Pédopornographie: les réseaux se portent bien, merci

(Il faut préciser que certaines parties de cet article, notamment celles concernant les témoignages des victimes, sont difficiles à lire)

PARTIE II

Dutroux, l’archétype du « prédateur isolé » ?

L’affaire dite « Dutroux » est emblématique du traitement médiatique, judiciaire et politique de ces affaires dans lesquelles on cherche à ignorer le réseau derrière le prédateur, bien que sa présence soit confirmée de moult manières. C’est même tout un art, maîtrisé en Belgique aussi bien qu’en France et ailleurs. Avec l’affaire Dutroux, on assiste à la découverte d’un taré de la pire espèce (bien que parfaitement sain d’esprit paraît-il), à la découverte de ses agissements, à des enquêtes policières, judiciaires et journalistiques nombreuses et variées, et à un enterrement méticuleux de tous les éléments pourraient amener au fameux réseau. A l’heure où Michèle Martin, la femme de Dutroux, est sur le point d’être libérée, regardons cette affaire plus en détail.

 

L’affaire Sylvie CARLIN, 1994

Il y a quelques mois, pour mon travail « normal » de journaliste, j’ai replongé dans des faits divers vieux de 15 ans, dont la disparition endyn008_original_345_450_jpeg__35ba338a469dda48e420e1abe6bac678 1994, un an et demi avant l’explosion de l’ « affaire Dutroux », d’une jeune fille de 19 ans, dans un village belge frontalier avec la France. Elle s’appelait Sylvie Carlin, vivait avec sa mère Anita Crul, et a disparu un soir de décembre. Depuis, aucune piste n’a été exploitée, la famille est sans nouvelle et on n’a toujours pas retrouvé le corps.

Sylvie a disparu alors qu’elle devait garder les enfants de sa sœur, elle n’a rien emporté avec elle, et personne n’a eu de ses nouvelles depuis. Le lendemain, quand sa mère va à la gendarmerie, elle s’entend dire que « c’est une affaire de cul ». Et puis, Sylvie est majeure, donc on considère que la disparition n’est pas inquiétante.

Pourtant, Sylvie n’était pas suicidaire et ne montrait aucune envie de partir : c’était la période des fêtes, et elle avait acheté des cadeaux pour tout le monde. Sa mère a paniqué dès qu’elle s’est aperçue que Sylvie n’est jamais arrivée chez sa sœur. Mais comme les gendarmes ne se sont pas inquiétés, l’enquête a pris du retard. 14 ans plus tard, un nouveau juge a été nommé et le dossier repris à zéro, mais on n’a pas d’élément nouveau, ou presque (j’y reviendrai).

La mère fait le tour des amis, de la famille, personne ne l’a revue. L’enquête n’avance pas et Anita Crul n’a un premier contact avec la police judiciaire qu’en mars 1995. En mai 1995, première avancée : on lui présente des photos d’un corps sans tête retrouvé aux Pays-Bas, mais il s’avère que ce n’est pas Sylvie (ce qu’elle apprend seulement en septembre de la part d’un gendarme). Anita Crul finit par se constituer partie civile en 1996, et un juge d’instruction est enfin nommé. Mais en 15 ans, elle n’a eu accès au dossier d’instruction qu’une seule fois, une demi-heure, sans pouvoir faire de copie.

Mais, il ne se passe rien. Pourtant, Anita Crul a fait part d’éléments troublants dans cette disparition :

1.      Un témoin affirme avoir vu Sylvie dans son café-théâtre d’un village proche le lendemain de sa disparition, alors qu’elle était avec un dénommé Bernard Weinstein. Celui-ci est un complice français de Dutroux, dont on a retrouvé le corps dans le même jardin que ceux des petites Julie et Mélissa, mi 1995. Mais la PJ a dit que c’est impossible.

2.      Un autre témoin dit avoir vu Sylvie parler à quelqu’un dans une Mercedes blanche, comme si elle expliquait le chemin à quelqu’un.

3.      Une Mercedes blanche immatriculée en France est venue chez Anita Crul « deux ou trois mois avant que Sylvie ne disparaisse. Il y avait un monsieur bien habillé, bien de sa personne, avec un petit jeune, maigrichon, plutôt négligé », dit la mère de Sylvie. Elle explique qu’ils venaient voir son mari, menuisier, pour lui proposer d’aiguiser ses couteaux pour « pas cher du tout », a dit celui qui était bien habillé, « corpulent » et qui avait « du bagout ». Ils prennent les couteaux, reviennent en début d’après-midi et demandent 28.000 Francs Belges. Le corpulent répond au mari qui s’inquiète de débourser une somme pareille qu’ « à ce prix-là, ils sont affutés à vie ». Le mari n’a pas la somme et leur dit de revenir en fin de journée : les deux hommes doivent repasser vers 16 heures, mais Anita dit à son mari que c’est une arnaque car d’habitude, c’est 2.000 FB pour affuter ces couteaux ! Du coup, elle prévient les gendarmes, qui rappliquent quand les deux autres débarquent. Le corpulent dit que ce n’était pas la peine d’appeler les flics, qu’ils n’ont qu’à donner 2.500 FB. Puis, les gendarmes les embarquent. Mais « il n’y a jamais eu de trace écrite de leur passage à la gendarmerie », précise Anita Crul.

4.      Car, elle a été stupéfaite de revoir le corpulent avec du bagout à la télévision, quelque temps plus tard : elle a reconnu Michel Nihoul, autre complice de Dutroux qui est ressorti de prison il y a un an, et qui est le personnage pivot dans l’affaire Dutroux. Mais, quand elle le signale à la police, on lui dit une fois de plus que « c’est impossible ».

5.      La fille d’une demi sœur de Sylvie, qui avait le même âge qu’elle, fréquentait un dénommé Diakostavrianos « depuis ses 14 ans ». La fille en question a dit qu’elle n’a pas vu Sylvie depuis des années, mais Anita Crul dit qu’elle l’a bien revue en 1994. Diakostavrianos est très intéressant : garagiste spécialiste du trafic de pneus, il fait des voyages avec Dutroux et un autre de ses complices, Michel Lelièvre, vers l’Europe de l’est, notamment en Slovaquie, au moins en 1994 et 1995[1]. D’après plusieurs témoignages, ils ramenaient des filles pour les prostituer en Europe. Mais Dutroux était aussi proche du milieu du trafic de voitures, qui utilise en partie les mêmes circuits. Diakostavrianos était aussi proche de Bruno Tagliaferro, un casseur de voitures qui connaissait bien Dutroux et ses trafics, mystérieusement décédé lors de l’enquête, ainsi que sa femme quelque temps plus tard. En mars 1994, Lelievre, jeune toxico dealer, sort de prison. Il s‘installe plusieurs mois chez Diakostavrianos et rencontre à ce moment-là Michel Nihoul. Ce Diakotavrianos a aussi été cité comme ayant été un temps le chauffeur d’un certain L.V[2], un importateur dans l’agroalimentaire français de la région de Charleroi qui « visitait » des familles défavorisées et proposait 50.000FB, exactement comme en Thaïlande, pour « louer » un enfant. Ledit L. V faisait aussi enlever des adolescentes qu’il faisait emmener dans une chambre d’hôtel louée à son nom, pour les violer, les filmer et les photographier. C’est arrivé des dizaines de fois, mais L.V, connu pour ce type de faits et pour proxénétisme en France, n’a jamais été inquiété, tout au plus quelques jours de prison. L’une des victimes a dit à la police qu’elle l’avait vu plusieurs fois avec Nihoul au début des années 80.

6.      L’avocate d’Anita Crul a été écartée après avoir commencé à travailler sur ce qui se passait au château de Bitremont, un endroit abandonné et squatté « qui se trouvait à 200 mètres d’un parking d’autoroute bien connu pour être, la nuit, un  lieu où il était question de prostitution aussi bien masculine que féminine », raconte Anita Crul, « c’est tout près de ce château qu’on a retrouvé le corps de la petite Séverine Lekeuch. On devait le perquisitionner dans le cadre de la disparition de Sylvie, mais il a brûlé trois jours avant ».

7.      Un fax reçu par les enquêteurs de la part d’un informateur, en décembre 1996, dit que Sylvie Carlin est décédée en avril 1996, que son corps se trouve vers Rhodes St Genèse, et qu’elle est passée dans « un bordel visité par des personnes importantes, mais changeait souvent d’endroit entre Bruxelles et Anvers ».

 

Officiellement, cette disparition n’est pas du tout reliée à l’affaire Dutroux. Pas de cadavre, pas de crime, pas de crime, pas de coupable… Venons-en donc à l’affaire Dutroux et quelques uns de ses méandres.

 

enfant_peurL’affaire Dutroux en bref

On va y retrouver quelques noms liés à la disparition de Sylvie Carlin.

Dutroux.

On ne le présente plus. On a retrouvé vivantes dans sa cave près de Charleroi deux gamines, Laetitia Delhez, et Sabine Dardenne (enlevée à Kain, pas loin de là où a disparu Sylvie Carlin). Et puis on a retrouvé les cadavres de quatre autres filles, enlevées dans les mois précédents. Les petites Julie et Mélissa, et deux adolescentes néerlandophones, An et Eefje. Dutroux a été accusé d’avoir[3] commis ces enlèvements en l’espace d’un an (juin 1995, août 1996), en tant que « chef de bande ». A savoir une « bande » composée de sa femme, Nihoul et Lelièvre, ce qui rappellerait les Pieds nickelés si ce n’était si tragique. Dutroux est aussi accusé des assassinats « avec préméditation » d’An, Eefje… et Bernard Weinstein, le Français qu’on a retrouvé enterré à Sars-la-Buissière près de Julie et Mélissa[4], qui aurait été vu en compagnie de Sylvie Carlin le lendemain de sa disparition, et avec qui Dutroux a enlevé Julie et Mélissa. Il a aussi pris pour les tortures infligées aux deux survivantes ainsi que sur les deux autres victimes.

Dutroux commence très tôt dans la petite délinquance, passe un diplôme d’électricien, et part de chez lui peu après son père. A 20 ans, Dutroux traine beaucoup dans les patinoires, un peu partout en Wallonie, et jusqu’à Bruges ou Valenciennes. Il y rencontre une jeune fille, ils ont deux enfants. Plus tard, il y rencontre aussi Michèle Martin.

Et puis, il a été accusé de tout un tas de viols, mais ce n’était pas la première fois qu’il avait affaire avec la police (vols de pneus, de mazout, de meubles, vol dans un café, vol d’argent et de bijoux, vol de divers véhicules…). Il a également déjà fait de la prison pour avoir enlevé et violé des jeunes filles dans les années 80[5]. Malgré les témoignages accablants et une enquête sérieuse, il est mis en liberté provisoire en avril 1985, ce qui lui permet de continuer sur sa lancée. En 1989, est condamné à 13 ans de prison pour les viols (avec violences et menaces), Martin prend cinq ans. Mais Dutroux, affiche une conduite modèle et il est libéré au bout de six ans.

En l’espace de quatre ans, après sa sortie de prison, il revient à Charleroi et achète de nombreuses maisons et voitures. Son patrimoine monte vite à plus d’un million de Francs (français) alors qu’il est censé toucher 6.300 F d’invalidité par mois.

A peine libéré, Dutroux commet d’autres viols dans les années 90, dont certains, selon l’acte d’accusation lui-même, ont été commis sur de jeunes slovaques dont il connaissait les familles et qui étaient « en vacances » (filmés, ceux-là), notamment à l’été 1995. Il leur a fait prendre des tartines –beurrées par Michèle Martin- et bourrées de Rohypnol. Mais pour cela il n’a fait que trois ans de prison. Pas cher payé. L’enquête a montré que Dutroux avait de nombreux contacts en Slovaquie, notamment à Topolcany, d’où venaient les deux sœurs. Il y est allé en 1994 pour y ramener l’une des sœurs, et y est retourné au moins fin juin 1996, pour ramener les deux sœurs en Belgique. Apparemment, Dutroux y amenait des voitures pour les y faire réparer.

Quand il a été arrêté, Dutroux était déjà sous filature par la gendarmerie de Charleroi : c’est la calamiteuse ’opération Othello’, qui a été menée illégalement car sans en informer la justice. Le maréchal des logis Michaux a même perquisitionné deux fois la maison dans laquelle se trouvaient les petites, en décembre 1995, sans les y trouver.  D’après un témoin, un ancien gendarme qui a été auditionné lors du procès en 2004, un collègue lui a dit fin 1995 que Dutroux était soupçonné d’avoir enlevé Julie et Mélissa.

Chez Dutroux à Marcinelle, on a retrouvé « trois émetteurs-récepteurs pouvant capter les fréquences de la police et de la gendarmerie » : ces trucs appelés scanners sont évidemment interdits car ils permettent d‘entendre les conversations des flics et des pompiers. On a aussi trouvé un 22 long riffle non enregistré (mais Dutroux avait obtenu un permis de port d’arme de la police de Charleroi qui n’a mené aucune enquête, sinon au vu du casier de Dutroux, elle aurait été obligée de le refuser). Il y avait également en quantité importante des médicaments bien connu des violeurs : Haldol, Rohypnol (près de 900 comprimés), Rédomex (plus de 600), Réactivan, Flunitrazépam, ainsi que diverses préparations. Ainsi, selon une audition de Dutroux en janvier 1997, « Il a utilisé de l’Haldol prescrits par DUMONT lors de l’enlèvement de LAETITIA et de SABINE (30 gouttes) », « Lors de l’enlèvement de SABINE elle a reçu 8 Rohypnol en une demi heure Lors de l’enlèvement de LAETITIA elle a reçu 5 Rohypnol + 5 qu’elle a recrachés. AN et EEFJE ont reçu chacune 5 Rohypnol et 30 gouttes de Haldol lors de leur enlèvement. Pendant sa séquestration AN a reçu trois fois 5 Rohypnol - chaque fois que WEINSTEIN l’a violée ». Ca fait beaucoup de médicaments pour six gamines.

Et puis, il y avait ces centaines de cassettes vidéos pédopornographiques, y compris un snuff movie : la mise à mort d’un jeune enfant après avoir abusé de lui.

D’après les déclarations des enfants survivantes, Sabine et Laetitia, Dutroux leur disait que leurs parents refusaient de payer une rançon, et que si elles ne faisaient pas ce qu’il voulait, le chef de Dutroux les tuerait. Lelièvre confirme, précisant que Dutroux avait dit « conditionner » les gamines pour qu’elles soient « obéissantes et soumises » une fois chez les clients. D’ailleurs, un homme à bord d’une Mercedes 190 est venu voir An et Ejfe, mais elles ne l’intéressaient pas.

Officiellement, Dutroux ne rencontre Nihoul que fin 1995, mais d’après différents témoins, dont Regina Louf, ils se connaissaient bien avant. Des proches de Michèle Martin affirment qu’elle a déjà évoqué Nihoul comme étant une connaissance de Dutroux, dans les années 80.

 

Nihoul

Michel de son prénom, est un escroc à la petite semaine, mais doté d’un entregent considérable. Doté d’un diplôme d’architecte d’intérieur,Broken_Mind_by_Dvemor il démarre comme peintre en bâtiment, et a continué en montant des boîtes qui ont coulé, en fraudant de tous les moyens possibles et en tapant dans la caisse. Il a fait tout un tas de métiers en l’espace de treize ans, au début de sa carrière : décorateur, gérant de discothèque (qui a fait faillite en quelques années[6]), chauffeur routier international (il transportait des véhicules neufs) dans une société où il a fini comme directeur, expert en immobilier, attaché de com’, « traiteur en crustacés », et cela continue les années suivantes. Avec une des sociétés dans laquelle Nihoul a utilisé sa femme comme paravent, il a envoyé la mère de ses enfants en prison pour faillite frauduleuse. En sortant de prison, en 1975, elle quitte Nihoul et prend avec elle leurs trois enfants. Son fils Jean-Michel aura droit aux mêmes faveurs par la suite.

Entre 1975 et 1982, il vit avec Annie Bouty, avocate à Bruxelles[7]. Ils ne se reparlent plus jusqu’au début des années 90, et à ce moment Nihoul lui propose de revenir si elle lui est soumise « dans tous les domaines », ce qu’elle refuse, tout en précisant aux enquêteurs qu’elle restait, comme au début de leur relation, « sous son emprise ». Elle dit qu’il rentrait tard et ivre, qu’elle ne savait pas où il allait (« il ne m’emmenait jamais »), un peu le même refrain que la première femme de Nihoul. En 1992, Nihoul et sa compagne viennent vivre dans le même immeuble que Bouty.

En 1978, Nihoul prend huit mois ferme pour banqueroute frauduleuse. Et il écrit à Joseph Michel, alors ministre de l’Education, afin qu’il lui obtienne un congé pénitentiaire. Et Michel s’est alors adressé au ministre de la Justice deux fois de suite dans ce sens[8]. D’ailleurs, en 1988, Nihoul s’est occupé de la campagne électorale[9] d’un autre élu PSC, beau-frère du juge Van Espen : Philippe Deleuze[10], qui a collaboré avec Annie Bouty dans leur cabinet d’avocats (Nihoul en était alors le secrétaire) et était membre de l’aile droite du PSC (dont il a été l’avocat par la suite), le CEPIC, dont on va reparler aussi. Ledit Deleuze cite lors d’une audition une flopée de politiciens bruxellois que fréquentait Nihoul, comme le libéral Jean Gol, au cabinet duquel Nihoul aurait été « très influent » lorsqu’il était ministre de la Justice. Il a aidé Nihoul par exemple pour permettre à un étranger de rester hors du cadre légal. Dans les années 80, Deleuze gérait l’asbl Mamy, ce qui l’a amené à trainer dans les rues pour aider les jeunes en fugue. Enfin, Deleuze est un proche de Van Den Boeynants, éminent homme politique du PSC, dont on va reparler. Nihoul lui-même cite beaucoup de beau linge, histoire de montrer qu’il est important et a le bras long, mais tous n’étaient pas présents dans ses parties fines.

C’est l’époque où Nihoul créé sa radio JMB[11] et traine dans une ou deux radio libres de Bruxelles, dont Radio Activité, dont on va reparler, et où une partie des bénévoles, parfois âgés d’à peine 18 ans, partageaient des mœurs plus que légères, notamment dans le château de Faulx-les-Tombes. Certaines des filles sont devenues entre temps des prostituées. Radio Activité, par exemple, où Nihoul est entré en 1984, avait été mise en place par Léon Defosset, politicien bruxellois et ex ministre des PTT. La radio était présidée par son gendre, Didier Jenaert.

Il vit depuis 1982 avec Marleen Decockere, qu’il rencontre au club Les Atrébates lors d’une partouze. C’est l’époque où Nihoul est bien vu des politiques : il organise la campagne de l’avocat du PSC Philippe Deleuze pour entrer au conseil communal de Bruxelles, aide l’autre avocat du PSC Jean Paul Dumont (dont on va reparler), rencontre l’avocat Didier de Quévy, qui défendra plus tard Marc Dutroux. Il tient aussi avec De Cockere le club Le Clin d’Œil, géré par Marleen, où venaient Patrick Haemers (qui enlèvera l’ex premier ministre Van Den Boeynants[12] pour une rançon d’un million et demi d’euros) et son père.

A cette époque, vers 1983-1984, il rencontre aussi Emile Robijn, le président de l’asbl SOS SAHEL, destinée à aider les enfants du Sahel via l’organisation de divers évènements. Nihoul en devient le président. Cette petite aventure vaudra cinq mois et demi de prison à Nihoul pour escroqueries en 1989 et des poursuites pour « escroqueries à la charité publique » en 1996 qui lui valent une peine de trois ans de prison. En 1997, Nihoul se fait virer de l’asbl par le chef de SOS Sahel International, Georges Frisque. Celui-ci est d’ailleurs poursuivi par Nihoul à ce sujet pour faux en écriture.

En 1988, il entre à la confrérie des Brasseurs et distillateurs de Wallonie en même temps que Forgeot et Marleen De Cockere et en devient président alors qu’il n’est qu’apprenti avant d’en être exclu. Parmi les membres, on retrouve Gaston Kabeya, et le couple Henrottay, qui aurait fait entrer quelques partouzeurs dans la confrérie.

Fin 1989, Nihoul se lance dans « un commerce de poissons de gros », géré encore une fois par Marleen, et soutenu financièrement par une boîte implantée au Panama grâce à l’avocat Michel Vander Elst, grand ami de Nihoul. A ce moment, les administrateurs de ce commerce étaient encore Marleen de Cockere, Michel Forgeot, patron du Dolo/ Atrébates et un autre type. Nijoul finit par revendre en 1992, et un certain Casper Flier, ami de Lelièvre, devient administrateur délégué. Puis la boîte fait faillite avec en plus des problèmes de détournements et de comptabilité truquée.

En mai 1994, un dénommé Delamotte contacte Nihoul pour le rejoindre dans sa société ASCo, qui achetait des véhicules d’occasion principalement à destination de l’Afrique. Parmi les administrateurs, on retrouve Forgeot le patron du Dolo, Delamotte, Marleen De Cockere jusqu’en 1994, et une autre femme. Nihoul dit avoir quitté cette société en juillet 1994 après deux mois de travail car il n’avait pas été rémunéré. On va aussi reparler de cette boîte car la police l’a soupçonnée d’abriter des prostituées en transit et un studio de pédopornographie.

On le constate, les faillites frauduleuses et autres escroqueries sont récurrentes dans la carrière de Nihoul. Son frère résume la situation en août 1996 devant les enquêteurs : « Mon frère est un escroc. II roule les gens. Il est hâbleur, prétentieux et j'en passe. Il considère les gens de la famille comme des 'petits'. C'est également un alcoolique invétéré ». Par contre, concernant les partouzes et autres penchants sexuels de Nihoul, l’enquête de moralité se contente de relater les propos des proches sans faire de vérification.

D’après Nihoul, sa vie de famille était parfaite et il n’a jamais voulu escroquer sa famille. Il se lamente longuement sur la trahison d’Annie Bouty, qui l’a quitté pour un autre, se complaisant dans le rôle de la pauvre victime : « J'ai souffert énormément de cette situation avec Annie. J'étais comme un animal blessé, qui voulait survivre, qui voulait gagner pour ne pas montrer ses déchirements, ses plaies, qui ne se refermeront peut-être jamais. Chaque fois que j'ai souffert dans ma vie, j'ai toujours eu ce réflexe de vouloir cacher ma peine à tout prix, allant même jusqu'à rire et faire rire les autres, par honte ou par gêne, je ne sais pas, ou peut-être tout simplement pour ne pas déranger. Ce côté prude de mes sentiments en public, je le tiens probablement de mon père ».

D’après l’enquête, Dutroux et Nihoul se seraient rencontrés en août 1995 par le biais de Lelièvre. Et entre octobre et novembre de cette année, ils se téléphonent 75 fois.

D’après l’acte d’accusation de 2003, Michèle Martin, la femme de Dutroux « affirme que Marc DUTROUX lui a présenté ce NIHOUL comme étant un individu aimant les jeunes filles et les orgies, ayant des relations dans les pays de l’Est et pouvant procurer des fausses cartes d’identité par l’intermédiaire de son épouse avocate ; Michelle MARTIN ajoute qu’il ne serait pas impossible que ce Jean-Michel procure de la drogue à Michel LELIEVRE ». Une réputation qui colle à Nihoul comme son ombre à travers toute la Belgique.

