien-sûr de mener "un front uni contre le communisme".

2019-04-07 14_57_28-The strange case of a Nazi who became an Israeli hitman - Europe - Haaretz

En 1953, Gehlen a envoyé son vieil ami le SS Otto Skorzeny en Egypte pour qu’il y conseille le général Naguib sur le plan militaire. Selon la CIA, Skorzeny a organisé en Egypte la formation de commandos militaires, et a également essayé de vendre des armes à Naguib. En tout cas, avec une équipe d’anciens nazis, Skorzeny a formé les policiers et militaires égyptiens [6]. Plusieurs scientifiques nazis se trouvent alors en Egypte dans le cadre d’un programme militaire secret, et à ce moment (en 1960) le Mossad décide de recruter Skorzeny, car il était en contact avec ces scientifiques qui représentaient une menace pour Israël.

Les liens entre les réseaux Gehlen et les Etats-Unis étaient très étroits et cela, depuis le départ. Ainsi, en août 1945, Gehlen et plusieurs de ses hommes s’étaient rendus à Washington pour organiser la suite des événements. Entre 1945 et 1953, les Etats-Unis ont donné 25 millions de dollars à l’organisation Gehlen, et ils ont fourni au BND des formations, de l’équipement et des renseignements. De grands débats ont eu lieu sur le "transfert" de l’organisation Gehlen à l’Etat fédéral allemand, tout en restant bien-sûr entièrement dans le giron US. Par la suite, Gehlen n’a jamais accepté un quelconque contrôle politique du BND.

En 1951, le Bundestag avait voté une loi préservant la sécurité nationale et donc certains secrets d’Etat. Mais les Alliés, à travers le Haut-Commissariat, ont fait passer une loi pour la modifier et permettre la "fourniture d’informations de toute nature" aux Etats-Unis, ainsi que le maintien des relations avec les pays qui occupaient encore l’Allemagne de l’Ouest à l’époque (USA, France, Angleterre).

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Les Nazis se sont tellement bien réintroduits dans les structures institutionnelles de l’Etat d’après-guerre, qu’en 1951 on comptait déjà 376 groupes d’anciens SS, fédérés et dirigés par un SS, qui revendiquaient clairement une idéologie néo nazie [7]. Très vite, de nombreuses organisations d’extrême droite proche de l’armée fleurissent à leur tour et en 1964 un parti nazi, fidèle aux délires du 3e Reich, réapparaît.

"Au début des années 50, la police et la justice, les services de renseignements et les ministères, grouillèrent d’anciens nationaux-socialistes qui avaient retourné leur veste. En 1951, 30.000 anciens fonctionnaires et anciens soldats professionnels d’avant 1945 furent réintégrés", écrit le politologue Jean-Paul Picaper dans "Ces nazis qui ont échappé à la corde" (p.443), "Leur réhabilitation rassura de nombreux fugitifs nazis, qui revinrent en Allemagne, excepté ceux qui avaient participé aux génocides et à la Shoah, non couverts par les lois d’amnistie. Des enquêtes judiciaires furent suspendues, sinon oubliées. Peu à peu, la plupart des dossiers passèrent sous la pile".

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Qui était derrière ces manœuvres visant à créer un BND qui ne serait jamais qu’une succursale locale de la CIA ? L’OSS-CIA en général, mais surtout à l’origine de la création de l’organisation Gehlen, il y avait Allen Dulles, avocat d'affaires qui était le représentant de Wall Street et le patron de l’Office of Strategic Studies, la future CIA. Dulles était très actif eu Europe pendant la guerre, notamment en Suisse. Son frère John Foster Dulles, également ex avocat de Wall Street [8], était quant à lui devenu secrétaire d’Etat.

Avec le réseau Gehlen, les US ont pu se livrer par exemple au trafic d’armes, notamment vers le Maghreb et le Moyen-Orient. Reinhard Gehlen a régné sur le BND jusqu’à sa retraite en 1968. Même la fille d’Himmler, surnommée "la princesse du nazisme", une négationniste pure et dure, a travaillé au BND dans les années 60.

2019-04-07 15_15_20-Neue Studie zum BKA_ Versorgungsanstalt für Ex-Nazis - SPIEGEL ONLINE

Citons encore Paul Dickopf, dont on a déjà un peu parlé, qui a été membre du parti Nazi, puis sous-lieutenant appartenant aux services secrets de la SS, puis agent de l’OSS et de la CIA dès 1945[9], chef de la police criminelle allemande, le BKA, en 1965, et même patron d’Interpol, la police "européenne", en 1970. On a appris aussi suite à la déclassification d’archives de la CIA, que l’agence d’espionnage US a rémunéré Dickopf de 1965 à 1971, durant sa présidence du BKA, et qu’il officiait en tant qu’ "agent unilatéral" de l’agence.

Dickopf, qui était accessoirement un grand ami du banquier d'extrême droite Suisse François Genoud (financier de divers mouvements nationalistes arabes) n'était apparemment pas le seul: "on sait depuis un rapport de 2011 que 33 de ses 47 cadres dirigeants de l’après-guerre étaient d’anciens SS", précisait un article Allemand de 2015. Ambiance.

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"Au Ministère des affaires étrangères où, à la défaite, 573 cadres sur 706 sont d’anciens membres du NSDAP et 70, d’anciens membres de la SS, la «cellule de protection juridique» chargée de suivre les cas des prisonniers de guerre allemands emprisonnés à l’étranger fonctionne plutôt comme un «centre d’alerte». Elle prévient les nazis en fuite, le "boucher de Lyon" Klaus Barbie par exemple, des actions lancées à leur encontre", ajoute l'article. On comprend miuex pourquoi si peu de Nazis et soutiens du Reich ont été condamnés (2% au grand maximum).

Officiellement tout cela est fini, mais il est parfaitement clair que le BND travaille toujours à la botte de la CIA. Ce n’est pas pour rien qu’en 2015, on a appris que le BND espionnait des entreprises agissant dans le domaine de la défense ainsi que de hauts fonctionnaires, des diplomates et des politiques français (notamment l’Elysée) et européens, et refilait les informations à la NSA, soi-disant à l’insu du gouvernement allemand.

Le scandale de la NSA qui a éclaté en 2015, a montré l’espionnage massif de l’Europe, aussi bien des dirigeants politiques européens que du secteur industriel (EADS, Eurocopter…), par les US. Il a révélé que le BND espionne aussi les voisins européens, pour le compte de la NSA [10]. Au XXIe siècle, le BND n’est donc ni indépendant des services US, ni placé sous aucun contrôle ne serait-ce que vaguement démocratique.

 

2. En France

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La fin de la guerre a été une période d’intenses tractations entre les Américains et les différents pays "alliés", passés sous domination économique, politique, mais aussi militaire des US. Si l’OTAN s’est installé à Paris à sa création en 1949, c’est parce que le terrain était propice à diverses manœuvres menées par le biais de la France. Par exemple, au niveau de la dissémination de manière discrète de l’arme nucléaire à travers le monde [11]. La France servait ainsi de "rempart nucléaire" contre l’URSS, tout en développant ses capacités militaires et en vendant à des pays "amis" même si en façade on les critiquait et les Etats-Unis n’étaient pas d’accord. En parallèle, toute une propagande pro-nucléaire s’est mise en place [12].

Il est aussi vrai que les français ont su agiter l’épouvantail soviétique dans les années d’après-guerre pour obtenir des financements US, notamment dans le domaine militaire. Evidemment, cela ne s’est pas fait sans contreparties.

 

Des fascistes pour lutter contre les communistes

En France, comme en Allemagne, dès la fin de la guerre, les US et les anglais ont organisé la mise en place des services de renseignements, dans une optique fermement anti-communiste. Cela peut sembler énorme car on évite de nous l’apprendre à l’école, mais aujourd’hui tout cela est très bien documenté.

Libération

L’armée et les services de renseignements des Etats-Unis se sont trouvés à la manœuvre, avec les services anglais, derrière la création des services de renseignements de plusieurs pays européens, dont la France. Les premières troupes qui ont constitué ces "nouveaux" services de renseignement d’après-guerre étaient pour la plupart très orientées à droite, et il n’était pas rare que d’anciens collabos et fascistes soient considérés comme des recrues de premier choix.

Par ailleurs, grâce à ces effectifs dont beaucoup étaient prompts à mener des opérations clandestines, les services américains et anglais ont pu organiser sur le territoire un certain nombre d’opérations "anticommunistes" dont toutes n’ont probablement pas encore été révélées par les archives.

Il y a par exemple, juste après la guerre, un coup monté en 1946-1947 appelé le "plan bleu" dont l’objectif était d’empêcher la montée politique des communistes, qui venaient même d’entrer au gouvernement (ils en ont rapidement été virés sur injonction des US, mais cet épisode a fait très peur à l’establishment). Toutefois, ce plan a été rapidement exposé et a donc échoué. Un autre plan d’armée secrète anti-communiste a très vite été mis sur les rails, à travers l’opération "Rose des Vents" lancée fin 1947. En fait, comme on va le voir au fil de cet article, ces manigances n’ont jamais vraiment cessé.

Dans les manœuvres de préparation dudit "Plan Bleu", "urent compromis des officiers supérieurs de l’armée et de la gendarmerie ainsi que des hauts fonctionnaires", selon Jean Chatain dans "Les affaires de M. Le Pen".

2019-04-07 15_26_21-« Paul Touvier était une crapule sans morale »

Parmi ces gens,  il y avait le milicien Paul Touvier qui a miraculeusement [13] échappé aux autorités pendant près de 50 ans alors qu’il était en principe recherché pour Collaboration. Le chef de Touvier dans la milice de Vichy, créée par Joseph Darnand, avait fui comme lui via les monastères. C’était un ancien cagoulard et membre de l’Action Française qui s’appelait Jean Degans [14]. Des militaires SAS britanniques étaient derrière l’opération, puisqu’ils avaient mis les protagonistes du complot en contact et en action, c’est-à-dire qu’ils avaient carrément organisé des groupes armés pour lutter contre une hypothétique invasion de l’URSS, mais aussi réagir "en cas d’occupation et de grève dans les usines", a raconté l’une des recrues de l’opération. Il s’agissait aussi de préparer un coup d’Etat, prévu pour août 1947[15].

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Il y a bien eu quelques arrestations dans cette histoire, mais tout le monde a été rapidement libéré. Puis les communistes ont mené l’enquête, et observé des parachutages de caisses, de nuit, dans l’est de la France. Dans les caisses, il y avait des armes, et deux inculpés "révéleront le nom des industriels locaux qui finançaient l’opération, ainsi que les camps d’entraînement de cette ‘armée’ cosmopolite comprenant des SS évadés, des anciens camelots du Roy des années trente, des émules de Pétain et quelques gaullistes du RPF", rapporte Jean Chatain.

La petite bande Darnand- Degans – Filliol (qui a été condamné quatre fois à la peine de mort à la Libération, a fui et est devenu le dirigeant de la branche espagnole de l’Oréal), leaders de la milice sous Vichy, avait été à l’origine en septembre 1944, avec quelques allemands, de la création en France d’un groupuscule appelé "l’Organisation Technique".

L’objectif de ce groupe monté juste après la Libération était, selon un document de la CIA, de recruter d’anciens miliciens afin de mener des opérations de sabotage et d’espionnage sur le territoire français pour le compte de Darnand et des Allemands [16]. Degans et Filliol dirigeaient ce groupuscule, et rapportaient aux Allemands ainsi qu’à Darnand qui, tout en dirigeant la Milice sous Vichy, "a été pendant un temps le chef de l’organisation qui gérait la totalité du marché noir dans le Sud de la France" selon les renseignements US.

