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Dans les précédentes parties, nous avons vu que les milieux financiers avaient financé l'Allemagne Nazie, qu'après la guerre les mêmes Nazis ont été choyés par les Américains, et que lorsqu'ils ont mis en place les services secrets en Europe, les US en ont profité pour y recycler plein de nazis et collabos. Aujourd'hui, on va voir qu'il en a été de même dans les milieux économiques et politiques, le tout au nom d'une lutte contre contre le fantôme communiste, et pour gaver les élites grâce à l'ultra libéralisme, ce nazisme du XXIe siècle. 

Pour s'y retrouver, voici le plan: 

1. La 2e Guerre Mondiale, oeuvre du fascisme financier.

2. Le sabotage de la dénazification.

3. Recyclage des Nazis et Collabos dans les nouvelles structures: 

     1) Les services sercets

     2) La banque et l'industrie

     3) La politique et les syndicats

     4) L'enseignement supérieur

     5) Les médias et la culture

     6) La justice

 

1. La banque et l’industrie

Les banques

Une épuration limitée

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Si Allen Dulles s’est implanté en Suisse fin 1942 [1], ce n’est pas seulement en raison de la "neutralité" du pays. Le chef de l’OSS en Europe devait aussi veiller aux intérêts de ses amis de Wall Street, nombreux en Allemagne et dans les coffres des banques suisses. Dulles, avocat réputé de Wall Street, a été l’avocat de la Rotterdam Bank qui a financé les nazis, de la Standard Oil qui a permis aux nazis d’avoir du pétrole de bonne qualité, etc.

C’est en utilisant les réseaux de la grande Loge Suisse Alpina, dans laquelle on trouvait le gratin local, que Dulles a pu s’implanter durablement et jeter les bases des réseaux "stay-behind". On va y revenir plus tard.

Le système bancaire déjà bien opaque de la Suisse avait permis à Hitler d’y stocker et d’y blanchir une bonne partie de l’or volé aux Juifs comme aux pays qu’il avait pillés [2]. La Suisse a donc pu servir de caisse noire pour les opérations US menées en Europe et à travers le monde après-guerre. Ce n’est pas une nouveauté : les banques nichées dans les paradis fiscaux servent à blanchir de l’argent, à faire disparaître de l’argent obtenu illégalement, par exemple via certaines commissions ou rétro-commissions sur des ventes d’armes, etc. Au final, une partie sert à financer les partis politiques, et la boucle est bouclée.

On a vu que les banques avaient plus qu’à leur tour collaboré avec Hitler, et ainsi contribué à son effort de guerre. Après la guerre, les mêmes milieux financiers ont tout fait pour que l’Allemagne n’ait pas à payer les réparations qu’elle aurait dû verser aux pays qu’elle avait agressés et détruits, l’URSS en premier lieu. 

vichy defilé

"On savait que les banques américaines avaient continué à faire commerce avec les nazis pendant toute la guerre mais l’ouverture des archives concernant les activités de la Chase et Morgan à paris entre 1940 et 1945 révèle l’ampleur du cynisme de ces établissements bancaires. Morgan et Chase ne paieront aucune amende, leurs biens ne seront jamais séquestrés pour infractions aux lois et ordonnances réprimant le commerce avec l’ennemi. Il faut attendre près d’un demi-siècle pour que le dossier soit entrouvert", a expliqué Fabrizio Calvi dans un entretien de 2007 pour L’Action Littéraire.

Calvi évoque aussi le cas de la banque Worms, dont on a déjà parlé, et cite un rapport des services secrets US, l’OSS, datant de 1942, au sujet de cette banque Worms : "La firme bancaire et industrielle française Worms & Cie rassemble des hommes qui exercent un grand pouvoir au sein du gouvernement de Vichy, contrôlent nombre de ses postes vitaux et se servent de ce pouvoir pour protéger leurs propres intérêts commerciaux et collaborer pleinement avec les Allemands", peut-on lire dans le rapport, "Ce groupe dont les membres sont liés par les mêmes idées réactionnaires, par les liens du mariage et par des connexions industrielles communes, comporte des hommes associés de bien des manières aux milieux d’affaires américains et anglais. On peut s’attendre à ce que les membres de ce groupe cherchent leur propre protection en cas de victoire alliée ou allemande, et mettent leurs importantes relations internationales au service du vainqueur, quel qu’il soit. Ils œuvreront à une paix négociée impliquant une réorganisation de l’Europe sur des bases libérales et qui les laisserait jouir de leur autorité financière, industrielle et politique". C’est un des piliers du Bilderberg, René Pleven, un traitre à la Bretagne et ancien de l’Action Française, qui a permis la levée des sanctions US contre la banque dès 1946.

Après la guerre, et malgré un bref passage en prison de son patron, la banque Worms est revenue en première ligne. Elle était alors dirigée par son patron historique Hippolyte Worms, par Jacques Barnaud, ex membre du Comité des Forges, devenu ministre sous Pétain, mais blanchi à la Libération et ensuite engagé dans l’ "association pour défendre la mémoire du maréchal Pétain", et par un certain Claude Maynial. Et elle a pu continuer ses petites affaires au cours du XXe siècle.

dénazification

En France, les travaux menés par l’historienne Annie Lacroix-Riz montrent que les banques s’en sont tirées à bon compte face aux comités d’épuration, puisqu’elles ont réussi à ne montrer, comme dans l’affaire Kerviel, que les documents qui les arrangeaient. Du coup, il y a eu peu de sanctions pour collaboration dans le milieu bancaire.

De plus, "avérée ou non, la collaboration n’a pas justifié un châtiment plus sévère", précise-t-elle.

Annie Lacroix-Riz mentionne les opérations financières des banques de dépôt visées par le Comité de Libération en mars 1945 :

  1. "Avoir fait partie de l’Association financière pour le Développement de l’Industrie en France et aux Colonies, organisme financier ayant pour objet la réalisation de projets industriels franco-allemands [3],
  2. Avoir avantagé les industriels travaillant à l’exécution des commandes allemandes de fournitures de guerre ou autres, par l’octroi d’avances ou cautions,
  3. Avoir facilité aux Allemands l’acquisition d’intérêts dans les entreprises françaises".

