Au Venezuela, on pense au « socialisme du XXIème siècle », on lance même la réforme constitutionnelle qui va avec. Pourtant, vu d’ici, le Venezuela, ce pays qui n’a pas renouvelé la concession de la chaîne RCTV, n’est pas vraiment une démocratie. C'est un pays mené par un dictateur, d'ailleurs c'est un ancien militaire. Vérifions cela.

Hugo Chavez a pris ses fonctions de Président en 1999, après de nombreuses années d’austérité budgétaire au service des politiques néohugo_chavez_mitin libérales et d’agitation sociale. En 1992, Chavez avait déjà participé à un coup d'Etat, ce qui lui a valu deux ans de prison.

Le Venezuela est-il un pays démocratique? Rappelons-nous le tapage médiatique cet hiver à propos de l'"interdiction" de la chaîne RCTV, ou les rumeurs selon lesquelles Chavez serait un populiste, voire un dictateur.

On peut certes parler de populisme dans la cas d'Hugo Chavez, puisque le populisme peut être de droite comme de gauche, son trait essentiel étant l'appel direct au peuple, la définition dudit "peuple" étant variable.

Chavez le totalitaire

Chavez, effectivement, en appelle au "peuple", qui pour lui est représenté par les plus pauvres et les ouvriers. Il n'y a de dimension nationaliste au discours de Chavez que dans le cadre de l'économie et plus particulièrement de la remise en cause du néolibéralisme imposé par les Etats Unis et l'Europe. Mais cet appel au peuple n'est pas seulement réthorique, contrairement à d'autres populistes tels que Sarkozy ou Berlusconi, puisque l'un des piliers de la réforme socialiste de Chavez est la démocratie participative, basée au niveau des quartiers. En outre, ce peuple, Chavez semble l'écouter si l'on en juge par l'amélioration de ses conditions de vie (celles du peuple, pas celles de Chavez, nous ne parlons pas du Sarkoland où le Président s'augmente de 140 % d'un coup).

Quant à l'interdiction de RCTV, il faut préciser qu'il ne s'agissait pas d'une interdiction, mais de la fin d'un contrat. L'Etat, comme en France, est propriétaire des ondes hertziennes et prête les canaux à des entreprises privées. Le contrat prenait fin, et Chavez ne l'a simplement pas renouvelé. On dit que c'est parce qu'il s'agissait d'une chaîne d'opposition, mais ce n'est pas la raison qui a mené à cette situation. En 2002, Chavez a été victime de deux coups d'Etat, dans lesquels RCTV a joué un rôle de propagandiste important. Les médias privés incarnant l'opposition au gouvernement, RCTV a par exemple laissé s'exprimer des militaires appelant au coup d'Etat contre un Président élu rgulièrement. RCTV est également à l'origine d'un bidonnage de propagande qui a été relayé ensuite dans les médias nationaux et internationaux, et a même reçu un prix aux Asturies. Le reportage montrait des manifestants tués par balles le 11 avril 2002, ainsi que des hommes armés qui étaient représentés comme étant des hommes de Chavez qui leur auraient tiré dessus. En réalité, c'étaient des tireurs participant au coup d'Etat qui les avaient tués. N'empêche, ce "reportage" a servi a justifier ledit coup d'Etat partout dans le monde, avant que le bidonnage ne soit prouvé.

Une autre accusation fréquente est celle de la corruption, mais le Venezuela n'est pas pire aujourd'hui qu'il y a 10 ans, au contraire.  De plus, Chavez dénonce cette corruption depuis toujours (même si cela ne veut pas dire grand chose je vous l'accorde).

Il est arrivé au pouvoir avec 56% des voix en dénoncant le libéralisme, et en promettant de nationaliser le pétrole. Forcément, ça en agace certains. D'où les tentatives de coup d'Etat et de déstabilisation. Un exemple magnifique est le coup d'Etat du 11 avril 2002, longuement préparé dans -et par- les médias nationaux et internationaux avec des campagnes de décrédibilisation de Chavez évoquant le "régime" "totalitaire" instauré par l'ancien militaire. Des militaires ont appelé (depuis la "zone libérée" dans les quartiers chics de Caracas) à l'insurrection contre Chavez en février, le patronat appelait à une grève générale en promettant de payer les salaires, les pétrolières privées ont cessé de pomper leur or noir, faisant chuter les revenus de l'Etat.

