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Nous avions déjà parlé de Liam, qui a 10 ans maintenant et a été séparé brutalement de sa maman après avoir dénoncé des violences sexuelles commises par son père. Depuis, il a été confié par la justice à son père et ne voit quasiment plus sa mère (1 heure de visite médiatisée de temps en temps). Sa maman a accepté de raconter comment les choses se sont passées, en espérant que cela permette de faire bouger les lignes.

 

Je suis obligée de modifier les noms pour éviter les plaintes ineptes dont on a l'habitude. Pour résumer, Liam a dénoncé à 5 ans des violences sexuelles commises par son père et son grand-père, ce que la justice a nié en classant sans suite la plainte de sa mère, Julie, qui a été dans la foulée privée de sa garde. 

 

Est-ce que vous avez le sentiment que la parole de votre enfant a été entendue ou au moins prise en compte ?

Lima a d'abord parlé à moi, à sa grand-mère et à la psy, on était alors à la rentrée 2017. Liam a dénoncé des actes sexuels commis par son père et ensuite son grand père, et j’ai porté plainte contre son père, dont j’étais séparée depuis 2012, quelques mois après la naissance de Liam. 

A la gendarmerie ils se sont carrément fichus de moi : "on en a discuté entre collègues et on trouve ça bizarre que maintenant qu’il doit aller chez son père il y a des problèmes sexuels". J’ai quand-même réussi à porter plainte. Ma mère de son côté a été à la police dans la ville d’à côté et là on l’a écoutée, ainsi que Liam qui avait alors 5 ans. Mais le dossier est retourné à la gendarmerie où j’avais porté plainte et Liam a été de nouveau entendu mais par ces gendarmes. Il a quand-même répété ce qu’il avait déjà dit.

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En sortant le gendarme a dit : "il ne l’a fait qu’une fois". J’ai eu la retranscription et j’ai à nouveau porté plainte. Ce gendarme avait toujours semblé de parti pris, cherchait à montrer qu’il y avait manipulation de notre côté. Nos propos étaient détournés ou pas notés. J’ai retrouvé ce comportement chez beaucoup d’intervenants du dossier qui étaient focalisés sur un conflit entre moi et le père et ne voulaient pas entendre parler de violences de sa part. C’est très violent : on ne comprend pas, on veut être entendue et on n'a pas forcément les bonnes réactions sur le moment.

On me voit alors comme impulsive et c’est un cercle vicieux, un engrenage dans lequel on a du mal à se sortir. On peut s’interroger sur ce fonctionnement : est-ce qu’il est systématique ? Est-ce qu’il est conscient ? Est-ce que ces gens sont formés et si oui, comment ?

Une maman qui apprend des choses pareilles a aussi besoin d’être rassurée mais c’est l’accusé qu’ils rassurent. La maman qui dénonce dérange.

Je pense qu’ils cherchaient la faille à mon niveau pour pouvoir nier les violences. Jamais ce que j’ai dénoncé n’a été entendu. Ensuite, il n’y a pas eu de mesure de protection pour Liam, rien n’a été fait pour le rassurer, pour le protéger de son père. Le gendarme a par exemple écrit dans un rapport que Liam était content de voir son père et qu’il allait vers lui à l’école, ce qui n’a jamais été le cas comme le confirment les enseignants.

Je pense même qu’on a voulu le faire taire.

Le rôle des services sociaux interroge : par exemple au tout début lors du suivi par le SAEI, Liam a voulu parler à une éduc spécialisée mais elle a refusé et lui a dit qu’il devait parler tout seul à son père. C’est Liam qui m’a raconté ça, ça l’avait marqué.

Le fait de le confier à la garde de son père l’oblige à se taire. Il a été vidé, il s’est éteint. Il avait parlé et il depuis ce jour il n’a plus jamais rien dit. Au bout de deux ans, il est même revenu sur ses accusations, disant à l’expert psychologue nommé par le juge, qu’il voulait me faire plaisir.

affiche pro peres au point rencontre

Le fait de ne me laisser que des droits de visite médiatisée est aussi un signal qu’il faut se taire.

