Screenshot - 08_06_2015 , 00_12_10Le procès d'Outreau m'a un peu monopolisée, je propose donc une séance de rattrapage sur l'Angleterre.

On était ces derniers temps à parler de meurtres d'enfants commis par le réseau pédophile de Westminster, un réseau londonien VIP dans lequel on retrouvait plusieurs politiciens et qui était actif au moins dans les années 70 et 80. On a aussi appris que la police travaillait sur une liste de plus de 1.400 pédophiles, dont un nombre impressionnant de politiciens et de gens du show biz. Des victimes tentent encore de se battre pour mettre à jour certains réseaux, et sans elles il ne se passerait strictement rien.

 

Mais la grande info qui est sortie fin mai, c'était cette liste de 1.433 pédophiles (tous des hommes) sur lesquels la police est en train d'enquêter, parmi lesquels 76 politiciens, 43 artistes du monde de la musique et 135 représentants de la télé, de la radio et du cinéma 1. Cela, c'est le cru 2014 des personnes dénoncées par diverses victimes, dont quelques uns ont été condamnés, comme le présentateur Rolf Harris, l'ami de Savile Gary Glitter, ou d'autres pédophiles de la BBC. Mais, tous ont été jugés comme des prédateurs isolés alors qu'il est clair qu'ils s'organisaient à plusieurs.

Mais, ce sont aussi des centaines d'établissements comme des écoles ou des hôpitaux qui se trouvent dans la ligne de mire : 154 écoles, 75 orphelinats, 40 institutions religieuses, 14 établissements médicaux (très prisés par Jimmy Savile notamment), 9 prisons et centres pour jeunes difficiles, mais aussi des établissements militaires.

Quant aux victimes, les enquêteurs de cette opération appelée "operation Hydrant" estiment qu'elles pourraient être des dizaines de milliers, et ils appellent à ce que les victimes soient davantage prises en compte.

Car en effet, jusque là, et comme c'est le cas chez nous et ailleurs, on fait tout pour masquer la réalité des abus sexuels sur les enfants, ce qui entraîne une véritable catastrophe de santé publique. Mais avec le scandale de Jimmy Savile qui a éclaté en 2012, et son millier de victimes probable, les victimes se sont mises à parler, enfin, de ces réseaux qui les ont détruits. Jusque là, leurs témoignages n'étaient pas pris au sérieux, et quand ils l'étaient les enquêtes étaient stoppées dès qu'on remontait à des VIP. Depuis 2012, les dénonciations d'abus sexuels sur des mineurs ont augmenté de 71 %, 116.000 dans l'année2 dont la moitié concernaient des abus survenus dans le passé.

Screenshot - 07_06_2015 , 23_11_25Du coup, les anglais commencent à considérer qu'il s'agit d'un problème de santé publique.

On a reparlé de ce garçon d'une dizaine d'années mort écrasé par une voiture, de manière intentionnelle, et d'un autre qui a été étranglé par un député. Cela, c'est une ancienne victime surnommée "Nick" qui l'a dit à la police et aussi aux médias, il y a déjà quelques mois.

Le réseau en question organisait souvent des partouzes dans de luxueux appartements d'un complexe appelé Dolphin Square, à Londres. Selon la police, les accusations au sujet de ce gang sont sérieuses et elle est en train de faire des recoupements avec des disparitions de mineurs dans le secteurs à cette époque.

 

Le politicien inconnu qui dit que c'est pas lui

Le 26 mai, un article relatait le témoignage d'une femme qui a levé son anonymat pour parler d'un gros réseau pédophile très probablement lié au réseau de Westminster. Esther Baker a dénoncé ce réseau, dont faisaient partie des gens puissants, à Cannock Chase, à 20 km au nord de Birmingham.