Ladite "Organisation technique" était basée en Allemagne près de Siegmaringen et disposait de trois centres techniques. Selon Ralph Ganis dans "The Skorzeny Papers", l’Organisation technique était placée en Allemagne sous le commandement d’Otto Skorzeny. Elle avait aussi un but "anti-communiste", en exploitant les relations entre anciens cagoulards, qu’ils soient sous les ordres de l’Allemagne, de la Résistance ou dans l’armée française.

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"Cet effort discret à la fin de la guerre pour intégrer l’ancienne Cagoule en un groupe anticommuniste commun et au cœur des contacts des renseignements français avec Skorzeny", écrit Ralph Ganis au sujet de ce groupe paramilitaire. L’ "Organisation technique" était "placée sous la haute autorité de Bickler[17] et Skorzeny et dirigée par Filiol (alias Denis). Elle dépend de Degans, chef des renseignements de la Milice, ex-directeur des renseignements généraux de la Sûreté Nationale. Ses objectifs sont de former des agents capables d’aller dans les territoires occupés par les Alliés pour y recueillir des renseignements d’ordre militaire, politique, économique (branche OTI) , exécuter des destructions, des sabotages, et créer un climat d’agitation révolutionnaire (OT2), établir des liaisons radio (OT3)", et les recrues étaient des miliciens qui avaient fui en Allemagne à la fin de la guerre, résume Jean-Marc Berlière dans "Liaisons dangereuses : Miliciens, truands, résistants, Paris 1944".

Dans les années d’après-guerre, les US se sont aussi occupés d’éjecter les gens un peu trop à gauche à leur goût de toute l’administration, et de réorganiser la police qui a été rapidement (dès 1947) vidée des communistes et autres gauchistes, renseignements généraux compris.

Un dénommé Jean Dides [18], sorte d'agent double qui collaborait avec l’Office of Strategic Sudies (OSS)[19] américain pendant la guerre alors qu’il travaillait déjà pour les Renseignements Généraux (RG) français de Vichy, a été placé en 1948 à la tête d’une nouvelle police secrète anticommuniste. Cette police parallèle, qui disposait de listes de communistes réalisées pendant et après la guerre, était sous la responsabilité du ministère de l’Intérieur tenu par Jules Moch.

Ce réseau de policiers anticommunistes constitué par Jean Dides était une sorte de filiale du "service d’ordre du RPF", avec lequel les US collaboraient déjà.

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Selon Patrice Hernu, dans son livre "Affaire Hernu : histoire d’une calomnie", "Le réseau Dides était en fait un service officiel de la préfecture de police de Paris, créé sur les instructions du ministère de l’Intérieur. Ce service comprenait dix inspecteurs de police placés sous les ordres d’un commissaire adjoint et de Jean Dides (qui deviendra le directeur de cabinet du préfet Jean Baylot)". 

Son réseau qui était à l'orgine censé traquer les communistes fliquait en fait un peu tout le monde, car Dides avait tendance à voir des communistes partout. Il est vrai que quand on a un fonds de commerce qui est la lutte anti-communiste, il vaut mieux que règne la crainte d’une cinquième colonne communiste. Crainte savamment entretenue par ceux qui avaient vu là un créneau porteur, que ce soit par idéologie ou par paranoïa.

Syndicaliste et membre de la SFIO dans les années 20, Jean Baylot entretenait depuis longtemps des réseaux anticommunistes via la franc-maçonnerie, qu’il avait rejointe à 24 ans au Grand Orient de France [20]. Patrice Hernu évoque une campagne de calomnie organisée au début des années 50, visant à faire passer son père, ministre de Mitterrand, pour un suppôt des soviétiques. Une campagne menée, explique-t-il, à l’aide des réseaux franc-maçons [21], et qui a culminé par un article dans L’Express en 1996.

L’un des bras droits de Jean Dides était  un certain Alfred Delarue, dit "Monsieur Charles", "ancien membre des brigades spéciales[22] de Vichy, condamné au lendemain de la Libération à vingt ans de travaux forcés, Alfred Delarue, détenu au camp de Noë dans l’Ardèche, s’en évade en 1947. Les services américains le récupèrent. Il se retrouve aux Etats-Unis. Quand il en revient, il retrouve place dans la police, dans le "réseau" Dides, avec d’autres anciens collaborateurs membres avec lui d’une ‘Amicale des épurés’", écrit Jean-Marc Théolleyre dans "Les Néo-nazis".  On retrouve à la fin des années 50 [23] Delarue, ainsi que Baylot, dans les réseaux de la Françafrique autour de Jacques Foccart.

 

Les officines anti-communistes

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A côté de ses fonctions dans la nouvelle police secrète du ministre de l’Intérieur Jules Moch, Dides animait les meetings d’un groupuscule appelé "Paix et Liberté", mis en place dans le cadre de l’armée paramilitaire secrète que le général US William Donovan a organisée en Europe de l’Ouest dès 1947, en lien direct avec la CIA et grâce à un important financement de l’OTAN. Il a y a eu d’autres mouvements de ce nom dans d’autres pays sous la coupe des US, notamment en Italie. Jean Dides a mis une partie de ses amis flics révoqués après-guerre pour collaboration au service de Paix et Liberté. Le fidèle Delarue était lui aussi membre de Paix et liberté, conçu comme un pendant pro-américain du mouvement pour la paix proche de l’URSS.

Le mouvement Paix et Liberté est apparu en 1949 avec la bénédiction du ministre Jules Moch, un fervent anti-communiste qui avait violemment mis fin à diverses grèves, dont celle des mineurs en 1948, réprimée avec l’armée et dans le sang (5 morts officiellement). Le secrétaire de Paix et Liberté était un entrepreneur qui s’est enrichi pendant l’Occupation[24] et s’est lancé en politique en 1946, quand il est élu député, un dénommé Jean-Paul David. L’objectif affiché de ce groupuscule est de "combattre le communisme".

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En réalité il s’agissait surtout de mener des opérations "de guerre psychologique" à destination du grand public ou de neutralisation des opposants, grâce notamment à des commandos anti-ouvriers. Paix et Liberté bénéficiait de fonds de la CIA et du gouvernement français à l’époque Mendès-France. "Jean-Paul David disposait d’une douzaine de permanents payés sur fonds secrets, de relais dans les divers partis, d’une émission hebdomadaire puis bihebdomadaire sur les antennes de Paris-Inter et d’un bulletin hebdomadaire intitulé Défendre la vérité, dont la diffusion ne dépassait pas quelques milliers d’exemplaires mais dont les thèmes étaient repris dans une certaine presse", relatait le Monde Diplomatique en 1984.

Frédéric Charpier écrit dans "Les RG et le parti communiste : Un combat sans merci dans la guerre froide" que "Les membres de son réseau [à Jean Dides] se livraient à des attaques contre des militants communistes et des plasticages contre des permanences du parti" communiste, "Les équipes étaient constituées d’anciens miliciens, d’anciens parachutistes, d’anciens combattants de l’Indochine et de la Corée". Jean Dides est très impliqué dans le comité paix et Liberté en France, dont il est l’un des animateurs principaux. Et il ne s’agit pas de réunions d’énergumènes marginaux : Frédéric Charpier écrit qu’aux réunions, il y avait des gens comme le directeur de la Sûreté nationale, le préfet de police, un représentant du Président du conseil, un autre du ministère des Affaires étrangères, parfois un représentant de l’OTAN, d’autres d’EDF ou de la SNCF.

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En 1951, des comités Paix et Liberté ont été créés en Italie, en Belgique, aux Pays-Bas, au Danemark, en Allemagne de l’Ouest, au Vietnam, puis un peu plus tard en Grèce, Turquie, en Australie, en Suisse, en Angleterre. Et beaucoup d’argent frais est arrivé dans les caisses du mouvement.

Une époque à laquelle son dirigeant Jean-Paul David s’est rendu plusieurs fois aux Etats-Unis, où il a rencontré Nixon ainsi que des dirigeants de mouvements anti-communistes, des patrons de presse ou encore des dirigeants de la CIA : "Les rencontres de David, tant avec les responsables de la CIA, Allen Dulles et Walter Bedell Smith, qu’avec ceux du Département d’État ou encore avec les membres de l’OCB (Operations Coordinating Board), structure coordonnant les efforts américains en matière de guerre psychologique, montre bien comment Paix et Liberté continuait de rester un élément clé de la stratégie anticommuniste américaine pour la France, tout comme l’était, dans une moindre mesure, Pace e libertà pour l’Italie ; d’autant que l’administration Eisenhower accordait une importance croissante à la guerre psychologique. Mais, plutôt que de s’inscrire dans la politique américaine, Jean-Paul David cherchait, avec Bidault, à coordonner les efforts du monde libre en matière de propagande et de guerre psychologique au niveau de l’OTAN", analyse Bernard Ludwig dans un article sur "Le Comité européen et international Pais et Liberté". Mais les US auraient refusé de transmettre la coordination de Paix et Liberté à l’OTAN (cela aurait été trop voyant et aurait terni l’image de l’OTAN).

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Pour en revenir à Jean Dides, qui a été membre du RPF de Doriot de 1947 à 1953, il a également organisé le service d’ordre du parti pendant plusieurs années. Ce service d’ordre est a progressivement muté en une espèce de milice gaulliste appelée le "Service d’Action Civique", le SAC. Qui n’avait rien de civique mais tout d’une milice discrète à la solde du parti gaulliste. "Le réseau Dides" (qui à l’origine était le service d’ordre du RPF, qui lui-même deviendra la SAC) doit son nom au commissaire Jean Dides. "Le ‘réseau Dides’ qui était en contact avec l’ambassade des Etats-Unis par l’intermédiaire d’un diplomate nommé Lallier, avait pour cheville ouvrière André Barunès et Alfred Delarue", déclarait le journaliste de l’Humanité Alain Guérin à la commission d’enquête sur le SAC.

Le SAC a pu regrouper jusqu’à 16.000 hommes, tous de droite, et souvent très à droite. On y trouvait aussi quelques anciens résistants, eux-mêmes barbouzes et/ou truands, en gros le même profil que dans les rangs des milices vichystes et des renseignements d’après-guerre. Tout ce petit monde était rémunéré et disposait de fausses cartes de police, qui faisaient office de laisser-passer. C’était bien pratique, comme on le verra, pour gérer les différents trafics qui servaient à alimenter les caisses du parti de droite. Quand Pasqua est viré du SAC en 1969, des groupes dissidents se multiplient, notamment dans le sud de la France.

Les financements du SAC ne provenaient pas que des braquages et des trafics tels que celui des armes ou de la drogue. Des entreprises françaises versaient aussi au pot (Crédit Lyonnais, Rhône-Poulenc qui avaient des capitaux publics, Dassault, Esso-Standard par exemple).

 

Les réseaux de barbouzes

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Ces réseaux de barbouzes sont devenus une véritable institution parallèle en France, aux liens étroits aussi bien avec le banditisme qu’avec les milieux politiques de droite. En 1947, le président du Conseil (1er ministre) Paul Ramadier, qui éjecte les communistes du gouvernement, et son ministre des Affaires étrangères, commencent à négocier discrètement avec les Américains un accord qui met en place un plan appelé "Arc-en-Ciel", qui jetait les bases du réseau stay-behind français. Celui-ci était conçu avec deux branches, l’une civile, l’autre militaire.

En conséquence, Ramadier a ordonné au SDECE (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage), les premiers services de renseignements de l’après-guerre, de mettre en place une armée secrète anti-communiste qui devait traquer et combattre les opposants jugés potentiellement subversifs et mener diverses opérations clandestines en cas de présence soviétique sur le territoire.

Les bases du renseignement français sont alors jetées avec ces gens, aux idées anti-communistes, voire carrément fascistes. Même si juste après la guerre, un certain nombre de communistes étaient encore présents dans les milieux du renseignement en raison de leur forte présence dans la Résistance.

