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11 novembre 2019

Magouilles et corruption des élites - Partie 4 : recyclage des collabos dans la politique, contrôle des syndicats

gilets jaunes sud - Copie

Aujourd'hui, place au chapitre sur les politiciens qui ont collaboré avec Vichy ou même avec les allemands, mais qui sont revenus dans le paysage après la guerre avec la bénédiction des US. Du côté des syndicats, la reprise en main s'est faite à coups de subventions et de divisions.

L'objectif dans les deux cas était le même: réduire la puissance des communistes. Et ensuite, imposer l'American Way of Life, le modèle américain...

 

Pour s'y retrouver dans ce dossier, voici le plan:

1. La 2e Guerre Mondiale, oeuvre du fascisme financier.

2. Le sabotage de la dénazification.

3. Recyclage des Nazis et Collabos dans les nouvelles structures: 

     1) Les services sercets

     2) La banque et l'industrie

     3) La politique et les syndicats

     4) L'enseignement supérieur

     5) Les médias et la culture

     6) La justice

 

Afin d’avoir la main sur le syndicalisme international et de contrer le syndicalisme de la mouvance communiste, les US ont organisé dès l’après-guerre une "confédération internationale" des syndicats appelée l’International Confederation of Free Trade Unions, dirigée par des pions de la CIA. L’antenne US, l’American Federation of Labour était donc une filiale de la CIA.

Dès 1943, les alliés se sont appuyés sur différents syndicats exilés à Londres, dans le cadre de la préparation du débarquement. Ces contacts ont perduré après la guerre, permettant certaines manipulations du monde syndical un peu partout en Europe de l’ouest.

En 1943, il est devenu clair pour les US, que l’ennemi numéro 1 était le communisme. Les nazis et autres collabos apparaissaient alors comme de précieux alliés pour l’impérialisme financier US.

 

Allemagne :

berlin 1947

En Allemagne aussi, la "dénazification" a été un flop. Il faut dire qu’elle n’a pas duré très longtemps : le parti libéral, où de nombreux nazis s’étaient retrouvés après la guerre, a réclamé dès 1949 la fin de la "dénazification", qui sera votée dès 1951 par les parlementaires. Et en 1948, des lois d’amnistie ont mis fin à la plupart des poursuites.

Dans les années 60, un débat a été lancé au Parlement allemand pour amnistier l’ensemble des crimes commis avant 1945 [1]. En 1979, la conclusion de ce débat a été, fort heureusement, une déclaration d‘imprescriptibilité pour les crimes commis sous le régime nazi.

"Comme on sait, les instances créées par les Alliés (chambres de dénazification instaurées en mars 1946 par les Américains et en 1947 par les Français et les Britanniques) avaient à charge de classer la population selon cinq grandes catégories : les « principaux coupables » (Hauptschuldige), les individus « compromis » (Belastete), les individus « peu compromis » (Minderbelastete), les « suiveurs » (Mitläufer) et les individus « exonérés » (Entlastete). Or, selon l’expression désormais consacrée de Lutz Niethammer, les chambres de dénazification sont devenues une gigantesque « fabrique de suiveurs » (Mitläuferfabrik)? : d’après un bilan établi en 1949-1950, ces chambres ont en effet classé moins de 3 % des individus ayant comparu (sur un total de 950 000 individus en zone américaine, de 670 000 en zone française et de 2 millions en zone britannique) dans les deux principales catégories de coupables, alors que la catégorie des « suiveurs » rassemble 51 % des cas traités en zone américaine, 45 % en zone française et 11 % en zone britannique (où près de 60 % des individus sont « exonérés »)?", écrit Marie-Bénédicte Vincent dans son article "De la dénazification à la réintégration des fonctionnaires" paru dans la très bonne revue "Vingtième Siècle. Revue d’Histoire".

2019-11-11 23_17_21-General View of the trial of Nazi war criminals

Et de résumer ainsi les choses : "Ainsi, la dénazification s’est transformée en un processus de réhabilitation, qui facilite la réintégration des agents initialement évincés, en particulier dans les administrations". Le fait de permettre à ces nazis de continuer leur carrière dans la fonction publique, y compris la haute fonction publique, permettait d’assurer une continuité dans le traitement des affaires. Et on sait bien que les élites ont très peur du changement.

Laisser ces sbires du pouvoir en place était une garantie que lesdites affaires pourraient continuer tranquillement, d’autant plus que la campagne anti-communiste éloignait une partie des masses de cette potentielle alternative à l’ultra libéralisme.

On a certes un peu fait mine de punir quelques nazis patentés, mais l'épisode a été bref : "39 000 fonctionnaires ayant perdu leur poste du fait de la dénazification sont réintégrés jusqu’en mars 1953", précise encore Marie-Bénédicte Vincent. Pourtant, la presse de droite (et même très à droite) évoque encore la pseudo épuration politique en Allemagne comme un chapitre des "plus douloureux […] pour beaucoup d’Allemands". Aucune source précise n’est citée, évidemment. Nous sommes censés les croire sur parole.

Ne soyons pas hypocrites, il s’est passé exactement la même chose en France, en Belgique, aux Pays-Bas et ailleurs en Europe de l’Ouest. En Espagne, cette épuration n'a même jamais eu lieu.

adenauder eisenhower

Le premier chancelier allemand après la guerre était Konrad Adenauer, qui avait des sympathies nazies dès le début des années 30, s’est montré très favorable à l’annexion de l’Autriche en 1938, mais serait ensuite devenu un opposant à Hitler. En tout cas, les US avaient choisi ce membre de la CDU, le parti des "démocrates chrétiens", depuis un moment.

Dans son gouvernement, il y avait plusieurs nazis, comme Hans Globke qui était le chef de cabinet d’Adenauer [2] tout en étant membre de l’organisation Gehlen, selon des documents déclassifiés de la CIA (p. 420). Globke, qui était un haut fonctionnaire du ministère de la Justice sous les nazis, avait contribué aux lois raciales et au "code Juif" appliqué en Slovaquie, et était semble-t-il le supérieur d’Eichmann.

D’après une étude officielle de 2016, plus de 76% des politiques et hauts fonctionnaires Ouest-Allemands d’après 1945 étaient d’anciens Nazis. Il s’agit donc d’un phénomène endémique, pour ne pas dire systémique. Plusieurs ministères, dont ceux de la justice, de l’Intérieur et de l’Economie, étaient particulièrement vérolés, ce qui était bien pratique pour éviter les ennuis.

Bref, le programme de dénazification du pays a été limité [3] et très vite abandonné (dès 1949). Et à partir des années 50 on observe "la réapparition aux postes de commande de l’appareil d’Etat, de l’armée et de l’économie, de tous ceux qui en avaient été éloignés dans les premières années de l’après-guerre pour s’être compromis avec le régime hitlérien", écrivait Frédéric Laurent dans "L’orchestre Noir". D’autres comme Nicolas Lebourg, s’attachent à affirmer qu’il n’y a pas vraiment d’internationale nazie.

Même sans être forcément nazis, les politiques allemands étaient triés sur le volet comme ailleurs en Europe. Le Parti Socialiste était autant sous contrôle que les chrétiens démocrates. Par exemple un éminent banquier, Karl Otto Pohl, a rejoint le SPD (socialistes) en 1948 et est devenu le conseiller économique de Willy Brandt, dans la plus parfaite rigueur économique tout en étant très favorable à l’industrie et à la finance.

Il a été nommé vice-président de la banque centrale, la Bundesbank, en 1977, sur recommandation du chancelier. Il en est devenu le président en 1980 et s’est mis à défendre tous les délires européens : union économique et monétaire, banque centrale européenne calquée sur le modèle de la Bundesbank évidemment, règles de déficit (les fameux 3% qui empêchent toute action). En même temps, Pohl, qui n’a quitté la Bundesbank qu’en 1991, était partenaire de Oppenheim Jr & Cie qui faisait partie du groupe Carlyle très proche de la CIA, consultant du Thirty Group, administrateur de Royal Oil, Volkswagen, Unilever, Rolls-Royce et d’autres, et a été présent à des réunions du Bilderberg (1982, 1991 a minima). Au début des années 2002, il est entré au conseil d’administration du groupe US Carlyle.

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En 1992, Pöhl, obsédé par la stabilité des prix et des monnaies, a fait une conférence à Washington, intitulée "Un nouvel ordre monétaire pour l’Europe". C’était l’année où les français et d’autres peuples européens ont voté en faveur du traité de Maastricht qui devait instaurer l’euro quelques années plus tard. Il appelait à la "libéralisation intégrale des mouvements de capitaux", à "la pleine intégration des marchés bancaires et financiers", à créer une monnaie unique, ou encore à intégrer les pays d’Europe de l’Est dans l’Europe.

Les américains qui avaient de nombreuses participations dans l’industrie allemande, ont fait pression pour limiter le pouvoir des "conseils d’entreprise", ces représentations des salariés qui pouvaient participer à la gestion des entreprises. "Ni les dirigeants américains des entreprises concernées, ni les autorités américaines d’occupation ne manifestèrent de l’enthousiasme pour la chose. Ils préféraient de loin le modèle industriel des nazis avec lequel, dans une entreprise - tout comme dans le parti ou l’État nazis-, le directeur jouait le rôle de Führer (…)", explique Jacques Pauwels dans "Big Business avec Hitler".

Pour garder la main, ils ont donc éliminé les représentants des salariés trop à gauche, communistes ou anti fascistes, ce qui a été fait d’autant plus rapidement que dans le patronat non plus, la dénazification n’avait pas été des plus efficaces. Le patron de l’usine Ford de Cologne pendant la guerre, par exemple, un certain Robert Schmidt, est resté directeur de Ford Allemagne jusqu’à sa mort en 1962.

syndicats allemands affiche

En matière syndicale, la stratégie adoptée en Allemagne a été l’inverse de celle qui a été appliquée en France. Au lieu de diviser et d’affaiblir les syndicats, on les a renforcés en les rendant incontournables, comme en Belgique. Dans ces pays, il faut adhérer à un syndicat pour percevoir le chômage ou la retraite. En Allemagne, les syndicats sont aussi historiquement très coopératifs avec le patronat : "Les intérêts patronal et syndical se rejoignent dans la nécessité de discipliner le monde ouvrier pour éviter les déboires (grèves sauvages ou mal suivies)", résume Gilles Leroux dans l’article "Syndicats et patronat".

Après la guerre, il a surtout été question de concentrer les syndicats allemands, en regroupant tout le monde par branche. Au départ, ce sont les Alliés présents dans l’Allemagne occupée qui ont "négocié" entre eux la forme d’organisation syndicale Outre-Rhin. Et au départ, ils n'étaient pas franchement revendicatifs, les premières demandes salariales et sur les conditions de travail n'intervenant qu'après 1955.

Mais ce sont les US, via l’AFL, qui ont eu le dernier mot.  Par ailleurs, la plupart des syndicats étaient depuis le début des années 50 très proches du SPD, le parti "social démocrate" allemand. Comme en France, l’AFL-CIO, le syndicat international piloté par les Etats-Unis et des pions de la CIA, a manœuvré pour rebâtir le syndicalisme d’après-guerre, de manière à réduire au maximum l’influence communiste.

Les syndicats allemands, autour de la Confédération allemande des syndicats, la DGB, ont aussi été traditionnellement favorables à l'Europe, qui signifiait de plus gros marchés. C'est ainsi qu'ils ont joué un rôle clé dans la structuration du sydncialisme européen d'après-guerre.

Dans les années 2000, les allemands se sont un petit peu rebellés contre cette ingérence permanente des US dans les affaires intérieures. Gerhard Schröder a agité l’argument anti aéricain pour se faire réélire, les médias ont sorti quelques Unes peu sympathiques envers les US, et les relations se sont tendues avec Bush Junior. Mais en 2012, la DGB allemande palait encore de lancer un "Plan marshall pour l'Europe" pour relancer l’investissement, la croissance et l’emploi, c'est-à-dire un discours qui est chez nlous tenu par le Medef...

 

France :

Libération

En France, l’épuration a un peu fonctionné après la guerre, grâce aux communistes, mais les fascistes et nazis étaient encore fort nombreux, pas du tout repentants, et toujours désireux de prendre le pouvoir. Selon les derniers chiffres qui circulent, il y aurait eu 124.000 à 132.000 personnes jugées [4] pour divers crimes liés à la Collaboration, dont 791 peines de mort et environs 50.000 "dégradations nationales", ce qui est, il faut bien le dire, très peu en comparaison de l’ampleur des crimes commis.

Il y aurait eu également, selon les chiffres donnés par les préfectures, autour de 9.000 exécutions sommaires (d’autres comme Raymond Aron parlaient de 30.000 ou même 40.000 tués, histoire de faire bien peur à cette frange de la population qui avait des choses à se reprocher). Et un peu moins de 200 condamnations pour collaboration économique, ce qui pour le coup est incroyablement peu. Pourtant, après la guerre la Sûreté Nationale a listé plus de 100.000 membres dans les "partis antinationaux" (les groupuscules français pro-Allemagne) durant la guerre. Et ceux-là ne sont que les encartés [5].

Annie Lacroix-Riz, dans son dernier livre "La non épuration en France de 1943 aux années 50", explique que dès 1942, les Américains ont demandé à de Gaulle que l'épuration soit la plus minimaliste possible, que la quasi-totalité des cadres de Vichy soient laissés en place. A Alger, la Commission d’épuration qui a été créée en 1943 a été totalement empêchée d’agir. A tel point que juste après l’annonce de la fin de ses travaux, les membres de la commission se sont inquiétés : "il ne se passe pas de jour, que la Commission d’épuration n’apprenne incidemment que des fonctionnaires qui lui sont déférés, sont ou vont être promus à des fonctions qui constituent autant d’avancement ou qu’ils vont partir en mission pour représenter à l’étranger le Comité français de la Libération nationale"[6].

liberation_paris

Les US, amenés à nous "libérer", détestaient de Gaulle et il était loin de représenter leur première option dans le cadre de ce qu’ils avaient déjà conçu comme l’American Military Governement of Occupied Territories (le gouvernement militaire américain des territoires occupés).

"Washington, qui s’entendait fort bien avec Vichy, ferait affaire avec son haut personnel militaire et civil en poste de l’empire. Ces gens, informés des intentions américaines depuis l’installation, en décembre 1940, du représentant du Département d’Etat Murphy à Alger, avaient à des dates diverses noué contact avec le diplomate", écrit Annie Lacroix-Riz. En 1940 et 1942 ce sont d’abord le maréchal Weygand, puis l’amiral Darlan qui ont eu leurs faveurs, mais le deal fut de courte durée car ce dernier il a été assassiné en décembre 1942 par un Résistant (ce qui a probablement influe sur le cours des choses). Ce sont ces généraux qui ont permis aux US de s’installer tranquillement en Afrique du Nord, principalement à Alger, pendant la guerre.

Même Pierre Laval, ex premier ministre de Pétain, banquier, homme d’affaires et homme de la synarchie, était en contact direct avec les Américains, et cela jusqu’à l’été 1944, c'est-à-dire au débarquement.

Si Laval a été exécuté à la Libération, son directeur de cabinet Jean Jardin, tout aussi acharné que lui à persécuter les Juifs et les opposants (il a demandé et obtenu la Francisque en 42), a poursuivi sa carrière après un exil en Suisse [7]. Grâce à ses appuis dans les milieux financiers et patronaux, et aussi parce qu’il a détruit de nombreux documents avant la défaite de l’Allemagne, il a totalement évité les ennuis après la guerre. Cet ex d’Ordre Nouveau proche de la synarchie[8] dans les années 30 est ainsi devenu conseiller officieux du CNFP (l’ex Medef), de grandes entreprises, ainsi que de politiques comme l’ultralibéral fan d’Europe et membre du Bilderberg Antoine Pinay, à qui il permet d’entrer dans le premier gouvernement de la Ve République [9]. Il a aussi contribué au financement de la carrière d’un autre collabo bien connu : Mitterrand.

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On notera que, si Jean Jardin bénéficie d’une très bonne presse en France, son petit-fils Alexandre Jardin le décrit comme un vrai connard, et pense qu’il était impliqué dans la rafle du Vel d’Hiv (apparemment, le grand-père, qui suivait les manœuvres de près, était agacé que seulement 13.000 personnes aient été embarquées, au lieu des 25.000 escomptées). Un article de 20 Minutes de mai 2011 mentionne un document "immatriculé AN, 3W 358, 2, [qui] révèle que Sokolowski, grand ami de Jean Jardin jusqu'à sa mort en 1976, une sorte de «bon tonton» pour Alexandre, était en fait un agent nazi chargé d'espionner Laval".

Dès le 26 août 1944, une loi est publiée pour qualifier l’indignité nationale de simple "état" et non plus de crime, avec une "peine" réduite à "la dégradation nationale" qui consistait en une privation temporaire des droits civiques. Cela a fonctionné pour tous ceux qui avaient adhéré, sans trop s’agiter, à des partis collaborationnistes, voté les pleins pouvoirs à Pétain, ou participé aux diverses activités du régime vichyste.

Bref, l’objectif était de ne rien changer, et si changement il devait y avoir, celui-ci devait être minimal. Les US avaient prévu de ne changer que le minimum des cadres de Vichy. En septembre 1942 une directive de Roosevelt précisait encore que "aucun changement dans les administrations civiles françaises n’est envisagé par les Etats-Unis". Tous ceux qui avaient collaboré avec les US, qu’ils aient commis ou non des meurtres de Juifs et de Résistants, devaient passer à travers les mailles du filet. En 1943, de Gaulle assurait aux US qu’il allait "établir l’ordre en France quand le territoire serait libéré", cela pour "empêcher les communistes de prendre le pouvoir" [10].

L’historien et journaliste Eric Branca dans son livre "L’ami américain. Washington contre De Gaulle 1940-1969", précise qu’à la fin mai 1944, le Département d’Etat US "a adressé via Madrid à l’ancien président du Sénat, Jules Jenneney, et à son homologue de l’Assemblée nationale, Edouard Herriot, un questionnaire secret destiné à connaître leur disponibilité …. Et à savoir, entre autres, s’ils étaient prêts à s’opposer, avec l’aide des Américains, à l’établissement d’une ‘dictature’". Pour eux, la "dictature", c’était potentiellement de Gaulle.

Quelques milliers d’arrestations de collabos ont malgré tout été réalisées, mais plus de 3.000 ont été rapidement libérés sans aucune enquête ni procédure. Annie Lacroix-Riz rapporte les propos d’un membre de la commission de sûreté chargée de l’épuration, qui avait déclaré en 44 que "des libérations seraient obtenues moyennant une dîme assez élevée : les ‘cours’ s’établiraient entre 200.000 F et 1 million". Cette commission de sûreté a été empêchée de travailler, de mener des enquêtes, de condamner ceux qui devaient l’être.

 

Les Collabos de la Ve République

Bref, les Collabos n’ont pas été punis, ou si peu. A l’Assemblée, une bonne partie des parlementaires qui avaient voté les pleins pouvoirs à Pétain étaient de nouveau là dans les années 50 [11].

Quartier Libre - Annie Lacroix Riz

 

Certaines régions, comme l’Alsace et la Lorraine, ont même quasiment échappé à toute épuration. Dans "La non épuration en France", Annie Lacroix-Riz écrit : "La précocité du pardon octroyé aux Alsaciens-Lorrains les plus germanophiles, de la gauche anti-communiste à la droite, exclut la ‘Guerre froide’ des motifs de l’amnistie de 1953 des participants français au massacre d’Oradour-sur-Glane".

Nombre d’anciens collabos, fascistes, nazis etc. ont ainsi pu revenir dans des partis politiques, dans la fonction publique, y compris la police, les renseignements et la justice, et dans l’économie.

Par exemple :

François Mitterrand

la rocque

Il a été fasciste dès 1934, quand il a rejoint les Volontaires Nationaux du Colonel La Rocque (instigateur de tentatives de coup d’Etat dans les années 30 et meneur d’une ligue fasciste financée par le patronat) commencé par collaborer : il a été l’un de ceux qui ont voté les pleins pouvoirs à Pétain et a même un soutien de la Révolution nationale et cadre de Vichy. Il a aussi demandé - et reçu en 1943- la breloque suprême du régime: la Francisque.

Puis il a senti le vent tourner et serait passé à la "Résistance" en 1943, avant de collaborer avec Allen Dulles dès 1944, à travers un mouvement d’aide aux prisonniers[12], le Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés (MNPGD) qu’il a dirigé. André Bettancourt a dirigé l’antenne de Genève, avec Pierre de Bénouville et Allen Dulles, alors patron de l’OSS, qui a contribué au financement du MNPGD.