IG Farben offices in Frankfurt

Par ailleurs, les liens personnels des membres des conseils d’administration avec l’occupant ont été pointés, mais au final l’épuration des pontes du milieu bancaire a été, selon Annie Lacroix-Riz, "dérisoire". Outre un financement soutenu des entreprises qui fabriquaient pour l’Allemagne, les banques ont mené des opérations directement avec la Reichskredit Gesellschaft, la Dresdner Bank, ou IG Farben. BNP Paribas a apporté des crédits à 14 compagnies d’assurance allemandes en 1940. Et que ce soit BNP Paribas, Société Générale, Union parisienne ou le Crédit Lyonnais, tous étaient prêts à financer le développement d’IG Farben. Ils ont aussi créé des sociétés mixtes franco-allemandes, pour mieux profiter des flux d’argent. Enfin, ces banques ont largement contribué la revente des entreprises des juifs. Si l’on se demande où sont les limites au business, la réponse par l’histoire montre qu’il n’y en a pas.

Annie Lacroix-Riz cite le chef de l’administration militaire allemande sous l’Occupation, qui avait déclaré : "La collaboration industrielle franco-allemande s’est produite (…) par une interpénétration des capitaux". Et ces petits jeux ne se font qu’avec l’accompagnement des banques d’affaires (ou aujourd’hui des cabinets d’avocats). Du coup, ce ne sont pas seulement les patrons collabos qu’il aurait fallu viser, mais aussi les spéculateurs qui plaçaient leurs billes dans l’industrie nazie. Evidemment, cela n’a jamais eu lieu.

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Si l’épuration dans le milieu bancaire a été très limitée, le secteur a tout de même été largement nationalisé et repris en main après 1944. Un certain nombre de têtes ont chuté (les vieux patrons du Crédit Lyonnais, de la Société Générale, de la BNCI, de Paribas, du Crédit commercial de France notamment), mais les cadres dirigeants sont restés en place, et les n°2 sont devenus les n°1.

Farbizio Calvi, dans une interview au Monde en mai 2014, revient sur le parcours d’un certain George Doriot, l’inventeur du capital-risque (un système de financement des entreprises), émigré aux USA et naturalisé US en 1940: "il était l'agent de liaison de Vichy dans le milieu bancaire américain, et il a blanchi et fait disparaître l'argent des victimes de l'Holocauste via des montages complexes passant par des paradis fiscaux comme la Suisse ou le Panama. La banque qu'il représentait aux Etats-Unis, la banque Worms "aryanisée" a joué un rôle très important dans la collaboration avec les nazis, et nombre de ses cadres ont eu des postes importants dans le gouvernement de Vichy". 

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Parmi lesdits cadres, Pierre Laval le "1er ministre" des débuts de Vichy, qui recevait de l’argent via Doriot et une série de sociétés écrans dans des paradis fiscaux. Doriot était également capable de faire "disparaitre" le "pognon", toujours via les indispensables paradis fiscaux. Les US l’ont récupéré avant ou au début de la guerre, selon la version officielle. 

Mais, on a encore aujourd’hui peu d’éléments sur le comportement des banques françaises, et surtout des banquiers français pendant la guerre, même si la tendance générale, selon Annie Lacroix-Riz, est clairement à la collaboration., avec l'aryanisation et les profits liés à l‘économie de guerre.

Après la guerre, on a nationalisé quelques banques et puis on a considéré qu’en la matière le problème était réglé. Annie Lacroix-Riz souligne tout de même une certaine continuité des pratiques des banquiers pendant et après la guerre, notamment dans leurs liens avec l’industrie et les banques allemandes. D’ailleurs, un certain nombre de dirigeants de banques ont continué leur carrière après la guerre. Aucun d’entre eux n’a admis avoir participé activement aux spoliations, aucun n’a avoué avoir franchement profité de la guerre pour s’enrichir, et cela l’évidence. La banque d’Indochine, qui était très active sous Vichy, en a accueilli quelques-uns.

Comme l’expliquent les auteurs de "Histoire secrète du patronat de 1945 à nos jours", les dirigeants de la banque ont bénéficié d’une grande bienveillance à la Libération. Ils citent par exemple le cas de Paul Baudouin, polytechnicien entré à la Banque d’Indochine avant-guerre, devenu son président sous Vichy après un passage comme ministre sous Pétain et quelques autres activités vichystes, il a été un peu embêté à la Libération ( dégradation nationale et 5 ans de travaux forcés), mais sa peine a été vite commuée en 5 ans d’indignité nationale si bien qu’il a pu réintégrer la banque. Paul de Thomasson, viré de la Banque de Paris et des Pays-Bas pour avoir un peu trop profité de la présence des Nazis, il a été récupéré en 1950 à la Banque d’Indochine comme directeur général adjoint. En 1952 Thomasson a même droit à la légion d‘honneur. En 1950, Paul Baudouin a fait entrer dans la banque son ami René Bousquet, ex chef de la police de Vichy et maître d’œuvre de la rafle du "Vel d‘Hiv", rencontré en prison à la Libération.

 

Le cas de la Banque des Règlements Internationaux (BRI)

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La BRI, une banque "internationale", souvent appelée la "banque centrale des banques centrales", est un exemple frappant de cette collusion entre la finance et des nazis : créée en 1930 comme un corollaire du plan Young [4] destiné soi-disant à répartir les réparations que l’Allemagne était censée payer (ce qui ne fut jamais le cas, pas plus après la première qu’après la deuxième guerre), la BRI, basée en Suisse évidemment, a en réalité été une courroie de transmission essentielle de l’argent vers et depuis le 3 e Reich. Elle a fonctionné comme une chambre de compensation, pour garantir des transferts d’argents importants convertibles en or, système grâce auquel l’or volé par les nazis a pu être blanchi en Francs suisses après la guerre.

