Sarko et les patrons de groupes médias, on le sait, c'est une affaire qui roule. Le yacht de Bolloré entrait dans ce système: Bolloré paie une semaine à Sarko sur le plus grand yacht du monde, en échange Sarko va lui faire une petite place dans le nouveau PAF. Sarko qui appelle Lagardère pour faire virer Alain Genestar, patron de Paris Match, après une couverture qui n'a pas plu, Sarko qui annonce qu'Harry Roselmack sera le prochain présentateur de TF1, et rebelote avec Laurence Ferrari (eh oui, il n'y a pas que la destinée de Lilian Thuram qui préoccupe Sarkoléon). Mais qu'on ne se méprenne pas: Sarkoléon l'a   dit et répété, il n'a jamais influencé les nominations ou les renvois, dans les médias...

Nicolas et les médias

Nicolas aime la com', depuis toujours. Alors qu'il était maire de Neuilly, Sarko avait déjà monté en 1985 Neuillyv_7_1036733_1205864468 Communication, un groupe pour causer, moyennant 1500€ par an, avec quelques PDG du cru et des publicitaires, comme JC Decaux (les Vélib'), Martin Bouygues, Nicolas de Tavernost (M6). Comme ça au moins il était sûr de contrôler son image, comme tout bon petit père du peuple. Cette proximité, forcément, a continué, comme le montrent régulièrement les exemples de l'ingérence sarkozyste dans les médias. Et puis, pendant sa xcampagne, il a su contrôler son image, puisque les images de l'UMP étaient très souvent réutilisées par les chaînes, TF1 et France 2 comprises.

Il devient ministre de la Communication en 1995, en même temps qu'il est au Budget (où il nous a creusé en 1 an un trou aussi gros que durant les 12 années précédentes!). Là, il peut donc financer comme il l'entend les groupes médias, ce qui permet de jouer à "je te tiens, tu me tiens par la barbichette" avec les patrons de médias. Puis, pendant sa traversée du désert, il écrit sous pseudo aux Echos.

On était en pleine campagne (enfin, Sarko était en campagne depuis novembre 2002), à l'été 2005, tout le monde savait que Cécilia voulait prendre de l'air, mais quand Paris Match fait sa Une avec Cécilia et Attias, son nouveau zig, cela occasionna une furieuse crise de nerfs du Chef. Son sang ne fait qu'un tour, il appelle Alain Genestar (directeur de la rédaction) pour l'incendier, puis Arnaud Lagardère (le "frère" de Sarkoléon) pour l'incendier également, afin qu'il dégage subtilement Genestar. Ben oui, y'a eu crime de lèse majesté, bien que Sarkoléon ne vive pas sans étaler sa vie privée dans la presse people.
« Grâce aux liens qui me rapprochent de Martin Bouygues, je sais qu’il y aura un Noir au 20 heures de TF1 cet été »
... Toujours en pleine campagne, c'est par ces mots subtils que Sarkoléon annonce qu'Harry Roselmarck sera le nouveau présentateur du JT de TF1, alors que personne n'était encore au courant dans la chaîne.

A peine élu, il annonçait déjà la couleur, avec son repas au Fouquet's, entouré des grands noms des médias comme Bernard Arnault, Martin Bouygues, Serge Dassault, Alain Minc, François Pinault ou Albert Frère, un belge ultra puissant dans les médias notamment, amis aussi à EADS.

Nicolas Big Chief des médias

Le même Sarko, qui annonce aux journalistes des Echos (groupe LVMH de Bernard Arnault, autre grand ami de Sarkoléon, parmi les plus grosses fortunes de France) que Nicolas Beytout, représentant de la pensée unique, habitué du Bilderberg et membre de la Trilatérale, deux "machins" de Rockefeller, venu du Figaro,  sera leur nouveau chef de l'information. Il leur a dit cela, entre le fromage et le dessert, si on peut dire, lors d'une réunion à l'Elysée pour parler d'actu. Au passage, Arnault a choisi lui-même qui rachèterait son ancien journal économique, La Tribune: Alain Weill, qui possède aussi BFM, la radio ultra libérale.

Et qui remplace Beytout au Fig? Etienne Mougeotte, transfuge de TF1. Le monde est petit... Dès son arrivée, il a fait le grand nettoyage: on vire les chiraquiens (40 journalistes), on garde les sarkozystes convaincus. La Cour, quoi... Et puis, Mougeotte a sa vision du journalisme, un peu particulière, mais tellement dans la ligne de TF1: " Il faut instaurer un vrai partenariat entre les les agences de communication et les médias" dit-il en évoquant le Figaro, avant d'ajouter que "Le journal est libéral et ne doit pas avoir peur de l'affirmer dans ses colonnes. Il défend l'entreprise clairement. Vendre, certes, défendre ses positions aussi !". Comme ça, c'est clair: il n'est point question d'objectivité au Figaro. Tout ceci ne choque évidemment pas Dassault, proprio du Figaro, qui a bien dit qu'acheter un journal "sert à faire passer des idées saines".

camargue_sarkoEt pour remplacer Mougeotte à TF1? Eh bien Sarko a mis son copain Laurent Solly, qui était son directeur de campagne adjoint juste avant. L'annonce a été faite par Franck Louvrier, un des porte parole de Sarkoléon. Ben oui, ça se passe comme ça dans les Républiques bananières. Et pour remplacer Le Lay, l'homme du temps de cerveau disponible pour Coca Cola, il a mis Nonce Paolini, un proche ami paraît-il. Comme ça, pas de problème avec TF1.

