icesave_cartoon_2_940734Revenons sur l’Islande, dont les 320.000 habitants viennent pour la deuxième fois de rejeter par référendum le remboursement de près de 4 milliards d’euros réclamés par 340.000 spéculateurs  anglais et hollandais. Ceux-ci avaient en effet un peu trop cru au père Noël avec les produits dérivés pourris refilés par la banque (qui a coulé depuis) Icesave1].

 

Le résultat du scrutin était tellement couru qu’au départ (en décembre 2009), les députés islandais avaient voté le remboursement entre eux, en pleine nuit, à 33 voix contre 30. Pas de bol, à cause de la mobilisation populaire, le président a refusé de ratifier cette loi et un premier référendum a eu lieu le 6 mars 2010. Le non l’avait alors emporté à 93%, mais pour d’obscures raisons il a fallu revoter un an après, comme quand l’Irlande avait dit non au traité européen. Bref. Entre temps, les islandais ont réussi à négocier un meilleur taux d’intérêt (3% au lieu de 5%)2], et un plafond de remboursement3], mais la facture s’élevait tout de même à plus de 12.000€ par tête de pipe, sans les intérêts évidemment.

Entre temps, on a aussi répété aux islandais que ce nouvel accord était le mieux qui puisse être négocié, et qu’il n’y avait pas d’alternative, sinon ce serait terrible. Un refrain connu…

Comme 60% des islandais ont encore voté non, l’Angleterre et les Pays Bas ne lâchent pas et comptent poursuivre « en justice » devant l'Autorité de surveillance de l'Association européenne de libre-échange (AELE), dont fait partie l’Islande. Là, ça rigole moins, puisque le seul et unique principe qui y règne est la non régulation.

Il faudra déterminer s’il y a une obligation légale pour les Etats, et donc les contribuables, de rembourser une dette privée liée à la faillite d’un établissement privé dont l’Etat n’a touché quasiment aucun bénéfice.

Hélas, en se basant sur sa « législation » ultra libérale, l’AELE avait déjà déclaré en mai 2010 que le gouvernement devait rembourser, car il était obligé de garantir une partie des dépôts des clients d’Icesave, et que les Pays Bas et l’Angleterre avaient déjà banqué.

Histoire de bien mettre la pression  sur l’Islande, les médias étrangers signifient que les Islandais sont en gros des égoïstes, voire inconséquents, pendant que l’agence Fitch déclarait que ce vote allait ralentir une meilleure notation de l’Islande. Alors que dans la population, nombreux sont ceux qui regardent avec intérêt comment les choses se passent.Steve_Bell_cartoon_001

Les Pays-Bas, qui se sont dits « très déçus » par le référendum ont, semble-t-il, demandé au FMI de mettre la pression sur l’Islande. Qui, par ailleurs, souhaite adhérer à l’Europe, ce qui offre un excellent moyen de pression si le FMI échoue4]. Le ministre hollandais des Finances aurait ainsi déclaré au Parlement de son pays : « Nous souhaitons voir le FMI s'impliquer autant que possible pour s'assurer qu'il y ait une obligation irréversible pour l'Islande de faire face à ses engagements ». Mais, qui a pris lesdits « engagements » ? Ce sont bien les banques, pas l’Etat. Sauf que, depuis que les dirigeants du monde entier, G8 après G20 et autres réunions au sommet, ont décrété que les contribuables allaient payer pour renflouer des banques en plein délire, la doxa veut que les Etats doivent payer pour les établissements privés qui ont demandé à ce que l’Etat ne mette surtout pas le nez dans leur business. Bref, c’est la teuf, chez les banquiers et autres spéculateurs à la petite semaine.

Pourquoi se priver ? Malgré deux votes contre, le président islandais a déclaré le lendemain du vote que les Pays Bas et l’Angleterre seraient remboursés. Car l’Islande, dit-il aussi, n’a « aucun problème » pour régler ses dettes. Les siennes peut-être, mais quid des dettes abyssales de ces banques, qui ont perdu la mise de leurs clients avec la crise subprime ? C’est peut-être parce que c’est impossible qu’il a expliqué pouvoir rembourser grâce aux actifs (sic.) de Landsbanki, la maison mère d’Icesave. Selon le président, les dernières données concernant les comptes de Landsbanki montreraient que la banque serait en mesure de rembourser « au-delà de 90% des fonds déposés ». Difficile de vérifier, les résultats de Landsbanki sont rédigés en islandais.

Mais alors, pourquoi a-t-on demandé, deux fois de suite, aux islandais de payer ?



[1] Il s’agit en fait d’un scandale retentissant qui remonte à 2008, en pleine déconfiture économique. A ce moment, il semble que la banque centrale islandaise ait caché à la banque centrale hollandaise l’état déplorable des comptes de la banque Landsbanki, deuxième banque du pays dont Icesave était une filiale. Landsbanki avait tellement déliré que le gouvernement a du la nationaliser rapidement après sa faillite fin 2008.

[2] En fait l’Angleterre et les Pays bas ont du rembourser eux-mêmes leurs spéculateurs, et veulent donc faire payer l’Islande avec un taux d’intérêt qui était au départ fixé à 5%.

[3] L’Islande ne devait rembourser qu’à partir de 2016, et ces remboursements étaient plafonnés à 6% de l’augmentation du PIB.

[4] Car, étrangement, les pourparlers d’adhésion engagés il y a un an ont fortement ralenti avec l’affaire Icesave.