Face au juge, il se présente comme un collaborateur régulier de la BSR de Dinant pour des affaires de drogue et de voitures volées, justement l’un des hobbys de Dutroux. D’ailleurs, cette collaboration avec les flics a permis à Nihoul de dire qu’il connaissait Dutroux et Lelièvre seulement pour les faire plonger. D’après De Baets, il a aussi informé la gendarmerie de Bruxelles[13], notamment des gendarmes de la section finances de la BSR, sur recommandation d’un gendarme de Dinant, Gérard Vanesse. Qui, pas de chance, est mort avant de pouvoir confirmer les informations données par Nihoul (qui disait qu’il allait faire tomber Dutroux et Lelièvre sous peu quand il a été arrêté).

Selon la femme de Dutroux, Nihoul deale de la drogue qu’il fournit à Lelièvre (voir ci-dessous), et c’est pour lui que Dutroux enlevait des filles. Elle dit aussi que Nihoul a réglé plusieurs problèmes pour Lelièvre fin 1995, comme empêcher son arrestation alors qu’il était recherché, régler des problèmes d’amendes, d’argent en général. Car, encore une fois, Nihoul a le bras long et le fait savoir. Il menace Lelièvre, disant que lui et ses amis le retrouveraient n’importe où s’il décidait de trop parler. Idem pour Martin, qui a dit avoir peur qu’ils (Nihoul et « les autres de Bruxelles », les « gens bien placés que Nihoul connaît », mais aussi Dutroux) s’en prennent à elle et à ses enfants.

D’après les auditions de Lelièvre, Nihoul a proposé d’aller chercher des filles en Slovaquie ou en République tchèque.

On a dit que Nihoul, bien que partouzeur, ne connait aucun pédophile. C’est oublier un peu vite sa fréquentation assidue depuis 1981 des bars Les Atrébates et le Dolo[14], à Bruxelles, points de rencontre d’adeptes des parties fines et de débauche, y compris avec des enfants. On en reparlera.   

Nihoul a donc de l’entregent, et de bons alibis. Il ne pouvait pas avoir enlevé Laetitia à Bertrix puisqu’à ce moment-là il était au cabinet de l’avocat bruxellois Michel Vander Elst pour y faire de la peinture. Nihoul a rencontré Vander Elst, avocat membre de l’aile d’extrême droite du parti chrétien, le CEPIC[15], à la prison de Forest en 1989[16]. Son nom a été cité dans moult affaires obscures en Belgique, comme l’enlèvement du non moins obscur ex premier ministre Paul Van Den Boeynants, dont Vander Elst avait pourtant été le protégé. Vander Elst aurait déjà, à l’époque, fourni un faux alibi aux kidnappeurs… Mais, Marleen De Cokere confirme pour le barbecue qui aurait eu lieu le soir, de même que la compagne de Vander Elst. Un homme d’affaires dénommé Cravatte confirme également pour le barbecue en soirée. Et Nihoul a même passé un coup de téléphone depuis Bruxelles en plein milieu de l’après-midi, alors que Bertrix est à plus de 90 minutes de route.

Pourtant, des années plus tard, Vander Elst a déclaré qu’il ne se souvenait plus de ce qu’il avait fait ce jour-là, qu’il avait bien conduit Nihoul à Bruxelles dans ces jours-là, mais peut-être pas le jour de l’enlèvement.

Et s’il a appelé Dutroux a plusieurs reprises et parfois plus d’un quart d’heure après l’enlèvement de Laetitia Delhez, c’est parce que Dutroux avait sa voiture en réparation et qu’il voulait savoir où il en était.

Un client du Dolo qui était aussi juge de paix avait ainsi nommé Nihoul en tant qu’expert en immobiliser, alors qu’il n’avait aucune qualification en la matière, malgré l’intitulé de son cabinet : « J.M Nihoul et associés, scs, Cabinet pluridisciplinaire d’experts ». En décembre 1987, Nihoul prend sa plus belle plume pour écrire à un haut fonctionnaire du ministère de la Justice qui avait auparavant travaillé à l’office des étrangers avec qui il avait réglé quelques problèmes de permis de séjour pour les africains sous la main de Bouty, afin d’aider un nigérian à obtenir un permis de séjour car il devait se marier prochainement. Ce nigérian devait d’ailleurs être pris en charge par Casper Flier, qui avait rempli les documents dans ce sens l’année d’avant. En 1991, il est condamné à huit ans de prison pour le viol de la fille de son épouse pendant deux ans.

Au sujet des avocats dont le nom est cité de manière récurrente dans le dossier, on peut lire dans le rapport de la commission d’enquête parlementaire que « La commission d’enquête parlementaire a également constaté que ce sont toujours les mêmes avocats ou anciens avocats qui interviennent pour la mouvance Nihoul. Ceux-ci ont fait l’objet d’enquêtes disciplinaires ou pénales. Certains d’entre eux sont également apparus indirectement dans les dossiers que la commission a examinés dans le cadre de ses travaux. La commission s’est posée des questions à ce sujet, questions qui seront, espérons-le, clarifiées dans le cadre des instructions judiciaires en cours ».

Nihoul, était également indic de la gendarmerie à Dinant ou de la PJ à Bruxelles. Au sujet de cette activité, la commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Dutroux a écrit que Nihoul « connaissait indubitablement un nombre considérable de policiers qui fréquentaient régulièrement des clubs tels que « Le Dolo » et d’autres, que ce soit à des fins professionnelles ou autres. S’il a finalement accepté de devenir indicateur, c’est sans doute poussé par les besoins financiers, et par le fait qu’un certain nombre d’affaires d’escroquerie lui avait valu des démêlés avec la justice et qu’il éprouvait de plus en plus de difficultés à prendre des initiatives dans le milieu des affaires ». Toutefois, les infos qu’il a balancées n’ont pas semblé fracassantes aux parlementaires.

C’est seulement en 1999 que Vander Elst, interrogé lors d’un passage en Belgique (il vivait alors en Gambie), revient sur sa déclaration : « ce n’est pas le 7 et le 8, mais le 6 et le 7 août que nous avons travaillé avec Nihoul »[17]

En 2006, Nihoul a obtenu une libération conditionnelle, et il a même crée une association « d’aide aux justiciables » afin de « défendre les êtres humains devant la justice et devant les autorités ». Elle s’appelle « Association de défense de l'honneur des êtres humains ». On croit rêver, mais non.

 

frameca2e4c3da4cdebf7a71bed1320d98585191b3453Michel Lelièvre

C’est un toxico un peu dealer, qui traine dans deux ou trois trafics de voitures à Charleroi. Au cours d’une peine d’un an de prison, en 1994, il tombe sur Casper Flier, un dealer pédophile hollandais à qui Lelievre plaît beaucoup. Ils tiennent une station service dans un village, et Flier, qui lui finance ses achats d’ecstasy aux Pays-Bas, lui fait rencontrer Nihoul au cabinet d’Annie Bouty. Flier connaissait Nihoul et Bouty depuis 1984 : il a même vécu quatre ans chez elle.

Après quelque temps chez Flier, Lelièvre est hébergé par Diakostavrianos, celui de l’affaire Carlin. Chez lui, les enquêteurs retrouvent des tickets de change effectués en République Tchèque en 1991 et des enveloppes provenant de Slovaquie. C’est Dutroux le propriétaire de Diakostavrianos.

Lelièvre aurait rencontré Dutroux en juin 1995, et a affirmé lors de l’enquête que Dutroux lui aurait parlé un mois plus tard, alors qu’il lui devait de l’argent, de certaines connaissances prêtes à les rétribuer pour l’enlèvement de filles mineures. C’est alors qu’ils partent à Ostende enlever An et Eefje.

Le lendemain, Nihoul refile 1.000 pilules d’ecstasy[18] à Lelièvre, qui les revend dans une boîte de la région de Tournai et s’en sert pour payer la réparation de son Audi. Le soir où Lelièvre revend ces pilules, c’est le soir de l’enlèvement de Sabine, et les gens qui l’accompagnent voient un VTT dans le coffre de sa voiture.

Chez lui, la police a retrouvé huit cartes de téléphone belges ainsi que des cartes de téléphone hollandaises, polonaises, allemandes et une grecque. Ils observent aussi des achats et retraits à l’étranger (Autriche, Allemagne, Hongrie), mais il est aussi allé au Maroc, en Espagne (mai 1995) et en République Tchèque en juin 1995, et avait un visa pour la Pologne, où il est allé en 1988. Pas mal pour un petit délinquant spécialisé dans le trafic de voitures et de drogue. Avec Diakostavrianos, Lelièvre se rendait en Slovaquie pour y revendre des pneus, parfois en compagnie de Dutroux.

Il a aussi séjourné quelques jours à Bruxelles chez Annie Bouty, l’ex de Nihoul, en mars 1995. Juste après, il va au Maroc avec Nihoul pour y revendre des voitures volées. Et il a rencontré Dutroux via Diakostavrianos, pour lui louer une maison. Les deux trafiquaient déjà les filles depuis la Slovaquie et la République Tchèque. Lelièvre raconte aussi avoir été présent à un dîner chez Bouty (qui ‘la par ailleurs hébergé pendant un temps) en 1995, avec Nihoul et Dutroux qui évoquaient des trafics de camions, de faux passeports et d’armes.

C’est donc avec Lelièvre que Dutroux a enlevé Sabine et Laetitia, ainsi qu’An et Eefje, sur « commande », alors qu’elles faisaient du stop. Dans la version de Dutroux lors de son arrestation, c’est évidemment Lelièvre qui était le cerveau, et qui était en relation avec le « réseau ». Lelièvre, qui se confiait assez facilement aux enquêteurs au début de son incarcération, a commencé à se taire, disant qu’il craignait pour sa vie au cas où Nihoul apprenait ce qu’il racontait.

 

Pas de réseau

Au fil de l’enquête, plusieurs éléments viennent au jour dans le parcours des uns et des autres, parfois à prendre au conditionnel, mais qui1484  ont une fâcheuse tendance à concorder. Il y a aussi des témoins, qu’on a appelés les témoins X, et qui ont parlé de choses qui dépassent l’entendement. Pas de chance pour ceux qui veulent dormir tranquilles, de nombreux éléments ont été recoupés et confirmés.

-  Les pays de l’est : lors de ses auditions, Michèle Martin a déclaré que Dutroux avait drogué deux jeunes slovaques, dont elle donne les noms, et de les avoir violées tout en se filmant, ce que Dutroux a confirmé, et on a aussi retrouvé les films dans la maison de Marcinelle. Elle en sait quelque chose : elle a mis un somnifère dans leur café.

Lelièvre a dit aux policiers qu’il était question pour Nihoul de mettre en place un réseau de prostitution entre la Belgique et les pays de l’Est. Via le père d’une amie slovaque qui aurait servi de rabatteur, ils comptaient fournir les bordels de Belgique et de Hollande.

Les voisines d’Annie Bouty quand elle habitait rue du Conseil à Bruxelles ont entendu Nihoul et des acolytes parler d’arrivages de « chevaux » : « Ils parlaient de chevaux blancs, bruns, jeunes, chers mais bons et jeunes », qui devaient arriver par avion de ligne, dit l’une aux policiers, dont le mari discutait de ça aven Nihoul, et avait des photos de jeunes filles accrochées dans son bureau.

En outre, Diakostavrianos a reconnu être allé en République Tchèque avec Lelièvre, et avoir ramené une fille en Belgique, pour la mettre dans le bar d’une connaissance.

-  Lelièvre a déclaré en 1996 aux enquêteurs « Marc m'a dit que des connaissances lui proposaient de l'argent contre des jeunes filles. C'était une commande ». Lui comme Annie Bouty ont dit que Dutroux avait rapporté les propos de Nihoul selon lesquels il fallait ramener des filles de l’Est. Des témoins ont affirmé avoir vu Julie et Mélissa le mois suivant leur disparition[19], mais Dutroux a dit qu’elles n’avaient pas bougé de la cave. Dutroux a dit a Lelièvre que son but était surtout de trouver des gamines pour les revendre, et à cet effet, les deux ont mené des repérages dans plusieurs zones de Belgique.

-  Dutroux a fait des photos de Sabine, il les a même montrées à Laetitia. Mais, on n’en a trouvé aucune trace dans les maisons de Dutroux.

-  Le Dolo. On a un peu parlé de ce bar que Nihoul et tout un tas de partouzeurs fréquentaient assidument dans les années 80. En fait, le même couple, Daniel Forgeot et Dolores Bara, a tenu d’abord le club Les Atrébates, en 1975, qui est fermé en 1983 pour avoir été une « maison de débauche ». Il devient ensuite Le Dolo, soi-disant un simple débit de boissons installé quelques rues plus loin. Plusieurs témoignages disent que des filles étaient amenées depuis le Dolo jusqu’à des maisons dans lesquelles se déroulaient des soirées plus ou moins orgiaques. Parmi les clients, on avait aussi un certain René Rodel, traiteur de son état, ami de Nihoul et collaborateur de Forgeot, qui organisait des voyages vers la Thaïlande et louait un appartement à des jeunes amies venues d’Afrique qui faisaient venir beaucoup de messieurs chez elles[20]. En outre, d’après un flic, il faisait venir des jeunes filles noires ou asiatiques au Dolo. Plusieurs témoins disent qu’ils y ont vu des mineures.

On trouvait dans ce bar (Atrébates, devenu le Dolo) des gens comme un dénommé Marnette (qui a aussi, étrangement enquêté sur le Dolo[21]), de la PJ de Bruxelles, et quelques uns de ses collègues, un ex ministre, un juge de paix, un notaire, un célèbre coureur cycliste, un chanteur populaire à l’époque, des avocats, comme Jean-Paul Dumont ou Michel Vander Elst, dont on va beaucoup parler, « des gens de l’OTAN », « des policiers d’Etterbeek » (la quartier où étaient situés ces bars) ou le président de la noblesse belge[22]. Mais on y trouvait encore un certain Doudou, avocat du Dolo notamment, des entrepreneurs, des politiciens, une partie de la confrérie des maîtres brasseurs (à laquelle Nihoul est adhérent). Le Dolo, quant à lui, a été fermé en septembre 1996 et était sous le coup d’une enquête pénale pour les activités qui s’y seraient déroulées. En 1998, la commission d’enquête sur l’affaire Dutroux a écrit que le patron du Dolo était informé par un corps de police avant les perquisitions.

-  De quoi vit Dutroux ? Avec ses maisons et ses « placements », Dutroux avait un patrimoine énorme pour un type constamment au chômage. Mais, on observe qu’il reçoit pas mal de virements, notamment dans les jours suivants les enlèvements qu’on lui attribue. Un des enquêteurs de Neufchâteau qui enquêtait sur les comptes de Dutroux, De Baets, a dit en 1999 au magasine Humo : « Nous avons rapidement constaté qu’après un enlèvement, de l’argent arrivait souvent chez Dutroux. L’homme ne pouvait jamais nous donner d’explication sérieuse quant à sa provenance ». Par exemple, après l’enlèvement de Sabine Dardenne (enlevée le 28 mai 1996), Dutroux reçoit un virement trois jours plus tard et un autre en juillet de 130.000 FB- environ 3.300€, après ceux d’An Marchal et Eefje Lambrecks aussi (380.000 FB), ou après des enlèvements qu’on ne lui attribue pas (Kim et Ken Heymans, 50.000 FB ou Christine Van Hees : 200.000 FB[23]).

-  Les témoins décédés. Outre le vieux complice Bernard Weinstein, un certain nombre de témoins ont disparu durant l’enquête :

-         Bruno Tagliafero, ferrailleur proche du trafic de voitures et de Diakostavrianos. Officiellement mort à 33 ans d’une crise cardiaque en novembre 1995, après être rentré seul en voiture du Portugal, la veille. Sa femme, Fabienne Jaupart, a dit qu’elle pensait qu’il avait été assassiné, car son mari lui avait dit « que tout était fini, qu'il en savait trop et qu'il serait bientôt mort ». Elle dit aussi que le policier arrivé sur les lieux pour constater le décès était Georges Zicot, le flic en chef qui suit le trafic de voitures à Charleroi, et dont on va reparler. Elle connaissait aussi Diakostavrianos et Nihoul qu’elle avait déjà vus, et soupçonne que Tagliafero était impliqué dans la vente et le démontage d’une voiture qui avait servi pour l’enlèvement de Julie et Mélissa. Finalement, le juge Connerotte fait exhumer le corps, et on conclut à un empoisonnement. De fait, un témoin a dit que Dutroux avait passé un contrat sur la tête de Tagliafero, pour 50.000 FB.

-         Guy Geubels, un gendarme de Grâce Hollogne, est retrouvé mort d’une balle dans la tête, chez lui, le 25 août 1995, alors qu’il s’apprêtait à rencontrer des journalistes de la RTBF. Il avait été l’un des premiers à rencontrer les parents de Julie et Mélissa, et avait tout de suite parlé de pédophiles, et deux jours plus tôt, il avait décidé d’élargir l’enquête sur la disparition. On a conclu à un suicide, ce dont doute la famille.

-         François Reyskens. C’est un toxico de 28 ans, dont le père adoptif appelle les parents de Julie et Mélissa en juillet 1995 pour leur dire que François a vu les petites dans un bar de Maastricht. Carine Russo, la mère de Mélissa, prévient la police de Seraing, rendez-vous est pris le 26 juillet, mais Reyskens meurt écrasé par un train entre chez lui et la gendarmerie. Officiellement, c’est un suicide.

-         Simon Poncelet. C’est le fils d’un avocat de Tournai, là où a été enlevée Sabine. Simon Poncelet était policier à Mons, où il enquêtait sur un trafic de voitures dans lequel était impliqué Dutroux, et a été tué de quatre balles à bout portant alors qu’il était de permanence au commissariat, en janvier 1996. Un témoin, Claudine Desplechin, qui avait écrit à la commission parlementaire sur l’affaire Dutroux, a déclaré à la gendarmerie de Bastogne, le 24 juin 1997, qu’une connaissance lui avait dit que « Zicot est mêlé à l’assassinat de Simon poncelet de la PJ », et l’aurait même commandité. Zicot, le gendarme qui a aussi constaté le décès de Tagliafero, aurait selon cette dame commandité l’assassinat de Poncelet. Car, ce dernier comptait le balancer, ainsi qu’un fils de procureur, au Comité P, les bœuf-carottes belges, en raison de son implication dans un trafic de voitures[24].

-         Michel Piro. C’est un mac propriétaire d’un restaurant mais aussi d’un bordel et d’une boîte de nuit dans la région de Charleroi qu’on retrouvé assassiné de plusieurs coups de fusil de chasse sur un parking d’autoroute où il s’était arrêté avec sa compagne, le 5 décembre 1996. Nihoul figurait parmi ses clients. C’était juste après avoir dit au père de Mélissa qu’il allait donner des éléments au sujet des enlèvements. Finalement, c’est sa femme qui va être condamnée à 15 ans de prison pour le meurtre en 1999, mais on n’a jamais retrouvé les hommes de main qui auraient commis le meurtre. D’après plusieurs témoins, Piro s’apprêtait à organiser un repas de soutien aux victimes, au cours duquel il comptait faire des révélations. Le juge Langlois n’a pas jugé utile d’approfondir cette piste.

-         Jean-Marc Houdmont. Pédophile notoire dont le nom figurait dans l’agenda du CRIES, ce réseau de pédophiles qui tournaient des films dans les locaux de l’UNICEF, a été l’un des principaux suspects dans l’enlèvement d’Elisabeth Brichet en décembre 1989 à Saint Sevrais, car il habitait à 300 mètres. Le 24 février 1997 il appelle la police pour prévenir qu’il a d’importantes déclarations à faire, mais pas de chance, il meurt d’un accident sur la route du commissariat de Namur, le lendemain matin. Sa voiture s’est écrasée contre un mur sans qu’il n’y ait « de traces de freinage ni de défaillances techniques », d’après Le Soir, « et l'autopsie n'avait permis de déceler aucun malaise physique. Tout porte à croire aujourd'hui que l'homme s'est suicidé, effrayé peut-être par les révélations qu'il allait faire et devant lesquelles il ne pouvait plus reculer ». On déclare d’abord que c’est un suicide, avant d’accuser sa compagne de l’avoir tué, car ils auraient enlevé la fillette ensemble et qu’elle voulait le faire taire. La compagne d’Houdmont avait en effet une maison dans le même village, maison d’où on pouvait voir la caravane de Dutroux sur un terrain paroissial.

-         Joseph Toussaint. Ledit terrain paroissial était chapeauté par le père Joseph Toussaint, décédé d’une crise cardiaque à plus de 80 ans une semaine après Houdmont (le 5 mars 1997). Il connaissait aussi Michèle Martin et la compagne d’Houdmont qui venaient à son église au début des années 80. Il était aussi aumônier à la prison de Jamiloux, où Dutroux est passé, et qu’il voyait régulièrement durant son incarcération.

-         José Steppe. C’est un petit délinquant connu de tout le monde à Charleroi, asthmatique, qui appelle un journaliste qu’il tuyaute de temps en temps pour lui dire qu’il a des infos sur des pédophiles de Charleroi qui apparaissent dur des vidéos où des enfants sont violés. Steppe a dit à un proche avoir reconnu des notables et politiciens de Charleroi, et qu’il ne voulait pas donner les cassettes à la police car il y avait trop d’agents corrompus qui les auraient fait disparaître. Ils vivaient dans le même quartier au début des années 80. On le retrouve le 25 avril 1997 avec son inhalateur où on a trouvé un comprimé de Rohypnol à la place de son médicament, deux jours après avoir contacté le journaliste, et avant de l’avoir rencontré.

-         Brigitte Jenart. L’ex dentiste et voisine de Nihoul et Bouty est retrouvée morte dans sa chambre le 5 avril 1998, on conclut au suicide sans toutefois examiner le corps. A côté d’elle on trouve des plaquettes de médicaments et une bouteille d’eau de vue turque vides, ainsi qu’une lettre quasiment illisible. Bouty lui aurait fait signer une quarantaine de prises en charge concernant des zaïrois et nigérians arrivés illégalement en Belgique. Bouty l’aurait aussi escroquée, de même que Borges, un de ses amants qu’elle rencontre en 1983 et qui a eu les faveurs de Bouty également, si bien qu’elle doit vendre son cabinet fin 1994.

-         Anna Konjevoda. On l’a retrouvée dans un canal en avril 1998, étranglée. Elle avait dit aux enquêteurs de Neufchâteau qu’il y avait un lien entre les enlèvements d’enfants et le trafic de voitures. Après son décès, son mari a expliqué qu’elle avait été amenée il y avait quelques années en Yougoslavie, par un dénommé Rochow, le père d’un type kidnappé par Dutroux pour une sombre histoire de vol et de trafic de bagnoles. Le camion qui a  servi à commettre le vol a été planqué dans un hangar loué par la femme de Dutroux à un certain Gérard Pinon, qui a tout balancé au flic en charge de ce genre de trafic, Georges Zicot[25]. Elle avait disparu, avant même de témoigner devant la police.

-         Gina Pardaens. Cette assistante sociale militante des droits de l’enfant qui venait de rejoindre le groupe Morkhoven, a eu un malencontreux accident de voiture en novembre 2008. Elle avait travaillé avec Morkhoven sur le dossier Schadwald, un jeune garçon disparu en 1993 en Allemagne, retrouvé par l’association dans des bordels des Pays Bas. Son téléphone a été mis sur écoute et Gina Pardaens se sentait surveillée. En mettant la main sur des CD Roms pédophiles, elle a reconnu un proche de Nihoul. C’est alors qu’un type l’a abordée dans un train pour lui dire d’arrêter ses recherches, et qu’elle apprend qu’une des voitures qui la suivait était celle de l’ancien chauffeur du Dolo. Gina Pardaens avait aussi collaboré avec un journaliste de la RTBF au sujet de l’affaire Schadwald, puis les deux ont été interrogés par la police au sujet de leurs rapports avec Morkhoven. La pression est montée, avec des menaces de mort. Le 15 novembre elle a appelé le président de l’asbl, pour lui dire qu’elle avait reçu une nouvelle série de menaces de mort, et dans la nuit on a retrouvé sa voiture accidentée, le capot écrasé, sous un pont et sans aucune trace de freinage avant l’impact. Deux jours avant, elle avait dit à la gendarmerie de Galmaarden qu’on l’avait menacée d’avoir un accident de voiture. Pourtant, celle-ci n’a jamais été expertisée par la police.

