Réseaux pédocriminels sectaires en Israël : le point après une commission de la Knesset et un documentaire
Une enquête sur les violences sexuelles contre les filles dans la vaste colonie israélienne en Cisjordanie Gush Etzion a mis au jour un réseau actif depuis plus de trente ans et des violences de type rituelles. Cela, peu après les travaux d'une commission de la Knesset sur les abus rituels organisés, en juin 2025 et février 2026. Le voile commence à peine à se lever sur ces réseaux qui semblent remonter aux plus hauts niveaux des communautés et même de l'Etat, mais l'omerta est solidement implantée.
La colonie de Goush Etzion a été fondée en 1948 sur des terres prises aux Palestiniens et regroupe 70 000 habitants sur 22 colonies -la dernière a été créée de la même manière en novembre 2025. Le 27 mai 2026, le Conseil Régional de Goush Etzion a admis et condamné publiquement l'existence de violences sexuelles systématiques et dans un cadre rituel contre les enfants, après la diffusion de l'enquête de la journaliste Roni Zinger. Un appel aux victimes a été lancé avec la promesse d'enquêtes sérieuses et de la rouverture d'enquêtes classées.
Un documentaire choc sur une communauté orthodoxe
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Depuis des années, des accusations ont été étouffées, les victimes invisibilisées et la loi du silence est encore bien installée. J'avais abordé ce sujet il y a un an quand Shoshana Strook a témoigné sur les réseaux sociaux, pour dénoncer un réseau de pédos sectaires autour de sa famille. Des voix s'élèvent du côté des victimes, des médecins et des thérapeutes qui échangent et communiquent à ce sujet, des journalistes enquêtent, la police est forcée de faire quelque chose.
Israël est un pays très favorable aux pédocriminels, par exemple plus de 2152 pédos faisant l'objet d'une demande d'extradition à l'étranger y coulent des jours heureux, protégés par Netanyahou. L'omerta est la règle dans les communautés, et les plaintes sont rarement suivies de jugements, même si quelques-uns se font attraper ces dernières années.
Ce documentaire diffusé le 15 mai donne la parole à 5 femmes victimes de pédos organisés dans la communauté Gush Etzion. On ne sait pas s'il s'agit du même réseau pour toutes, mais ils sont probablement interconnectés, au moins par des cérémonies. Les violences ont commencé vers 3, 4 ans, et certaines avaient tout oublié pendant des années et l'une d'elle explique que si on lui avait demandé il y a dix ans comment s'était passée son enfance, elle aurait répondu qu'elle avait eu une enfance merveilleuse et une vie tout à fait banale.
Et puis ce sont des cauchemars, une dissociation, des signes corporels, qui sont arrivés soudain, ou un accouchement, qui ont déclenché la mémoire de ces traumatismes. C'est le phénomène de mémoire traumatique, expliqué par des spécialistes comme Muriel Salmona, qui est bien connu quand on travaille sur ces dossiers.
Depuis un ou deux ans, dizaines de femmes ont rapporté avoir subi ce genre de rituels pédos, dans tout le pays. Et c'est là que certaines ont compris qu'elles n'étaient pas folles ; que ces souvenirs étaient bien réels.
Généralement, les parents étaient impliqués, et certaines parlent de plusieurs membres de leur famille. Les filles semblaient principalement ciblées pour être agressées et maltraitées. On comprend aussi que dans certains cas mes garçons étaient poussés à maltraiter les filles, certainement dans le but de reproduire le système de domination / soumission misogyne, et aussi pour mieux massacrer les palestiniens.
Il est question de rituels / partouzes impliquant plusieurs adultes, souvent d'autres enfants, le tout avec un fond pseudo religieux complètement délirant, parfois avec des robes noires, des sortes d'incantations ou de prières, des chandelles, une mise en scène plus ou moins élaborée... Il est question de drogues injectées aux enfants, de prises de sang, de tortures physiques et psychologiques, d'avortements forcés. Des médecins étaient souvent présents pour s'assurer que l'enfant ne meure pas malgré les tortures ou bien pour les droguer., des psychiatres qui organisaient les traumas et leur conditionnement.
Ces viols étaient très souvent filmés. Le fond pseudo religieux est aussi très présent. L'une d'elles raconte qu'ils justifiaient les viols en disant que cela permettait de se connecter avec dieu et de recevoir des prophéties, et que s'ils ne le faisaient pas ce serait la fin du monde.
Certaines ont porté plaintes : les enquêtes ont été minimalistes si elles ont réellement eu lieu, et les procédures ont vite été classées "faute de preuves". On connaît le refrain.
Israël, terreau de réseaux pédo-cultuels
Israël semble être une terre fertile pour les pervers, qui peuvent créer leur communauté et la faire vivre quasiment en autarcie. Idem dans les familles, notamment polygames, où un tyran domestique peut mette 15 personnes en esclavage pendant des années. De plus, la justice ne semble pas efficace pour enquêter sur ces affaires : on est au même niveau qu'en france, mais au moins là-bas ils ont mis en place une unité spécialisée dans la police.
