Dessin issu d'un autre dossier

Le 18 juillet, une maman qui a dénoncé des abus sexuels commis par le père de son fils, passera devant le tribunal  de grande instance de Montpellier pour ne pas avoir présenté son fils à celui qu'il avait dénoncé. Nous appelons à un rassemblement de soutien à 14 h devant la salle des comparutions immédiates. Pour soutenir cette maman mais aussi pour montrer que nous en avons assez de cette justice expéditive dans les affaires de dénonciations d'abus sexuels. 

 

Selon Wanted Pedo qui est en contact avec cette maman et a suivi l'affaire, "Le lundi 4 juin à 14h, elle se trouvait chez son fils ainé à Montpellier, quand huit policiers armés" sont arrivés pour la mettre en garde-à-vue et placer l'enfant de 9 ans chez son père.

La garde-à-vue ayant été prolongée de 24 heures, cette maman est passée en "comparution immédiate" devant le juge au bout de 48h. Il lui est notamment demandé de s'abstenir d'entrer en contact avec son fils, renvoyé chez celui qu'il avait pourtant dénoncé.

 

Pas d'enquête, pas de coupable

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Cette maman a contacté Wanted Pédo en mars 2017, suite à quoi un entretien a eu lieu en présence du psychologue de l'association. L'enfant a déclaré de manière aprfaitement cohérente que son père abusait de lui.

La maman a donc porté plainte, et la plainte a évidemment été classée sans suite, sans qu'une enquête sérieuse n'ait été menée. 

Le fils cadet de cette maman, aujourd'hui majeur, a également porté plainte contre cet homme, qui est son beau-père, pour le même type de faits subis dans l'enfance.

A partir du moment où ces plaintes ont été déposées, les choses se sont passées sur le plan judiciaire comme dans tous les dossiers que j'ai connus de près ou de loin pour l'instant:

  • La justice considère que l'enfant a menti et qu'il est manipulé par sa mère.
  • Elle considère, sévices sociaux compris, que l'affaire se résume à un "conflit parental", voire à une mère trop "fusionnelle" (c'est la nouvelle mode, après le coup du "syndrome d'aliénation parentale", désormais proscrit)
  • Elle considère donc que le père est victime
  • Et que l'enfant doit être écarté d'une mère considérée comme "dangereuse" et confié à un père qui n'est absolument pas perçu comme manipulateur. De fait, les "experts" ne savent pas détecter les mensonges des manipulateurs, et les pervers sont de pafaits manipulateurs puisqu'ils jouent la comédie en permanence. Certains sont par ailleurs d'une rare complaisance avec les types accusés d'inceste. 
  • La mère est très souvent accusée en retour de dénoncaition calomnieuse et condamnée. Si elle tente de ne pas rendre l'enfant, elle est condamnée pour non représentation, voire pour enlèvement d'enfant, et risque de la prison ferme.
  • A partir de là, le seul moyen pour espérer récupérer des droits de visite est de ne plus parler des abus sexuels [1].

Ceci, alors que le classement sans suite n'a rien à voir avec une délcaration d'innocence, et ce n'est pas un jugement. En réalité, comme je l'ai montré il y a longtemps déjà, la justice fait tout pour ne pas trouver de preuves suffisantes durant les enquêtes préliminaires et les instructions, si bien qu'au final c'est la parole de l'enfant contre la parole du pédophile. Et même quand on réunit les preuves et que le type est condamné (ce qui arrive 1 fois pour 16 plaintes dans les cas de viol sur mineur), il prend une peine dérisoire [2].

Les chiffres des classements sans suite sont inconnus, mais selon les sources, ils tournent entre 80 et 95% des dossiers d'abus sexuels sur mineurs. Ce qui fait dire à la sociologue Véronique Le Goaziou à propos d'une étude qu'elle réalisée à ce sujet, "L’enseignement majeur, c’est que le fonctionnement ordinaire de la Justice, ce n’est pas de juger, c’est de classer. Une large proportion des personnes sous main de justice pour des affaires de viols ne sont pas poursuivies". Et cela, en raison des "enquêtes" indigentes menées pour [ne pas] trouver les preuves [3].

 

Quand les pervers mènent la danse

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Revenons à cette maman et à cette procédure. Justement, les deux plaintes, celle de la maman, V., pour son fils de 9 ans et celle de son fils cadet, ont été classées sans suite. Mais elle ne l'apprend que lorsqu'elle est arrêtée en juin 2018. Une audience où elle a été accusée de "non représentation" d'enfant a en effet eu lieu en juin 2018, après les classements sans suite, et le père a obtenu la résidence exclusive de l'enfant. V. n'a pas reçu la convocation à cette audience, probablement envoyée à une ancienne adresse.