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La première forme d’armée secrète a été montée dans le cadre d’une opération appelée le "Plan Bleu", qui échoué après avoir été rapidement éventée en 1947. Une nouvelle tentative a rapidement été mise en œuvre : c’était l’opération dite "Rose des vents", destinée à mettre en place une armée anticommuniste secrète. Là encore, les recrues issues de l’extrême droite et de la Collaboration étaient semble-t-il des recrues de premier choix. François de Grossouvre, le fidèle bras droit de Mitterrand, ex milicien d’extrême droite [25] avant la deuxième guerre, vichyste et collabo pendant la guerre avant de devenir résistant, a été l’un des dirigeants de cette armée "Rose des vents" à partir de 1950  dans la région lyonnaise [26].

Grossouvre, chevalier de l’Ordre de Malte dont il était ambassadeur au Maroc, était aussi un industriel qui avait une licence exclusive avec Coca-Cola [27] depuis les années 50, et des contacts avec les représentants de cette entreprise, dont certains étaient aussi des membres de la CIA. A cette époque, Grossouvre est aussi correspondant du SDECE dans la région lyonnaise et chargé de mettre en place des cellules stay-behind dans la région [28]. Il a aussi été patron de presse (actionnaire principal de La Montagne et le Journal du Centre dans les années 70), tant qu’à faire. Selon un câble de l’ambassade des Etats-Unis à Paris destiné à Washington datant de février 1984, Grossouvre "a connu, conseillé (et financé) Mitterrand pendant plus de vingt ans et ils sont considérés comme de bons amis". L’armée "Rose des vents" a cependant assez vite été supplantée par le SAC.

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En parallèle, les groupuscules d’extrême-droite commencent à émerger. Le premier parti d’extrême droite d’après-guerre, de tendance franchement fasciste, arrive en 1950 : l’Union des nationaux indépendants et républicains (UNIR), qui regroupait de nombreux vichystes, parmi lesquels Jean Dides, élu sous cette bannière comme conseiller municipal puis député à Paris. La principale revendication de cette "Union des nationaux indépendants et républicains" était d’obtenir la révision du procès de Pétain et tous les collabos condamnés. Un mouvement néo-fasciste est aussi créé à la même époque, Jeune Nation. Son fondateur, Tixier-Vignancour, a encore créé en 1954 le Rassemblement National Français, toujours à l’extrême-droite.

Pendant la guerre d’Algérie, de nombreux membres du SDECE étaient contre l’indépendance, et le sont restés, se positionnant alors contre De Gaulle. L’Opération Résurrection, qui a mené à la chute de la IVe République en 1958, destinée à imposer De Gaulle via un coup d’Etat militaire et la prise des lieux de pouvoir parisiens, est une manifestation de cette mouvance. Qui, certes, fut bien aidée par l’OTAN et les US, pour bloquer la gauche.

2019-04-07 15_59_53-INA - Jalons - Le putsch des généraux _ les débuts

Il y a eu une nouvelle tentative de coup d’Etat en 1961, par des généraux d’extrême droite refusant l’indépendance de l’Algérie[29], eux aussi soutenus par les US. L’Organisation Armée Secrète (OAS), fondée pour l’occasion, était derrière cette entreprise, et des agents des réseaux behind y ont participé activement.

L’un des généraux pustchistes, le général Challe, était quelque temps auparavant le commandant en chef des Forces Alliées en Europe Centrale, ce qui implique forcément des liens avec l’OTAN et les réseaux stay-behind. En 1961, on lisait dans L’Express que "Les plus hauts personnages de l’État français l’admettent volontiers en privé : la CIA a joué un rôle direct dans le coup d’État d’Alger, et elle est certainement pour beaucoup dans la décision du général Challe de déclencher ce putsch". Dix jours avant la tentative de coup d’Etat, plusieurs militaires putschistes se sont rendus à Madrid pour une réunion avec des membres de services de renseignements européens et la CIA. Apparemment, les US ont promis que s’ils parvenaient à prendre le pouvoir, Washington reconnaîtrait le nouveau gouvernement dans les 48 h.

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Aujourd’hui, certains disent que la CIA a aidé les généraux contre l’avis de la Maison Blanche. En tout cas, dès le lendemain du putsch, un journal italien affirme que Allen Dulles et la CIA ont soutenu ce coup, information qui venait directement de l’Elysée, où l’on est convaincu que les américains ont incité Challe à mener ledit putsch, qu’ils ont suivi quasiment en direct. Et en effet, les US haïssaient De Gaulle, qui le leur rendait bien. Le lendemain du putsch, il a pris les pleins pouvoirs et entamé la répression des dissidents, qui ont entamé une guerre clandestine en Algérie.

L’OAS a terrorisé les indépendantistes algériens jusque sur le sol français, et s’est implantée en métropole. Jean Dides a rejoint la branche française, l’OAS-Métropole, et une autre branche s’est installée à Madrid, dans l’Espagne franquiste. La CIA a continué à soutenir cette OAS qui était une pure organisation terroriste, à travers notamment l’ "American Committee for France and Algeria", un organe de propagande américain réclamant l’Algérie française.

L’OAS était un ramassis de tout ce que la fachosphère pouvait comprendre à l’époque : vichystes, fascistes, royalistes, maurrassiens, intégristes chrétiens, poujadistes… qui ont massacré et torturé à tour de bras, commis des dizaines d’attentats en Algérie et en France.

En face, De Gaulle a utilisé le SDECE, avec lequel la CIA était aussi en contact. Un groupuscule lié au SDECE, la Main Rouge, a été créé pour mener des actions terroristes contre l’OAS et contre le FLN algérien. La Main Rouge visait aussi à procurer une couverture médiatique pour les actions menées en France et à l’étranger. Le SAC, notamment un de ses leaders le truand lyonnais Jean Augé [30] avec ses équipes, a été aussi utilisé pour lutter contre l’OAS, de même que le clan des Guerrini à Marseille [31].

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Patricia Tourancheau expliquait dans Libération le 18 juillet 2001 que : "Afin d'accréditer l'idée d'une organisation indépendante «contre-terroriste», les cerveaux du Sdece fabriquent des communiqués de revendication et des interviews de prétendus «membres actifs» de la «Main rouge». Selon le commandant Muelle, «ces conférences de presse étaient montées par l'échelon de commandement du Sdece», le général Grossin. Et d'«honorables correspondants» relaient ces boniments auprès des journalistes. Dans le Daily Mail britannique puis le Spiegel allemand, Christian Durieux, jeune Corse et prof de maths, téléguidé par le Sdece, se plaint même d'un manque de reconnaissance de son organisation la «Main rouge» par les autorités ­ «aucun officiel français n'a osé admettre notre existence»­ et se vante de ses «exploits contre-terroristes» qui ont «mis fin à l'activité de certains trafiquants d'armes». Le Sdece pousse l'intox jusqu'à publier en 1960 un livre intitulé la Main rouge aux éditions Nord-Sud, montées pour l'occasion par «l'honorable correspondant» Jacques Latour".

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En réalité, la Main Rouge a bien existé. Ses éminences grises étaient des gens sympathiques comme le préfet de police Jean Baylot, l’ex commissaire Jean Dides, ou le colonel et député Pierre Battesti. Le groupe était financé depuis 1958 par "une subvention mensuelle d’un million d’anciens francs de Michel Debré, prélevés sur les fonds secrets", rappelle Jean-Pierre Bat dans "La fabrique des barbouzes : Histoire des réseaux Foccart en Afrique". En 2017, des documents déclassifiés montrent que des assassinats ciblés ont été réalisés par la Main Rouge, sous l’autorité du ministre de l’Intérieur Michel Debré, et avec l’aide des services d’Allemagne de l’Ouest.

L’un des dirigeants de la Main Rouge était le colonel André-Marcel Mercier, basé à Berne depuis 1952, où il occupait officiellement un poste d’attaché commercial à l’ambassade de France. Selon le livre collectif "Histoire secrète de la Ve République", c’est Mercier qui a recruté une bonne partie des assassins qui ont réalisé les assassinats ciblés d’opposants à l’Algérie française et de leurs soutiens ou encore de militants politiques camerounais, assassinats revendiqués par la Main Rouge.

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Le tout à partir de la Suisse, ce qui a causé un mini scandale en raison de la contradiction avec la pseudo "neutralité" affichée chez les Helvètes. Et ces meurtres ciblés ont été totalement autorisés dès la fin 1956 par un premier ministre socialiste, Guy Mollet. Derrière la Main Rouge, on retrouve le SDECE, et des dirigeants du 11 Choc, le bataillon chargé de l’ "information" , dont des éléments ont contribué aux actions secrètes de la Main Rouge. Jacques Foccart, ce très proche de De Gaulle et homme de la Françafrique, était d’ailleurs un réserviste du service action du 11e Choc. Fin 1960, le SDECE a mis fin aux activités de la Main ROuge, dont les membres ont rejoint l'OAS

En 1955, une cellule du SDECE appelée le "Brain Trust Action", directement liée aux réseaux stay-behind, a été chargée de former les types qui devaient organiser les différents coups tordus, notamment les assassinats ciblés. Certaines formations étaient assurées à Fort Bragg, le quartier général de la CIA aux Etats-Unis. Cette cellule a ensuite installé ses pions anticommunistes et pro américains dans des groupes plus ou moins ésotériques [32], obéissant souvent à diverses branches de l’OTAN (aux acronymes incompréhensibles comme CCUO, CPC, ACC, ou directement le SHAPE, qui est le commandement de l’OTAN).

2019-04-07 16_30_47-17 octobre 1961, une manifestation pacifique d'Algériens devient _ratonnade_

Le 17 octobre 1961, ce sont des policiers français qui ont organisé la répression sanglante d’une manifestation pacifique de 40.000 algériens contre le couvre-feu qui leur était imposé en région parisienne depuis le 5 octobre, en raison disaient les autorités des troubles en Algérie.

Cette manif était organisée par le FLN, et a viré en ratonnade géante, avec de nombreux morts : plus de 200 morts d’après l’ancien conseiller à la sécurité de De Gaulle, Constantin Melnik. Certains victimes, repêchées pendant plusieurs semaines dans la Seine, ont été tuées par balles. Ce sont des policiers, aux ordres du préfet de police de la Seine le Nazi Maurice Papon, qui ont organisé les agressions systématiques des manifestants, dès la sortie des bus. Si l’histoire officielle française cherche à occulter cette sombre affaire, certains ont parlé de "massacre", un terme avalisé par la justice.

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Papon ne s’est pas retrouvé là par hasard : c’est parce qu’il n’avait aucun scrupule dans la répression, comme il l’avait si bien montré durant la guerre, que De Gaulle l’a fait mettre au poste de préfet de la Seine. Un article de L’Humanité du 17 octobre 1961 explique :  "La nomination de Maurice Papon – dont le passé de haut fonctionnaire de l’appareil de répression du régime de Vichy était alors soigneusement caché – à la préfecture de police fut un moment clé dans l’escalade. Face aux attentats ciblés contre des policiers, organisés par le FLN, Papon n’hésita pas une seconde à ordonner des rafles massives et à couvrir des assassinats. Les premiers remontent à la fin de l’année 1959 et ne s’arrêteront plus. La réplique du FLN fut à la mesure du défi. Des policiers furent abattus. Papon déclara : « Pour un coup reçu, nous en porterons dix !".

En Algérie, Papon a  été préfet de 1949 à 1951, puis de 1956 à 1958, quand Guy Mollet l’a nommé Inspecteur Général de l’Administration à Constantine. Là aussi, il a développé les "renseignements" sous la forme d’une milice anti opposants appelée "Section Administrative Urbaine" et a commis des meurtres, évidemment impunis et passés totalement sous silence. Pour cela, il a formé des traitres, et envoyé des commandos avec des harkis et des CRS.