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Selon la psychiatre Inbal Brenner qui a suivi plusieurs victimes, les auteurs pouvaient aussi être "des membres de haut rang de la communauté", détenant "soit une autorité religieuse ou spirituelle respectée, comme un rabbin ou un rebbetzin, soit ils occupaient d'autres postes influents et importants, comme un juge, un enseignant ou un directeur d'école".
Une autre psychiatre le Dr Daphna Armon, explique : "il est important pour moi de souligner que j'ai entendu parler de médecins qui ont participé à de telles choses, qui ont délibérément fait du mal à des personnes. J'ai entendu parler d'accouchements qui ont eu lieu en secret, de toutes sortes de choses dans lesquelles l'équipe médicale était impliquée. Je me sens responsable de le souligner. Les gens essaient de transformer les abus rituels en quelque chose de politique - ce qui n'est pas le cas".
En janvier 2026, des parents de jeunes garçons ont dénoncé des abus rituels dans des sortes de cérémonies sectaires auprès du rabbin Yaakov Medan, qui a appelé à prendre ces révélations au sérieux et à ouvrir le débat à ce sujet. Les faits se sont produits dans une communauté sioniste.
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Il faut aussi rappeler que Shoshana Strook, fille de la ministre des Colonies, la sioniste radicale Orit Strook [1], a dénoncé les violences sexuelles et rituelles dont elle a été victime par sa famille et son entourage depuis l'enfance jusqu'à l'âge adulte, et l'existence d'un réseau d'agresseurs. Elle a parlé de cérémonies pédophiles organisées par son père et rabbi Tao, a dit que son père l'a prostituée à Tel Aviv à partir de ses 13 ans, de ses multiples identités. Dans la foulée, d'autres femmes avaient témoigné dans la presse, puis on n'en a plus vraiment entendu parler.
La justice, plus spécifiquement le juge Menachem Mizrahi, spécialisé dans l'étouffement des affaires sensibles, a interdit toute évocation publique de l'affaire en s'appuyant sur des moyens légaux douteux.
Son amie Yael Shitrit, elle aussi victime de ce réseau, a confirmé ses accusations, et ajouté que les agresseurs n'étaient pas des marginaux isolés mais des membres de la Knesset, des officiers, des chefs de communautés, "des gens avec du pouvoir, des fonctions, des connections. Des gens qui menacent. Des gens qui peuvent disparaître n'importe laquelle d'entre nous". Devant la Knesset, elle a expliqué avoir été victime de ce type d'abus un peu partout dans le pays, de cérémonie en cérémonie.
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En effet, depuis l'été 2025 plusieurs femmes âgées d'une trentaine et d'une quarantaine d'années ont témoigné devant une commission de la Knesset sur ces violences sexuelles systématique, dans un cadre pseudo religieux totalement déviant. Les faits rapportés ont eu lieu principalement dans les communautés ultra-orthodoxes, nationalistes et religieuses de Jérusalem, Bnei Brak, Haïfa, Safed, en général avec l'implication pleine et entière des leaders "religieux" de ces communautés repliées sur elles-mêmes, fanatisées et sectaires.
Selon un article du 2 mars 2026 sur le site Royanews.tv , "Plusieurs victimes ont décrit des violences physiques et psychologiques extrêmes destinées à les réduire au silence, notamment des chocs électriques, l'enchaînement, l'isolement prolongé et l'enfermement dans des pièces souterraines ou obscures.
Selon les survivants, ces sévices se sont produits dans des lieux centraux de la vie religieuse et communautaire, tels que des domiciles privés, des synagogues, des écoles religieuses et des cimetières". Ces femmes ont aussi témoigné de pressions et de menaces qui continuent aujourd'hui de la part des agresseurs.
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Un article du Jérusalem Post reprend plusieurs témoignages, dont celui de Yael Ariel, qui a déclaré : "J’ai subi des abus rituels pendant de nombreuses années, jusqu’à la fin de mon adolescence, et j’ai été forcée de faire du mal à d’autres enfants. J’ai choisi de briser le silence et de faire entendre ma voix. J’ai reçu des menaces après avoir révélé mon histoire. De 5 à 20 ans, j’ai été agressée lors de ces cérémonies".
L'article ajoute qu'elle a dit avoir "reçu les témoignages de plusieurs femmes affirmant que des médecins, des enseignants, des policiers et d’anciens et actuels membres de la Knesset étaient impliqués dans ces abus" . Une autre a dit avoir été victime de trafic sexuel dès l'âge de 11 ans par un cousin : "À 14 ans, il m'emmenait dans des clubs sadiques. J'ai subi des tortures et la famine aux mains de personnes connues et influentes. J'ai enduré d'innombrables sévices.
[...] Il y avait des événements publics et des cérémonies privées où j'étais attachée à un grand poteau avec des menottes. Autour de moi, d'autres victimes menottées subissaient des rituels consistant à boire du sang menstruel et à sacrifier des chats et d'autres animaux. Ils m'ont dit que personne ne me croirait si je parlais."
