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Politique mondiale, questions économiques et sociales, géopolitique

24 septembre 2009

La carte électronique, une panacée en Belgique!

En Belgique, on aime la technologie. Tellement, que la carte d’identité électronique fut un succès, et son introduction advint sans aucune critique. C’est même « une pièce maîtresse de l'e-gouvernement » , dans ce pays qui fut le premier à l’adopter en 2003!

La carte dite eID et ses multiples applications y passent pour la panacée, et un site Internet a même été crée rien que pour sa promotion. Si en France on évite d’évoquer l’avenir de la carte électronique en raison des critiques des défenseurs des libertés, en Belgique on ne se prive pas de vanter les avantages de ladite carte.

Suivant la commune où vous habitez, vous pouvez faire un certains nombre de démarches administratives. Vous pouvez même la connecter à votre ordinateur, chez vous ou dans votre entreprise : grâce à la puce de votre carte, vous aurez accès à vos dossiers. Et des flics qui mèneraient une enquête sur vous, aussi. Ce contrôle permet de laisser accéder seulement les majeurs à certains sites, ou de filtrer l’accès à certains documents.

La carte eID est lisible à distance, ainsi que toutes les informations contenues dans la puce. Pas besoin que vous tapiez votre code PIN pour permettre l’accès à toutes les infos vous concernant.

La carte eID permet ainsi, par exemple :

-         de signer électroniquement des docs, mails et autres paperasses. C’est vrai que taper son nom, c’est vraiment compliqué.

-         Via la Poste, vous pouvez envoyer un recommandé

-         Dans certaines communes, vous pouvez demander des documents en ligne (ce qui, en France, se fait sans avoir besoin de la carte d’identité)

-         Dans les facs, comme à l ‘Ecole Pratique des Hautes Etudes Commerciales à Bruxelles, l’administration peut ainsi contrôler les entrées et sorties, les présences, l’accès au réseau des étudiants. Mais le contrôle d’accès marche aussi pour les entreprises. La carte eID pourra remplacer la carte d’étudiant, par exemple, une carte de membre ou encore une carte professionnelle (journalistes, avocats…)

-         Vous pouvez remplir et signer votre déclaration d’impôts (ce qui en France se fait encore sans la carte)

-         Des banques comme Dexia ou Fortis utilisent l’eID pour identifier leur clients, d’autres pour sécuriser les transactions.

-         Les hôtels complètent les fiches de police grâce à l’eID de leurs clients. Bientôt plus de 5 à 7 anonymes ?

-         Le vote à distance via Internet

-         Elle peut aussi remplacer les titres de transport dans le train ou le métro. Comme ça, on suit vos déplacements à la trace.

A l’origine, elle contenait les mêmes informations que la carte d’identité papier : nom, prénom, lieu et date de naissance, sexe, nationalité, photo, signature, n° de carte, dates de validité,

le numéro d'identification au registre national (RN), le lieu d'émission de la carte, la signature du fonctionnaire communal.

La carte eID permet maintenant d’être reconnu à distance grâce à la puce, et d’avoir votre adresse officielle actuelle

Maintenant que tous les Belges ont leur carte électronique,  la carte SIS, équivalent belge de la carte Vitale, sera aussi intégrée à l’eID suite à une décision du ministère de la santé. 

Top du top, la Belgique a même crée une carte spéciale pour les moins de 12 ans : la KidsID, qui contient un numéro d’urgence en cas de problème (et si il y a de quoi lire la carte sur place).

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18 septembre 2009

Le Honduras, ou comment l'oligarchie reprend le pouvoir

Alors que l’Europe continue avec persévérance à s’enfoncer dans le paroxysme de l’ultra libéralisme qu’est la crise actuelle, on occulte ce qui se passe en Amérique Latine. Les évènements politiques et sociaux qui s’y déroulent, qu’ils aillent dans le sens de l’intérêt général ou bien dans celui des détenteurs de capitaux, pourraient préfigurer ce que sera l’après libéralisme : social ou carrément anti social. En plusieurs volets, on va essayer de faire un tour de la situation.