 

Des services entre le marteau et l’enclume

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Au début des années 60, la tension montre entre Paris et Washington. Une tension qui culminera avec le retrait de l’OTAN en 1964. Pour embêter De Gaulle, la CIA a mené diverses opérations dans le contexte de la guerre d’Algérie par exemple. Un épisode a vu la CIA empêcher le FLN algérien de s’approvisionner en armes, grâce à un accord passé avec le SDECE et le mafieux sicilien installé aux USA Lucky Luciano, à qui elle avait donné le monopole sur l’importation d’héroïne aux Etats-Unis. Le deal consistait à faire bloquer par la Cosa Nostra de Lucky Luciano les bateaux qui livraient les armes, et en échange la France fermait les yeux sur les trafics de Luciano dans le secteur[33].  

A ce moment, en 1961, le SDECE est en train d’être repris en main par Jacques Foccart, conseiller de De Gaulle sur les affaires africaines, qui était aussi chargé par De Gaulle de surveiller les renseignements. Foccart assume également les caquettes de patron des réseaux africains du gaullisme, et de patron du SAC, deux vecteurs importants d’argent pour le parti gaulliste. On s’aperçoit que les influences s’entrecroisent, que le SDECE, c’est-à-dire les services de renseignements, passent des accords avec les Etats-Unis et la mafia, tout en étant au service des réseaux gaullistes de Jacques Foccart.

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En 1966, des membres de l’OAS ont créé Aginter Press, la version portugaise de l’armée stay-behind mais dotée d’une portée internationale, qui était dirigée par Yves Guérain-Sérac, un ancien de l’OAS. Aginter Press a été impliqué dans les attentats menés en Italie dans les années 60 à 80, notamment celui de la Piazza Fontana en 1969 [34]. Les "correspondants" d’Aginter Press à travers le monde étaient des fascistes, comme Delle Chiaie en Italie, ou Jean Violet en France, et bénéficiait de diverses sources de financements, comme les donations du cimentier italien Carlo Pesenti.

En 1966 également, De Gaulle rejette l’OTAN, qui déménage son QG de Paris à Mons en Belgique. Les troupes US en France, qui étaient 25.000, sont aussi presque toutes virées. Mais cela ne stoppe pas l’existence des réseaux stay-behind en France. Dans les années 70, le patron du SDECE Alexandre de Marenches lance en coordination avec la CIA, les services anglais et l’OTAN, le plan "Parsifal", destiné à activer tous les réseaux stay-behind et éventuellement à organiser un repli en Espagne, toujours sous la dictature franquiste. Ces réseaux stay-behind se sont en partie intégrés au SAC, le Service d’Action Civique ancien "service d’ordre du RPF", le parti gaulliste, et qui était formé depuis la guerre d’un tas de barbouzes, de fachos de tous bords et de truands (une qualité n’excluant pas les autres) [35].

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Le SAC a été créé en 1958 par plusieurs membres de l’UDR (Union des Républicains, le parti gaulliste), parmi lesquels Charles Pasqua (qui fut ministre de l’Intérieur de 1986 à 1988 puis de 1993 à 1995) et le déjà l'incontourbale Jacques Foccart, mais aussi Roger Frey, ex ministre de l’Intérieur, ou encore le très à droite Alexandre Sanguinetti[36], Jean Bozzi, et Paul Comiti.

Le SAC a été très vite transformé en une sorte de milice à la solde des pontes du parti de De Gaulle, et on le retrouve cité ou impliqué dans de nombreuses affaires louches depuis lors : le meurtre de Robert Boulin [37], le gang des Lyonnais, l’affaire Markovic, la tuerie d’Auriol, l’enlèvement en 1965 en plein Paris de l’opposant marocain Ben Barka et l’exfiltration des coupables, le meurtre de Pierre Goldman [38] pour n'en citer quelques-unes…

A la croisée des réseaux mafieux et des réseaux gaullistes, il y a un proche de Pasqua, Etienne Léandri, mafieux et Collabo pendant la guerre[39], qui avait fui en Italie où il s’était rapproché de Lucky Luciano, l’homme de la CIA pour le trafic de drogue vers les Etats-Unis et l'Europe. Il s’est rapproché du même coup de la CIA et a pu rentrer en France dès 1957 où il s’est installé à Paris et s’est reconverti en homme d’affaires. "Leandri se fait «arrangeur» auprès de grandes boîtes françaises (Thomson, Elf, GMF, Lyonnaise et Générale des eaux). Cela va du recouvrement musclé de créances à la contrepartie off-shore d'un deal", explique Renaud Lecadre dans un article de Libération. Dans son livre "Mafias", le juge Gilbert Thiel écrit que le fait d’avoir été l’intermédiaire entre Lucky Luciano et la CIA a permis à Léandri "d’entamer une nouvelle carrière, celle d’intermédiaire dans des ventes d’armes et dans la négociation de juteux contrats pétroliers".

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Léandri est rapidement entré en contact avec Charles Pasqua qui n’était pas encore politicien. Dès la création du SAC, à la fin des années 50. Léandri a ensuite réalisé divers business pour de grandes entreprises françaises en tant qu'intermédiaire, ce qui lui a valu d’être cité dans l’Angolagate par exemple. On peut se demander jusqu’à quand Léandri a conservé la bénédiction de la CIA, mais il est très probale, vu les milieux dans elsquels il grenouillait, qu'il ne l’a jamais perdue.

Une affaire qui est passée sous le scope de la justice il y a quelques années, l’affaire Alstom, impliquait une joyeuse bande dans laquelle on trouvait à la fois Léandri et le fils de Pasqua, qui a été condamné en 2007. Dans le cadre du transfert du siège d’Alstom, une autorisation de l’autorité issue du ministère de l’Intérieur était nécessaire.

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Dans "9-2 le clan du président", un livre sur la sarkozie, Hélène Constanty explique que "Pour débloquer le dossier, la société avait dû verser 770.000 euros en Suisse. Après avoir transité sur plusieurs comptes dont celui d’Etienne Léandri (…), les fonds extorqués avaient finalement atterri dans un compte suisse dont l’ayant-droit était Pierre Pasqua. Selon l’accusation, le but ultime de la manœuvre était le financement occulte des activités politiques de son père".

Le SAC était très certainement impliqué dans la French Connection, et en tout cas certains de ses membres étaient mouillés jusqu’au cou. "À la fin des années 1960, de nombreux « barbouzes » porteurs d’une carte tricolore furent mis en cause dans des affaires de convoyage d’héroïne : Ange Simonpierri, Joseph Maro, etc. L’ancien membre du SAC repenti, Dominique Calzi, a par exemple rapporté avoir été témoin d’une opération de récupération, de recel et de revente de morphine-base venant de Turquie, supervisée par plusieurs membres du SAC (Victor Léandri, Bernard Cochinaire, Gérard Kappé, etc.). Impliqués aussi dans le trafic d’armes venant de Yougoslavie, ils étaient par ailleurs responsables de la sécurité lors de campagnes électorales de candidats UDR locaux", rappelle Alexandre Marchant dans l’article "L’Etat, la drogue et le « complot » en France ; de la French Connection à l’îlot Chalon, des années 1960 aux années 1980" .

 

Des services barbouzes à la botte du pouvoir politique

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On retrouve encore le SAC, derrière Jacques Foccart, au cœur du financement du parti gaulliste par les réseaux africains. Certaines branches du SAC étaient ainsi chargées de récupérer de l’argent, et "L’Afrique, domaine réservé de Jacques Foccart - conseiller du général et l’un des fondateurs du SAC- est en la matière un terrain privilégié. Sociétés d’import-export, collaboration avec les services secrets de l’Etat, trafics de stupéfiants ou d’armes, aucune des opérations permettant de récupérer de l’argent sale et de le blanchir n’est négligée", écrivent Roger Faligot, Jean Guisnel et leurs co-auteurs dans "Histoire secrète de la Ve République" (p. 81). Chirac lui aussi a bénéficié des hommes de main du SAC dès 1967, quand il a cherché à conquérir la Corrèze, pouvant officier comme service d’ordre, colleurs d’affiches, porteurs de valises…

Les services secrets, le SDECE à l'époque, était aussi probablement à la manœuvre dans l’organisation du trafic, comme le suggère l’ "affaire Delouette", du nom d’un certain Robert Delouette. Celui-ci s’était fait coincer à la frontière des Etats-Unis en avril 1971, alors qu’il récupérait la livraison d’un bateau en provenance du Havre, livraison qui consistait en 89 paquets de 500 g d’héroïne. Roger Delouette a déclaré travailler pour le SDECE, les services secrets français, sur les ordres du colonel Fournier. Les US inculpent tout le monde.

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Les autorités US se sont aperçues que le type travaillait bien pour le SDECE, pour lequel il avait accompli plusieurs missions depuis 1969, et qu’il était en contact direct avec un proche de Paqua, Jean-Charles Marchiani, dont le nom figurait 23 fois dans l’agenda de Delouette et qu’il avait appelé juste après son arrestation pour lui demander de l’aide. Mais il semble que ce ne soit pas pour le SDECE que le trafic d’héroïne avait été mis en place. La piste serait plutôt à chercher du côté de la mafia Corse, même si l’un n’empêche pas l’autre.

On pourrait écrire une encyclopédie sur les méfaits du SAC, longtemps piloté par Foccart, Pierre Debizet et Pasqua, ses liens avec le grand banditisme, le trafic de drogues et d’armes, la corruption, ses opérations sous faux drapeau…

Autour de l'extrême-droite, de nombreux membres du SAC aux idées souvent fascistes gravitaient. A la fin des années 70, mais surtout au début des années 80, le Front National se structure. On trouve parmi ses cadres de nombreux anciens nazis, des néo nazis, des fascistes [40]. Par exemple Roland Gaucher qui a été l’un des fondateurs du FN ou André Dufraisse, ex membre du Parti Populaire Français et de la Légion des Volontaires Français, pro nazis. Pendant la guerre Roland Gaucher avait dirigé le mouvement de jeunesse du Rassemblement National Populaire de Déat et réclamait davantage d’exécutions d’otages à Vichy, puis a travaillé après la guerre pour divers journaux dont Minute, un organe lié à la droite extrême, mais aussi aux officines de la droite politique. Gaucher deviendra même conseiller régional dans l’est de la France, et député européen. Et le FN se porte très bien car il est financé allègrement par Mitterrand grâce à l’argent donné par les dictateurs africains.

2019-04-07 15_51_57-Grossouvre _ sa famille conteste la thèse du suicide

En 1981 Mitterrand décide de supprimer le SAC et transforme le SDECE en DGSE, mais il est probable que les réseaux stay behind ont perduré avec François de Grossouvre, son bras droit suicidé en 1994 (un suicide toutefois contesté par la famille [41]). Quant au SAC, il a eu des successeurs, comme le Mouvement initiative et liberté (MIL) basé à Levallois, dont Pierre Debizet a été secrétaire général de 1985 à 1987, et qui, selon Frédéric Charpier dans "Officines, trente ans de barbouzeries chiraquiennes", "fournit en 2007 un contingent de gorilles armés au candidat Sarkozy"[42].

D’ailleurs, Michèle Alliot-Marie, membre de l’aile droite du RPR qui nous a inventé l’affaire dite des "anarcho-autonomes de Tarnac", était une des figures du MIL, lui-même lié au syndicat étudiant de droite, l‘UNI, lui-même créé avec l’aide du SAC. Le MIL prônait une société individualiste, du « mérite » et du chacun pour soi, une société répressive avec un "régime économique, qui doit être fondé sur la libre entreprise et l’initiative personnelle". Le discours est très proche, sinon similaire, à celui du FN, et on retrouve le MIL dans la mouvance "Manif pour Tous".