11abril2002Le 11 avril, une grande manifestation d'opposition se dirige vers le palais présidentiel. Chavez, qui refuse de démissionner malgré ce qu'on dit les putschistes, est arrêté par des militaires qui proclament illico un nouveau gouvernement - forcément - non élu. Celui qui a pris la tête de gouvernement, Pedro Carmona (dirigeant de l'organisation patronale Fedecamaras), avait été reçu à la Maison Blanche et à Madrid par Aznar (deux pays qui ont reconnu immédiatement le nouveau gouvernement). Le lendamain, les médias officialisent le coup d'Etat, donnent la parole aux "insurgés" et à Carmona qui déclare assumer ses nouvelles fonctions au nom d'un "consensus" de la société civile et "du commandant des Forces armées", pendant que les leaders pro Chavez sont arrêtés.

L'Amérique du Sud et d'autres pays, comme la France ou la Russie, ne sont pas d'accord. Au Venezuela, les pauvres et la population de Caracas descendent dans les rues et demandent à voir la lettre de démission de Chavez. L'armée est refroidie, refuse de tirer sur la foule et demande à Carmona de remettre en place les institutions démocratiques, s'il voulait que l'armée continue à protéger le nouveau régime. Carmona s'enfuit, les chavistes réinvestissent le palais présidentiel, le vice président rétablit les institutions et Chavez est libéré.

Ce coup d'Etat ressemble à s'y méprendre à celui de Pinochet contre Allende, après des grèves qui ont paralysé le pays et une campagne médiatique de décrédibilisation. On sait maintenant que les Etats Unis avaient prévu de renverser Chavez dès septembre 2001, par un assassinat ou par un coup d'Etat.

Les putschistes, menés par la Fedecamara du patronat et le syndicat hyper bureaucrate lié à l'ancien parti au pouvoir CTV, ont ensuite recommencé à lancer des grèves générales. Les cadres de l'entreprise pétrolière PDVSA (nationalisée)ont même saboté la production histoire de provoquer une pénurie et de bloquer l'économie et les exportations. En décembre 2002, la situation est très critique, et l'écnonomie du pays est au plus bas. Pourquoi une telle pression alors que quelques mois plus tard, le référendum de mi mandat pourrait permettre aux venezueliens de renvoyer Chavez ou de le confirmer dans ses fonctions?  Tout simplement parce que dès janvier 2003, un certain nombre de lois économiques devaient être votées, comme la Loi des Terres ou la Loi des Hydrocarbures (qui allait mettre à mal les dirigeants de PDVSA et la gestion de la boîte, dont 80% des revenus disparaissaient dans les "frais opérationnels"). Encore une fois, c'est la mobilisation populaire, malgré la pression des appels insistants à la grève et la propagande médiatique, qui a sauvé l'Etat de droit.

Je vous passe de nombreux épisodes de ce bras de fer entre ceux qui étaient avantagés par les anciens gouvernements avec leurs alliés les médias, et Chavez suivi par la majorité de la population. Ce scénario n'est d'ailleurs pas terminé, même si Chavez a été réélu pour la troisième fois en 2006, avec 63 % des voix. Voilà pour l'accusation de "totalitarisme". Voyons pour celle de populisme.

Chavez le populiste

Selon une étude du Center for economic and policy research (qu'on ne peut pas soupçonner de chavisme) sur l'état de l'économie vanezuelienne, le pays est encore loin de la banqueroute.

Les années 70 et 80 ont été désastreuses, voyant le taux de pauvreté exploser et les revenus chuter, pendant que la corruption s'installait dans l'ensemble du pays. En 1996, 80% de la population vivait sous le seuil de pauvreté. C'est donc logiquement à ceux-là que Chavez s'est adressé. En cela il est bien populiste. Mais les a t-il trahis?

On va regarder quelques chiffres, même si cela peut paraître peu amusant, car en les mettant bout à bout on s'aperçoit que Chavez mène une politique radicalement opposée au néo-libéralisme doctrinal qu'on nous assène, et qui en plus nous fait l'affront de donner de bons résultats.

D'abord, le PIB, qui est censé révéler la bonne santé économique d'un pays, et qui en France s'élève difficilement à 1,9%, atteignait au Venezuela les 10,3% en 2006, après des années difficiles suite notemment aux grèves de 2002 qui ont fait chuter le PIB de 24 %, et après les années (70-80) de crise et d'austérité. Ce fameux PIB, donc, a augmenté de 76% depuis 2003. En grande partie, certes, grâce aux revenus du pétrole, mais déjà c'est un fait nouveau que le pétrole rapporte à l'Etat, et ensuite il y a les nouvelles politiques économique, fiscale et monétaire, qui ont fortement assaini les finances.