Déjà au début, avant l’audience du 23 avril 2018, à la suite de laquelle Liam a été placé alors que ni lui ni moi ne nous y attendions, il a été voir sa psychologue qui a fait le signalement, pour préparer cette audience afin qu’il ne s’inquiète pas. J’ai eu un rendez-vous avec le SAEI qui nous suivait depuis septembre 2017, avant l'audience du 23 avril 2018, M D. l'éducateur du point rencontre qui a un conflit d’intérets dans l’affaire, disait qu’on n'allait pas forcer Liam à parler. Il a aussi dit à l’audience que c’était un "récit répété".

Il m’a dit "vu que l’affaire est classée sans suite, on va se baser sur le conflit de loyauté".

Quand Liam écrivait lors des rendez vous à l’espace rencontre qu’il voulait rentrer chez maman, ca se retournait contre moi car on disait que je le manipulais. Après tout ça comment parler ? Il voit que quand il parle, je me fais agresser devant lui par les éducs qui parlent de conflit parental, me critiquent, menacent d’arrêter la visite, et la situation empire de toutes façons.

J’avais un petit garçon de 5 ans plein de vie, j’ai un enfant de 10 ans qui ne parle plus, qui ne parle pas de son ressenti. Avant on parlait de tout.

Sa parole et la mienne n'ont jamais été prises en compte, on se sent seul. On ne comprend pas ce qu’il se passe, on ne sait pas comment réagir face à une telle situation. On se sent démuni.

Au lieu de protection ça s’est très vite retourné en attaque ; la situation s'est inversée , j’ai très vite eu l’impression que c'était moi la criminelle.

Comme à chaque fois le père portait plainte (au total une quinzaine aujourd’hui), j’ai eu droit aux empreintes, photos, interrogatoires, condamnation pour la non-représentation…, et c’était moi qui étais visée, toujours par ces mêmes gendarmes.

Pour Liam il n’y a eu aucun accompagnement, sauf à considérer que le SAEI est un accompagnement. Quand j’appelais le 119 pour dénoncer les manipulations à l’espace rencontre ils me disaient que comme une AEMO était en cours ils ne pouvaient rien faire. L’educ D. faisait des repas de famille avec le directeur de l’espace rencontre. Ce directeur faisait des notes à la juge en me décrédibilisant.



Dans ton dossier, on a l’impression qu’il y a des collusions. Est-ce que tu peux nous expliquer?

Il y a un individu, on peut l’appeler D. qui est éducateur au SAEI et a suivi officiellement notre dossier en 2017-2019. D. est en contact avec :

  • L’ex mari de l'oncle paternele de Liam,
  • Le directeur du point rencontre qui a été muté en 2020 juste avant une audience,
  • Sa collègue éducatrice du SAEI qui est sa meilleure amie, et qui a suivi notre dossier après lui.
  • Le fils du D va chez la même psy que celle qui suit actuellement Liam.
  • L’ex de D. est en contact avec mon entourage.

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Je m’interroge aussi sur le rôle des avocats. J’avais dit à ce gendarme C. quelle avocate j’allais prendre. J’ai donné le dossier à sa secrétaire et deux jours plus tard elle m’a contactée en me disant qu’elle défendait le père. 

Ensuite, mes avocats ont été surprenants. Le premier, Me R, m'a dit en sortant de la première audience que la juge R. avait avant même de me rencontrer déjà un a priori sur ma personne. Quand il a monté le dossier il manquait certains documents comme ma plainte contre le père.

A une audience devant le juge aux affaires familiales, il m'a laissée me faire agresser par le grand-père et considérait que tout ça n’était pas grave. La secrétaire de l'accueil avant l'audience parlait avec le père et le grand père et les a laissé monté alors qu'elle a empêché mon compagnon, ma mère et une amie de monter. 
Je me suis rendu compte qu’il ne faisait rien, je me suis même demandé s’il n’était pas du côté du père. J’ai du faire moi-même les démarches et il me le reprochait.

Il ne voulait pas que je fasse appel contre les droits de visite élargis du père et m’a dit que je n’avais qu’à changer d’avocat, ce que j’ai du faire en dernière minute avant l’audience du 23 avril.