Charles Pasqua, avant d’être ministre et de commencer en politique, a été l’un des fondateurs du SAC tout en travaillant chez Ricard. Il était proche des milieux du banditisme, et dans le sud-est de la France ou la région lyonnaise, il n’était pas rare de le voir attablé avec les truands du coin. Les autres fondateurs du SAC, des proches de De Gaulle qui avaient le pied en politique (Foccart, Bozzi, Comiti, Sanguinetti…) ont permis à Pasqua une belle ascension en politique.

Dans le documentaire Mafia et République (partie 2), l’historien François Audigier explique qu’en mai 1968, Pasqua a mobilisé 1700 gros bras du SAC contre les manifestants parisiens : "il a rendu beaucoup de services, on lui offre une investiture au moment des législatives en juin 1968" dans les Hauts-de-Seine, qu’il mène grâce encore une fois aux colleurs d’affiches et gros bras du SAC. Léandri devient son conseiller, ainsi que Jean-Charles Marchiani. En mai 68, Pasqua a aussi organisé une marche sur les Champs Elysées pour soutenir Mon général. Suite à quoi Pompidou l’a convoqué pour lui proposer d’être candidat aux prochaines législatives [43]. C’est ainsi qu’il a atterri dans les Hauts-de-Seine, à Levallois-Perret. Il a ensuite continué sa carrière politique dans ce secteur, avec l‘aide d’autres Corses comme Achille Peretti le maire de Neuilly ou Charles Ceccaldi-Raynaud le maire de Putteaux. Très vite aussi, on voit apparaître parmi ses fidèles Jean-Charles Marchiani, un autre Corse passé par les renseignements.

2019-04-07 17_22_36-Le dealer du Tout-Paris, prince de la cocaïne, se venge de Chirac et Johnny - Sp

Récemment, un ancien mafieux, Gérard Fauré, a déclaré qu’il vendait de la coke à Chirac très régulièrement[44], ainsi qu’à Johnny. Il explique aussi qu’il a travaillé avec des gens l’OAS en Espagne, qui lui ont présenté Gaëtan Zampa, réputé proche des milieux d’extrême droite, et qu’en 1978 Pasqua l’a appelé pour organiser un braquage au bénéfice du SAC, avec des informations fournies par le SAC. La moitié de la somme a été reversée à Pasqua. D’autres braquages en France et à l’étranger, notamment en Algérie et aux Pays-Bas, ont été menés sur le même schéma (l’argent volé en Algérie était blanchi dans l’Espagne franquiste). C’est encore le SAC qui l’a fait évader de prison à Marbella.

Ce qui n’est pas sans rappeler l’affaire du gang des Lyonnais, dont on soupçonne fortement qu’il a commis des braquages pour reverser une partie de l’argent au SAC et cet argent était en partie reversé au RPR, le parti de Chirac et Pasqua (les meneurs du gang des Lyonnais étaient membres du SAC). Pour Fauré, Pasqua était un "homme très dangereux". Des trafics de drogue, notamment le transit d’une tonne de cannabis, ont aussi été réalisés pour le compte de Pasqua.

Pasqua Chirac

Pour donner une autre anecdote sur Pasqua, dont on regrette qu’il n’ait jamais eu à répondre de ses actes, il a travaillé comme directeur des opérations internationales chez Pernod Ricard, ce qui l’a rapproché du roi Hassan II du Maroc, notamment. De cette amitié serait née un réseau de production de drogue grâce à des laboratoires de transformation de cocaïne installés en 1962 au Maroc, la coke étant ensuite transportée "dans des avions militaires atterrissant dans les deux importantes bases militaires d’Evreux et de Tours[45]. Cette relation franco marocaine étroite a été alimentée encore par Chirac, qui à peine élu en 1995 a rendu visite à Hassan II, et a reçu une ferme dans le Ouled Dzaim. A partir de là, la France a été très rapidement envahie de cannabis venu du Maroc (les fameuses "savonnettes"), à bas prix et de qualité souvent douteuse [46]. La collaboration a continué sous Mohamed VI, bien évidemment.

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Pasqua et son fidèle bras droit Jean-Charles Marchiani ont été cités comme étant en lien avec les réseaux de la French Connection, démantelés au début des années 70, au grand désarroi des autorités françaises qui tiraient d’importants revenus de la transformation d’opium en héroïne dans les labos de la région Marseillaise. En effet, l’importateur et distributeur du pastis Ricard en Amérique du Nord était Jean Venturi, un truand marseillais qui a été inculpé par les US en 1967 dans le cadre de la French Connection[47], mais jamais arrêté. A ce moment-là, Pasqua, qui avait Venturi sous ses ordres, se dit qu’il est temps de quitter la boîte et de se consacrer à la politique.

Les Américains ont commencé à sévir contre ce trafic au début des années 70, alors que 80% de l’héroïne importée aux Etats-Unis était traitée en France. En 1971, directeur du bureau des stupéfiants US en Europe, John Cusack, déclare dans le quotidien local Le Provençal, que "Actuellement, il y a dans Marseille, forts de leurs comptes en banque, de leurs relations, du respect qui les entoure, trois ou quatre gros bonnets de la drogue qui se sentent en sécurité (…) L’organisation est en place depuis longtemps. Certainement une vingtaine d’années. Elle bénéficie de nombreuses complicités, d’une connaissance du pays et de beaucoup d’argent[48].

2019-04-07 17_27_05-J'étais le fournisseur de coke du Tout-Paris des années 1980 - VICE

Pour en revenir à Gérard Fauré, il déclare également avoir attaqué des militants basques de l’ETA espagnol, pour le compte de Franco, parce que ce dernier "ne voulait pas mêler les Espagnols à ces histoires-là". Le procédé est connu des services secrets un peu partout : faire faire la sale besogne par des barbouzes d’un autre pays, ou par des truands aux ordres, les deux catégories trainant souvent ensemble. 

Fauré a aussi évoqué la pédocriminalité au Maroc, expliquant que la président du tribunal de Tanger avait à disposition huit enfants qui étaient ses esclaves sexuels, et pour rester discrets c’est le père de Gérard Fauré, médecin, qui intervenait pour "réparer" les victimes[49]. Il évoque aussi un bar tenu par un certain "Michel" qui "vendait les petits enfants à des personnalités notamment de la famille royale anglaise". Selon Fauré, tout cela continue aujourd’hui, et on peut ajouter qu’il se passe la même chose en France. 

Avec l’arrivée de De Gaulle au pouvoir en 1958, une certaine tension s'est fait jour entre Paris et Washington. De Gaulle reprend en main les renseignements, et les US doivent se faire plus discrets. Mais cela ne change pas grand-chose : les nouveaux chefs restent inféodés aux Américians.

Les pratiques barbouzardes n’ont quant à elles pas cessé. Sarkoléon a bien envoyé les services spéciaux pour nettoyer le terrain lors de la chute de Kadhafi. Le micron a tout près de lui, ou a eu, un dénommé Benalla, lui-même en contact avec "Alexandre" Djouhri, qui a joué l’intermédiaire dans différents contrats avec l’Afrique et le Moyen-Orient (essentiellement l’Algérie, la Libye et l’Arabie Saoudite). Benalla, qui se rend lui-même "dans une dizaine de pays d’Afrique", notamment au Tchad, au Congo et au Cameroun, en possession de passeports diplomatiques alors qu’il n’est plus en fonction à l’Elysée, à plusieurs reprises, pour du "business" [50].

2019-04-07 17_28_43-Les mystérieuses activités de _consulting_ d'Alexandre Benalla en Afrique

Djouhri, quant à lui, se vante d’avoir été le "conseiller" de Chirac comme de Sarkoléon, ce qui ne laisse pas d’étonner quand on retrace le parcours de celui qui n’était dans les années 80 qu’un petit délinquant de banlieue [51], qui s’est reconverti dans le métier bien plus rémunérateur d’intermédiaire, grâce à la protection politique de la droite, dont l’entourage de Pasqua [52]. Jusqu’en 2016, quand les juges demandent à l’interroger, et que Djouhri décide de quitter la France. Il a été finalement arrêté en janvier 2018 à l’aéroport de Londres, mais a été libéré deux jours plus tard grâce à une caution d’1 million de £ versée par des amis fidèles, mais est retourné en prison quelques semaines plus tard, soupçonné d’avoir voulu s’enfuir. Il est cité dans l’affaire du financement libyen de la campagne de sarkoléon.

Pourtant, ""Je les tiens tous par les couilles" serait sa phrase fétiche, selon Pierre Péan : "Il dit ça à propos des grands patrons et des hommes politiques qu’il a approchés" ".

2019-04-07 17_30_24-Qui est Alexandre Djouhri, ce proche de Nicolas Sarkozy au coeur de l'enquête su

"Alexandre Djouhri possèderait une fortune de plusieurs milliards d’euros, dont on peine à savoir l’origine. "Essayer de trouver les flux financiers qu’il génère ou qu’il a aidé à faire, c’est difficile, admet Pierre Péan. Personne ne peut dire quoi que ce soit sur où est cet argent, comment il l’a obtenu etc. Il travaille toujours pour le compte de quelqu’un d’autre et il prend son pourcentage au passage", lisait-on sur France Info le 3 février 2018. Djouhri est aussi un ami de Squarcini, qui fut le patron des renseignement s généraux sous sarkoléon, qui serait lui aussi intervenu dans l’affaire de l’argent libyen pour la campagne de 2007. Aujourd’hui, Squarcini a monté une boîte active en grande partie en Afrique, dans le domaine de la sécurité et l’intelligence économique, Kyrnos, qui a parmi ses client LVMH.

Une perquisition assez fructueuse semble-t-il a été menée à son domicile en 2016 "dans le cadre de trois enquêtes", et en septembre 2018, Squarcini a été placé en garde-à-vue "dans le cadre d'une information judiciaire ouverte pour trafic d'influence, violation du secret et compromission du secret défense ». Et la justice se rend compte qu’il mélange les genres, utilisant ses relations dans les renseignements au service de ses clients et amis politiques.

2019-04-07 19_01_50-Monacogate_ perquisition chez Bernard Squarcini - L'Express

C’est aussi sous la direction de Squarcini (à la DCRI, nouvellement créée par sarkoléon qui avait une dent contre les RG) que l’affaire dite de "Tarnac" a été montée de toutes pièces, pour faire plaisir au pouvoir politique : l'objectif était de faire monter la mayonnaise dans l'opinion publique quant à une hypothétique mouvance "anarcho autonome". Afin de faire trembler dans le chaumières, quelques jeunes anars ont été arrêtés et poursuivis durant des années de manière totalement hallucinante par une justice peu regardante sur la qualité des procédures.

En attendant, cette opération a permis que des centaines de personnes soient victimes de perquisitions abusives, parfois placées en garde-à-vue, leurs ordinateurs et téléphones saisis, avant d'être fichées, et cela dà travers toute la France, pour une affaire dont on savait dès le départ qu’elle était complètement bidon. Quant au renvoi devant les justice des responsables de cette manipulation qui est un véritable scandale d'Etat, on peut autant attendre le déluge car nous savons que nous ne sommes pas dans un Etat de droit.

 

3. En Belgique

OTAN

En Belgique, le scénario est un peu le même, avec quelques variantes car les responsables de ce pays n'ont jamais eu honte de leur atlantisme sans bornes, sauf en 1990 quand le scandale Gladio a éclaté en Italie (on va y revenir). Le service de renseignements belge, la Sûreté de l’Etat, a été réorganisé par regroupement des services civils et militaires juste avant le début de la guerre, en mars 1940, et a été piloté depuis Londres par les autorités exilées. Dès le début, donc, il a été chargé de mener des opérations clandestines dans les pays occupés. Durant la guerre, ce service a été principalement occupé à encourager la Résistance.