En 1946, Mitterrand a pu se lancer en politique dans la Nièvre grâce à l’appui financier et au carnet d’adresses d’Eugène Schueller (notamment dans le clergé et chez les notables du coin), le patron de l’Oréal aux idées très fascistes. Il était alors à l’Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR). Mitterrand s’y est présenté comme député, afin de reprendre une circonscription à la gauche, et a été élu avec un programme anticommuniste sur une liste Unité et Action Républicaine. Il a été nommé ministre dès 1947, aux Anciens Combattants (pas tous si anciens que cela à cette époque), en pleine période des procès de collabos qui tentaient d’obtenir une virginité. En 1948, Mitterrand s'est pointé au Congrès de La Haye où se sont croisés tous les "pères fondateurs" de l’Europe, et a rejoint le Mouvement Européen. En 1949, Mitterrand a pondu une loi d’amnistie pour les collabos, promulguée en janvier 1951.

elections 1965 - Copie

En 1965, il a été candidat à la présidentielle grâce au soutien financier du CNPF (l’ex Medef) via son ami René Bousquet, préfet vichyste blanchi en 1949, désireux de financer les partis non-communistes. Les mêmes l’ont encore soutenu en 1974. Dans les années 70, Mitterrand était aussi avocat, ce qui lui a permis d’être rémunéré par des entreprises, pour divers "conseils" [13]. Aujourd’hui ils sont très nombreux à devenir avocats d’affaires entre deux mandats.

Il est devenu président de la Fédération de la gauche démocrate socialiste (FGDS, ex-SFIO), et de 1966 à 1968, ladite fédération -en particulier Mitterrand et son frère Robert [14]- a eu "des relations très étroites" avec l’administration US selon l’ambassadeur US de l’époque, et les rencontres ont été tenues secrètes[15] car cela aurait fait très mauvais genre à "gauche". 

Selon Vincent Nouzille, qui explique cela dans son livre "Des secrets si bien gardés", Mitterrand a même fait preuve de "zèle" auprès des US, donnant "des gages d’un atlantisme fervent". Ce qui s’est avéré une réalité mais n’a jamais été dit publiquement (par exemple il critiquait la guerre du Vietnam et a utilisé pendant un temps les communistes). En tout cas, Mitterrand a rassuré les US sur son élan dans la fameuse "construction européenne", ce qui semble pour eux être la condition sine qua non pour laisser un politicien européen accéder aux plus hautes fonctions, ainsi que sur l’intégration de la France dans l’OTAN et sur sa détermination à détruire les communistes (ce qu’il fit).

Le conseiller privilégié de Mitterrand devenu président avec l’aide du Grand Orient, était d’ailleurs Jacques Attali, membre de la Trilatérale qui a aussi fréquenté le Bilderberg. Fervent anticommuniste, Mitterrand s’est ensuite très bien entendu avec Reagan, puis avec Bush 1er dont il a été le premier invité étranger important en 1981.

On peut ajouter que la franc-maçonnerie française a été à la manœuvre lors de la création du parti socialiste sur les restes de la SFIO, et tout un tas de clubs ont été créés par des frères la truelle pour soutenir le mouvement autour de Mitterrand. Il y avait par exemple le Club des Jacobins de Charles Hernu, ou la Ligue pour le combat républicain, qui comptait François de Grossouvre parmi ses membres [16]. Dans son tout premier gouvernement, Mitterrand les a récompensés de leur soutien sans faille en nommant un tiers de francs-maçons à des postes gouvernementaux.

 

André Bettencourt

Bettencourt_Mitterrand - Copie

Gendre de Schueller, mari de Liliane depuis 1950, a dirigé la PropagandaStaffel à Paris pendant la guerre, il a é édité (et écrit dans) un journal pro- Nazis financé par la propagande allemande, "La Terre française".

A ce poste, " Il est placé sous la triple tutelle du ministre de la propagande, Joseph Goebbels, de la Wehrmacht et de la Gestapo. Il a la haute main sur toutes les publications françaises, qu’elles soient collaborationnistes ou nazies", écrit Thierry Meyssan en 2004. Bettencourt, très proche de Mitterrand, s’est lancé dès 1947 dans la politique, en succédant à son père au poste de conseiller général et conseiller municipal. Il est ensuite devenu président du Conseil régional de Haute-Normandie, député, sénateur, et même ministre sous De Gaulle.

Le tout, bien-sûr, en travaillant aussi chez l’Oréal. Il est même passé chez Nestlé en 1942 : Schueller en était le premier actionnaire et l’avait envoyé "aryaniser" l’entreprise en Suisse, où Bettencourt en a profité pour rencontrer les représentants de l’OSS Allen Dulles et Max Schoop qui selon Meyssan lui auraient refilé 2,5 millions de Francs. Evidemment, pour mener une telle carrière politique, il a fallu mentir sur ses activités pendant la guerre et se fabriquer un passé de résistant[17], comme tant d’autres l’ont fait en toute impunité.

 

Maurice Papon

papon journal

Papon, qui était franc-maçon [18], a pu occuper le poste de ministre du Budget de Raymond Barre sous la présidence de Giscard. Sans les efforts de survivants des camps, notamment de couple Klarsfeld[19], Papon aurait coulé des jours heureux jusqu’à la fin, sans avoir à répondre des actes commis durant la guerre.

De 1942 à 1944, Papon était en effet secrétaire général de la préfecture de Gironde, en charge des "Questions Juives", c’est-à-dire la répression contre les juifs. Il a supervisé l’arrestation et la déportation de 1600 Juifs de la région, dont très peu ont survécu. "Le 2 avril 1998, au terme de plus de seize ans de procédure et de six mois d’un procès fleuve, Maurice Papon est condamné par la cour d’assises de la Gironde à dix ans de prison ferme pour complicité de crimes contre l’humanité. Il lui est reproché d’avoir apporté son « concours actif » à l’arrestation puis à la déportation des 72 victimes représentées par les parties civiles", résumait Guillaume Mouralis dans l’article "Le procès Papon, justice et temporalité", de mars 2002.

Entre temps, en tant que préfet de police de Paris, il a été directement responsable des répressions sanglantes d’une manifestation de sympathisants du Front de Libération National algérien en octobre 1961[20], et en 1962 de celle d’une manifestation de gauche contre l’OAS, qui a fait 8 morts. Le tout dans un contexte d’état d’urgence lié à la guerre d’Algérie. Juste après la guerre, en 1946, il a été chargé de rédiger une première loi d’amnistie.

De 1956 à 1958, il était préfet en Algérie alors qu’il voulait être nommé à la CECA, l’embryon d’Europe. De retour en France, il était donc préfet de police, tout en étant maire puis député dans le cher pour l’UDR, dont il était le trésorier. En 1972 il est devenu président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, puis ministre du Budget de 1978 à 1981, année où une plainte est déposée contre lui pour crimes contre l’humanité. On connaît mieux la suite.

 

Maurice Couve de Murville 

couve

Figure de la droite française qui a évolué dans l’ombre de De Gaulle, député et sénateur UDR puis RPR des années 70 aux années 90, il a été ministre des Affaires étrangères pendant près de dix ans (1958-1968) et Premier ministre en 1968. Mais sous Vichy, alors qu’il était encore un jeune inspecteur des Finances, il a été haut fonctionnaire, occupant le poste de directeur des Finances extérieures et des charges de 1940 à 1943 [21].  

Il était même assez proche de Laval, fréquentant régulièrement en privé son directeur de cabinet, Jean Jardin, père de l’écrivain Alexandre Jardin. Juste après le débarquement des Alliés en Afrique du Nord, il a lâché Vichy et rejoint les troupes de De Gaulle à Alger. Il a donc été lavé plus blanc que blanc, et même obtient le tampon "Résistant" grâce à de Gaulle qui l'a nommé, entre autres, secrétaire aux Finances en juin 1943. Couve de Murville a donc intégré le gouvernement provisoire de la République française en février 1945.

"Couve du Murville fut après août 1944 avec son second Berthoud l’atout maître des financiers", leur permettant de faire valider les soi-disant ventes forcées qu’auraient exigées les Allemands, explique Annie Lacroix-Riz dans "Industriels et banquiers sous l’Occupation". En 1954, il a été désigné comme représentant permanent de la France auprès de l’OTAN, avant d'être nommé l’année suivante ambassadeur à Washington puis à Bonn en 1956.

 

Jean-André Faucher 

Il était franc-maçon (devenu en 1977 Grand Secrétaire de la Grande Loge de France) et journaliste dans presque tous les médias d’extrême droite qui ont existé en France depuis la guerre, grand soutien de Mitterrand, proche de son ministre de la Justice Roland Dumas et de Charles Hernu dont il était le bras droit lors de la campagne présidentielle de 1965 [22], et fut aussi un collabo. Il adhérait déjà à 16 ans au Parti Populaire Français de Jacques Doriot. A 18 ans en 1939, il a rejoint une sorte de milice vichyste, la Légion française des combattants [23], organisation de masse du régime vichyste dont il est devenu l’un des cadres.

Il est ensuite devenu l’un des piliers des Chantiers de jeunesse, avant d’être promu en 1943 comme délégué à la Propagande de Pétain pour la zone nord, entretenant la propagande fasciste dans la presse collabo. Il a été dénoncé comme indic de la Gestapo à la Libération, et a été condamné dans la foulée à l’ "indignité nationale" et à la peine de mort. En son absence, car il s’était fait la malle, occupant divers emplois sous divers pseudonymes.

faucher livre FM

Faucher s’est alors rapproché d’un groupe d’extrême droite créé en 1946 ou 1947, le Rassemblement travailliste français, puis a fondé une obscure "Armée Française loyale" qui comme par hasard s’est trouvée impliquée dans le "Plan Bleu", cette opération paramilitaire anticommuniste pilotée par les US et les anglais, dont on a parlé rapidement et sur laquelle on va revenir, et qui visait à faire un coup d’Etat militaire en France.  A l’origine, l’Armée française loyale avait été créée "pour organiser des milices en soutien des forces de l’ordre en cas de grève", selon le livre "Les réseaux stay-behind en France" (p.86).

Faucher a finalement été arrêté en octobre 1948. Mais, coup de chance : il a été immédiatement amnistié. Bien qu’il ait pris quelques mois de prison pour sa participation au Plan Bleu. A sa sortie, il a écrit dans des feuilles d’extrême droite comme Rivarol, Charivari, l’Heure française, Jeune Nation, Aux écoutes, tout en se disant de gauche et non communiste [24]. Faucher a soutenu l’Algérie française, les poujadistes (mouvement d’extrême droite), puis est passé dans le camp des socialistes au début des années 60, quand il a pris sa carte du parti et a été initié en franc-maçonnerie, à la Grande Loge de France dont il deviendra "grand secrétaire" en 1977 [25].

En 1957, il s'est rapproché du socialiste Charles Hernu (autre Franc-Maçon) et a organisé une rencontre avec le Pen, rencontre qu’il s’est empressé de relater dans un journal d’extrême-droite [26]. En loge, il s’est activé pour rapprocher sa loge de la bande de Mitterrand, organisant même en 1957 une rencontre entre Le Pen et Charles Hernu, et a fondé en 1962 la loge Louise Michel.

En 1965 il a œuvré au rapprochement du Parti Radical, où grenouillaient de nombreux collabos, et des "socialistes" autour de Mitterrand. Et "en même temps", Faucher soutenait des groupuscules nationalistes européens, écrivait dans Le Crapouillot, dans Minute, ou dans Valeurs Actuelles à partir de 1970. Son fils a suivi la même voie en plus "soft" et a été rédacteur en chef du Figaro.

Jean-André Faucher a même créé sa propre obédience, la "Grande loge d'Orient et d'Occident", et en 1981 Fabius l'a fait nommer au Conseil Economique et Social, ce machin dans lequel pantouflent les amis du pouvoir, avant d’être nommé secrétaire d’Etat aux départements et territoires d’Outre-Mer. Il a même obtenu la légion d’honneur en 1986.

 

René Bousquet 

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On a déjà vu son parcours, classique des fascistes recyclés dans les structures d’après-guerre. Lui aussi était franc-maçon, ce qui a certainement été utiles à certains moments compliqués. Il a fui en Allemagne après la guerre et a été libéré par les Américains puis placé sous mandat de dépôt en 1945 à son arrivée en France. La Haute Cour de Justice l’a jugé en 1949, et a considéré que l’organisateur de la rafle du Vel d’Hiv avait été un résistant  presque toute sa carrière, et ne méritait que 5 ans d’indignité nationale pour avoir été chef de la police de Vichy [27].

Il a été amnistié en 1958 et ainsi pu se lancer en politique, comme candidat aux législatives dans la Marne. Il est devenu ami de Mitterrand, siégeait dans les conseils d’administration, jusqu’en 1978, quand son rôle dans la rafle du Vel d’Hiv est dénoncé dans la presse.

Une plainte a été déposée contre lui en 1989 pour crime contre l’humanité par des associations de déportés et de résistants, il a été inculpé en mars 1991 et a été assassiné en juin 1993. Ce qui a évité une mise en lumière des décisions surprenantes de la haute Cour de "Justice" en 49.

 

Pierre Guillain de Bénouville

2019-11-11 20_01_10-Serge Dassault et le General Pierre de Benouville visitent le salon

Ce fils d’assureur alsacien né en 1914 était un fervent royaliste, antisémite et anticommuniste ultra conservateur. Il a démarré sa vie militante dans les années 30 chez les Camelots du Roi et l’Action Française (il a activement participé aux émeutes fascistes de 1934 et à un attentat contre Léon Blum en 1936), a fréquenté les chefs de l’organisation fasciste la Cagoule, et était alors en relation avec d’autres fascistes comme François Mitterrand et André Bettencourt le futur patron de l’Oréal.

En 1936 il a combattu contre les Républicains en Espagne. Mobilisé à la déclaration de guerre, il a été fait prisonnier par les Allemands, s’est échappé, a rejoint la France et milité pour le Maréchal Pétain. Il serait devenu résistant en 1941 mais a joué un rôle important dans l’arrestation de Jean Moulin[28] en juin 1943. Il était aussi proche d’Allen Dulles, qu’il voyait et avec lequel il  a correspondu pendant 25 ans. Selon son biographe Guy Perrier, "En juin 1948, Bénouville et son épouse sont reçus chaleureusement par les Dulles qui les introduisent dans les milieux américains influents". 

A la Libération il a reçu divers honneurs pour ses faits d’armes dans la résistance. Après la guerre il a rejoint le RPF de de Gaulle et est devenu député d’Ille-et-Vilaine puis de Paris et, a soutenu l’Algérie française. Il a été très proche de Chirac, dont il a contribué à l’ascension et en 1984 il a défendu Mitterrand quand certains s’interrogeaient sur son attitude pendant la guerre.

En même temps qu’il faisait de la politique en se rapprochant de l’extrême-droite, Bénouville était administrateur de grandes entreprises, comme les éditions Robert Laffont, les cinémas Gaumont, ou encore Dassault Bréguet. Il s’était aussi placé depuis la fin de la guerre au service d’Allen Dulles, dont il était proche. Beaucoup de collabos lui doivent d’avoir évité des ennuis à la Libération, comme le rappelle Annie Lacroix-Riz dans "La non épuration en France".

 

Michel Junot 

michel JUNOT

Moins connu, ce haut fonctionnaire a été Chef du cabinet du Secrétaire général à l'Administration à Vichy puis sous-préfet en charge du maintien de l’ordre en 1942 à Pithiviers et à Beaune-la-Rolande, où il y avait deux camps de prisonniers, dont beaucoup de Juifs avec des enfants. Il a été adjoint au maire de Paris Jacques Chirac de 1977 à 1995. Neuf médias qui avaient dénoncé son parcours ont perdu les procès en diffamation intentés contre eux par Junot, car ils avaient écrit qu’il avait supervisé le dernier convoi de prisonniers pour les camps. Il avait en tout cas joué un rôle dans l’organisation des deux camps de prisonniers sur sa zone, d’après des documents trouvés par Le Point en 1997[29].

Devenu gaulliste en 1944 –encore un-, il a quand-même été coincé par la Commission nationale d’épuration qui, rappelle l’Humanité,  "le décrit comme un «modèle d'arriviste, dénué de tout scrupule. A écarter de toute fonction publique»". Junot a en tout cas repris tranquillement sa carrière préfectorale en 1948, après un passage au gouvernement de l’après-guerre.

En 1948 encore, il retourne au gouvernement, comme chef de cabinet du secrétaire d'État à la présidence du Conseil, et oscille ainsi entre le job de préfet et de nombreuses missions dans les gouvernements des années 50. En 1958, il devient député de la Seine, chez les Indépendants, et se lance dans le business. En 77, Chirac l’amène à la mairie de Paris. Il a été en grâce jusqu’en 1986 quand il propose à Chirac une alliance avec le Front National. Très à droite, il aimait bien passer à Radio Courtoisie, et a contribué à créer la "Droite Libérale Chrétienne".

 

Raymond Marcellin 

2019-11-11 20_08_02-André Bettencourt et Raymond Marcellin à Paris, France, circa 1970

Cet avocat et ministre de l’Intérieur (et traitre à la Bretagne), n’a pas hésité à utiliser les pires méthodes contre les syndicats, les Bretons et autres opposants politiques au "régime". Dès 1940 il a rejoint le régime de Vichy à 27 ans, doctorat de droit en poche, pour diriger la "formation professionnelle" du régime vichyste. Du coup, il a été décoré de la Francisque (qu’il fallait réclamer).

Devenu résistant d’un coup en 1944, il s'est reconverti comme avocat à Paris en 1945.

Sa page Wikipedia résume qu’il fut "Ministre de seize gouvernements entre 1948 et 1974". Pompidou, l’homme des Rothschild en France, l’a eu à la bonne et l’a nommé ministre de l’Intérieur le 31 mai 1968, pour s’attaquer à la gauche via une politique de répression totale, et aussi pour entretenir de bons rapports avec les barbouzes. 

A l’époque, il menait la répression à coup de lois: "Le 12 juin 1968, le gouvernement  dissout une dizaine d’organisations d’extrême gauche. Le 18, de Gaulle gracie une douzaine de condamnés de l’Algérie française – Raoul Salan en tête", racontait France Inter en 2018, ou  avec sa "loi anti-casseurs" de 1970

Il est resté à l'Intérieur jusqu'en 1974, est ensuite passé quelques mois au ministère de l'Agriculture, puis est redevenu tranquillement maire de Vannes, un fief de droite, député et sénateur.

 

Pierre-Étienne Flandin

Pierre-Étienne_Flandin_-_1940

Fils d’un député de l’Yonne, il est devenu avocat puis député de l’Yonne, à droite. Il a trainé dans les ministères dans les années 30, notamment comme ministre du Commerce puis des Finances, alors que le pays était en pleine crise économique. Il a mené des politiques d'austérité, a approuvé toutes les avancées d’Hitler, voté les pleins pouvoirs à Pétain en 1940, et proposé sa collaboration au régime de Vichy dès le début de la guerre. Il est resté ministre des Affaires étrangères quelques semaines sous Vichy mais malgré sa bonne volonté les Allemands l'ont mis sur la touche. 

Il est alors allé en Afrique du nord en 1942, au moment du débarquement des US en Afrique du Nord. Là, il a noué des liens avec les généraux qui étaient en contact avec les US, comme l'amiral Darlan et le général Huntziger, et a rencontré plusieurs fois le fils de Churchill, alors chargé de mission auprès de Tito. Fin 1943, le comité d’épuration d’Alger avait l’intention de l’arrêter pour trahison, ainsi que d’autres collabos comme Tixier Vignancourt ou Pucheu.

Mais grâce aux efforts conjoints des collabos et des US qui se sont indignés publiquement de ces arrestations[31], il a seulement eu une "dégradation nationale" à la Libération et a pu reprendre la vie politique, assez difficilement, dans l’Yonne.

De 1954 à sa mort en 58, il a présidé le "Centre des hautes études américaines", une sorte de lobby atlantiste crée en 1945 et financé par le patronat. Il est mort en 58

 

Jean-Henri Azéma 

Lui a au moins été fidèle à ses principes d’extrême droite : en 1944 il n'est pas devenu "résistant" mais s’est engagé dans les Waffen SS [32]. Du coup, il a été obligé de s’enfuir à la Libération (il a été condamné à perpétuité et ses biens ont été confisqués), puis a rejoint l’Argentine en passant par la Suisse, grâce à de faux papiers.

En 1952 il s’est impliqué dans l’équipe d’un président qui a mené une politique de gauche, pendant 3 ans. Azéma s’est alors exilé en Bolivie quelques années, avant de revenir en Argentine où il est devienu publicitaire. Son fils Jean-Pierre Azéma est devenu l’un des grands historiens de la Deuxième Guerre mondiale. Pompidou l’a aussi amnistié, en 1970.