Avant la guerre, la BRI a permis de financer le réarmement de l’Allemagne à travers les plans Dawes et Young, puis a stocké l’or volé par les nazis dans ses coffres Suisses, de manière ce qu’ils échappent aux enquêtes internationales et US destinées à mettre la main sur ces milliards. Détail incroyable : les statuts de la BRI précisaient d’emblée que ses avoir ne pouvaient en aucun cas être saisis.

Cette banque a été créée sur l’idée des banquiers anglais et allemands principalement. Après avoir abandonné l’idée de gérer des réparations que personne dans les milieux financiers ne voulait voir l’Allemagne payer, les banquiers de la BRI ont décidé de conserver leur petit club, afin d’établir une plus fort coopération financière entre Etats, bien avant les débats autour de la création de l’Europe. C’est un businessman US, le gérant du plan Young, patron de General Electric et président du conseil d’administration de la City national Bank, Owen D. Young, qui a présidé le comité d’experts ayant lancé le processus de création de la BRI, en 1929.

2019-09-08 13_08_00-Wall Street et l'ascension de Hitler

L’objectif pour les US et les anglais était de faire en sorte que les pays détruits par l’Allemagne renoncent aux réparations de la Première Guerre (ils ont recommencé après la 2e), parce que les financiers et industriels US avaient placé beaucoup de billes dans l’économie allemande et qu’il était pour eux hors de question de menacer leurs profits. De fait, en 1932, les pays détruits par l’Allemagne avaient totalement et officiellement renoncé à tout Deutschmark de compensation. La BRI a ensuite servi de courroie de transmission entre les "investisseurs" US et l’Allemagne, pendant la période de réarmement.

On peut donc considérer que la BRI a été conçue pour favoriser l’économie allemande (et par-là même les intérêts de la grande finance), ce qu’elle n’a jamais cessé de faire. D’ailleurs, ce sont des allemands qui ont très rapidement eu la main sur la BRI.

Selon Mark Uzan, professeur à Berkeley en Californie, dans son article "J.P Morgan, au centre de la finance de l’entre-deux-guerres" dans La Revue d’économie financière, "Les partenaires de la maison Morgan se trouvent en première ligne à la fin de la décennie durant les négociations sur le Plan Young et sur la création de la Banque des Règlements Internationaux. Le Plan Young permit un afflux de monnaie vers l’Allemagne, après que le Comité des experts dirigé par Owen Young ait précisé les conditions de sa résolution. Le plan Young appela aussi à la création d’une banque qui devait distribuer le paiement des réparations, et être un forum pour la coopération entre banques centrales".

A la manœuvre pour créer la BRI, il y avait aussi Hjalmar Schacht, dont les parents avaient émigré aux Etats-Unis avant de retourner en Allemagne vers 1876, qui fut cadre de la Dresdner Bank et fondateur du parti libéral allemand avant de devenir gouverneur de la Reichsbank (la banque centrale allemande) en 1924. Puis il sera un des plus fervents soutiens d’Hitler, et son grand pourvoyeur de fonds dès le début des années 30, avant de devenir son ministre de l’économie en 1934, tout en étant à la BRI. Montagu Norman, patron de la Banque d’Angleterre, a également joué un rôle important dans la création de la BRI.

La BRI, conçue à la base pour aider l’Allemagne à développer son économie, est rapidement devenue l’instrument de la finance : dirigée par les Banques Centrales (qui ne sont que des groupements de banques privées), les mêmes banques centrales en sont aussi actionnaires[5] et disposent de droits de vote à l’Assemblée générale et au conseil d’administration. Voilà un gage d’indépendance, pour les banquiers… Le premier président de la BRI, Gates W. McGarrah, fut un ancien président de la Chase National Bank, qui appartient principalement à la famille Rockefeller, puis de la Réserve Fédérale (la banque centrale US, privée elle aussi). En 1924, il était aussi membre du Conseil Général de la Reichsbank alors dirigée par Schacht, en tant que directeur américain.

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Le directeur de la BRI pendant la guerre était Roger Auboin, nommé en 1938, poste qu’il a occupé pendant 20 ans. Il était aussi membre du conseil général de la Banque de France depuis 1937. Selon l’historien Christopher Simpson, Auboin et Thomas McKittrick, proche des capitalistes allemands, grand ami d'Allen Dulles et président de la BRI dans les années 40, travaillaient directement pour Allen Dulles, alors patron de l’OSS (future CIA) [6]

Aubouin était un fidèle défenseur du capital, appelant en 1939 les ouvriers à "travailler plus", réclamant un "assainissement financier" et une "déflation salariale" (= baisse des salaires, un vieux refrain). Il a tenu le même discours pendant et après la guerre, sans problème. Pour limiter l’inflation tout en préservant le capital, il recommandait en 1949 que l’on comprime les salaires. En effet, cela manque d’originalité, le patronat ayant toujours le même leitmotiv.

Plusieurs anciens hauts cadres de la Reichsbank sous Hitler ont aussi travaillé à la BRI pendant la guerre. A part Schacht, qui est resté à la BRI pendant la guerre, l’Allemagne avait un autre représentant au comité de direction, en la personne de Hermann Schmitz. Qui dirigeait aussi la firme chimique IG Farben, fabricante du Zyklon B. Il y avait aussi Emil Heinrich Meyer, de la Dresdner Bank, ou le baron Kurt Von Schröder de la JH Stein Bank de Cologne, qui a aussi beaucoup contribué au financement du parti Nazi dans les années 30 tout en dirigeant les filiales d’ITT en Allemagne, et il est devenu le financier numéro 1 de la Gestapo[7]. Tous étaient des fans d’Hitler.

En 1940, le président de la BRI était le banquier US Thomas McKittrick, agent de l’OSS proche d’Allen Dulles et fan d’Hitler, qui a permis le dépôt de l’or des Nazis, volé notamment aux Juifs pendant qu’il dirigeait la BRI. Jusqu’au déclenchement de la guerre, McKittrick a aussi permis à la BRI de servir de chambre de compensation pour les achats de l’Allemagne aux Etats-Unis, y compris de l’armement.