Honduras

 

Un peu d’histoire

 

Commençons par ce qui devrait être une actualité chaude pour nos grands pays démocratiques : un coup d’Etat hondurasorganisé par une élite parce que des réformes sociales se profilaient à l’horizon. Un bon vieux coup d’Etat à l’américaine comme on n’en avait plus vus depuis le dernier en date en avril 2002 contre Chavez, au Venezuela.

Eh bien que nenni. Aucune réaction indignée en Europe. Aucun de nos grands démocrates de dirigeant n’est monté sur ses grands chevaux, en appelant à la mobilisation de la « communauté internationale » contre les vilains putschistes. Au contraire, on étouffe l’affaire et on accepte ce « gouvernement de facto », nouveau concept fort intéressant qu’il conviendrait de préciser dans un cadre constitutionnel.

 

Situons d’abord les choses : le Honduras est un petit pays très montagneux d’Amérique centrale, de plus de 7 millions d’habitants (contre 700.000 en 1926), troisième pays le plus pauvre d’Amérique Latine dont 60% de la population vit sous le seuil de pauvreté. La délinquance est prégnante au Honduras, où le taux d’homicides, un des plus élevés au monde, est de 57 pour 1.000 habitants.

Le pays est essentiellement exportateur de café, de minerai et de bananes grâce à cette philanthropique multinationale qu’est Chiquita, ex United Fruits. L’appellation contrôlée de « république bananière » doit d’ailleurs beaucoup à l’interventionnisme de la quasi monopolistique  United Fruits (69% des importations US de bananes en 1899) mais aussi de ses concurrentes de l’époque dans les affaires du Honduras notamment, et ce depuis un bon siècle.

 

chiquita3Comme ses voisins, le pays a connu tout au long du XIX è et du XXè siècles (et surtout depuis la doctrine Monroe en 1823) des successions de guerres civiles et de coups d’Etat, entre libéraux et conservateurs, ces derniers réussissant à se maintenir au pouvoir jusque dans les années 70. Mais en gros, les libéraux qui arrivaient au pouvoir s’alignaient bien vite sur les conservateurs, souvent très proches des pays étrangers.

Un des grands coups d’Etat qu’a connus le Honduras, en 1912, a été provoqué par un exploitant de bananes US dénommé Zémurray qui s’est appuyé sur un ancien président hondurien en exil aux Etats-Unis, le général Bonilla, pour prendre le contrôle du pays. Grâce à quelques mercenaires, le coup d’Etat a pu se faire en l’espace d’un an, et Bonilla a donné à Zemurray 10.000 hectares pour 20 ans.

 

Comme dans beaucoup de pays latino américains, l’Etat offrait en fait des concessions plus ou moins longues aux entreprises. Un bel exemple est constitué par l’extraction minière, fin XIXè : pas de taxe sur l’exportation de l’or, de l’argent, du cuivre, et les entreprises pouvaient aussi utiliser toutes les ressources en eau et en bois qu’elles voulaient dans le pays. Le gouvernement a même fourni à ces entreprises des listes de travailleurs, histoire de fournir la nombreuse main d’œuvre nécessaire. Et cela leur a bien servi : en 1905, les métaux précieux représentaient, tout comme la banane, 43,7% de la valeur des exportations du pays.

 

Les compagnies et l’Etat ont aussi construit des lignes de chemin de fer : pour les gouvernements il s’agissait de développer le transport et l’économie du pays, hélas pour les bananières il était seulement question d’acheminer les cargaisons vers les ports. Et c’était le jackpot pour les bananières : elle devaient construire les lignes (mais, au final, suivant le tracé qui les arrangeait) et en échange le gouvernement leur donnait des terres (d’après le livre d’André Marcel d’Ans, 71.000 hectares ont été donnés à United Fruits par le Honduras soi disant pour le chemin de fer). Dans les années 20, United fruits accapare un bon quart des meilleures terres cultivables du pays. Au passage précisons qu’a capital d’United Fruits, on retrouve le trust Morgan et la famille Meiggs, qui a pris comme créneau la construction de chemins de fer.