 

Serge Jeanneret

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Celui-là était foncièrement de droite et antisémite. Instituteur et monarchiste, il a rejoint l’Action Française et le Parti Populaire Français de Doriot dans les années 30, puis il est passé au  gouvernement Laval en 1942 en tant que chef adjoint de cabinet du ministre de l'Éducation nationale, Abel Bonnard, un vichyste convaincu.

De 1943 à 1944, il était "conseiller technique à la fondation française pour l’étude des problèmes humains" de Vichy, et a même été décoré de la francisque pour ses bons et loyaux services, notamment dans la presse pétainiste. Ce qui ne l’empêcha pas de passer à la Libération pour un "vichysto-résistant" car en fait il aurait joué un double jeu. Il a quand-même été révoqué de l'enseignement.

La suite de sa carrière montrera qu'en double jeu, l'individu était un spécialiste : Jeanneret a rejoint les modérés qui soutenaient Pinay après la guerre, puis les poujadistes, puis a participé à la création du Front National en 1972, avant de passer au RPR comme conseiller municipal de Paris sous Chirac, de 1977 à 1989.

Puis Jeanneret est retourné au FN en 1986, et a été élu comme conseiller régional FN d’Ile-de-France alors qu'il siégeait encore  avec le RPR au Conseil de Paris. Cela, grâce à sa proximité avec la chiraquie, et parce que la droite voulait garder un oeil sur le FN parisien. 

 

André Boutemy

Boutemy fut préfet de Thonon en 1940, sous Vichy, puis nommé directeur des Renseignements Généraux en avril 1941, jusqu’en 1943, quand il est nommé préfet de la Loire puis de Lyon. C’est là qu’il rencontre celui qui lui mettra le pied à l’étrier politique, l’industriel Georges Villiers, alors maire de Lyon et futur patron du CNPF.

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A la Libération, Boutemy n’a pas eu trop d’ennuis : trois mois de prison, puis non-lieu pour les accusations de collaboration. Il a donc et rejoint Villiers au CNPF (le Conseil national du patronat français, futur Medef), où il s’est entouré de vichystes pour lutter contre les communistes. Et cela passait par le financement de diverses officines anti-communistes.

Le CNPF finançait également les candidats politiques qui lui convenaient, et c’est encore Boutemy qui était chargé de cette distribution, à hauteur de 500.000 F pour un député, 1 million pour un ancien ministre [33]. Un des favoris de Boutemy était d’ailleurs Antoine Pinay, ce patron des Indépendants fan d’Europe et de du Bilderberg, mais il arrosait tout ce qui était non-communiste. 160 députés auraient ainsi bénéficié de l’argent du patronat.

En 1953 Boutemy a éténommé ministre de la Santé et de la population, ce qui agace les communistes qui le poussent à la démission. Il sera finalement député puis sénateur, et étrangement, s’est rapproché des soviétiques à la fin de sa carrière, lors d’une période de dégel favorable au business. Quand il est mort en 1959, ses archives planquées dans une banque ont beaucoup intéressé les autorités et le CNPF.

 

Pierre Bousquet

Autre engagé dans les Waffen SS, en 1943 (il était caporal dans la division Charlemagne), il a continué dans la politique, à l’extrême droite,. Dans les années 50 et 60 il a été cadre de différents mouvements à tendance très fasciste, comme Jeune Nation, le Rassemblement Européen pour la Liberté, le Mouvement national du progrès et le Parti National Populaire, puis en 1972 il a été l’un des membres fondateurs du FN et le premier trésorier. En 1983 il a fait dissidence et créé un autre parti d’extrême droite, le Parti nationaliste Français.

 

Georges Albertini

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On ne peut pas faire de liste des fascistes en politique sans évoquer l’incontournable Georges Albertini, sur lequel on va revenir car ce fasciste a su se faire sa place au cœur du système gaulliste, contribuant même à lancer la carrière d’un des pires affairistes qu’ait connu la 5e République : chirac. Albertini est largement inconnu du grand public, certainement parce que son parcours, si révélateur du marigot politique français, est un peu gênant. Avant la guerre, Albertini était plutôt à gauche, membre des Jeunesses Socialistes.

Mais il était déjà sensible au rapprochement avec l’économie allemande, et est devenu "pacifiste", c’est-à-dire contre la guerre avec l’Allemagne, c’est-à-dire pour l’invasion allemande. Fin 1941 il se rapproche de Jacques Doriot en entrant à la Légion des Volontaires Français, en 1942 il a rejoint le Rassemblement National Populaire (fasciste et collaborationniste) de Marcel Déat dont il est devenu le numéro 2, et a au passage écrit dans des journaux antisémites. Il a aussi été dir’cab de Déat quand il était ministre du Travail de Pétain en 1944.

Emprisonné à la Libération, il s’est retrouvé dans la même cellule à Fresnes qu’Hippolyte Worms le patron de la banque Worms (décidément nombre d’amitiés se sont nouées entre les collabos emprisonnés à la Libération) qu’il connaissait depuis les années 30 [34], a été condamné à 5 ans de prison pour "intelligence avec l’ennemi", puis amnistié en 1951. Après tout, ce n’est pas si grave, on l’a vu, de trahir son pays et ses concitoyens, et de vouloir massacrer une partie de la population.

Il n'a donc fait que 3 ans et demi de prison: "Son réseau SFIO d'avant-guerre va lui obtenir une sortie anticipée. Paul Ramadier est à la manœuvre, Guy Mollet également, mais surtout Vincent Auriol, élu premier président de la IVe République en janvier 1947, qui signera sa remise de peine", selon un article de 2014 dans La Tribune. En 1948, c’est donc son pote de la SFIO Vincent Auriol[35] qui l'a fait libérer par un décret, pour qu’il contribue à créer le syndicat Force Ouvrière (financé grâce à la CIA car non communiste) en France. Albertini a su conserver et développer ses amitiés chez les "socialistes", étant proche de Guy Mollet ou du n°2 de la SFIO Pierre Commin, tout en entrant chez Worms. C’est chez Worms où il est entré dès sa sortie de prison qu’il a mis en place une officine de propagande anti communiste (le Bureau d'études et de documentation économique et social (BEDES)), qui publiait notamment la revue Est-Ouest.

Albertini sera l’un des principaux conseillers de Pompidou, et aura une influence sur les deux mentors de Chirac, Marie-France Garaud (qui conseille déjà Pompidou) et Alain Juillet. Il est devenu un fervent européaniste, dans le courant du "fédéralisme européen". On ne sera pas surpris non plus qu’Albertini ait aussi soutenu Mitterrand, dont il a contribué au financement politique. Il a aussi beaucoup aidé les anciens collabos à obtenir des grâces et autres amnisties.

 

Affiche_Charles_de_Gaulle_-_RPF_-_1947

Pour mieux comprendre comment ce genre de personnages a pu prospérer sous le gaullisme, il faut reprendre le fil des années d’après-guerre. Quand le RPF, le Rassemblement Pour la France, est créé en 1947 en se positionnant clairement comme anti-communiste, toute la droite, y compris l’extrême droite, s’y engouffre.

A gauche, les US ont joué l’entrisme, avec notamment le courant trotskiste, la création de Lutte Ouvrière ou de la LCR, et la division. Recette payante. Quand Jospin a admis, honteux, avoir bien été trotskiste dans sa jeunesse, c’est parce que cela signifiait qu’il avait noyauté la gauche, en l’occurrence le parti socialiste auquel il est entré en 1971 et où il a mené grâce à Pierre Joxe une carrière fulgurante. En 1982, Jospin, alors premier secrétaire du PS, serait allé à Washington pour une réunion organisée par Irving Brown, afin de rencontrer des gens de l’AFL-CIO pour les rassurer sur la présence de ministre communistes dans le premier gouvernement de la mitterrandie.

La marque de fabrique des trotskistes, courant communiste dissident, était l’entrisme, c’est-à-dire d’intégrer d’autres groupes et partis pour les infiltrer. Plusieurs membres du PS sont des transfuges du courant trotskiste –lambertiste, comme Cambadélis, Julien Dray (qu’on retrouve à l’Unef, caisse noire du parti socialiste) ou Mélenchon, l’ex socialiste (et franc-maçon). C’est pour cette raison qu’il est peu probable que son parti représente un jour une menace réelle pour le pouvoir, du moins tant qu’il le dirige.

Interrogé par L’Express en novembre 2001, Pierre Lambert[36], leader de la CGT et des trotskistes, a déclaré qu’il se préparait à mettre sur la table « des documents explosifs » au sujet de Jospin, alors 1er ministre d’un Mitterrand moribond. Il est mort en 2008 sans qu’on en sache davantage. Jospin ou Cambadélis n’ont quitté le trotskisme qu’en 1986, alors qu’ils étaient déjà en pleine ascension au parti socialiste. Mais contrairement aux apparences, ils ne défendaient pas les travailleurs mais des positions atlantistes et anticommunistes.

En 1985, il a créé le Mouvement pour un parti des travailleurs, qui deviendra le Parti des Travailleurs fin 1991. Un de ces micro partis de gauche qui se présente aux élections, y compris les présidentielles, et disséminent les voix.

 

Noyautage et division du monde syndical

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De l’autre côté, à cette époque de l’après-guerre, les syndicats, où les communistes étaient puissants, ont été contenus par les Américains grâce à la technique de la division. La cheville ouvrière de cette stratégie était Irving Brown, le représentant de l’AFL-CIO (American Federation of Labour - Congress of Industrial Organizations) en Europe qui était aussi un agent itinérant de la CIA, a beaucoup œuvré en Europe pour contenir le communisme. Dès 1946, année où l’AFL-CIO décide se lancer ouvertement dans l’anticommunisme[37], il prenait contact avec l’opposition interne de la CGT, en vue de scinder le syndicat communiste.

En 1947, année de la création de la CIA et du lancement du plan Marshall, le président US Truman a mis en place une opération secrète pour financer les syndicats non communistes. En France, l’objectif numéro un depuis deux ans était de briser la CGT en finançant la création de Force Ouvrière.

2019-11-11 21_47_12-European representative Irving Brown, points with pride to Pravda

Ce financement secret a été réalisé par Jay Loverstone, qui dirigeait la section Internationale de l’American Federation of Labour [38] (AFL), et par Irving Brown. En fait, cette organisation syndicale mondiale a été conçue comme une structure d’influence américaine, et une couverture pour le financement de partis politiques et syndicats favorables aux US, cela partout dans le monde. Les syndicats financés par l’AFL-CIO étaient convertis à l’économie de marché et leurs dirigeants étaient grassement rémunérés.

"La stratégie de division des mouvements ouvriers italien et français en vue de créer une alternative aux syndicats communistes était une version internationale de ce que Lovestone avait déjà tenté de faire dans le syndicat de l’automobile dans les années 1930", explique Tania Regin dans l’article "Force Ouvrière à la lumière des archives américaines".

L’influence d’Irving Brown, qui collaborait avec l’OSS depuis 1943 [39], a duré plusieurs dizaines d’années et a porté ses fruits durant bien longtemps. Le journaliste allemand Heinz Duthel dans son livre "Global Secret and Intelligence Services – vol I", explique qu’Irving Brown était le "responsable du stay-behind pour les milieux de gauche et étudiants en Europe" et qu’il "se vantait d’avoir financé aussi bien l’UNI [syndicat étudiant très à droite] que la MNEF et d’avoir formé personnellement Jean-Christophe Cambadélis et Lionel Jospin". De fait, les deux ont appartenu à la MNEF comme au courant trotskiste.

L’un de ceux qui a joué un rôle dans la scission de la CGT avec la création de Force Ouvrière en 1947 est René Belin, ex leader de la CGT devenu ministre du Travail sous Pétain, qui a par exemple voté les lois sur le statut des Juifs et liquidé la CGT dès décembre 1940 puis de la CFTC[40]. A Marseille au même moment, deux agents de l’OSS, Tom Braden, qui deviendra l’adjoint d’Allen Dulles à la CIA, et son collègue Phil Chadbourne, poussent à la scission de la CGT. Et par ailleurs, les US financent allègrement les syndicats et partis politiques "indépendants", c’est-à-dire qui rejettent le communisme et se montrent conciliants avec les revendications patronales, comme la SFIO et le RPF, le parti de droite.

En Italie, Irving Brown organisé la scission de la Confederazione generale del lavoratoro italiana (CGIL), ou de la Fédération Syndicale Mondiale, créée en 1945 à Paris, sur le même mode que pour la CGT.

2019-11-11 23_49_08-Members of UAW-CIO union stand near the union's trailer for strikers

On retrouve aussi Irving Brown et l’AFL derrière certains financements à la CFTC, la Confédération Française des Travailleurs Chrétiens, ou la CGC, la Confédération Générale des Cadres.

Les manœuvres ont très vite commencé au parti socialiste de l’époque, la SFIO, où Irving Brown a aussi poussé à la scission, avec la création de Lutte Ouvrière. La SFIO était très liée à la CGT, et la mission de Brown était de les séparer. "C'est donc dans le contexte des relations du "groupe Bothereau" avec Irving Brown que fut négocié le brutal virage "gauchiste" qui affecta conjointement la tendance minoritaire et la SFIO à partir de décembre 1945. Il incita les plus modérés des confédérés à célébrer les vertus du Trotskiste Vallière, et les éléments les plus droitiers de la SFIO à approuver le discours de ceux qui, au sein du parti, préconisaient de "combattre le communisme par la gauche" : les affrontements se déroulèrent notamment sur les thèmes de "l'indépendance syndicale" et du sacrifice, par les unitaires, des revendications ouvrières sur l'autel de la "Bataille de la production"", écrit Annie Lacroix-Riz dans un article de 1990 sur les manœuvres syndicales d’Irving Brown.

Le 4 mai 1947, Paul Ramadier, le président du Conseil, a accepté la demande US de virer tous les ministres communistes du gouvernement. Un ancien Collabo qui avait voté les pleins pouvoir à Vichy et a été membre du 1er cabinet Pétain [41], Robert Schuman, devenu ministre des Finances dans le gouvernement Ramadier, contribue à cette éviction. Schuman est l’un de ceux que l’imaginaire européen appelle les "pères fondateurs de l’Europe".

greve mineurs 1948

Schuman a aussi contribué avec le ministre de l’Intérieur à la répression violente des grandes grèves de 1947 -1948, menées par les communistes, ainsi qu’à la traque des Résistants communistes (qui avait été lancée sous Pétain). Il est ensuite nommé ministre des Affaires étrangères de juin 1948 à septembre 1952, puis ministre de la Justice en 1955.

L’époque est en effet marquée par d’importantes grèves, notamment des mineurs, contre lesquelles l’Etat n’a pas hésité à envoyer l’armée. Les autorités (la SFIO est au pouvoir) comprimaient alors les salaires et revenaient sur des droits des mineurs, ce qui a entraîné des mobilisations très importantes qui sont méthodiquement [42] et violemment réprimées, dans le Pas-de-Calais notamment.

Les tensions sociales sont aussi profitables à la montée des communistes aux différentes élections, en France comme en Belgique ou en Italie. L’objectif principal des US et des capitalistes était donc d’anéantir la gauche la plus à gauche.

En 1949, l’AFL via une filiale appelée le Free Trade Union Committee, dirigée par Jay Lovestone [43], et via Irving Brown qui représentait l’AFL en Europe, assurait une partie du financement Force Ouvrière d’abord avec l’argent du plan Marshall, puis avec celui de la CIA. En effet, dès le départ, Force Ouvrière a connu des problèmes de trésorerie, mais les syndicats internationaux, puis directement la CIA, ont su combler les trous.

On retrouve Irving Brown comme courroie de transmission de fonds importants depuis les Etats-Unis vers les syndicats européens, notamment Force Ouvrière. Il s'est installé à Paris en novembre 1945 pour y prendre contact avec les "cégétistes non communistes", notamment Léon Jouhaux, patron de la  CGT jusqu’en 1947, puis de la CGT-FO à partir de décembre 1947, quand FO est créé. Si Brown s’est fixé à Paris, c’était parce que selon lui et ses chefs, la France était "la clé de l’évolution syndicale en Europe occidentale".

création FO en 1947 - Copie

Des voyages étaient aussi organisés aux Etats-Unis pour les représentants syndicaux de la CGC, de la CFDT et de FO, et les services secrets français ont qualifié Irving Brown d’ "agent itinérant de la CIA". De fait, il avait été recruté dès 1944 par William Donovan, alors chef de la CIA, pour favoriser l’entrée des marchandises dans les ports et dans le pays en vue du débarquement, en mettant en ordre de marche dockers et cheminots.

En 1946, "Brown intrigue pour rompre l’hégémonie communiste à la direction de la CGT et appuie la fraction Force ouvrière constituée depuis 1944 par Léon Jouhaux et Robert Bothereau, qui siègent au bureau fédéral et au secrétariat confédéral du syndicat. Avec eux, il prépare la scission qui doit entraîner le plus grand nombre de militants de la CGT hors de l’orbite communiste", écrivent Benoît Colombat et David Servay dans "Histoire secrète du patronat de 1945 à nos jours", p.69.

L’argent est ensuite venu du Free Trade Union Committee, le FTUC [44] créé en 1941, mais aussi d’entreprises multinationales comme Esso, General Electric ou Singer, ce qui peut étonner au premier abord.

A la même époque (1948-1949), un groupe lié à Force Ouvrière, les "Forces Ouvrières Syndicalistes Européennes" (FOSE) est créé et contribue à nouer des liens entre le parti et ses homologues à l’international. Ce groupe a aussi eu une forte influence "idéologique" sur Force Ouvrière. "L'objectif de ce groupe est de populariser l'idée d'Europe fédérale auprès des travailleurs. Son Secrétaire général est Raymond Le Bourre, par ailleurs Secrétaire général de la fédération FO du spectacle, son vice-président est Roger Lapeyre, qui est aussi Secrétaire général de la fédération FO des travaux publics", explique Tania Regin dans l’article "Les relations intersyndicales françaises à la lumière des engagements internationaux 1948-1978". Le Bourre était en contact permanent avec Jay Lovestone et Irving Brown, et a travaillé avec son collègue de FO André Lafond [45], lui aussi en contact permanent avec l’AFL, au rapprochement des syndicats anticommunistes et pro-Européens.

CGT FSM

Lafond était, aux yeux d’Irving Brown, l’opposition à Léon Jouhaux –mais selon les US trop proche des soviétiques- à l’intérieur de la CGT. Il n’hésitait pas à solliciter son ami Irving pour placer des copains dans des entreprises US, ou pour divers services. Mais il est tombé en disgrâce quand il a milité pour l’Algérie française, à contre-courant du monde syndical. Le Bourre a été exclu peu après Lafond du syndicat international, la CISL (Confédération Internationale des Syndicats Libres, anti communiste, soutenue par l’AFL, par Brown et par les US, et très influente en Afrique du Nord). Le Bourre était alors accusé d’être "L’homme de Pinay et du patronat français, l’homme de plusieurs services secrets", et il a quitté le syndicat en 1959.

Le FSOE a très rapidement cherché à mettre sur la table la question du rapprochement avec l’Allemagne, qui n’était clairement pas à l’ordre du jour de l’opinion publique française 3 ou 4 ans après la fin de la guerre. Et cela passait par oublier les réparations pour en pas affaiblir ce pauvre pays, au nom de l’humanisme (sic.).

Les leaders de FO, Léon Jouhaux (qui a été président du mouvement fédéraliste européen) et Robert Bothereau, tenaient le même genre de discours, selon lesquels l’Europe amènerait la joie et l’allégresse dans les foyers des travailleurs.

A partir de 1948, un nouvel organisme intégré au Département d‘Etat US, l’OPC (Office of Policy Coordination) est créé pour mener des opérations secrètes que la CIA ne pouvait pas mener en principe, puis est englobé dans la CIA en 1952 [46]. Dirigé par Frank Wisner, ses missions étaient principalement d’ordre subversif, comme élaborer le système des réseaux stay-behind en Europe ou le financement du FTUC et de divers syndicats dissidents comme Force Ouvrière, ainsi que des syndicats alignés anglais et allemands (qui ont toujours pignon sur rue aujourd’hui) [47].

Quand le Parti Communiste a voulu organiser son grand raout, le "Congrès mondial du mouvement pour la paix", en 1949, les américains se sont excités et ont pris contact via le fidèle Irving Brown avec le "Rassemblement Démocratique révolutionnaire", un groupe atlantiste et non communiste créé autour de Jean-Paul Sartre et David Rousset, et avec un ou deux médias comme le journal anticommuniste Franc-Tireur.

rdr 1948

Ils ont organisé un important contre-événement histoire d’assurer une couverture contradictoire[48], qu’ils intitulent sobrement "Journée internationale de résistance à la dictature et à la guerre". C’est carrément l’OPC qui gère le transport des délégations étrangères jusqu’à Paris, et on invite des "personnalités de gauche" comme Simone de Beauvoir et André Breton. Mais pour les US ce fut un bide : les discours tenus lors de l’événement n’étaient pas assez pro-américains et anti-communistes à leur goût.