Après la guerre, la BRI s’est évidemment occupée de la répartition de l’aide du plan Marshall entre les Etats. 

Aujourd’hui, la BRI est censée réguler l’ensemble des banques centrales et assurer les transactions entre elles, c’est toujours un club privé (le comité de Bâle, créé par la BRI en 1974, un an après que Pompidou ait fait passer la fameuse "loi Rothschild" qui oblige l’Etat à emprunter sur les "Marchés") et ils continuent malgré la crise dont on ne sort pas à parler d’ "autorégulation" au lieu de contrôler les banques et les produits sur lesquels elles spéculent. La BRI regroupe 58 banques centrales et donne toujours son avis sur la politique monétaire mondiale, sur la spéculation, sur la régulation des banques (une chimère). Elle n’est responsable devant personne : ni les Etats, ni bien-sûr aucun citoyen, nulle part [8]. Ses dirigeants ne sont pas élus, et les seuls intérêts qui y sont représentés sont des intérêts financiers privés.

La BRI a servi, et sert encore, à gérer le petit monde des banques centrales soi-disant "indépendantes" des Etats (mais pas des intérêts financiers évidemment), pour des intérêts qui ne sont clairement pas ceux des citoyens comme l’ont parfaitement montré la crise financière devenue économique de 2006 qui n’en finit pas et l’absence totale de régulation des banques depuis ladite crise, grâce principalement au lobbying du comité de Bâle. On parle peu de la BRI mais elle concentre encore des milliards de dépôts des banques centrales : 221 milliards de dépôts en 2013, et plusieurs centaines de tonnes d’or.

 

En Allemagne, des nazis dans les banques

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En Allemagne, on a déjà parlé d’Hjalmar Schacht, le patron depuis 1923 de la Reichsbank, qui fut si proche d’Hitler. S’il a quand-même été jugé à Nuremberg, il a été acquitté en grande partie grâce à l’intervention des US. L’Allemagne l’a ensuite poursuivi et condamné à 8 ans de travaux forcés 1947, peine qui a été annulée dès 1948. Ensuite, Schacht a fondé sa propre banque et est devenu conseiller financier de pays du Maghreb.

En 1948 la Reichsbank a été transformée en Bank Deutscher Länder (BdL, la banque des Etats allemands), et le Deutschmark a remplacé le Reichsmark. La BdL était calquée sur le modèle de la banque centrale US et était rattachée au gouvernement militaire [9]. A partir de ce moment, l’Allemagne a connu une croissance impressionnante, et le stock de capital était supérieur en 1948 à celui de 1936. Le premier président de la BdL fut Wihelm Vocke, adepte de Hjalmer Schacht (il est même venu le défendre à Nuremberg même s’il n’a pas dirigé la Reichsbank pendant la guerre), et il a encore été nommé comme premier président de la Deutsche Bundesbank.

En 1949, un certain John McCloy, qui avait dirigé plusieurs banques appartenant au clan Rockefeller, comme la First National City Bank, la Chase Manhattan, ou encore la Fondation Rockefeller avant de passer par la Banque Mondiale, est devenu Gouverneur militaire et Haut-Commissaire en Allemagne, afin de diriger la lutte anti-communiste, mais aussi de réintégrer les nazis dans les structures gouvernementales, institutionnelles et militaires.

Des banquiers importants en Allemagne, comme Hermann Abs, patron de la Deutsche Bank, ou Robert Pferdmenges, banquier et député de la CDU (le parti démocrate-chrétien), ont pu régner sur la finance allemande d’après-guerre alors qu’ils ont été fermement nazis avant et pendant la guerre. Pferdmenges était même un ami intime, et donc conseiller, d’Adenauer [10].

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Le successeur de Vocke à la présidence de la Deutsche Bundesbank, Karl Blessing [11], avait activement travaillé pour le financement de l’effort de guerre nazi. Entré en 1920 à la Reichsbank où il est vite devenu l’assistant de Hjalmar Schacht (ce qui lui a permis de participer à des conférences internationales, comme celle de Young à Paris, ou celle qui a vu la création de la BRI à Bâle), Karl Blessing fut conseiller général du ministère de l’Economie de 1934 à 1937, année où il rejoint le NSDAP, le parti nazi. Il a supervisé les dons au parti, et est alors devenu membre de la direction de la Reichsbank.

Blessing, qui a toujours été un orthodoxe de la "stabilité monétaires" (c’est-à-dire contenir l’inflation en comprimant les salaires et en appliquant l’austérité budgétaire pour les pauvres), était aussi administrateur de deux sociétés chimico-pétrolières : l’une est devenue Unilever, et l’autre, Kontinental Oil AG, extrayait du pétrole dans les pays occupés par le Reich, pour l’armée allemande. Selon le Handelsblatt, "Après la guerre, le banquier central s’est présenté comme un membre de la résistance Nazie" (car oui en Allemagne, comme chez nous les Vichystes, les pires collabos osent ensuite se dire résistants), ce qui lui a permis d’éviter d’avoir des comptes à rendre et d‘éviter la purge de l’après-guerre. Grand donateur du NDSAP, il avait pourtant obtenu divers honneurs et décorations de celui-ci. On notera au passage que son petit-fils, Martin Blessing, banquier également, a été le PDG de la Commerzbank et dirige aujourd’hui UBS Suisse. On sait bien que c’est dans les vieux moules qu’on fait les meilleurs gâteaux.

Il y en a d’autres qui ont été tellement nazis qu’ils ont été vaguement condamnés à Nuremberg, comme Hermann Schhmitz, président du conseil d’administration d’IG Farben, qui a pris 4 ans. Après la guerre, il a continué à être administrateur d’entreprises et membre du conseil de surveillance d’une banque de Berlin et de la Deutsche Bank.

Si on a conservé le même casting, à peu de choses près, après la guerre, c’est probablement parce que les intérêts à défendre étaient les mêmes, et que la méthode pour le faire ne devait pas avoir beaucoup changé.