Les bananières pouvaient aussi exploiter le bois qu’elles voulaient dans tout le pays, récolter de l’eau à 50 km des lignes, bénéficier d’un détaxage de toutes les activités de construction etc. En 1935, les 1.450 km de voies ferrées du Nord est étaient ainsi toutes en zone de production bananière.

Les concessions, en outre, étaient prévues pour une longue durée : 99 ans pour la Standard Fruits (soit jusqu’en 2009), et ad vitam eternam pour United Fruits, et les bananes n’étaient pas taxées au départ avant de l’être légèrement.

En 1920, Zémurray, patron de la Cuyamel, obtient du successeur de Bonilla, le général Gutierrez, un « contrat d’antichrèse » un peu spécial lui donnant la main sur l’ensemble du chemin de fer du Honduras, et ce pour pas un rond ! Zémurray a proposé au Honduras de prêter, via une société créée pour cela, de quoi rénover le chemin de fer à 8% d’intérêts. En échange, ladite entreprise recevait le chemin de fer en gérance. Et l’Etat, qui s’était endetté pour ces infrastructures, ne pouvait plus rien en espérer. Par contre, il devait rembourser sa dette envers Zemurray, ce qui a pris une trentaine d’années.

 

Tout cela a énervé United Fruits, qui décide de mettre en place son propre dictateur, le général Andino. Si bien united_fruit_companyqu’en 1923 le pays est déchiré par les factions rivales de Cuyamel et de United Fruits. Les Etats-Unis convoquèrent tout le monde en croisière sur le Milwaukee et commencent à mettre le Honduras sous la coupe US. En 1929, Zemourray fait absorber Cuyamel par United Fruits et en devient l’un des plus gros actionnaires puis le PDG dans les années 40. Cette année-là, les exportations de bananes représentaient 85% de la valeur des exportations honduriennes. Le monopole pouvait commencer, déstructurant au passage la vie politique du Honduras.

Les conditions de travail dans ces exploitations seront quant à elles à l’origine de la création clandestine du Parti Communiste vers 1926. Puis avec la crise de 29, les baisses de salaires et les licenciements massifs, le PC sort de l’ombre lors des grandes grèves qui éclatent dans les exploitations en sous activité. Les affrontements sont nombreux avec les milices des bananières et la police.

 

A la suite de la grande dépression, les Etats-Unis parviennent à installer des alliés au pouvoir dans de nombreux pays d’Amérique latine : Ubico au Guatémala, Martinez au Salvador, Somoza au Nicaragua, Batista à Cuba, Trujillo en Rép. Dominicaine et au Honduras, Tiburcio Carias Andino, qui a su réprimer les mouvements populaires, jugés trop nombreux par les multis US pendant que le PNB du pays revient à son niveau de 1937, le plus bas.

 

Sous la coupe US


Après le pillage des conquistadors puis celui de la bourgeoisie locale, vint donc celui des multinationales, puis l’avènement du populisme dans l’après guerre. Les tensions sociales sont inévitables, surtout dans les villes.

Au début des années 50, le président guatémaltèque Arbenz, avec sa réforme agraire qui reprend aux bananières et consorts plusieurs dizaines de milliers d’hectares, fait peur à United Fruits et aux US. Les potiches mis au pouvoir par les Américains s’empressent alors de faire front commun pour bloquer le communisme et les réformes sociales. Le Honduras, par exemple, permet en 1951 à un putschiste guatémaltèque soutenu par la CIA d’entraîner ses troupes sur son sol, pour qu’en juin 1954 cette petite armée renverse Arbenz.