Ajoutons à ce tableau du syndicalisme d’après-guerre la CFTC, Confédération Française des Travailleurs Chrétiens, qui était très proche du MRP (Mouvement républicain populaire), le parti gaulliste des années d’après-guerre. De nombreux membres de la CFTC siégeaient dans des organismes liés à la Libération, précédant la création de la 4e République, et pendant des années les cas de cumuls de mandats politiques et  syndicaux (MRP –CFDT) étaient nombreux. Logiquement, la CFTC a pris position contre l’épuration : "Tous les ténors du MRP, syndicalistes inclus, agirent contre l’épuration, de Marcel Poimboeuf à son successeur Gaston Tessier", écrit Annie Lacroix-Riz dans "La non épuration en France". Poimboeuf a été l’un des fondateurs de la CFTC en 1919, et a été élu député MRP des Vosges d’octobre 1945 à juillet 1951. 

mai 1968 - Roger Violet - Copie

Les liens de Force Ouvrière avec les Etats-Unis sont restés très forts, comme l’a rappelé l’hommage vibrant de Marc Blondel, dirigeant de FO, aux victimes du 11 septembre 2001 dans Force Ouvrière Hebdo : "Nous entretenons en effet de manière quasi historique des relations particulières avec le mouvement syndical américain qui, nous ne l’oublions pas, a joué un rôle déterminant dans la création du syndicalisme libre en France lors de la guerre froide".

La situation n’a pas beaucoup changé au fil des années 60 et 70, et en 1982 devant la commission d’enquête parlementaire sur les activités du SAC, Alain Guérin, qui avait travaillé pour L’Humanité sur le marigot gaulliste, a expliqué que "Les syndicats indépendants, comme la CaSI, future CFT puis CSL, née d’une série scissions, formaient une branche de ces réseaux contrôlés par Albertini, l’ancien adjoint de Déat. Ils demeurent liés au SAC : ils lui permettent de bénéficier de certains fonds privés : grand patronat".

Un autre syndicat dont on parle peu mais dont on comprend mieux aujourd’hui l’impact quotidien sur nos vies est la FNSEA, la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles. Alors qu’après la guerre, elle était plutôt dirigée par des socialistes et des communistes, et représentait la majorité des agriculteurs qui vivaient alors sur de petites exploitation de polycultures, la FNSEA a très vite été reprise en main par les grands céréaliers du centre de la France. En 1950, la FNSEA a intégré les propriétaires non-exploitants (autrement dit les industriels de l’agriculture). C’est ensuite qu'elle a poussé à marche forcée la "modernisation" de l’agriculture, entraînant les dégâts sociaux, écologiques et alimentaires que l’on connaît.

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L’Organisation Communiste Internationaliste (OCI), créée par Pierre Boussel dit Lambert, a compté parmi ses rangs Mélanchon, qui y est entré en 1969, Cambadélis qui rencontrait "souvent" Irving Brown[54], ou Jospin. Ses membres ont ensuite fait de l’entrisme au parti socialiste et dans de nombreuses structures de gauches comme les syndicats étudiants, que les deux ont rejoint dans les années 70 ou 80. Mélanchon est par ailleurs franc-maçon et le revendique. François Duprat, l’un des fondateurs du front National, membre d’Occident et d’Ordre nouveau, fondateur des Groupes nationalistes Révolutionnaires, disait avoir commencé sa carrière militante chez les lambertistes

En 1967, un ancien directeur de la CIA, Thomas W. Braden, expliquait qu’afin de financer des "syndicats libres", des "fonds secrets" ont été distribués.

Puis avec la crise pétrolière et la crise économique des années 70, le pouvoir des syndicats a chuté en même temps que le nombre d’adhérents. Les régressions sociales ont pu se succéder sans qu’ils n’interviennent plus. Paradoxalement, le discours politique est devenu encore plus pro-business alors que la "croissance" plongeait.

 

L’extrême droite infiltrée à droite

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Outre cette mainmise sur le syndicalisme, le monde politique a été sérieusement encadré. Il était hors de question que les communistes ne gagnent du terrain et n'accèdent au pouvoir. Et il fallait que les idées américaines, celles de l'American Way of Life etc., s'imposent dans les mentalités.

Il a donc fallu organiser la propagande pro capitaliste et anticommuniste, circonscrire au maximum lesdits communistes dans tous les domaines de la vie publique, et organiser des canaux de diffusion efficaces pour cette propagande intensive. 

C'est dans cette ligne qu'ont été conçus une série de plans US, avec l'aval de certains politiques français. Parmi ces stratégèmes, il y a un obscur plan mis en place par la CIA avec la pleine et entière collaboration du gouvernement français, sous Pleven d’abord puis sous Pinay : le plan Cloven, trop peu connu.

C’est l’OPC (Office of Policy Coordination), ce service de la CIA destiné à organiser des opérations clandestines, qui a piloté ce plan mis en place en 1951-1952, destiné par exemple à :

  • Financer des médias pro américains et anti communistes, comme Combat, Franc-Tireur, ou le mensuel Preuves.
  • S’attaquer aux positions du Parti Communiste Français dans l’enseignement et les universités,
  • Réduire le nombre de communistes aux postes à responsabilité dans l’administration,
  • Réduire l’influence du Parti Communiste dans le mouvement syndical.
  • Réduire l’influence du communisme dans la presse [49]

2019-11-11 22_43_16-Monsieur Jean Baylot - Paris Chief Of Police

Selon Benoit Colombat, David Servenay et leurs co-auteurs, une sorte d’état-major a été créé pour mettre en œuvre le plan Cloven, sous l’égide de l’ambassadeur US à Paris. Parmi ses membres, il y avait le préfet de police de Paris Jean Baylot, "haut dignitaire du Grand Orient de France, homme de confiance de la SFIO et très en cour à l’ambassade américaine", il y a fondé la loge Europe Unie (au Grand orient) puis est allé s’occuper des affaires de la GLNF [50].

Il y avait aussi dans cette sorte d’état-major Georges Albertini (dont on a déjà parlé), proche du patronat, proche de Baylot et dont certaines activités anti-communistes et pro-US après-guerre ont été financées par la CIA[51]. Selon divers témoignages, comme celui de Jean-Pierre François, ex conseiller de Mitterrand, Albertini était en effet bien "en cour auprès des Américains qui s’en serviraient pour prévenir et combattre l’influence communiste et pacifiste en France".

Avant la guerre, période à la laquelle il a été "successivement socialiste, syndicaliste CGT et pacifiste, puis bras-droit du collaborationniste Marcel Déat sous l’Occupation, Georges Albertini réussit pourtant à devenir un incontournable ‘tireur de ficelles’ politiques sous la IVe puis la Ve République, éminence grise de personnalités aussi diverses que Vincent Auriol, Edgar Faure, Guy Mollet, Georges Bidault, Georges Pompidou ou Marie-France Garaud".

En fait, Albertini, qui a miraculeusement lui aussi, échappé à ses sanctions après la guerre[52], était devenu officiellement l’homme du patronat (dont Hyppolite Worms, patron de la banque Worms qu’il a rencontré en prison), créant et pilotant des officines patronales destinées à prêcher la bonne parole. Sa proximité avec la banque Worms et avec les réseaux francs-maçons l’a probablement beaucoup aidé dans ses diverses activités. Selon Patrice Hernu, dans "Affaire Hernu : histoire d’une calomnie", Albertini a intéressé les réseaux francs-maçons anticommunistes : "Ces réseaux sont à ce point actifs que certains, à la Grande Loge nationale française (obédience « anglo-saxonne »), songeront un instant à y faire adhérer… Georges Albertini. Ce dernier y renoncera de sa propre initiative".

est-et-ouest

Albertini a fondé le Bureau d'études et de documentation économique et social (BEDES) "avec ses amis Guy Lemonnier, alias Claude Harmel, un autre ex-collabo, et surtout Boris Souvarine, ancien dirigeant de la IIIe Internationale communiste devenu un fervent adversaire de Staline. Ce centre d'archives est destiné à fournir des arguments et de la documentation à tous ceux qui, politiques ou dirigeants économiques, veulent combattre le communisme", précise un article de La Tribune sur Albertini. Sa revue Est-Ouest, anticommuniste, est financée par le Groupement des industries Métallurgiques. Sa participation au plan Cloven n’était pas anecdotique : il noyautait la gauche. Outre la mise en place des sections Force Ouvrière, il détourne les groupes d’extrême gauche, et conseille les politiques sur les moyens de contrer la montée des communistes.

En 1956, Albertini, qui disait 15 ans plus tôt vouloir instaurer un "national socialisme à la française" et "régler le problème Juif"[53], s’est arrangé pour trouver des financements pour François Mitterrand, candidat aux législatives. 

Il y avait également dans ce petit groupe un dénommé Henri Barbé, qui fut ouvrier métallurgiste et dirigeant du parti communiste avant-guerre, mais a suivi Doriot pour créer le PPF, et est devenu collabo pendant la guerre. Ou encore Jean-Paul David, qui a dirigé le mouvement de propagande pro US appelé "Paix et Liberté". Baylot et David "étaient en contact direct avec les autorités militaires de l’OTAN".

paix et liberté 3

Avec la création du SAC, le Service d'Action Civique, bras armé du pouvoir gaulliste, les US ont vu arriver un autre allié dans la lutte contre les communistes. Dans les années 70, le SAC vise principalement la gauche et les mouvements indépendantistes. A Marseille, où le SAC était aussi présent que la mafia, ses membres avaient infiltré des syndicats, mouvements et organisations de gauche, mais aussi des loges maçonniques.

"L’un de ces infiltrés, Robert Mourier, était à la fois membre du RPR et du SAC, ainsi que délégué FO à la caisse d’assurance maladie. Un autre, Yves Courtois, était le trésorier local du SAC et délégué CFTC au comité d’entreprise de la société Chambourcy", explique Frédéric Charpier dans "Officines". Les membres du SAC étaient aussi présents dans les médias, notamment locaux : Frédéric Charpier cite, entre autres, le cas du correspondant de l’ORTF à Montluçon, qui "était à la fois journaliste et commissaire en exercice des RG".

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Outre la franc-maçonnerie et ses dérivés, d’autres étranges groupuscules ont servi à s’implanter dans les partis politiques. Par exemple, peu de fans du Front National savent que la secte Moon était, au moins dans les années 70 et 80, un appui important du parti sur le plan financier. Jacques Médecin, qui fut un ministre et élu local de droite, devenu très proche de l’extrême droite, était un adepte car cette secte anti-communiste qui propage des "idées" d’extrême droite. Estrosi, qui règne toujours sur cette ville, était alors un de ses poulains. Un député FN dans les années 80, Pierre Ceyrac, qui était aussi membre de la secte, a fait le lien. 

"Dans leur livre de référence paru au Seuil en 1994, intitulé Le Pen biographie, Gilles Bresson et Christian Lionet recueillent le témoignage de Pierre Ceyrac. "En 1985 (...), j'ai rencontré Le Pen (...). Il ne connaissait pas l'enseignement du révérend Moon, mais il n'était pas effrayé ou offusqué. Au contraire, il s'est montré curieux. J'ai apporté mon carnet d'adresses, des ouvertures dans le monde entier. Cette ouverture intéressait Le Pen. Moi, en tant que mooniste, ce qui m'intéressait au FN, c'était une ouverture sur la scène nationale.", relatait Le Monde du 3 septembre 2012. Ce serait même grâce à cette couverture internationale que Le Pen a pu poser à côté de Reagan lors d’un voyage à Washington.

 

Italie :

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En Italie, une épuration a été tentée après la guerre, mais très vite les US et les anglais ont  "mis leur veto à l’épuration des hommes politiques et des militaires fascistes", et plus ils étaient haut placés, plus ils étaient protégés et promus rapidement. La première loi d’amnistie a été votée juste après la création de la République Italienne, en 1946, et le premier parti politique d’ "anciens" fascistes, le Mouvement Social Italien (MSI, Movimiento Sociale Italiano), a été créé en décembre 1946.

Lors des élections de 1948, d’autres fascistes ont réintégré la politique dans les rangs du parti de la Démocratie Chrétienne, qui a régné sur l’Italie jusqu’à l’arrivée de Berlusconi, et le MIS entre au Parlement.

James Angleton, qui était le responsable de l’OSS puis de la CIA en Italie à la fin de la guerre, avait sauvé la vie au prince Borghese, un fasciste à qui il a permis d’échapper à la justice. Angleton avait la main sur tous les groupuscules fascistes et d’extrême droite après la guerre, avec qui il était en contact depuis son arrivée sur place en 1944, ce qui lui a permis de mettre facilement en place le réseau Gladio local (dont on va parler plus bas). En 1947, Angleton envoyait à Washington une liste de toutes les organisations clandestines anticommunistes, dont certaines étaient financées par les services US[55].

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Grâce à tous ces efforts, c’est donc la droite qui a gagné les élections de 1948, ce qui a accéléré la réintégration dans l’administration des anciens fonctionnaires fascistes, notamment les agents qui étaient dans la police politique de Mussolini, parmi lesquels ont été recrutés les effectifs des forces de police spécialisées dans la lutte anticommuniste, selon le modèle qui a été appliqué en France. Ces forces de répression anticommunistes, qui étaient séparées de la police normale, bénéficiaient d’importantes subventions, provenant du plan Marshall et de la CIA notamment.

Le monde syndical italien a été la cible, tout comme en France, des pressions US contre les structures communistes. Et tout comme Irving Brown a œuvré à diviser la CGT, il a financé un courant chrétien du syndicat communiste (la Confederazione Generale Italiana del Lavoro, CGIL), qui a mené la création en 1950 d’un syndicat non communiste, la Confederazione Italiana Sindacati Lavoratori (CISL). Ce syndicat a été créé par Giulio Pastore, leader du courant chrétien démocrate, et a permis de réduire fortement l’influence communiste sur les travailleurs. Mais, ils étaient proches du Vatican et du Parti Chrétien Démocrate.

Un autre syndicat anticommuniste, l’Unione Italiana del Lavoro (UIL), a été créé la même année de la même manière. Social-démocrate celui-là, il se voulait centriste, une sorte de "3e voie" entre les chrétiens et les communistes. Là où les US ont un peu raté, c’est qu’ils n’ont pas réussi à faire collaborer totalement leurs deux créatures pour constituer un front commun anticommuniste.

L’argent semblait affluer, et certains syndicats étaient tellement dépendants des financements US qu’ils les attendaient pour mener des actions de base. Ces deux syndicats, l’UIL et la CISL, ont en tout cas été très réceptifs quand les US ont lancé en Europe la "course à la productivité", qui a permis de lancer les salariés dans une sorte de compétition mondiale faisant progressivement passer au second plan la lutte pour les acquis sociaux.

Selon certaines sources, l’AFL-CIO était toujours un bras armé de la CIA dans le monde syndical international au cours des années 90.

 

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Concluons cette partie en rappelant que la Résistance qui a permis d’affaiblir un tant soit peu l’occupant était liée aux Francs-Tireurs Partisans et pas à Combat, ce réseau de résistants tarifs. Pourtant, ce qu’il reste aujourd’hui de la Résistance, c’est cette mythologie de la résistance de droite. Elle a existé, certes, et dès le début de la guerre, mais était embryonnaire comparé à la masse des ouvriers qui sont entrés d’une manière ou d’une autre dans la Résistance.

Il ne faudrait surtout pas laisser la mythologie, l’idéologie, prendre le pas sur la réalité historique, comme cela arrive si souvent.



[1] Cf. Marie-Bénédicte Vincent, qui parle même d’une volonté politique de « désépuration », et insiste sur les processus disciplinaires internes de la fonction publique allemande, qui auraient permis une certaine épuration malgré tout, dans  « De la dénazification à la réintégration des fonctionnaires. Comment construire une éthique de la fonction publique en Allemagne de l'Ouest après 1945 ? »

[2] En réalité, c’était lui qui conseillait Adenauer sur de nombreux sujets, de 1953 à1963. Lors du procès d’Eichmann, beaucoup craignaient qu’il ne balance ses petits copains passés sous la bannière de la CIA, dont Globke.

[3] Selon l’historien Fabien Théofilakis, dans une interview à Atlantico, les chambres arbitrales qui devaient juger les nazis, devaient classer les coupables en cinq catégories : « les "coupables principaux", les "impliqués", les "faiblement impliqués", les "suiveurs" et les "disculpés". Pas de catégorie "innocent". Sur les six millions de cas traités jusqu’en février 1950, seuls 1 667 Allemands seront reconnus comme "coupables principaux" alors les deux dernières catégories dépassent, chacune, le million d’individus. »

[4] Parmi ces jugements, il y a aussi plus de 26.000 acquittements.

[5] Cf. Annie Lacroix-Riz, « La non épuration en France », p. 31.

[6] Idem, p. 143.

jean jardin livre

[7] Jean Jardin a été envoyé par Laval l’a envoyé en tant que premier conseiller à l’ambassade de France à Berne en 1943, où se trouvait aussi Allen Dulles, futur patron de la CIA, avec lequel il avait des contacts réguliers. Dans un article des Echos en août 2009, l’historien d’entreprises Tristan Gaston-Breton écrit : « Jardin a des contacts réguliers avec [Dulles], au nom de Pierre Laval - qui cherche à pérenniser le régime de Vichy en cas de défaite allemande. Il a aussi des contacts avec les agents gaullistes en Suisse. Il les loge à l'ambassade, les entretient financièrement, leur ouvre des portes, leur fournit de faux papiers, les protège ».

[8] Il était notamment proche du patron de la banque Worms (le centre névralgique de la synarchie d’empire), Gabriel Leroy-Ladurie.

[9] Selon Tristan Gaston-Breton, « L'une de ses dernières interventions sera de favoriser, en 1958, une entrevue entre Charles de Gaulle et Antoine Pinay, permettant à ce dernier de rester au gouvernement ».

[10] Cf. « La non épuration en France », par Annie Lacroix-Ruz, p. 180.

[11] Il faut dire que sur 846 parlementaires (544 députés + 302 sénateurs), il y en a eu 569 pour les pleins pouvoirs sur 669 votants. Parmi les contre : Léon Blum, Vincent Auriol, Laurent Bonnevay, Max Dormoy, Félix Gouin, Lucien Hussel, Jules Moch, Victor Le Gorgeu, Paul Ramadier, Camille Rolland. Parmi les « pour », qui ont continué en politique souvent pour avoir été « résistants » à la fin de la guerre :

  • Adrien André, député radical de la Vienne dans les années 50,
  • Paul Antier : représentant de la Haute-Loire à l‘assemblée constituante de 1945, députéministre de l’Agriculture sous Pleven, ministre de la Marine Marchande, il est même candidat contre De Gaulle en 1965.
  • René Arbeltier : député en 46, secrétaire de la fédération socialiste de Seine-et-Marne dans les années 50, a créé une scission du PS en 1958, qui devient le PSU.
  • Jacques Bardous : le grand père de Giscard et anticommuniste fervent, il est tête de liste chez les indépendants dans les années 50
  • Edouard Barthe : membre de la SFIO, il redevient maire d’une ville de l’Hérault en 44. En 46 il est président de la fédération des pharmaciens, et devient sénateur en 48.
  • André Bauguitte : fils de préfet, il redevient maire de la Meuse après la guerre dans une liste du courant poujadiste puis va chez les gaullistes dans les années 60. En 65 il est élu maire de Verdun.
  • François Blancho : SFIO, il réintègre la SFIO en 1950, et en est le leader en Loire-Atlantique (passée hors de Bretagne grâce à Pétain), et redevient maire de Saint-Nazaire puis député dans les années 60.
  • Georges Bonnet : ministre sous la IIIe République, il est devenu Pétainiste et a fui en Suisse après la guerre, pour revenir et être élu député de Dordogne puis maire.
  • Raymond Cadix : redevenu maire et député du Morbihan après la guerre, dans le parti de Raymond Marcellin (ministre de l’Intérieur sous Pompidou).
  • René Coty : il a été élu président de la république en 1954, parce qu’il était de droite.
  • Louis Deschizeaux : redevenu maire de Châteauroux et député socialiste de l’Indre dans les années 60.
  • « Comte » Louis de Diesbach de Belleroche : militaire, redevenu maire d’une ville du Nord après la guerre, décoré de nombreuses médailles etc.
  • Hippolyte Ducos : il a occupé des postes ministériels dans les années 30, notamment sous-secrétaire d’Etat à la guerre en 1939. Après la guerre il s’est rabattu sur son fief (redevenu député radical en 1951, conseiller général, maire de Lilhac de 1947 à 1970)
  • Édouard Frédéric-Dupont : avocat, fils de polytechnicien, il entre en politique dans les années 30 comme conseiller municipal en Lorraine. Très à droite, il participe aux émeutes fascistes de 1934, devient député de la Seine et se rapproche encore des liges d’extrême droite à la veille de la guerre, notamment celle du colonel La Rocque. Il serait devenu résistant après avoir les pleins pouvoirs, bien qu’il ait été décoré de la Francisque lui aussi. Il continue donc sa carrière politique et contribue à la création du Parti républicain de la liberté, à droite, tout en militant pour la « réconciliation nationale » (= impunité des collabos). Il défend la colonisation avec Jacques Foccart, est un fervent partisan de l’OTAN, et de l’anticommunisme dogmatique, puis entre chez l’Union des Indépendants et défend l’Algérie française. Il s’assagit ensuite, passe au RPR tout en se rapprochant du Front National. Il meurt en 1995.
  • Ernest de Framond de La Framondie : après la guerre il devient maire d’une ville de Lozère et le reste jusqu’en 1972. Médecin, il a été président du Conseil de l’Ordre des Médecins de Lozère.
  • Jean Montingy : leader des radicaux socialistes avant guerre il a été délégué à la Société des nations avec Flandin et Bonnet (autres collabors), s’oppose à la déclaration de guerre à l’Allemagne puis vote les pleins pouvoirs à Pétain. Sous Vichy, il dirige la censure. Après la guerre, en 1951, il devient président de l’Union des intellectuels Indépendants, créée pour réduire aux maximum l’impact des tentatives d’épuration et pour taper sur le gaullisme, et qui réclamait carrément l’amnistie des collabos. En 1956 il est retourné en politique, et se présente aux législatives sous la bannière du Rassemblement National (extrême droite) d’un autre collabo, Tixier Vignacourt. Mais il est battu et revient à l’Union des Intellectuels Indépendants, pour lutter contre la décolonisation. Il est passé à travers l’épuration alors qu’il était visé par le Conseil National de la Résistance.