 

L’industrie

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Le 10 août 1944 à Strasbourg, des patrons de l’industrie allemande ont pris l’initiative de se rencontrer avec leurs partenaires de business US. Il s’agissait de préparer la transition, après avoir mené leurs affaires sans discontinuer depuis l’avant-guerre, et alors qu’une grande partie de la population aspirait à une société plus "démocratique". C’est Jacques Pauwels qui rapporte cette histoire dans "Big business avec Hitler" : "L’intention était que la sympathie et le propre intérêt des Américains les conduisent à passer l’éponge sur les péchés nazis des grandes entreprises et banques allemandes". John McCloy, le représentant US en Allemagne nommé en 1949, a contribué à faire sortir de prison plusieurs industriels et banquiers, où ils se trouvaient pour leurs crimes commis pendant la guerre, comme Hjalmar Schacht, Alfred Krupp, ou des dirigeants d’IG Farben.

En France, "Dès le mois d’avril 1945, les syndicats ouvriers se plaignent que les comités professionnels d’épuration, mis en place en octobre 1944, fonctionnent avec une lenteur désespérante’. Ils en démissionnent d’ailleurs en juillet 1947. Ils constatent, par exemple, qu’un seul grand patron de la sidérurgie française a dû renoncer à ses fonctions : Marcel Paul, dit Paul-Cavallier, le président de Pont-à-Mousson, anticommuniste et fasciné par le modèle fasciste", écrit Jean Garrigues dans "Les patrons et la politique : 150 ans de liaisons dangereuses".

Des branches entières, comme la sidérurgie ou le BTP, qui ont beaucoup contribué à l’effort de guerre de l’occupant, sont quasiment passée à travers l’épuration. Un seul, Marcel Paul-Cavallier, PDG des Hauts-Fourneaux et fonderies de Pont-à-Mousson, a été écarté définitivement pour son fort engagement dans la collaboration, mais il est mort en 1946 ce qui a l’empêché de participer aux amnisties qui ont suivi.

Idem pour la construction mécanique, l’industrie électrique, la métallurgie : "Les dirigeants des grands groupes de la construction électrique comme Thomson-Houston, la Compagnie générale d’électricité ou Alsthom ne sont pas non plus touchés. Dans l’industrie des métaux ferreux et non ferreux, rien ne change chez Alais Froges et Camargue (AFC-Pechiney) pourtant très impliqué dans les contrats de livraison de bauxite et d’aluminium à l’Allemagne: le vice-PDG d’AFC Raoul de Vitry se serait ainsi dans les derniers mois de l’Occupation suffisamment engagé en faveur de la Résistance pour ne pas être véritablement inquiété", résume Hervé Joly dans l’article "Mobilités patronales dans l’après-guerre et impact de l’épuration". La chimie est un peu plus touchée au niveau des dirigeants, mais pas des actionnaires évidemment.

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Dans le Maine-et-Loire, par exemple, une étude a montré que "53,4 % des établissements de plus de 100 salariés de l’industrie ou du bâtiment travaux publics (BTP) (soit 31 établissements sur 58) et 73,7 % de ceux comptant un effectif supérieur à 200 (soit 14 établissements sur 19) ont dû justifier leur attitude sous Vichy". Beaucoup de patrons ont été inquiétés pour les profits réalisés grâce aux Allemands, mais il est évident que beaucoup sont passés entre les gouttes, et que ceux qui ont été sanctionnés ont eu des peines à la lourdeur très limitée [12].

Dans le Nord, où les houllières ont accéléré les cadences au maximum pour répondre aux demandes de l’occupant, la Commission Interprofessionnelle d’épuration des entreprises a fait un bilan de son action fin mai 1945 : "elle avait examiné 800 dossiers sur les 1000 qui lui avaient été présentés, pris 600 décisions, 42 sanctions : 18 suspensions, 11 déplacements, 11 rétrogradations, 2 licenciements"[13].

Seuls les secteurs nationalisés ont senti de réels changements de personnels dirigeants, mais pour des raisons politiques en général.

L’épuration dans le domaine économique a donc été minimaliste, particulièrement en France. En 2007, un article scientifique d’Hervé Joly intitulé « Un grand patronat français peu renouvelé à la Libération » revient sur cette question.

2019-09-08 13_55_18-Georges Villiers, Président du Conseil Narional du Patronat CNPF,

En 1946 le CNPF, le Conseil National du patronat Français, est créé (c’est le Medef aujourd’hui). Si on met à sa tête un petit patron à qui on a pu mettre l’étiquette de "résistant" bien qu’il ait été nommé maire de Lyon par Pétain, autour de lui plusieurs collaborateurs et membres de l’extrême droite dirigeaient le syndicat patronal.

Comme Pierre de La Lande de Calan, ex directeur de cabinet du ministre de la production industrielle de Vichy qui est vice-président du CNPF, Pierre Ricard ou André Boutemy [14]. Le rôle de cet ancien patron des RG sous Vichy auprès de son ami Georges Villiers était la lutte contre les communistes et le financement des candidats politiques qui convenaient aux patrons. Le tout, sous couverture d’un « Centre d’études administratives et économiques » installé dans les locaux du CNPF rue de Penthièvre, créé dès 1945 afin de "centraliser le financement patronal, dispersé à la Libération en plusieurs structures concurrentes[15].

Autour de lui, Boutemy, le "porteur de valises du patronat", recrute d’autres vichystes comme les préfets Henry Cado qui était très proche de Bousquet et a dirigé la Sûreté sous Vichy, et André-Paul Sadon, qui distribuaient l’argent à tous les politiques non communistes [16]. Selon l’historienne Georgette Elgey, dont les travaux sont cités par Jean Garrigues, "l’équipe Boutemy aurait dépensé entre cinq et six milliards de francs de 1946 à 1952, dont un milliard pour la seule élection de 1951, à l’issue de laquelle on fait circuler à l’Assemblée une liste de 160 députés « chéquards ». « Il est exact que j’ai distribué beaucoup d’argent. Je ne me souviens plus de qui je le tenais, mais je me souviens fort bien à qui je l’ai donné », dira-t-il en février 1953, en guise de menace pour ceux qui lui voudraient du mal".

