Screenshot_20L'Etat est attaqué par la famille d'une femme décédée il y a 14 ans dans des circonstances qui posent question à la famille. Il s'agit de la famille d'Eliane Kabile, qui se bat depuis tout ce temps, d'abord pour comprendre comment leur proche est décédée, puis pour comprendre pourquoi autant de dysfonctionnements sont apparus tout au long de la procédure, depuis les exhumations jusqu'aux actes décès. Me Kounkou, l'avocat de Thierry Kabile, le fils d'Eliane Kabile, a donc porté plainte contre l'agent judiciaire de l'Etat. Des citations directes et une plainte au pénal devraient suivre car décidément, cette affaire reste bien obscure

 

Pour résumer très rapidement cette affaire qu'on a déjà abordée ici, Eliane Kabile, âgée de 64 ans, est allée se faire soigner en décembre 2000 à l'hôpital de Gonnesse pour un problème à un mollet. Elle y reste une semaine, puis ressort en ayant toujours ses douleurs, mais après avoir subi une dizaine de prises de sang qui ont fait chuter son taux d'hémoglobine, ainsi qu'une ponction de moëlle.

Le 27 janvier 2001 elle retourne à l'hôpital qui l'aurait rappelée, et  elle y est enregistrée sous deux numéros différents. Son état s'aggrave, sa famille tente de la faire changer d'hôpital, mais rien n'y fait. Elle y décède probablement le 9 février [1], mais sa date de décès officielle est le 13 février [2]. Et le 10 février, quand sa soeur vient la voir à l'hôpital, elle voit qu'elle ne bouge plus, est branchée sur un respirateur artificiel, et connectée à un encéphalogramme plat. La soeur regarde alors la couverture, pour constater qu'Eliane a une grande cicatrice sur le thorax. Quand elle quitte la chambre, elle croise des infirmières qui entrent en parlant de "déboucher" Eliane.

Le site Copwatch, qui explique très bien l'affaire, précise que "Selon l’hôpital, son décès serait consécutif à une anémie, donc à un manque de globules rouges, doublée d’une neutropénie, autrement dit également d’un manque de globules blancs".

La famille se pose très vite la question de savoir s'il y a eu une erreur médicale, et elle demande une autopsie.

Screenshot_4De fait, il y avait plusieurs questions qui ne manquaient pas de se poser. Un des fils d'Eliane Kabile explique par exemple: "le Dr X1 m’appelle le 13 février pour me dire que ma mère va mourir et de venir vite à l’hôpital si je voulais lui parler. Ma mère se trouvait dans un coma soit disant provoqué. Le respirateur artificiel faisait gonfler et dégonfler son ventre et un moniteur affichait deux lignes droites, sans vie".

Il s'interroge encore sur certaines pratiques qui ont eu lieu le jour du décès officiel, le 13 février: "Pourquoi " Z" (un employé de l'hôpital)  se rend-il le 13 février à 15h à l’hôtel de police pour y déposer une main courante, concernant des menaces qu’il aurait reçu de la part de mon frère au cas où notre mère viendrait à décéder, sachant que son décès nous a été annoncé le 13 février à 15h15".

Pourquoi cette main courante est-elle déposée à 15h ce 13 février, alors qu'officiellement Eliane Kabile n'est décédée qu'à 15h15, ce qui rend illogiques les menaces de mort un quart d'heure avfant le décès que la famille ignorait donc encore. Mais, ce n'est là que le début d'une longue série d'aberrations, qui amènent aujourd'hui la famille attaquer l'Etat via les différentes personnes impliquées. Car, si le décès d'Eliane Kabile pose question à la famille, ce qu'il est advenu du corps est encore plus troublant, et la multiplicité des actes de décès est réellement incompréhensible.

 

82012672_oPlongeon dans un monde kafkaïen

> Le 20 février 2000 a lieu une première autopsie du corps d'Eliane Kabile, mais ce sont deux corps qui arrivent sous cette référence à la morgue. En effet, un corps est parti de Gonesse, sous le nom de Kabile Éliane, à destination de l'ILM de Garches. Le deuxième cadavre porte la même identité et part le 19 février de Villetaneuse vers l'ILM de Garches.

Lorsque la famille obtient le rapport d'autopsie, elle constate avec stupéfaction que la personne autopsiée n'était pas Eliane Kabile. Et cela, pour une raison très simple: Mme Kabile était noire alors que la personne autopsiée était blanche et pesait 12 kilos de plus qu'elle.

