On n'osait l'espérer: désormais, on aura le droit de travailler jusqu'à 70 ans. Sur base du volontariat, évidemment, même si avec 300 € de retraite mensuelle on peut relativiser la notion de volontariat. Si les syndicats critiquent la mesure, le Medef, qui travaille les mentalités sur ce sujet depuis des années, ne cache pas sa joie d'avoir obtenu gain de cause.

C'est bien connu: après 42 ans passés sur une chaîne de montage, on en redemande. Mais Sarko a quand même vouluretraites8 justifier sa réforme: eh oui, il faut bien que ceux qui ont mini retraite continuent à travailler, sinon comment survivraient-ils?
Xavier Bertrand a donc annoncé lundi que les fonctionnaires bénéficieront de l'extrême privilège de bosser jusqu'à 70 ans s'ils le veulent (comme pour aller bosser le dimanche). Ca fait 5 ans d'un coup, pas mal tout de même. On commence par les fonctionnaires pour montrer l'exemple, après on généralisera la réforme. Après tout, il s'agit d'un amendement glissé en pleine nuit par l'UMP, au milieu d'une session sur le financement de la sécu.

Celui qui a placé l'amendement, c'est le député de Moselle Denis Jacquat, médecin ORL de son Etat, pilote du groupe de travail parlementaire sur la longévité (sic.) destiné à "faire réfléchir les parlementaires à la problématique de l'allongement de la durée de la vie et ses conséquences socio–économiques" et rédacteur du rapport sur la branche vieilliesse du Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale pour 2009. Sans surprise, ledit rapport évoque le déficit abyssal de la Sécu (sans préciser que l'Etat oublie de reverser de nombreuses taxes à cette pauvre sécu), avant de proposer diverses mesures destinées à faire des économies. Enfin bref, on sent l'homme très concerné par le sujet de la vieillesse.

Vivra-t-on plus vieux que nos grands parents? Pas sûr...

Tout cela serait très bien si la plupart d'entre nous pouvait atteindre l'âge bientôt canonique de 70 ans. Car, après avoir grandi dans un environnement pollué, mangé des OGM, trop gras, trop sucré et trop salé, subi des campagnes de vaccination et le nuage de Tchernobyl, il est fort probable que la fameuse espérance de vie qui sert de caution pour reculer toujours un peu plus l'âge de la retraite, soit en régression à l'avenir.
Aux Etats-Unis, l'espérance de vie a déjà commencé à diminuer, par les effets conjugués de l'obésité et de l'absence de couverture médicale pour des millions d'américains.

En Europe, on y est aussi, mais ce serait plutôt à cause des particules fines liées aux transports, à l'industrie etc. Et en moyenne, selon le rapport de l'IIASA les Européens auraient perdu 8,6 mois d'espérance de vie, en 2000. Le record est détenu par la Belgique, dont les habitants auraient quant à eux perdu 13,6 mois. Si on ajoute l'obésité et le recul des couvertures sociales dans toute l'Europe, on a probablement perdu davantage. Des études qui commencent à être nombreuses dénoncent la pollution et ses conséquences sur notre durée de vie. Et même si on n'en parle pas, il est évident que notre milieu de vie, notre environnement,  a un impact sur notre santé. On pourrait aussi aborder les risques liés aux OGM et aux téléphones portables, mais aujourd'hui rare sont ceux qui croient encore en leur innocité.

Et puis il y a encore tous ces cancers, qui malgré les avancées scientifiques, ne font qu'augmenter, y compris chez les enfants (aux abords des centrales nucléaires par exemple, ou dans l'est de la France, là où le nuage de Tchernobyl a été le plus dense). Même l'INSERM dit que les cancers augmentent depuis 20 ans (surtout ceux de la prostate, du sein -avec 2,4% de cas supplémentaires chaque année entre 1980 et 2005, de la thyroïde avec + 6% par an sur la même période), comme c'est étrange. Toujours selon l'INSERM "Les modifications de l'environnement pourraient être partiellement responsables de l'augmentation constatée de l'incidence de certains cancers". Les pesticides sont également pointés du doigt. Ah tiens première nouvelle. On nous l'aurait dit, quand-même, si la pollution était nocive...

Tout ce système a au moins l'avantage d'enrichir les firmes pharmaceutiques qui fournissent de couteux "traitements" aux nombreuses personnes atteintes de cancers.

retraitesDes retraites inégalitaires

Il y a encore un autre problème: les retraites de plus en plus minables. Comme le dit Jean François Le Duigou de la CGT "Cette mesure traduit bien la réalité d’aujourd’hui : de moins en moins de salariés auront la totalité de leurs droits à 60 ans et une retraite suffisante à 65 ans. Ils devront donc chercher à poursuivre leur travail voire à cumuler emploi et retraite". Effectivement à ce rythme-là, on va vite revenir aux Bureaux de Charité du XVIIè siècle et effacer les acquis du pacte de 1945.

Et puis, on ne peut pas oublier l'inégalité entre hommes et femmes au niveau des retraites, et les écarts entre ouvriers et cadres. Ni les conditions de travail qui font que les ouvriers meurent plus vite que les cadres. Si une femme gagne 40% de moins qu'un homme (et 20% de moins par heure pour la même catégorie professionnelle) durant toute sa carrière, sa retraite sera inférieure également.

Enfin, l'accès aux soins pour les plus pauvres n'est plus garanti en France, si bien qu'ils se soignent moins. Alors quand ils arrivent à l'hôpital, leur maladie est déjà avancée, et leur espérance de vie diminuée. Un ouvrier sur 10, par exemple, n'a pas de mutuelle.

Et ça fait quelques années que nos dirigeants s'acharnent à détruire notre système de retraites. On se souvient notamment de la réforme Balladur en 1993, pour (ou plutôt ontre) le régime général (allongement de la durée de cotisation à 40 pour avoir une retraite potable, calcul de la retraite sur les 25 meilleures années au lieu de 10 auparavant, indexation sur les prix et non les salaires), ou encore des lois Fillon en 2003, qui ont poussé pour que les vieux restent au travail tout en innovant avec les retraites par capitalisation.

Mais oh surprise le mouvement avait commencé sous le gouvernement Jospin avec la création par Fabius de l' "épargne salariale", où il s'agit ni plus ni moins que de pousser les salariés à épargner pour leur retraite. Les salariés sont donc "intéressés" aux résultats de leur entreprise, ce qui n'est pas plus mal puisque les vrais salaires (salaire réel) stagnent voire régressent et l'argent qu'ils mettent (certainement avec des difficultés) de côté est exonéré d'impôts, ce qui fait autant d'argent en moins pour l'Etat.

Si Sarko veut continuer sa casse sociale, en imposant par exemple la retraite par capitalisation si chère aux néo libéraux du medef et de la Commission européenne à la place du système solidaire, ou développer les fonds de pension comme il voulait encore le faire avant la crise subprime, il y a fort à parier que beaucoup de retraités devront tirer le diable par la queue dès le 15 du mois.