[12] Via un arrêté de Mitterrand alors président de la république, ce Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés a été classé comme mouvement de « résistance », arrêté cassé en 1991 par le Conseil d’Etat.

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[13] De 1972 à 1980, Mitterrand a été rémunéré 17.000 à 72.000 F par an par Alsthom, entreprise publique qui a ensuite racheté à perte une société, Vibrachoc, dirigée jusque-là de façons opaque par Pelat et Robert Mitterrand. La société a été payée 110 millions alors qu’elle n’en valait que 2. Heureusement pour Mitterrand, Pelat est mort d’une crise cardiaque en mars 1989, à l’hôpital américain de Neuilly.

[14] Robert Mitterrand, père de Frédéric Mitterrand, était très proche du patronat français. Il a gravi les échelons en même temps que son frangin grimpait en politique, et en 1968 il a commencé à diriger des entreprises US, devenant directeur général puis PDG de Hydrocarbon Engineering puis DG de Sperry univac, avant de revenir dans le giron français.

[15] Cf. « Des secrets si bien gardés. Les dossiers de la CIA et de la Maison-Blanche : Les dossiers de la CIA et de la Maison-Blanche sur la France et ses Présidents - 1958-1981 » de Vincent Nouzille.

[16] Cf. « Histoire secrète de la Ve République », p. 613. Les auteurs expliquent qu’en 1965 un premier groupement de mouvements « socialistes » a été créé, la Fédération de la gauche démocrate et socialiste, dont le comité exécutif comportait une moitié de francs-macs « œuvrant discrètement pour François Mitterrand ». Ce qui n’a pas plu du tout au leader de la SFIO Guy Mollet, qui a alors claqué la porte du Grand Orient.

[17] Cf. « L’affaire Bettencourt : derniers secrets », de Ian Hamel.

[18] Cf. « Les frères invisibles », de Ghislaine Ottenheimer.

[19] Selon Guillaume Mouralis dans « Le procès Papon, justice et temporalité », « Comme pour les autres procédures pour crimes contre l’humanité, dans l’affaire Papon, l’action publique a été mise en route à la suite d’un dépôt de plaintes et non pas, bien que cela soit possible, sur initiative du parquet », et l’Etat a même mis une certaine mauvaise volonté à poursuivre les nazis et collabos. De fait, il aura fallu 16ans de procédure pour que Papon se trouve enfin devant une cour d’assises.

[20] Il y a toujours un grand débat sur les chiffres, mais il est clair que des dizaines de manifestants ont été noyés dans la Seine. 20 à 30.000 personnes dénonçaient notamment un couvre-feu imposé uniquement aux Maghrébins. 7000 flics étaient présents, plus de 11.000 personnes ont été arrêtées. Les journalistes avaient parlé de 150 cadavres d’Algériens repêchés dans la Seine entre Paris et Rouen, entre le 17 octobre, jour de la manifestation, et le 27 octobre 1961. D’autres ont parlé de 300 morts. Jean-Luc Einauldi, spécialiste du sujet, explique qu’après les violences, certains étant carrément jetés dans la Seine par les flics, « Les hommes sont embarqués dans des bus de la RATP, puis parqués dans différents lieux, notamment au Palais des Sports ».

[21] A ce poste, Couve de Murville a notamment permis de financer l’achat de matières premières destinées à répondre à des commandes allemandes, grâce à des avances financées par les contribuables français, et validé de nombreuses cessions d’actifs industriel aux allemands, avec un financement des contribuables, car présentées comme des obligations, comme l’explique Annie Lacroix-Riz dans ses livres « Aux origines du carcan européen (1900-1960) » (p.99) et « Industriels et banquiers sous l’Occupation ». Avec Yves Bouthillier, autre inspecteur des Finances Collabo et recyclé, il a organisé le transfert de l’or de la Banque nationale de Belgique, planqué dans les colonies, à destination du Reich, en 21 convois ultra sécurisés répartis en un an et demi.

[22] Un chantage serait l’origine de cette relation entre Faucher et Hernu, selon Robert Duguet dans « Dérives populistes dans le mouvement ouvrier hier et aujourd’hui ». « Après une opération de chantage à Charles Hernu –il le menace alors de révéler un passé collaborationniste que beaucoup ignorent – il va se placer dans le sillage de ce dernier. Ils auront des engagements communs dans la Franc-maçonnerie, plus pour se blanchir et pour faire de l’entrisme, que par humanisme ». Suite à cela, la collaboration a été parfaite pendant longtemps, et en 1965 Charles Hernu est le directeur de campagne de Mitterrand, avec Faucher comme numéro 2.

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[23] Créée par le régime de Vichy dès août 1940, ses partisans « ont constitué le noyau irréductible des partisans de l’Etat français jusqu’en 1944. La Légion est de bout en bout associée, non seulement au Maréchal, mais aussi à l’essentiel de ce qui se fait en son nom, même si elle tente de s’en dégager in fine. Elle est l’organisation de masse du régime, la seule », écrivait Jean-Marie Guillon en 2004 dans son article « La Légion française des combattants, ou comment comprendre la France de Vichy ». Jean-Marie Guillon s‘étonne d’ailleurs que l’historiographie ne s’intéresse pas plus à cette « Légion », qui a joué un rôle central dans le régime vichyste. Il cite par exemple Raymond Aron, historien et politique bien connu, pilier de l’Europe, qui selon lui « a inauguré la veine indulgente à l’égard du « premier Vichy. Il ne consacre à la Légion qu’une place réduite, moins de deux pages, dans son ‘Histoire de Vichy’, et s’en tient à une présentation partielle de ses objectifs, sous un angle ‘patriotique et civique’ plutôt positif ». Il ajoute que « L’historiographie a donc, pour des raisons diverses, manqué de curiosité ». Elle est dissoute à la Libération.

[24] Selon Robert Duguet dans « Dérives populistes dans le mouvement ouvrier hier et aujourd’hui », « Au début de la IVe République, il se singularise dans un journalisme politique fondé sur une orientation idéologique : établir des liens entre l’extrême droite ‘sociale’ et les milieux de gauche non-communistes ».

[25] Cf. « Les frères invisibles », de Ghislaine Ottenheimer.

[26] Cf. « Le Pen, une histoire française », de Philippe Cohen et Pierre Péan.

[27] L’acte d’accusation de cette Haute Cour est déjà édifiant : « Sous-Préfet de Vitry-le-François en avril 1938, il était au début de la guerre, Secrétaire général de la Préfecture de la Marne, où il fut maintenu affecté spécial ; il n'en partit que le 15 juin 1940, après l'occupation allemande, et fut alors décoré de la Croix de Guerre. Il y reprit ses fonctions au début de juillet, fut nommé Préfet de la Marne le 17 septembre 1940, et Préfet Régional un an plus tard. Dans ces deux postes, il se révéla un excellent administrateur, habile et ferme, qui négocia avec l'occupant au mieux des intérêts français. Fidèle à ses opinions républicaines, il maintint ou fit rétablir dans leurs fonctions les Assemblées et les élus du département. Il intervint en faveur des Israélites, des francs-maçons, des syndicalistes et des communistes, évita des sanctions à la population et parvint, par des fausses statistiques, à limiter les impositions de l'occupant. Il favorisa les évasions de prisonniers du Camp de Châlons, enfin, il créa toute une organisation agricole qui permit de faire échec à l'arbitraire des réquisitions des occupants, et aux tentatives d'exploitation collective des fermes par les Allemands. Il apparaît donc que, pendant toute cette période de sa vie administrative, rien ne puisse être reproché à Bousquet ».

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[28] C’est Bénouville qui aurait envoyé le dénommé Hardy à la réunion à laquelle ont eu lieu l’arrestation de Jean Moulin et d’autres résistants. Hardy n’y était pas convié, et est soupçonné d’avoir informé la Gestapo de Klaus Barbie, notamment parce qu’il venait tout juste d’être arrêté et remis en liberté. Pour certains, Jean Moulin, qui dénonçait la proximité du réseau de Bénouville avec les Américains, a été victime de La Cagoule. Et il est vrai que Bénouville se rendait régulièrement en Suisse pour voir son ami Allen Dulles pour négocier le rapprochement avec les US dans le dos de Jean Moulin qui cherchait à s’unifier sous les ordre de De Gaulle. Le journal Le Point du 23 mai 2013 s’interroge « Pourquoi Bénouville, qui savait Hardy surveillé, l'a-t-il envoyé dans une réunion aussi importante ? Gelin émet cette hypothèse : "Bénouville considérait Moulin comme un agent crypto-communiste », selon l’auteur d’un livre sur l’affaire. Par ailleurs, l’avocat de Klaus Barbie a menacé de sortir lors de son procès une lettre montrant que Barbie travaillait pour l’OSS depuis 1943. Et il est vrai qu’à la fin de la guerre, de nombreux résistants communistes ont été liquidés. Selon les avocats de Barbie, c’est en échange de la neutralisation de résistants communistes que les US lui auraient livré Jean Moulin. Annie Lacroix-Riz explique dans « La Non épuration en France » que dès 1946, les leaders gaullistes savaient quel rôle avait joué Hardy et ses contacts avec la gestapo lyonnaise, mais ont étouffé cette version des faits. Ils étaient aussi au courant des négociations entre Barbie d’un côté et Bénouville et Frenay de l’autre avant l’arrestation de Moulin et Delestraint. Jugé deux fois pour cette affaire, Hardy a été acquitté deux fois.

[29] Le quotidien citait notamment une lettre envoyée par Junot au préfet le 22 septembre 1942, deux jours après le départ du convoi, dans laquelle il écrivait: « La journée du 20 septembre 1942 s'est déroulée dans l'ensemble de mon arrondissement dans le plus grand calme. (...) L'embarquement des internés du camp des israélites de Pithiviers (...) s'effectuant entre 16 et 19 heures à la gare de Pithiviers, située à l'extrémité de l'avenue de la République, sur laquelle les communistes avaient invité (parfois par lettres personnelles) les habitants de Pithiviers à manifester à 18 h 30, je nourrissais certaines craintes quant à la possibilité d'incidents pouvant avoir des répercussions sur le bon ordre de ce départ. Il n'en a rien été... ». De nombreux résistants sont venus dire que Bousquet était un résistant.

[30] Cf. « Industriels et banquiers sous l'occupation - La collaboration économique avec le Reich et Vichy », d’Annie Lacroix-Riz, p. 17.

[31] Cf. « La non épuration en France de 1943 aux années 50 », p. 160.

[32] Sur 900.000 membres en 1944, la Waffen SS comptait une moitié d’étrangers.

[33] Cf. « Histoire secrète du patronat de 1945 à nos jours ».

[34] Cf. « Histoire secrète du patronat de 1945 à nos jours », p. 80.

[35] Auriol a été élu premier président de la IVe République en janvier 1947.

[36] Lambert était membre du Parti Communiste Internationaliste (PCI), recréé en 1944 et issu du trotskisme et a connu de nombreuses scissions dans ses premières années. Dès la fin de la guerre, le PCI commence le noyautage d’autres structures comme les Jeunesses Socialistes. En 1954, Lambert, Pierre Boussel de son vrai nom, créé avec le Socialist Workers Party (noyauté aussi) un parti communiste dissident, puis il rejoint la CGT-FO en 1961. Le PCI est dissous en 1968, puis relancé dans les années 70.

[37] Mais c’est dès 1944que l’AFL a établi une stratégie pour le contrôle sur le syndicalisme d’Europe de l’ouest, comme le rappelle Annie Lacroix-Riz dans l’article « Atour d’Irving Brown : le Free Trade Union Committee, le Département d’Etat et la Scission syndicale française ». Cette stratégie était financée par le Département d’Etat US.

[38] A l’époque, les syndicats mondiaux étaient généralement dans l’orbite de la Fédération Syndicale Mondiale liée à l’URSS et au Parti Communiste. La mise en place de ces syndicats américains permettait de contrer cette influence soviétique. En 1992 il créé le parti des Travailleurs, avec une bonne partie de membres issus de son courant.

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[39] Cf. Frédéric Charpier, « La CIA en France, 60 ans d’ingérence dans les affaires françaises », Seuil, 2008. Irving Brown a rencontré William Donovan, patron de l’OSS (et futur patron de la Fondation Ford) en 1943. Mais Brown n’était pas le seul leader syndical US à travailler pour l’armée pendant la guerre et même après.

[40] Belin, responsable de la CGT avant la guerre, était très proche de Jacques Barnaud. De 1940 à 1942, il était ministre du Travail de Pétain, cumulant avec le ministère de la production industrielle. Il a largement contribué à la rédaction de la Charte du travail et a dissous les organisations ouvrières en novembre 1940. Il a aussi signé la loi sur le statut des Juifs. A la Libération, le Conseil National de la Résistance voulait le juger mais il s’est enfui et planqué en Suisse. En 1949 il est mis hors de cause pour sa collaboration, tente de lancer un syndicat anticommuniste, la Confédération générale des Syndicats Indépendants, puis œuvre à la scission de la CGT en soutenant FO.

[41] Robert Schuman, qui était en Alsace l’homme de la famille Wendel (sidérurgie) a été sous-secrétaire d’Etat aux réfugiés sous Vichy, et il devait être arrêté pour être jugé en 1944 mais le ministère de l’Intérieur s’y est opposé car il a fait de la prison en Allemagne. Grâce à ses protections, il a pu se présenter aux premières élections de l’après-guerre.

[42] Des décrets lois pour réprimer le mouvement et empêcher les grèves sont passés, comme le licenciement après un certain nombre de jours d’absence « non justifiés ». La justice emprisonne et condamne à tour de bras, les syndiqués sont harcelés dans les entreprises et par la justice... D’ailleurs, le mouvement se termine en 1949 parce que la plupart des meneurs ont été virés par les Houllières. Ces décrets seront la cause de la grève de l’automne 1948, comme le rappelle l’article « La grève des mineurs de l’automne 1948 en France » : « La grève trouve son origine dans les trois décrets-lois pris par le ministre Robert Lacoste en septembre afin de résorber l’absentéisme, et qui remettent en cause les garanties prévues par le statut des mineurs. De nouvelles mesures peuvent contraindre les mineurs silicosés à travailler, tandis que les indemnités de maladie sont diminuées, les retraites menacées, et que les délégués mineurs voient leur possibilité d’action fondre ».

[43] Lovestone était très intéressant : il a été très tôt nommé à la direction du Parti Communiste Américain dans les années 20, avant de créer un parti dissident tendance trotskiste, puis de devenir anti-communiste, et de se lancer dans le syndicalisme à l’AFL, l’American Federation of Labour. Après la guerre, ce spécialiste des coups tordus entre en parallèle au service de la CIA dont il devient un personnage important, et recrute Irving Brown. L’AFL et la CIA auraient collaboré de 1948 à 1968. A la fin des années 50, Lovestone travaille avec James Angleton, le chef du contre-espionnage US, et transforme les syndicats sur lesquels il a la main à travers le monde en agences de renseignements.

[44] Le FTUC a été créé en 1944 par l’American Federation of Labour (AFL), pour disposer d’une structure internationale apte à mettre en place une organisation syndicale internationale non communiste et placée sous leadership US. Frédéric Charpier dans « La CIA en France » explique que lors de sa création, « Le FTUC disposera d’un budget distinct de celui de l’AFL, et ses comptes ne mentionneront aucune de ses opérations financières ». Quant à son budget, il venait en partie du gouvernement américain, en partie de donateurs privés. Le premier secrétaire du FTUC était évidemment Jay Lovestone. En fait, il est financé par l’OPC.

[45] André Lafond a commencé au parti communiste avant de glisser à la SFIO tendance trotskiste. En 1936 il quitte la SFIO et rejoint le Parti Communiste International (non stalinien). Il a ensuite rejoint Force Ouvrière où il faisait partie des dirigeants actifs à l’international.

[47] Le patron de l’OPC Frank Wisner était en réalité le seul « donateur individuel » du FTUC, versant 203.000$ en 1949 (cf. « Histoire secrète du patronat », p. 69).

[48] L’anecdote est rapportée par Frédéric Charpier dans « La CIA en France ».

[49] Ce qui fut manifestement fait très vite : en 1952, la puissance du PCF avait été réduite de moitié dans la presse. Car, « A la Libération, 45% des journaux et imprimeries – confisqués par les socialistes, les démocrates-chrétiens du MRP et les communistes, étaient tombés aux mains du PCF » (cf. « Histoire secrète du patronat »).

2019-11-04 00_27_14-Une exposition temporaire dédiée à Jean Baylot au Musée de la GLNF - YouTube - O

[50] Cf. « Noir Chirac », Baylot et Trestournel, membre de la GLNF, « En 1980, tous deux poussent à la tête de la GLNF Jean Mons, ancien directeur de cabinet des présidents du Conseil Léon Blum et Paul Ramadier - celui qui a négocié l’implantation du stay behind en France ». Baylot collectionnait les objets francs-maçons et une exposition a même été organisée en 2017 au musée de la GLNF. Sur une vidéo de l’exposition publiée sur la chaîne Youtube de la GLNF, Baylot y est présenté comme « l'une des personnalités majeures de la Franc-Maçonnerie du XX° siècle ». Son parcours chez les frangins est également présenté en détail : « Initié en 1921 au Grand Orient de France, il y fonda, en particulier, la Loge « Europe Unie » en 1953, qui décida de travailler au Rite Écossais Rectifié [Celui des US et des anglais].

Membre du Conseil de l'Ordre du Grand Orient, il quitta celui-ci en 1959, suivi par la Loge « Europe Unie » à la majorité de ses membres et rejoignit la G.L.N.F. Grand Maître Provincial d'Aquitaine, il fut le fondateur et le premier Vénérable Maître de la prestigieuse Loge nationale de recherche « Villard de Honnecourt » n°81.

Dans les Ordres maçonniques, il fut également Grand Prieur du Grand Prieuré des Gaules (R.E.R.), 33° degré du R.E.A.A. et membre actif du Suprême Conseil. Il fut enfin un écrivain maçonnique de haute lignée, dont il faut citer naturellement « la Voie substituée » (1968) magistrale démonstration de la déviation politique de la Franc-Maçonnerie française, mais aussi « Histoire de la G.L.N.F. » (1963) ou « La Franc-Maçonnerie traditionnelle dans notre temps » (1972).

Depuis 1976, une Loge de la G.L.N.F. porte son nom. Elle a été réveillée récemment. »

[51] Par exemple le Bulletin d‘études et d’informations politiques et internationales, édité depuis 1949, et qu’il a dirigé.

[52] Albertini a été « condamné le 21 décembre 1944 pour « intelligence avec l’ennemi », à 5 ans de travaux forcés, à l’indignité nationale et à la confiscation de ses biens », rappellent Colombat et Servenay.  Cela, pour avoir été durant deux ans, de 1942 à 1944, secrétaire général du Rassemblement National Populaire et chef de cabinet de Marcel Déat, alors ministre du Travail du Vichy. En 1948 il obtient une grâce du président Vincent Auriol.