Les différents groupuscules ou partis politiques (tous anti communistes) faisaient parfois carrément leurs demandes écrites de financement auprès du CNPF et de Boutemy. Cela, au nom de la lutte contre les communistes, bien-sûr.

Citons rapidement quelques cas assez emblématiques bien que trop peu connus de dirigeants d’industries qui ont activement soutenu Hitler, puis collaboré durant la guerre, avant de se revenir très rapidement dans le business.

  • la cagoule procèsFrançois Lehideux : ce membre de la synarchie, membre de la Cagoule (qui a entre autres tenté un coup d’Etat en 1937), dirigeant de la banque Worms, neveu de Louis Renault grand fan d’Hitler, a sous Vichy été secrétaire d’Etat à la production industrielle, et a été selon les sources d’Annie Lacroix-Riz activement protégé par les US, qui ont tout fait pour lui éviter des sanctions à la Libération. Elle explique notamment que Lehideux "fut investi officieusement par les Américains dès l’été 1944 des fonctions de conseiller économique pour la reconstruction française. Il ne put échapper à un séjour à Fresnes, que les incessantes pressions américaines réduisirent cependant à seize mois, après quoi il poursuivit à partir de 1950 sa brillante carrière dans l’industrie automobile : à la tête de la filiale française de la firme américaine Ford, il fit triompher les méthodes de guerre de classe qui avaient assuré sa promotion politique avant-guerre".

  • Eugène Schueller, le patron de l’Oréal, a quant à lui financé et dirigé la Cagoule, interdite en 1937 après quelques attentats. En 1941, avec Deloncle, il met en place une Légion des Volontaires Français (LVF, sous-traitante des Waffen-SS), pour aider Hitler sur le Front de l’Est. Il a bien-sûr continué ses activités après-guerre, et employé parmi les dirigeants d’ancien Collabos comme Jacques Corrèze, condamné à 10 ans de travaux forcés en 1948, recruté chez l’Oréal en 1950, puis amnistié en 1959 et même réhabilité en 1966 [17]. Grâce à divers témoignages (notamment de la part de Mitterrand ou de son futur gendre André Bettancourt) et parce qu’il avait penché du côté de Gaulle après la défaite des Nazis, Schueller a échappé à toute condamnation à la Libération et a même reçu la croix de Guerre ainsi que la Légion d‘Honneur ! Il faut dire que dès 1945, Schueller a embauché Mitterrand à l’Oréal (comme moult anciens cagoulards comme Filliol, Jacques Corrèze, Jean Leguay…) et comme PDG des éditions du Rond-Point qui dépendaient de l’Oréal (et directeur du magazine Votre beauté).
  • Henry Vuitton : le frère aîné du patron de la maison Vuitton a bénéficié de faveurs du gouvernement de Vichy, en même temps que les affaires de la maison Vuitton dirigée par Gaston florissaient. En 1942 il a reçu la francisque, la plus haute décoration du régime, et prête serment de fidélité au Maréchal. Il est également très ami avec des officiers vichystes et de la gestapo. C’est grâce à lui que l’entreprise familiale a pu fournir Vichy en "goodies" et autres objets de propagande fasciste comme, par exemple, les 2500 bustes de Pétain. L’entreprise a même été la seule à rester à l’hôtel du parc à Vichy, qui était l’Elysée de Pétain. Henry s’est fait discret après la libération, et Vuitton a, comme on le sait, continué le business. L’affaire est peu connue, et pour cause : en 2011 le magazine Géo Histoire a bloqué un article sur le sujet, probablement par peur de perdre des recettes publicitaires.
  • 2019-09-08 14_11_34-Les frères Lumière ont-ils collaboré pendant l'Occupation _ - OperaAuguste et Louis Lumière : on connaît les frères Auguste et Louis Lumière, qui ont "inventé" le cinéma à Lyon. Deux icônes locales, encore aujourd’hui, dont les portraits ornent des murs entiers de la ville. En 1941, pourtant, Auguste, proche du Parti populaire Français de Doriot, siégeait au conseil municipal de Lyon, mis en place par le régime de Vichy. Louis lumière s’est engagé en faveur de Mussolini dans les années 30. En novembre 1940, Louis écrit dans un canard vichyste local : "Ce serait une grande faute de refuser le régime de collaboration dont le maréchal Pétain a parlé dans ses admirables messages. Auguste Lumière, mon frère, dans des pages où il exalte le prestige incomparable, le courage indompté, l'ardeur juvénile du Maréchal Pétain et son sens des réalités qui doivent sauver la patrie, a écrit : "Pour que l'ère tant désirée de concorde européenne survienne, il faut évidemment, que les conditions imposées par le vainqueur ne laissent pas un ferment d'hostilité irréductible contre lui. Mais nul ne saurait mieux atteindre ce but que notre admirable Chef d'État, aidé par Pierre Laval qui nous a donné déjà tant de preuves de sa clairvoyance, de son habileté et de son dévouement aux vrais intérêts du pays." Je partage cette manière de voir. Je fais entièrement mienne cette déclaration". L’entreprise a perduré après la guerre, sans aucune difficulté.