-         Fabienne Jaupart. La femme de Tagliaferro meurt à moitié brûlée et aspergée de méthanol, dans sa chambre le 18 décembre 1998. Un dénommé Thirault[26] avait affirmé à Connerotte que fin 1995, Dutroux avait évoqué un certain Tagliafero qu’il fallait liquider avec sa femme pour 50.000 Francs Belges (moins de 1.400€). Connerotte avait fait protéger Jaupart, mais Langlois y avait mis fin. Officiellement, elle s’est suicidée. Pourtant, elle avait déclaré avoir reçu des menaces chez elles, lui intimant de se taire, et avait demandé une protection policière qui lui a été refusée.

-         Hubert Massa. Substitut du procureur à Liège, il est retrouvé mort dans le bureau de sa maison le 13 juillet 1999, après avoir mangé en famille. Sa femme a entendu un coup de feu et l’a retrouvé avec une balle dans la tête. Dans l’après midi, il a eu une réunion avec quatre procureurs généraux et le nouveau ministre de la Justice, Marc Verwilghem. Sa mort s’inscrit dans le cadre d’une guerre des clans politique au parquet de Liège. Il avait travaillé sur l’assassinatdu ministre André Cools et sur l’affaire Dutroux, et une campagne de calomnie avait commencé contre lui.

-         Grégory Antipine. Ce policier bruxellois est retrouvé pendu chez lui le 14 août 1999 à l’âge de 38 ans. Il avait travaillé, avec Marnette, sur un dossier impliquant un politicien socialiste, Elio di Rupo, d’avoir fréquenté de jeunes mineurs, ce qui avait fortement contribué à décrédibiliser les témoins déposant contre Nihoul et Dutroux pour ce genre de faits, et même pire. Devant la commission d‘enquête, il avait déclaré au sujet de ce cassettes vidéos censées mouiller Di Rupo  « La juge m’a dit qu’il n’y avait pas de “valeur politique ajoutée”. Je m’en suis étonné, poursuit Antipine, car je n’ai jamais fait de lien entre Trusgnach [le témoin qui impliquait Di Rupo] et les cassettes pédophiles pas plus qu’entre les cassettes pédophiles et une “valeur politique ajoutée”. Je pense qu’on a fait volontairement un amalgame entre les deux affaires bien distinctes ».  Auparavant, il infiltrait aussi le milieu des partouzes, dont celles où allait Nihoul.

-         Jean-Jacques Féron. Il a été attrapé par la police de Bruxelles en 1990 pour des faits de mœurs,  avoir diffusé des images et vidéos pédopornographiques de sa fille, puis pour avoir déposé à développer une pellicule d’images du même type quelques années plus tard. Il est aussi devenu informateur de la police, et affirme qu’il a des informations sur l’affaire Julie et Mélissa : il aurait vu des photos des petites parmi celles d’enfants à vendre ou à louer, mais le juge ne donne pas les moyens d’enquêter aux policiers. En mars 2001, Féron décède à la suite de crises cardiaques sans que ce qu’il dit ne soit vérifié.

-  Fin 1995, à La Louvière, le gendarme Dubois a accumulé de nombreux signalement de Mercedes blanches munies de plaquespedophiles_suck_design françaises, dont les occupants photographiaient et observaient les enfants. Il a même recueilli les propos d’un informateur, et sur le PV Dubois écrit : « Les Mercedes signalées dans la région font partie d’un réseau de trafic d’enfants basé à Schaerbeek, dans une société qui s’appellerait Asco. Les auteurs photographient des petites filles et constituent une sorte de catalogue en vue d’enlèvements. Ils disposent de six ou sept véhicules Mercedes avec de fausses plaques françaises. Les enfants sont photographiés, enlevés et exportés vers les pays de l’Est ou la Thaïlande. Les ravisseurs reçoivent 300.000 FB par enfant. Les enfants sont séquestrés un temps en Belgique avant d’être exportés ». A Mons et Charleroi, la police a relevé le même genre d’incidents.  Asco est une société de rachat d’exportation de vielles voitures, créée en 1991 par Forgeot, le propriétaire du Dolo, Marlene De Cockere, l’amie de Nihoul, et un dénommé Delamotte, habitué du Dolo[27]. Nihoul en a été le gérant en 1994, et Dumont a perçu plus de 2 millions de FB de commissions de la part de la SA ASCO, basée à Zaventem. Au moins un témoin victime de partouzes alors qu’elle était enfant a déclaré avoir été conduite par l’avocat Dumont[28] chez Asco, où étaient présents Nihoul, Dumont, Vender Elst, De Bonvoisin, le ministre Melchior Wathelet et Paul ban Den Boeynants[29]. Et la société ASCO dispose de Mercedes blanches. Un autre témoin fréquentant le café en face d’Asco disait y avoir souvent vu Nihoul avec de très jeunes femmes, qui semblaient être des étrangères en transit, et logeaient à l’étage d’Asco. Un autre témoin encore affirme que Nihoul et Delamotte ont fait un trou de 4 mètres dans la cour du dépôt d’ASCO, et qu’ils l’ont bouché avec des sacs poubelle. ASCO fait faillite en 1994. En 1996, Dubois est menacé de mort par un ancien codétenu de Dutroux.

-  Les témoins X. Ces témoins X sont appelés comme ça parce qu’ils ont d’abord témoigné anonymement. On a X1, X2, jusqu’à X7. C’est un gendarme intègre, De Baets, et son collègue, qui ont reçu et commencé à interroger les premiers témoins X, ce qui a permis un début d’enquête sérieuse pour vérifier ou infirmer leurs propos. Et il le fallait, car ce qui est rapporté par ces témoins est abominable et difficilement descriptible par des mots.

Le premier témoin X, c’est Regina Louf, une flamande née en 1969,  qui a du sortir de l’anonymat pour se protéger du réseau qui n’existe pas. C’est une de ses amies, Tania, qui contacte Connerotte via la ligne verte mise en place pour les témoignages début septembre 1996, pour dire qu’elle connait une victime du « réseau de Michel Nihoul », qui a écrit son récit en 1989, bien avant l’affaire Dutroux. Quand le gendarme De Baets et son collègue la rencontrent le 15 septembre, Régina Louf parle de son enfance. Hors norme, quand elle était prostituée chez sa grand-mère[30] chez laquelle l’ont mise ses parents à un an et demi, puis chez sa mère, notamment avec des hommes riches et dans de grandes villas, un peu partout en Belgique. Elle parle de Nihoul, qu’elle a vu à plusieurs reprises, de certains ministres, d’hommes d’affaires, de flics… Ca fait désordre, , celui-ci était toujours en contact avec les parents de Regina.pourtant De Baets et son collègue confirment beaucoup de ses propos, qui sont certes décousus et parfois difficiles à comprendre. D’autres témoins, X ou pas, confirment également. Les propos de Regina Louf sont souvent décousus, parce que les traumatismes ont fait que les différents épisodes de sa vie sont décousus dans son esprit. Elle a aussi cherché à enfouir beaucoup de faits traumatisants, si bien que la chronologie est difficile à réalise. Mais, elle décide rapidement de lever son anonymat, estimant que vu la tournure que prenait la médiatisation de son témoignage, il s’agissait pour elle d’une question de survie. Elle n’était plus protégée par la gendarmerie, il y avait énormément de fuites, et elle sentait que les dossiers échappaient aux enquêteurs en qui elle avait confiance. Trois mois plus tard, les investigations liées à son témoignage prennent fin.

Chez sa grand-mère, elle devait passer sous deux à trois hommes chaque jour « pendant la saison ».Puis, vers ses 10 ou 11 ans, elle retourne chez ses parents, et Regina Louf dit qu’ils  l’ont laissée à un dénommé Tony V[31], la quarantaine, qui avait les clés de la maison et couchait avec elle quand il le voulait. Il pouvait aussi la prêter à tout un tas de gens, l’amenant de villa en villa dans des parties glauques, à Bruxelles, à Gand, dans des bars, des caves de villas, des châteaux... Tony V, étrangement, a été identifié par le chauffeur du Dolo comme fréquentant l’établissement à la même période que Nihoul (PV 150.115 du 29/01/97). On pouvait la maltraiter ainsi que les autres enfants, mais surtout pendant les grandes vacances : autrement, l’école aurait pu s’inquiéter des lésions. Et pour éviter les visites médicales de l’école, Tony lui donnait un mot d’un médecin. Elle raconte : « Donc à la longue, allez, tu avais une certaine fille à un certain moment qui était pratiquement spécialisée et le plus on est spécialisé, allez, le plus loin ils peuvent aller aussi hein. C'est une évolution croissante, je dirais ». Celles qui « ne s’en sortaient pas bien », on ne les revoyait plus. Une fois, les adultes ont « déchiré » une fille d’une dizaine d’années au niveau du vagin, mais pas de problème : un médecin était déjà sur place. Ils pouvaient aussi éventrer un lapin sous les yeux de l’enfant à qui ils l’avaient donné, pour le conditionner ou le contraindre à faire quelque chose, et lui demander de lécher son sang. Apparemment, la méthode fonctionnait bien : pour que le lapin, qui était parfois la seule chose qu’on leur ait offerte, reste en vie, l’enfant acceptait tout. Et comme l’explique Regina aux enquêteurs, cela pouvait être « Simplement une menace, si jamais vous en parlez ou si jamais vous montrer quelque chose ou vous montrez quelque chose à quelqu'un de ce qui se passe ici, alors on fera ça avec vous. On a tout de suite une image vive ». Très tôt, il a fallu que Regina et son amie Clo recrutent de nouvelles filles, sinon elles étaient punies, dit Regina. Elles les trouvaient dans leur entourage, à l’école, dans des soirées. Ados, elles étaient au début appâtées par de l’argent, qu’on leur donnait après des soirées avec des jeux sexuels presque anodins. Plus elles entraient dans le milieu, plus les soirées étaient hard, et certaines étaient éliminées, si elles se posaient trop de questions ou que la soirée dérapait un peu trop…

Au sujet de l’emprise psychologique des tortionnaires, Annie Bouty, cherchant à se dédouaner de toutes les sauteries que la police pourrait lui reprocher, expliquait[32] en ces termes que Nihoul la tenait sous son emprise, décrivant le processus que les témoins X évoquaient aussi : « Il voulait que je lui sois soumise entièrement et que je lui jure cet état de soumission totale. Il voulait donc que je lui déclare un jour que j'acceptais de lui être soumise. Il voulait que cette acceptation soit concrétisée par un serment. II me disait que dès que j'aurais juré je devenais ipso facto soumise entièrement a lui. Ce que je n'ai jamais accepté, car je me rendais compte de ce qu'il voulait. Je me rendais compte que si j'acceptais, je ne pourrais plus faire marche arrière. Je pensais qu'il aurait été jusqu'à un anéantissement complet de moi-même. Je serais devenue sa chose, son objet. 11 aurait pu ainsi décider de moi, de mon présent, de mon devenir ». Ce sentiment est également décrit par Regina louf et d’autres témoins.

Quant aux parties, Regina Louf donne des descriptions de nombreux lieux, plus ou moins précises. Certaines adresses ont été vérifiées et confirmées. Il y avait très souvent d’autres enfants, et très souvent des vidéos étaient réalisées, jusqu’aux plus trash. Elle raconte même des chasses, dans les bois, où on faisait mine de laisser s’échapper les enfants, nus, pour les violenter ensuite et parfois les tuer, le tout, bien sur, étant filmé. Quand on lui demande si des personnalités étaient présentes, elle répond qu’elle n’en sait rien : en effet ils ne se présentaient pas. Mais, il lui est arrivé d’en reconnaitre à la télévision, comme ce Nihoul dont elle ne connaissait pas le nom, seulement le surnom : « Mich ». Elle reconnait sur des photos de début des années 80 une ancienne victime de ces réseaux, Nathalie W., qui accuse Nihoul de l’avoir violée. Quand De Baets la fait circuler dans des endroits qu’elle a évoqués, elle les reconnait. Elle reconnait Vander Elst, fan de SM (elle raconte notamment qu’il voulait que les enfants lui cousent le scrotum), qu’elle a vu en présence de Nihoul et Tony.

A 14 ans et demi, elle accouche chez sa grand mère d’un enfant presque à terme, né vivant. Elle pense que c’était un garçon mais ne peut l’affirmer car Tony le lui a immédiatement pris. A ce moment de l’entretien, Regina Louf est complètement bloquée, elle ne veut pas se repasser le fil de ces moments. Elle dit : « La vie est la punition la plus grande qu'on m'a infligée un jour ». Elle hoche la tête pour approuver quand les enquêteurs tentent de retracer les faits. Vander Elst, Nihoul, Tony, la grand-mère et Van Den Boeynants étaient présents, ainsi que quatre autres personnes. Elle est violée et battue avant et après l’accouchement, et dans la soirée qui suit la naissance, après lui avoir pris le bébé, on amène Regina à une autre partouze. Elle a les yeux bandés, et Tony lui met la main sur le visage d’un bébé, avant de lui demander « qui doit mourir… elle ou le bébé ». Regina demande à ce qu’on la laisse mourir, et en répétant cela elle se met à pleurer devant les gendarmes.

Elle dit qu’à partir de son sixième mois de grossesse, elle n’a plus vu que « la bande des mecs durs », fans de SM, dont VanDen Boeynants, Vander Elst, Nihoul…  plus tard, elle raconte qu’on lui a fait tuer son propre enfant.

Beaucoup de personnalités locales ou nationales défilaient dans ces soirées. Mais, d’après Regina, certains ne savaient pas au départ ce qui les attendait. Elle explique que ce réseau cherchait à impliquer certaines personnes dans des actes sexuels avec des mineurs, afin de les photographier et de  les obliger à se taire ou à aider le réseau. Une fois que l’homme avait couché avec l’enfant, il était littéralement tenu par le réseau. Regina dit que certains, s’apercevant tout de suite qu’il s’agissait de mineurs, ne passaient pas à l’acte, mais la plupart le faisaient. On comprend l’intérêt de mouiller des magistrats et des politiques, et on comprend aussi qu’il fallait des personnes pour fournir la matière première de ces soirées, c’est-à-dire les enfants. Ont ainsi été cités dans ces soirées des politiciens comme Paul Van Den Boeynants, Maurice Lippens ou encore Etienne Davignon.

Regina Louf reconnait aussi des victimes, une certaine Leila du « dossier Dauphin », d’autres qui n’ont pas survécu au réseau : Mieke, Kristien, Marie-Hélène, elle cite aussi  des voisines de sa ville[33], elle parle de « Clo », une amie dans ce milieu de dingues, en fait Carine Dellaert, née en avril 1966, dont elle finit par décrire la mort, apportant des éléments qui n’avaient pas pu filtrer dans la presse. Officiellement disparue en février 1984, on a retrouvé son corps à Gand dans une fosse septique en janvier 1991.En réalité, elle a disparu dès août 1982, et a été assassinée avant 1985. Elle dit aussi que Clo a accouché au milieu de l’année 1983, dans une maison « pas très loin de Gand » : c’est Regina qui a coupé le cordon du bébé, que les adultes ont emporté. Clo serait morte à la suite de l’accouchement car elle avait perdu beaucoup de sang, que Regina situe entre juin et décembre 1983. Les faits se seraient produits en présence de Maurice Lippens, de Michel Vander Elst, de Tony et d’autres personnes. A un moment, un commissaire adjoint de Knokke est venu. Tout le monde a ensuite violé Regina.

sexesDans un fax, Regina parle des meurtres d’enfants auxquels elle a assisté. Elle cite un petit garçon de 3 ans, Bieleke, le premier qu’elle a vu se faire assassiner, elle avait le même âge, de Ildiko, une petite hongroise, victime d’abus chez sa grand-mère entre le début des années 70 et 76, de Katrien, une petite fille blonde du littoral assassinée vers 77 ou 78 lors d’une partie de chasse, Els, une dizaine d’années, assassinée entre 73 et 76, d’Oliver, un francophone adopté qui venait souvent chez la grand-mère, mort à la fin des années 70 vers 14 ou 15 ans, de Jan, environ 16 ans quand il a été assassiné dans un movie au début des années 80, de Lieve qui avait un accent de Knokke, assassinée vers 16 ans, quand Regina en avait 6, de Maieke, une anversoise tuée au début des années 80, vers ses 15 ans, de Joêlle, une petite francophone assassinée à la fin des années 70, de Pamela, environ deux ans, peut-être la fille de Mieke, assassinée vers 1980, 1984, de Catherine, assassinée en 1980, de Sarah, Maud et Tom, assassinés dans des parties de chasse avant 1980, de Michèle, environ 8 ans, de Veerle, tuée entre 1980 et 1983, de Cristel, environ 16 ans en 1983, tuée dans un movie, ce Catherine, francophone de 14 ans environ, tuée entre 1980 et 1984, de Véronique, tuée en 1979, francophone, de Luc, probablement anversois, tué dans un movie en 1982 vers 13 ou 14 ans, de Paulke, un francophone de 4 ou 5 ans, tué au début des années 80, d’Anja, 14 ans, de Thamara, anversoise de 18 ans qui s’est suicidée après un viol horrible, que Regina connaissait depuis Knokke, de Kris, une dizaine d’années, tué vers 1983, de Lyndsey, deux ans, tuée dans un movie en 1983, d’Anouk, Belinde, Murielle, Nicole, francophones, de Nefryé, une petite turque, tuée pendant une chasse vers 1982, de Marie Thérèse, tuée vers mars ou avril 1984 à Knokke… Regina a calculé qu’elle a assisté à la mort d’une trentaine d’enfants, dont certains n’ont jamais existé dans les registres de l’état civil. La police tente alors un recensement des meurtres et disparitions de personnes de moins de 30 ans non élucidés. Tous les parquets de Belgique vont répondre, sauf ceux d’Anvers, Malines, Turnhout, Tongres, Liège, Louvain, Charleroi et Namur, mais les chiffres sont extrêmement variables d’une ville à l’autre. A Bruxelles, le parquet évoque 1.300 disparitions de mineurs entre 1991 et 1997.

****** Le dessin d'enfant représentant des sexes est lié à l'affaire dite de Bordeaux, dans laquelle Patricia Poupard s'est démenée pour récupérer son fils. Le dessin a été réalisé par le fils de cette dame, à l'école à Bordeaux. Via le réseau Coral, cette affaire est également à l'affaire Zandvoort. Plus d'infos sur le blog de Patricia Poupard http://pedopitchoun2.blogspace.fr/1946956/AFFAIRE-POUPARD-qui-sont-ces-serpents/ *********

En février 1997, on décide de soumettre quelques photos de ces disparus à Regina, qui reconnaît une certaine Naatje van Zwarem van Zwarenstein. Regina dit l’avoir déjà vue quelque part.  Née en août 1961 et disparue le 12 mars 1976. D’après le dossier, Naatje était souvent absente de l’école avant sa disparition, et se rendait souvent au Manège du Rouge Cloître à Bruxelles, connu comme un lieu de partouzes, où ses amis disent qu’elle dépensait beaucoup d’argent (des billets de 1.000FB), et dont où elle se rendait en taxi le midi. Elle était amoureuse, disait-elle, du moniteur Georges Maerschalck, et disait être battue par son père, en montrant des traces. Le 16 mars, une amie reçoit un coup de fil de Naatje, qui dit être en Hollande et ne plus vouloir rentrer, d’ailleurs elle avait sur elle de faux papiers. Les enquêteurs ont aussi admis comme possible qu’elle se prostituait dans un coin chic de Bruxelles. Quelqu’un liait sa disparition à celle d’une certaine Paulette, disparue le 9 mars 1976, qui fréquentait un manège et vivait chez un ambassadeur Noir. Selon cette personne, ils seraient partis ensemble. Ladite Paulette avait en effet fugué en janvier 76, et on l’avait retrouvée chez un certain Kabeya Noé, fils du consul du Zaïre à Anvers. Naatje et cette Paulette fréquentaient les mêmes cafés et dancings. Un autre témoin, emmenée de force par Paulette et un zaïrois et qui a pu s’échapper, dit que plusieurs filles avaient rendez-vous au manège du Rouge Cloître le 12 mars pour être amenées en Hollande. Dans les affaires de Naatje, on a retrouvé la bague qu’ils offraient aux filles, avec une perle verte. Et puis, Naatje réapparaît le 7 avril, aussi vierge qu’elle était partie, et dit qu’elle est allée à Amsterdam en stop. Paulette a aussi fugué, elle ne connaît pas Naatje.

Regina désigne aussi une autre photo, celle d’une certaine Katrien De Cuyper, dont elle dit d’abord, lors de sa quinzième audition, qu’elle aurait assisté au meurtre. Elle l’aurait croisée dans un château près d’Anvers, où Tony l’aurait amenée alors qu’elle était déjà mariée avec celui qui lui a permis de s’éloigner de ce milieu, et à une époque où elle espérait que Tony la laisserait définitivement en paix. A cette soirée, étaient présents Nihoul, Bouty, Vander Elst, un Lippens, un certain De Wolf proche de VDB, et un certain Bert, ainsi que d’autres personnes. L’audition doit s’interrompre, car Regina ne parvient plus à parler. A cette époque, Katrien aurait une douzaine d’années selon Regina, mais semblait déjà initiée. Cette soirée-là était aussi dégueulasse que les autres. Katrien De Cuyper a disparu à quinze ans dans la soirée du 17 décembre 1991, et son corps a été retrouvé six mois plus tard près du port d’Anvers. Les faits tels qu’ils apparaissent dans les journaux sont très simples : elle rentrait de chez son petit ami et allait prendre le bus, près du café Les Routiers. Des clients l’ont vue appeler vers 22h 45, mais on ne sait pas qui elle a appelé. L’autopsie a conclu que Katrien avait été assassinée peu après sa disparition.

En fait, Regina finit par expliquer, dans un Fax du 18 février 1997, que c’est elle qui a du tuer Katrien, lors d’une de ces soirées où les petits jeux sadiques ajoutent tant de piment aux pires atrocités. D’après ce que dit Régina, on lui a demandé de choisir entre des petits jeux avec son bébé ou avec Katrien, de « coopérer ». C’était Katrien ou son bébé, qui a fini par disparaître lui aussi. Elle précise que Katrien avait peur, qu’elle était « terriblement crispée » et qu’elle avait peur des mêmes personnes qu’elle. C’est-à-dire qu’elle les connaissait manifestement. Il faut trois auditions et plusieurs fax pour comprendre ce qui s’est passé ensuite, car Regina bloque au moment où Katrien est nue sur un lit, et où on leur demande de faire l’amour. Pendant ce temps, Tony commence à taper les numéros pour appeler le mari de Régina, menaçant de tout lui dire.