De 2003 à 2007, fait incroyable pour un budget français, les revenus de l'Etat venezuelien ont augmenté plus vite que ses dépenses (malgré des politiques sociales importantes), passant de 17,4 à 30% du PIB. La dette extérieure est à 14,6 % du PIB, ce qui est raisonnable.

A côté de cela, les dépenses sociales, essentiellement dans les domaines de la santé, de l'éducation et de l'alimentation, ont fortement469351_575160 augmenté, passant de 8,2 % du PIB en 1998 à 13,6 % en 2006. Pour donner quelques exemples, qui revèlent également la situation du pays en 1998 après des années de politiques libérales, il y a aujourd'hui 19 571 médecins pour 27 millions d'habitants, contre 1 628 pour 23,4 M d'habitants en 1998. Il y a aujourd'hui 18 538 personnes soignées aux anti rétroviraux contre 365 en 1998.

En ce qui concerne les subsides l'alimentation, qui ont aussi beaucoup augmenté, un chiffre est révélateur: en 1998, 252 000 enfants bénéficiaient du programme de distribution gratuite de nourriture, aujourd'hui ils sont 1,8 M.

L'éducation est un autre des grands axes des politiques menées par Chavez. Les dépenses destinées à l'enseignement sont passées de 2 % du PIB en 1996 à 7 %. En 2007, 1 098 485 M d'enfants sont scolarisés en primaire, contre 271 593 en 1999.  A cela il faut ajouter environ un million d'adutes suivant des cours d'alphabétisation. Même l'enseignement supérieur est devenu gratuit, ce qui n'est pas prêt d'être le cas ici.

Les dépenses sociales ont donc augmenté de plus de 170 % par personne depuis 1998. De plus, PDVSA, entièrement nationalisée, dépense elle aussi l'équivalent de 7,3 % du PIB dans le domaine social. La garde nationale a même servi à construire des maisons pour les pauvres (plan Avispa). En 2004, plus d'1, 5 M d'hectares de terres ont été redistribués à 130 000 familles (environ 11 ha par famille), 650 000 personne ayant bénéficié de ce programme.

Le taux de pauvreté, quant à lui, a chuté, même si le Venezuela est le dernier de la classe en Amérique Latine, passant de 80% en 1998 à 55 % en 2003, puis 30,4 % en 2007.  Mais ces chiffres ne tiennent pas compte de l'accès des plus pauvres à la santé et à l'éducation,  ni de l'amélioration de leurs conditions de vie générales.  Le taux de chômage a été divisé par deux, passant de 15 % en 1999 à 8,3 % cette année. Un programme de micro crédit a également été lancé, la Banque de la femme et la Banque du peuple en ont octroyé 70 000, essentiellement à des coopératives (qui étaient 140 000 en 2006, 40 000 en 2004).

Le Venezuela se paie même le luxe, contrairement à la France, d'avoir un excédent budgétaire équivalent à 8 % de son PIB.

La seule ombre au tableau est une forte inflation, autour de 20 %, mais restant bien inférieure à celle de 1998 (36 %).

Le "socialisme du XXIè  siècle"

La grande affaire de Chavez, c'est donc ce "socialisme du XXIè siècle". En gros, les réformes ont commencé avec des nationalisations, et se poursuivent avec les réformes constitutionnelles qui renforcent le pouvoir présidentiel et le pouvoir populaire. Certaines réformes prêtent le flanc à l'accusation de totalitarisme, mais finalement pas plus que celles de Sarkozy.

Le mandat présidentiel est passé de 6 à 7 ans, et est renouvelable. Une partie de sa famille a été replacée à des ministères ou à la tête d'entreprises publiques, ce qui relève du népotisme et n'a rien de démocratique. Voilà les reproches les plus constructifs que l'ont peut faire aujourd'hui à Chavez.

Le reste du programme vers ce socialisme du XXIè siècle est contenu dans 5 piliers:

 