  • Marius Berliet : encore très connue à Lyon, la famille Berliet a commencé dans le textile, puis a continué dans l’automobile. Les usines ont été placées sous séquestre à la Libération, Marius Berliet et ses deux fils, Paul et Jean, ont été arrêtés et "frappés d’indignité nationale à vie", avant que le jugement ne soit cassé par le Conseil d’Etat. Au procès, il a été reproché à Berliet d’avoir livré jusqu’à 899 camions aux Allemands en 1943, d’avoir envoyé des équipes d’ouvriers en Allemagne, d’avoir été très proche de Jacques Doriot le leader du parti populaire Français (ultra collaborationniste) dont il avait employé certains membres, et d’avoir livré un de ses ouvriers à la Gestapo (ce qui a été confirmé) [18]. La famille a récupéré l’entreprise en 1939, puis l’a revendue dans les années 70. On notera qu’une fille de Paul Berliet s’est mariée avec un fils de la famille Mérieux (Sanofi, Biomérieux…), et pour l’anecdote leur enfant Christophe a été enlevé en décembre 1975, à l’âge de 9 ans, par des membres du gang des lyonnais, qui le rendent contre 20 millions de F [19], dont une grande partie se sont évaporés.
  • fritz-schlumpf-ef66af60-8719-4cf8-9f51-49bf3140543-resize-750Fritz Schlumpf : dans les années 30, lui et son frère étaient parmi les plus puissants financiers français. Et ils aimaient beaucoup les idées d’Hitler. Dans son usine textile près de Mulhouse, Schlumpf "exécutait avec zèle le salut nazi dans son entreprise et crut de bonne politique de télégraphier ses félicitations à Hitler après l'attentat manqué de juillet 1944", rapporte L’Express en novembre 1995. Il n’a jamais été inquiété après la guerre. En plus de leur empire dans le textile, lui et son frère ont mis des billes dans le vin et dans l’immobilier. Quand vint la crise du textile, les Schlumpf ont été séquestrés 3 jours dans leur villa à l’occasion d’un conflit social. Lors de la faillite d’une de ses usines, les syndicats avaient demandé la revente de sa collection de voitures anciennes.

  • Gaston Gallimard : si un certain nombre d’éditeurs français franchement collabos, prompts à "aryaniser" leurs catalogues et à profiter de la spoliation des maisons d’éditions appartenant à des juifs (Calmann-Lévy, Offenstadt…), ont eu quelques ennuis à la Libération, Gaston Gallimard s’en est tiré à bon compte. Pendant la guerre le nazi Drieu La Rochelle a dirigé les éditions NRF (créées par Gallimard)[20] et poursuivi grâce au soutien d’Otto Abetz, ambassadeur allemand en France, la publication de La Nouvelle Revue Française. Gaston Gallimard dînait aussi avec des officiers allemands. Il a eu la chance d’être soutenu par des écrivains proches de la résistance et / ou de la gauche, ce qui lui permet d’éviter de rendre des comptes et de racheter d’autres maisons d’éditions.

Au-delà des patrons collaborationnistes, de nombreuses entreprises qui ont largement contribué à l’effort de guerre Allemand et se ont enrichies pendant la guerre (et leurs actionnaires avec), parfois grâce au travail des prisonniers dans les camps, existent toujours et sont même devenues des multinationales importantes. En Allemagne on peut citer la Deutsche Bank bien-sûr, mais aussi IG Farben qui a continué ses activités jusqu’en 2003 malgré un démembrement en quatre entités que sont BASF, Bayer (récemment fusionné avec Monsanto, et qui achetait des "lots" de femmes prisonnières à Auschwitz), Hoechst et Agfa. Il y a aussi Mercedes, Audi, Volkswagen, Adidas, Hugo Boss, Bosch…

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Récemment, c’est le multimilliardaire patron d’Ikea, qui a été épinglé pour son passé nazi. Apparemment, on ne savait pas encore tout, 70 ans après la guerre.

Mais on peut s’interroger : ces gens ont-ils pu renier leurs valeurs fascistes et/ou nazies d’un coup après la guerre ?

Ou est-ce que vieux délire, cette antienne du "arbeit macht frei", "le travail rend libre", est toujours d’actualité ?

Les nazis n’ont plus d’uniformes, ils ont des costumes de banquiers, de politiciens ultralibéraux. Comme sarkoléon pour qui "Le travail c'est la liberté" [21], ou le micron qui veut nous "libérer par le travail", ils sont prêts à réduire les peuples en esclavage pour une place en haut de la hiérarchie.



[1] Son arrivée a été mentionnée en grande pompe dans la presse locale, en tant que « représentant personnel du président Roosevelt ». Il venait en fait sous l’étiquette de l’OSS, devenue ensuite la CIA. Les Nazis avaient placé des agents parmi son personnel de maison, et ses conversations téléphoniques étaient interceptées par els services Suisses.

[2] Un rapport du Congrès Juif mondial a annoncé en 1997 que 85% de l’or des nazis, dont une partie provenait des spoliations des biens des Juifs, avaient été blanchis en Suisse avant de transiter vers d’autres pays. En gros, les banques suisses ont fonctionné comme un paradis fiscal dédié aux Nazis. Les chiffres annoncés semblent cependant assez bas : "Sur les 8,5 milliards de dollars en or, au cours actuel, pillé aux banques centrales des pays occupés et aux juifs d'Europe, 5,2 milliards auraient été «lavés» en Suisse", rapportait Libération le 8 octobre 1997.

[3] On revient d’ailleurs là sur ce très vieux débat de la séparation des banques d’affaires, qui peuvent investir dans la bourse, spéculer etc., et des banques de dépôt qui reçoivent l’épargne et sont censées prêter aux particuliers et aux entreprises. La bonne gestion nécessite une séparation des deux, d’ailleurs la crise de 2006 l’a encore montré. Mais les milieux financiers veulent profiter de l’argent sûr et frais des épargnants pour spéculer (et perdre, mais comme ils sont alors « too big to fail », trop gros pour tomber, eh bien ces établissements sont renfloués avec l’argent des contribuables. Bref, en 1945, la loi de nationalisation a séparé les banques de dépôt et d’affaires.

[4] Le plan Young était un prêt américain aux pays européens touchés par la crise. La BRI a été créée, nous a-t-on dit, pour gérer la distribution des fonds aux pays qui remplissaient bien les critères imposés par Washington. Et pour distribuer les réparations Allemandes, mais l’Allemagne n’a jamais payé.

[5] A l’origine cependant, la Réserve fédérale US n’a pas été actionnaire, mais 3 banques US l’étaient, avec 16.000 actions chacune : JP Morgan, First National Bank of New York et First National Bank of Chicago. A l’origine il y avait aussi les banques centrales anglaise, belge, française, italienne et allemande. Le capital était de 500 millions de France Suisses, répartis en 200.000 actions.

