Note de lecture - Les prédateurs : Enquête sur un rapt de 80 000 enfants, de Jacques Thomet
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Chacun connaît aujourd'hui le désastre de la "protection de l'enfance", le sous-investissement, les besoins croissants auxquels l'Etat ne répond plus. Ce qui est moins connu, c'est qu'en même temps les placements abusifs, ceux d'enfants qui ne sont pas en danger, représentent de la moitié des 150 000 mesures de placements annuelles, en foyer ou famille d'accueil. Le journaliste Jacques Thomet consacre un ouvrage à cette "véritable rafle légale d'enfants" : Les prédateurs : Enquête sur un rapt de 80 000 enfants. L'interview réalisée le 1er mai 2026 est disponible.
Jacques Thomet travaille depuis des années sur le sujet de la pédocriminalité, et a accompagné plusieurs mères qui cherchent à protéger leur enfant victime d'inceste dans leur combat judiciaire.
Il a observé ce schéma que j'ai aussi dénoncé ici :
- Le parent (en général la maman) constate que son enfant a été violé par son géniteur.
- Elle porte plainte.
- Le pédo nie, la plainte est classée sans suite.
- La maman étant considérée comme une menteuse manipulatrice toxique, l'aide sociale à l'enfance intervient, l'enfant est placé en foyer ou directement chez le pédo.
Jacques Thomet, moi, tous ceux qui suivent ces dossiers observent ce même schéma qui se répète sans fin, d'autant que le nombre de condamnations pour viol sur mineur chaque année est dérisoire, sans rapport avec les plaintes [1]. Ce n'est pas du délire, c'est la réalité de nos tribunaux.
Là, un nouveau combat démarre : récupérer des droits de visite, et même la garde de son enfant. Ce combat durera des années, coûtera des dizaines de milliers d'euros, et sera vain dans la plupart des cas. C'est ce qui m'a amenée à dénoncer une industrie du placement, car tout cela est aussi une question d'argent.
La situation est telle que "Cinq années d’investigations sur les dossiers judiciaires de ces mères "désenfantées" me conduiraient presque à dire aux prochaines victimes : ne portez pas plainte, vous ignorez le piège qui va se refermer sur vous ! Mais ce serait ouvrir la voie à une pédocriminalité débridée contre votre petit et au profit des prédateurs", écrit Jacques Thomet.
1 enfant placé sur 2 est victime du système
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L'auteur rappelle les estimations : un placement sur deux est abusif, soit 60 à 80 000 mesures de placement par an. Mais derrière ces chiffres, il y a des vies brisées : celle de l'enfant, victime non reconnue, forcée au silence et souvent envoyée vivre chez son agresseur, celle de la maman qui est impuissante à protéger son enfant, celle des frères et sœurs, des grands-parents. C'est comme si la vie était soudain en suspens, conditionnée au bon vouloir d'une institution qui protège si bien les agresseurs et si mal leurs victimes.
Jacques Thomet raconte ce qu'il est arrivé à plusieurs de ces mamans et à leurs enfants, comme Abélard, embarqué par l''Aide Sociale à l'Enfance" (ASE) à 3 ans en clase de maternelle pour être placé d'abord en foyer puis chez son père. Pourtant, les médecins avaient constaté une "fissure anale" au retour d'une visite chez son père, la maman a porté plainte, l'enfant montrait clairement des signes de traumatisme, mais tout cela, pour ma justice française, ne vaut rien face aux dénégations d'un prédateur. C'est la maman qui sera accusée et harcelée, et plus elle se démènera moins elle verra son fils.
Ce système comprend des enquêtes minimalistes, sans prises de sang, IRM, examen approfondi, et encore sans expertise d'un spécialiste de la victimologie des enfants, sans perquisitions chez les mis en cause, des expertises totalement à charge contre le parent protecteur, qui prennent pour argent comptant les mensonges du prédateur, des avocats défaillants, des médecins timorés, des accusations d'"aliénation parentale", des auditions des mineurs réalisées hors du cadre défini, etc. Les parents protecteurs sont poursuivis et condamnés pour non représentation d'enfant ou même enlèvement au bout de quelques jours, et beaucoup de mamans font de la prison ferme pour cette raison.
Il s'agit de mamans embarquées dans des procédures sans fin et ruineuses, forcées par la justice à laisser de côté les violences sexuelles, qui cumulent harcèlement des services sociaux, de l'administration, de la justice, de la police, qui finissent souvent par perdre l'autorité parentale et sont parfois forcées de quitter le pays. Ce scénario délirant est pourtant la réalité de milliers de parents protecteurs chaque année.
Les enfants, eux, sont en détresse. Ils retiennent qu'il faut se taire, que personne ne les aidera. Certains ne voient plus d'autre porte de sortie que de mettre fin à leurs jours, comme Audrey dont le parcours judiciaire est relaté dans le livre : la justice a été maltraitante en classant sans suite les plaintes de sa mère il y a des années, elle l'était encore quand, une fois adulte, elle a refusé d'instruire sa plainte.