Quelque temps avant, le Honduras passe un accord de coopération militaire avec les US, qui pourront envoyer des troupes dans le pays, officiellement pour former l’armée hondurienne. C’est d’ailleurs le rôle qu’a encore joué le Honduras dans les années 70, servant de base arrière US pour déstabiliser le Salvador et le Nicaragua.

A partir de là, la contestation est réduite à peau de chagrin au Honduras et United Fruits ne cède à aucune revendication sociale. D’autant plus que les syndicats US bidons prennent en main la propagande anti marxiste.


Puis une junte militaire dirigée par le général Rivera et le colonel Moncada s’installe au pouvoir en 1954, après diverses péripéties électorales. Immédiatement, un accord d’assistance bilatéral est signé avec les US. Les militaires restent jusqu’en 1981.

Dans les années 70, Suazo, anti communiste fervent, s’oppose aux sandinistes au Nicaragua, et le Honduras sert de base arrière aux opérations militaires des contras et des US pendant que le pays s’enfonce dans la crise économique et que la répression s’abat sur tout contestataire.

 

102761_p_01_07_2009Le –très bref- épisode Zelaya


Bref, le Honduras n’échappe pas au schéma qui règne d’une manière générale en Amérique latine : la mainmise US et les gouvernements fantoches ont traversé l’histoire du pays jusqu’à aujourd’hui.

De fait, si la dernière élection régulière a vu le libéral à forte tendance conservatrice Manuel Zelaya, un grand propriétaire foncier, arriver au pouvoir en novembre 2005 (avec 50% d’abstention), il est arrêté le 28 juin 2008 par l’armée et expulsé au Costa Rica (puis au Nicaragua et au Salvador), le jour même d’une « consultation populaire » pour savoir s’il fallait ou non convoquer une assemblée afin de faire une nouvelle constitution.

 

Elu avec un programme qui pourtant n’avait pas grand-chose de social, Zelaya misait sur la sécurité et la lutte contre les gangs en proposant le désarmement ou la prison à leurs membres (dont les deux principaux, également présents aux Etats-Unis, la Mara Salvatrucha et la Mara 18). Hélas, l’insécurité n’a pas diminué et la crédibilité du gouvernement a commencé à être sérieusement mise en cause par l’opposition, qui a mené des campagnes afin de convaincre les électeurs que Zelaya laissait faire, et même était complice d’une vague d’assassinats impunis de jeunes hommes des quartiers pauvres. Car, des motifs d’inquiétude se font jour, comme l’augmentation de 60% du salaire minimum ou la gratuité scolaire.

Il convient de préciser que le FMI, au même moment et fidèle à lui-même et à ses « politiques d’ajustement structurels » qui ont plongé plusieurs continents dans la crise, préconisait la privatisation de Hondutel, l’entreprise nationale de téléphone, mais aussi de l’ENEE (Empresa Nacional de Energia Electrica), l’entreprise de fourniture d’énergie, afin de combler la dette du pays.

 

Pendant ce temps, Zelaya célèbre avec Chavez et Ortega la révolution sandiniste, ce qui fait passer notre libéral pour un gauchiste aux yeux de beaucoup de monde qui avait cru mettre au pouvoir un vrai gugusse de droite. Sacrilège s’il en est, il se rend même à Cuba. Dans une interview au quotidien espagnol El Pais, il a expliqué la raison de son virage à gauche : “ J’ai pensé faire des changements depuis l’intérieur du schéma néo libéral. Mais les riches ne cèdent pas un penny. Les riches ne cèdent rien de leur argent. Ils veulent tout pour eux. Alors, logiquement, pour faire les changements il faut intégrer le peuple ».

