Worst_lobby_awardsSuite de notre saga sur le tourniquet européen: quand nos technocrates et autres élus passent de Bruxelles aux cabinets de conseil, avec leur carnet d'adresses et tous les bons services qu'ils ont rendus à l'industrie durant leur mandat. Voici quelques cas récents et révélateurs parmi les anciens députés européens et autres porte parole de commissaires européens...


Le Corporate Europe Observatory vient de publier les derniers retournements de veste des députés européens. Il pointe le cas de l’ancien député conservateur anglais Jonh Purvis, qui a quitté le Parlement en 2009 et a rejoint un cabinet de lobbying où il est chargé du Forum sur l’avenir de la Finance. Un autre ex député conservateur, Christian Rovsing, a rejoint le même cabinet (Cabinet DN).
Dans ce cabinet, on trouve aussi un ex premier ministre irlandais (également ex ministre du commerce et de l’industrie), John Bruton, qui a aussi participé à la rédaction de la constitution européenne et a été ambassadeur de l’Europe à Washington. Ont également rejoint Cabinet DN un ex député européen danois, Christian Rovsing, et  un ex député vert des Pays Bas au Parlement européen, Alexander de Roo.

Gary Titley, un anglais du Labour, a rejoint Hume Brophy en tant que consultant après avoir réalisé quatre mandats en tant que député européen, notamment en tant que président du groupe socialiste.

John Cushnahan, un irlandais, a été député européen pendant 10 ans puis a opté pour faire du lobbying pour British American Tobacco. C’est plus facile quand on est un visiteur régulier des membres du Parlement.

 

Un dénommé Glyn Ford, du labour, a rejoint le cabinet Gplus en 2009, où on trouve aussi un ancien porte-parole du commissaire à la compétitivité, Peter Guilford, qui a monté Gplus dès qu’il a quitté ses fonctions européennes (où il est resté 10 ans), en 2000. Sur sa page web on nous vante ses compétences acquises lors de son passage à Bruxelles, où il était en première ligne des négociations sur la compétitivité, les lois anti dumping (qui n’ont finalement jamais été votées) etc. David Bowe a quant à lui été député européen pendant 15 ans, et s’était spécialisé dans les questions environnementales et chimiques. Il a été porte parole du groupe Labour en matière d’environnement, puis du groupe socialiste au Parlement européen, a participé à la rédaction du livre blanc sur le projet REACH et aux négociations sur les OGM.

Ce cabinet aime bien les anciens porte parole de commissaires européens, puisqu’un dénommé Gregor Kreuzhuber, ex porte parole de différents commissaires européens, dont celui des entreprises Günter Verheugen, ce qui a permis à Kreuzhuber de participer aux négociations sur REACH, censé contrôler les produits chimiques mais qui a été vidée de sa substance après quelques années de lobbying intensif des industriels, mais aussi aux négociations sur les cycles de Doha, qui visent à privatiser tout ce qui peut l’être partout dans le monde. On a aussi l’ancien porte parole du conseil des ministres de l’Europe et de l’ancien commissaire européen à la Compétitivité Mario Monti, Michael Tscherny, qui a rejoint Gplus tout de suite après ce job qu’il a occupé de 1999 à 2002. le hollandais Hans Kribbe, qui a rejoint Gplus en octobre 2005, a auparavant aidé Nellie Kroes, ancienne commissaire à la compétitivité, et l’inénarrable Fritz Bolkestein quand il était commissaire au Marché Intérieur. Pendant ce temps, il a activement travaillé à la libéralisation du marché européen et aux négociations sur le traité européen. L’ancien porte parole de Jacques Delors quant il était président de la commission, Bruno Dethomas, a lui aussi rejoint Gplus.

Le Corporate Europe Observatory cite aussi la Finlandaise Noora Kauppi, conservatrice, qui a quitté le ParlementHQMDcHfrkpqojxqcGTRGqufFo1_400 européen pour rejoindre la Fédération Finlandaise des Services Financiers et le Comité européen de l’Industrie Bancaire dont elle est devenue la présidente, Karin Riis-Jorgensen, ex députée danoise du parti libéral qui a rejoint Kreab Gravin Anderson et Public Matters, l’Allemande sociale démocrate Erika Mann, qui a été députée européenne et a participé au comité pour l’industrie, la recherche et l’énergie avant de rejoindre l’Association de l’Industrie Informatique et de la Communication en décembre 200ç, en tant que vice présidente exécutive.

Le député Hubert Pirker, qui a remplacé Ernest Strasser qui était englué dans un scandale de corruption, est redevenu député après avoir travaillé pour son propre cabinet EU-Triconsult, qui a été dissolu ensuite. EU Triconsult organisait des réunions entre industriels et parlementaires ou décideurs européens. Pirker signait « ancien membre du parlement Européen » quand il était encore PDG de sa boîte.

