Personne n'ignore que depuis quelques mois, les Etats Unis mettent la pression sur l'Iran pour que celle-ci cesse un programme nucléaire dont aucun expert sérieux n'a pu affirmer l'existence. Mais cela reste accessoire, le but ailleurs. Comme pour l'invasion de l'Irak, n'importe quel prétexte sera bon pour tenter d'établir ce Grand Moyen orient dont rêvent les Etats Unis au moins depuis 2003, quand Bush a évoqué la question.

Le 3 décembre, Washington a rendu publique l'appréciation des renseignements américainsBushDiableIran1 ( National Intelligence Estimate, NIE) concernant l'état d'avancement du programme nucléaire iranien. Quelle ne fut pas la stupeur de l'auditoire lorsqu'on lui avoua que Téhéran a suspendu ledit programme fin 2003, à la demande de la communauté internationale. Diantre, les pressions de 2003 n'avaient donc pas permis d'envahir l'Iran il y a 4 ans? Qu'à cela ne tienne, on va nous ressortir les mêmes arguments, toujours aussi faux mais après tout c'était pareil pour l'Irak et les Etats Unis ont pourtant eu les coudées franches.

Même si le NIE estime que l'Iran pourrait réussir à produire une arme nucléaire d'ici 2015, la chose n'est pas encore d'actualité. Cela n'empêche pas deubeuliou de dire que l'Iran "reste un danger" et que "toutes les options restent ouvertes" quant à l'attitude face à l'Iran, comme si le préident US était resté scotché sur un rapport de 2005 indiquant que l'Iran est "déterminé à développer des armes nucléaires". Comme par hasard, le même jour (3 décembre), Ehud Barak, ministre israélien de la Défense, déclarait que l'Iran avait probablement relancé son programme nucléaire.

Côté européen, Javier Solana, qui mène la "diplomatie européenne", a lancé de l'huile sur le feu la semaine dernière, en demandant à l'Iran de cesser l'enrichissement d'uranium, la première étape dans la fabrication d'armes nucléaires. Mais il faut préciser que les installations iraniennes ne permettent pas à l'heure actuelle d'enrichir l'uranium autant qu'il le faudrait pour parvenir à ces fins. Le Conseil de SDécurité de l'ONU, quant à lui, vote des résolutions pour empêcher l'Iran d'enrichir son uranium. La tension monte donc aussi avec l'Europe et l'ONU, qui suivent les revendications US.

A ce stade, on doit aussi évoquer le rapport de l'AIEA (Agence Européenne de l'Energie Atomique),  qui a été enquêter en Iran et a seulement pu constater que l'Iran continue le programme d'enrichissement, mais pas qu'elle cherche à fabriquer des armes nucléaires. L'Iran a accepté de collaborer de manière satisfaisante avec l'AIEA, ce qui rend les résultats de l'enquête crédibles. C'est grâce à l'AIEA que Bush savait depuis le mois d'aout que l'Iran avait cessé son programme nuclaire depuis un bon moment.

Depuis 2002, l'Iran est un des Etats de l' "Axe du mal" des américains, tout comme l'Irak, deux pays au sous sol particulièrement riche en pétrole. Il y a bien une stratégie US pour mettre la main sur les richesses du Moyen Orient, à force de pressions économiques et internationales. Depuis quelque temps, Bush explique que pour éviter une "troisième guerre mondiale", il faut que l'Iran cesse son programme nucléaire. Ca sent le roussi, comme quand il avait dit qu'il fallait envahir l'Irak parce que Saddam soutenait Al Quaida. En fait, il y a une tendance dure, entre les néo cons US et les israéliens, qui veulent un durcissement des sanctions contre l'Iran , sachant pertinemment que cela entrainera une réaction potentiellement belliqueuse de l'Iran. dans le même style, on se rappelle des propos belliqueux de Kouchner cet été, comme quoi il fallait "se préparer" à une guerre contre l'Iran.

iran_youre_next_propagandaMême les anglais craignent que la violence de l'attaque US contre l'Iran ne détruise le pays, comme ce fut le cas en Irak. Une étude sortie fin août de cette année explique que « Les Etats-Unis ont fait des préparatifs dans le but de détruire les armes de destruction massive de l’Iran, son énergie nucléaire, son régime, ses forces armées, son appareil d’Etat et son infrastructure économique dans les quelques jours, sinon les quelques heures qui suivraient un ordre donné par le président George W. Bush ». Les mêmes experts estiment que les Etats Unis ont d'ores et déjà près de 10 000 cibles en Irak, sur lesquelles sont déjà pointés leurs missiles.

Prévoyants, les Etats unis ont déjà placé des forces navales, dont un porte avion nucléaire, dans le Golfe Arabo Persique, histoire d'intimider Téhéran. Ils avaient déjà fait le coup en 2003 face à l'Irak et en 2001 face à l'Afghanistan, mais là il semble que les moyens déployés sont autrement plus importants. L'Iran, logiquement, a positionné ses sous marins et autres navires dans le secteur...

Encore une fois, on pourrait presque écrire tout le scénario, rien qu'en reprenant celui de l'attaque contre l'Irak. Les Etats Unis persistent à ignorer les rapports démontrant qu'il n'ya pas d'armes nucléaires en Iran, et affirment que Téhéran dissimule ses installations. Pas très original, c'était exactement pareil en 2003. La suite? Des sanctions, voire un embargo, et l'Iran se retrouvera acculée. Avec un islamiste nationaliste au pouvoir, le résultat est sans suspense: on va aller droit au clash.

En outre, les armes nucléaires ne sont plus la panacée, on a trouvé bien mieux: les armes biologiques ou bactériologiques, qu'on a nous même fournies sous le manteau à l'Irak comme à l'Iran dans les années 90, et qui auront un impact autrement dangeraux que les bombes nucléaires.