 

Ce qui n’arrange rien pour Zelaya, c’est quand début 2008 Chavez a proposé, via la compagnie pétrolièrecalcomaniagolpistas3_copia vénézuelienne à vocation « sociale » Petrocaribe, des produits pétroliers à bas prix avec des facilités de paiement, incluant des formes de troc de produits agricoles contre le pétrole. L’accord portait sur 20.000 barils de brut par jour pendant deux ans ce qui représentaient 100% des besoins en fioul pour faire de l’électricité, et 30% du gasoil nécessaire au pays. Le Honduras a donc rejoint le consortium Petrocaribe, faisant craindre aux pétrolières traditionnellement installées au Honduras (Exxo, Texaco, Shell) pour leurs petites affaires.

Ensemble, elles ont donc rejoint la coalition putschiste de Micheletti.

Même s’il fallait bien reconnaître que l’accord passé avec le Venezuela était bénéfique pour le Honduras, d’aucuns se sont inquiétés de savoir s’il n’y avait pas derrière un accord politique à tendance socialiste, d’autant plus que Zelaya avait intégré le Honduras à l’Alternative Bolivarienne (ALBA) de Chavez en août 2008. Les « grands médias » le patronat s’excitent, et les 150 multinationales US implantées au Honduras, idem.

 

En plus de cela, Zelaya a dit qu’il comptait virer les américains de leur QG hondurien de Soto Cano (Palmerola) pour transformer la base en aéroport international.

Il convenait donc de circonscrire l’incendie, malgré (ou surtout à cause) des résultats plutôt satisfaisants de Zelaya en ce qui concerne les conditions de vie des plus pauvres.

Très vite, la campagne de désinformation fut si virulente que Zelaya a tenté d’obliger une dizaine de radios et TV à diffuser des informations sur les actions du gouvernement, pendant 10 jours entre 22 h et minuit. Evidemment, il a été traité de totalitariste et, pire encore, de chaviste.

Du côté de Micheletti, on retrouvait l’armée (dont les cadres ont été formés par les US), le Congrès, l’Eglise (comme la cardinal Oscar Rodriguez) , la Cour suprême (qui a fortement contribué au putsch), l’ambassadeur US Llorens, les médias nationaux privés et bien sûr la plupart des patrons de multinationales. Depuis près d’un an, des réunions avaient lieu entre certains de ces protagonistes afin –au moins- de freiner Zelaya. En face de Micheletti et sa clique, une grande partie de la population et les chefs d’Etat de tendance de gauche du continent.

 

  20090629elpepuint_13C’est donc le jour d’une grande consultation au sujet de l’Assemblée constituante, le 28 juin 2009, que Zelaya est arrêté par les militaires, menés par le général Velasquez afin dit-il de « sauver la démocratie ». D’après lui, le coup était même préparé de longue date en raison des relations de Zelaya avec des pays comme le Venezuela ou la Bolivie, où la tension avec les US est forte.

 

Les Etats-Unis, malgré moult dénégations, auraient été au courant du projet de putsch depuis le début. De mauvaises langues, d’après les coups d’Etat précédents, pourraient même dire qu’il y a de fortes chances pour qu’ils en aient été les instigateurs. D’ailleurs, ça serait même parti de la base US de Soto Cano, à une centaine de kilomètres de la capitale, où squatte une troupe sous commandement du Southern Command (division de l’armée US qui gère l’Amérique Latine). D’ailleurs, quelques Contras en sont partis jadis. Des gens très bien, comme l’ambassadeur US au Honduras, Hugo Llorens, ou le conseiller d’Hillary (Clinton) John Négroponte, qui a été dans ce pays au moment de la lutte contre la guérilla sandiniste, ont discuté âprement de virer Zelaya. Llorens a d’ailleurs reconnu avoir participé à des réunions au sujet du fameux putsch.

 

Le 28 juin au petit matin, donc, Zelaya est arrêté dans la résidence présidentielle. Au passage, les ambassadeurs honduras_resistenciade Cuba, du Venezuela et du Nicaragua sont séquestrés également. Pas besoin de décision de justice, on verra ça plus tard. D’ailleurs, rien dans tout ce cirque n’est légal.