[53] Autre exemple de la prose de l’éminent Albertini : (cité par Colombat, Servenay et leurs co-auteurs de « Histoire secrète du patronat »)  En 1942 alors qu’il est secrétaire général du RNP de Déat, il écrit dans la feuille de chou du aprti, le National Populaire, que « Il ne convient pas seulement de souhaiter la victoire de l’Allemagne. C’est la terreur qu’il faut mettre à l’ordre du jour. Cela veut dire qu’il faut une loi, des suspects, des exécutions capitales. Le sang doit couler en France ». Et il coula. Et Albertini fit une bvrillante carrière au cœur de pouvoir politique.

[54] Selon « Cet étrange Monsieur Blondel » de Christophe Bourseiller.

[55] Cf. « L’Orchestre Noir » de Frédéric Laurent, p. 44.

 

Parties précédentes:

 

Magouilles et corruption des élites - Partie 3 : recyclage des collabos dans la banque et l'industrie - donde vamos

Dans les précédentes parties, nous avons vu que les milieux financiers avaient financé l'Allemagne Nazie, qu'après la guerre les mêmes Nazis ont été choyés par les Américains, et que lorsqu'ils ont mis en place les services secrets en Europe, les US en ont profité pour y recycler plein de nazis et collabos.

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Magouilles et corruption des élites - Partie 2: Le sabotage de la dénazification - donde vamos

Les citoyens relèvent la tête, il est temps de contribuer à diffuser des outils de lecture du monde actuel. Car, si nos dirigeants nous enfoncent dans la mondialisation et l'ultra libéralisme économique et financier, ce n'est pas par pragmatisme (on l'a bien compris au vu des résultats économiques et sociaux désastreux de ces politiques), mais par idéologie.

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Magouilles et corruption des élites - Partie 1 : La 2e Guerre Mondiale, œuvre du fascisme financier - donde vamos

Les citoyens relèvent la tête, il est temps de contribuer à diffuser des outils de lecture du monde actuel. Car, si nos dirigeants nous enfoncent dans la mondialisation et l'ultra libéralisme économique et financier, ce n'est pas par pragmatisme (on l'a bien compris au vu des résultats économiques et sociaux désastreux de ces politiques), mais par idéologie.

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29 octobre 2019

Réseaux pédocriminels: un ex policier anglais raconte comment les affaires sont étouffées

2019-10-29 20_36_41-Pédophilie organisée _ un inspecteur lanceur d'alerte témoigne - YouTube - Opera

Voici un témoignage important, celui d'un ancien policier anglais qui explique avoir été mis sur la touche suite à des enquêtes réussies sur des dizaines de pédophiles, et surtout sur un réseau. John Wedger a été viré de la police après avoir enquêté un peu trop loin sur les maltraitances et l'exploitation sexuelle des mineurs. 

 

Pédocriminalité organisée : un inspecteur lanceur d'alerte témoigne

Il parle d'enfants de 9 à 14 ans, prostitués, devenus accros, par le fait d'un réseau pédocriminel organisé autour d'une prostituée connue qui avait des relations (magistrats, flics, politiques...). 

A force, sa hiérarchie l'a menacé de prison, de poursuites infinies, de mesures de rétorsion diverses et variées. Il raconte que la protection des mineurs est le parents pauvre de la police (comme chez nous), sans moyens, sans soutien. 

Il explique comment les enfants sont amenés dans la prostitution, facilement puisque ce sont des enfants, souvent placés aux bons soins des sévices sociaux qui se fichent totalement de ce qu'il va leur arriver (certains enfants sont affichés comme recherchés dans les bureaux de police, précise John Wedger). 

On comprend que Wedger dénonce un système, qui combine maltraitances, services sociaux, justice, voire psychiatrie, et qui met hors jeu les victimes. Celles-ci ont alors de gros risques de subir divers nouveaux abus: prostitution, maltraitances psychiatriques, institutionnelles, familiales... 

Par ailleurs, ces réseaux rapportent beaucoup, et les pédocriminels sont nombreux. Une partie d'entre eux est au sommet de la hiérarchie sociale, à des postes de décision et d'influence qui leur permettent d'étouffer tous les dossiers dérangeants, en gardant sous le coude ceux qui pourraient permettre de faire pression. Ce n'est pas rien qu'on retrouve les services secrets dans les réseaux pédocriminels d'élite, et cela aussi bien en Angleterre, qu'en Belgique, aux Pays-Bas, en Afrique du Sud, en France (je ne peux pas mettre les liens mes articles ont été supprimés durant la campagne électorale de 2017 sans que je sache comment ni par qui), en Espagne et ailleurs.

Cela explique probablement, au moins en partie, pourquoi il est impossible de fixer un âge en-dessous duquel un adulte a l'interdiction d'avoir une "relation sexuelle" avec un mineur (la jurisprudence fixe actuellement cet âge à 5 ans).

 

Quelques affaires illustrant ce dont parle John Wedger

Cela rappelle diverses affaires qui ont été mises à jour avant d'être étouffées, impliquant des réseaux, dans lesquelles on retrouve presque systématiquement des VIP. Il en évoque d'ailleurs certaines, comme celle de Jersey, ou Ted Heath.

Ces réseaux ont des connexions internationales: avec les Pays-Bas tout d'abord, avec les Pays de l'Est, avec l'Asie du Sud Est, avec la France aussi d'ailleurs, comme l'a montré l'affaire Epstein qui s'est fait livrer deux mineures de 12 ans à londres depuis la france, fournies semble-t-il par son ami Brunel.

Le lien que fait Wedger avec l'affaire Dutroux est aussi très pertinent. Le dossier montre que tout a été fait pour minimiser les faits, assassiner certains témoins, en décrédibiliser d'autres, et faire taire tous ceux qui dénonçaient l'existence d'un réseau pédocriminel et de corruption organisé.

 

08 octobre 2019

Affaire Marie, 7 ans, confiée à son père qu'elle a accusé à plusieurs reprises de violences sexuelles: bientôt une mobilisation

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Il y a un an, nous parlions de l'affaire de la petite "Marie", qui a donc 7 ans aujourd'hui et vit toujours chez un père qui, selon les propos et les dessins de l'enfant, exerce des violences sexuelles sur la fillette.

La justice semble s'acharner: depuis un an, la procédure pour les viols stagne, mère et fille ne peuvent se voir que deux heures tous les 15 jours quand elles ont de la chance, et les magistrats aussi bien que les services sociaux semblent prendre la mère pour une mère quasi maltraitante.

 

Pour situer rapidement les faits, qui ont été détaillés dans un article de novembre 2018, "Marie" est née en 2012. Comme souvent, dès la naissance de l'enfant, le comportement du géniteur a changé: il est devenu agressif, expansif, et la séparation intervient quelques années plus tard. Il a la garde de l'enfant depuis 2 ans et demi environ alors que l'enfant a dénoncé des abus sexuels graves: des viols et agressions sexuelles répétés commis par le père, et de "gens tout nus".

 

 ==> Une pétition est en ligne .

Seules face au rouleau compresseur

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Suite à la séparation, le géniteur est parti 15 jours avec l'enfant, âgée de 3 ans environ. Elle est revenue totalement perturbée, si bien que sa mère l'emmène chez un médecin, qui rédige un certificat médical mentionnant des inflammations au niveau de la vulve.

Dans cette affaire, la procédure a immédiatement et totalement basculé en faveur du géniteur. Il a demandé à avoir la résidence habituelle de la petite, mais il a quand-même dû attendre quelques mois, le temps qu'une Assistance Éducative en Milieu Ouvert soit ordonnée par la Juge des enfants. Au final, il a été conclu que puisque la maman avait un "comportement" qui n'allait pas et que les services sociaux avaient fait des "constatations positives" au sujet du père, envers lequel la petite aurait eu une "attitude rassurante", alors il était possible que "la dénonciation de faits d’agression sexuelle soit une manipulation" de la maman pour "obtenir la résidence de l’enfant".

Entre temps, le "père" a disparu durant trois mois avec Marie, sans donner de nouvelles à la maman. Quand elle est revenue de cet enlèvement parental (jamais condamné), l'enfant tenait des propos inquiétants: elle parlait de coups, de "bobo aux fesses", de "papa [qui] met le doigt dans les fesses" etc. La maman a déposé plainte, la plainte a été classée sans suite début 2017. Les faits auraient été "insuffisamment caractérisés".

Pourtant, durant l' "enquête", bien que l'examen gynécologique "intrusif" ait été impossible du fait des réactions de la petite, l'examen visuel a fait apparaître des signes "compatibles avec des faits de pénétration digitale".

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Les paroles de Marie n'ont pas été prises en compte car l'affaire a été résumée à un "conflit parental", ce Joker qui permet d'enterrer les pires affaires de violences commises par les pervers / tyrans domestiques. Les propos du géniteur, en revanche, sont toujours pris pour parole d'évangile par les juges, qui reprennent largement ses arguments dans les différents jugements. Juste après le classement sans suite de la plainte, le père a obtenu la garde de Marie. Nous étions alors début 2017. La mère et sa fille ne pouvaient plus se voir qu'un week-end sur deux et la moitié des vacances, droit qui a été restreint depuis.

L'erreur de cette maman à ce moment, et que beaucoup commettent hélas, est de ne pas rendre l'enfant à celui qui en a la garde. C'est un geste qu'on ne peut que comprendre. Comment réagir quand une enfant de 4 ans parle de violences sexuelles commises par son père et peut-être d'autres adultes? Comment faire quand la plainte est classée et que la justice oblige à rendre l'enfant à celui qu'il dénonce?

 

Quand l'agresseur désigné par l'enfant obtient la garde exclusive

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Loin de ces considérations, ou d'envisager un quelconque "état de nécessité", la justice a immédiatement retiré tout droit d'hébergement à la maman, et a restreint les rencontres à deux heures de visites médiatisées tous les 15 jours, c'est-à-dire en présence d'éducateurs, assez hostiles en l'occurrence. Ceci, au motif qu'elle avait une "attitude disqualifiante" envers le pervers et même -horreur suprême - un "discours dénigrant". Cerise sur le gâteau: cette mère présenterait une "fragilité psychologique" (on le serait à moins).

Pour avoir lu cela dans de nombreux jugements qui se sont avérés catastrophiques pour les mères et les victimes, je confirme que ce n'est pas une blague phallocrate sortie du Moyen-Age, mais un couperet qui tombe sur la tête de ces femmes et leurs enfants.

Fin 2017, la maman s'est constituée partie civile. L'enfant a été confiée temporairement à l'aide sociale à l'enfance, mais très vite on la renvoie chez celui dont elle a jusque là toujours dénoncé les violences.

C'est à cette période qu'une spécialiste qui a vu Marie plusieurs fois et a pu recueillir ses paroles, a tenté d'alerter la justice et la protection de l'enfance sur la situation dans laquelle se trouvait l'enfant. Cette personne a effectué deux signalements, dont personne n'a tenu compte

En 2018, les visites sont maintenues sans les éducateurs mais le lieu d'accueil est débordé et les rencontres sont très difficiles à réaliser. Marie se renferme et semble aller de plus en plus mal.

Le père a aussi réclamé l'autorité parentale exclusive mais ne l'a pas encore obtenue. Nous craignons que cela ne tarde plus puisque les éducateurs persistent à dire que la fillette va très bien chez son père.

La maman a alors contacté une association qui s'occupe de victimes de violences sexuelle. Celle-ci a estimé que la petite "doit être mise à l'abri de pratiques sexuelles" qu'elle subit, décèle un "psychotraumatisme" et alerte sur le fait que "l'enfant est en danger, et en état de terreur quasi permanent". 

La maman a alors contacté une association qui s'occupe de victimes de violences sexuelle. Celle-ci a estimé que la petite "doit être mise à l'abri de pratiques sexuelles" qu'elle subit, décèle un "psychotraumatisme" et alerte sur le fait que "l'enfant est en danger, et en état de terreur quasi permanent".

 

Nouvelle série d'audiences en octobre 2019

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Au détour d'une audience à la mi 2018, la maman de Marie apprend de la bouche d'une magistrate qu'on lui "retiré" sa constitution de partie civile. Du jamais vu, même dans les procédures les plus surréalistes. Cette plainte avec constitution de partie civile est finalement "reprise", pourrait-on dire, mais le géniteur n'a que le statut de témoin assisté. Selon un magistrat il n'y aurait en effet "rien contre lui".

Durant tout ce temps Marie continue à se renfermer, son père lui interdit de dessiner, probablement au cas où les dessins débordent du silence qui est imposé à cette fillette.

Une procédure en cassation initiée par la maman dans le cadre de la garde accordée au père, et la procédure liée à sa plainte en partie civile semble toujours en cours. Mais l'agitation ne semble pas à son comble, loin de là, dans ce dossier où beaucoup d'acteurs ont montré un parti pris préoccupant.

Une nouvelle audience devant le juge aux affaires familiales aura lieu prochainement, parce que l'ancienne décision arrivait à échéance. Le père réclame toujours la garde exclusive de la fillette.

A l'heure actuelle, chaque citoyen qui prend connaissance de ce dossier peut légitimement avoir des craintes quant à la suite des événements. En effet, la petite Marie semble convaincue que jamais elle ne retournera chez sa mère. Pourtant, la justice n'a entamé aucune procédure contre sa maman. Ni pour maltraitances, ni pour manque de soins, ni pour rien du tout.

2019-10-08 23_34_27-Plaintes pour viols _ pourquoi tant de classements sans suite - Le Parisien - Op

 

On ne peut qu'espérer une réaction des magistrats, qui rendent encore la "justice" au nom du peuple français (et certains essaient probablement). On doit espérer qu'ils prendront enfin le temps de regarder de plus près les éléments du dossier, les certificats médicaux, les auditions de l'enfant, de proches à qui elle a parlé, de médecins, qui tous alertent sur l'urgence de la situation, et cela depuis quatre ans.

On est aussi amené à s'interroger sur le parcours de l'individu - possible pédocriminel, puisqu'un juge est censé s'occuper du dossier qui n'est pas classé à notre connaissance- et sur d'éventuelles protections.

Les détails de l'affaire ne sont pas exposés ici, ni les faits les plus graves. Mais, cette histoire est sordide. Elle est l'une de ces milliers d'affaires de viols sur mineur classées sans suite chaque année. 76% aux dernières nouvelles [1].

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Nous appellerons bientôt à la mobilisation sur cette affaire.

 


[1] Chiffres des classements sans suite 2018 des plaintes pour viol, contre les adultes et les enfants confondus. Car depuis 2 ans il est impossible de trouver des chiffres sur la ventilation des plaintes et des procédures entre les majeurs et les mineurs. D'après les derniers éléments, datant de 2016, la proportion et le nombre de classements sans suite sont plus importants chez les mineurs, qui ont également moins de chances de voir leur agresseur condamné.

 

22 septembre 2019

Outreau, angles morts. Ce que les Français n'ont pas pu savoir : un livre pédagogique sur l'affaire d'Outreau

Outreau Angles morts

Le livre "Outreau, angles morts. Ce que les français n'ont pas pu savoir", a été publié cet été par Jacques Delivré et Jacques Cuvillier, deux fins connaisseurs des méandres judiciaires et médiatiques de l'affaire d'Outreau. Cet ouvrage factuel a un but pédagogique, et permet au lecteur initié à l'affaire par le seul biais des médias de remettre les choses à leur juste place. Il déconstruit l'histoire qui nous a été narrée par les avocats de la défense, répercutée inlassablement depuis des années sur les ondes et dans la presse.

 

Il y a quelques jours, Myriam Badaoui, condamnée à 15 ans de prison dans l'affaire d'Outreau, y est retournée quelques mois après avoir agressé deux jeunes femmes handicapées pour leur voler des chèques. On attend aussi depuis trois ans le procès de Frank Lavier pour les viols de de l'une de ses filles mineures [1]. Cette affaire d'Outreau, que nombre d'avocats osent encore invoquer dans les prétoires pour signifier aux juges qu'il ne faut pas écouter les enfants, ne finira jamais. 

 

Un scénario conçu par les avocats de la défense

Ceux qui connaissent le dossier savent qu'il n'est pas "vide" comme beaucoup l'ont affirmé suite à on ne sait quelle construction mentale. Rapidement, ce dossier est celui d'un réseau pédophile décrit par des enfants et certains adultes, qui s'est terminé par 4 condamnations (principalement Myriam Badaoui et son mari Thierry Delay, qui ont pris 15 et 20 ans, et un autre couple) et la reconnaissance de 12 enfants comme victimes [2], pour certains de proxénétisme. Au final, dans cette affaire, il manque les clients. 

2019-08-30 17_47_40-L’accusatrice mythomane du dossier Outreau, Myriam Badaoui, repart en prison - O

Le livre "Outreau, angles morts" est salvateur, et contribue honnêtement -c'est rare dans cette affaire- à l'information du public. Il raconte, avec une précision presque mécanique, le déroulé de l'histoire d'Outreau racontée par les médias, et remet chaque mensonge en relation avec la réalité du dossier et des faits. Autant dire que le lecteur non averti sera surpris, et terminera la lecture en ayant la furieuse impression d'avoir été manipulé. 

C'est pour permettre aux gens de sortir de cette manipulation, particulièrement dangereuse pour les droits des enfants victimes de violences sexuelles (moins 40% de condamnations piour viol depuis la procès en appel de l''affaire d'Outreau en 2006), que ce livre a été acrit, et doit être diffusé.

L'un des auteurs, Jacques Cuvillier, explique dans une interview que "Depuis les années du scandale, Outreau est devenu un nom commun. Son spectre souvent brandi dans les audiences comme un talisman est à même de conserver toute son influence tant que ne sera pas découvert toute l’ambiguïté sur laquelle il repose. Si l’influence des médias sur le fonctionnement de la justice peut être vue sous plusieurs angles et à partir d’exemples multiples, une étude étendue et rigoureuse de leur rôle, précisément dans l’affaire d’Outreau, est riche d’enseignements dans le sens où elle permet une vue panoramique de ses différents modes d’intervention et de ses effets".

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Les auteurs se sont rencontrés au procès de Daniel Legrand à Rennes, où un certain nombre de citoyens s'étaient déplacés durant trois semaines pour soutenir les frères Delay, parties civiles face à ce qui s'annonçait comme une nouvelle séance de broyage, ou simplement pour tenter de comprendre cette affaire. Jacques Cuvillier explique qu'ils ont été "sidérés de la différence de perception que nous pouvions avoir entre ce qui apparaissait lors de l’audience et ce qui en était dit sur les ondes et dans la presse qui ne semblait pas parler de la même affaire". 

Ce fut le cas de tous ceux qui étaient présents, même le public "habituel" des procès. Etant moi-même encore journaliste à cette époque et ayant couvert un certain nombre de procès, j'avoue avoir été totalement perplexe en observant la manière de "travailler" des journalistes, qui ne prenaient pour ainsi dire aucune note et se contentaient de la feuille d'éléments de langage que les avocats de la défense leur donnaient le matin en arrivant.

Tous étaient "drivés", il faut le dire, par Dufland, pardon Durand Soufflant, chroniqueur judiciaire du Figaro et président de l'association des chroniqueurs judiciaires, et sa comparse Florence Aubenas, fort occupée à dénoncer les "complotistes" qu'elle voyait rôder partout dans la salle et autour du tribunal. 

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Ce livre parle de désinformation à grande échelle et en décompose le mécanisme dans le cas de l'affaire de dizaines d'enfants ayant dénoncé des violences sexuelles commises par des dizaines d'adultes, et qui s'est conclue par 4 condamnations et 12 enfants victimes. Cela, à la suite d'un travail acharné de réécriture des faits par les avocats de la défense, dont la parole a été reproduite sans aucun recul par la totalité des médias ayant relaté l'affaire. 

Les faits sont tenaces, le dossier est lourd, et les incohérences du récit que l'on a imposé à la population sont nombreuses. Une bonne partie sont reprises dans cet ouvrage. 

Ce livre recadre la propagande qui a diffusé une version minimaliste de l'affaire d'Outreau. Les "oublis" des propagandistes, les distorisons de la réalité, les constructions mentales et les mensonges qu'ils ont véhiculés sont exposés et remis à leur juste place dans la vraie histoire. "Arrivé à ce point de récurrences, il ne s'agit plus d'erreurs ou de maladresses. Plutôt d'une entreprise délibérée de fabrication de mensonges. L'affaire, telle qu'elle apparaît à la lumière de l'instruction, fut démontée pièce par pièce. Sont ôtées ou sont soigneusement maquillées toutes les pièces gênantes. le tout est remonté, au nez et à la barbe du public", écrivent les auteurs.