Dès le début de la guerre, donc, la collaboration a été totale entre les renseignements belges et anglais puis américains. Au fil des années d’après-guerre, cette mainmise a perduré de manière plus discrète à travers le réseau stay-behind. Et on a vu en Belgique, comme en France, des éléments d’extrême-droite entrer dans les rangs des renseignements, puisque l’ennemi numéro un était devenu l’URSS. 

"A partir de la fin de 1945 et avec le début de la guerre froide, la Sûreté de l’Etat s’orienta également davantage vers la cible communiste, récoltant des informations sur les politiciens et les fonctionnaires communistes, en dépit de protestations plutôt fortes de la part d’une partie de la presse et de parlementaires : les membres communistes de la Résistant demeuraient des héros aux yeux de l’opinion", écrit Lode Von Outrive, docteur en politique sociale qui a étudié de près la question. Il ajoute : "Les gouvernements successifs participèrent de plus en plus au climat anti-russe américain et occidental (OTAN) et à l’insécurité morale et politique qui en résultait". En gros, on peut dire que « stay-behind » ou pas, la Belgique était à 100% dans la ligne de l’OTAN. On comprend donc que le réseau stay-behind en lui-même n’était qu’une cellule purement militaire et clandestine, qui avait pour avantage principal d’agir si besoin dans le dos des autorités.

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Il apparaît également, selon un article du Morgen, que "pendant des années, la répartition des personnes et des moyens a été établie selon les priorités des Américains et de l’OTAN ; le service de contre-espionnage était particulièrement braqué sur la présence éventuelle d’agents du Pacte de Varsovie dans notre pays".

C’est Paul Henri Spaak, ministre du "parti ouvrier" dans les années 30, élu président de la première assemblée générale des Nations Unies à Londres en 1946 et 1er ministre, puis secrétaire général de l’OTAN de 1957 à 1961, qui a ouvert les bras aux réseaux stay-behind en Belgique. Pour ses bons et loyaux services, Spaak, alias "Mr Europe", a reçu la médialle de la paix en 1961 des mains de Kennedy.

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Quand il a engagé la Belgique dans le stay-behind, début 1949, dans un contexte où le parti communiste, dirigé par Julien Lahaut, montait en puissance, et où les syndicats avaient permis d’obtenir diverses avancées sociales. "Le 17 mars 1948 fut fondé le Western Union Clandestine Committee (WUCC), en français le Comité Clandestin de l’Union Occidentale ou CCUO. Avec pour mission d’anticiper en temps de paix une éventuelle invasion soviétique, il s’agissait d’un centre de coordination du réseau clandestin Gladio où siégeaient cinq pays : le Royaume-Uni, la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg et la France", explique Daniele Ganser. La finalité du CCUO n’était pas tant d’anticiper une invasion soviétique, que "d’éliminer les candidats communistes des institutions du pouvoir". Quand l’OTAN a été créée en 1949, elle a absorbé le CCUO.

Et c’est  logiquement en Belgique que le siège de l’OTAN a été transféré en 1966, quand De Gaulle les a virés et a retiré la France de l’OTAN [53] (puis sarkoléon et flamby nous y ont remis). Le pays était donc un terrain favorable pour les diverses manœuvres atlantistes, au premier rang desquelles figurait la création d’une Europe sans contraintes économiques pour les US. Dès 1949, un réseau stay-behind à deux têtes a été créé en Belgique : une branche dépendant de la Sûreté de l’Etat, qui est civile, et une branche qui supervisait la première, liée aux renseignements militaires appelés SDRA. 

Si la branche civile était semble-t-il cantonnée à des tâches de renseignement et de communication, la branche militaire était chargée "de l’organisation de l’action militaire", et "la composante principale de ces réseaux, les Equipes Spéciales de Renseignements, ESR, étaient constituées de para commandos hyper-entraînés, mais aussi de spécialistes en transmissions et en explosifs, de plongeurs, d’anciens militaires, de gendarmes et de policiers" [54].

signature OTAN 1949

Diverses structures qui regroupaient plusieurs pays de l’Alliance atlantique chapeautaient le réseau belge. Par exemple, l’Allied Cooperation Committee (ACC), composé des Pays-Bas, de la Belgique, du Luxembourg, de la France, de l’Angleterre, rejoints par les USA à partir de 1958, puis par l’Allemagne, l’Italie, le Danemark et la Norvège. L’ACC agissait comme un comité de concertation auquel se retrouvaient des représentants des services de renseignements des différents pays. Selon la commission d’enquête parlementaire belge, l’objectif de l’ACC était "de préparer, en temps de paix, la coordination des activités stay-behind qui auront lieu en temps de guerre", et chaque pays aurait gardé le contrôle sur son organisation stay-behind nationale. Ce qui, au vu des éléments qu’on connaît aujourd’hui, est hautement improbable. Officiellement, la toute dernière réunion de l’ACC a eu lieu à Bruxelles les 23 et 24 octobre 1990, juste avant que le scandale n’éclate en Italie.

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Les premiers membres du stay-behind belge étaient des parachutistes, formés principalement au sabotage et au harcèlement. Selon le rapport d’enquête, c’est seulement vers 1970 que le service a commencé à recruter des civils, "dans tous les milieux et dans toutes les professions". Les entraînements sont alors en partie réalisés en Grande-Bretagne, et des instructeurs anglais sont venus en Belgique entraîner les troupes stay-behind.

Selon le rapport, les entraînements pour mener des sabotages auraient été stoppés à cette époque, parce qu’à partir de ce moment, "les Special Forces américaines étaient censées exercer de telles missions". Sur le sol belge, donc. Ce qui a été fait, comme on va le voir, jusqu’à la fin des années 80 au moins.

D’ailleurs, en 1964, quand l’OTAN est expulsée de France et installe son siège à Mons, le Service général des renseignements et de la sûreté (SGR), rattaché à l’Etat-major militaire. Mais, "il est très important de mentionner que le SGR travaille dans le cadre de l’OTAN et que le personnel aussi bien civil que militaire n’a aucune compétence judiciaire", précise Lode Van Outrive dans l’article "Les services de renseignement et de sécurité", publié en 1999. Et il apparaît clairement que cette participation du SGR à l’OTAN est toujours restée "peu contrôlée", comme l’explique l’auteur avec mesure.

2019-04-07 18_06_01-L’ex-chef du réseau Stay-behind livre ses secrets mais aucun nom - La Libre

A la fin des années 80, le SDRA 8, un service du renseignement et de la sécurité de l’armée, a été chargé de la supervision du stay-behind et des liens avec l’OTAN. Ce rapport évite bien-sûr de parler de toute activité subversive réelle sur le territoire belge, mais les faits ont prouvé que cela a bien été le cas, comme on va le voir par la suite. Un colonel Belge, Bernard Legrand, a cependant déclaré dans la presse belge en novembre 2015 que le stay-behind belge n’a "rien à voir avec l’OTAN", mais directement avec la CIA. Ce colonel Legrand ose également déclarer que le stay-behind belge n’avait rien à voir avec l’extrême droite, ce qui est un mensonge éhonté.

Après la dénonciation des réseaux stay-behind en Italie en 1990, une commission d’enquête a été mise en place en Belgique pour étudier la question. Dans leur rapport, les parlementaires belges expliquent que les archives concernant les deux branches belges, le SDRA et le STC/mob, ont été retrouvées, sous forme de "bandes perforées" qu’il fallait encore déchiffrer, dans des coffres qui se trouvaient à Londres et à Washington. 

Le réseau stay-behind belge a fonctionné sans interruption au moins jusque dans les années 90, mais pourquoi cette organisation aurait-elle cessé ? Un certain nombre de politiciens savaient mais aucun n’a rien avoué. Selon l’hebdomadaire Le Vif / L’Express du 7/11/2015, "Dès leur entrée en fonction, les Premiers ministres, ministres de la Défense et de la Justice (pour la tutelle de la Sûreté de l’État) étaient briefés sur ce réseau qui évitait les chemins trop courus de l’Otan".

Par ailleurs, ce n’est pas parce que le stay-behind belge a été officiellement déstructuré que les activités des renseignements ont évolué. Ils ont continué à surveiller les mouvements politiques séparatistes, "anti-atlantiques ou anti-américians, ceux de l’extrême gauche comme de l’extrême-droite", explique Lode Van Outrive. En réalité, ils ont beaucoup plus travaillé contre l’extrême-gauche et les anti américains que contre l’extrême-droite, dont les groupuscules ont proliféré durant toute la guerre froide et encore aujourd’hui.

 

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Magouilles et corruption des élites - Partie 1 : La 2e Guerre Mondiale, œuvre du fascisme financier - donde vamos

Les citoyens relèvent la tête, il est temps de contribuer à diffuser des outils de lecture du monde actuel. Car, si nos dirigeants nous enfoncent dans la mondialisation et l'ultra libéralisme économique et financier, ce n'est pas par pragmatisme (on l'a bien compris au vu des résultats économiques et sociaux désastreux de ces politiques), mais par idéologie.

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Magouilles et corruption des élites - Partie 2: Le sabotage de la dénazification - donde vamos

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[1] Selon Der Spiegel du 17 mai 1971, c’est même Gehlen en personne qui a rédigé le dossier de personnalité d’Adenauer, destiné aux Américains, avant qu’il ne soit présenté comme candidat à la chancellerie de la toute nouvelle République Fédérale d’Allemagne, et Gehlen avait considéré qu’il ferait très bien l’affaire.

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[2] En 1936, Gehlen était officier de l’Etat-major allemand, devenu commandant en 1939. En 1942 il rejoint le haut commandement des armées étrangères de l’Est. A ce poste, il avait pour rôle d’estimer les capacités militaires soviétiques, ce qui l’a amené à comprendre qu’il allait devoir passer à l’Ouest, et à microfilmer de nombreuses archives sur l’URSS et les communistes, qu’il a données aux Américains à la fin de la guerre. Il a été interrogé dès juin 1945 par les US, à Wiesbaden. Par ailleurs, il disait avoir encore des contacts de l’autre côté du "rideau de fer", ce qui a beaucoup intéressé les Américains.

[3] Le BND a rassemblé des photos et d’autres documents liés à la vie privée de Brandt, qu’il a utilisés pour le faire chanter et pour ensuite donner sa démission du poste de chancelier en mai 1974. Le dossier était dans les tiroirs du chef de la police fédérale, Horst Herold.

[4] Quand des archives appartenant à Reinhard Gehlen ont été envoyées au Süddeutsche Zeitung. Il est apparu alors que Wesermann tuyautait les services de renseignements allemands et américains sur ses copains du parti socialiste, aussi bien sur le plan de la vie privée que sur les discussions à l’intérieur du parti.

[5] Globke a répondu par une plainte en diffamation et dénonciation calomnieuse, a nié en bloc ces accusations, et a aussi mené avec Gehlen et le BND une campagne de diffamation et de calomnie contre Mertens, afin de le faire passer pour un agent soviétique.

[6] Cf. "Skorzeny, chef des commandos de Hitler" de Glenn Infield, Pygmalion, 2009

[8] Les frères Dulles étaient avocats chez Sullivan et Cromwell (comme Christine Lagarde) dans les années 20 et 30.

[9] Dans son livre "L’Extrémiste : François Genoud, de Hitler à Carlos", Pierre Péan écrit que dès 1945, Dickopf a été un agent d’Allen Dulles. "J’ai retrouvé à Washington deux de ses mémorandums à Dulles, datés du 14 mai 1945", écrit Péan, "dans lesquels l’ancien officier de l’Abwher fournit des renseignements sur les espions allemands installés en Suisse".

