L’étau se resserre, sur les gauchistes. Campagne de presse contre des pseudo terroristes, rapports des RG & Co toujours plus inquiétants, pression sécuritaire et flicage, voilà donc l’ambiance, en ce début de XXI ème siècle. Depuis l’accession au pouvoir du Chef, les mots sont choisis pour stigmatiser un ennemi intérieur –forcément- menaçant.


Ladite tension n’est certes pas nouvelle. Chaque régime fasciste avait son ennemi intérieur, comme par hasard à terrorismegauche. Plus récemment, les RG s’excitent sur l’ « ultra gauche » depuis quelques années. Normal, les anti capitalistes sont une menace pour le système.

Dès 2001, donc, l’ex DCRG publiait un rapportExtrême gauche 2000 » (commandé par Chevènement alors en poste à l’Intérieur), qui pointe du doigt 155 personnes et 254 organisations (comme Act Up, Agir ensemble contre le chômage ou le Collectif National pour le droit des femmes par exemple), mises dans la catégorie « extrême gauche ». Bon, ledit rapport était illégal, mais ce n’est qu’un détail : il faut bien étouffer dans l’œuf toute velléité gauchiste. sobrement intitulé «

A l’époque, même des « squats politiques » étaient qualifiés d ‘ « inquiétants », « développant un système de lutte contre l'autorité »  et accusés d’être des « lieux de passage et de brassage de populations mouvantes contribuant au moins partiellement à la violence urbaine ». Rien que ça…

Les rapports, au fil du temps, se mirent à évoquer des liens entre l’extrême gauche française née d’après eux de la crise anti CPE, et les islamistes, ou encore d’autres gauchistes européens. On n’a que l’embarras du choix sur la question.

Depuis que nous sommes passés en Sarkoland, les arrestations de jeunes gauchistes en possession ou non d’explosifs se succèdent au rythme des rapports RG. Les médias, comme Le Point ou Le Figaro, se sont d’ailleurs empressés de relater lesdites arrestations ainsi que le contenu desdits rapports. Des villes comme Toulouse, Montpellier, Nantes, Rennes, Grenoble, Lyon ou Paris et leurs universités sont stigmatisées, comme étant des repères d’ « ultra gauchistes ». Il convient donc, évidemment, d’accroître la surveillance et la répression.

Le jour où Sarko a été élu, et la semaine qui a suivi, ont connu une vague d’émeutes sans précédent dans notre République. On n’aimait pas Chirac, pourtant il n’y a pas eu d’émeutes après ses deux élections. Pour Sarko, oui. Pourquoi ? Quelle est la différence ?

Il se trouve que sarko cristallise les pires peurs des esprits libres, il incarne une dérive démocratique et politique, il promeut des idées fascisantes et nocives. Normal, donc, qu’une partie des jeunes qui ont du voter contre Le Pen en 2002 se soient rebellés, cette fois-ci. Suivis par les plus jeunes, ceux des cités, qui, jerricanes à la main, sortaient alors de leur cité pour mettre le feu dans le centre-ville. Et cela, une bonne semaine durant.

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C’est donc cela, qui a dérangé Sarko. Crime de lèse-majesté s’il en est : on ne conteste pas Sarkoléon. Alors on se met en chasse, sous les flashes. On fait monter la tension, quitte à mettre soi même le feu aux bus, quitte à inventer un groupe terroriste anti SNCF à partir d’un fait de délinquance. Bientôt, le simple fait de manifester contre une réforme sera assimilé à du terrorisme.

Et ce sera pareil pour ceux qui détiennent de la littérature gauchiste, puisqu’il semble que les livres soient considérés par les flics comme étant des preuves d’activités terroristes. Heureusement qu’en France, on a le droit de penser ce qu’on veut..

Aujourd’hui, le journal de Serge Dassault, qui véhicule des « idées saines », évoque le dernier rapport RG en date sur la question des « anarcho-autonomes » ou de l’ « ultra gauche », appelez l’épouvantail comme vous voulez. Il s’intitule «Du conflit anti-CPE à la constitution d'un réseau préterroriste international : regards sur l'ultragauche française et européenne » et répète encore une fois que le mouvement de gauche est parti de la crise anti CPE. Certes, il faut bien trouver des raisons. Mais les choses sont évidemment plus compliquées.

Le rapport, comme d’autres avant, met en lien différents évènements qui n’ont pas grand chose à voir : une tentative de faire exploser un véhicule à Rennes, les sabotages de la sncf, les manifs étudiantes…

Donner une cohérence à tout cela est en effet assez difficile, et pour cause !

Quoi qu’il en soit, les RG évoquent une « ultra gauche européenne ». On parle aussi de la gauche italienne, allemande, toujours radicale bien sûr… Si bien que l’on peut désormais parier sur la mise en place dans les prochains mois d’une cellule européenne de lutte contre le terrorisme de gauche, avec les moyens qui vont avec.

Car, les fichiers sont en place, les techniques de surveillance des gauchistes également, mais surtout, c’est la criminalisation rampante de l’ennemi intérieur gauchiste qui se met en place progressivement. Dans peu de temps en effet, il sera dangereux de contester notre système qui n’a de démocratique que le nom. Il sera probablement très dangereux de contester Sarko et ses réformes contre productives. La liberté d’expression (« pierre angulaire » d’une démocratie, selon la Cour Européenne des Droits de l’Homme) et la liberté de penser sont simplement en train d’être remises en cause sous nos yeux, parce que de jeunes gauchistes sont assimilés à des terroristes.

 

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