L'objectif? Amener les médias et l'opinion publique à adhérer à la théorie (à ce moment ce n'est qu'une théorie et pas une vérité judiciaire) de l'innocence des accusés. 

 

Un livre qui contribue à déterrer la vérité

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Pourquoi les citoyens n'ont -ils eu droit qu'à une seule version de l'affaire, celle des accusés, futurs acquittés, et de leurs avocats? Parce que l'institution judiciaire a refusé de s'exprimer, ne serait-ce que pour recadrer les délires de plus en plus surréalistes qui se propageaient alors, et parce que les deux avocats qui représentaient l'ensemble des enfants ne se sont pas exprimés non plus pour défendre leurs clients. Payés par le Conseil général, ils avaient probablement mieux à faire. 

Quant aux parents de ces enfants, eh bien ils étaient généralement sur le banc des accusés, ou témoins, ou avaient été entendus dans l'affaire.

Voilà pourquoi seule la version des accusés a été diffusée, rediffusée et même surdiffusée à chaque étape de cette affaire, et encore récemment quand Dominique Wiel s'est exprimé dans la presse locale du Nord en décembre 2018. Toujours pour dire que les enfants, reconnus victimes, ont menti.

Pour ces raisons, les articles et reportages consacrés à l'affaire ont contribué à minimiser l'ampleur et la gravité des faits, quitte à travestir sérieusement les faits pour qu'ils deviennent fiction, à attaquer les experts et les victimes, à mentir de la manière la plus bête, à laisser de côté les faits incriminants ou menant vers l'existence d'un réseau organisé, pourtant loin d'être rares dans le dossier. Les auteurs parlent de multiples "exercices de réécriture" par différents journalistes, parmi lesquels Aubenas n'a pas été la dernière.

2019-09-22 12_28_18-Outreau, le séisme qui aurait dû bouleverser la justice - Opera

Derrière ces manoeuvres, l'objectif était de faire en sorte que le public s'identifie aux accusés, futurs acquittés. Il fallait qu'il y ait des "gentils" (les accusés) et des "méchants" (les "enfants menteurs" bien-sûr, et aussi tous ceux qui les avaient considérés crédibles: experts, assistantes maternelles, assistantes sociales...).

Le travail des deux auteurs d'"Outreau Angles morts", qui est aussi une analyse rhétorique du récit d'Outreau, reprend toute l'affaire depuis les premiers articles dans la presse en 2001, jusqu'à la commission d'enquête parlementaire et au procès de Daniel Legrand à Rennes, qui fut aussi édifiant voir kafkaïen que les procès précédents [3].

Les gens ont eu droit à des centaines d'articles, de reportages, à des "documentaires", des livres, et même à un film, diffusé ensuite sur la télé publique, pour entendre geindre Marécaux une fois de plus sur son triste sort. Tout cela relève de la fiction, comme le montre brillamment "Outreau, angles morts. Ce que les Français n'ont pas pu savoir". Une fiction qui est le fruit d'intérêts convergents pour enterrer l'affaire et, oserais-je dire, les enfants avec.

"Il ressort de nos travaux, une mise en évidence des connexions qui se tissent entre les parties au procès, les médias, le monde politique, le public lui-même en proie à ses angoisses et à ses représentations. Dans ce contexte chaque catégorie cherche à satisfaire ses attentes et la réalité des faits peine à prévaloir. Ce qui en résulte aboutit à une histoire consensuelle qui s’écarte considérablement de cette réalité.(...) notre approche montre clairement la multiplicité des responsabilités, contrairement aux explications beaucoup plus sommaires qui ont été parfois lues et entendues.", explique Jacques Cuvillier.

 

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L'affaire d'Outreau restera une tâche dans l'histoire médiatique, politique, judiciaire et même sociale. Trop de manipulations et de mensonges ont été répétés, tels un rouleau compresseur destiné à empêcher le public de penser. Depuis quelques années, à commencer par la psychologue experte qui avait reçu la plupart des enfants d'Outreau dans le cadre de l'instruction, Marie-Christine Gryson, un travail sérieux est mené pour analyser cette mystification d'Outreau et fournir au public les éléments de compréhension indispensables.

On peut douter que cette affaire soit un jour enterrée comme certains le voudraient. Après l'acquittement de Daniel Legrand, l'un de ses nombreux avocats (ils étaient cinq) avait lancé aux citoyens présents que "maintenant, l'affaire d'Outreau c'est fini". Eh bien non. Car depuis, la parole des enfants victimes est piétinée: moins de 400 condamnations par an pour viol sur mineur, un chiffre qui ne fait que baisser alors que le nombre de plaintes augmente d'année en année. Cette catastrophe qui permet à des psys de déclarer que les enfants mentent et de les envoyer vivre chez les agresseurs qu'ils dénoncent, qui permet de classer sans suite 76% des plaintes pour viol, c'est la conséquence de la mystification d'Outreau. 

 

Pour commander le livre "Outreau, angles morts. Ce que les Français n'ont pas pu savoir", c'est par ici.

Pour s'informer sur l'affaire d'Outreau, quelques références par ici.

 


 

[1] Il est mis en examen depuis juin 2016 pour avoir violé et agressé sexuellement l'une de ses filles encore mineure, qui ne faisait pas partie des victimes reconnues lors des procès précédents.

[2] 12 enfants ont été reconnus victimes à l'issue du procès en appel, mais des dizaines d'enfants ont été cités comme victimes dans le dossier. 

[3] Une anecdote qu'il faut raconter et qui récume assez bien l'ambiance surréaliste du procès c'est quand, le vendredi 29 mai, à la fin des trois semaines de procès, Daniel legrand est enfin entendu. On lui lit une audition lors d'une confrontation avec Myriam Badaoui, au cours de laquelle il a cité comme coupables des personnes que Badaoui n'avait pas citées, donnant même leurs noms et prénoms alors qu'il n'arrêtait pas de dire qu'il n'avait jamais mis les pieds à Outreau et ne connaissait personne. Il avait aussi décrit le meurtre d'une fillette dans le détail, un récit qui correspondait fortement à celui de Myriam Badaoui. Tout le monde se demandait en effet comment il avait pu, sans se tromper, donner les noms et reconnaitre des gens qu'il était censé n'avoir jamais vus, et décrire un meurtre auquel il dit qu'il n'était pas présent. C'est alors que Legrand a répondu: "Je suis rentré dans la tête de Myriam Badaoui". Eh bien personne n'a été lui demander d'où lui venaient ses dons d'extralucide, et on est passé à une autre question.

14 septembre 2019

Maroc: un foyer pour mineurs vulnérables fournissait de petits VIP espagnols

2019-09-13 21_03_06-La directora de la ONG acusada de pederastia deja Tánger antes de que le retiren

Dans la presse marocaine et espagnole, une affaire fait pas mal parler: un VIP aurait profité d'une association de mineurs vulnérables marocains pour en détourner certains vers des actes pédocriminels. Le dénommé Félix Pedro Ramos leur promettait un job et des papiers en Espagne. A priori, nous n'en sommes qu'au début de l'affaire, qui laisse penser à l'existence d'un réseau pédocriminel.

 

Felix Pedro Ramos, star du petit écran en Espagne, venait souvent en vacances au Maroc. Comme en France, où nombreux sont les adeptes de ce pays, comme Pierre Berger par exemple. Mais alors qu'il tentait de repartir de Tanger par la mer le 20 juin dernier, il a été arrêté par les autorités marocaines suite à des accusations d'escrocquerie, à laquelle se sont greffées des accusations de pédocriminalité.

 

Trafic de breloques et jeunes éphèbes

La justice marocaine avait reçu des plaintes de la part de deux "entrepreneurs", un Français et un Marocain, au sujet d'escroqueries commises par Ramos: il avait demandé de l'argent au profit d'une association, les orphelins de la Garde Civile (la gendarmerie espagnole) à Marbella, et leur a présenté de faux certificats honorifiques (en gros, il disait être recommandé par les monarchies espagnole et marocaine, doté de titres de noblesse, et il a présenté de faux diplômes). Selon un média espagnol, Ramos aurait fait cela au nom de différentes associations bien connues.

2019-09-13 21_54_33-GRANDES COCINA _  MAESTROS del siglo XX para los del XXI - Comunicación&Protocol

Le système est bête mais marche très bien chez les VIP et les aspirants VIP: Ramos leur disait qu'il avait de grandes relations chez les nobles (la grande classe), et proposait aux pigeons de leur donner un titre dans une association, gérée par lesdits nobles (comme les orphelins de la Garde Civile) ou dans un institut où on trouve du gratin, comme "L'institut d'histoire des Baléares", le tout contre quelques milliers d'euros destinés à des oeuvres caritatives, ou encore son titre de l' "ordre Impérial Byzantin de San Conatsantin Le Grand" (ordre qui existe vraiment). 

Apparemment, il n'y a pas que  les deux plaignants à déclarer avoir été  manipulés par Ramos pour lui donner de l'argent. Une trentaine de personnes se seraient fait connaître, et l'escroc ciblait avec ce système plutôt les people, les gens "riches".

Beaucoup de groupuscules fonctionnent de cette manière, avec souvent les breloques et costumes de cérémonie qui vont avec.

De fait, Ramos semble apprécier ce genre de "distinctions": il est "chevalier" ou "grand prieur" de toute une liste de groupuscules, président ou médaillé d'honneur d'autres machins. C'est du moins ce qu'il affiche, certains de ces titres étant probablement des faux comme ceux liés aux "Orphelins de la Guardia Civil" ou sa "Grande Croix de l'Armée des Asturies".

2019-09-13 22_08_08-Felix Ramos (@FelixRamosCo) _ Twitter - Opera

Ledit Ramos traînait aussi beaucoup dans les soirées "VIP - caritatives" sur le mode US, selon son fil Twitter (qui 'na que 551 abonnés depuis 2013, ce qui est assez étonnant pour un "journaliste" même local). Cet délire "VIP-charité", c'est comme Epstein qui aimait beaucoup les dons aux associations, écoles, universités, et surtout les soirées VIP. 

Un jeune aujourd'hui âgé de 19 ans, "M.B", a également déposé plainte contre lui,en mai semble-t-il, expliquant que Ramos lui avait mis le grappin dessus en 2014 alors qu'il avait 14 ans et qu'il vivait dans un foyer tenu par une association de Tanger. Cette "ONG" est également dans la ligne de mire de la justice marocaine, Ningún Niño Sin Techo ("pas d'enfant sans toit"), et sa fondatrice a précipitamment quitté le pays. 

Ramos avait fait venir ce jeune en Espagne, en lui promettant qu'il lui obtiendrait des papiers et lui trouverait un job dans le show biz.

 

Echanges de bons procédés ?

Apparemment, cela fait un moment que le centre 'Al Amal", géré par l'association Ningún Niño Sin Techo pour accueillir une dizaine d'enfants des rues, est pointé du doigt à Tanger, de même que sa patronne.

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Quand il l'a rencontré, Ramos a dit à ce jeune, qui vivait sans repères, qu'il était propriétaire d'une télévision de Marbella en Epsagne, et lui a proposé de travailler avec lui. Mais avant, il l'a invité dans sa chambre d'hôtel: "Ce jour-là, il m'a violé, j'ai tellement souffert que je ne l'oublierai jamais. Il me disait que j'aurais de l'avenir en Espagne", a-t-il expliqué aux journaalistes Marocains.

Quand Ramos venait au Maroc, où il tournait des émissions dans lesquelles il emmenait des people à la "découverte de Tanger", il faisait un tour par le foyer pour venir chercher M.B. Le jeune partait alors avec lui -sans que cela ne perturbe personne- et le suivait à travers ses pérégrinations, puis il l'a carrément suivi au maroc (alors que ce jeune était mineur et sans papiers). Après cela, M.B a été viré du centre par la fondatrice et patronne, Maria Rodríguez Almendros.

D'autres "personnalités" (assez épiques) sont citées par ce jeune et par une autre victime qui a également déposé plainte, comme un chanteur transsexuel de fado. Des Marocains, notamment de l'association, et des Espagnols sont nommés dans la procédure, ainsi que d'autres victimes mineures, des garçons. En termes d'accusés, il y a notamment:

  • 2019-09-13 21_13_55-Fiesta de Fin de Año en Tánger - 2017_18 - Opera - Copie (2)Felix Pedro Ramos, 39 ans, présentateur télé et VIP espagnol. Formé dans la finance, il est passé dans les médias, dans une télé de Marbella.

  • Manuela Vilches, une galeriste de Marbella qui posséderait de nombreuses propriétés au Maroc, dont certaines où des agressions ont eu lieu. Elle aime beaucoup exposer sa vie et ses amis VIP sur les réseaux sociaux.
  • Rafael Ojeda, alias Falete, le chanteur travesti espagnol. Ramos aurait demandé à M.B, lors d'un séjour à Tanger avec Ojeda, de "bien se comporter avec lui" car il pourrait l'aider dans sa carrière. Exactement le même discours que Ghislaine Maxwell et les autres rabatteuses lorsqu'elles cherchaient à attirer des mineures dans les filets d'Epstein. Ojeda a donc violé M.B plusieurs jours de suite, avant de lui donner 2000 dirhams (185 euros). Falete a aussi demandé à M.B de lui envoyer des vidéos pornos contre 60€.
  • María Rodríguez Almendros, la directrice -espagnole née à Tanger- de l'association Ningún Niño Sin Techo qui a fui en Espagne au début de l'été alors qu'elle vivait au Maroc depuis 1982. Pour raisons médicales dit-elle. N'empêche qu'elle est partie juste avant que la justice marocaine lui retire son passeport. Elle a cessé de payer le loyer du centre depuis plusieurs mois, était rarement sur place et ne se préoccupait pas beaucoup des conditions de vie des mineurs.

2019-09-13 23_35_02-Félix Ramos es el 'timador' de los ricos españoles - Opera

L'association Ningún Niño Sin Techo, où des jeunes sans abri étaient hébergés et manifestement pas vraiment aidés, a ouvert un foyer à Tanger en 2005. La justice marocaine a décidé la fermeture du centre et de l'association cet été.

Mais cela n'a pas dû beaucoup la perturber, puisque Maria Rodriguez Almendros aurait justement déclaré à ses copines qu'elle comptait mettre la clé sous la porte durant l'été.

Felix Ramos trainait autour du foyer depuis 2008 environ, et c'est María Rodríguez qui l'aurait introduit dans la bonne société marocaine. Et Ramos ramenait chez elle des people comme le présentateur télé José Manuel Parada Rodríguez, Agustín Bravo ou ledit Falete.

Car, pour assurer des rentrées financières l'association (ou son train de vie), María Rodríguez Almendros organisait des soirées de gala, où les VIP étaient attirés comme des mouches sur un papier collant. A ces "soirées", "participaient des célébrités et les enfants qui venaient de familles déstructurées. En outre, le centre a été maintenu avec des cotisations, des contributions d'amis et la solidarité de certains entrepreneurs", relatait El Espanol du 3 juillet 2019.

Cependant, quand l'affaire des viols a commencé à être connue, mi-2019, les donations ont commencé à se tarir.

Et puis, "M.B" a retiré sa plainte début septembre, probablement parce qu'il a été payé pour cela, lui qui se trouve toujours dans une situation précaire. Il a tout de même eu le temps de parler d'une soirée de nouvel an chez Vilches à laquelle il était présent, ainsi qu'un autre jeune du centre et un éducateur.

2019-09-13 21_26_21-Affaire Félix Ramos _ Un centre pour mineurs fermé à Tanger sur fond d’abus sexu

Les soirées de nouvel an de Vilches ont en effet ont l'air "festives". M.B précise qu'un soir, elle a même laissé tout l'étage d'une de ses propriétés à Ramos pour qu'il l'agresse tranquillement.

Selon M.B, au moins un autre garçons de l'association a eu "une relation" avec Ramos (alors qu'il était majeur sur la fin), jusqu'à l'arrestation de Ramos en juin. Et les enquêteurs ont trouvé sur les réseaux sociaux des photos où Ramos s'affiche en présence d'enfants de l'association.

Quant à l'association Touche Pas à Mon Enfant, qui travaille sur cette affaire et suit "M.B" [1], elle signale qu'un autre type est actuellement incarcéré dans le cadre d'une procédure pour le viol d'un mineur de l'association Ningún Niño Sin Techo.

La presse espagnole mentionne d'autres victimes encore, et des rumeurs de violences sexuelles courantes dans le foyer. Vilches aurait évoqué devant les policiers le cas d'une éducatrice qui aurait eu une relation avec un des mineurs. 

Bref, finalement Ramos risque d'être remis en liberté. A moins qu'il ne se suicide en prison? En tout cas, aujourd'hui, comme ce fut le cas pour Epstein, plus personne ne semble connaître Ramos. Même pas Falete.


[1] Mais depuis qu'il a retiré sa plainte, l'association n'a plus de contact avec lui, et il ne répond plus. 

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11 septembre 2019

La micronie avant le désastre économique et écologique : les risques du néant

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C'est la rentrée, qui s'annonce sous des auspices combatifs. Les citoyens sont encore plus gavés que l'année dernière par l'inanité du micron et sa clique, et eux n'ont pas du tout l'intention d'agir intelligemment. Si toutefois c'était à leur portée, ce qui est loin d'être sûr. Réflexions sur l'ambiance de cette nouvelle rentrée en micronie.

 

En cette rentrée, nous sommes nombreux à être comme au bord d'une piscine, avant un plongeon. Bien insipirer, anticiper l'impact au mieux, et se lancer.

Quelles sont les forces en présence? D'un côté, une population fatiguée par des années de restrictions, d'absence d'horizon, de décrochage total des élites. Mais une population qui ne s'avoue pas vaincue, et qui, comme on l'entend beaucoup les samedis après midi de promenades citoyennes, "n'a plus rien à perdre". 

De l'autre, des flics fatigués mais armés jusqu'aux dents, un pouvoir à bout de souffle, qui ne tient plus que grâce aux miracles de la répression et de la propagande la plus bête et méchante. D'ailleurs, ça en devient triste tellement les infos "mainstream" sont à côté de la plaque, triste reflet d'un néant dominant, d'un vide intersidéral de la pensée devenu la norme dans le monde politique. 

 

La mascarade

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Cette mascarade ne tient plus que par la violence, et grâce à une mafia qui applique les lois faites par les politiques, et que l'on appelle la "justice". 

La justice est l’instrument du pouvoir politique. C’est un point clé que nous devons dénoncer et modifier en tant que citoyens.

Elle applique les lois faites par le politique, les magistrats dépendent du politique pour leur carrière, et de plus en plus elle montre qu’elle n’est plus que le bâton qui frappe les masses pour assurer l’ordre établi. La justice ferme les yeux devant les élections bidons en france, comme elle a pu, au Brésil, contribuer au coup d’État qui a mis bolsonaro au pouvoir.

Elle enferme des Gilets Jaunes et refuse d’enquêter sur l’affaire du coffre fort disparu de Benalla au milieu d’une perquisition, classe sans suite l’affaire des mensonges de tout le monde sur l’affaire benalla, l’affaire des conflits d’intérêts -présumés- d’Alexis Kohler son ancien bras droit, l’affaire des comptes de campagne du micron, la plainte des Insoumis pour fraude électorale contre Valls à Evry lors des législatives (pourtant avérée), la plainte pour viol contre Darmanin, une plainte contre brigitte pour pour des faits de "corruption passive" et "trafic d’influence", les 500 plaintes de manifestants contre castaner, l’affaire des mutuelles de Richard Ferrand devenu président de l’Assemblée Nationale, etc. 1

Quant aux plaintes pour les violences policières, elles trainent ou, pour la plupart, sont classées sans suite.

Et d’un autre côté, des manifestants, des citoyens sont poursuivis et même parfois emprisonnés pour rien, juste parce qu’ils se trouvaient là, à tenter de défendre leurs droits.

Le politique, en micronie, est quant à lui réduit à son plus strict minimum : la communication élyséenne.