> Suite à cela, la justice finit par demander d'exhumer le corps du cimetière, le 30 juin 2003. La famille, méfiante, se poste dès 5h du matin devant le cimetière. On lui interdit l'entrée, puis à 8h 30 elle se rend compte qu'il y a pas mal de monde dans le cimetière et que l'exhumation était déjà réalisée.

"Il a fallu 12 personnes pour mettre le cercueil à l’intérieur du corbillard ; aucune présence de la police funéraire qui aurait dû contrôler l’identité du cadavre ainsi que l’OPJ pour la prise de photos. Au moment de partir, juste aux portes du cimetière, se trouve un couple extrêmement fâché qui se présente à nous comme étant de la police judiciaire. Leur colère vient du fait qu’ils n’ont pas pu prendre les photos", explique le fils d'Eliane Kabile.

Lui est allé faire une photo de la sépulture, et a pu constater que le cerceuil de son frère, qui devait s'y trouver aussi, avait disparu.

100337554Le jour de cette seconde autopsie, le 1er jullet 2001, le fils et la soeur d'Eliane Kabile décident d'être présents. Ils étaient derrière une vitre, et l'autopsie a été faite dans le cerceuil, donc ils voyaient mal. Mais, ils ont bien vu différents morceaux de corps, dont un cage thoracique d'enfant: "une tête, une veste renfermant un buste avec un soutien-gorge sur lequel reposait une petite cage thoracique d’enfant et une jupe ne renfermant que des morceaux de chair fraîche avec du sang. Il n’y avait pas de bras, pas de jambes, pas de bassin. Au bas du cercueil, se trouvait une paire de chaussures", raconte le fils d'Eliane Kabile, "On se demande pourquoi vu qu’il n’y avait pas de jambe ; un des assistants en prend une en disant que le pied est resté dedans. Il le place sous le robinet d’eau qui coule abondamment. Tout le contenu de la chaussure est dissous, il ne reste même pas un morceau d’os ; le même assistant prend dans le cercueil un bracelet en plastic et dit qu’il n’est pas de l’ILM ".

En outre, les scellés du cercueil avaient été rompus et le cercueil n'était pas celui avec lequel Mme Kabile avait été enterrée en février 2001.

Bref, la famille s'est alors demandé où était passé le corps d'Eliane Kabile.

> Une troisième exhumation est ordonnée en juin 2007. Pour l'occasion, le cimetière de Sarcelles a été bouclé par un arrêté municipal. Dans le cercueil, on retrouve une bâche qui n'y était pas quand le cercueil a été refermé après l'autopsie précédente. Et miracle: le cerceuil du fils d'Eliane Kabile avait réapparu, mais le corps ne correspondait pas à celui du jeune, mort d'une balle dans la tête dont on ne retrouvait pas la trace sur le crâne du cadavre.

Un fils d'Eliane a même dit qu'il savait "de source sûre" qu'on avait prélevé le coeur de sa mère: "Des infirmiers en larmes nous ont dit à l'époque de ne pas lâcher le morceau...C 'est un meurtre pour voler un coeur! Ils nous ont pris pour des musulmans. Ma mère s'appelle KABILE et elle est née au Maroc. Un agent du cimetière a témoigné qu'il voyait souvent arriver des corps de musulmans auxquels il manquait un organe".

Il n'y a eu de procès verbal de cette exhumation, pas plus que la précédente d'ailleurs.


Affaire Eliane Kabile par hopto


Aberration

L'affaire ne suit pas son cours, la famille est condamnée à 15.000 € d'amende pour procédure abusive en demandant comment est morte leur mère et soeur, il y a aussi une condamnation pour diffamation, et puis voilà qu'en 2014 un nouvel avocat arrive dans le dossier et remarque que jusqu'à présent, l'affaire n'a ajamais été étudiée sur le fond.

Jusque là, on n'a jamais demandé à personne de répondre des manquements graves observés depuis le décès de Mme Kabile.
Par exemple, on ne sait pas où était le corps de cette femme entre le 13 et le 20 février, jour de la première autopsie, ni entre le 20 et le 26, date son enterrement. Pourtant, le traitement des corps avant la mise en bière est ultra réglementé, et acune procédure n'a été respectée. Pourquoi?