Toutes les victimes subissent des conséquences sur le long terme. Le coût individuel et le coût social de l'inceste et des violences sexuelles contre les mineurs sont énormes, et Jacques Thomet parle de "pédocide" pour désigner cette destruction des enfants victimes, d'une ampleur grandissante de génération en génération en raison de l'impunité quasi totale dont bénéficient les prédateurs.
Le rejet systématique des preuves, des signalements, les procédures fondées sur des faux et des mensonges, leur permettent de harceler leurs victimes jusqu'au bout. Parfois, heureusement, des juges prennent des décisions cohérentes allant dans le sens de la protection des enfants, mais cela reste marginal dans ces dossiers.
La mafia judiciaire contre les droits des enfants
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Jacques Thomet explique à quel point la "justice" ignore la loi dès qu'il s'agit de protéger les enfants victimes. La france signe des textes intéressants, comme la convention sur la protection des droits de l'enfant, mais fait exactement l'inverse de ce qu'ils préconisent. Et cela a été dit, redit et re-redit depuis 25 ans et le rapport de l'ONU de Juan Miguel Petit en 2003.
Le livre brosse le portrait d'une france où la pédocriminalité, dont l'inceste qui représente la très grande majorité des cas, n'est pas une priorité, et ne semble souvent même pas être un problème pour nos institutions. Y compris la police, quand les agents protègent un collègue qui viole des enfants aux Philippines et s'en prennent au lanceur d'alerte qui a permis de l'arrêter, dans les hôpitaux ou dans l'éducation nationale, dans les rangs de laquelle des prédateurs sexuels sont arrêtés régulièrement, comme le rappelle Jacques Thomet. Et tout cela n'est que l'arbre qui cache la forêt.
Une fois entre les mains de l'ASE, les enfants se retrouvent au milieu d'enfants fracassés, souvent livrés à eux-mêmes. Beaucoup de filles finissent dans la prostitution parce que les maquereaux tournent autour des foyers à la recherche de gamines sans repères ou abîmées. De cela aussi, l'auteur parle en évoquant divers exemples récents.
Tout cela est un système, et l'Etat français est clairement complice, sinon l'organisateur, de ce chaos. Le livre aborde la neutralisation de la CIIVISE (après celle du conseil de protection de l'enfance) par macron, le refus durant des années d'interdire l'utilisation du 'Syndrome d'Aliénation Parental" qui n'a aucun fondement scientifique et a été inventé par un pédocriminel ou le recours au "conflit parental" pour nier les violences sexuelles et la parole des enfants, la correctionnalisation des viols désormais jugés dans des mini cours "départementales" sans jury, pour aller plus vite (cela montre bien que pour les politiques qui ont inventé ces cours au rabais, il s'agit de mini crimes), la négation systématique de l'état de nécessité dans lequel se trouvent les mamans obligées de refuser de remettre leurs enfants aux agresseurs malgré les décisions de "justice", le sous-financement de l'aide aux victimes, etc.
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Des affaires plus sombres comme l'affaire Olivier Duhamel, l'affaire Jean-Michel Baylet , Bétharram, montrent aussi que la pédocriminalité concerne bien toutes les couches sociales. Et puis, il y a la franc-maçonnerie et ses dérivés, qui sont des pièces du puzzle à prendre en compte. "Son courant dévie de la voie normale vers les chemins de traverse avec l’érection d’obstacles sur sa route : les pressions, l'intrigue, le favoritisme, la disparition de pièces ou les mensonges", dit au sujet de la franc-maçonnerie Jacques Thomet, qui montre comment elle apparaît en filigrane, et parfois même très clairement, dans certaines procédures, dans l'ampleur du harcèlement du parent protecteur et le sentiment d'impunité totale du prédateur.
Le processus implacable par lequel la justice récupère les enfants pour en faire ce qu'elle veut, en particulier quand il s'agit de les éloigner de parents protecteurs, est expliqué dans le livre depuis le "barrage police - gendarmerie" quand il s'agit de porter plainte, jusqu'à la surdité face aux alertes répétées de l'ONU en passant par les experts et le cas Paul Bensussan, les classements sans suite et les enquêtes de l'ASE. Ces différents barrages sont mis en perspective avec des cas concrets de dérives pédocriminelles dans les différents services qui interviennent tout au long des procédures.
Ce livre est aussi un guide des pièges auxquels doivent faire face les parents qui tentent de protéger leurs enfants malgré la "justice", à toutes les étapes de la procédure. C'est aussi un témoignage sur la dérive des institutions, mutées en une sorte de machine autoritaire, sourde et aveugle.
Le livre est disponible sur le site Contre Propagande.
Interview de Jacques Thomet pour son livre Les Prédateurs. Enquête sur un rapt de 80 000 enfants
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[1] En 2023 selon la CIIVISE, 72% des plaintes pour viol sur mineur étaient classées sans suite et 79% des plaintes pour agression sexuelle sur mineur. C'est ainsi qu'on a eu à peine 664 condamnations pour viol sur mineur en 2023 et moins de 3000 pour les agressions sexuelles sur mineur (chiffres du ministère de la justice).