Esther Baker dénonce un politicien en particulier, qui la violait régulièrement des mineures pendant que des flics montaient la garde (mais ils participaient aussi). La jeune femme a identifié plusieurs de ses abuseurs auprès de la police, au cours de 33 heures d'audition au total. "J'ai parlé parce que j'espère que d'autres victimes suivront", a-t-elle dit au Guardian, " je sais ce que c'est que d'être la première à venir parler de cela, cela fait peur mais je me sens encore plus forcée de m'exposer pour me protéger".

La jeune femme de 32 ans a déclaré que ce politicien avait commencé à la violer quand elle avait environ 6 ans,et cela a duré au moins jusqu'à ses 11 ans. Apparemment, ce politicien est toujours en vie (c'est une chance car ils ont tendance à passer l'arme à gauche assez vote après avoir été exposés dans les médias, comme ce fut le cas de Leon Brittan ou Lord McAlpine), et il serait même toujours actif en politique.

Westminsters-Dolphin-Square-flatsDans sa tête d'enfant, elle avait l'impression que certains de ses abuseurs étaient importants dans l’Église. Il y avait peut-être aussi un juge.

Elle raconte qu'une fois elle a tenté d'échapper aux viols mais des policiers qui montaient la garde l'ont rattrapée. Elle dit que les adultes faisaient boire les enfants et que certains abus étaient filmés.

Dans ce cas aussi, la police locale a déclaré qu'elle prenait ce témoignage très au sérieux.

Jon Drake, un sous-officier de la police de Staffordshire, a déclaré qu'une enquête est menée au sujet de plusieurs témoignages des années 80 et 90 portant sur des abus commis par ce réseau. Il a aussi dit que la police était "déterminée" à faire avancer cette enquête. Mais on verra si comme d'habitude les services secrets ou le ministère de l'intérieur interviennent pour envoyer le dossier à la poubelle.

En tout cas, appel a été lancé à d'autres victimes éventuelles.

L'info était à peine sortie qu'un politicien libéral démocrate a dit qu'il n'était pas pédophile et n'avait jamais violé de fille dans les bois, cirant qu'il était la victime d'un complot destiné à pervertir le cours de la justice 3. On peut d'ailleurs s'étonner que ce politicien se soit reconnu alors que Baker ne l'a jamais nommé publiquement.

Mais, interrogée au sujet de ces dénégations, Esther Baker a maintenu que ce politicien l'avait bien violée, qu'il faisait partie d'un groupe de sept ou huit hommes, et d'au moins cinq policiers, qui se livraient à ces abus. Le politicien dit qu'à cette époque était à Londres, mais Esther Baker a bien précisé qu'il n'était pas du coin.

urlsavileEt elle a aussi dit qu'elle avait été violée dans un appartement à Londres, dans un complexe avec de nombreux appartements qui pourrait être Dolphin Square. Elle a notamment reconnu la "medical room" où se trouvait une chaise comme celles des dentistes, dont avait parlé une autre victime du réseau de Westminster dans la presse.

Esther Baker a précisé également qu'elle a été violée par un ancien ministre du Labour aujourd'hui décédé.

Le journal Exaro, qui a enquêté sérieusement sur cette affaire depuis le mois de janvier, a de son côté affirmé que deux autres femmes ont également dénoncé ce député du Lib Dem, le parti libéral démocrate, le même que Cyril Smith, député pédophile qui était un grand ami de Jimmy Savile.

Esther Baker a également précisé qu'elle n'était pas la seule enfant concernée: d'autres enfants du même âge qu'elle étaient concernés. Le témoin évoque par exemple une scène de viols dans les bois, où "six ou sept" autres fillettes étaient présentes. Personne n'a parlé jusqu'à présent. Il faut dire que tous ont été fortement menacés au cas où ils parleraient de ce qu'on leur faisait subir.

 

Screenshot - 08_06_2015 , 13_12_39Au sujet du ministre carbonisé Leon Brittan

On a déjà eu l'occasion de parler de Leon Brittan, qui fut ministre de l'Intérieur (le Home Office) au début des années 80. C'est de son bureau qu'ont disparu plus d'une centaine de dossiers concernant des réseaux pédophiles qui impliquaient des VIP.