[10] Pour Merkel cependant, il n’y avait aucun mal à espionner les autres, dont la France, car il faut "coopérer sur la plan international" afin que l’Allemagne puisse "mener à bien sa tâche face aux menaces terroristes internationales", et par conséquent il fallait collaborer avec la NSA. Elle aurait pu prévenir que l’ensemble des plus hautes fonctions de la République (comme l’Elysée) étaient sur écoutes, mais bizarrement Hollande a immédiatement pardonné, évoquant un "dysfonctionnement"...

En Autriche, par exemple, on vient d’apprendre que 2.000 cibles, dont les ambassades, ont été écoutées entre 1999 et 2006 (il s‘agit de toutes les communications, par smartphone ou par mail).

[11] Cf. « Noir Chirac », de François-Xavier Verschave, 2002, Les Arènes, qui se base lui-même en partie sur le travail de la journaliste Dominique Lorentz,

[12] Pierre-Marie Gallois, général de l’armée de l’air, raconte dans son livre autobiographique "Le sablier du siècle" qu’il a écrit en 1949 dans des journaux en vue comme Combat ou France Soir, sous différents noms, pour faire "campagne" en faveur de l’industrie aéronautique.

2019-04-07 18_10_24-Paul Touvier, le récit d'une fuite française - L'Express

[13] En effet, bien que soi-disant poursuivi pour crimes liés à la Collaboration, Touvier continuait à harceler ses victimes en toute impunité. On peut aussi s’étonner, par exemple, du fait que Touvier ait pu obtenir une nouvelle carte d’identité à son nom le 6 avril 1967 par la préfecture du Rhône. Ceci, alors qu’il avait bien donné une adresse permettant de le retrouver, à savoir le 37 rue des Channées dans le 7e arrondissement de Lyon, à la cure de la paroisse du quartier.

[14] Degans était à Vichy sous les ordres d’un autre cagoulard, Jean Filliol. Pendant la guerre, Degans a dirigé un Groupe de Protection (GP) où on fichait massivement les opposants potentiels à la "Révolution Nationale", puis en 1941 il a rejoint le Service d’Ordre Légionnaire (SOL) créé par Darnand. En 1942 Darnand l’appelle à Vichy pour mettre en place le service de renseignement du SOL qui devient la milice française, et est placée sous les ordres de Pierre Laval. Degans en dirige le service de renseignements (le 2e service) à partir de février 1943, et en mai 1944 il prend la tête des Renseignements Généraux afin de lutter activement contre la Résistance, y compris en menant des actes de provocations dont ont été accusés les résistants. En avril 1945 il passe de l’Allemagne où s’était réfugié en Italie, accompagné de Darnand et de quelques centaines de miliciens. C’est là qu’ils sont arrêtés en mai 1945, transférés à Nice (une vadrouille suivie de près par les Américains), et s’évadent. Selon l’historien François Le Goarant de Tromelin, Degans "a aussi été récupéré et protégé en premier lieu par l'Eglise puis ensuite par les Américains. Ce personnage tout particulièrement secret est à étudier soigneusement".  Par ailleurs, une note des RG du 20 novembre 1945 citée par Gérard Chauvy dans "Histoire sombre de la milice", affirme que Degans "malgré son passé chargé de crimes et son activité antipatriotique, serait employé comme agent de renseignements à la solde d’une puissance alliée". En tout cas, ce catho intégriste et royaliste, ex collabo, a pu rentrer tranquillement dans son Languedoc natal après quelques temps passés planqué dans des monastères, et il y est mort en 1972 sans avoir été inquiété.

[15] Selon une note du ministère de l’Intérieur citée par Jean Chatain dans "Les affaires de M Le Pen", les organisateurs du coup "comptaient profiter des complications internationales et utiliser à leur profit les difficultés intérieures françaises, estimant abusivement que la France était devenue un baril de poudre qu’une étincelle suffirait à faire sauter. Ils se proposaient de provoquer cette étincelle. A des dates depuis longtemps fixées, une série d’opérations –attaques, attentats individuels, siège de dépôts de munitions- devaient être déclenchées. Au jour J+ 3 dans l’Est et au jour J+6 en Allemagne occupée, une série de provocations devaient obliger l’armée à jouer son rôle de rétablissement de l’ordre et à entrer en lice en pleine confusion".

[16] Les miliciens, dont certains avaient pour objectif de mener des sabotages en France, d’autres de mener de la subversion politique, ont été parachutés en France depuis l’Italie et l’Allemagne pour organiser la résistance anti-alliés. Tous auraient été capturés et une partie ont été fusillés.

[17] Le colonel Hermann Bickler, qui a dirigé à partir de 1943 le service d’espionnage de la SS en France. Le PPF de Doriot a été un précieux allié de Bickler.

[18] Jean Dides s’est engagé dans la police en 1940 et devient membre des renseignements généraux 2 ans plus tard, en charge de la répression des étrangers et des Juifs, avec pour mission de traquer les Résistants. Après la guerre, il prend contact avec l’OSS à la recherche de cadres anticommunistes pour la police, et défend les flics virés lors de la purge des Collabos. Plus tard il est devenu député poujadiste, puis conseiller municipal de Paris. Le bras droit de Dides à la police était Charles Delarue, un Collabo condamné à 20 ans de travaux forcés à la Libération, qui s’est échappé et a été recruté par les US et reste un peu aux Etats-Unis, avant d’être réintégré en France par un préfet socialiste. Selon certains Dides était en lien avec l’OSS. Il était aussi en contact direct avec l’ambassade US à Paris. Trop exposé, il a été viré de la police en 1954.

[19] L’OSS a été créé officiellement en 1942 avec deux missions principales : recueillir partout dans le monde du renseignement stratégique, et assurer des missions clandestines. Il est remplacé en 1946 par le Central Intelligence Group, lui-même remplacé en 1947 par la CIA, placée sous le contrôle de la Maison Blanche (du moins sur le papier).

[20] D’après certaines sources liées à la franc-maçonnerie, Baylot, entré en maçonnerie en 1922, serait devenu grand maître l’année suivante, serait passé au 18e degré en 1932, et au 33e en 1946.

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[21] Patrice Hernu cite parmi les instigateurs de cette calomnie un certain Gilbert Pradet, militant de gauche avant-guerre, journaliste qui a continué d’écrire pendant l’Occupation, mais cette fois dans un registre très à droite, et dans la presse collaborationniste comme "France, revue de l’Etat nouveau". Mais, il n’a pas eu d’ennuis à la Libération, et a repris ses activités tout en entrant au Grand Orient de France. Patrice Hernu écrit que "Vinatrel est alors un des piliers (avec Jean Baylot) de ce que certains appelleront les « réseaux anticommunistes de la franc-maçonnerie »". C’est Pradet, alias Guy Vinatrel, qui a selon lui lancé cette rumeur en 1950 dans des revues confidentielles qu’il tenait : Contacts et Les Lettres Mensuelles.

[22] Une police sous l’autorité de la préfecture de Paris, chargée de la traque des opposants.

[23] Après l’affaire des écoutes en 1955, qui a fait scandale : Dides a été exposé pour avoir mis en place un système d’écoutes et avoir tout fait pour décrédibiliser François Mitterrand. Suite à cela Jean Baylot a été viré par Mitterrand qui était ministre de l’Intréieur.

[24] Cf. "Affaire Hernu : histoire d’une calomnie".

[25] Grossouvre a été un des membres de l’OSARN (Organisation secrète d’action révolutionnaire nationale), alias la Cagoule, créée par Eugène Deloncle et financée par le patron de l’Oréal, Eugène Schueller, notamment. La Cagoule a été active très peu de temps dans les années 30, mais elle avait clairement un but insurrectionnel. Selon un article de Thierry Meyssan, "Histoire secrète de L’Oréal" du 3 mars 2004, Grossouvre dirigeait avec Joseph Darnand une cellule de La Cagoule, appelée Les Chevaliers du Glaive, dotée d’un rituel proche de celui du Ku Klux Klan, d’où l’appellation de "La Cagoule". En novembre 1937, l’organisation, qui avait placé des caches d’armes un peu partout sur le territoire, a tenté un coup d’Etat et cela a précipité sa chute. Mais les membres continuent leurs activités.

[26] D’après Louis Mouchon, qui a été son agent traitant et l’a recruté, le fait que Grossouvre était le patron des sucres Berger & Compagnie leur fournissait aussi une couverture.

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[27] Grossouvre a été le premier à ouvrir une usine de production de Coca-Cola en France. Il a exploité celle-ci avec Gilbert Beaujolin, qui a contribué au financement des activités illégales de Jacques Foccart, notamment en Afrique. Cette société servait aussi de couverture, offerte par les US, pour des transactions financières et commerciales discrètes.

[28] Grossouvre, fils du fondateur de la Banque française du Liban, rencontre Mitterrand à la fin des années 50 et il contribue à étendre son cercle de relations dans les milieux industriels et d’affaires. Quant à la version autorisée sur le revirement de Grossouvre vers la Résistance à la fin de la guerre, elle est donnée par Gérald Arboit, chercheur au Centre Français de Recherche sur le Renseignement  (CF2R) : "Sous le nom de « Colbert », celui-ci avait été un agent de l’Organisation de résistance de l’armée (1942-1944), pour le compte de laquelle il avait infiltré le Service d’ordre légionnaire, une organisation militarisée fortement collaborationniste (1942-1943) ; sous le nom de code de « Monsieur Leduc », il contacta « dix personnes de son entourage qu[’il] juge[ait] aptes à encadrer un réseau de résistance en région Rhône-Alpes"

[29] Les généraux Challe, Jouhaud, Salan et Zeller, rejoints ensuite par Salan, ont mis en place un "Conseil supérieur de l’Algérie" censé conserver l’Algérie française.

[30] Augé était le parrain du milieu lyonnais, très connecté avec la police locale ainsi qu’avec les milieux gaullistes, et longtemps leader du SAC dans la région Rhône-Alpes. A l’époque, le gang des Lyonnais dont plusieurs membres appartenaient au SAC, commettait des braquages, dont une partie du butin a servi à financer le RPR. Augé a été assassiné par la nouvelle garde du gang des lyonnais, en 1973. Le magot d’Auger était planqué en Suisse, géré par son frère à Genève.

[31] Cf. "Les parrains Corses : Leurs histoire, leurs réseaux, leurs protections" de Jacques Follorou et Vincent Nouzille.

[32] Thierry Meyssan cite plusieurs exemples : "le groupe de l’ex-milicien Paul Touvier se trouve-t-il organisé au sein d’un ordre secret de chevalerie, la Militia Sanctæ Mariæ ; celui d’André Voisin au sein de l’association Réconciliation française ; ou celui de Roger Patrice-Pelat (ami personnel et collaborateur de François Mitterrand) à l’intérieur d’une société ésotérique, l’Ordre du Prieuré de Sion".

[33] Dès 1947, la toute neuve CIA permet à la Mafia d’obtenir le contrôle de la Sicile (en échange d’un coup de main pour le débarquement notamment), et envoyait dans le même temps de l’argent aux gangsters Corses de Marseille pour qu’ils luttent contre les grèves des dockers qui gênaient le trafic. Les Corses se sont ensuite alliés à Luciano, ce qui a donné naissance à la French Connexion.