Dans un fax à De Baets, Regina explique : « Lorsqu’on s’entend raconter, tout semble se dérouler à nouveau. Tout revient, ladocfr3viol douleur, l’angoisse, le chagrin et le désespoir. (...) C’est cette agressivité qui nous fait faire ce que nous ne pourrions jamais faire, et nous la dirigeons vers une fille innocente, nom d’un chien, parce que nous ne pouvons pas attaquer les vrais coupables, parce qu’ils ont le téléphone, et mes enfants. Je ne pouvais pas, Pat, je ne pouvais pas perdre encore un enfant. «La mort subite, ça arrive souvent», a dit Tony. (...) Lui, Tony, me criait dessus, me poussait à bout comme une bête sauvage. A chaque touche qu’il enfonçait, il criait, chaque fois: «Allez, Gina, choisis! Mais choisis donc, dis -le, dis -le maintenant!» Et je continuais à faire non de la tête. Je ne voulais pas, Pat, je ne pouvais pas. J’appuyais mes mains contre mes oreilles, pour ne plus l’entendre, parce que je pourrais penser, penser comment les sauver. (...) Il arrivait au dernier chiffre et il a crié: «Dernière chance, Gina, je compte jusqu’à trois. Un, deux...» Et j’ai crié, à mon tour. J’ai crié: «Oui, je vais le faire, Tony, arrête, s’il te plaît, je vais le faire!» J’ai inspiré et expiré profondément, pour ne pas pleurer, quelques fois d’affilée, jusqu’à ce que je sente que je contrôlais à nouveau mon chagrin. Il tenait toujours son doigt sur la dernière touche et il me regardait. Il voulait l’entendre encore une fois, plus convaincant, cette fois. J’ai donc respiré profondément, une fois de plus, et j’ai dit, calmement: «Je vais le faire, Tony. Je ferai tout ce que tu me demandes.» Puis, il a acquiescé, il a raccroché le téléphone et, sans le regarder, l’a donné à Nihoul qui l’a remis sur le chargeur. A ce moment-là, tous mes sentiments m’ont quittée. La froideur était revenue ». Elle dit qu’à ce moment, elle a « abandonné le combat » et « commencé à agir comme un robot ». Elle explique que soudain « C’est si agréable d’abandonner la lutte, de laisser tomber sa responsabilité et son humanité; mieux que ça, je ne comprenais pas pourquoi j’avais lutté si longtemps ». Elle dit qu’elle ne voyait plus Katrien, mais qu’elle se voyait elle. Qu’elle a fait faire aux autres adultes présents tout ce qu’ils lui avaient fait à elle, qu’elle l’a frappée aussi fort qu’elle pouvait, et que sur le moment elle aimait ça... Ils voulaient qu’elle devienne leur complice. Elle écrit « Je l’ai tuée. Je n’ose pas encore retourner pour voir comment ». Pour éviter d’avoir à mettre Regina en prison avec une inculpation de meurtre, le juge Bourlet considère que les faits dont elle était victime constituaient un « délit continu », y compris après sa majorité.

Comme d’autres victimes de ce réseau qui n’existe pas, Katrien menait depuis quelque temps une double vie. Si ses parents croient qu’elle dormait sagement chez eux la nuit, les amis de Katrien disent qu’elle était souvent dehors. Ses amis connus savaient qu’elle trainait aussi avec une autre bande depuis peu. Et puis, à l’étage du café des Routiers, il y avait l’adresse postale d’un studio de pornographie. Les policiers n’avaient vu là qu’un fait anodin, mais cette boite de films pornos est citée dans le dossier Zandvoort, dont on a déjà parlé. Zandvoort, c’est une affaire de pédophiles qui produisaient des films et images pédoporno, jusqu’aux plus crades imaginables, et qui les revendaient à grande échelle depuis la Hollande. Un réseau avec ses ex victimes devenues rabatteurs, avec ses vieux pédophiles amateurs de chair fraiche, et avec des connexions un peu partout dans le monde. Un réseau qui permettait aux pédos de passer commande pour tel ou tel film, et même pour des enfants. Les photos des enfants se sont ainsi retrouvées dans les ordinateurs de beaucoup de  pédo à travers le monde. Sur l’une d’elles, on dirait bien Katrien.

Et puis, Regina désigne une autre photo, celle d’une « petite turque », comme elle la désigne, assassinée lors d’une partie de chasse dans un domaine dans les Ardennes. Cette photo, c’est celle d’une petite turque, qui a disparu en plein Bruxelles le 16 juin 1977, et dont on a retrouvé le corps le 5 avril 1988 : Hanim Mazibas. A l’époque, l’enquête s’était réduite au strict minimum. Et même si on avait compris qu’un certain Joseph D.R, né en 1934, avait payé des tours de manège à la petite dans l’après-midi, et que sa société est dans les mêmes bureaux que la société dont l’un des sites était justement l’endroit où on a retrouvé le corps de la petite, dans le canal de Willebroeck près du quai Monnoyer. Le dénommé Joseph a menti à plusieurs reprises au cours de l’enquête, mais on n’a pas cherché plus loin. Moins de deux semaines plus tard, au même endroit, on a repêché le corps d’un enfant disparu le 6 avril 1988.

Regina explique aussi que Dutroux et Nihoul se connaissaient depuis longtemps : elle les a vus chez Nihoul, où des « fêtes » avaient souvent lieu. Elle voyait parfois Dutroux dans les villas, mais de loin. Elle évoque aussi « le copain » de Dutroux, qu’elle nomme : Weinstein, qui aimait enterrer les animaux vivants, une manie dont beaucoup de témoins ont parlé.

pedophilied2Le témoin X2, qui est policière et a déjà travaillé sur un pan de l’affaire Dutroux en 1995, contacte l’antenne de Neufchâteau le 6 novembre 1996, et verra les enquêteurs à onze reprises. Elle a dit ensuite que c’était là la décision « la plus stupide » de sa vie… Elle explique deux semaines plus tard avoir participé à des partouzes dans des villas de Knokke (identifiées par les enquêteurs, parfois les mêmes que celles que Regina Louf avait désignées), de Eindhoven, au Dolo et ailleurs entre 1985 et 1990,  décrit et désigne des endroits similaires à ceux montrés par Regina Louf, de même que certains personnages. Elle retrouve certains lieux accompagnée par les enquêteurs.  Elle parle d’un certain Karel dont elle était la maîtresse dès son plus jeune âge (c’est aussi le pseudonyme donné par Regina à Tony dans son manuscrit), de Marnette qui allait au Platos à Bruxelles (après le dossier du meurtre de Christine Van Hees en 1984), ainsi que d’autres flics, pas mal d’hommes de loi (substituts, juge de Nivelles, substitut namurois, conseillers à la cour d’appel de Bruxelles, vice président du tribunal de première instance de Bruxelles…), d’eurocrates, de Maurice et Léopold Lippens, d’Etienne Davignon, de Jean-Paul Dumont, du baron de Bonvoisin, des frères de Mérode et de nombreux aristocrates belges. Elle décrit le même type de violences que Regina, jusqu’aux meurtres d’enfants, au fait qu’on ne laissait pas vieillir les enfants dans le réseau. Elle ajoute qu’étant majeure à la fin, et dans les plus âgées, elle était une « maitresse femme », chargée notamment de faire boire et de droguer les enfants avant les violences. Elle évoque des cris d’enfants horribles, provenant du parc d’un château, et suppose qu’il s’agissait d’une chasse (mais elle décrit plusieurs épisodes qu’elle pense être des parties de chasse, où les hommes étaient en tenue de chasse et armés, mais sans chiens et ne tirant pas sur du gibier), elle parle aussi d’une fille de 15 ou 16 ans qui, en 1988, a été emmenée dans la salle sado maso à Eindhoven, et qu’on n’a plus revue ensuite. Cette jeune fille lui avait déjà parlé de choses terribles qui se produisaient dans la région bruxelloise, et a précisé qu’il faudrait « retourner le jardin » d’une folle prénommée Liliane, qui a un château à Bruxelles.

Elle a aussi fréquenté des lieux mentionnés dans l’affaire Christine Van Hees[34]. Regina l’a reconnue sur une photo et précise qu’elle a victime devant elle d’actes pédophiles en citant Nihoul comme agresseur, dans un club à Bruxelles. X2 cite un certain BILL, homme de confiance et chauffeur de Van Den Boeynants, qui se rendait régulièrement dans le temple des pédophiles, Pattaya en Thaïlande, et le même Bill est cité par Régina. Rappelons que les témoins X n’ont pas entendu parler les unes des autres pendant l’enquête. Elle aussi a reçu des menaces sur son nouveau numéro de téléphone, et a été suivie lors de son déménagement, même si elle dit n’avoir passé que quatre ans dans ce milieu. Six mois plus tard, elle cesse de collaborer car on a dit qu’elle était la maitresse de son supérieur, et que son témoignage était bidon. Elle explique « Lorsque j’ai vu tous les ennuis qu’il a eus, et la façon dont évoluait mon dossier, j’ai décidé d’arrêter. En tout cas, on voyait déjà à ce moment-là que les gens de l’équipe De Baets allaient droit dans le mur. Ils n’avaient pas la moindre chance ». Le supérieur en question finit par être écarté de l’enquête à son tour.

Nathalie W. n’a finalement pas été jointe aux témoins X, mais elle dénonce le même type de faits. Elle arrive au commissariat en 1996 accompagnée de sa psychologue, mais le flic refuse de prendre sa plainte contre son père (et d’autres), qui a commencé à la violer quand elle avait six ans (en 1971), et qui s’est mis à la « prêter » à des amis au cours de soirées chez lui ou dans des villas. Trop farfelu, d’après le fonctionnaire. Plus tard, elle se rend à la gendarmerie de Bruxelles, et là on l’écoute. A ses 10 ans, son père la confie à un certain Vincent, âgé d’une quarantaine d’années, et que celui-ci l’emmenait dans des partouzes un peu partout. Elle dit avoir avorté trois fois. Elle aussi raconte difficilement les faits, d’autant plus qu’elle affirme aux policiers avoir été suivie à deux reprises par ce Vincent après être venue à la gendarmerie : il lui aurait dit être au courant de sa plainte, et a gravé un V avec un couteau sur son avant bras gauche (photos à l’appui) en ajoutant « tu es à moi »[35], une autre fois une véhicule a tenté de pousser le sien en dehors de l’autoroute, puis une autre encore, elle est agressée sur une aire de stationnement[36]. Elle signale que depuis qu’elle est venue porter plainte, il y a « de plus en plus de sévices » et de « représailles » à son encontre, du harcèlement téléphonique la nuit et même des menaces de mort. La psychologue aussi a reçu une lettre de menace, donnée à la police. Elle cite surtout des prénoms, les membres du Rotary Club de Waterloo qu’elle reconnaissait à l’écusson à l’arrière de leurs voitures, le café chez Dolores (futur Dolo) où il y avait d’autres enfants, les Atrébates, Michel, le patron du Dolo et un autre Michel (Nihoul, qui l’a violée à trois reprises quand elle était mineure), la mère du témoin X4, le Antony de Regina, en relation avec Nihoul, l’ex premier ministre Van Den Boeynants, Léon Defosset et Serge Kubla, deux bourgmestres. Ella a aussi reconnu un certain Anthony, en fait le Tony de Regina. Mais, Regina l’a aussi reconnue comme étant une victime présente aux Atrébates, de même que X4. Enfin, Regina a reconnu le père de Nathalie comme un agresseur.

L’enquête a aussi montré que le père de Nathalie était au Rotary Club de Waterloo, de même que d’autres types qu’elle a cités. Elle désigne un immeuble d’Etterbeek à Bruxelles comme étant un lieu où elle a été abusée, et la police du coin l’avait déjà repéré pour des faits de mœurs (d’après la victime, des policiers d’Etterbeek s’y rendaient aussi). En passant devant le bâtiment, Nathalie a fait un malaise, mais n’a pas pu s’expliquer. Lors de l’enquête menée en 1996, le policier interroge la psychiatre de Nathalie, qui raconte que des pièces ont disparu à plusieurs reprises de son dossier médical, et que certaines ont été envoyées à Nathalie, après sa deuxième et sa troisième hospitalisations à l’hôpital Erasme à Bruxelles. Son père lui a même menacé la psychiatre via la psychologue qui l’avait eu en ligne, et a dit à Nathalie qu’il savait tout ce qui se passe à Erasme. La psychiatre soupçonnait la psychologue, qui avait accès au dossier de Nathalie, de l’avoir subtilisé et d’avoir envoyé des morceaux afin de la déstabiliser et de lui faire perdre confiance[37]. En novembre 1996, Nathalie parle de « messes noires », de mineurs marqués au fer rouge, de sacrifices humains, de viande humaine préparée donnée à manger aux enfants, en présence notamment d’Alexandre de Mérode. Elle a énormément de difficultés à voir revenir certains souvenirs, et sur un PV les policiers notent qu’elle se tape la tête sur les murs en criant « non pas le couteau… Je ne veux pas faire ça », en repensant à une de ces soirées. A un moment, elle évoque une scène de viol et torture dans une maison de l’avenue Churchill, à Bruxelles, et précise que « des choses plus graves s’y sont passées », mais qu’elle est « incapable d’en parler à ce stade ». Mise sous hypnose, ses réactions confirment  pourtant qu’elle a assisté à ce type de séance, et elle décrit un sacrifice.

En février 1997, elle fait des « aveux ». Les policiers écrivent : « Vincent est en réalité Alexandre de Merode, Le dernier contact avec cette personne date de la seconde quinzaine de janvier 1997 dans la maison (domicile) de Nathalie en l'absence de ses gardes », et qu’elle a même eu une fille de lui, qui lui a été enlevée immédiatement et vivait désormais aux Etats-Unis, d’après ce qu’Alexandre de Mérode a dit. Elle leur dit qu’elle a été forcée de rester en contact avec lui et sa bande, qui exerce des pressions sur elle et la menace. Elle précise que ces types connaissent les noms, adresses et véhicules de certaines personnes concernées par l’enquête, comme Marie France Botte.

Pourtant, le frère ainé de Nathalie dément quasiment tout ce qui est possible, et dit que pour la plainte contre son  père, c’est parce que Nathalie voulait attirer l’attention. Pareil avec le cadet : Nathalie n’a jamais été enceinte, la vie de famille était normale mais Nathalie a des problèmes de personnalité, il ne croit pas à l’inceste, le prénom de Vincent ne lui dit rien. Pour la mère, pas d’inceste non plus, et Nathalie est une mythomane. La marraine de Nathalie observe pourtant très tôt qu’il y avait des dysfonctionnements dans la famille, et que Nathalie était beaucoup moins bien traitée que les autres, mais elle dit qu’elle ne pense pas à l’inceste. Cécile Z, la compagne de Nathalie, qui est agent de police à Bruxelles, confirme que Nathalie est bien arrivée de nombreuses fois chez elle avec des traces de coups. D’après le PV, Cécile Z. « a vu des traces de coups au visage, aux bras et des marques de fer à repasser entre les cuisses, sur les bras et sur les mains », auxquelles Nathalie n’a pas donné d’explication.

Puis, le seul flic en qui Nathalie avait confiance est victime d’une hémorragie cérébrale, et il est remplacé par un enquêteur qui ne croit rien de ce qu’elle dit. On la prend alors clairement pour une folle, y compris auprès de son entourage, et jusque dans les médias. Trois flics portent plainte contre elle pour « calomnie et diffamation », car elle disait qu’ils faisaient tout pour la décrédibiliser. Comme beaucoup de victimes de ces sévices, elle a en effet du mal à parler, sa personnalité est erratique, elle refuse de se souvenir de nombreuses choses.

En décembre 1996, c’est le témoin X3 qui arrive dans l’affaire. Elle connaît la mère d’Elisabeth Brichet, et s’insurge contre le peu36776_1376297327581_1236275356_31168422_10083 de crédit qui est donné aux témoins des actes de ces réseaux qui n’existent pas. Agée d’une cinquantaine d’années en 1996, elle a écrit son histoire et celle de sa sœur dans un livre et défend les victimes d’abus sexuels. Les faits datent de 1950 à 1962, et elle raconte que de ses 3 ans à ses 8 ans, elle était l’enjeu de parties de bridge à son domicile, qu’à 8 ans on lui a en partie excisé le clitoris, et que c’est le médecin de famille, qui participait à ces soirées, qui l’a soignée. Comme Regina et d’autres témoins, elle affirme qu’elle était droguée par sa mère avant les viols et ceux où ses parents l’amenaient, dans des soirées mondaines, au cours desquelles des photos pornographiques, y compris zoophiles et pédophiles, étaient prises. Lors d’une de ces soirées, elle dit avoir assisté au meutre et à l’enterrement d’un garçon de 8 ans, émasculé avec une lame de rasoir. Elle cite aussi Van Den Boeynants, Charles Ferdinand Nothomb, l’industriel Charles Dapauw, Willy Claes, mais surtout elle cite beaucoup de membres de la famille royale, dont le roi Baudouin et son frère Albert. Elle décrit trois types de soirées pédophiles : photos, où il fallait être sexy, soirées spectacle, où elle était droguée, où des enfants étaient enfermés dans des cages en attendant leur tour, et c’est là qu’elle aurait vu le roi Baudouin, le futur roi Albert, Van Den Boeynants et d’autres. Elle y aurait aussi vu, selon le PV, des « corps d’enfants morts à divers stades de décomposition (parfois démembrés et/ou morceaux manquants) et carcasses de chiens », et on l’aurait forcée à manger des morceaux, servis en gélatine. Elle raconte aussi qu’un enfant de 12 ans y a été émasculé par Van Den Boeynants et que les autres enfants ont du boire son sang, que des fillettes étaient tailladées avec des lames de rasoir, qu’on lui a découpé les lèvres du sexe et donné à manger aux chiens. Au cours de ces soirées spectacles il pouvait y avoir des chasses, préparées par « Charly et Paul » (Charles Depauw et l’éternel VDB, Van Den Boeynants), au cours desquelles elle a du égorger une fille avec un couteau donné par VDB, et tuer une autre fille avec un cutter (on lui aurait dit que sinon ce serait son frère), mais elle parle aussi de meurtres d’adolescentes enceintes, de l’écartèlement d’un enfant de 6 ou 8 ans car il avait refusé de l’égorger. Enfin, il y avait les soirées mondaines, dans des maisons luxueuses, et c’est à une de ces soirées qu’elle aurait passé la nuit avec le roi Beaudoin. Vers 10 ans, X3 aurait du initier d’autres enfants, mais dans une autre audition elle que c’est après ses 12 ans qu’on l’a amenée dans le réseau où il y a ces trois types de soirées. A cet âge, Charly l’aurait placée comme prostituée dans un bar, jusqu’à ce qu’elle soit hospitalisée 15 jours pour une fracture du crâne.

Là, c’était trop gros pour les enquêteurs. On ne touche pas à la famille royale, et en Belgique aucune affaire n’est susceptible d’arriver jusqu’à eux. La famille royale est intouchable parmi les intouchables. Mais, son témoignage n’est pas décrédibilisé au point où le sont de X1, X2 et Nathalie W. Elle dit elle-même qu’un des enquêteurs la poussait à dire des choses qu’elle n’avait pas vues. En tout cas, on s’est bien gardé de vérifier quoi que ce soit concernant des « personnes bénéficiant de l’inviolabilité, d’immunités, de privilège de juridiction ou autre », d’après une décision du juge Langlois.

Le témoignage de X4, une trentaine d’années, n’a pas été retenu par la police malgré de nombreuses auditions. Elle parle d’un ton assez anodin des faits les plus graves, et a du mal à désigner clairement les personnes qu’elle cite. Elle dit qu’elle a été donnée par sa mère à un certain Jacques V quand elle était enfant, qu’on lui faisait tourner des films SM, et elle décrit des scènes de torture même type que les autres. Elle cite des noms également cités par X1, X3 ou Nathalie W. A 16 ans elle a fui de chez elle pour se retrouver dans une maison d’accueil, où on a noté que ses parents étaient à la limite du sadisme. Elle accuse aussi un ami de Jacques V de faire partie des abuseurs, et justement ce type a été condamné deux fois pour des faits de mœurs sur les enfants, et l’une des victimes identifiées était la sœur de X4. Elle parle de Raemaekers, un violeur d’enfants récidiviste, et les enquêteurs ont retrouvé chez lui une photo où X4 figure quand elle était jeune. Les seules vérifications effectuées par la gendarmerie visaient à décrédibiliser les témoins X dans leur ensemble, particulièrement celui de Regina Louf. En se basant sur des éléments comme le fait que l’amie de X4 qui a contacté la police connait l’amie de Regina qui a aussi contacté la police : normal, elles sont dans la même association d’aide juridique aux victimes, où  Regina a été bénévole aussi.

Un autre témoin, qui demande à être appelé X 69, se fait connaître fin 1996. C’est un jeune travesti qui se promène dans les soirées sado maso d’Anvers, qui tient à l’anonymat mais se promène aussi sur les plateaux télés (où il apparait masqué mais reconnaissable). Il raconte qu’en 1993 ou 1994, on lui propose d’être l’attraction d’une partouze dans une villa habitée pour l’occasion, près d’Anvers. Dans le salon, quatre hommes, trois femmes (parmi eux il identifie ensuite Nihoul et Bouty en les voyant à la télé), et quatre enfants entre 8 et 13 ans, dont un garçon. Il affirme que Nihoul a violé une petite, qu’un couple s’occupait d’une autre, et qu’il a entendu crier les fillettes. Les gendarmes tentent de lui faire identifier la villa mais il n’y parvient pas, mais reconnaît la maison de Micha, celui qui lui a proposé ce plan, où il vivait avec une certaine Petra, ce que vérifient les gendarmes. Sur les photos présentées par les enquêteurs, il ne reconnait pas Nihoul mais un homme déjà cité par d’autres témoins, qui lui ressemble beaucoup. Il décrit une maison, qui a été modifiée depuis, mais dont le propriétaire confirme les caractéristiques. Après ces vérifications, il ne se passe plus rien. X69 aussi affirmait avoir été menacé et même qu’on l’avait racketté à la suite de son témoignage, et il a refusé d’identifier son principal client, un homme du consulat présent aux soirées.

VM1, autre témoin (VM pour Victime de Mœurs), est un type connu dans le milieu bruxellois, qui a été dans sa jeunesse utilisé comme enfant prostitué, ce qu’un flic de Bruxelles a pu vérifier. Depuis, il est devenu membre d’un de ces réseaux de prostitution enfantine tout en étant indic de la gendarmerie. Notamment d’un dénommé Toussaint, qui a démissionné avec fracas après avoir vu « l’assassinat d’une enquête » sur laquelle il a du travailler en secret, celle sur le meurtrier pédophile qu’on a jugé fou, Patrick Derochette (un homme demandait qu’on enlève tous les cadavres que Derochette avait mis dans son jardin, mais la justice n’a jamais réagi). Et qui sentait « la même obstruction » dans les dossiers X. Il fait partie de ceux qui auditionnent VM1, lorsqu’il raconte qu’à neuf ans il s’est retrouvé dans une maison d’accueil où un juge de la jeunesse venait le chercher pour l’amener dans des villas près de Bruxelles, et cela jusqu’à ses 13 ans. Toussaint explique aux auteurs des « Dossiers X » : « Il a vu des meurtres d’enfants, il apprenait que des “invités”, fraîchement initiés mais récalcitrants, perdaient la vie dans de mystérieux accidents de la route. Plus tard, il s’est retrouvé dans une maison d’accueil à Brasschaat, et là aussi, le juge de la jeunesse venait le chercher ». Le but de ces partouzes, racontait VM1 à Toussaint, était d’impliquer des personnalités qui pourraient être utiles au réseau, en les filmant ou en les photographiant avec des mineurs histoire de les faire chanter. VM1 aussi a fréquenté le Mirano[38] à Bruxelles, comme X2, où il y avait des partouzes. Pour lesquelles VM1 devait trouver des enfants et les faire boire ou les droguer avant les abus. Lui aussi sera menacé par des types qui savaient qu’il était en train de témoigner auprès de la cellule de Neufchâteau et qui lui réclamaient des photos. Toussaint a été écarté de l’enquête lui aussi, on a mis un contrat sur sa tête et il a été renversé par une voiture alors qu’il circulait à moto, en juin 1997.