Brittan a été cité comme étant présent lors de certaines partouzes pédophiles à Westminster, et d'après une victime il était même présent lors d'un meurtre d'enfant. Il aurait reconnu sur une vidéo en présence d'enfants nus dans une espèce de soirée pédophile, et un policier a pu constater qu'il organisait chez lui une partouze après qu'on ait retrouvé un enfant nu et apeuré courant dans la rue devant chez lui.

Brittan est aussi cité parmi les visiteurs d'Elm Guest House, une auberge transformée en lieu de débauche où les pédophiles VIP du secteur venaient se taper des garçons pris dans les orphelinats des alentours.

Parmi les dossiers qui ont été remis à Leon Brittan (décédé en janvier), il y en avait deux ou trois qui lui avaient été remis par le député Geoffrey Dickens, qui avait le premier à tirer la sonnette d'alarme au sujet des réseaux pédophiles, en 1983 et 1984.

Apparemment, Geoffrey Dickens lui avait bien dit qu'il y avait un réseau de gens "démoniaques" dans le Paedophile Information Exchange (PIE), un lobby pédophile qui réclamait la majorité sexuelle à 4 ans et dans lequel on retrouvait des pédophiles parfois très influents 4.

Dickens lui a écrit très clairement que certains membres du PIE étaient attirés par le fait de tuer des enfants au cours de tortures sexuelles. Malgré cela, Brittan a refusé d'interdire le groupuscule, dont de nombreux membres seront condamnés par la suite pour avoir violé des mineurs.

"Sir Michael Havers, l'avocat général, dans une réponse écrite, a concédé qu'à l'intérieur du PIE il y aurait des personnes obsédées par la mort d'enfants au cours de tortures sexuelles", a écrit le député Dickens au ministre Brittan dans une lettre récupérée par des journalistes via le Freedom of Information Act.

Screenshot - 08_06_2015 , 13_15_55Il est intéressant de préciser qui est le dénommé Michael Havers : c'est le frère de la baronne Butler Sloss, la première qui avait été nommée pour mener la grande enquête sur les réseaux pédophiles. Mais Michael Havers s'est fait prendre trois fois à tenter de bloquer des enquêtes concernant des pédophiles VIP, dont Peter Hayman qui dirigeait le MI6 et était membre du PIE (il a aussi été protégé par Thatcher), et une autre concernant Elm Guest House, ce bordel pédophile actif à Londres de 1979 à 1983 et fréquenté aussi bien par des politiciens conservateurs que par des stars du show biz.

Bref, si c'est Havers qui le dit, il sait de quoi il parle…

Mais Brittan n'a pas cédé, au contraire : il a même trouvé des fonds pour le PIE. A cette époque, c'est aussi depuis les bureaux du ministère de l'intérieur que le PIE éditait sa revue, parce que le membre du groupe qui s'en occupait travaillait au ministère de l'Intérieur et s'occupait du PIE pendant ses heures de bureau. Leon Brittan a donc refusé de rendre le PIE illégal en parfaite connaissance de cause.

A l'issue de ces échanges, Brittan a même dit à Dickens ce qu'il devait dire aux médias au sujet de leurs entretiens.

On a également appris que Leon Brittan rencontrait régulièrement le député pédophile Cyril Smith (144 plaintes sur le dos, jamais inquiété) dans l'atelier d'un des membres du PIE, Keith Harding, qui réparait diverses antiquités pour la famille royale. Ledit Harding avait une liste d'un millier de membres du PIE, parmi lesquels plusieurs proches de Thatcher.

Un autre politicien membre du PIE, Jeremy Thorpe, se rendait souvent chez Harding, a expliqué un des employés de ce dernier.