 

Le rapport du Corporate Europe Observatory mentionne également Françoise Grossetête, députée européenne du parti populaire, et deux de ses assistants parlementaires, Jeremy Michel et Géraldine Philibert. En 2009, Grossetête a été récompensée du prix de la santé par le directeur général de la Fondation Européenne des Industries et Associations Pharmaceutiques. Elle est aussi conseillère régionale de la région Rhône Alpes, où est situé le siège de Sanofi Aventis, qui a investi 300 millions d’euros dans la région depuis 2005, et le quartier général de la division vaccins, Sanofi Pasteur.

Jeremy Michel a été l’assistant parlementaire de Grossetête d’octobre 2000 à octobre 2006, puis est devenu, un mois plus tard, directeur des affaires européennes pour Sanofi Aventis, où il est toujours. De son côté Géraldine Philibert est restée au Parlement,  mais comme conseillère du député rapporteur sur les effets des médicaments. Le Corporate Europe Observatory explique que Michel a contacté Philibert par mail le 21 avril 2010, afin de donner la position de Sanofi sur un amendement proposé par le rapporteur. Le même jour, Philibert envoie un mail au rapporteur pour proposer des modifications sur la directive sur les effets secondaires des médicaments et leur régulation, dans la ligne du mail de Michel.

cartoon0215Continuons notre petite liste, avec le député allemand Klaus-Heiner Lehne, qui est également associé dans la firme Taylor Wessing, où il se rend chaque vendredi pour conseiller les grandes entreprises allemandes. Lui n’y voit aucun conflit d’intérêt.

Sharon Bowles, députée européenne pour la Grande Bretagne, travaille aussi pour le cabinet de son mari, spécialisé dans les licences pour les logiciels, le député allemand Elmar Brok est vice président de Bertelsmann pour le développement des médias, le maltais Edward Scicluna est président non exécutif pour deux fonds d’investissement liés à HSBC, et directeur non exécutif de trois autres entreprises maltaises.

Au sujet de Sharon Bowles, un autre article du Corporate Europe Observatory explique qu’elle a très certainement fait partie des députés qui ont proposé des amendement directement inspirés de l’industrie financière quand il s’est agi de tenter une vague régulation, en 2008. Au moins 38 amendements proposés par 15 députés européens sur les 977 amendements proposés au total étaient similaires, ce qui veut dire qu’ils n’ont pas été directement imaginés par les députés qui les ont proposés. Quand le CEO leur a demandé comment leur était venue l’idée de ces amendements, l’Allemand Markus Ferber a répondu que son amendement sur les contrats d’assurances était du à une table ronde qu’il venait d’avoir avec des banques et des compagnies d’assurances, l’assistant d’un autre, le Finlandais Sari Essayah,  a répondu qu’il avait probablement été aidé par Assured Guranty, une holding financière basée aux Bermudes pour un amendement, par un lobbie financier finlandais pour un autre.

Mais, à ce petit jeu, il semble que la palme ait été détenue par Sharon Bowles, qui voulait absolument donner une « orientation sensiblement libérale » à la directive visée par ces amendements. A son cabinet personne ne se rappelait d’où venait l’inspiration de ces amendements, cependant le député Kay Swinburne, qui a déposé cinq amendements similaires à ceux de Bowles et a rencontré une vingtaine de lobbyistes du secteur financier pendant les débats, a admis avoir travaillé pour cela avec le l’Autorité anglaise des Services Financiers, très axée sur la politique du « laissez-faire ». L’un de ces amendements visait à ne pas réguler les produits dérivés, ceux-là même qui sont à l’origine de la crise subprime et qui représentent aujourd’hui des pertes abyssales.

 

Le Danois Bendt Bendtsen est membre du comité sur l’Industrie, la Recherche et l’Energie, du comité du budget, du protest_lobby_10_11comité spécial sur la Finance, l’Economie et la Crise sociale, il est aussi passé par le conseil de la Globalisation et par le conseil du marché intérieur, mais il est aussi au conseil d’administration de SeaMall, Team online, Esvagt, Realkredit Danmark in Odense et Danske Bank.
Le Belge Jean-Luc Dehaene, membre du comité spécial sur les défis et ressources budgétaires pour une Europe soutenable en 2013, est aussi membre du comité de direction d’AB Inbev (brasserie) depuis 2001, du comité de direction de Lotus bakeries depuis 2000, membre du conseil d’administration de Thrombogenics (bio pharmacie) depuis 2006, membre du comité de direction d’Umicore depuis 1999, membre du conseil d‘administration de Dexia depuis 2008 où il toucherait entre 80.000 et 100.000 euros par an.

L’Allemand Christian Ehler, député européen chez les chrétiens démocrates, est aussi directeur général de Cobios Technology, un machin obscur qui regroupe une vingtaine d’entreprises actives dans la biotechnologie.

Le Corporate Europe Observatory a calculé que 35 % des députés européens avaient ainsi un « deuxième job », notamment comme consultants, avocats, ou même membres du staff d’entreprises.