On fait signer à Zelaya une lettre de renonciation à la présidence, et la Cour suprême déclare qu’il a voulu modifier la Constitution pour se faire réélire, ce qui est très mal (Sarko en sait quelque chose, lui qui nous a modifié la constitution une bonne dizaine de fois en 2 ans). Cependant, Zelaya ne pouvait pas se faire réélire puisque les élections suivantes étaient encore soumises à l’ancienne Constitution, qui limite à un seul mandat de quatre ans. Par ailleurs, on notera qu’Uribe, président colombien ami des américains, a fait réviser la Constitution pour être réélu en 2006, et cela a recommencé cette année grâce au Congrès. Enfin, bref. Au passage, on accuse aussi Zelaya d’usurpation d’autorité et de trahison à la patrie.

 

Les manifestations populaires sont réprimées (ce qui est encore la cas pour toute manif de soutien à Zelaya), et c’est donc le président du Congrès, un collègue du parti libéral concurrent de Zelaya, qui est mis sur le trône par le Congrès, justement, sans que les médias commerciaux n’aient rien à redire, dans leur ensemble. Immédiatement, Micheletti déclare le couvre-feu.

Très vite, la cour suprême retire à Zelaya le pouvoir de commander l’armée, et donne ce pouvoir au général putschiste Vasquez Velasquez. Dès le 23 juin, le Congrès interdit tout référendum ou consultation durant les 180 jours précédant ou suivant une élection, ce qui empêche Zelaya de demander aux électeurs de lui confirmer leur confiance, et qui rend illégale la consultation qui était prévue le 28 juin.

 

manifestacion_Empresarios_centroamericanos_condenan_bloqueo_comercial_contra_Honduras_noticia_encabezadoAu départ, il y a eu comme une sorte d’attentisme à l’international. Mais, face aux critiques qui se sont faites entendre de plus en plus fort, l’ONU a refusé de reconnaître le gouvernement putschiste, et Obama aussi. Toutefois, en négociant avec Micheletti et consorts pour arranger le retour de Zelaya, Obama donne une légitimité certaine à ce gouvernement non sorti des urnes. L’Organisation des Etats Américains a également refusé cette reconnaissance, ce qui a été jugé « illégitime » par Micheletti.

Contrairement à la Banque Interaméricaine de Développement, le FMI et notre ami de la démocratie DSK ont quant à eux ouvertement soutenu Micheletti, qui lui au moins, va faire les réformes demandées par l’ultra libérale institution, et laissera le FMI (en très mauvaise position en Amérique Latine du fait du rachat des dettes des pays par le Venezuela) faire un prêt de 150 millions de dollars (+13 milliards)  au Honduras.

 

Actuellement, la Cour suprême a donné le feu vert pour le début de la campagne électorale des législatives le 29 novembre, et ce avant même d’avoir rétabli l’ordre démocratique dans le pays. Mais Hillary Clinton vient d’annoncer la suspension de l’aide au Honduras, dont le versement est conditionné au « retour d’un gouvernement démocratique et constitutionnel au Honduras ».

 

Pas de « coup » sans les médias

 

Comme on l’avait déjà constaté à maintes reprises, les médias commerciaux adhèrent immédiatement à la version officielle du coup d’Etat, et légitiment les putschistes ne serait-ce qu’en leur donnant exclusivement la parole. Le jour du coup d’Etat, la seule chaîne TV publique a été fermée, puis rouverte quelques jours plus tard, ainsi que les radios jugées dangereuses par l’armée, comme Radio Globo (accusée actuellement « d’inciter à l’insurrection » et menacée de fermeture ainsi que de la saisie de tout son matériel). L’électricité a même été coupée pour que personne n’émette ni ne reçoive d’infos.

