Le budget communication de l’Elysée, en plus d’être opaque, a explosé ces derniers temps. De fait, Sarko, l’œil collé aux derniers sondages, est depuis toujours un grand consommateur de sondages et autres études d’opinion.

D’après Le Point, en 2009 l’Elysée a versé 300.000 euros à IPSOS, et 820.000 euros à Publifact et2007_04_20T160324Z_01_NOOTR_RTRIDSP_2_OFRTP_FRANCE_PRESIDENTIELLE_SARKOZY_20070420 Publiopinion entre janvier et juillet 2009. En 2008, Publifact a facturé pas moins de 130 missions à L’Elysée, et la Cour des Comptes a calculé que cela revenait à 1,5 million d’euros. En plus, tout cela s’est passé en dehors de tout appel d’offres, et la Cour des Comptes a même osé s’interroger sur l’ « utilité » desdites enquêtes : en effet, puisqu’elles venaient d’être publiées dans Le Figaro à quoi servait-il à l’Elysée de payer 392.288 euros pour obtenir ces mêmes informations ?

Ces deux sociétés (Publiopinion et Publifact) appartiennent à un dénommé Patrick Buisson, qui est sous contrat avec l’Elysée. Buisson, un ancien journaliste grand fan de l’OAS, a commencé sa brillante carrière à Minute, ce journal d’extrême droite dont il finit par diriger la rédaction avant de passer chez Valeurs Actuelles en 1987. Puis, il se met à conseiller les politiques, comme De Villiers, Madelin ou Bayrou tout en étant présent sur LCI et au Figaro, ce qui lui donne une crédibilité.

Publifact, un institut sans bureau qui ressemble davantage à une boîte postale qu’à une entreprise sérieuse, a commandé –sans appel d’offres- quelques sondages à Opinion Way pour l’Elysée (publiés par le Figaro et LCI[1], les médias officiels du Sarkoland), ce qui explique pourquoi Opinion Way n’apparaît pas parmi les entreprises qui ont touché du fric directement de l’Elysée. D’après la Cour des Comptes, une quinzaine d’enquêtes payées par l’Elysée avec l’argent du contribuable ont été publiées par Le Figaro ou citées par LCI. Tout ce cirque s’est miraculeusement arrêté après la publication du rapport de la Cour des comptes en juillet.


 

karch_sarko_131_2_600sAujourd’hui, après avoir mené en partie la campagne présidentielle et avoir reçu la Légion d’honneur des mains de Sarko, Buisson devenu politologue grâce à LCI, bénéficie du titre ronflant de conseiller en stratégie de Sarkoléon. Normal, Sarko le dit lui-même : c’est « grâce » à Buisson qu’il a été élu. Merci Buisson.


Pour résumer, on peut dire que Buisson est un des grands communicants de Sarko. Il analyse probablement certains phénomènes, mais son but est surtout de présenter l’action de Sarko sous un jour favorable, quitte à commander des sondages ad hoc. Pour cette activité de conseil, il touche au moins 10.000 euros (hors taxes) chaque mois.

Pierre Giacometti, ex patron d’IPSOS présent au Fouquet’s le soir de l’élection, bénéficie quant à lui de 43.500 euros par mois pour réaliser différentes études et analyses. Il est aujourd’hui à la tête de «

Giacometti Péron & Associés », une boîte de conseil qu’il crée en février 2008. D’ailleurs, l’IPSOS, quand Giacometti était encore à sa tête, a réalisé 95% des sondages commandés par l’Elysée entre juin 2007 et mars 2009.

En 2010, le budget prévu rien que pour les sondages commandés par l’Elysée est de 1,3 million d’euros. Une paille.

 

D’autant qu’en principe, le SIG, le service d’information du gouvernement, est compétent pour tousbrunisarkopeopolesz5 ces travaux, et beaucoup moins cher que les instituts privés. Mais, il est vrai que faire profiter les copains des largesses élyséennes peut être un bon calcul politique. Thierry Saussez, le chef du SIG, justement, a demandé une augmentation budgétaire conséquente dès cette année : 22,4 millions d’euros au lieu de 5,7 pour 2008, soit quatre fois le prix habituel. Histoire, d’après Saussez, de créer un super site Internet, de faire trois super campagnes « interministérielles » (à 12 millions d’euros), de commander des sondages sur Sarko et de faire de la « stratégie » publicitaire. Ca fait quand-même cher.


Quoi qu’il en soit, le SIG, destiné en principe au gouvernement, se retrouve de fait à travailler presque exclusivement pour améliorer l’image de sarko.

 

Et cela, sans parler des millions d’euros consacrés aux multiples campagnes publicitaires nous vantant les bienfaits de la sarkozie : 28,8 millions pour la presse écrite (dont 19,5 pour les quotidiens), 26 pour la télé. On se rappelle par exemple la mémorable campagne qui nous a expliqué que sarkoléon avait fait grimper notre pouvoir d’achat, payée la modique somme de 4,3 millions d’euros (dont 4 pour les achats d’espaces pub). Rassurons-nous, Saussez s’est empressé de préciser qu’il ne s’agit là que de 0,33% du coût total des opérations pub.


En ces temps de crise, injecter des millions d’euros dans la télé et dans une presse écrite d’autant plus périclitante qu’elle est asservie permet de se mettre les médias dans la poche pour pas grand-chose.

 

sarkozy_anne_fuldaEnfin, comme si tout cela ne suffisait pas, Sarko bénéficie encore des lumières de moult grand communicants, comme Franck Louvrier qui le conseille depuis 10 ans en matière de com’, l’inénarrable Henri Guaino et ses célèbres discours, Emmanuelle Mignon, très libérale envers les sectes, Catherine Pégard, venue du Point  pour veiller sur l’image de Sarko, ou David Martinon et le publicitaire Franck Tapiro il y a encore quelque temps. Sans compter les conseillers placés dans les médias, comme Laurent Solly à TF1.


 

A l’heure où l’on devrait aborder les questions sérieuses, il semble que Sarko continue à miser sur la seule chose qu’il peut maîtriser : son image. Car, son image c’est son capital, puisque les actes ne jouent pas en sa faveur. D’où l’intérêt de multiplier les actions de com ‘, d’où l’explosion du budget communication (entre autres) de l’Elysée et du SIG, puisque l’Elysée a mis la main dessus.


[1] Qui se sont bien gardés de mentionner le commanditaire de ces sondages, parfois mis à la Une.