Ensuite, vient le témoin X7, qui se présente. Née en 1968,  elle était la meilleure amie de Regina quand elle avait 10 à 14 ans, et s’est rendue plusieurs fois à Knokke chez sa grand mère. Elle a vu Tony qu’elle trouve « sale et dégoûtant », dit que Regina et sa mère en étaient amoureuses, et a assisté à des attouchements de Tony sur Regina. Elle a une sœur, qui a refusé de voir leur père depuis ses 15 ans. Au bout du quatrième entretien, après avoir évoqué les problèmes de sa sœur en disant qu’elle ne comprenait pas, dit que son père était « un obsédé sexuel » qui demandait à sa mère de participer à des partouzes, et elle admet que son père a demandé à sa sœur de dormir avec lui, mais n’en « sait pas plus ». Elle raconte plus tard, en mars 1997, des scènes surréalistes, où elle faisait du vélo nue dans un camping avec la maitresse de son père, elle dit qu’il voulait des filles toujours plus jeunes. Elle dira aussi que leur père passait la nuit dans le lit de sa sœur quand elle avait 10 – 12 ans, qu’il a brulé sa sœur une fois avec une cigarette, et que divorce s’est fait à la demande de sa sœur car leur père allait trop loin. Plus tard encore, en mai, elle admet avoir passé une fois tout l’été chez Regina

Sur le PV d’une audition datant de février 1997, les policiers écrivent : « Après la séparation elle se souvient que le lendemain de son retour d’une visite chez son père elle a pleuré toute la journée mais elle ne sait plus pourquoi ». Puis : « Depuis longtemps elle sent qu’il s’est passé avec elle (Nathalie) quelques chose mais ne sait pas quoi. Elle n’aime pas être filmée ou photographiée ni se regarder dans un miroir. Elle a des périodes de dépression où elle se réfugie seule dans une pièce. Elle souhaite que sa fille n’ait pas la même jeunesse qu’elle. Quand elle voit sa fille nue dans sa baignoire elle a des pulsions sexuelles. Lors de ses auditions elle a toujours envie de pleurer sans savoir pourquoi. Suite à son premier entretien elle a contacté sa mère et lui a expliqué la situation en demandant des photos de jeunesse. Depuis elle n’a plus de contact avec sa mère ce qui semble anormal. Elle demande à voir un psy avant un nouvel entretien ». Toutefois, le témoin X4 la reconnait sur des photos, comme étant une fille qui a joué dans des films pédophiles, et qui a fait des séances de photos.

pedophilieUne autre amie d’enfance de Regina, on l’appellera A., est interrogée par les enquêteurs en janvier 1997. Elle n’a encore jamais parlé des abus sexuels dont elle a été victime, tombe en pleurs quand elle sait sur quoi porte la convocation, mais  elle remet un carnet avec des écrits et des dessins (diables, femmes nues), avant même de raconter son histoire aux policiers. Elle y parle de son enfance, de pornographie d’enfants dès ses 4 ans, du Diable, d’une mère et d’une grand-mère perverses[39]… On sent qu’elle a des idées noires dans la tête, et les représentations qui vont avec. Puis, elle raconte que tous les week-end, elle était chez ses grands parents, qu’elle avait des problèmes de communication à l’école maternelle, que son père, qui se promenait nu à la maison, lui faisait regarder des magazines pornos à quatre ans, que sa grand-mère était envoûtée par le Diable et qu’elle a cherché à l’initier. A 6 ans, ses parents s’installent à Knokke. Elle dit qu’elle a été la meilleure amie de Regina, et qu’elle allait régulièrement chez la grand-mère de Regina, dont elle décrit la maison, précisant qu’elle avait l’interdiction d’aller à l’étage « quand il y avait des clients », toujours des habitués. Elle vu la grand-mère menacer Regina avec un revolver, et dit avoir vu peu d’enfants chez elle. Elle cite aussi une maison à Gand comme étant un endroit où elle a subi des agressions, une maison identifiée et citée également par Regina.

Plus tard, un « flash » lui revient : elle se rappelle un acte pédophile dans une chambre à deux lits chez la grand-mère de Régina. Les policiers écrivent « Il faisait noir, un homme l’a jetée sur le lit et l’a fait se mettre à genoux. Il l’a obligée à le suçer et a avaler le sperme avant de la laisser sortir. Elle a dit à X1 qu’elle ne pouvait pas continuer ainsi. Elle pense que ce n’était pas la première fois qu’elle subissait de tels actes. Elle ne sait plus qui lui a appris mais se souvient qu’on lui avait appris à n’utiliser que sa bouche. Elle ne sait plus qui l’a envoyée dans la chambre. La grand-mère ne l’a jamais frappée ni défendue ». Plus loin dans le PV « Elle se souvient avoir fait l’amour à un homme avec X1 », donc un autre fait de pédophilie. Comme si les choses revenaient ou étaient acceptables à dire seulement par bribes, et comme si ce qui avait maintenu ces femmes en vie était d’avoir pu ou su garder le silence sur tout cela. Fin mars, elle se souvient d’avoir subi des violences dans la maison de la grand-mère, toujours dans les mêmes deux chambres, à l’étage (une où les faits étaient souvent commis avec deux enfants, l’autre pour les « plaisirs rapides » car les hommes ne déshabillaient pas entièrement et qu’il s’agissait « toujours de relations sexuelles rapides et douloureuses », précise le PV d’audition). Elle savait dans laquelle elle devait aller, précise qu’on l’a obligée à faire une fellation, et dit qu’elle ne sait plus « qui [lui] a appris ça, mais [qu’elle] savais comment satisfaire les hommes avec [sa] bouche ». Elle ajoute « J’ai aussi été violée par voie anale. Je mordais les tentures pour étouffer la douleur ». Elle se rappelle de certaines scènes, se rappelle que « parfois elle était attachée au lit par Regina ou sa grand-mère », ainsi que le mentionne le PV, qu’elle a aussi du attacher Regina, qu’elle a assisté à un viol de Regina, que la grand-mère surveillait pour voir si elle obéissait bien aux clients, et qu’après les faits, celle-ci la « consolait ». Une fois, elle et Régina ont refusé : la grand-mère les a menacées avec une arme à feu. D’ailleurs, sa grand-mère à elle et celle de Régina, étrangement, se connaissaient. Cette personne a été identifiée comme victime par Regina, qui avait très peu de ses parents, mais aussi par X4, comme ayant joué dans des films pédophiles et fait des séances photos. X4 ajoutait avoir fait des « choses gênantes » avec elle.

En mai 1997, elle appelle les gendarmes, en pleurs. Son mari en marre de la situation et veut aller voir son père[40], mais elle craint sa réaction si le père « dit la vérité ». Le lendemain, elle prend une forte de dose de médicaments. Elle a fait déjà quatre tentatives de suicide auparavant, a constamment des maux de ventre, et ne supporte pas de se voir dans un miroir ou en image. Elle cesse alors de collaborer à l’enquête.

Une autre amie d’enfance de Regina, par contre, dit n’avoir rien subi, n’avoir rien vu, malgré qu’elle dit être souvent allée chez elle, mais pas toutes les semaines. Quand elle décrit Regina, elle parle d’une fille « pas très propre », « caractérielle », « en avance sur son âge au niveau culturel et physique » qui se couchait parfois très tard. Au départ, elle dit qu’elle a « a eu une éducation pudique et n’appréciait pas les jeux de TONY mais elle continuait néanmoins à fréquenter X1 et le salon de toilettage et dit qu’elle aimait bien l’ambiance », écrivent les policiers en février 1997. En relisant son journal de l’époque, Marie (pseudonyme), cette amie, lit qu’elle était contente de rentrer chez elle après deux jours chez Regina, mais elle ne sait pas pourquoi. Ce qui a frappé les enquêteurs dans ce journal d’enfant, c’est qu’aucun sentiment n’y était exprimé. La jeune femme ne sait pas dire pourquoi, mais dit être consciente du fait que ce n’est pas normal. Mais, Regina dit que, si elle n’a rien subi, elle a du voir plus que ce qu’elle dit. S’en suit une confrontation, en mars 1997, au cours de laquelle Regina dit que Marie a été abusée plusieurs fois par Tony, en racontant deux épisodes. Mais l’amie ne se rappelle de rien à ce sujet. A peine, peut-être, des actes déplacés de Tony à l’encontre de Regina et de la femme de ménage qui était chez ses parents, et qui avait quatre enfants de quatre pères différents. Elle dit quand-même qu’elle allait chez la grand-mère de Regina, qu’elle « adorait », mais qu’elle ne pouvait pas aller à l’étage, et n’avait pas de contact avec les clients. Elle n’a jamais vu d’hématomes sur Regina, ne l’a jamais vue enceinte, et qu’elle n’a jamais rien remarqué d’anormal à Knokke.

Les policiers interrogent aussi la femme de ménage. Pas très efficace : de nombreux témoins disent que la maison était toujours en désordre. Sophie, donc, qui a vécu trois mois chez les parents de Regina avec sa petite fille d’un an et demi et son chien, n’a jamais rien vu, rien entendu. Tony amenait deux bouteilles de vin tous les jours, elle a vu l’amie de Regina qui venait le mercredi, que Regina allait au manège avec Tony, que Regina était « en avance pour son âge (sexuellement et physiquement) ». Mais Regina dit qu’elle a vu les abus de Tony sur elle-même, et qu’elle sait que Tony a aussi agressé sa petite fille. Les enquêteurs décident donc d’organiser une confrontation. Regina explique qu’avant de venir vivre chez eux, Sophie était une cliente du salon de toilettage, dont elle est devenue la femme de ménage, et rappelle les passages fréquents de Tony, qui abusait d’elle et qui amenait d’autres hommes pour faire de même. Elle dit que la fille de Sophie a été abusée elle aussi par Tony, et qu’il avait aussi des relations consentantes avec Sophie. Soudain, celle-ci se rappelle tout au plus d’attouchements de Tony sur Regina, et reconnait que sa fille a eu des troubles du comportement après le séjour chez les parents de Regina, mais qu’elle n’en a jamais rien dit. Elle explique qu’un jour sa fille est venue la voir en pleurant, et que deux jours après elles sont parties. Quand Sophie dit n’avoir plus eu de contacts avec la famille Louf après le déménagement, Regina rappelle qu’elle est venue avec Tony à son appartement et que la petite était gardée par ses parents quand elle partait le week-end, mais ça ne dit rien à Sophie, qui explique qu’elle buvait peut-être un peu trop à l’époque. Puis, Sophie dit qu’elle a entendu sa fille dire qu’elle avait été violée par un grand père, mais qu’elle ne l’avait pas crue. Puis vient la pause, et là Sophie oublie qu’elle est encore enregistrée. Elle dit alors à Regina qu’elle savait qu’il y avait une relation entre Tony et elle, et entre Tony et sa mère, mais que cela ne l’avait pas inquiétée : elle savait que Regina n’avait que 13 ans, mais elle faisait plus âgée. Quant à la petite, interrogée en 1997 alors qu’elle a 16 ans, elle se rappelle très bien du salon de toilettage, mais ne sait pas expliquer pourquoi elle est si difficile depuis qu’elle a un an et demi.

Au sujet de ces témoins, on constate que nombreux sont ceux qui ont subi des menaces à la suite de leurs dépositions. Beaucoup ont aussi eu des difficultés psychologiques du fait de revenir sur leur passé. Il est difficile d’affirmer qu’aucun n’a subi quoi que ce soit, que tous fabulent. Pourtant, si on en juge pas l’avancement de l’enquête, c’est ce que doit penser la Justice.

-  L’affaire Christine Van Hees. Alors qu’elle raconte comment les adultes manipulaient les enfants « si tu me satisfais on te laissepublicite_conte_la_pedopornographie tranquille, on fera du mal à l’autre petite fille… », les enquêteurs demandent à Regina de quelle autre fille elle parle, et Regina répond, comme ça, « Entre autres Kristien ». Après moult hésitations devant les questions des enquêteurs, elle raconte que toutes les semaines, Nihoul et Tony l’amenaient à des soirées, où elle devait tuer des animaux. Elle dit « Et alors ils passent sur des enfants. Je l'avais déjà dit qu'à la longue je le savais ». Propos décousus, qui finalement tournent autour du pot, comme si elle reculait le moment d’arriver dans le vif du sujet. Regina lance souvent des sujets en refusant en même temps d’être claire, comme si elle ne voulait pas que les sensations reviennent en mettant des mots sur les choses. Les enquêteurs lui demandent ce qu’elle « savait », réponse : « des enfants devaient mourir », puis « vraiment je ne sais plus ».

-         Qu’est-ce qui s’est passé avec Kristien ?

-         Elle a vraiment été sacrifiée

-         Pouvons-nous isoler ce fait quelque part et le regarder ?

-         Dans cette époque j'étais, vraiment, c'est une des choses les plus difficiles pour moi, vraiment, une des choses les plus difficiles, parce que, par exemple, une des choses, chez Kristien, tout d'abord, nous étions encore, tu étais envoyée chez un client, tu y étais occupée avec lui et quand tu avais fini avec le client, ils venaient te chercher et tu y allais tout de suite. Ça veut dire qu'on y devait aller déjà pendant tout un temps, tu étais déjà occupée tout un temps. Je sais seulement que Kristien ... elle était une, elle était uniquement une amie.

Je n'arrive pas à, je n'arrive pas à mettre de l'ordre là dedans. Je n'arrive pas à me le mettre dans ma tête… je n'arrive pas à mettre de l'ordre là dedans, j'ai tout essayé. Celui qui a vécu cela, ne peut pas le, je m'excuse.

Les enquêteurs reviennent au sujet. Regina explique qu’elle a connu Kristien au cours d’une « formation » qu’elle situe durant ses 11 ans, qu’il « y avait une rivalité continuelle » entre les filles. Les gendarmes lui montrent des photos, dont l’une est celle d’une jeune fille nommée Christine Van Hees, dont on a retrouvé le corps carbonisé dans une champignonnière d’un quartier de Bruxelles vers 21h, le 13 février 1984. Regina reconnait Kristien sur la photo P10 à la fin de la première audition où elle évoque le sujet, après avoir raconté les faits. Ce soir-là, donc, étaient présents Nihoul et Bouty, Tony, Vander Elst, Dutroux et sa femme. Il y avait aussi plusieurs enfants, dont une certaine Kelly, qui étaient là pour un « examen ».

Puis, Regina refuse à nouveau de parler, elle a peur que les coupables ne soient libérés et la retrouvent.

-         Quel choix est-ce que vous deviez faire ?

-         Je devais, je devais pouvoir prouver que j'étais bonne, que j'étais docile, que je leur écoutais, je devais prouver cela. Ils me disaient de sucer Nihoul et je devais prouver que j'aimais le faire, que c'était bon et que, allez, tout le cirque. Avec toute ma conviction et tout comme il le faut.

-         Et Kristien, qu’est-ce qu’elle devait faire ?

-         Si je ne le faisais pas bien, on lui faisait du mal. C'était une concurrence continuelle.

-         Est-ce que Kristien devait faire la même chose avec quelqu’un ?

-         Oui

-         Et avec qui est-ce que Kristien devait le faire ?

-         Avec Tony. Mais voyez, ce n'était pas une solution, car quand je le faisais bien, elle était punie, et si je ne le faisais pas bien, elle était aussi punie. Donc si je le faisais bien, elle le faisait moins bien et si moi je le faisais moins bien, je n'étais pas docile, allez oui.

-         Donc en fait elle le faisait toujours moins bien que vous, est-ce cela ?

-         Oh, je ne sais pas.

-         Qui était le plus puni ?

-         Elle

-         Et comment est-ce qu’ils l’ont punie ?

-         En la torturant.

-         Et qui est-ce qui la torturait ?

-         Les gens qui étaient là.

-         Tous ?

-         Hm.

-         Pouvez-vous nous dire comment ils la torturaient ?

-         Oh, avec tous, avec tous.

-         Est-ce que Kristien pouvait se défendre ?

-          Signe de tête négatif

Kristien était attachée, avec un manche à balais entre le dos et les bras. « Et puis, ils l'ont emmenée, et ils l'ont tenue, je pense que c'était dans ses parties ou quelque chose comme ça, mis dans son vagin ». Regina devait « la calmer » : « Je voulais qu'elle se taise, si elle ne se tait pas, elle doit se taire, sinon ils le font aussi avec moi », mais elle n’arrive pas à la faire taire pendant que les autres la torturent. Weinstein aurait amené un serpent, un boa constrictor, qui aurait servi à effrayer Kristien. A un moment, Vander Elst lui tend une hache et désigne l’endroit où Regina doit enterrer Kristien, mais Regina ne parvient pas à le faire. Plus tard, « ils l’attachent, ils l’ont mise sur une table, avec ses jambes écartées, ses pieds derrière les pieds de la table ». Ils, ce sont Nihoul et Dutroux, qui l’attachent les pieds et les mains liés, de manière à ce que plus elle se débattait, plus les liens se resserraient, posée sur le ventre, sur une table. Ensuite Regina raconte le déroulement de la soirée : un peu avant d’en arriver à cette scène on a forcé Kristien à violer Régina (qui, elle, doit faire une fellation à Nihoul), puis on demande à Regina de faire la même chose sur Kristien. Au cours de l’audition suivante, Regina explique que plus tôt dans la soirée, elles ont été obligées à faire l’amour devant les adultes, mais que Kristien les énervait parce qu’elle posait trop de questions, qu’elle n’était pas assez spontanée, trop nerveuse… « Elle était aussi timide. Je ne crois pas qu’elle était habituée de travailler en groupe », explique Regina aux gendarmes. Kristien ne « connaissait pas bien le système », elle devait être dans le circuit depuis très peu de temps. Les deux gamines ont ensuite été amenées ailleurs, où s’est produite la scène du couteau. Kristien est ensuite violée alors qu’elle est ligotée sur la table, notamment avec le couteau, et continue à crier. Bouty tend le couteau à Regina. Le récit s’arrête encore une fois, Regina bloque systématiquement au moment où on lui met le couteau dans les mains. Elle reprend après une pause, et raconte « Ils disent que j’ai le choix entre le faire moi-même et de regarder comment ont le fait. Et ils me promettent que ça va durer beaucoup plus longtemps. Oh, mon dieu, j’ai tellement peur ». A ce moment, Kristien a été déplacée, toujours ligotée pieds et mains ensemble, le fil relié au cou, par terre dans la champignonnière. A un moment, on plante des longues tiges en métal que Bouty avait chauffées dans les poignets de Kristien, on perce ses mains, on lui coupe le bout des seins, on la laisse s’échapper un peu... On dit à Regina qu’elle doit couper Kristien « au cou », pour qu’elle arrête de crier. Les cris s’arrêtent, et les adultes brûlent le corps de Kristien. On jette le liquide inflammable sur Kristien et Regina, qu’ils laissent s’éloigner avant de mettre le feu à Kristien. Toute la soirée a été photographiée par un des types présents. Plus tard, Regina explique qu’il est probable que Kristien risquait de parler, à ses parents ou à la police. Durant les faits, les adultes l’auraient traitée de « traitresse », et Nihoul l’aurait assaillie de questions, pour savoir ce qu’elle aurait pu dire de leurs soirées, et à qui.

Regina connaissait Kristien depuis « quelque temps », elle était formée par Nihoul à ce moment-là. Elle l’a vue deux ou trois fois à des soirées de groupe, toujours avec la même clique et des personnes en plus. Le jour de sa mort, Kristien portait des chaussures de sport, « un jean et un sweat avec le numéro huit dessus », bleu foncé. On situe la « formation » vers 1982. Regina a précisé qu’on avait mis des tampons dans le vagin de Kristien à cause du sang qui coulait, parle du fer barbelé. Les gendarmes tentent d’obtenir un maximum de renseignements sur la configuration des lieux, et elle décrit de nombreux détails qui sont ensuite recoupés par les enquêteurs lorsqu’ils interrogent l’ancien propriétaire des lieux.

A l’époque, malgré de très nombreux éléments qui auraient mené droit aux coupables, la police s’en est longtemps tenue à la piste des punks, qui trainaient dans le quartier. Mais, aucune preuve convaincante n’a été trouvée contre eux. Aujourd’hui encore, l’enquête est toujours cours. Mais, on nous explique encore que Kristien a « du être interpellée par des inconnus » en rentrant de l’école, et qu’ « aujourd’hui on ne connaît toujours pas la vérité ».

Les auteurs du livre « Les témoins X : ce que la Belgique ne devrait pas savoir sur l’affaire Dutroux » ont regardé de près le passé de Christine Van Hees, et beaucoup d’éléments montrent qu’elle a très bien pu se trouver sur la route de Nihoul et Dutroux. Née en 1967, elle aimait bien aller patiner au Poséidon, dans un quartier sud de Bruxelles, une patinoire où Dutroux allait aussi régulièrement à cette époque. Juste à l’étage de la patinoire, il y avait les locaux de Radio Activité. Elle avait quitté les scouts sans le dire à ses parents, mentait à ses parents quand elle disait qu’elle dormait chez une amie, et séchait aussi quelques cours ces derniers temps[41]. A l’école, elle voulait monter une pièce de théâtre sur une jeune fille prise dans une secte. Une connaissance la voit à 17h 20 près de chez elle. On ait aussi qu’elle fréquentait le même manège que Naatje van Zwarem van Zwareghem, disparue en 1976. A 18h 45, une voisine entend durant un quart d’heure les cris d’une jeune fille provenant de la champignonnière, et vers 19h 05 deux jeunes hommes habillés de vêtements sombres sortir et traverser le boulevard. A 21h, on retrouve Christine brûlée à 300m de chez ses parents.

Finalement, quatre punks sont interpellés, et certains avouent sous la menace. Un deuxième juge d’instruction, Jean-Claude Van Espen, arrive, et lui non plus n’estime pas utile d’entendre les parents Van Hees. En 87, le dernier punk, défendu par De Quévy et Jean-Paul Dumont, est libéré après trois ans de préventive. En 1991, un policier reprend le dossier, entend la mère de Christine, et constate qu’un témoin dit avoir vu Christine parler longuement avec le conducteur d’une voiture sombre avec un aigle sur le capot[42], en octobre 1983. D’autres personnes du voisinage ont aussi vu la voiture. Il apprend que Christine tenait un journal secret, caché dans une maison abandonnée bien plus loin. On n’a jamais su ce qu’il était devenu, mais une enquêtrice dit qu’il a bien été retrouvé. En 1996, Van Espen clôt son enquête.

En 1997, la cellule de Neufchâteau veut vérifier le témoignage de Regina Louf, et tente de faire une synthèse du dossier. Où l’on apprend que le 27 avril 1987, un interlocuteur anonyme appelle la police et leur dit d’aller voir du côté du Dolo pour « y apprendre des choses sur la champignonnière », et qui raccroche. On retrouve aussi un témoignage disant que Christine sortait avec un para commando dénommé Marc Goossens, et avec des gens de Radio Activité, une radio mentionnée de très nombreuses fois dans le dossier d’enquête, et dans laquelle Nihoul était animateur. Elle a semblé inquiète deux jours avant son assassinat : « Christine m’a demandé de la suivre du regard jusqu’à ce qu’elle soit rentrée dans sa maison. Elle avait peur. Ce n’était pas de la comédie. Elle avait vraiment très peur. Elle ne m’a jamais expliqué pourquoi » dit en 1997 une de ses amies, qui désigne aussi une photo de Dutroux de l’époque comme étant une des fréquentations de Christine. On s’aperçoit que celui qui a orienté la police vers la piste des punks, un certain Dominique L, un ancien de Radio Activité qui a fréquenté les partouzes au château de  Faulx-les-Tombes, a un casier déjà long, notamment pour débauche de mineure, pornographie enfantine, mœurs. Il a dit qu’il « connaît beaucoup de monde » à la PJ de Bruxelles. L’enquêteur de 1997 se rend compte que sur le carnet d’adresses de Christine figurait le nom d’un ami proche de Dutroux, animateur sur FM Inter mais aussi sur Radio Activité. Beaucoup de contradictions sur la date de sa rencontre avec Christine sont apparues lors de son audition, mais la police n’a pas jugé utile d’approfondir cela.