L’État, aujourd’hui en micronie, se réduit aux décisions d’un seul individu. Listons rapidement les régressions et destructions qu’il nous a imposées ces deux dernières années (mais j’en ai certainement oublié) :

  • Retraites
  • Chômage,
  • Sécurité sociale
  • "Justice" 
  • 11 vaccins pour les bébés
  • Fermetures de classes et d'écoles
  • Enseignement (régression vers un système encore plus inégalitaire)
  • Audiovisuel Public (en cours)
  • ED8a6xrWsAcwes- - CopiePrivatisations des Aéroports de paris, de la française des jeux, des barrages

  • Réduction des effectifs des ministères : environnement, impôts, santé.
  • Finir la destruction à marche forcée de la SNCF, de La Poste, des agences de l’environnement, des hôpitaux, des services publics en général, un bien commun.
  • Militarisation croissante de la police
  • Restrictions des libertés (manifester, liberté d’expression, droit de la presse, fichage de masse des opposants…)
  • Bombardement de la Syrie
  • Signatures des traités commerciaux ultra libéraux qui donnent tous pouvoirs aux multinationales (CETA, TAFTA, MERCOSUR en cours).
  • Droit du travail
  • Formation professionnelle
  • RIEN contre l’évasion fiscale 2 et l’ "optimisation fiscale".
  • Secret des affaires
  • Droits des femmes
  • Droits des enfants
  • Environnement, pesticides etc.
  • Non respect des droits des migrants
  • "Tolérance" pour les fausses déclarations des entreprises.
  • Intégration du trafic de drogue dans le calcul du PIB.
  • Cadeaux fiscaux aux riches : doublement du CICE à 40 milliards par alors qu’il ne créé pas d’emploi, fin de l’ISF sur les valeurs spéculatives 3, fin de la flat tax.²..

Le prochain chantier est carrément la "démocratie", ou ce qu’il en reste.

 

De qui micron est-il le représentant ?

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A ce sujet je recommande de lire Marc Endeweld (le Manipulateur), les Pinçon-Charlot (le président des ultra-riches) et Juan Branco (Crépuscule). Le micron a été financé par très peu de gens, qui ont donné le maximum au micron et à son parti rétrograde. Ces gens ont le même profil : petits patrons, patrons de grosses boîtes, professions libréales comme avocats etc.

Logiquement, même si son ingratitude a été déjà pointée du doigt, et surtout parce qu’il vient du même milieu, le micron défend leurs intérêts : les intérêts de sa classe, de celle de brigitte, de ses amis, de ses soutiens, de tous ceux qu’il a placés autour de lui, etc.

Car c’est bien de lutte des classes qu’il s’agit, même si le mot fait peur aux "bourgeois". Les riches sont en guerre contre les classes populaire (depuis longtemps) et moyenne (depuis les années 80, le fumeux "tournant libéral" de mitterrand et fabius, son 1er ministre).

Nous avons basculé hors des clous de la démocratie de bisounours qu’on nous vend depuis la "révolution", une révolution des élites pour les élites qui a eu pour seul mérite d’instaurer la propriété privée. Cet individu qui vit à l’Elysée depuis plus de deux ans ne supporte pas "le peuple", les citoyens, encore plus quand ils sont pauvres ou manifestants. Il centralise tous les pouvoirs sur sa personne, allant même jusqu’à nommer le procureur général de Paris (n°1 en france), et le chef du parquet national financier, tout en laissant ses équipes parler de "séparation des pouvoirs"4.

2017-12-30 23_47_56-20 heures _ [émission du 19 janvier 2008] - Vidéo Ina

Cet individu pense que le pays ira mieux en lui appliquant son remède, digne des médecins du Moyen-Age équipés de leurs clystères capables de prendre jusqu’à 5 litres de sang à un moribond.

Or on sait, depuis le début de l’ultra libéralisme pour certains, depuis quelques années pour d’autres (FMI, Banque Mondiale, ONU 5…), que ces méthodes ne font qu’enfoncer les pays dans la crise économique,  politique, sociale. Est-il aussi stupide, est-il ivre d’idéologie, rabâchée par des mentors comme Attali, Jouyet, Minc, Hermand, Pisani-Ferry, Rothschild et compagnie ?

Car, de deux choses l’une : soit nous sommes face à un incompétent qui ne sait pas ce qu’il fait, soit l’individu a un agenda dont l’objectif est d’assurer le règne des fonds spéculatifs, de la haute finance, de l’évasaion fiscale et du ruissèlement de l’argent des pays vers les poches de quelques profiteurs hors d’atteinte.

Au vu des faits et de ses discours, on ne peut qu’être amenés à se poser ces questions. Par ailleurs, le micron a certainement un plan de carrière, pour après ce job tremplin, et il pourra viser d’autant plus haut qu’il aura tenu bon devant les citoyens.

 

Que fait le micron ? Une lecture que vous n’aurez par dans la BFMsphère

Le micron dit sur Twitter (je recommande d’aller faire un tour sur son twitter, et surtout de regarder les nombreux commentaires des citoyens) que les inégalités c’est pas bien.

2019-09-02 21_46_00-Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) _ Twitter - Opera

Pourtant, les faits montrent qu’il fait tout pour enrichir ses copains les milliardaires. Alors on s'interroge: nous prend-il pour des cons, prend-il des drogues hallucinogènes, ou pense-t-il vraiment que son interminable série de régressions tend à réduire les "inégalités"? 

Pour ne prendre que quelques-unes des informations révoltantes de ces derniers mois :

En parallèle, les salaires baissent, comme les services publics, par exemple.

Quand le micron nous dit que les inégalités c’est pas bien, il se fout littéralement de tous "ceux qui ne sont rien " à ses yeux et qui par conséquent subissent de plein fouet son délire ultra libéral, totalement contre-productif. Où est la sacro-sainte "Croissance" (0,3 % au 1er trimestre, 0,2 % au 2e trimestre) 7 ? Où est-il, l’emploi ?

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Ce ne sont en tout cas pas les médias pro-micron (qu’on pourrait qualifier de "BFMsphère" 8  tant on a vu s’aligner les autres sur le discours ultra libéral et même quasi sectaire de BFM, comme LCI, France 2 ...), si nombreux qu’ils étouffent le paysage médiatique "grand public", qui nous permettront de nous poser les bonnes questions à partir des bonnes informations.

Alors que les citoyens sont opprimés comme jamais depuis l’invasion par les nazis (désolée d’en arriver au point Goodwin mais c’est une réalité), la BFMsphère continue de chanter les louanges du petit père du business français, devenu son candidat puis un président qu’il faut défendre envers et contre tout. Ce n’est pas un hasard si une dizaine de milliardaires, tous fans de jupiter, détiennent la grande majorité des médias et de l’audience, ce temps de cerveau disponible pour la propagande micronienne.

Petit à petit, nous entrons dans ce qu’on pourrait appeler une dictature capitaliste, avec quelques privilégiés très riches qui échappent à l’impôt, pendant que les entreprises dans lesquelles ils ont placé leurs billes bénéficient de lois différentes de celles auxquelles les citoyens sont soumis, de tribunaux différents 9, et désormais d’une quasi impunité même face à un endettement catastrophique10 et à des maltraitances graves des travailleurs (salariés, sous-traitants etc.).

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Ce personnage, ce jupiter de cour de récré, applique la politique de la mondialisation et de l’ultra libéralisme, c’est-à-dire la privatisation de tout ce qui peut rapporter à ses amis les milliardaires, français et étrangers. En parallèle les salaires régressent et l’endettement des ménages augmente 11.

Il ne remettra pas en cause ce qui a nous a menés dans la crise de 2006, dont ne sommes en réalité jamais sortis (la vente des biens publics encore 13 ans après en est la preuve).

Par exemple, il ne remettra pas en cause le mélange des genres entre banques de dépôts (celles qui ont notre argent et sont censées investir dans l’économie) et banques de spéculation financière, dites "d’investissement" (sic.), qui jouent en bourse les dépôts des épargnants 12.

Il ne régulera pas les banques 13, ni la finance, encore moins la mondialisation. Il ne mettra jamais fin aux paradis fiscaux.

Il n’instaurera aucune protection de l’économie nationale, ni, par conséquent, des citoyens. Quant à l’environnement, tout le monde a compris que cette préoccupation est totalement absente de son esprit probablement trop "complexe".

 

Conclusion et perspectives

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La question que nous devons nous poser aujourd’hui est : quand devons-nous arrêter de parler de démocratie, dire le mot d’oligarchie, de dictature (même "soft") ou de ploutocratie ?

Quand assumerons-nous enfin que la seule alternative est de nous battre pour ne pas tomber dans l’obscurité ?

Dans deux ans, nous aurons très certainement à nouveau le pen au 2e tour, contre le micron. Tout est prévu pour que ce scrutin auquel peu ont hâte d'arriver se passe ainsi, et nous en prenons dangereusement le chemin. Mais nous ne devons pas nous laisser à nouveau coincer dans ce traquenard qui ne nous précipitera qu’un peu plus vite, quel que soit le vainqueur du 2e tour, dans le néant démocratique et humaniste, et le gavage des élites 14. Nous devons organiser les filets de sécurité démocratiques, les réseaux de solidarité, afin de nous donner des chances de ne pas finir en esclavage.

L’obscurité commencera, comme dans les années 30, par le marasme économique. Dans lequel nous sommes déjà, mais qui va s'aggraver. Même Le Figaro s’étonnait le 5 septembre de la levée exceptionnelle de fonds par la France pour alimenter sa dette : un peu plus de 10 milliards, à taux négatifs même à 15 ans. Cela montre que les "investisseurs" sont prêts à perdre un peu d‘argent dans l’espoir d’éviter d’en perdre beaucoup, car la dette de la france s’avère parmi les moins risquées au monde.

Le quotidien des "idées saines" de préciser : "Ces levées s’inscrivent dans un contexte particulier pour la France. Le besoin de financement français en 2019 atteint 237 milliards d’euros. Il a été prévu dans la loi de finances d’y pourvoir essentiellement via des émissions de dette à moyen et long terme, avec un montant d’émissions de 200 milliards d’euros, là aussi un record. Ce pic s’explique d’une part par la dégradation continue des finances publiques mais aussi par les besoins de refinancement de la dette émise il y a dix ans, lors de la crise financière". En gros, la gestion désastreuse des finances publiques entraîne -malgré l’austérité et la taxation massive des classes moyennes- un trou de 237 milliards. Et en plus de la catastrophe micron, nous payons encore le financement public de la dette privée à la suite de la crise de 2006 15.

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Le micron nous parle sans cesse d’économies, mais en réalité il n’économise pas : il donne des milliards aux plus riches.

Aujourd’hui, de nombreux citoyens dénoncent les conséquences de l’ultra libéralisme, que ce soit sur les humains ou sur la nature : les animaux 16, les plantes, l’eau17, le sol, l’air.

Les gens sont de plus en plus nombreux à comprendre que plus rien ne tourne rond dans nos belles sociétés "démocratiques". Nombreux sont ceux qui ont parfaitement compris d’où vient le problème : du système économique et social actuel. Et certains tentent de s’organiser.

La bonne nouvelle est qu’il est tout à fait possible de créer des systèmes plus cohérents, puisque nos cerveaux sont capables de l’imaginer : "les inventions d’inconnu réclament des formes nouvelles", disait Raimbaud. Nous devons dépasser les concepts qui nous ont été inculqués depuis toujours, pour aller vers le bon sens, l’intérêt commun.

Il est évidemment contre-productif d’imposer à tous un système qui soit le même sur le plan politique, économique, social, culturel de plus en plus, et cela partout dans le monde. Par contre, nous pouvons inventer de nombreux systèmes, différents, adaptés aux histoires, aux paysages, aux contextes : il semble évident qu’un Inuit ne peut pas vivre avec le même sysème qu’un Peul, un européen, ou un habitant de New York. Cela n’empêche certainement pas les échanges, les liens, l’ouverture.

Cela peut sembler une évidence, mais nous vivons aujourd’hui dans le système inverse : les élites se reproduisent, se cooptent, dirigent, et s’organisent pour préserver leur pouvoir et leurs intérêts. Elles ont centralisé le pouvoir politique, économique, médiatique et accaparent les richesses comme jamais.

Le micron a commandé 25 millions de cartouches de fusil d’assaut pour équiper les "forces de l’ordre", celles qui font déià tant de dégâts avec des LBD et grenades de désencerclement 18.

On peut légitimement craindre qu’il ne s’en serve car cet individu a montré qu’il n’a pas de limites. Cette commande n’a pas été passée pour gaspiller une fois de plus de l’argent public, au vu et au su de tous (ces appels d’offre sont publics), mais parce qu’il pense devoir s’en servir, parce qu’il sait que ses régressions 19 pousseront à bout la grande majorité des citoyens.

 


 

1 Accessoirement, la « justice » sert surtout à classer sans suite les procédures gênantes, qu’elles concernent la micronie ou même les enfants victimes d’abus sexueles, les femmes battues etc.

2 Evasion fiscale estimée à 100 milliards d’euros par an en france. Quant à l’optimisation par les multinationales, elle ne coûterait que 14 milliards par an, soit un tiers de l’impôt sur les sociétés. 70.000 entreprises en france y auraient recours.

 

2018-09-16 10_12_42-Comment Emmanuel Macron appauvrit l'Etat _ Alternatives Economiques

3 La fin de l’ISF sur la spéculation (pas sur les biens immobiliers) coûte la bagatelle chaque année de 3,2 milliards d’euros contre 2 milliards annoncés par les expertis microniens. Quand il s’agit de fare payer les citoyens, on se contente de calculs à la louche.

4 Ces nominations des chefs du parquet par l’exécutif font d’ailleurs que la france ne peut pas vraiment se targuer d’être une véritable démocratie puisque la séparation des pouvoirs est un mythe.

5 Depuis la crise financière de 2006 - … ces insitutions ont toutes fini par admettre que l’austérité était néfaste pour les économies nationales. Tout en continuant à appliquer les bonnes vieilles mesures d’austérité, d’ailleurs.

6 Mais pas selon BFM, bien-sûr., qui situe plutôt le chiffre à 20 milliards Contre 1 milliard de fraudes RSA, arrêts maladie et CAF réunies. BFM qui, appartient au super endetté Patrick Drahi, vit aceessoirement grâce à l’évasion fiscale, appelée « optimisation » en micronie.

7 Et encore, cette mini "Croissance" n’est due qu’aux revendications des Gilets jaunes, dont certaines ont permis de limiter la destruction du pouvoir d’achat. En France, la "Croissance" est tenue à plus d’un tiers par la cosommation. Ceci dit, toute la « zone euro » est dans les choux, et la Deutsche bank fait craindre quelques difficultés pour l’Allemagne. Quoi que, la BNP est prête à racheter ses produits dérivés pourris. Notons aussi que la Deutsche Bank a été la banque de Jeffrey Epstein jusque très récemment, et a beaucoup financé Donald Trump. La bqnue détient d’ailleurs des documents fiscaux concernant Trump, que celui-ci a refusé de donner au Congrès.

8 En plus BFM est un bon exemple, puisqu’elle appartient comme RMC, Libération et L’Express et d’autres, à Patrick Drahi, qui finance « télé micron » grâce à l’évasion fiscale et à l’impunité offerte par l’État. Quand il était à Bercy, le micron a facilité le rachat de SFR par Drahi, sans qu’il ‘nait à rapatrier ses avoirs depuis la Suisse (Le Monde Diplomatique, mai 2017).

9 Les tribunaux de commerce sont un exemple, les tribunaux dits d’arbitrage prévus par les traités commerciaux comme le TAFTA ou le CETA en sont un autre en pire, puisqu’il s’agit de décisions prises par des arbitres privés, qui peuvent imposer des amendes de dizaines de milliards aux Etats. La belgique, tête de pont de la finance, mène depuis le refus du CETA par le parlement Wallon un intense lobbying à l’ONU pour créer un seul et unique tribunal "d’arbitrage" pour régler "les différends entre investisseurs et États". Comme si les investisseurs n’étaient pas le commun des mortels. Si Hulot n’a rien pu faire, c’est aussi à cause des traités comme le TAFTA : un rapport du Corporate Europe Observatory précise que des multinationales ont menacé la france de poursuites devant les "tribunaux arbitraux" (et d’extorquer des milliards à l’État) en cas de mesures de protection du climat qui auraient pu les pénaliser. Du coup, la loi Hulot a été vidée du peu de substance qu’elle avait.

 

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10 Endettement catastrophique car, selon la revue Oblik d’Alternatives Economiques, "si une partie de l’argent emprunté par les entreprises sert à renforcer leur trésorerie, une autre est utilisée pour jouer au casino boursier, avec tous les risques que cela comporte". On imagine qu’il en va de même avec les bénéfices, qui ne doivent pas vraiment servir à l’investissement ou à la rémunération des salariés.

11 En 2015, on apprenait qu’en 10 ans "l’encours de dette des Français a enflé de 79% alors que leurs revenus cumulés ont progressé de moins de 25%". Et la situation n’a fait que s’aggraver depuis l’arrivée du micron, d’autant que les taux de crédit sont très bas. Selon La Tribune du 18 mars 2019, "L'endettement des ménages et des entreprises français rapporté au PIB est désormais le plus élevé des grands pays d'Europe : à 133,3% du PIB en France à fin septembre 2018 (dont 59,2% pour les ménages et 74,1% pour les sociétés non-financières)".

12 La séparation entre banques de dépôts et de spéculation a été faite en 1933 après le krach boursier, avec le Glass Steagall Act, qui a été abrogé par Clinton en 1999. Ce qui a permis la crise financière, puisque les banques ont engagé du vrai argent dans des produits dérivés pourris. Et pour que les épargnants ne se retrouvent pas à la rue comme en 1929, les Etats sont obligés de renflouer les banques, avant de nous imposer des politiques d’austérité pour combler le trou. En France la séparation entre banques de dépôts et banques de spéculation a été opérée après la guerre, en 1945, jusqu’à ce que Mitterrand, en plein dans son délire et son tournant « libéral », décide que les banques pouvaient spéculer avec l’argent destiné à financer l’économie réelle. Puis en 2013, suite à la crise, les placements les plus risqués ont été vaguement "isolés". car les résistances dans le milieu de la finance sont encore importantes.

Ajoutons qu’aujourd’hui, ces "banques d’investissement" ne savent plus où placer leurs mises pour se faire des bénéfices supérieurs à la croissance mondiale (en berne). Et il n’y a plus grand-chose pour spéculer, à part racheter des actions dont les cours sont maintenus artificiellement par des rachats massifs de leurs propres actions par les multinationales, grâce aux taux d’emprunt proche de zéro, voir en dessous de zéro. Le marché du rachat d’action, le marché "secondaire", c’est plus de 80 % des achats d’actions. Dont la spéculation (appelée "investissement" par les idéologues ultra libéraux) ne créé pas de richesse, ou très peu. Par exemple, le patron de la Deutsche Bank vient tout juste d’annoncer qu’il consacrerait 15 % de son mirobolant salaire pour racheter des actions de la Deutsche Bank, passée à 7 euros. Elle était à 54 € en 2009, à 30 € en 2014. Mais, la tendance générale est à la baisse pour les banques européennes en général, france comprise.

13 En effet, le credo des amis banquiers du micron est l’auto-régulation. Elles font elles-mêmes leurs stress stests, qu’elles réussisent toujours (du moins quand on comprend les résultats, ce qui n’est pas le cas en 2019).

14 Car l’extrême drotie a toujours servi le capital et les capitalistes. En Europe, ces partis votent systématiquement en faveur du business contre les citoyens. Même s’ils disent le contraire.

15 A ce sujet, il est important de rappeler que la droite est pire gestionnaire que le PS. Sous Chirac, Sarkoléon, et Micron, la dette a explosé et les finances publiques se sont toujours retrouvées dans le rouge. C’est le prix des cadeux fiscaux aux entreprises (en réalité aux multinationales) et aux spéculateurs. 2018 fut une année record pour la dépense publique, et en avril 2019 le magazine Challenges titrait "Finances publiques : les baisses d’impôts de Macron ne seront pas soutenables".

 

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16 88 % d’espèces d’eaux douces en 40 ans, - 75 % d’insectes en 30 ans, et encore 40 % d’espères d’insectres menacées à court terme, une baisse de 60 % de la population animale entre 1970 et 2014...

17 En mcironie, les cours d’eau peuvent être détruits et remplis de pesticides, Nestlé pompe comme il veut dans la nappe phréatique, etc.

18 Précisons aussi qu’un des premiers actes du micron en tant que président, dès juin 2017, a été de commander pour 4 ans de lacrymos d’un coup, pour 22 millions d’euros. Tout le stock a été épuisé cet hiver. Aujourd’hui, des citoyens suisses tentent de faire interdire l’exportation de ces armes de guerre en France car elles sont utilisées contre les citoyens, ce qui est interdit par les conventions de Genève (qui régissent les conflits armés).

19 Le terme de "réforme" qui est employé par la mcironie, et avant eux par le club sarkoléon, le club flamby, etc., est impropre : comme le rappelle la revue Frustration – que je recommande à tous-, le Larousse définit une réforme par "Changement de caractère profond, radical apporté à quelque chose, en particulier à une institution, et visant à améliorer son fonctionnement".  Or, comme ces personnages successifs n’ont fait que réduire la qualité (et la quantité) des services publics, de l’aide sociale, des droits des citoyens/ travailleurs/ consommateurs /utilisateurs/ électeurs, il est plus adapté de parler de régressions que de "réformes". Encore un terme galvaudé par les politiques.