  • La "loi habilitante", qui prévoit de conférer des pouvoirs spéciaux au Président par l'Assemblée nationale dans des domaines précis et pour un temps limité, afin d'accélérer le processus. C'est dans ce cadre que PDVSA est redevenue propriétaire majoritaire des champs de pétrole du pays.
  • Plus discutable d'un point de vue déontologique, il y a la campagne d'éducation à forte orientation socialiste sobrement intitulée "Morale et lumières", mais en soit ce 'nest pas pire que l'éducation à forte orientation néo libérale qu'on essaie de nous imposer ici.
  • La réforme constitutionnelle, qui sera soumise à un référendum en décembre. Il s'agit de renforcer la démocratie participative, de réformer la notion de propiété, de remettre la banque centrale dans le giron de l'Etat, de faire passer la journée de travail de 8 à 6 heures, d'interdire les heures supplémentaires obligatoires, et de renforcer le rôle de l'Etat dans l'économie. Une petite mesure destinée à empêcher que l'opposition soit financée par les Etats Unis comme ce fut le cas jusqu'à présent, prévoira que les partis se présentant aux élections ne pourront recevoir d'argent de l'étranger.
  • La "nouvelle géométrie du pouvoir", qui consiste à modifier la géographie administraive, l'Etat pouvant créer des villes et des provinces fédérales. La ville devient l'unité territoriale de base, formée de différentes communes fonctionnant en partie en autogouvernement, dans lesquelles les "communautés" auront un réel pouvoir. Cependant, en cas d'insurrection, certaines zones pourraient être décrétées "régions spéciales militaires".
  • L'"explosion du pouvoir communal, démocratie protagoniste". Un nouveau pouvoir est créé, en plus de l'exécutif, du législatif et du judiciaire: le "pouvoir populaire". Il y aura des conseils communaux, ouvriers, paysans et étudiants, qui seront consultés régulièrement. Certes, les populations représentées sont la base de l'électorat de Chavez, mais ils sont aussi la très grande majorité de la population. Le conseil communal semble donc être mis au centre du processus démocratique.

vene0024On peut aussi mentionner les droits des indigènes, qui seraient reconnus constitutionnellement, ce qui est une avancée importante au regard de la situation de ces populations, qui vivent toujours dans la misère et sont expulsés systrématiquement de leurs terres pour les besoins de l'économie. L'article 119 stipule que "l'Etat reconnaît les droits indigènes sur les terres ancestrales occupées traditionnellement. Il devra les délimiter et garantir le droit à leur propriété collective". Une "éducation propre" à leur culture et le bilinguisme sont également garantis dans le nouveau texte. Et puis, une autre mesure est d'importance, c'est l'article 124, qui impose à l'Etat d'interdire " de breveter les ressources génétiques indigènes ainsi que la propriété intellectuelle en relation avec leurs savoirs sur la biodiversité". En fait, cet article reconnaît le fait que les espèces végétales cultivées depuis toujours par ces communautés indigènes sont leur propriété intellectuelle, et qu'on ne peut les acheter. Le brevetage du vivant dans leurs zones est donc interdit, et l'Etat en est le garant. Les indiens du Mexique ont pu obtenir des droits à peu près équivalents grâce au combat zapatiste, mais ils ont été bafoués par le gouvernement réélu après une fraude électorale avérée et massive.


La politique extérieure

 

Chavez énerve donc les fans du néo libéralisme parce qu'il fait tout le contraire. Mais pas que dans son pays. Car le Venezuela se veut aujourd'hui le leader de l'Amérique Latine, c'est-à-dire le remplaçant des Etats Unis.
Via, notamment, la Banque du Sud, censée remplacer la Banque Mondiale qui, c'est bien connu, impose des politiques néo libérales destructrices pour les pays ayant une économie instable (comme les pays en développement) et les autres pays aussi d'ailleurs, avec ses amis le FMI,  l'OMC et la BID. L'Equateur vient encore d'en faire les frais : le ministre de l'Economie Rafaël Correa a voulu cet été augmenter les dépenses sociales et diminuer le remboursement de la dette, et la Banque Mondiale a simplement bloqué un prêt de 100 millions de dollars et fait pression sur le Président pour contraindre Correa à la démission. Mais enfin, cela n'est que pure routine pour la Banque Mondiale. On pourrait discuter quelques pages des crises économiques qu'a du traverser l'Amérique Latine du fait des politiques néo libérales imposées par les institutions financières internationales, des années 60 jusqu'à aujourd'hui.

Les pays d'Amérique latine en ont assez, donc ils remboursent au plus vite leurs dettes envers la Banque Mondiale & Co. Chavez a même proposé à l'Equateur de lui avancer une partie de la somme due au FMI, histoire de régler cela et de passer aux discussions sérieuses sur un nouveau modèle économique.

Chavez a donc lancé l'idée d'une Banque du sud, pour que les Etats d'Amérique Latine règlent entre eux leurs histoires de trésorerie.  Comme certains sont en excédent (comme le Venezuela, l'Argentine et le Brésil), les surplus pourront aller dans cette banque, et servir à de nouveaux investissements. L'Argentine, la Bolivie et l'Equateur ont adhéré immédiatement. Pour l'instant, la Banque a environ 7 milliards de dollars de capitaux, et devrait commencer à fonctionner courant 2008.