1105402Le 20 février 1984, une fille qui prenait le bus avec Christine tous les jours écrit anonymement à la police. Elle signale qu’elle connait Christine depuis octobre 1983, et qu’elles discutaient dans le bus. « Elle me racontait qu’elle avait fait la connaissance d’un groupe de personnes. Elle les voyait régulièrement dans une maison abandonnée près de son propre domicile. Elle voyait régulièrement ces gens aux mois d’octobre et novembre 1983. Ces personnes étaient plus âgées que Christine. Elle m’a expliqué que des réunions avaient lieu dans cette maison, qu’il y avait un accès que personne ne connaissait. Il y avait d’autres jeunes filles dans ce groupe. De temps en temps, disait-elle, elle allait seule dans cette maison pour y écrire dans son journal. Christine n’a jamais parlé de cela à ses camarades de classe. J’étais effarée lorsqu’elle m’a raconté ce qui s’y passait. Elle m’a dit que si elle en parlait un jour à ses parents ou à ses frères, ses soi-disant “amis” la tueraient et mettraient le feu à sa maison. Elle m’a fait comprendre que dans ce groupe, on pratiquait l’amour libre. (...)Elle m’a dit que ce groupe l’attirait et lui faisait peur tout à la fois. Début 1984, il m’a semblé que Christine avait fort changé. Elle avait maigri, était pâle et moins soignée. Elle m’a dit qu’elle voulait couper les ponts, parce qu’il s’était passé des choses graves. J’ai remarqué qu’elle avait des bleus, et une brûlure de cigarette sur le bras. Elle m’a alors expliqué que cela avait commencé comme un jeu, et que ces jeux commençaient doucement, mais devenaient violents par la suite. Christine était entrée en conflit avec une des autres filles du groupe. Elle se sentait très attirée par un des membres de la bande. Elle m’a dit que c’était possible de se sentir attirée sexuellement par un garçon, sans vraiment l’aimer pour autant. Elle séchait les cours. De ses amis, elle disait: «Ce sont des porcs, mais je me sens bien avec eux. » Elle m’a dit qu’une fois qu’on entrait dans ce milieu, on n’en ressortait plus jamais. Elle disait que ça avait peu de sens d’en parler à qui que ce soit, vu que personne ne la croirait »[43]. Ces gens, précisait aussi la jeune fille, n’étaient pas des punks. L’enquêteur apprend aussi que Christine a été vue entrant dans un bar à Terveuren, connu pour être un lieu de partouze pour eurocrates, fonctionnaires de l’OTAN et autres politiques en vue, d’après les voisins. Les auteurs des « Dossiers X » ont aussi rencontré une femme qui était prêtée par son père pour des partouzes dans ce bar. Mais, on n’a pas enquêté là-dessus à l’époque, et le gendarme qui s’y intéresse va bientôt être écarté. Guy Collignon, qui avait mené l’enquête sur la mort de Christine, était un habitué du Dolo, d’après une déclaration du patron, Michel Forgeot, le 30 décembre 1996.

-  En matière de réseaux pédophiles, il y avait eu des précédents en Belgique depuis les années 80, comme l’affaire du CRIES, le Centre de Recherche et d’Information sur l’enfance et la sexualité, qui éclate en 1986 et au cours de laquelle on a appris que des photos pédopornographiques étaient prises dans les locaux de l’UNICEF à Bruxelles. Une centaines d’enfants victimes[44] ont été dénombrés d’après les images saisies. Les suites ? Le principal suspect, Michel Felu, interné sans procès puis libéré, le directeur de l’UNICEF Belgique qui a prêté ses bureaux, acquitté. Quelques types du CRIES, des pédophiles militants[45] comme Jean Claude Weber (10 ans, le maximum pour une telle affaire), Claude Drieghe ou Philippe Charpentier (10 ans), le fondateur du CRIES. Certains autres suspects, dans les milieux universitaires, se sont suicidés avant le procès. Parmi les clients du CRIES, 200 étaient en Belgique, les autres sont dans 18 pays, dont 280 en France où aucune enquête n’a été menée. Chez des membres du CRIES, on avait retrouvé 4.000 photos et vidéos pédopornographiques, dont certaines montrant des viols de bébés, destinées à la commercialisation sous forme numérique et à permettre aux pervers de choisir un enfant. Et parmi ces images, certaines montraient des appartements à Anvers et Bruxelles où des enfants étaient filmés lors de parties. Enfin, pour certaines de ces images se sont retrouvées sur les CD Roms de Zandvoort. Mais on reviendra sur le CRIES dans une autre partie. Un certain Drieghe, condamné à 10 ans de prison dans l’affaire du CRIES mais qui a fui en Thaïlande à l’occasion d’une libération lors de sa détention préventive, a refait parler de lui pour des actes pédophiles commis là-bas, où il tenait des bordels dans lesquels des dizaines d’enfants étaient prostitués.

En 1985 déjà, des dizaines d’enfants ont été victimes d’un réseau actif en Belgique, en Allemagne et aux Pays-Bas. Ils étaient forcés de tourner des vidéos et de participer à ce qu’on appelle des « ballets bleus ». L’instruction menée à Louvain a été menée dans le plus grand secret, car on a très vite parlé de personnalités politiques impliquées. On n’a jamais su quelles ont été les suites judiciaires de cette histoire, ni même s’il y en a eu.

Une call girl impliquée dans l’affaire du réseau de prostitution lié à l’entreprise Belge Eurosystems a expliqué avoir assisté à des parties fines, où on consommait de la drogue et où on abusait de mineurs. Elle accusait dans la foulée Van Den Boeynants, un procureur, un avocat général, un commandant de gendarmerie d’y avoir participé. Il va sans dire que cette femme a été décrédibilisée immédiatement.

Au moment où éclate l’affaire Dutroux a lieu le procès du réseau Spartacus, un réseau crée dans les années 70 en Belgique qui porte le nom d’une sorte de guide touristique pour pédophiles dans lequel on trouvait les adresses de réseaux et lieux pédophiles à travers le monde, et qui est diffusé dans 150 pays. C’est un ancien pasteur, John Stamford, qui éditait cette revue et a été jugé pour publication d’écrits contraires aux bonnes mœurs, risquant un an de prison.

-  Un autre pédophile jugé en 1995, Raemaekers[46], accusé d’avoir filmé le viol de différentes petites filles, a expliqué au juge qu’ilecpat_2008 enregistrait ces scènes parce qu’ « il y avait beaucoup d’argent à gagner. On pouvait aussi échanger les cassettes ». Il ajoutait que « Cela se passait dans un réseau de pédophilie très étendu, qui opère en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne. Moi-même, je n’étais qu’un petit élément de ce réseau ». L’homme possédait de nombreuses cassettes (sur 4.000 cassettes, seules 9 ont été retenues comme pièces à conviction[47], et Raemaekers est le seul adulte qui apparaît à l’image), avec des enfants asiatiques, africains ou européens. Parfois, c’était lui l’abuseur des vidéos, qu’on pouvait voir frapper des gamines en pleurs qu’il séquestrait pendant des heures. Des témoins X ont reconnu des enfants sur ces cassettes lors d’auditions réalisées en décembre 1996, et la police y a repéré Dutroux. Au moment de son arrestation, l’individu s’affairait à mettre sur pied l’asbl « SOS Enfants en danger », qui lui aurait permis d’accueillir des enfants en détresse. Il avait encore déclaré : « Après mon arrestation, on m’a envoyé des signaux. On me ferait interner. Ainsi, je retrouverais la liberté après un an environ. Je ne m’explique pas pourquoi ça n’a pas marché et comment j’ai été condamné à perpétuité. Il faut dire que toutes les preuves trouvées en 1993 qui accusaient les gens pour qui je travaillais avaient déjà été escamotées au cours de l’enquête ».

Dans les auditions menées par les enquêteurs de l’affaire Dutroux, Raemaekers explique les rapports entre Dakostavrianos (qui apparaît aussi dans l’affaire Carlin) et Tagliafero liés à un « trafic international de voitures ». Il a aussi évoqué des partouzes avec des enfants au Studio Molière, en plein Bruxelles, les samedis et dimanches midis, ou encore dans une villa à Meise, où il se serait rendu avec Jean-Paul Dumont[48], l’un des nombreux avocats avec qui il était en contact (sans jamais verser un euro), et des Jaguar, Mercedes et BMW avec l’écusson du Lion’s club étaient garées devant. Avec ledit Dumont, Raemaekers serait allé à de nombreuses partouzes, des ballets roses, dans tout Bruxelles et à Charleroi.

Raemaekers a aussi été en cellule avec un dénommé Focant, qui lui aurait dit avoir enlevé des enfants de 13 à 15 ans, et qu’il était payé par Nihoul pour le faire.  Focant était un pédophile adepte de partouzes, qui a prostitué plusieurs enfants, ce qui lui a valu… cinq ans de prison[49].

 

ENQUETE

L’enquête menée par le juge Langlois, qui a repris le dossier fin 1996, a systématiquement écarté les témoignages menant à la piste du réseau[50]. On a aussi lancé une interminable « relecture » du dossier, afin de faire passer à la trappe les éléments qui menaient, eux aussi, à la piste du réseau, et on a saucissonné, c’est-à-dire séparé toutes les affaires, histoire d’en noyer un maximum dans les limbes des palais de Justice. Au final, il ne restait plus que l’évidence et on a seulement jugé Dutroux et ses copains pour six enlèvements et séquestration et cinq homicides.

Dutroux a été arrêté par le juge Connerotte de Neufchâteau, qui a réagi très vite après l’enlèvement de Laetitia Delhez le 9 août 1996 à Bertrix. Six  jours plus tard, Dutroux, Martin et Lelièvre sont arrêtés grâce à l’identification du véhicule de Dutroux. Il tente d’en savoir plus sur les protagonistes, comme Nihoul, mais il n’a pas toujours été aidé. Quand il demande à tous les gendarmes et flics de Belgique s’ils ont déjà eu des affaires dans lesquelles Nihoul est concerné, un colonel de gendarmerie de la section financière a dit non, bien que sa section avait traité déjà trois dossier dans lesquels Nihoul était impliqué, dont celui de SOS Sahel. Cette association récoltait de l’argent pour les africains affamés, mais servait surtout à nourrir Nihoul[51].

Il faut savoir que depuis la fin août 1995 et jusqu’en janvier 1996, Dutroux était sous le coup de la très secrète opération « Othello », lancée par la gendarmerie de Charleroi dans le dos du juge d’instruction, qui visait à surveiller maison. Mais, la gendarmerie n’a rien vu ni entendu de suspect malgré des perquisitions. Il faut dire que quelques jours avant de commencer la surveillance, une voisine de Dutroux avait appelé les gendarmes pour dire qu’elle pensait avoir vu Mélissa chez lui[52].

Depuis octobre 1993, le chef de la gendarmerie de Charleroi savait, par un informateur, que Dutroux avait fait construire une cache dans sa cave à Marcinelle, pour y séquestrer des enfants. Dutroux aurait également dit à cet informateur, alors qu’il suivait deux jeunes filles en voiture, qu’il était facile de les kidnapper : il n’y avait qu’à leur mettre la main sur la bouche, et en plus ça pouvait rapporter 100.000 à 150.000 FB (2.500 à 3.800€ environ). Mais il ne se passe rien.

sondron_041015_Dossier_bisLa police va également mettre des semaines à vérifier en profondeur l’alibi de Nihoul pour l’enlèvement de Laetitia, l’avocat Michel Vander Elst, avec qui ils sont censés avoir fait de la peinture ce jour-là, si bien qu’on va considérer qu’il a bien un alibi.

Cela n’empêche pas Connerotte d’être dessaisi du dossier en octobre 1996, à la demande des avocats de Dutroux et Nihoul, parce qu’il avait participé à un repas au profit des victimes[53], en présence des deux survivantes. Il est remplacé par le juge Langlois de Liège, et à partir de là, l’enquête va considérablement ralentir et conclure, finalement, qu’il n’y a pas de réseau. Le 20 octobre 1996, après des grèves dans les usines pour obtenir la vérité sur cette affaire, plus de 300.000 personnes (peut-être 600.000) sont là à la marche blanche[54], en soutien aux parents des victimes. C’est là qu’on promet de mettre en place une commission d’enquête parlementaire.

Quant à l’enquête sur la mort de Christine Van Hees, elle est reprise par le juge Van Espen de Bruxelles, qui a répété à l’époque qu’on passait trop de temps à enquêter sur l’affaire Dutroux, avait été l’avocat d’Annie Bouty et a aussi travaillé pour son cabinet en tant qu’avocat occasionnel[55], et l’ex beau frère de Van Espen, l’avocat et politicien Philippe Deleuze (qui a toujours défendu Nihoul), a été partenaire d’Annie Bouty dans son ancien cabinet d’avocats qui a finalement fait une faillite frauduleuse.

Nihoul a aussi expliqué que Van Espen, du courant PSC, a été pistonné par Van Den Boeynants et Philippe Deleuze, qui était lui aussi en train de monter en politique.

Accessoirement, la sœur de Van Espen est aussi la marraine d’un des fils de Nihoul. La proximité, c’est toujours utile. En novembre 1996, Nihoul déclare à la PJ de Bruxelles : « Deleuze m’a demandé de me taire et que son beau-frère Jean-Claude Van Espen arrangerait les choses ». L’ancien patron du « Jardin des mariolles », ami de Nihoul et Dumont, a expliqué aux enquêteurs en 1997 que Nihoul se vantait de rien risque dans l’affaire « SOS Sahel », parce qu’il avait un petit dossier sur Van Espen, que Nihoul a plus ou moins désigné à la police comme protégeant un réseau pédophile, du moins d’après ce qu’on lui aurait dit. Enfin, bref. Quand il apprend que la commission d’enquête s’intéresse au dossier Van Hees, après douze ans où il n’avait jamais exploité d’autre piste que celle des punks, van Espen s’insurge. Début 1998, c’est un autre juge, Vandermeersh, qui reprend l’affaire.

Le juge Langlois est parvenu, au cours de son enquête, à écarter les suspicions pesant sur la plupart des inculpés, grâce à l’absence de vérifications quasi systématique. Ainsi, pour Langlois, Nihoul n’a rien à voir avec les enlèvements des gamines, si bien qu’il a été remis en liberté jusqu’au jugement[56].

Pour le procureur Bourlet, par contre, Nihoul est mouillé jusqu’au cou dans certains enlèvements, de même que dans des trafics de drogue, de voitures, de faux papiers et de files de l’Est. Or, derrière l’implication de Nihoul, il y a aussi celle de ses connaissances dans tous les milieux, ce qu’il fallait absolument éviter. De même, Connerotte avait recueilli autour de 200 témoignages accusant Nihoul d’avoir participé à des enlèvements[57] (mais au final seulement quatre témoignages sont retenus par Langlois).

En janvier 2003, la Chambre du conseil de Neufchâteau présidée par le juge Moinet décide, se prenant pour la Cour d’assises, qu’il n’y a pas lieu de poursuivre Nihoul pour association de malfaiteurs ou pour les enlèvements, malgré de nombreux éléments interpelants (des témoignages disant que Nihoul était à Bertrix la veille de l’enlèvement de Laetitia, la remise des pilules d’ecstasy, le faux alibi donné par Nihoul pour ce jour-là, les contacts téléphoniques avec Dutroux et Lelièvre au cours de l’été 1996…). Quant à Lelièvre, il n’a pas contribué à l’enlèvement de Julie et Mélissa. Bref : pas de réseau, juste une bande de débiles pervers. Plusieurs parties civiles ont fait appel, on reviendra plus tard sur la suite de la procédure judiciaire.

Voyons pourquoi l’enquête a mené à ce résultat.

L’enquête a été si mal gérée[58] qu’une commission parlementaire a été mise en place fin 1996, et a rendu deux rapports, en avril 1997 et février 1998. Elle n’avait pas pour but d’examiner l’existence ou non de réseaux, mais sur la manière dont l’enquête a été menée, et si Dutroux, Nihoul etc. ont bénéficié de protections.

La commission parlementaire, qui a enquêté sur l’enquête pointe dans son rapport de nombreux problèmes : « on peut formuler de nombreuses critiques sur la manière dont l'enquête sur M. Dutroux a été menée par la BSR de Charleroi », écrit la commission, quant à la cellule disparitions, ce n’est pas mieux et dans le cadre de l’enlèvement de Sabine Daerdenne, « c'est précisément le représentant de la cellule disparitions qui a infirmé une série de pistes potentielles qui auraient pu mener l'enquête à M. Dutroux », que « la piste Dutroux n’a pas été approfondie à ce stade comme on serait en droit de l’attendre dans le cadre d’une enquête judiciaire sérieuse », si bien que « des pistes pertinentes n'ont pas été exploitées pour cette raison ».

Le rapport parle de « piste importante négligée », de « manquements individuels», d’ « insuffisances », d’ « inefficacité de l’organisation du parquet », de « s'interroger sur l'exactitude des déclarations de deux membres de la BSR », de « La segmentation, le cloisonnement [qui] sont devenus la règle bien plus que l'exception dans l'administration de la justice pénale »

On apprend au passage que « Le 29 mars 1994, M. Dutroux a obtenu du commissaire en chef de Charleroi l'autorisation de détenir une arme à feu de défense, une 22.LR. Ce permis a été délivré sans que soit menée une enquête concernant la personnalité du demandeur et sans que soit consulté le casier judiciaire », ou encore que « En septembre 1995, le juge d'instruction Lorent, de Charleroi, reçoit une lettre - il s'avère par la suite qu'elle émane de la mère de M. Dutroux - dans laquelle il est dit clairement que celui-ci est impliqué dans l'enlèvement de mineures. En dépit des antécédents de M. Dutroux, le juge d'instruction n'exploite pas cette lettre ».

Les rapports parlementaires disent aussi clairement que Nihoul comme Dutroux fréquentaient de près des policiers et gendarmes, ce quipoupee_web2 leur a été utile à maintes occasions. C’est ainsi que la gendarmerie de Charleroi est mise au pilori pour une obstruction quasi systématique dans l’enquête concernant la disparition de Julie et Mélissa et plus généralement dès que Dutroux est concerné. Morceau choisi : « L’échange d’informations a en outre été insuffisant dans toutes les directions et à tous les niveaux, et ce, tant au sein de la gendarmerie de Charleroi qu’entre les unités de la gendarmerie du district de Charleroi, entre la gendarmerie de Charleroi et la cellule de gendarmerie de Grâce-Hollogne, entre le BCR et les brigades de gendarmerie de Liège et de Charleroi, entre la gendarmerie de Charleroi et les magistrats compétents de Charleroi, entre les magistrats de Charleroi ainsi qu’entre eux et leurs collègues de Liège, entre la gendarmerie et d’autres services de police à Charleroi ».

En effet, de nombreuses informations concernant Dutroux n’ont pas été transmises, et cela essentiellement à Charleroi. Par exemple, la mère de Dutroux écrit à un juge d’instruction en septembre 1995, et contacte le chef de la gendarmerie, pour dire que Dutroux ramenait des mineures dans sa maison de Jemappes sur Sambre. Les investigations ont été confiées au gendarme Michaux, qui n’a pas été interroger la mère de Dutroux. Il n’interroge pas non plus Lelièvre, malgré sa proximité avec Dutroux et Nihoul et malgré qu’il soit recherché, ni Diakostavrianos. Idem pour Nihoul, que les flics ont souvent hésité à impliquer malgré tous les éléments en leur possession.

En octobre 1996, le juge Connerotte a été dessaisi du dossier, parce qu’il a mangé des spaghettis avec les victimes[59]. Depuis, les juges d’instruction ne peuvent plus parler à la presse. C’est Langlois qui reprend le dossier. Son dessaisissement intervient aussi au moment où il s’apprêtait à mener huit perquisitions chez L.V, ce français qui faisait kidnapper des ados pour les violer dans des chambres d’hôtel louées à son propre nom.

En novembre 1996, le vice premier ministre, Elio Di Rupo, qui ne se cache pas d’être homosexuel, est accusé par un quotidien flamand d’être pédophile. L’accusation vient de jeunes délinquants prêts à faire des révélations sur les réseaux pédophiles. L’info parvient à Marnette, qui rencontre un des types. Il raconte qu’il est homosexuel et fréquente du beau linge, à une époque où il se dit d’abord majeur, avant de se rajeunir au fil des auditions, et d’affirmer qu’il avait quinze ans lors de sa relation avec Di Rupo au cours de partouzes où des mineurs étaient présents. La fuite dans la presse –l’affaire a fini avec des interviews de témoins sur les plateaux télés- a valu à Marnette une inculpation pour violation du secret professionnel. Cette affaire aura permis aux tenants de la théorie du prédateur isolé de jeter le bébé avec l’eau du bain, comme on dit. Si l’accusation est fausse pour Di Rupo, elle l’est pour les autres notables, forcément accusés à tort.  

En décembre 1996, on met en place l’antenne de Neufchâteau, pilotée par le commandant Duterme, envoyé comme ses collègues de Bruxelles, qui avait déjà travaillé sur le dossier des tueries du Brabant dans les années 80[60], après que les premiers enquêteurs en aient été écartés. Une enquête qui, ô surprise !, n’a donné aucune piste. Certains gendarmes (notamment la section financière de la gendarmerie de Bruxelles) et autres flics font des pieds et des mains pour entrer dans ladite cellule, ainsi que l’a noté la commission parlementaire : « Le manque manifeste de réaction d’un corps de police en ce qui concerne M. Nihoul contraste fortement avec les efforts déployés par certains membres d’un même corps en vue de s’introduire dans la cellule de coordination de Neufchâteau ». L’un des premiers policiers à interroger Nihoul était justement celui qu’il informait à la PJ de Bruxelles, alors, note la commission, « qu’il aurait du se retirer immédiatement ».

Très vite, des dissensions apparaissent au sein de l’antenne de Neufchâteau, dans la hiérarchie et sur le terrain. Par exemple, le commandant Duterme, en 1997, déclare à son supérieur qu’il ne peut plus collaborer avec les gendarmes qui interrogent les témoins X car l’un de ces enquêteurs –De Baets- manipule les réponses et manque d’objectivité. Au final, un certain nombre d’enquêteurs sont écartés, d’autres sont promus, selon des critères souvent obscurs. Neuf mois après le début de son enquête, à l’été 1997, l’adjudant De Baets et dix des quarante policiers chargés des témoins X sont écartés de l’enquête.