Plus récemment, l'affaire PPDA défraie la chrnoique. Martyr du sarkozysme ou simplement has been selon Sarkoléon, PPDA s'est -enfin- fait éjecter. Et qui a annoncé en avant première le nom de sa remplaçante, Laurence Ferrari? Sarko évidemment, qui avait une sérieuse dent contre un PPDA qui l'aurait "traité" de "petit garçon" lors de son élection. Bien sûr, l'UMP nie farouchement.

Comment Nicolas voit les médias

Mais, à côté de tout cela il y a plus grave: la pression créée par Sarkoléon et son entourage sur l'ensemble des médias fait qu'outre la censure, vient désormais l'auto censure.
Par peur de risquer leur place, beaucoup de journalistes et chefs de rédaction préfèrent zapper un sujet qui risquerait de déplaire à Sarko. Les cas étaient innombrables pendant la campagne (qui a duré 5 ans pour sarko) et juste après. Par exemple, pendant les émeutes de 2005 des journalistes de  France 2 ont filmé des flics en train de tabasser des jeunes. Almors, Chabot a simplement retiré le reportage du site de la chaîne.

Et puis, quand Sarko reçoit le staff de Marianne, pour leur dire qu'il voudrait "en finir avec le journalisme desarkozyDM2308_468x304 dénigrement pour promouvoir un journalisme pédagogique de l'action gouvernementale", on peut clairement se demander s'il a un quelconque respect pour la sacro sainte indépendance des médias, nécessaire dans une société démocratique, selon la Convention Européenne des Droits de l'Homme. Quand il dit à TF1 (!!!) que la chaîne ne couvre pas assez ses -innombrables- déplacements, pareil.

Toujours Sarko, dans cette interview surréaliste au Nouvel Obs, expliquant savamment que "ce qui est curieux, c'est que quand il s'agit de journaux qui disent du mal de moi, ça ne gène pas que ce soit un capitaliste, entre guillemets, qui en soit propriétaire. Alors que quand ce sont des journaux un peu plus objectifs, alors là cela devrait devenir gênant". Où l'on apprend, au passage, qu'un journal "objectif" pour Sarko, c'est un journal qui ne dit pas de mal de lui...

Enfin, il reste les attaques pour diffamation, comme pour le Nouvel Obs, avec l'histoire du texto à Cécilia, juste avant le mariage avec la mère Carla. Et le journaliste qui a sorti l'info a lui aussi proté plainte pour diffamation, comme ça tout le monde est content.

Tout cela avance en même temps que l'anéantissement des lois anticoncentration des médias, destinées à garantir un semblant d'indépendance. cette loi a été instaurée après la 2ème guerre mondiale, quand on a eu le loisir de constater que tous les grands titres de la presse, entre les mains du patronat, avait été collaborationniste. Mais on a de la marge, car selon Sarko "il n'y a pas de concentration" des médias en France...

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Alors, d'un côté on a les médias qui appartiennent à de grands groupes privés dont les patrons sont des amis de Sarkoléon, et de l'autre on a des chaînes publiques vouées à disparaître dans la médiocrité faute d'argent, mais qui en plus seront placées directement sous l'influence du même Sarkoléon. Car, désormais il nommera lui-même, sans demander l'avis du CSA, le président de France Télévisions (F2,F3,F4, F5 Arte et France ô). Là, on revient juste à l'ORTF, l'organde de l'Elysée...

A France Monde (France 24, RFI et TV5), Sarko a choisi la mère Ockrent, épouse à la ville du gauchiste va-t-en-guerre Kouchner. Quelque mauvais esprit pourrait craindre un sévère conflit d'intérêts, mais pas Sarko.

Le mieux, c'est que Sarko se considère comme une victime des vilains médias, de "déchaînement médiatique"... Alors qu'il démantèle le service public et les valeurs qui lui restaient, Sarko-la-Victime a été pris en flagrant délit de menace envers un technicien de France 3 qui ne lui avait pas dit bonjour sur le plateau. "Ca va changer", a menacé Sarkoléon. Et, pour une fois, on n'en doute pas.

Enfin bref, la liberté de la presse a pris une sale décharge de plomb dans l'aile depuis quelques années. Les journalistes savent que l'étau se resserre, autant au sujet de la protection des sources, que du statut, que de la mainmise du pouvoir politique dans les médias français, et enfin de la crise de financement des médias. Dans de pareilles conditions, l'indépendance des journalistes et des médias est évidemment fort compromise, la marge de manœuvre se restreignant considérablement mois après mois.