Au moment où l'Etat s'apprête à dépénaliser le droit des affaires, et peut-être le délit d'initiés, les magouilles à EADS sont désormais avérées. Aujourd'hui, on livre en grande pompe le 1er A- 380 à Singapour Airlines, même si l'avion n'est pas encore complètement terminé...

EADS a été crée en 2000 par fusion de Matra et Aérospatiale. L'Etat prend 48% et le Groupe Lagardère 33%. C'est la 2è entreprise de construction en aérospatiale au monde, 1ère en Europe. Airbus apprtient à 100% à EADS, et en est devenue une filiale en 2000, après que Jospin et DSK l'aient privatisée et laissée à Lagardère, et qu'il aient aussi laissé Aérospatiale, privatisée, à Matra. Jospin, DSK et Lagardère sont tombés d'accord pour que l'Etat n'aie plus rien à dire et se fasse représenter par Lagardère (c'est le "pacte d'actionnaires" signé entre l'Etat, Lagardère et Daimler).

Le scandale EADS a démarré dans les médias en juin 2006. Le Conseil d'Administration d'EADS  s'apprêtait alors à fermer le site de Mérignac et à mettre dehors plus de 1 000 employés. Noël Forgeard, le co PDG d'EADS, vient donc expliquer ce plan à Thierry Breton, alors ministre de l'Economie. Cette année, un plan nommé "Power 8" a été lancé par Louis Gallois, le nouveau PDG, afin de diminuer les coûts de 2 Md € par an. 10 000 emplois (dont 4 300 en France)  et six sites sont appelés à disparaître. Cela fera + de dividendes pour les actionnaires.


Au passage précisons que le bras droit de Forgeard est Jean Louis Gergorin, le "corbeau" de l'affaire Clearstream et20070807 accessoirement membre du Bilderberg (1997, 1998, 2002, 2003). Son avocat pour Clearstream est le fils d'un autre éminent Bilderberger, Thierry de Montbrial (directeur de l'IFRI). Gergorin est ami avec le bras droit de Lagardère et rival déclaré (après avoir été "amis") de Forgeard (son successeur), Philippe Camus, qui était au Bilderberg en 2003, 2004, 2005 et 2007 en tant que président executif d'EADS y compris au Bilderberg 2007, alors qu'il n'occupait plus ce poste. Il est aussi depuis 2001 président d'honneur du GIFAS (Groupement des Industries Françaises Aéronautiques et Spatiales, un lobbie qui fournit des études et rapports à qui en veut notamment l'Etat), tout comme Serge Dassault. Louis Gallois est aujourd'hui un des vices présidents du GIFAS.
Bref, passons.

Mi juin, quelques semaines après l'annonce de la fermeture du site de Mérignac, au lendemain de l'annonce des retards de livraison de l'A 380, l'action EADS chute de 26, 32 % le 14 juin 2006. L'action coute désormais un peu plus de 18 €, pour 32 € deux mois plus tôt.
5,5 Md € ont disparu des comptes d'EADS ce jour-là.

On nous explique que cette chute est dûe à des retards de livraison de l'A 380, l'avion censé être le fleuron du groupe.

Mais l'affaire commence avec les suspicions de délit d'initié: les dirigeants du groupe, Forgeard et ses enfants, ainsi que l'"incompétent" Lagardère -qui possède alors 15 % des actions du groupe, mais aussi d'autres membres haut placés de l'entreprise ( François Auque
, Jean-Paul Gut) ont vendu un paquet de stock options deux ou trois mois avant la chute des cours. L'Autorité des marchés Financiers (AMF) déclare aujourd'hui que 21 dirigeants français et allemands d'EADS, ont revendu à ce moment, quand l'action était au plus haut. Mais en réalité, plus de 2 000 personnes du groupe étaient au courant et ont revendu leurs actions ( 10 millions en tout) avant la chute. L'AMF parle d'un "délit d'initiés" massif.
Breton dit alors à la Caisse des dépôts et consignations (CDC) de racheter 2, 25 % des parts de Lagardère dans EADS, début mars, lorsque l'action vaut 32 €. Breton dit n'avoir été "au courant de rien" à EADS, la CDC a perdu (avec l'argent du contribuable) 191 M €. Début avril, Lagardère lâche encore 7, 5 % du capital d'EADS, et s'en sort avec une plus value conséquente.
Sur ces entrefaits, Forgeard quitte EADS avec 8,5 M € grâce à un parachute doré prévu dans son contrat. En 2005, il avait déjà perçu un salaire assez confortable se montant à 2,3 M €. Cette somme, malgré une mauvaise gestion du groupe, a tout de même amené à se poser la question de la légitimité du système des stock options quand le PDG fait plonger l'action et donc le bilan de son groupe.

L'AMF explique aujourd'hui que dès décembre 2005, le ministère des Finances a reçu un rapport expliquant les difficultés à venir chez Airbus (filiale à 100% d'EADS) qui construit aussi l'A 380, et le 20 janvier une note incitait l'Etat à revendre ses actions, ce que Breton a refusé, considérant la position de l'Etat dans EADS comme "stratégique".

airbus4La commission des Finances de l'Assemblée nationale va mener une enquête parlementaire, et entendra Lagardère le 25 octobre sur "la gouvernance d'EADS, l'évolution de son actionnariat, ses relations avec l'Etat français et le partenariat franco-allemand". Les dirigeants de la banque liée à la CDC (Ixis) qui a racheté des actions de Lagardère seront également entendus, ainsi que Thierry Breton ou DSK. Ce dernier, qui a toujours vu d'un très bon oeil la "privatisation" complète d'EADS, devra expliquer comment a été crée le pacte d'actionnaires du groupe en 1999 (pacte qui, selon DSK, est "à l'origine de la création d 'EADS" , et a été porté par lui et Jospin cette année-là), alors que DSK était ministre des Finances. Le pacte d'actionnaires définit la "gouvernance" du groupe, et est -accessoirement-  critiqué par Sarkozy.      

Enfin, il est amusant de constater que de nombreux protagonistes de l'affaire EADS ont également des rôles clés dans l'affaire, ou plutôt les affaires Clearstream. Pour les comprendre et tenter d'en démêler les éléments, je ne peux que vous conseiller les livres de Denis Robert sur le sujet.