En avril, Chavez a également annoncé que le Venezuela allait se retirer du FMI et de la Banque Mondiale, puisque tous les emprunts sont remboursés, ce qui n'a évidemment pas été au goût des "états uniens", les premiers à se faire de l'argent avec les dettes des pays pauvres. Les revenus issus de l'exploitation du pétrole, pour une fois, vont essentiellement dans les caisses de l'Etat, ce qui permet de racheter les dettes et d'investir pour améliorer les conditions de vie de la population. Ceci n'a encore jamais été fait, puisuqe les gouvernement précédents avaient fait allégeance au FMI et à la Banque Mondiale. Chavez a même prêté à la Bolivie de quoi racheter la sienne (de dette), ce qui fait perdre autant de moyens de pression au tenants de ce néo libéralisme de plus en plus décrié en Amérique Latine.

Par ailleurs, le Venezuela a rejoint le Mercosur en 2006, une marché commun des pays d'Amérique Latine crée en 1991. Il contrebalance l'ALENA, l'accord de libre échange ultra libéral imposé par les Etats Unis en 1994, en amorçant une coopération économique entre les Etats membres (Venezuela, Argentine, Brésil, Uruguay, Paraguay, plus les pays liés au mercosur sans être membre permanents). Il y a quelques complications du fait de certaines prises de position de Chavez au sujet des autres pays membres, qui selon lui sont trop proches des Etats Unis, en outre l'entrée du Venezuela dans le système du Mercosur ressemble à l'entrée du loup dans la bergerie, du point de vue des néo libéraux.

Enfin, Chavez a encore lancé l'idée de l'ALBA en 2004 (aube, en français, l'Alternative Bolivarienne des Amériques), pour contrer cette foischaves_morales_50 l'ALCA (zone de libre échange des Amériques) qui implique tous les pays du coin excepté Cuba, et est un peu une extension de l'ALENA (qui, lui ne concerne que les pays d'Amérique Centrale et du Nord), car piloté par Etats Unis et leurs principes néo libéraux dont on  connait les méfaits. L'Alba a comme préoccupation, contrairement à l'ALCA qui se contente de proner le libre échange etc., de développer un Etat social, "non dans l'intérêt des élites mais dans l'intérêt des peuples". Encore une fois, ce genre d'idée ne fait pas l'unanimité dans le nord du continent... La Bolivie d'Evo Morales, le Nicaragua de Daniel Ortega, Cuba et le Venezuela, qui n'ont donc plus rien à gagner à obéir aux Etats Unis, se regroupent dans l'ALBA qu'ils tentent de renforcer.

Chavez a d'ores et déjà proposé aux trois autres Etats d'offir une partie du pétrole venezuelien, et de financer la moitié de leur facture pétrolière, ceci afin de leur permettre de sortir de l'emprise du FMI et autres.

Le but de tous ces accords et traités signés dans tous les sens est de lancer une intégration régionale, c'est-à-dire de coordonner l'action des pays de la région. En Amérique Latine aujourd'hui, il y a les pays qui optent pour des accords avec les Etats Unis, comme la Colombie, la Brésil, le Mexique, le Chili, et les pays qui choisissent de s'opposer à ce qu'ils qualifient d'"impérialisme" et de construire un autre pôle autour des pays à tendance socialiste -ou se revendiquant comme tels, l'avenir nous le dira.

En conclusion, que dire? Le Venezuela a pris une place de meneur sur le continent sud américain, et vise à battre en brèche l'influence des Etats Unis, tant sur le plan politique qu'économique. Si l'on observe les données sur l'état actuel de ce pays, les choses sont loin d'être alarmantes, même si l'on doit tenir compte de la tendance de Chavez à concentrer les pouvoirs (tout en en redistribuant une bonne partie à la population).

Les conditions de vie de la majorité de la population se sont fortement améliorées, via les programmes sociaux et éducatifs, et les comptes du Venezuela pourraient faire pâlir d'envie un ministre français du Budget. Le processus d'intégration régionale avance malgré les offensives de Washington, et la population n'a pas protesté, au contraire.

Il semble que nous assistions là à une contre offensive de taille contre le système économique de Bretton Woods et ses institutions impérialistes. Il est intéressant d'observer la propagande anti Chavez et anti Bolivie un peu partout dans le monde, nous décrivant ces pays presque comme des dictatures mal gérées, et d'observer ensuite chez nous quels bénéfices nous tirons de ce système qui nous est imposé comme une pensée unique.

Regardons donc de près ce qui se passe là-bas.

 

 

 


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