Les parlementaires ont demandé une enquête nationale indépendante sur les violences sexuelles dans les communautés religieuses fermées et veulent une évolution de la législation.
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Shoshana Strook est morte en mars 2026 après avoir rappelé qu'elle n'était pas suicidaire et alors qu'elle venait de nommer des avocats pour relancer les poursuites.
C'est Orit qui a annoncé que sa fille avait été retrouvée sans vie à son domicile. Les causes du décès n'étaient pas claires mais la piste criminelle a été écartée immédiatement. Le même juge Mozrahi a blanchi les parents après un mois.
Pour l'instant, quand il y a des procès, il s'agit d'agresseurs jugés isolément. Comme ce leader communautaire de Bnei Brak jugé en juillet 2025, qui s'est avéré être un indic de la police depuis 15 ans, et agressait des mineurs et des femmes depuis au moins 10 ans. Il avait même monté un groupe d'auto-défense, officiellement contre les vols, mais qui faisait probablement régner l'omerta dans le secteur.
En outre, certains ont pris l'habitude de se suicider avant leur procès, comme le rabbin ultra-orthodoxe mais sioniste Yehuda Meshi-Zahav mort en 2022 après 1 an de coma dû à son suicide, qui était accusé, en plus de détournements de fonds, de viols et maltraitances sur des enfants, des femmes et des hommes. Il était très connu et très respecté dans le pays pour avoir créer une organisation de secours et venait de recevoir le "prix d'Israël", la plus haute récompense civile nationale, pour l'œuvre de sa vie.
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Ou comme le leader ultra-orthodoxe très médiatique Chaim Walder, accusé de dizaines de viols d'enfants et de jeunes femmes, qui s'est suicidé en décembre 2021. Le type écrivait des livres pour enfants, se targuait de les éduquer selon les principes "religieux" et a même reçu des mains de Netanyahou la médaille de "Protecteur des enfants". Comme chez nous, on observe que les pédocriminels sont aussi placés dans les milieux de la "protection de l'enfance", ce qui explique en partie, selon moi, l'ampleur des défaillances en la matière.
Il y a aussi eu le cas Moshe Kiviti, sorte de "juge de paix" communautaire ultra-orthodoxe, qui gardait sous le coude les plaintes pour violences sexuelles contre les enfants remontées par les habitants, pour régler cela de manière discrète. 180 affaires auraient ainsi dû être transmises à la justice en deux ans et 22 personnes ont été arrêtées avec lui.
Ces pratiques n'ont hélas pas lieu qu'en Israël, d'autres structures et communautés à travers le monde ont été accusées des mêmes types de faits. En Colombie, par exemple, le leader de la secte ultra-orthodoxe Lev Tahor (qui regrouperait une cinquantaine de familles et est aussi présente au Mexique) a été arrêté fin 2025 et 17 mineurs, des enfants de la secte venus du Guatemala, des Etats-Unis et du Canada, ont été retirés. 160 enfants avaient déjà été retirés à la secte au Guatemala fin 2024. Il était question de viols, de maltraitances, de grossesses forcées. Créée en 1980, la secte a été accusée de viols sur mineurs à la Knesset lors des auditions de 2025-2026. Les leaders sont en fuite depuis bien longtemps.
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On observe que beaucoup de "sceptiques" niant l'existence de ces violences, se font entendre. Une bonne partie doit être composée de suiveurs endoctrinés mais d'autres sont certainement des agresseurs. Le combat risque d'être rude pour faire entendre la parole des victimes, mais la boîte de Pandore est ouverte et les victimes sont à mon avis bien trop nombreuses pour enterrer à nouveau ces dossiers, ces vécus.
Cela m'inspire aussi une observation qui je le crains pourrait être une règle : plus des individus font la morale aux autres et cherchent à contrôler leur vie, plus eux-mêmes ont des risques d'être totalement pourris. Ils font cela pour éloigner les soupçons, et sont sans complexes d'autant plus qu'ils sont habitués depuis toujours à jouer la comédie en société.
Le caractère apparemment endémique de ces violences impunies depuis toujours, dans les communautés de fanatiques, éclaire mieux le comportement absolument inhumain de nombreux sionistes contre les palestiniens, qu'ils harcèlent, frappent, violent, spolient, tuent sans le moindre scrupule. Comment en est-on arrivé là ? Ces violences n'expliquent pas tout mais elles contribuent à produire des générations de sadiques.
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[1] Orit Strook a épousé un étudiant auprès d'un rabbin puis le couple s'est installé illégalement dans le Sinaï (Egypte) d'abord, puis à Hébron en Palestine (Cisjordanie), et ont eu 11 enfants. De 2004 à 2012 elle a dirigé une ONG défendant les colonies illégales à Gaza. Elle est élue à la Knesset pour un parti nationaliste, religieux et sioniste. Elle fait partie de la frange la plus radicale. Elle a fermement défendu un de ses fils, qui avait quasiment massacré un gamin palestinien de 15 ans.