Quand ils regardent le JT en 1996, les membres d’une famille flamande en vacances à Bertrix lors de l’enlèvement de Laetitia (apparemment, Nihoul visait une autre jeune fille mais comme ils sont arrivés trop tard ils se sont rabattus sur Laetitia) sont sous le choc : ils reconnaissent Nihoul, Lelièvre, Dutroux et Martin, qui trainaient ce jour-là autour de la piscine. Ils viennent témoigner une première fois, puis on les convoque une première fois. Ils viennent de Flandre jusqu’à Bruxelles puis Arlon, et là Nihoul refuse de sortir de prison pour la confrontation. La famille repart, pour entendre à la radio qu’ils s’étaient rétractés. Ils reviennent une deuxième fois pour une confrontation, ils reconnaissent tous Nihoul comme étant présent à Bertrix avec Dutroux le jour de l’enlèvement de Laetitia.  Le commissaire leur demande s’ils sont surs de les identifier, ce à quoi ils répondent qu’ils sont « surs à 100% ». Mais, cela ne va pas à l’interrogateur, qui dit qu’ « on ne peut jamais avoir de certitude à 100% » et qu’il ne peut pas noter cela « comme ça ». Finalement, on tombe d’accord pour un « sur à 98% »[61]. Les avocats de Nihoul et la presse en concluent que les témoins se sont rétractés ou bien ne les ont pas reconnus[62]. N’empêche, comme la famille a maintenu publiquement ses déclarations, la mère a failli se faire écraser près de chez elle, leur voiture a été suivie alors qu’ils se rendaient à une confrontation avec Michèle Martin, et des types ont tenté de s’introduire chez eux. Des journalistes viennent les interviewer, les faisant passer pour des fantaisistes, si bien que la mère demande au procureur de se rétracter. Car ce jour-là, Nihoul affirme avoir été à Bruxelles chez l’avocat Michel Vander Elst. C’est seulement au bout d’un an que la police se rend compte que la famille a vu le trio la veille de l’enlèvement, lors d’un tour de repérage. Sept témoins ont affirmé avoir vu Nihoul à Bertrix.

pedophilie_victimeEn mai et juin 1997, on commence à clore les enquêtes liées au dossier X1. De Baets est écarté, jugé trop complaisant avec les témoins X.

Dès octobre 1997, le procureur général de Liège, Anne Thily, entame le saucissonnage de l’affaire. On sépare les enlèvements du trafic de voiture et du trafic de drogue, on traite l’assassinat de Tagliaferro encore ailleurs, on sépare les dossiers en fonction de peine encourue, si bien que les enlèvements et les assassinats sont instruits à part, et chaque parquet s’occupe de son petit morceau de l’affaire.

En juillet 1997, les parquets chargés de l’enquête sur les dossiers X1 déclarent que son témoignage n’est pas exploitable. Et le flic qui dirigeait l’enquête depuis peu décide alors d’entamer le plus gros massacre de témoignages qu’il est possible de faire : c’est la « relecture » des dossiers X. Soi-disant, pour y voir plus clair. Il y aura en tout quatre « relectures », ce qui prend du temps, d’autant plus que l’instruction sur ces dossiers a été stoppée depuis leur commencement.

Après les relectures, aucun doute : le témoignage de Regina ne vaut rien. On joue sur les mots, on traduit mal entre la version originale en néerlandais et la version en français, on fait des raccourcis, on pointe toutes les incohérences, surtout chronologique, alors qu’en lisant les auditions on sait que Regina a du mal avec la chronologie des faits. On trouve que De Baets était trop proche de son témoin, qu’il lui a suggéré plein d’éléments. On retient toutes les failles de ces nombreuses auditions, pour ne retenir aucun des éléments vérifiés, pourtant suffisants pour lancer des enquêtes approfondies. Pour les relecteurs, le fait que les récits de Régina sont erratiques est une preuve qu’elle invente. Pour un psychiatre, c’est une preuve qu’elle cherche vraiment à se souvenir, à retrouver le fil des évènements.

Au sujet de ces relectures, je vous renvoie encore une fois vers le livre : « Les Dossiers X », dans lequel les auteurs ont énuméré les raccourcis trop faciles qu’ont commis les relecteurs.

Et on nous explique que malgré tout le travail effectué, on n’a jamais pu trouver quelqu’un pour confirmer les propos tenus par Regina Louf. On a dit que Regina n’a jamais mis les pieds dans la maison de la champignonnière, mais elle a décrit les deux étapes de la soirée, d’abord dans une maison, puis dans la cave, située à une dizaine de mètres. C’est la période où un futur ministre de la Justice déclare publiquement que Regina Louf a « une case en moins ». Quand la juge d’instruction Paule Somers finit par admettre que la description donnée était la bonne, elle a dit qu’on n’y avait rien retrouvé qui ait un lien avec le meurtre de Christine Van Hees et que la maison n’était pas accessible. Mais, c’est faux : on a bien retrouvé des éléments, dont un tas de cahiers brûlés par un incendiaire qui a su rentrer dans la maison inaccessible. On a dit que lors d’une confrontation avec la mère de Christine Van Hees, Regina serait tombée dans un piège, évoquant un voyage au Canada dont lui aurait parlé Christine. Mais en reprenant les auditions, on voit que Regina a déclaré qu’elle ne pensait pas avoir eu l’occasion de parler de ce genre de choses avec Christine.

On a dit que Dutroux n’avait jamais été patiner au Poséidon, une patinoire que fréquentait régulièrement Christine. Pourtant, la police a retrouvé chez lui les horaires de cette patinoire, et il est apparu qu’à cette époque, Dutroux y allait toutes les semaines. Plusieurs témoins l’y ont vu, de même que Nihoul… D’après Somers, Dutroux et Nihoul ne se connaissaient pas au moment du meurtre, en 1984. On a dit que les réponses de Regina, lorsqu’elles tombaient juste, avaient souvent été soufflées par les policiers. Mais il y a encore des incohérences dans ses récits, et s’ils l’avaient aidée, ils lui auraient donné les bons éléments. On a dit qu’elle avait rencontré De Baets, le gendarme qui a mené les quinze premières auditions avec elle, en jouant une jeune femme violée dans un jeu de rôle d’exercice à l’école de gendarmerie, en 1989. Les médias l’ont bien sûr répercuté, mais par les conclusions de l’enquête menée à ce sujet, qui conclut que Regina n’a pas été parmi les quatre jeunes femmes recrutées pour l’exercice. Elle avait bien vu le chef de la section, mais il ne l’avait pas gardée car il la trouvait instable et trop impliquée dans son rôle.

On cherche aussi à décrédibiliser De Baets, on tente d’enquêter sur toutes les filles possibles, mais ça se dégonfle là aussi. Jusqu’à la clôture du dossier en juin 1999, cette contre enquête aura coûté presque autant que l’enquête sur Regina Louf. Après avoir été viré de la gendarmerie, en 1999, De Baets explique au magasine Humo que très vite, lui et ses hommes chargés au départ d’enquêter sur les finances de Dutroux, sentaient « que certains essayaient de freiner l’affaire et de nous mettre des bâtons dans les roues ». Il cite son « propre patron, le Lieutenant Colonel Jean Marie Brabant, commandant de la BSR de Bruxelles. Dès le premier jour, il commença à mentir aux magistrats », et de citer la fois où les juges de Neufchâteau ont demandé si Nihoul était connu des différents services de police et gendarmerie du pays, ce à quoi ledit Brabant a répondu négativement. Nihoul était pourtant connu à Bruxelles, notamment pour l’affaire SOS Sahel et la faillite frauduleuse du cabinet d’Annie Bouty. Selon De Baets, Brabant s’est tu parce que Nihoul était un informateur de la gendarmerie de Bruxelles.

De Baets cite aussi le commandant Guido Torrez, qui serait intervenu en faveur d’un portugais dénommé Borges, soupçonné de trafic 5d9bc6e87638db684e5ae07c0976bd’armes, de drogue et de d’œuvres d’art, qui était aussi défendu par Bouty. Ledit Borges a été l’amant de Bouty, mais aussi de la dentiste Brigitte Jenart, qu’on a retrouvée suicidée chez elle en avril 1998.

Début 1997, un commissaire de la PJ qui enquête sur le passé de Nihoul, Eddy Suys,  se plaint d’entraves à son travail auprès du président de la commission d‘enquête, et témoigne à ce sujet à huis-clos. Il désignait certains de ses collègues à la PJ de Bruxelles et son supérieur Georges Marnette, estimant qu’il avait intérêt à lui mettre des bâtons dans les roues afin de bloquer certaines enquêtes au sujet de Nihoul. Selon lui, on ne cherchait pas suffisamment à vérifier les témoignages au sujet des activités de Nihoul.  Du coup, Marnette, qui se disait « outré » par ces affirmations, a porté plainte contre Suys pour diffamation.  

On n’enquête pas non plus sur l’hôtel Brazil à Blankenberghe, pas loin du casino où An et Eefje ont été voir un spectacle le soir de leur enlèvement, et dont on a retrouvé les coordonnées chez Dutroux. Selon Dutroux, il avait ce numéro de téléphone pour racheter une voiture à un dénommé Mazzara, qui y travaillait à un moment. Mais selon Mazzara, ami du patron de l’hôtel, Marcel Marchal, il a donné les coordonnées de l’hôtel à Dutroux parce qu’il aurait pu y amener des filles de l’est afin qu’elles s’y prostituent. Le policier chargé de l’enquête a n’a pu que dire lors du procès qu’aucun lien n’avait pu être établi entre Dutroux et le propriétaire de l’hôtel, mais qu’il n’avait pas pu enquêter à ce sujet. D’ailleurs, le propriétaire est parti au Brésil, où on n’a pas su le localiser.

Pendant ce temps, Nihoul écrit un livre (il en est à son deuxième) et passe pour la victime d’une espèce de complot, et effectivement on va lui enlever l’inculpation d’association de malfaiteurs en 2003. De plus, à ce moment il a son alibi pour l’enlèvement de Laetitia, qui est d’avoir fait de la peinture et de la tapisserie avec l’avocat Vander Elst, qui n’a pas encore changé de version.

En février 1998, la justice se dit qu’il est temps d’interroger Tony V. On sait qu’il a été cité par Regina et par d’autres témoins X. On apprend donc qu’il est toujours en contact fin 96 et début 97 avec les parents de Regina. Il finit par dire aux enquêteurs qu’il a bien eu des relations sexuelles avec Regina dès ses 12 ans, mais qu’elle était formée comme une « femme adulte », qu’il avait bien les clés de la maison des parents pour venir voir Regina, ce que confirme aussi la mère. Puis finalement il dit qu’elle avait plutôt « entre 14 et 16 ans », donc après la majorité sexuelle, placée très tôt pour les filles. Il dit « Je me souviens cependant que c’est Regina qui a en fait pris l’initiative et qui a commencé à faire mine de me caresser. Je dois avouer qu’à ce moment-là, en tant qu’adulte, je ne me suis pas posé de questions. (…) A mes yeux, le sexe et les agissements que j’avais et que je posais avec elle, étaient normaux». Pour avoir assisté au procès de nombreux pédophiles, il est clair que les pédophiles accusent toujours la victime de les avoir chauffés. Même une gamine de 3 ans va être accusée d’avoir « mis la main sous mon peignoir » par un type de 30 ans accusé d’attouchements. A ce train là, on peut encore se demander pourquoi on n’a pas encore enlevé la notion de mineur du code pénal…

On organise une confrontation entre ledit Tony et Regina. Il nie en bloc, ne sait rien, relativise tout, et ça passe. A la fin Regina, qui maintient ses accusations, refuse de signer le procès verbal, car tout ce qui a été dit n’a pas été retrancrit.

Fin 1998, le procureur général de Liège Anne Thily met en place la cellule « Pampers », destinée à trouver l’origine des fuites dans l’enquête de Neufchâteau. 

En octobre 2000, Connerotte écrit à Bourlet qu’il a le sentiment, depuis des années, d’être « la cible d’une campagne qui a pour but de faire échouer l’instruction judiciaire de certains dossiers sensibles et ce, avec l’aide de certains médias ». Il dit aussi que « les faits dans le dossier Dutroux sont tellement graves que l’on peut tout de même supposer que les enquêteurs allaient mettre tout en œuvre pour découvrir la vérité. Mais c’est le contraire qui se produit : on a rarement mis autant d’énergie contre une instruction. Cela est vrai depuis août 1996 »[63].

En octobre 2001, la Cour d’appel de Liège  lance l’enquête bis, destinée à enquêter sur les autres personnes citées dans le dossier. C’est Langlois qui a été chargé de l’instruction, avec un résultat prévisible. En fait, on se charge surtout d’analyser quelques cheveux retrouvés dans la cache de Dutroux, mais ça n’a rien donné. Pour donner une idée du sérieux des investigations, il faut savoir que Regina Louf avait demandé à ce que son témoignage soit retenu dans ce « dossier bis », ce qui lui a été refusé en 2003.

12ansh_01Voyons la réalité judiciaire. En septembre 2002, le juge Langlois remet son rapport à la cellule de Neufchâteau, et conclut qu’il existe bien une association de malfaiteurs (circonstance aggravante) pour l’enlèvement de fillettes, dans laquelle Dutroux, martin et Lelièvre sont impliqués. Mais, pas Nihoul, qui échappe aux assises car on manque de preuves. Pour lui, et contrairement à la demande du procureur Bourlet, Langlois demande même un non lieu : « Il n'existe aucun élément accablant Michel Nihoul dans le triste sort réservé aux six jeunes victimes », pour Langlois, explique le quotidien Le Soir le 6 septembre 2002.

A ce sujet, Bourlet a expliqué que Langlois n’avait pas retenu les témoignages disant que Nihoul et Dutroux se connaissaient avant l’enlèvement de Julie et Mélissa, et qu’il aurait aussi fallu investiguer au sujet des autres tentatives d’enlèvements signalés à la charge de Dutroux et Nihoul via la ligne Verte mise en place en octobre 1996. Bourlet, qui fait appel de cette décision, estime que Nihoul fait partie de l’association de malfaiteurs parce qu’il a remis 1.000 pilules d’ecstasy à Lelièvre, mais Langlois considère qu’on ne peut pas faire le lien entre les pilules et l’enlèvement de Laetitia.

Au final, la Chambre du Conseil, qui doit décider des chefs d’inculpation pour les prévenus, estime qu’il n’y a pas lieu de poursuivre Nihoul pour les enlèvements (alors qu’à ce moment on sait que l’alibi Vander Elst était bidon), ni pour une association de malfaiteurs. Bouty, De Cockere, Le policier de Charleroi Georges Zicot, Diakostavrianos et Pinon, soupçonné d’avoir participé au meurtre de Weinstein, ne sont pas renvoyés aux assises non plus car les charges qui pèsent sur eux ont été jugées insuffisantes.

En 2003, Bourlet a été dessaisi du « dossier X1 », c’est aussi le moment où la justice affirme que Dutroux est un « prédateur isolé ». Pourtant, lors d’un interrogatoire, Michèle Martin avait posé une question assez juste, finalement : « Je ne comprends pas pourquoi Marc Dutroux serait impliqué dans six enlèvements si cela ne concernait que lui »[64].

Chose positive : le 30 avril, la chambre des mises en accusation de Liège annule le non lieu de Nihoul, il est inculpé de complicité dans l’enlèvement et la séquestration de Laetitia, et pour participation à une association de malfaiteurs impliquée dans des rapts d’enfants. Il est aussi accusé de contribuer à des trafics de voiture, de drogue et de faux documents.

Finalement, les quatre larrons sont jugés pour les affaires suivantes:

1- Julie et Mélissa. Les deux fillettes de huit ans ont été enlevées le 24 juin 1995. Selon l'épouse de Dutroux, c'est son mari et Bernard Weinstein qui ont fait le coup à l'aide d'une voiture volée. Dutroux accuse, lui, Weinstein et Lelièvre. Impossible puisque l'enquête fait apparaître que la première rencontre entre les deux hommes remonte à août 1995.

2- An et Eefje. Le 22 août 1995, Dutroux et Lelièvre se sont rendus à la côte dans pour y enlever une fille si l'occasion se présente. Il est 1 heure du matin à Bredene lorsque le duo charge An et Eefje qui faisaient du stop. Elles sont amenées à Marcinelle où elles sont violées, séquestrées et enchaînées. Leurs corps seront retrouvés à Jumet.

3- Sabine. Elle est enlevée à Kain, près de Tournai, le 28 mai 1996, alors qu'elle se rend à l'école à vélo. Elle est libérée le 15 août, à Marcinelle. Le journal qu'elle a tenu durant sa séquestration a beaucoup apporté aux enquêteurs.

4- Lætitia. Le 9 août 1996, Lelièvre et Dutroux se rendent à Bertrix. Ils y enlèvent Lætitia près de la piscine. Elle sera libérée le 15 août.

5- Weinstein. Le cadavre du complice de Dutroux était enterré à Jumet. ·

L’auteur du livre « Le dossier Nihoul : les enjeux du procès Dutroux » explique en 2002 que « la plupart des policiers et magistrats, coupables de manquements dans l’enquête sur la disparition de Julie et Mélissa, et pour lesquels la commission Dutroux demandait des sanctions ont, au contraire, bénéficié par la suite de promotions. L’état major de la gendarmerie, responsable de l’enquête catastrophique dans l’enlèvement de Julie et Mélissa, s’est vu confier la direction de la nouvelle police unifiée », et de citer divers manquements :

-         Dès octobre 1996, la gendarmerie savait, d’après la commission d’enquête, que Dutroux construisait des caches dans sa maison de Marcinelle, afin d’y séquestrer les enfants kidnappés. C’est la cellule Obélix, qui est arrivée à savoir cela, mais n’a pas agi pour autant. Une partie des pièces de l’enquête Obélix a disparu, et pour ce qu’il en restait, la gendarmerie n’était pas pressée de transmettre les éléments à la commission parlementaire.

-         La gendarmerie a également appris que Dutroux proposait 150.000 FB pour enlever des fillettes. 

-         Lorsque la commission d’enquête auditionne des gendarmes au sujet de l’enquête, elle apprend que l’état major leur a donné des instructions précises quant aux réponses à donner.

-         Le gendarme Michaux, qui a été dans la maison de Dutroux alors que les petites s’y trouvaient encore vivantes mais n’a rien trouvé, a été promu à la direction d’une cellule sur la mafia russe.

-         Certains officiers de la gendarmerie ont refusé de dire la vérité à Connerotte sur différents sujets.

En octobre 2010, Langlois clos le dossier bis, estimant être allé au plus loin dans les investigations. On requiert un non lieu. Le père d’An Marchal, seule partie civile encore présente, a déploré qu’on n’ait pas été au bout de ce dossier, mais il ne se battra plus : « Je suis désolé des résultats du dossier bis et je suis frustré mais je suis aussi fatigué. Je veux reprendre ma vie avec ma famille », dit-il au journaliste de l’agence Belga.

 

child_labour_8EPILOGUE

On estime que chaque année en Belgique, une trentaine d’enfants qui disparaissent ne sont pas retrouvés, que ce soit morts ou vivants. Un chiffre apparemment à la baisse, ce qui veut dire qu’en 10 ans, au moins 300 enfants n’ont jamais été retrouvés. Sans compter les 45 cas annuels (en 2009) d’exploitation sexuelle des mineurs.

En 2003, la Chambre des mises en accusation de Liège finit par renvoyer Dutroux, sa femme, Lelièvre et Nihoul[65] devant les assises. Il faut dire que le père d’Eefje s’est désisté de sa constitution de partie civile contre Nihoul en plein milieu du procès, car il n’était pas convaincu de sa culpabilité.

En 2004, Nihoul est jugé non coupable de complicité dans l’enlèvement et la séquestration de Laetitia Delhez, mais est condamné pour … trafic d’ecstasy, et association de malfaiteurs pour le trafic de voitures. Il prend cinq ans ferme. En 2010, il est également jugé non coupable dans le cadre d’un « dossier périphérique » instruit par le juge Langlois, et dont on a estimé qu’il reposait sur « les fantasmes diffamatoires de certains anciens accusateurs ». En fait, c’était le dossier sur les réseaux et les protections qui ont été évoquées par moult témoins. Pour dire à quel point l’instruction a été sérieuse, Nihoul a déclaré qu’il n’avait jamais été entendu à ce sujet. Le non lieu ne lui a d’ailleurs pas suffi : il a aussi réclamé 250.000 euros au président de la commission d’enquête parlementaire, Marc Verwighen, pour calomnie[66]

Lelièvre est jugé coupable de participation à une association de malfaiteurs impliquée dans les enlèvements de Sabine, An et Laetitia, de la séquestration d’An, Eefje, Sabine et Laetitia ainsi que de sa participation à un trafic d’êtres humains et à un trafic de drogue. Il prend 25 ans de prison.

Dutroux est jugé coupable d’être le chef d’une association de malfaiteurs impliquée dans les enlèvements et séquestration de six fillettes et adolescentes, ainsi que des meurtres d’An et Eefje, et de Bernard Weinstein.

Martin est jugée coupable d’association de malfaiteurs impliquée dans les enlèvements et séquestrations d’enfants, de la séquestration de Laetitia, Sabine, An, Eefje, Mélissa et Julie avec la circonstance aggravante d’avoir entraîné la mort de ces deux dernières ; du viol de Yancka Mackova. Elle a été condamnée à trente années de réclusion.

 

Nihoul est libéré en avril 2006, et en 2011 c’est Michèle Martin qui prétend sortir de prison. Aucun des meurtres évoqués par Regina Louf n’a été élucidé. Les gendarmes et gradés chargés des enquêtes qui n’ont rien donné ont été promus, ceux qui ont tenté d’avancer ont été virés ou sont partis. On n’a plus jamais reparlé de réseaux pédophiles en Belgique.



[1] D’après les auditions, Diakostavrianos allait en Slovaquie depuis le début des années 90.

[2] Ses relevés téléphoniques montrent que tous les jours il appelle des macs, des trafiquants d’êtres humains Roumains, à divers délinquants, à un gendarme… En juillet 1995, les gendarmes français l’arrêtent à Lyon, et trouvent trois jeunes Roumaines dans sa camionnette, dont une de 16 ans. Il avait sur lui 10 autorisations de tutelle émanant de la commune Belge de Walcourt. En outre, toutes les plaintes déposées contre lui à travers le pays, pour viol mais aussi racket ou escroquerie, ont été classées sans suite. Et en 1993, la justice le déclare… irresponsable ! Pour un chef d’entreprise, c’est assez drôle.

[3] Par la Cour d’appel de Liège, en 2003.

[4] Sur les indications de Dutroux, les enquêteurs ont retrouvé les trois corps dans le jardin d’une des maisons de Dutroux, en août 1996.

[5] En décembre 1985, il kidnappe une adolescente en compagnie de Michèle Martin et d’un complice, et l’amènent dans une maison en restauration où elle est violée. Le même mois il kidnappe et viole une étudiante, et quelques mois plus tôt (en février et juin), ils ont fait la même chose avec deux autres adolescentes. Les victimes ont toutes été photographiées et filmées avec une caméra louée. Il comparaît en novembre 1989 devant la Cour d’appel de Mons, et prend 13 ans de prison, son complice six ans et demi, et Michèle Martin cinq ans. Mais, Dutroux sort, pour bonne conduite, au bout de 6 ans.

[6] Et l’hôtel qui va avec la discothèque a été reprise par un Zaïrois grâce au concours de Nihoul.

[7] C’est sa deuxième compagne, après avoir vécu avec Adrienne Gohy de 1962 à 1975 et qui l’a quitté après avoir été en taule par la faute de Nihoul, à cause d’une faillite frauduleuse (elle était se « femme de paille », comme elle l’a déclaré aux flics). Adrienne gohy déclare en outre au sujet de Nihoul : « Je le considère comme un escroc. 11 a toujours eu besoin de beaucoup d'argent. Il en a toujours beaucoup dépensé ».

[8] Michel n’avoue pas avoir agi en faveur de Nihoul, mais il ne l’a pas démenti non plus. Il appartenait au CEPIC, l’aile droite du parti chrétien (PSC), tout puissant à l’époque chez les francophones. Il est aussi le parrain politique du juge Van Espen, dont on va reparler dans la partie sur les témoins X, et du juge Langlois, qui a travaillé sur la plupart du dossier Dutroux et dont on va reparler aussi.

[9] Mais d’après le politicien en question, il a fallu se séparer de Nihoul, qui était allé le dénoncer à la gendarmerie, ainsi que Jean Paul Dumont, parce que ceux-ci lui auraient demandé de fabriquer des faux pour blanchir de l’argent en Suisse. Nihoul a aussi cité Van Espen, beau-frère de Deleuze et juge d’instruction qui sera plus tard en charge du dossier Van Hees, comme étant impliqué dans la magouille.