[6] Selon Christopher Simpson dans son livre « The Splendid Blond Beast: Money, Law, and Genocide in the Twentieth Century », McKittrick était référencé dans les carnets de Dulles à l’oSS sous le numéro 644 et donnait régulièrement des informations ainsi que divers services pour la station de l’OSS à Berne, où était justement nommé Allen Dulles comme chef de station. Roger Auboin, lui, possédait le numéro 651 avec le nom de code « General Manager B ».

[7] Marié à une fille de banquier, Von Schröder est passé de l’armée, qu’il a quittée après la 1ère guerre, aux affaires. Il est vite devenu membre de plusieurs conseils d’administration et dirigeant de la banque JH Stein de Cologne, une de ces banques régionales puissantes en Allemagne, qui finançait l’industrie de la Ruhr. Très proche d’Himmler, membre du parti nazi et de la Gestapo, Von Schröder s’est est tiré au procès de Nuremberg avec une peine dérisoire, qu’il a réussi à minimiser quelques années plus tard.

[8] Dans les statuts de la BRI, il est par exemple précisé que "Les biens et avoirs de la Banque, où qu’ils se trouvent et quels qu’en soient les détenteurs, bénéficient de l’immunité d’exécution (notamment à l’égard de toute mesure de saisie, séquestre, blocage ou d’autres mesures d’exécution forcée ou de sûreté) (…) ;

3) Les dépôts confiés à la Banque, toute créance sur la Banque, ainsi que les actions émises par la Banque, où qu’ils se trouvent et quels qu’en soient les détenteurs, ne pourront faire l’objet, sauf accord exprès préalable de la Banque, d’aucune mesure d’exécution (notamment de saisie, séquestre, blocage ou autres mesures d’exécution forcée ou de sûreté)".

[9] La Deutsche Bundesbank n’a été créée qu’en 1957.

[10] Annie Lacroix-Riz, "Aux origines du carcan européen".

[11] Blessing a occupé le poste de 1958 à 1969.

[12] Selon Marc Bergère dans l’article "Introduction pour une épuration économique à géométrie variable", toujours dans le Maine-et-Loire, "Toutes procédures confondues, on constate que 94 chefs ou dirigeants d’entreprises (de taille très modeste le plus souvent, il est vrai) ont été inquiétés et/ou sanctionnés par une instance d’épuration, soit 4,7 % du patronat local. C’est à la fois peu, – notamment au regard d’un niveau de sanction modéré – pour crier à l’épuration de classe, et trop, pour affirmer qu’ils ont échappé à l’épuration, en particulier au regard de l’impact comparé de l’épuration sur les autres corps sociaux".

[13] Cf. Article de Daniel Laurent, "Sur l'épuration dans le Nord et le Pas-de-Calais" paru en 1975 dans la Revue du Nord.

[14] Nommé sous-préfet de Thonon-les-Bains en octobre 1940, il est devenu directeur des Renseignements Généraux de Vichy en 1941. Il a ensuite été préfet de la Loire en 1943 puis préfet régional de Lyon en 1944. Il a fait un petit tour à Fresnes à la Libération, et malgré quelques ennuis il est blanchi en 1950, et rejoint le CNPF. La consécration survient en 1953 quand il est nommé ministre de la santé publique, jusqu’à ce que les communistes de l’alignent pour ses actes anti résistance pendant la guerre.

[15] Cf. « André Boutemy, une éminence grise de la IVe République » de Jean Garrigues.

[16] Jean Garrigues cite par exemple "ce « plan d’action politique » élaboré par les « Jeunesses radicales, les radicaux socialistes anti-marxistes, les socialistes paul-fauristes, des éléments de l’Alliance démocratique, et des représentants de la cgt », afin d’instaurer un « régime républicain (libéral) » et de « lutter contre le communisme », et présentant à Boutemy un devis détaillé : « 3 millions pour l’organisation du référendum (de mai 1946) et 100 000 francs pour les élections (de juin 1946), 250 000 francs pour les tournées de propagande, etc."

[17] Corrèze, qui a été l’un des dirigeants de la Cagoule qu’il a rejointe en 1936 à 24 ans, a contribué à des spoliations des biens des Juifs pendant la guerre, est mort en 1991, juste après l’ouverture d’une enquête par les Etats-Unis, où il vivait et travaillait pour l’Oréal, sur ses activités pro- Nazies durant la guerre, une semaine après son départ des Etats-Unis et sa démission d’une filiale de l’Oréal.

[18] "Histoire secrète du patronat français", p. 39.

[19] Lors du procès en 1981, l’un des responsables du rapt, Louis Guillaud a déclaré que selon lui, une partie de l’argent devait financer le parti de droite au pouvoir jusqu’en mai 1981.

[20] Ce qui a permis d’éviter à Gallimard d’être gérée par un administrateur allemand.

[21] Discours d’investiture à la tête de l’UMP en janvier 2007.

 

 

Magouilles et corruption des élites - Partie 1 : La 2e Guerre Mondiale, œuvre du fascisme financier - donde vamos

Les citoyens relèvent la tête, il est temps de contribuer à diffuser des outils de lecture du monde actuel. Car, si nos dirigeants nous enfoncent dans la mondialisation et l'ultra libéralisme économique et financier, ce n'est pas par pragmatisme (on l'a bien compris au vu des résultats économiques et sociaux désastreux de ces politiques), mais par idéologie.

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Magouilles et corruption des élites - Partie 2: Le sabotage de la dénazification - donde vamos

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Magouilles et corruption des élites - Partie 3 : Recyclage des Nazis et Collabos dans les nouvelles structures (1) - donde vamos

Après avoir vu comment les Nazis ont été aidés par la finance et l'industrie des pays de l'Ouest, et comment on a soigneusement évité de réprimer les Nazis et collabos après la guerre, nous allons voir comment ces Nazis et Collabos ont été recyclés dans les nouvelles structures de l'Etat d'après-guerre.

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