Il ne m’a accessoirement jamais fait de facture. Il a dit à la juge qu’il attendait que je le paie pour faire quoi que soit.

Mon avocate suivante, Me B, a constaté a l'audience du 23 avril devant le juge des enfants que les differents professionnels étaient aupres du pere. Elle m'a dit a la fin de l'audience que le placement était décidé d’avance. 

Plus tard dans son bureau elle m'a dit "de toute façon personne ne croit pas votre fils et les dossiers sont montés contre vous. Vous ne pouvez pas aller contre un système".

Dès la première audience après ma première plainte pour les violences sexuelles, en septembre 2017, le Juge des Enfants de Thionville a parlé d’un "conflit parental", de "relations conflictuelles", de "conflit de loyauté de Liam" et elle a ordonné une AEMO.

Nous avons aussi eu droit à une expertise psychologique (le père, Liam et moi)

Ils ont limité l’affaire à une lubie de ma part, de vouloir empêcher les droits de visite du père sans raison. Le dossier pénal se déroulait d’un côté, le juge des enfants statuait d'un autre côté sur les questions de garde sans regarder ni tenir compte du dossier.

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Quelque temps plus tard, Liam ayant continué à parler et refusant absolument d’aller chez son père, je me suis mise en état de non représentation car je ne voyais aucun moyen de protéger mon fils et je voyais que la justice ne l’écoutait pas. Il y a aussi eu un signalement, dont la justice n’a pas plus tenu compte et qui n’est pas dans le dossier.

En avril 2018 la même juge des enfants a décidé de placer Liam chez son père, je ne pouvais le voir qu’une heure deux fois par mois à l’espace rencontre, des visites surveillées au cas où je manipulerais mon fils car c’est moi qui étais perçue comme dangereuse. Là je n’ai pas compris ce qu’il se passait, Liam n’est jamais revenu à la maison, je ne l’a presque plus revu depuis. Et je n’avais pas pu l’y préparer, il est parti sans aucune affaire à lui. Je pensais que jamais ça n’arriverait, que la justice allait comprendre que je protège mon fils.

On m’a laissé lui dire au revoir devant tout le monde. Liam  ne parlait plus. Il était choqué, anéanti. L'éduc D. me pressait parce qu’il n’avait pas que ça à faire. J’étais vue comme une criminelle. C’était traumatisant pour moi, je n’imagine même pas comment c’était dans la tête de mon fils. Ce jour là j’ai compris que la justice ne tournait pas rond.

A cette audience, quoi que je puisse expliquer, la juge R. disait que c'était en décalage avec les professionnels : gendarmerie et services sociaux.

Ca fait des années que ça dure. La justice accède à chaque demande du père, les miennes restent lettre morte. Mon appel pour les plaintes classées sans suite a été ignoré car le procureur de Metz doutait de l’authenticité des propos de Liam.

J’ai souvent été prise de haut, même avec les services sociaux. Dès le départ les différents intervenants du dossier ont clairement pris position contre moi et en défense du père. Mon avocate m’avait dit en sortant d’une audience qu’elle avait l’impression que le SAEI et l’Espace Rencontre s’étaient concertés pour tenir le même discours.

A chaque tentative de montrer à mon fils que je suis là, comme les sms ou les mots que j’ai pu écrire sur ma voiture, ma simple présence parfois, ou encore quand j’essayais d’avoir une activité avec lui comme de la peinture, j’ai été critiquée par les juges, les représentants des services sociaux, et ça s’est toujours retourné contre moi.

C’est comme s’ils avaient tout fait pour couper la communication entre nous, et rompre le lien que nous avions, et qui était très fort.

J’ai aussi constaté en 2019 que le signalement fait le 4 septembre 2017 au CDIP (centre départemental d’information préoccupante) par la psychologue de Liam ne se trouvait pas dans le dossier.



Que penses-tu qu'il faudrait faire pour améliorer la prise en compte des enfants dans ces procédures?

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La formation des magistrats, des professionnels qui travaillent sur les abus sexuels subis par les enfants me semble essentielle. J’ai constaté qu’ils ne savent pas protéger les enfants. Dans le cas de mon fils, je me suis entendu dire par le Saei que comme il travaille bien à l’école et qu’il est souriant, il n’a pas les symptômes d’un enfant abusé.