 

Car, l’un des miracles des médias, surtout les grands médias bien commerciaux, c’est qu’il suffit qu’ils disent 20090628elpepuint_9quelque chose dans la case « infos » pour que tout le monde prenne cela pour argent comptant. Ainsi, en avril 2002 au Venezuela, les chaînes privées ont immédiatement avalisé les putschistes en leur donnant la parole pendant que Chavez était détenu par l’armée. Eh bien là, on a refait exactement pareil : on a montré Micheletti, on l’a laissé développer ses arguments, on a fait des reportages allant dans son sens, et tout le monde s’est dit « ah ben on a changé de gouvernement » sans savoir pour quoi et surtout pour qui.

On voit ainsi le quotidien espagnol El Pais, le jour même du coup d’Etat, qualifier Zelaya de populiste dans l’introduction d’une interview réalisée deux jours plus tôt pour justifier la destitution du général Vasquez Velasquez car celui-ce refusait de faire distribuer le matériel électoral (la Cour suprême l’a rétabli juste après). Comme par hasard, on demande à Zelaya s’il « a le contrôle du pays », s’il contrôle l’armée aussi… ce à quoi il doit bien répondre qu’ « en ce moment les forces armées sont insubordonnées ». C’est le moins qu’on puisse dire. Comme une prémonition, Zelaya explique qu’une « conspiration » s’est mise en place, et évoque « la Cour [qui] a confectionné trois résolutions afin de déclarer illégale la consultation de dimanche », le 28 juin, et « le Congrès qui tente de me déclarer incompétent pour gouverner (…) pour pouvoir demander ensuite aux Forces Armées de faire un coup d’Etat ». Pour autant, personne n’a bronché, l’info est passée comme une lettre à la poste du temps du service public.

Innocemment, Zelaya répond au journaliste qu’il ne pense pas que l’ambassade US soit dans la conspiration, car, dit-il, « si l’ambassade des Etats-Unis l’avait approuvé, ils auraient déjà fait le coup d’Etat. Mais l’ambassade des Etats-Unis n’a pas approuvé le coup d’Etat. Et croyez-moi », ajoute le chef d’Etat, sûr de lui « si en ce moment même je suis ici, dans la résidence présidentielle, en train de parler avec vous, c’est grâce aux Etats-Unis ». Il faut croire qu’ils ont changé d’avis dans les 48 heures suivantes ! Zelaya explique même qu’ « on » l’a averti qu’à trois heures du matin on viendrait le capturer et l’envoyer loin ou même pire. Du coup, 1.000 à 2.000 personnes tournent autour de la résidence : « pour pouvoir me capturer, ils devraient faire un massacre », assurait alors le président.

 

A part Tele Sur, dont les journalistes ont été renvoyés du pays, peu de médias ont réellement tenté de rétablir les choses ou au moins de les recadrer. Pendant que les journalistes dissidents se font virer, reçoivent des menaces de mort (comme le directeur de El Liberador), se font agresser (voire sont liquidés, comme Gabriel Fino Noriega de Radio Estelar et Radio America, qui a été criblé de balles le 3 juillet 2009 en sortant de la radio où il prenait position contre le putsch, ce qui n’empêche pas Reporters Sans Frontières de préciser que ce meurtre n’a rien à voir avec le coup d’Etat), ou se font même arrêter,  comme quatre journalistes de la TV Canal 5, détenus par les militaires, les médias commerciaux passent en boucle la propagande mélangée à des programmes insipides.

Les radios et TV un peu indépendantes qui osaient critiquer le nouveau régime ont été fermées et/ ou mitraillées par l’armée, comme Radio Justicalpa. Celles qui soutenaient la consultations populaire, comme Radio Globo, Canal 8, Canal 36, Maya TV, Radio Progreso et d’autres ont été occupées par l’armée le 28 juin et parfois après.

 

A d’autres, les militaires ont bien spécifié qu’il était interdit de diffuser des infos qui ne venaient pas de Micheletti.

