Qui a dit "Si vous regardez aujourd'hui la presse française, dire qu'il y a une concentration entre quelques grands groupes, c'est tout simplement le contraire de la vérité"?  Le "frère" de Lagardère et ami du CAC 40, Notre très Cher Président pour ne pas le nommer.

Le Nouvel Obs a publié un entretien pour le moins surréaliste avec Sarko, que je vous convie à lire tantPlantu_Sarkosy l'inconséquence et l'égocentrisme du président dégoulinent à chaque ligne. Un extrait:

"Bon ben le problème de la presse, monsieur Guetta, c'est absolument pas un problème de concentration, c'est un problème de sous-capitalisation. Premier point : il n'y a pas assez de capitaux pour développer les grands journaux qui ont des tirages trop petits. Monsieur de Rothschild, si brillant avec Libération, hein. Et alors, ce qui est curieux, c'est que quand il s'agit de journaux qui disent du mal de moi, ça ne gène pas que ce soit un capitaliste, entre guillemets, qui en soit propriétaire. Alors que quand ce sont des journaux un peu plus objectifs, alors là cela devrait devenir gênant."

Où l'on apprend que pour Sarko, un journal "objectif", c'est un journal qui ne dit pas de mal de lui. Et aussi que pour lui le problème des médias se résume au manque de capitalisation. Or, un journal devrait pouvoir survivre avec les ventes et abonnements, voire avec la publicité, sans pour autant devoir engloutir des sommes faramineuses issues de la poche de PDG de l'industrie ayant des contrats avec l'Etat. Le problème des médias est bbeaucoup plus  complexe, bien que tout soit lié au manque de lecteurs pour la presse, et aux objectifs purement commerciaux des autres médias :

  • ils reflètent une pensée aseptisée : au risque de froisser le propriétaire, les actionnaires, les annonceurs ou une partie du public ou des lecteurs/ auditeurs, on fait consensuel, et si possible simple et court.
  • ils manquent de crédibilité aux yeux du public.
  • Mais le principal problème est le manque d'argent, qui amène de nombreuses contraintes de temps et de financement.
  • il y a une forte concentration des médias, c'est à dire qu'on assiste à la création de groupes multi médias, à partir de groupes industriels, comme Bouygues (le parrain du fils de Sarko), Lagardère (le "frère" de Sarko selon lui du moins avant que Paris Match fasse sa Une sur Cécilia et son amant), Dassault  (celui qui voulait "faire passer des idées saines" dans "son" journal, Le Figaro) ou Vivendi en son temps.

L'UMP de Sarkozy savait profiter de ce manque d'argent et fournissait, par exemple, les images des meeetings du candidat Sarko aux télés, y compris au JT de France 2. Les accointances entre les médias et le CAC 40 ont largement favorisé Sarko pendant la campagne, et ça continue aujourd'hui.

Selon les principes néo libéraux prônés par l'Europe, il est en effet déloyal de faire des lois anti concentration, puisqu'elles faussent la concurrence, et subventionner les médias n'est pas très orthodoxe non plus. Alors quoi? La seule solution serait-elle de vendre les médias au plus offrant, c'est-à-dire les multinationales et autres groupes ou conglomérats?
La fédération des droits de l'homme a publié un rapport intitulé "concentrations transnationales des médias en Europe", dans lequel elle souligne le " fait que la concentration des médias pourrait porter atteinte à la liberté d’expression et d’information en Europe, alors que celle-ci est vitale pour la démocratie et la culture. Dans certains secteurs des médias, tant la diversité de la production que l’accès de petits producteurs ou de producteurs indépendants au marché sont menacés".

De fait, dans certains secteurs il faut désormais tellement de moyens pour capter un public formaté par les groupes dominants, que les petites chaines ou radios, ou la presse indépendante sont littéralement écrasés. De plus, comme ces groupes sont transnationaux on assiste à une uniformisation des contenus, non seulement entre les différents types médias, mais aussi entre les médias des différents continents. Pour être sûrs de garder leur public, les médias produisent des contenus toujours plus consensuels et plus insipides, se copient les uns les autres et évitent absolument de sortir des sentiers (re)battus.
Si l'on ajoute à cela le fait que les actionnaires de ces groupes sont des industriels et qu'il ne faut surtout pas les froisser, et qu'il en va de même bien évidemment pour le(s) propriétair(e) et pour les annonceurs, on peut effectivement craindre pour l'indépendance des médias.
Comme l'a expliqué Le Canard Enchaîné dans son dernier dossier sur les médias, Bernard Arnault (celui qui vient de mettre la main sur le grand quotidien financier Les Echos, le propriétaire du groupe de luxe LVMH qui possède de nombreuses marques comme Vuitton, Berlutti, Guerlain, Dior ou Givenchy) achète de nombreux espaces publicitaires dans les magazines féminins, qui se voient contraints de vanter les produits LVMH autant sinon plus que de ceux des concurrents dans les pages -censées être- à contenu rédactionnel desdits magazines. LVMH a même été jusqu'à investir dans un logiciel qui compte le nombre de fois où ses marques et celles des concurrents sont citées dans ses magazines ainsi que ceux dans lesquels il investit via la publicité.

Quand certains pensent que les JT sont devenus le "Sarko show", que l'info n'a plus rien d'objectif, et que l'audience de la presse est en berne, il est temps de remettre sérieusement en question le processus en cours.

L'exemple du traité constitutionnel européen est révélateur: l'ensemble des médias commerciaux (y compris Libé et Le Nouvel Obs), emboîtant le pas aux partis politiques dominants (y compris le PS), ont prôné un vote favorable durant des mois, à grand renforts de Unes et, disons-le, de  mensonges par omission ou par simplification outrancière totalement indécents. Encore une fois, la machine de propagande (pardon, la "pédagogie", comme ils disent) a fonctionné à plein régime, le lavage de cerveau était seulement trop évident.

Et aujourd'hui, alors que le texte a été signé par Sarko et ratifié par l'Assemblée, de quoi parlent les médias? D'une ONG enlisée au Tchad mais qui, au moins, a le mérite de permettre à Sarko de jouer au cow boy une fois de plus. Ils nous parlent aussi de la très récente et pour le moins improbable "amitié" avec les Etats Unis, qui est certainement le pays envers lequel les français ont le plus de défiance. De quoi encore? Des grèves, comme d'habitude de manière très partiale, mais j'y reviendrai plus tard. Encore une fois, on occulte les choses qui pourraient ternir l'image de Sarko. D'ailleurs, il y a beaucoup moins de sondages d'opinion depuis quelque temps, vous ne trouvez pas?

Enfin bref, le constat est là: la plupart des édias ne sont absolument plus garants de notre démocratie, mais sont au contraire les vecteurs de la pensée unique distillée par les tenants du néo libéralisme, dont Sarko est l'instrument.