La crise qui n’existait pas l’été dernier nous frappe aujourd’hui de plein fouet. Qu’a t-on fait depuis le krach de 1929 pour réguler les excès des spéculateurs et de la haute finance ? Absolument rien. Aujourd’hui, de savants économistes nous vantent les mérites d’un bon krach, pour que tout revienne à la normale, comme par enchantement. D’autres nous parlent déjà d’une « organisation mondiale de la finance »…

 

 

Sarkozy, lundi, réclamait devant l’ONU des « sanctions » contre ceux qui selon lui sont « responsables du désastre ». C’est un peu osé, puisque cette crise est liée à l’excès de prêts hypothécaires, que le même Sarko préconisait encore de développer pendant la campagne électorale, alors que les subprime (les crédits hypothécaires en question) commençaient à faire chuter sérieusement l’économie US. Car il l’a dit été répété : « une économie qui ne s'endette pas suffisamment, c'est une économie qui ne croit pas en l'avenir, qui doute de ses atouts, qui a peur du lendemain. C'est pour cette raison que je souhaite développer le crédit hypothécaire pour les ménages et que l'Etat intervienne pour garantir l'accès au crédit des personnes malades. » Outre l’inconséquence de tels propos alors que la crise subprime se déclenchait, on ne peut que relever l’extrême mauvaise foi de celui qui est hélas notre Président . A la tribune de l’ONU, l’irascible ( qui a étrangement reçu le prix d’ « homme d’Etat de l’année » des mains d’un rabbin US) a parlé de « reconstruire un capitalisme nouveau et régulé»

 


krachC’est marrant, on avait déjà entendu ça au début du XXème siècle. Quand, juste après une crise financière liée à un excès de spéculation (comme d’habitude) et au retrait massif des grandes banques des marchés financiers, des banquiers (dont JP Morgan, puis James Warburg, Rockefeller etc.) ont crée le système de la Réserve Fédérale, qui pouvait émettre la monnaie à la place du Congrès américain et dont le fonctionnement est pour le moins opaque. Ce n’était rien moins qu’une usurpation. En même temps, on a obligé les gens à revendre leur or à ladite Réserve Fédérale, quitte à en interdire purement et simplement la possession, et on a crée l’impôt sur le revenu, histoire de remplir les caisses. Depuis, la FED n’a jamais empêché un e seule crise, bien au contraire.

 


Car, la crise subprime est due à un excès de crédits hypothécaires pourris, mais ce qui a tout déclenché est la forte augmentation des taux d’intérêt, qui a contracté l’économie en très peu de temps, provoquant la panique qu’on subit aujourd’hui les conséquences. En effet, entre le 30 juin 2004 et le 29 juin 2006, la FED a augmenté 12 fois son taux d’intérêt, le faisant passer de 1% à 5, 25%, ce qui a plongé les gens ayant contracté des prêts hypothécaires à taux variables dans le surendettement.

 

Le système de banques centrales donc, loin de « réguler » la finance, provoque aussi les crises. Normal, puisque ces banques dites centrales sont privées, et appartiennent à des actionnaires qui sont les grandes banques.

 

C’est aussi pour cela que ces banques centrales réinjectent des centaines de milliards de –vrais- euros dans un système financier en pleine bérézina : on cherche à sauver les bijoux de famille. Mais à part cela, que font-elle ? Parle t-on de contrôler le système financier, d’imposer des règles ?

 

Non, aujourd’hui on en est à nous parler d’ « organisation mondiale de la finance », qu’on mettrait en place à subprime_porking_partir du FMI (dont l’efficacité laisse sérieusement à douter). Une super banque mondiale, en somme ? Ne gloussons pas, une telle idée serait absolument catastrophique, car elle permettrait à quelques banquiers de décider de l’économie mondiale de manière absolument anti-démocratique.

 

On nous referait ainsi un « nouveau Bretton Woods » (dixit le Cercle des économistes ou encore François Hollande, qui prône « un renforcement des institutions financières internationales et des organismes de contrôle des banques »), forcément aussi opaque et inefficace que le premier. Aujourd’hui, la monnaie ne correspond plus à rien, comment peut-on alors garantir un système viable à long et moyen terme, particulièrement si l’on veut préserver la liberté de spéculer sans contraintes ?

 


Ce « nouveau Bretton Woods », évidemment, servirait essentiellement à conserver le statu quo actuel, afin que le système monétaire et financier n’échappe surtout pas aux banques. On va préconiser de « maîtriser les déficits publics », de mener des politiques de rigueur, d’ « améliorer la compétitivité des entreprises », d’aller vers un système « plus transparent »… Mais finalement les spéculateurs pourront continuer leurs petits jeux nuisibles, et le contribuable renflouera les caisses. Privatisons les profits, nationalisons les pertes, n’est-ce pas. C’est ce que font les Etats Unis, qui prévoient un plan de 700 milliards de dollars pour limiter les dégâts, mais ce sont 700 vrais milliards, ceux des contribuables, qui vont partir en fumée. En fait, l’Etat va racheter des actions pourries, qui ne valent plus rien à part des dettes, aux frais du contribuable, uniquement pour éviter que les banques aient des comptes qui ressemble davantage au gouffre de Padirac qu’à une comptabilité saine.

