Ireland_20debtRevenons brièvement sur l'Irlande, dont les contribuables doivent refinancer les banques qui avaient trop spéculé sur les crédist hypothécaires pourris et autres dérivés encore plus pourris. Aujourd'hui, le coût de ce sauvetage est estimé à 70 milliards d'euros, soit 45% du PIB de ca pays de 4,4 millions d'habitants (et qui se vide furieusement depuis la crise).

En fait, les irlandais ont déjà filé 46 milliards d'euros aux banques en l'espace de deux ans, ce qui a littéralement plombé les comptes du pays et l'a forcé à accepter des prêts de l'Europe et du FMI, avec les conditions habituelles: privatisations, dérégulation, baisse des dépenses, hausse des impôts pour les particuliers (car le taux d'imposition des entreprises, à 12,5%, n'a pas été revu à la hausse). Aujourd'hui, le déficit du pays s'élève à plus de 32% du PIB, uniquement parce qu'il a fallu donner tout ce fric aux banques. Et voilà que le gouvernement irlandais fait mine de découvrir qu'il lui faudra aligner encore 24 milliards.

Car, on a aussi compris à la suite de stress tests particulièrement gentils que pour "sauver" les banques et leurs actionnaires, il faudra restructurer le secteur, c'est-à-dire réinjecter encore une fois de l'argent public dans des comptabilités en berne.

La nouveauté, c'est que deux banques entièrement nationalisées avec de l'argent public seront à la base du système bancaire national: d'une part Bank of Ireland (recapitalisée avec des fonds publics), de l'autre une fusion entre une société de prêts hypothécaires et Allied Irish bank (AIB), déjà renflouée à coups de milliards (plus de 30 milliards en deux ans).

En fait, on se rend compte que le renflouement des banques est un gouffre sans fin. On ne sait pas du tout à combienNational_Debt_Cartoon s'élèvent les pertes des banques, qui planquent une partie de leurs actifs pourris dans des paradis fiscaux, et les rapatrient progressivement. On a vu Anglo irish bank annoncer 12,7 milliards d'euros de pertes en 2009, et encore 17 milliards en 2010, alors qu'elle aurait pu dire directement la somme qui lui manquait.

Comment un pays dont le PIB arrive difficilement à 200 milliards pourrait donner aussez de milliards aux banques pour que leurs comptes arrivent simplement à zéro? C'est pourant ce qui est en train de se passer en Irlande, comme en Grèce et désormais au Portugal.

Et ça sent tellement le roussi pour la dette souveraine (la dette de l'Irlande créée par les emprunts destinés à renflouer les banques) que la BCE vient d'assouplir ses exigences en contrepartie des prêts: plus besoin d'une note minimum à la dette souveraine pour obtenir lesdits prêts, ce qui veut dire qu'on anticipe une réaction très négative des agences de notation. Et bingo: le 1er avril Standard & Poors abaissait la note de la dette souveraine irlandaise à BBB+. Pour filer le fric aux banques, l'Etat irlandais doit emrpunter, notamment 85 ou 117  milliards d'euros prêtés par la BCE.

La bourse est formidable: à peine avait-on annoncé que les irlandais allaient encore payer pour les banques en retsructuration que l'action Bank of Ireland augmentait de près de 30%, celle d'AIB de 6%! Ben oui, ces annonces rassurent "les Marchés", qui savent que même en spéculant à la baisse ils seront remboursés. Alors pourquoi se gêner?

irishdebtDu coup, certains en sont à se demander s'il ne faudrait pas laisser l'Irlande faire banqueroute pour repartir ensuite sans les dettes de ses banques (privées avant la crise, rappelons-le). Ou bien, pourquoi ne pas laisser les banques irlandaises faire faillite? L'Irlande, qui en a marre de payer pour des spéculateurs bien planqués à l'étranger, a même osé suggérer que les détenteurs de dette souveraine ou de dettes des banques mettent eux aussi la main à la poche, au lieu de se contenter d'empocher des bénéfices quand la banque en question est surendettée. L'idée serait de les faire perdre une partie du capital qu'elles ont injecté dans ces actifs pourris mais potentillement très rentables. Sauf si l'Irlande finit en banqueroute...

Car cette dette devra être remboursée, et c'est bien le but des politiques d'austérité menées contre la population depuis deux ans par l'ancien "tigre celtique", élève modèle du néolibéralisme jusqu'à la crise subrime. Mais, la priorité aujourd'hui, c'est de sauver les banques, pas l'Irlande: on le voit avec le PIB, qui sera de moins 1,1% en 2011, alors qu'on avait prévu... + 2,5!!!  Car, les banques anglaises, allemandes, US et françaises sont très exposées par la dette des banques irlandaises, dette dont elles possèdent de nombreuses parts (respectivement 107, 113, 47 et 36 milliards d'euros en décembre 2010, mais le chiffre ne cesse d'augmenter car il est sous estimé). Alors la BCE, qui veut absolument voir des banques européennes bénéficiaires, donne la priorité au renflouement ad vitam eternam des banques irlandaises, ou grecques d'ailleurs.

Bref, il est assez drôle de voir les spéculateurs stressés à l'idée que les irlandais cessent de payer pour les banques et la dette souveraine induite par la recapitalisation. On sent une certaine effervescence, d'autant plus que le Portugal et la Grèce prennent le même chemin.

Si les contribuables de ces pays refusent de payer, beaucoup de banques étrangères, de spéculateurs privés etdouglas20 autres fonds de pension se retrouvent avec des pertes considérables. Ce qui ne serait que justice, car ces gens se sont rués sur les titres -pourris- de dette irlandaise et des banques irlandaises comme un vautour attiré par l'odeur de la mort. Le principe est simple: plus l'action est risquée, plus le bénéfice est important (c'est ce qui a amené la crise subprime).

En l'occurrence, si Anglo irish bank ou l'Irlande, par exemple, ont des comptes ultra plombés mais parviennent à rembourser (en empruntant bien sûr), ce sera le jackpot pour nos spéculateurs sans morale. Dans le cas contraire, ils feront des pieds et des mains pour que les contribuables européens, cette fois, renflouent les banques et / ou l'Irlande. En fait, les spéculateurs sont gagnants à tous les coups en Europe.