Je pense que dans les cas d’inceste et de violences sexuelles sur mineures, en 2022 il faut absolument saisir et les téléphones et ordinateurs de la personne accusée pour vérifier qu’’il n’y a pas de vidéos et images pédopornographiques, et que l’individu n’est pas dans un réseau ou un groupe. Dans mon cas il n’y a jamais eu de perquisition.

Il faut aussi absolument filmer et au moins enregistrer en audio les entretiens et rendez-vous avec les différents intervenants : juge, forces de l’ordre, éducateurs, assistantes sociales, experts… Pourquoi est-ce si important ? Parce que les propos qu’on tient sont détournés, niés, les rapports qui sont faits ne tiennent absolument pas compte de ce qu’on a pu dire et ça, c’est systématiques.

En lisant leurs documents, on se rend compte que c’est le jour et la nuit. Ces enregistrements permettraient peut-être un peu plus de neutralité dans les pratiques.

Il devrait y avoir une réelle protection pour l'enfant et pour le parent qui protège : c’est-à-dire que Liam ne soit plus obligé de voir son père le temps que les choses se règlent, que son père ne puisse plus le voir à l’école durant ce temps. C’aurait été bien aussi qu’on nous écoute à la gendarmerie, qu’on n’ait pas l’impression de raconter des choses hallucinantes et de déranger.

Souvent j’ai eu l’impression d’être la coupable, tout me semblait inversé, j’ai eu l’impression d’être folle avant de comprendre qu’en réalité c’est notre justice qui dysfonctionne sévèrement.

Dans un monde idéal, il faudrait qu’on prenne les victimes au sérieux quand elles arrivent pour se plaindre de violences sexuelles, surtout quand la victime est un enfant de 5 ans qui ose formuler les choses et les répéter devant des gens en uniforme.

Je me suis sentie très seule dans cette procédure : on ne peut pas dire que les avocats soient d’un grand soutien, les associations que j’ai contactées non plus, le 119 encore moins.

Jugement 23 avril 2018 placement

Il faudrait une structure indépendante, avec des parents qui ont connu ou connaissent des procédures similaires, de vrais professionnels qui connaissent le trauma et des gens, des citoyens spécialisés dans ces dossiers, pour apporter un appui psychologique et juridique dans ces affaires où on voit très vite que les choses ne vont pas dans le sens de la protection de l’enfance.

Trop souvent on constate que derrière une façade de protection de l’enfance, il y a des structures qui semblent en réalité protéger le système.

Sur le plan légal, il faudrait déjà appliquer les lois existantes comme le fait de préserver les liens avec les parents quand l’enfant n’est pas en danger, et avec la fratrie, les grands parents, ou encore d’écouter l’enfant sur ses besoins et même en tenir compte

Il faudrait mettre en place une procédure qui permette de faire parler l’enfant, de le laisser aller au bout de ce qu’il a à dire au lieu de le museler, de l’impressionner, de le sanctionner. Je pense aussi que durant la procédure, quand il y a des signalements, il faut une suppression temporaire de l’autorité parentale. Et quand il y a une condamnation il faut que ce soit systématique.

Cette autorité parentale du présumé agresseur est utilisée comme un moyen de pression pour faire taire le parent qui dénonce et la victime, notamment en raison des droits de visite que décemment une mère ne peut pas appliquer quand son enfant a dénoncé un inceste.

En tous les cas il me semble que forcer un enfant à voir un parent qui lui fait peur ne contribue pas à son bien-être ni à son équilibre. Les droits de l’enfant en France sont appliqués de façons interpellante.



Est-ce que tu as un message pour des mamans ou papas qui se trouvent au début d’une procédure comme la tienne ?

Quoi qu'il arrive,ne lachez rien, meme si on essaye de vous destabiliser,de vous discrediter. Ca risque d'etre long, dur, eprouvant. Pensez a photocopier tout document,notez au fur et a mesure ce qui vous semble necessaire dans chacune de vos demarches, situations, entretiens avec les differents services, professionnels car les rapports ou retours peuvent etre modifiés et a charge contre vous.

Courage.