Cette intervention de la police début juin a eu lieu à la suite d'un déménagement pour fuir les persécutions du père. Là encore, c'est un schéma classique, sauf que techniquement pour la justice, si le père a des droits de visite et qu'ils lui sont refusés ne serait-ce que 2 ou 3 fois, il y a non représentation d'enfant et une procédure est enclanchée.

Si la justice, qui les a donc recherchés, n'avait pas leur adresse, alors la mère et l'enfant sont considérés "en fuite" et on en arrive carrément à un enlèvement d'enfant.

Cela a l'air ubuesque mais ce sont des choses qui arrivent souvent dans ce genre d'affaire. Il est quasiment impossible de fuir un pervers quand il y a un enfant en commun, tant qu'il n'a pas été condamné pour des faits particulièrement graves. La mère, V., a très vite quitté le père, mais il a réussi à s'imposer dans sa vie et celle de son fils.

Autre fait qui me rappelle plusieurs affaires: ce type n'a reconnu son fils qu'à ses 5 ans, et ne s'en est pas préoccupé avant. 5 ans, c'est pile l'âge maximum pour réclamer une autorité parentale pour en enfant avec lequel on n'a jamais vécu. Il obtient immédiatement des droits de garde pendant la moitié des vacances scolaires.

"Courant 2015, l’état du jeune garçon se dégradera. Il aura un comportement étrange, il deviendra pudique, aura peur du noir, fera des cauchemars etc..", écrit Wanted Pedo, "Début 2017, l’enfant est catégorique, il ne veut plus retourner en vacances chez son père", et il dénonce des actes pédophiles commis sur lui par son père.

"L’enfant dénonce des faits commis sur sa personne, ce qui est déjà très difficile, et il est puni pour avoir parlé, en le séparant de son parent protecteur ainsi que de ses frères".

 

Pour soutenir cette maman, et parce que la justice dans ce pays est encore rendue "au nom du peuple français", nous vous invitons à nous rejoindre au Tribunal de Grande Instance de Montpellier, le mercredi 18 juillet à 13h45 : Place Pierre-Flotte – 34040 Montpellier – Secteur CI (Comparution Immédiate)

 

Article 122-7 : "N’est pas pénalement responsable la personne qui, face à un danger actuel ou imminent qui menace elle-même, autrui ou un bien, accomplit un acte nécessaire à la sauvegarde de la personne ou du bien, sauf s’il y a disproportion entre les moyens employés et la gravité de la menace".

 

Ajout du 19/07/2018 : 

La mamn a été relaxée à l'audience au TGI de Montpellier le 17 juillet. Elle est passée la dernière de la journée, vers 20h. Le parquet n'a absolument pas tenu compte des paroles des enfants ni de la mère, mais on a vu un président juste, c'est assez rare pour être noté.

 


 

[1] Il y a quelques mois, j'ai repris les chronologies de 12 dossiers du même genre que celui-là, et que je connais bien. J'ai constaté que si au départ la justice réagit "normalement", c'est-à-dire ordonne une garde alternée ou cherche à éloigner l'enfant du père parce qu'il ne veut pas le voir, les choses changent radicalement à partir du moment où il est question d'abus sexuels. Immédiatement et avec force, la justice se retourne contre le aprent qui déonce, souvent la mère, parfois le père ou un autre proche.

[2] Au sujet des condamnations dérisoires, je recommande l'analyse de Wanted Pedo, qui porte sur des données récentes : "Impunité : Les deux tiers des pédophiles condamnés ne vont pas en prison".

[3] Le journal en ligne Bastamag explique "Pour Emmanuelle Piet, présidente du collectif féministe contre le viol (CFCV), le taux important de classements sans suite s’explique aussi par l’indigence des enquêtes de police : « Les équipe qui cherchent vraiment des éléments susceptibles de prouver qu’il y a eu un viol finissent par les trouver, juge-t-elle. Certains policiers manquent de formation, certes. Mais surtout, ils sont débordés. Ils ont un nombre élevé d’affaires à traiter, courent après le temps, ont du mal à prendre leurs congés. Ils ont moins le cœur à l’ouvrage. » « Il existe une grande disparité dans les enquêtes menées avant les classements sans suite, relève de son côté Véronique Le Goaziou. Parfois, un gros travail est réalisé, et parfois, c’est très succinct. Cela crée de fortes inégalités entre justiciables".