 


DSK, lui, nous parlait dans Le Monde de mardi d’une« solution globale » à la crise. Tant qu’à faire… Onsubprime_porking_ nous a bien crée l’ONU et le système de Bretton Woods après la crise de la 2ème guerre mondiale, pourquoi ne pas avancer encore d’un cran vers le gouvernement mondial en nous imposant une instance supra nationale et mondiale ? DSK explique même, au cas où on pensait que sa solution globale pousserait les spéculateurs à se serrer la ceinture, que « A court terme, une telle approche doit prendre en compte trois éléments : l'approvisionnement en liquidités ; le rachat des actifs dévalorisés ; l'apport de capitaux aux institutions financières ». Simple question : avec quel argent ? Du vrai argent tiré sur les compte épargne des citoyens, ou bien avec des prêts pourris ?

 

En tout cas, l’épargnant devra laisser ses sous à la banque. Et puis, si tout le monde retire en même temps, les banques rencontreront un léger problème…

 

D’ailleurs, notre ami Strauss Kahn (le socialiste vous vous rappelez) vient encore de confirmer que ce sera bien au contribuable d’éponger les dettes des traders fous, car bien sûr « une recapitalisation du système financier s'impose, et nécessitera vraisemblablement un soutien public ». Sans blague ?

 

Histoire de bien rassurer le contribuable, DSK enchaîne : « L'effort initial des finances publiques doit être massif, mais cela n'implique pas que, à l'arrivée, le contribuable doive y perdre (même si ça semble très mal parti). L'expérience internationale montre que, en s'y prenant bien (on lui fait confiance…), l'Etat peut espérer recouvrer une grande partie de son investissement initial. Mais, si cela n'était pas le cas, des efforts budgétaires importants seront alors nécessaires pour garantir la stabilité à long terme des finances publiques. ».

 

Et puis, Hollande s’aligne, comme par hasard , en déclarant qu’au niveau européen ce serait bien de « coordonner » les politiques économiques… Mais dans quel sens ?

 

Sarko, quant à lui, évoquait, toujours devant l’ONU, une « gestion collective » de la crise, à l’intérieur d’un très démocratique G8 élargi… Mais ladite crise n’a probablement pas gâché son voyage New Yorkais, au milieu du ghotta local et de ses copains du CAC 40. Car, il est visiblement très aimélà-bas, au moins par quelques sionistes comme ceux de la Fondation Elie Wiesel qui lui ont remis leur « prix humanitaire »…

 

 

Voilà donc le programme. On le savait bien, comme d’habitude c’est l’argent public qui finit aspiré dans le gouffre des crises spéculatives.

 

Les représentants des pays du Sud, à l’instar du président brésilien, peuvent toujours dénoncer les « fondamentalistes du marché », ou bien comme le président nicaraguayen constater que « Ce sont toujours les pauvres qui payent le prix de la cupidité débridée et de l'irresponsabilité des puissants », ce ne sont ni un G8 ni un gouvernement économique mondial qui empêcheront les prochaines crises. Bien au contraire même, si l’on jette simplement un œil sur les crises du siècles dernier, toutes liées à la spéculation et aux délires des banques.

Complément (19/10/08)

Sur le site de l'UMP, on peut lire quelques jours à peine après le début des gesticulations de Sarko, une page intitulée "Pour un nouvel ordre économique mondial". Mais bien sûr, tout ça c'est pour avoir "un capitalisme moral", le même qu'on nous prônait après le krach de 1929, et qui a justifié Bretton Woods, le Consensus de Washington, le FMI, la Banque Mondiale, l'OMC et les crises qui s'en sont suivies. Car, ce que Sarko veut, c'est qu'on ne change surtout rien au système financier. On se rappelle de son credo de la retraite par capitalisation, des mutuelles complémentaires ou des prêts hypothécaires même pour les plus pauvres, par exemple. Ils erait fort étrange qu'il ait changé d'avis en l'espace d'un été. La preuve, c'est que dans la même page de l'UMP, on nous dit que justement il faut "poursuivre les réformes sur le terrain du travail, de l'investissement et de la solidarité". Et ça commence par quoi? Supprimer 36.000 postes de fonctionnaires (pour "redonner à l'Etat" les "marges de manoeuvre" qu'il a perdues notamment avec les cadeaux fiscaux de l'été 2007...), ou une "réforme" de la taxe profesisonnelle (on craint le pire).

Etrangement, le MEDEF évoquait déjà un "nouvel ordre économique mondial" en ... 2006! Il y a exatement 2 ans. En 2001 c'était Elie Cohen, un des "intellectuels" français ayant pignon sur rue et systématiquement voix au chapitre dans les médias commerciaux français, qui parlait de ce concept. Certes, Giscard avait déjà l'idée en tête en 1975, donc après le krach pétrolier de 73 -comme c'est étrange. Le terrain est donc préparé depuis un moment, aujourd'hui au simple nom d'un "capitalime moral", on va pouvoir passer la sauce.

C'est donc à Camp David que deux semaines après le début du brassage d'air international (manifestement stérile mais on s'y attendait) au sujet de la crise, nos dirigeants vont "refonder le capitalisme" et préparer en petit comité, avec quelques banquiers et commissaires européens, ce nouvel ordre économique mondial.