 

A côté de cela

On a aussi le procès de Mark Grainger, alias Gary Cooke, membre d'un réseau pédophile actif à Wrexham dans les années 70 et 80, au cours duquel il a refusé de répondre à ses victimes. Six autres pédophiles comparaissaient en même temps que lui à ce procès de sept semaines. C'est Grainger qui organisait des partouzes à son domicile, et des garçons âgés de 10 à 15 ans y étaient violés. Tous les accusés nient en bloc bien qu'ils soient poursuivis pour des charges minimalistes.

Beaucoup d'établissements scolaires ont été concernés par ces viols en bande organisée. Parmi eux, le Tettenhall College, pour lequel un procès était prévu, mais pas de chance, le politicien local qui dirigeait l'école vient de mourir et il a été question de clore le dossier. Colin Hope était poursuivi pour des abus commis sur des garçons dans les années 70.

urlhdHope avait déjà échappé au procès en se disant trop malade pour affronter cette épreuve, mais la justice est tombée sur une vidéo dans laquelle on le voit en pleine forme en train de plaisanter et de porter des charges lourdes huit mois après avoir présenté son certificat médical.

On a aussi eu le témoignage d'un jeune qui était employé dans les bâtiments royaux, et qui a déclaré y avoir été violé par un réseau VIP. Des agressions auraient eu lieu à Balmoral Castle en Ecosse et à Buckingham Palace. Ce dossier a été joint aux autres enquêtes portant sur les années 70 – 80. A l'époque, Leon Brittan en avait été informé mais il n'a pas jugé utile d'intervenir. Quand les parents du jeune ont appris ce qu'il se passait ils l'ont fait rentrer à la maison.

Alors qu'il travaillait pour la famille royale, ce jeune s'est vu proposer par Peter Hayman de le suivre au Canada. Hayman avait même écrit à ses parents pour les convaincre, mais heureusement cela n'a pas marché.

 

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On 'nentend plus vraiment parler de la grande enquête sur l'étouffement des réseaux pédophiles VIP depuis que els victimes et le panel de citoyens a été ejecté. Par cotre, les victimes sont toujours plus nombreuses à se faire connaitre, et la police commence à pouvoir recouper certains dossiers. Il n'y a qu'à espérer que les citoyens pourrent empêcher l'obstruction habituelle des autorités dans ces dossiers, car il semble bien qu'aucun parti politique n'a été épargné par les réseaux pédophiles. Ce qui est le plus inquiétant, c'est que rien 'nayant été fait pour détruire ces réseaux et le système politique de corruption qui y est lié, lesdits réseaux se sont très probablement institutionnalisés.

 


 

1Hélas, 216 d'entre eux sont déjà morts, mais cela en laisse plus d'un millier à renvoyer devant les tribunaux si on parvient à retrouver assez d'éléments à charge.

2Pour comparaison, en France nous avions 6.000 plaintes pour viols sur mineurs et 10.000 plaintes pour agressions sexuelles sur mineur en 2012. On est donc très loin des chiffres anglais, même avant le scandale Jimmy Savile. J'en conclus que l'ampleur de la catastrophe est encore plus sous estimé que je ne le pensais et il est très probable qu'on n'en soit même pas à un viol sur 10 de dénoncé.

3Cela rappelle la fois où Jack Lang était monté au créneau après que Luc Ferry ait parlé d'un ministre qui coincé avec des mineurs à Marrakech. Mais, rien ne disait que c'était de Jack Lang que parlait Luc Ferry. Beaucoup de pédophiles français vont à Marrakech.

4On peut citer notamment Peter Hayman, qui a été le patron du MI6, le psychiatre renommé Morris Fraser, le spécialiste de la protection de l'enfance Peter Righton, l'espion Geoffrey Prime, John Stamford du magasine Spartacus. Le PIE a aussi été aidé par le parti conservateur, notamment du point de vue financier, et par le ministère de l'Intérieur.