Idem avec les actes de décès incroyables récupérés en mai 2014 par la famille: elle se retrouve avec deux actes de décès au nom d'Eliane Kabile,, et deux actes portant le même numéro. En outre, une transcription a été rédigée avant l'acte de décès, ce qui est techniquement impossible. Voici les pièces que la famille a aujourd'hui entre les mains (c'est un peu compliqué  mais cela révèle l'ampleur de la magouille):

> Un acte de décès n°90 au nom d'Elian Kabile. L'acte de décès est rédigé par l'état civil de la commune de décès, en l'occurrence Gonesse. L'acte n°90 au nom d'Eliane Kabile évoque un décès survenu le 13 février, et l'acte est dressé le 21 février, ce qui dépasse largement le délai légal de 24h pour signaler un décès à l'administration. Fait étonnant, c'est une capitaine de police, E.H, qui a déclaré le décès.

 

Screensh90

 

> Un acte de décès n°90 au nom de Jeanne B., une personne décédée le 20 février 2001, acte dressé le 21. Problème: deux personnes décédées ne peuvent pas avoir le même numéro de décès la même année. C'est impossible.

 

Screenshot_1

 

> Un acte de décès n°81 au nom d'Eliane Kabile. Celui-ci est dressé le 14 février et mentionne un décès en date du 13 février, nous sommes donc dans le délai légal. Là aussi, c'est le capitaine E.H qui a déclaré le décès. Problème: une même personne ne peut pas avoir deux numéros de décès différents.

 

Screenshot_2

 

> Une transcription de décès (la transcription est rédigée dans la commune de résidence d'après l'acte de décès) faite par l'état civil de Sarcelles, qui fait référence à un décès survenu le 13 février, mais qui est dressé le 14 février, ce qui est impossible puisque la transcription est forcément rédigée APRES l'acte de décès. L'acte n°90 rédigé le 21 février ne serait donc pas le bon?

 

Screenshot_3

 

> Le livret de famille fait quant à lui référence à un acte de décès n°90, pour un décès survenu le 13 février et déclaré le 22 février.

 

acte naissance

 

A ces documents, il faut ajouter un certificat de décès signé par un médecin légiste, et une autorisation de transport de corps pas du tout rédigée dans les formes réglementaires.

Si on cherche à comprendre pourquoi ces documents ne correspondent à rien, il faut remonter la chaine de responsabilités, et en l'occurrence pas mal de monde est concerné: les fonctionnaires et responsables des services d'état civil de Gonesse et Sarcelles (dont les maires respectifs), le capitaine de police E.H, l'hôpital de Gonesse, l'IML de Garches, le médecin légiste.

98774133Pourquoi des documents d'état civil ont-ils été falsifiés? Que fallait-il cacher? Je doute qu'on prenne autant de risques pour dissimuler une simple erreur médicale.

Le plainte contre l'agent judiciaire de l'Etat a été déposée en août, et depuis trois mois la famille n'en a plus eu de nouvelles. Le 9 décembre, Me Kounkou a vérifié que l'affaire était bien inscrite au rôle, l'Etat a donc deux semaines pour désigner un avocat (le premier s'étant désisté). S'il ne le fait pas, ce que nous craignons, l'affaire sera jugée uniquement avec les pièces apportées par la famille, sans contradictoire.

Or, le but est qu'enfin on puisse aborder le fond de cette affaire, que l'Etat réponde des manquements qui lui sont reprochés, ou qu'il explique comment une telle succession de "dysfonctionnements" a pu survenir. Des citations àà comparaitre vont suivre, afin d'avoir les explications des fonctionnaires municipaux des villes concernées, mais aussi des maires respectifs, ou encore des médecins.

Je serais aussi intéressée de savoir pourquoi c'est le même policier qui déclare les décès (sur deux actes de décès), rédige le PV d'inhumation, et qui mène ensuite quasiment toutes les auditions dans le cadre de l'enquête sur le décès d'Eliane Kabile? Ce policier est-il l'unique policier de Gonesse?

 

---------------------------

Peut-on espérer avoir des éclaircissements dans cette affaire? Il n'est en tout cas pas normal que des documents officiels soient bidonnés comme on le voit ici, ni que deux corps soient déplacés sous la même identité depuis deux endroits différents, ni l'incertitude sur le devenir du corps, ni le non respect systématique des procédures... Cela fera bientôt 15 ans que la famille attend de comprendre ce qu'il s'est passé.

 


 

[1] C'est le médecin traitant d'Eliane Kabile qui mentionne cette date dans un courrier annoncant le décès d'Eliane Kabile. Il a lui-même reçu un avis selon lequel Eliane Kabile est morte le 9 février 2000.

[2] D'après les enfants d'Eliane Kabile, un employé de l'hôpital où elle est décédée les a appelés le 12 en disant qu'elle avait des chances de vivre.