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[34] Selon Frédéric Laurent dans "L’Orchestre Noir" (p.119), Aginter Press avait quatre activités principales :

  • Une officine d'espionnage couverte par les services secrets portugais et liée à travers eux à d'autres services secrets occidentaux: la C.I.A., les réseaux Gehlen ouest-allemands, la D.G.S. espagnole, le K.Y.P. grec, le Boss sud-africain, etc.;
  •  Un centre de recrutement et d'entraînement de mercenaires et de terroristes spécialisés dans les attentats et le sabotage (de nombreux documents découverts dans les archives de l'agence révèlent qu'Aginter assurait un véritable enseignement théorique et pratique de la guérilla, du terrorisme et de l'espionnage
  • Un centre stratégique pour des opérations de subversion et d’intoxication politique en Afrique, en Amérique du Sud et en Europe; cela en liaison avec plusieurs gouvernements réactionnaires, des personnalités politiques connues et des groupes fascistes internationaux;
  • Une organisation fasciste internationale appelée « Ordre et Tradition », doublée d'un bras militaire du nom d'O.A.C.I. (Organisation d'action contre le communisme international)

[35] Le SAC a été créé par Jacques Foccart et par Pierre Debizet en 1947. Foccart était entré dans l’entourage proche de De Gaulle dès la fin de la Guerre. Son passé de Résistant est remis en cause par diverses sources, notamment dans l‘entourage proche de Foccart, selon Frédéric Charpier dans "La CIA en France". Dans l’après-guerre, le SAC comptait environ 8.000 membres actifs, parmi lesquels des membres du service Action du SDECE. Il a été officiellement dissous en juillet 1981, à la suite de la tuerie d’Auriol : le parton du SAC local et plusieurs membres de sa famille ont été massacrés par des membres du SAC qui craignaient notamment qu’il ne donne des informations aux socialistes, en passe d’arriver au pouvoir.

[36] Sanguinetti faisait partie avant-guerre de groupuscules d’extrême-droite comme Action Française et les Camelots du Roi, un groupe royaliste. Pendant la guerre il a été nommé administrateur des biens volés aux juifs par Vichy à Tunis, avant de devenir gaulliste, de contribuer à la lutte contre l’OAS et d’être un pilier de la droite. En janvier 1966, Pompidou le nomme ministre des Anciens combattants ! Il était manifestement assez proche du conseiller de l’UDR en Corse et trafiquant Marcel Francisci, qui a été repéré par les Américains dès 1969, pour demander à ceux qui importunaient Francisci de le laisser tranquille.

[37] L’affaire Boulin est loin d’être réglée sur le plan judiciaire, même si au fil des années de plus en plus de témoins des magouilles entourant l’affaire s’expriment, que ce soit publiquement ou auprès de la fille de Robert Boulin, qui mène la bataille pour faire admettre que son père ne s’est pas suicidé dans 30 cm d’eau, mais qu’il a été assassiné. Tout montre que l’affaire a été manipulée par divers intervenants au niveau de la police, de la justice, des renseignements et du monde politique. Mais Boulin n’avait pas que l’affaire d’un terrain acheté dans le sud de la France à jouer contre lui. En 1979, quelques mois avant la mort de Boulin, son fils est impliqué dans une affaire de mœurs et entendu à la brigade des mineurs durant près de 8 heures (cf. Frédéric Charpier dans "Officines, trente ans de barbouzeries chiraquiennes"). L’affaire est classée en 1979, mais en 1976, le fils Boulin avait déjà défendu la mise en place d’une "charte" qui réclamait la fin du délit de détournement de mineur, et un "droit de consentement sexuel" à partir de 14 ans. 

[38] Pierre Goldman, un braqueur d’extrême gauche, a été tué en 1979 par le SAC, selon le témoignage de l’un des assassins, qui étaient quatre au total, tous d’extrême droite dont deux travaillaient aux RG (renseignements généraux) et un autre à DST. L’ordre aurait été donné par le patron "officiel" du SAC, Pierre Debizet.

[39] Il a pris 20 ans de travaux forcés par contumace pour "intelligence avec l’ennemi".

[40] On peut citer par exemple Pierre Sidos, qui a pris 10 ans de travaux forcés à la Libération puis a bénéficié d’une grâce. Il a créé Jeune Nation en 1949, puis l’Œuvre française, et Occident. C’était un proche d’Otto Skorzeny, qui lui aurait fait cette dédicace en 1975 "À mon cher ami Pierre Sidos. Si les braves ne luttaient plus, ce serait les lâches qui gagneraient".

[41] Selon la fille de François de Grossouvre, interviewée par Le Figaro le 18 juin 2010, "Une seule chose, dans cette ténébreuse affaire, est certaine: la raison essentielle de la mort de notre père réside dans ses désaccords avec Mitterrand à la fin du second septennat". Foccart et Debizet figuraient parmi les fondateurs du MIL, avec Pierre Messmer qui a été ministre des Armées et 1er ministre de juillet 1972 à mai 1974.

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[42] Le MIL, toujours actif, a été créé en novembre 1981 quelques mois avant la fin officielle du SAC, par des membres du SAC notamment. En 1986 le MIL s’active pour lutter contre le péril socialiste lors des élections législatives. Pasqua, Tibéri, Eric Raoult, Lucien Neuwirth, Roger Karoutchi, Jacques Godfrain (ancien ministre proche de De Gaulle) ont été membres d’honneur du MIL. Le MIL a pris position pour Chirac en 1986 puis aux présidentielles de 1995 et 2002, et ensuite pour Sarkozy en 2007, et a propagé des slogans tels que "Unité contre la gauche", "Le socialisme, c’est la décadence", "La France, aimez-la ou quittez-la" (répété par sarko, ce qui a fait râler De Villiers), "Les 35 heures, un handicap pour l’emploi" (le discours du Medef), "le tchador ou la France, il faut choisir", "Fier d’être Français", "Nicolas Sarkozy : seul capable de battre la gauche", "Sarkozyn, les valeurs françaises", ou encore en 2012 "Le combat continue contre les socialo-communistes".

[43] Cf. "9-2 Le clan du président", d’Hélène Constanty et Pierre-Yves Lautrou, p. 83.

[44] Fauré parle de 100 grammes par semaine, donnés au chauffeur de Chirac.

[45] Ces accusations sont portées par Ali Bourequat, qui a passé avec ses deux frères dix ans dans un bagne marocain. Il y a recueilli de nombreux témoignages de divers malfrats et militaires. Ils sont confirmés par une membre de la famille Hémard, propriétaire de la distillerie Pernod, qui contacte Bourequat suite à son livre, et lui explique que chaque année en août, la famille Pernod se retrouve dans un hôtel de Genève où Françoise Hémard (l’administratrice de la holding Pernod-Ricard) distribue à tous les membres de la famille une somme importante provenant des bénéfices réalisés dans le trafic de cocaïne par Charles Pasqua et le clan Hémard. Chacun des héritiers Hémard recevait 100.000$, et l’argent était stocké chez UBS. L’argent était donné par des italiens à Patrick Hemard (beau-frère du témoin), en tant que « royalties pour nos labos au Maroc », a-t-il déclaré. Hémard avait l’assurance d’une impunité totale par le ministre de l’Intérieur. Ce témoin a fui la France pour les Etats-Unis suite à des menaces de la DST et des autorités, après avoir fait ce témoignage, et Bourrequat l’y a rejoint, ayant obtenu l’asile politique ce qui était sans précédent pour un français.

Alain Jaubert dans son livre paru en 1976, "Dossier D… comme Drogue", retranscrit les propos de Jacqueline Hémard : "Je fus mariée et vivais avec mon mari, M. Eric Hémard. Mon nom de jeune fille est Jacqueline Pilé. Mon mari était étroitement lié avec des membres influents du gouvernement français. Il était lui-même très puissant en France, politiquement et financièrement. Les dernières années, j’ai pris conscience que la famille de mon mari était impliquée dans le trafic de drogue. La famille Hémard a contribué à mettre en place des installations de transformation de la cocaïne au Maroc. Le ministre de l’Intérieur, M. Pasqua, et le roi du Maroc, aussi bien que la famille de mon mari, étaient impliqués dans la mise en place de laboratoires". Un business qui aurait commencé dès 1962, jusque dans les années 80.

[46] En 2004, deux chercheurs spécialisés dans les réseaux de trafic de drogue écrivaient dans la revue Politique Africaine: "Non seulement 90% du haschisch consommé en Espagne et en France provient de la région du Rif, mais les trafiquants utilisent leurs réseaux pour acheminer en Europe des drogues dures comme la cocaïne et y blanchir leurs profits".

[47] Jean Venturi était le frère de Dominique Venturi, pilier du milieu corse de Marseille et de la french connection. D’après le livre "D comme Drogue" d’Alain Jaubert, paru en 1978, "Jean Venturi assure l’acheminement de la drogue vers le Canada et le rapatriement des capitaux vers la Suisse ou la France. I! est au même moment représentant au Canada du Pastis Ricard. Le directeur commercial chargé des exportations chez Ricard est Charles Pasqua, un des fondateurs du SAC., grand recruteur de truands et de barbouzes. Au moment où Pasqua a Venturi sous ses ordres, il ne peut absolument pas ignorer les activités de son représentant, puisqu’elles ont fait l’objet d’une fiche du FBI publiée aux Etats-Unis, qu’il y a à Marseille un copieux dossier de police consacré aux frères Venturi et que le nom de Venturi ne peut à l’époque, en aucune façon, être ignoré du moindre directeur commercial de la région marseillaise".

[48] L’affaire a fait un petit scandale diplomatique et Ciusack a été viré.

[49] Selon Fauré, le roi Hassan II a mis un frein à cela, mettant pas mal de monde en prison, renvoyant "son propre frère qui a violé six enfants et qui les avait fait tuer à Rabbat, il l’a viré du Maroc et il s’est installé en Belgique".

[50] Même BFM le dit, dans un article du 27 / 12:/ 2018 : "Depuis qu'il a dû cesser ses activités élyséennes, devant le scandale suscité par les coups portés à un homme en marge d'une manifestation le 1er mai dernier à Paris puis ses mises en examen, Alexandre Benalla navigue dans le milieu des intermédiaires".

[51] "Fiché par la police au début des années 1980, mais jamais poursuivi, celui qui s'appelait encore Ahmed Djouhri est alors perçu comme un caïd de la banlieue nord. Il survit à une tentative de meurtre en 1986. Après s'être lancé dans plusieurs entreprises commerciales, dont l'une de prêt-à-porter avec Anthony Delon, le fils de l'acteur Alain Delon, il s'impose comme un intermédiaire incontournable et se rapproche de plusieurs grands patrons français, dont Henri Proglio (Veolia)", selon France 24, qui a produit un webdoc sur "la rivalité" entre Djourhi et un autre intermédiaire de gros contrats, Ziad Takieddine.

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[52] Selon France 24, "Après avoir gravité dans les réseaux de l’ancien ministre de l'Intérieur Charles Pasqua, il devient à partir des années 1990 l'intime de plusieurs personnalités politiques de la droite, dont Dominique de Villepin, alors le plus proche collaborateur du président Jacques Chirac". Selon France Info, c’est via une bande de Corses que Djouhri entre dans l’orbite de Pasqua : "Après avoir fréquenté le grand banditisme dans les années 80, il écume les boîtes de nuit branchées de la capitale où il côtoie des stars du showbiz, des diplomates et des policiers. Il se lie notamment avec des Corses proches de Charles Pasqua qui lui font mettre un pied dans le monde de la politique".

[53] Il dénonçait des protocoles secrets du Traité de l’Atlantique Nord, qui attaquaient gravement la souveraineté nationale, notamment certains qui visaient à empêcher l’arrivée au pouvoir des communistes. D’autres de ces protocoles imposaient apparemment de créer une organisation clandestine anti communiste, ou encore interdisaient toute poursuites contre des personnages d’extrême droite jugés utiles à la politique voulue par l’OTAN.

[54] Cf. "Les plus sombres histoires de l'histoire de Belgique: Secrets et anecdotes" de Alain Libert.