[10] Deleuze traine aussi tout un tas de casseroles en matière d’escroquerie, dont le détournement de fonds du Mont de Piété ou des malversations à la Caisse Publique des Prêts. Il a aussi détourné 150.000 Francs Belges du compte d’un mineur dont il avait la tutelle, et a demandé à Nihoul de lui faire un faux extrait de compte quand ils étaient dans le même cabinet.

[11] Grâce notamment à 550.000 FB prêtés par le chanteur Claude Barzotti qui, bien sur, n’en a jamais revu la couleur.

[12] Enlèvement fort opportun, pile au moment où l’immunité de Van Den Boeynants allait être levée dans le cadre d’une instruction sur l’achat par l’armée de 1.200 blindés à la firme d’un proche de VDB.

[13] Ce qu’un des responsables de la gendarmerie de Bruxelles, le lieutenant colonel Brabant, a d’abord nié à la justice.

[14] Tenus par un couple haut en couleurs : Dolores Bara et Michel Forgeot. Après la fermeture des Atrébates en 1988 suite à un procès en appel pour avoir tenu une maison de débauche, ils ouvrent un peu plus tard le Dolo, dans le même quartier (même rue que Nihoul quand il vivait avec Annie Bouty), avec les mêmes clients, et toujours Nihoul. Mais le club Les Atrébates aurait continué, le Dolo servant de point de rendez vous pour les orgies. Et c’est l’amie de Nihoul, Marleen De Cokere, qui est le prête-nom pendant les trois années où Forgeot ne pouvait plus exercer.

[15] Le CEPIC a été virulent surtout dans les années 70, et défendait les théories les plus conservatrices et les plus ultra libérales économiquement. Le CEPIC a été dirigé notamment par les deux compères Van Den Boeynants et le baron Benoît de Bonvoisin et toute une clique peu recommandable, il a été dissolu en 1982 après de nombreux scandales.

[16] En sortant, Vander Elst a rédigé les statuts de la société de vente de crustacés de Nihoul, qui était en affaires avec une société basée à Panama (d’après Nihoul, c’est Vander Elst qui s’en est occupé). Apparemment, cette société dissimulait du trafic et maquillage de voitures volées, ainsi que moult escroqueries.

[17]Cf « Les témoins X : ce que la Belgique ne devrait pas savoir sur l’affaire Dutroux », Annemie Bulte, Douglas De Coninck and Marie-Jeanne Van Heeswyck.

[18] Il l’avoue seulement face aux juges qui statuent sur son renvoi aux assises, en disant que la gendarmerie le savait, et que c’était pour démanteler le réseau du trafic. D’après Nihoul, les pilules venaient d’une saisie effectuée sur un Anglais dénommé Walsh, portant sur un trafic de 10 kilos d’amphétamines. On a appris que Walsh avait aussi des ecstasy, mais elles n’ont jamais été trouvées officiellement. Ledit Walsh a séjourné chez Bouty en avril 1995. En fait, Walsh a contacté Nihoul pour refourguer 5.000 pilules d’ecstasy rapidement. Au lieu de ça, Nihoul est allé le balancer à son copain Vanesse, de la gendarmerie de Bruxelles. Quand la police attrape Walsh dans le guet apens où Nihoul l’avait amené, elle trouve bien 15 kilos d’amphétamines, mais pas d’ecstasy. On a retrouvé de ces pilules chez Dutroux aussi.

[19] Elles auraient été vues dans un bar de Maastricht, à Knokke et Blankenberge sur la côte flamande, en Suisse ou dans un bordel de Charleroi, dans les mois suivant leur enlèvement.

[20] Cf PV d’audition d’une voisine par le PJ de Bruxelles (L3282), « Rodel loue un flat où il héberge des jeunes zaïroises qui draguaient devant la maison. Ces filles recevaient régulièrement la visite d’hommes zaïrois. Il y avait un grand va et vient la nuit (…) Le 01/11/95 un policier a interpellé une fille de 13 ans sans papiers. En 93 une intervention police gendarmerie aurait amené une saisie de drogue ». De plus Rodel a dit au policier de quartier qu’en Thaïlande « il est facile d’avoir des gamins et des gamines dans ce pays et qu’il était facile d’en louer pour une semaine ».

[21]Georges Marnette est arrivé peu après le début de l’enquête. Commissaire de la PJ de Bruxelles, il vient de la répression du banditisme, il est ensuite passé aux mœurs. C’est lui qui a tenté de rapprocher le cas Dutroux avec l’affaire d’un pédophile, un dénommé Raemaekers dont on va parler plus bas, qui se faisait fort d’orienter les recherches dans tous les sens pourvu qu’ils ne fassent pas avancer l’enquête. Marnette était proche des journalistes, et ses théories se retrouvaient facilement en Une des grands quotidiens du pays. A son sujet, le gérant du Dolo a déclaré : « »

[22] PV d’audition de Forgeot n° 119.249 du 30/12/96.

[23] Il ouvre un compte le 15 février 1984, y dépose 35.000 FB le 15, et 100.000FB le 17. Sur un autre compte, il met 50.000FB le 16 février 1984, et 15.000FB le 17. Soit 200.000FB déposés, dans les cinq jours suivant l’assassinat de Christine Van Hees, dont on va aborder le meurtre plus loin.

[24] Selon le témoin, Zicot faisait enlever des voitures par les dépanneurs, pour les expédier en Allemagne de l’Est où elles étaient revendues. Le trafic se serait fait en lien avec un garagiste de Charleroi, un concessionnaire Mercedes, des collègues de la gendarmerie, et Zicot aurait même un « frappeur de châssis personnel »… Le même témoin déclare que « Dutroux est protégé par Zicot dans le cadre du trafic de voitures et c’est pour cette raison qu’il n’aurait pas trouvé Julie et Mélissa »

[25] D’après « les Dossiers X », Zicot, dont on va reparler, avait simplement garé le camion plus loin, sans parler du hangar dans son procès verbal. Rochow avait volé le camion qui a servi à voler des câbles électriques.  EN voyant que le camion a disparu, Dutroux et son copain Weinstein pensent que Rochow les a doublés, et les prennent en otage, de même que la copine de Rochow. C’est elle qui s’est évadée et a prévenu les gendarmes. Pendant que Dutroux était en préventive pour cette affaire, il déclare que Julie et Mélissa étaient en train de mourir dans sa cave, où Michèle Martin, qui venait d’être libérée, devait leur apporter à manger. Mais, elle ne l’a pas fait, si toutefois les petites étaient encore là.

[26] C’est à ce même Thirault que Dutroux aurait proposé de l’aider à enlever des enfants contre de l’argent.

[27] Cf. « Les témoins X … »

[28] Au sujet de Jean-Paul Dumont, un témoin anonyme dit en novembre  1996 à la police que Dumont, le bras droit de Van Den Boyenants à l’époque où le témoin l’a connu, entre 1984 et 1989, lui aurait demandé s’il voulait venir) une « soirée spéciale » dans un château de Namur, mais aussi s’il pouvait lui trouver des jeunes de 10- 12 ans. Il sait aussi que Dumont était l’avocat de personnes impliquées dans le dossier du CRIES (réseau pédophile dans les locaux de l’UNICEF à Bruxelles, dont on va reparler).

[29] Fax reçu par la gendarmerie le 18 mars 1997 de la part du témoin X1.

[30] Au sujet de la grand-mère, mariée au chef de la gendarmerie locale, divers témoins ont expliqué qu’elle tenait déjà un bordel pour les officiers allemands pendant la guerre, sous le nom de Madame Cécile, ce qui ne l’a pas empêchée d’avoir une décoration pour services rendus au peuple et à la patrie

[31] De son vrai nom Antoine Van Den Bogaert, représentant de commerce en articles de toilettage pour chiens. En 1997, celui-ci était toujours en contact avec les parents de Regina.

[32] PV  10451/96 du 07/09/96

[33] Regina identifie des filles sur des photos d’époque notées P1, P2, P4 et P8, où figuraient des anciennes élèves d’une école secondaire dans la ville de Regina. Sur les PV d’audition, la police a retrouvé ces personnes, qui ont bien été abusées sexuellement à l’époque. L’une de ces photos était Carine Dellaert, une autre était celle d’une jeune fille que l’école soupçonnait de se prostituer et d’aller dans des villas huppées de la région. Regina pense que des filles ont été recrutées par Clo à l’époque. Sur une autre photo, elle pense voir une certaine Marleen, mais malgré la ressemblance ils ‘agit de quelqu’un d’autre. La police parvient à identifier Marleen. La dernière photo est celle d’une certaine Véronique D, fille d’un homme d’affaires qui serait morte d’un cancer en 1983. Regina dit « ils l’ont tuée » lors d’une « fête » car elle se débattait alors qu’on lui enfonçait une lame de rasoir dans le vagin. Regina aurait du la tuer avec un couteau. Les faits se seraient produits chez les parents de Carine Dellaert.

La police identifie P1 : Sandra D, née en 1972. Lors de son premier interrogatoire, elle nie en bloc, elle ne reconnait personne et ses parents ne la laissaient pas sortir avant ses 16 ans. Mais, Regina persiste à la désigner comme Marleen. P2, c’est Els D, qui est aux Pays Bas et n’est pas interrogée. P8, c’est Véronique Dubrulle, née à Gand en 1966. Officiellement décédée à 17 ans, le 4 septembre 1983 à la suite d’un long cancer si bien qu’elle était souvent absente de l’école les derniers mois. La police veut exhumer le corps, mais ca ne sera jamais fait. Les deux médecins neurologues qui ont signé l’acte de décès sont connus de Regina, et elle affirme que l’un d’eux l’a déjà violée. La police apprend aussi que Tony connaissait le père de Véronique : Tony avait son numéro privé, donné seulement à certaines personnes. Le dossier Veronique Dubrulle n’a jamais eu de suites, en outre une de ses anciennes maîtresses, Odette, confirme qu’il le connaîssait. Quant à Carine Dellaert, dont on a retrouvé le corps par hasard à Gand lors de travaux de démolition à l’arrière d’un ancien café, dans une ancienne fosse septique, en septembre 1985. Le corps était garrotté en position fœtale, mains et pieds liés ensemble. Son père, Emile Dellaert, avait signalé sa disparition le 6 septembre 1982, alors qu’elle aurait disparu le 30 août de chez elle, en l’absence de ses parents. Le père donne aux policiers une vieille photo floue de Carine, la seule qu’il a dit-il. On conclut à une fugue malgré que Carine n’ait rien emporté avec elle. Souvent absente à l’école d’après des camarades, elle était admirée des autres. La mère de Carine a dit à la police qu’elle soupçonnait son ex mari de savoir où était Carine. Un an et demi après la disparition, une enquête de voisinage démarre. On s’aperçoit qu’une enquête pour actes incestueux avait déjà été menée en 1977 au sujet d’Emile Dellaert. Il a aussi passé quelques semaines avec une mineure aux Pays Bas dans sa jeunesse, et son autre fille a déclaré qu’il l’obligeait à lui faire des fellations quand elle avait 12 ans. C’est après cela que sa femme a tenté de faire placer ses enfants en 1977. Le père a été embauché par la ville de Gand une première fois, viré pour faits de mœurs, et réengagé par la ville de Gand. Dans « Les témoins X », les auteurs expliquent : « Ainsi, Noëlla Bovyn [la mère de Carine Dellaert] a lancé en mars 1984 une série d’accusations dont elle n’avait jamais parlé jusqu’alors. Avant sa disparition, Carine portait une blouse sans manches, avec un élastique à la taille, blanche avec des rayures noires verticales. «Quinze jours plus tard, j’ai retrouvé cette blouse dans l’armoire, lavée», déclare-t-elle à présent. «La blouse a été lavée avec une autre poudre à lessiver que celle que j’utilise.» Après une dispute parce qu’Emiel Dellaert a emmené toutes les affaires de Carine, il finit par ramener une armoire chez son ex-épouse qui découvre, consternée, qu’elle contient des vêtements de grossesse ». Dans la fosse septique, on a aussi retrouvé un soutien gorge de taille 90 bonnet C, avec un morceau de gaze, ainsi que la chaine et la bague que portait Carine, reconnues par la sœur. Qui dit aussi avoir vu son père quitter la maison le jour de la disparition, avec deux bêches et une pelle. Le père est brièvement arrêté en 1985 pour la disparition de sa fille, mais avec un bon avocat il est relâché : tout cela n’est que des ragots. Regina elle-même avait désigné le « père de Clo » comme étant présent à certaines occasions. Regina avait aussi parlé de l’accouchement, et justement on a retrouvé un crayon laminaire, utilisé pour accélérer un accouchement, dans le bassin du cadavre de Carine Dellaert. Dans la fosse septique, on a aussi retrouvé une cuiller en argent issue du même service que celui de la maison des Dellaert. Une camarade d’école, qui n’a pas été entendue par le parquet de Gand, a dit aux auteurs des « Dossiers X » que « Carine n’était pas heureuse, pas du tout. A la cour de récréation, nous restions parfois assises sans rien dire sur un banc. Je sentais qu’elle souffrait terriblement. Carine voulait s’enfuir de chez elle, elle parlait très souvent de s’enfuir loin d’ici. Elle me racontait qu’elle devait coucher avec beaucoup d’hommes. Ce n’était pas toujours évident pour moi de comprendre comment elle le vivait. Parfois, quand elle en parlait, cela avait l’air normal ou même agréable. Mais quand nous étions assises ensemble pendant la récréation, je me rendais compte qu’il se passait des choses graves », et qu’apparemment la mère de Carine n’était au courant de rien. En 1990, c’est la deuxième femme du père qui porte plainte pour viol, et a expliqué avoir été droguée au Rohypnol puis violée, alors qu’elle avait les pieds et les mains liés. Quant au dossier Carine Dellaert, il est définitivement clos en juin 1998.

[34] On va voir l’affaire Van Hees plus bas, mais ce témoin X2 reprend des éléments important, avec cependant des variantes. Ainsi, Nihoul se promenait à l’époque du meurtre dans une Mitsubichi marron avec un aigle sur le capot. Le témoin X2 parle d’une voiture avec un aigle sur le capot, mais une Ford, qui appartenait à un carrossier italien.

[35] Au moment où elle vient déposer, Nathalie est toujours plus ou moins sous la coupe de cette bande, et dit subir environ deux viols par semaine, de la part d’un certain Gérard.

[36] Son agresseur ressemble beaucoup au portrait robot de l’agresseur de Marie France Botte, qui essaie de lui venir en aide avec son association. C’est Jean Louis Delamotte, associé de Nihoul dans l’entreprise Asco dont on va reparler avec l’affaire Van Hees.

[37] Le 21 novembre 1996, quelqu’un signale que le directeur de la psychiatrie à l’hôpital Erasme serait un ami intime du père de Nathalie, et qu’en outre il aurait aussi des relations intimes avec la psychologue de Nathalie. Nathalie n’a jamais croisé le directeur en question, mais sur photo elle le reconnait comme étant une personne qu’elle a vue ‘en privé’.

[38] Il y a eu un procès en 1986 contre cette boîte de nuit honnie du voisinage, pour un trafic de drogue, mais il existait aussi un volet partouzes notamment avec des mineurs qu’on allait chercher dans un endroit de prostitution de mineurs, et qui n’a pas été jugé. Celui qui état soupçonne d’amener les enfants était le chef de VM1 pendant des années, confirme Toussaint.

[39] Les grands parents tenaient un tea room appelé The Navy dans les années 80, et il a été fermé pour faits de mœurs.

[40] Celui-ci dira qu’il ne sait rien, que sa fille a toujours eu des problèmes et qu’elle devrait être internée.

[41] Elle aurait ainsi manqué une semaine de cours grâce au certificat d’un médecin dénommé Hallard, dont les parents Van Hees n’ont jamais entendu parler.

[42] Cela correspond à différentes descriptions de la voiture que possédait Nihoul à l’époque. Des témoins parlent d’une Mitsubichi Céleste brune, avec un aigle sur le capot. Vérification faite, Marleene De Cockere a bien acheté ce modèle de voiture en avril 1983.

[43] Cf. « Les Témoins X… ». Les auteurs ajoutent que cette personne, Fabienne K. a été en relation avec le cousin d’un pédophile Belge tristement connu, dont elle a avorté, mais aussi avec une ancienne animatrice de Radio Activité, Nathalie P. qui a connu Nihoul à l’époque (celui-ci lui a présenté Vander Elst vers 90-91) et fréquentait le Dolo. Fabienne K. est tombée dans la drogue et dans la prostitution quelques années après la mort de Christine. Cette Nathalie P, qui a eu des problèmes de prostitution et d’incitation à la débauche par la suite. dit que Nihoul se vantait d’avoir le bras long, et de connaitre Van Den Boeynants. A l’époque, elle dit que Nihoul avait une espèce de voiture avec un aigle sur le capot.

 [44] Certains étaient prêtés par leurs parents contre de l’argent. Sinon, un médecin (qui a pris 4 ans, en a fait deux et a été réhabilité), Michel Mesureur,  qui travaillait à l’UNICEF, dressait des listes d’enfants dans le besoin pour réaliser des catalogues de photos diffusés aux membres du CRIES.

[45] Ils voulaient l’abaissement de la loi en matière de mœurs et tenaient une revue intitulée L’Espoir.

[46] En Belgique, le viol n’est pas cher payé, et ledit Raemaekers a réclamé plusieurs fois sa libération depuis 2007.

[47] Cf. « Les dossiers X : ce que la Belgique ne devrait pas savoir sur l’affaire Dutroux », Bruxelles, 1999, ed. Houtekiet et les auteurs. Une partie de ces cassettes a été revendue lors d’une vente aux enchères dans un quartier de Bruxelles.

[48] Dumont était aussi du PSC, le parti chrétien, et aussi au CEPIC.

[49] Cinq ans dont trois avec sursis, c’est ce qu’a pris  le gendarme Hedwig Huybrechts, qui prostituait des enfants d’Europe de l’Est et se livrait à des attouchements sur des enfants sur lesquels il avait autorité. Les clients identifiés ont pris entre six mois et un an ferme. La dépêche Belga du 3 décembre 1999 sur le jugement conclut « Ces peines assez faibles sont essentiellement dues à la complaisance dont ont fait preuve les jeunes victimes. Celles-ci ont délibérément prêté leur collaboration au réseau. Selon le tribunal, les enfants se sont laissés enrôler sans résistance et gagnaient d'importantes sommes d'argent en se prostituant. Ils déterminaient eux-mêmes ce que leurs clients devaient payer et fixaient eux-mêmes les limites de leurs relations. La plupart de leurs parents n'ont en outre rien fait pour éviter cela. Au vu de ces éléments, le tribunal n'a accordé aux enfants qu'un franc symbolique à titre de dommages et intérêts ». On se demande encore pourquoi la notion de mineur existe encore dans le code pénal.

[50] A tel point que des témoins ont demandé à pouvoir être entendus lors du procès.

[51] D’après « Le dossier Nihoul : les enjeux du procès Dutroux », ed. EPO, 2004, d’Herwig Lerouge, L’affaire démarre en 1985, quand Nihoul rencontre le président et fondateur de SOS Sahel. Qui avait la manie de détourner des dons. Il détourne ainsi l’équivalent de 22 millions de FB de dons entre 1980 et 1985, et encore d’autres jusqu’en 1989, avec l’aide Nihoul qui a rejoint la combine avant d’escroquer aussi son copain. Au passage, Nihoul aurait piqué 100.000 FB provenant d’une fête organisée par les élèves d’une école de Bruxelles pour les enfants du Sahel. Il a aussi organisé des spectacles contre forte rétribution, et le tribunal a calculé que 50 millions de FB ont été détournés, dont plus de 5 millions rien que pour Nihoul, qui a pris trois ans de prison pour cette affaire. 

[52] La voisine avait déclaré que la petite se tenait devant la maison, qu’« Elle était pâle et hagarde. Elle était très maigre. Elle avait le menton et les lèvres qui tremblaient. Michelle Martin est sortie de la maison et a crié, ‘hé!’ pour la faire rentrer. Je ne l'ai plus vue après ». Michèle Martin a démenti, on a mis cette déclaration sur le compte d’un conflit de voisinage. Cette voisine déclarera lors d’une audience « Je vis avec ma conscience depuis 1995. Je m'en veux de ne pas avoir fait plus ».

[53] Cela a donné lieu en Belgique à ce qu’on appelle « l’arrêt spaghetti », rendu à la suite de la requête en suspicion légitime introduite par les avocats de Nihoul et Dutroux

[54] A la suite de la marche blanche, et pour canaliser le mécontentement populaire, le gouvernement organisé des tables rondes avec les parents. Des comités blancs ont été crées afin de faire la lumière sur les enlèvements d’enfants et les réseaux pédophiles éventuels, mais ces comités, de même que d’autres asbl travaillant sur ce créneau, ont été progressivement noyautés.

[55] De Baets dit carrément au sujet de Van Espen qu’il « faisait partie du réseau d’amis que Nihoul et Bouty avaient tissé dans le milieu de la politique, de la magistrature et de la police afin de camoufler leurs activités criminelles ».

[56] Par la chambre des mises en accusation de Liège, le 22 janvier 1997.

[57] En octobre 1996, le juge avait fait ouvrir une ligne verte afin que les gens puissent dire ce qu’ils savent sur les enlèvements des enfants. Evidemment, certains témoignages ont impliqué des politiciens de gauche, comme Elio Di Rupo, ce qui a rapidement été infirmé. D’autres témoignages étaient manifestement incohérents, et on a jeté le bébé avec l’eau du bain, ne retenant aucun d’entre eux.

[58] Le constat qui est à l’origine de cette commission est que « Dans l’enquête sur la disparition de Julie et Mélissa, menée à Charleroi, on a observé trop de dysfonctionnements pour qu’il puisse s'agir d’un malheureux concours de circonstances ».

[59] C’est « l’arrêt spaghetti » de la Cour de Cassation. Le juge assistait à un repas organisé par les familles des victimes afin de financer le procès. Par contre, le fait que Marnette ait fréquenté Nihoul et les Atrébates n’a pas amené à l’écarter de la cellule de Neufchâteau.

[60] Pour résumer, une bande, ou plusieurs bandes on ne sait pas, ont commis une quinzaine de braquages ultra violents et d’autres crimes au début des années 80, presque toujours dans le Brabant, une province Belge divisée depuis. Au début, les types ont cambriolé des armes, puis ils s’attaquent à des supermarchés (avec une préférence pour les Delhaize) et à d’autres commerces. En fait, l’enquête a piétiné dès qu’on a commencé à regarder du côté de l’armée, de la gendarmerie et de groupuscules d’extrême droite. Au final, on pense que ces attaques étaient destinées à déstabiliser l’Etat belge, que ce soit la CIA, la France ou l’extrême droite (la milice Westland New Post ou le Front de la Jeunesse).

[61] Cf. « Les dossiers X »

[62] En plus Nihoul avait donné un alibi pour ce 9 aout 1996 : il se trouvait chez l’avocat Michel Vander Elst, déjà pris pour faux témoignage (il avait pris 8 ans pour avoir donné un faux alibi dans l’affaire de l’enlèvement du ministre vanden Boeynants). Mais Vander Elst s’est rétracté ensuite.

[63] Cf. « Le dossier Nihoul », d’Herwig Lerouge.

[64] Cf. « Le dossier Nihoul… » de Herwig Lerouge.

[65] Cette fois, Nihoul est également accusé de l’enlèvement et de la séquestration de Laetitia Delhez, ainsi que d’association de malfaiteurs dans le but d’enlever des enfants.

[66] Mais, cette plainte a été finalement jugée « non fondée ».

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