L’ambiance au Honduras est donc loin d’être propice à la liberté d’expression, et les journalistes non alignés sont les premières cibles des putschistes, qui tiennent bien sûr à contrôler entièrement l’information dans le pays si ce n’est à l’extérieur. Aujourd’hui, tout n’est pas rentré dans l’ordre, loin de là. La chaîne Canal 36, par exemple, dénonce le fait que son signal soit saboté par le gouvernement avec l’aide de Hondutel et de la Commission Nationale des Télécommunications.

 

ZelayaAlaFrontiereQuand Zelaya est parvenu à rentrer brièvement au Honduras le 24 juillet, les chaînes privées ont diffusé des feuilletons et une manif en faveur de Micheletti.

 

Les médias privés qui continuent font, comme on l’a vu en France sous l’Occupation, de la propagande (même RSF le dit !), mêlant campagnes de dénigrement de Chavez et du Venezuela à des pseudo revendications démocratiques. La Tribuna, l’un des principaux quotidiens, appartient à un ami de Micheletti, Carlos Flores Facussé, qui a été président du Honduras de 1998 à 2002. La Prensa et El Heraldo appartiennent quant à eux à Jorge Canahuati, président de la commission internationale et de la Société Interaméricaine de Presse. La Prensa, un peu comme Paris Match qui fait disparaître les bourrelets de sarko, fait disparaître les traces de sang sur un jeune manifestant mort lors d’un défilé de soutien à Zelaya.

Aujourd’hui, on apprend que Canahuati et son frère, Jesus, président des maquiladoras, ainsi que quelques entreprises importantes, ont versé de l’argent (28.000 dollars paraît-il, mais ça fait peu) à des lobbyistes US pour préparer le coup d’Etat.

 

L’Université Leticia Salomon a même réalisé une étude montrant que Facussé, proprio de La Tribuna,inf_DDHH Canahuati, mais aussi les chaînes de TV 2, 3, 5 et 9 « étaient les piliers fondamentaux du coup d’Etat ». Une bonne partie des télévisions (Grupo Televicentro, Telecadena, 7y4, Telesistema, 3y7, Multivisión, Multidata, Multifon, Televicentro Online) et des radios (Emisoras Unidas, HRN, Radio Norte, Suave FM, Rock n' Pop, Vox FM, XY, 94 FM, Radio Satélite, Radio Caribe, Radio Centro) appartiennent à Rafael Ferrari, un autre comploteur. Il est vrai que, sans la propagande médiatique, les choses auraient été bien plus difficiles.

De hauts cadres de Grupo Continental, qui chapeaute la banque du Honduras, l’agro industrie et de nombreux moyens de communication, Gilberto Goldstein et Jaime Rosenthal (parmi les hommes les plus riches du pays), étaient aussi dans le coup, ainsi que des familles qui contrôlent une grande partie des richesses du pays comme le banquier Camilo Atala, Fredy Nasser, le sucrier Guillermo Lippman et d’autres du même acabit.

 

Bilan

 

A l’heure actuelle, aucun gouvernement n’a eu le culot de reconnaître Micheletti et ses copains, contrairement à ce qui s’était produit lors du coup d’Etat au Venezuela (en effet, Bush et Aznar se sont empressés de reconnaître le gouvernement putschiste).
Tout l’été et encore aujourd’hui, des manifestations de soutien à Zelaya ont lieu, dans la capitale et ailleurs, et sont réprimées dans la violence. Les syndicats, regroupés dans le Front Syndical Contre le Coup d’Etat, ont aussi lancé une grève générale la semaine dernière, et des marches vers la capitale sont organisée par le Front de Résistance Contre le Coup d’Etat. Les manifestants, parfois, s’en prennent à des symboles de l’entreprise capitaliste, comme les magasins Burger King, signe qu’ils savent très bien à qui ils doivent le putsch.

 

manifestaciones_honduras_4Une mission internationale d’observation est venue constater que le nouveau gouvernement ne respectait pas les droits de l’homme, et recommandait la rupture des relations diplomatiques avec le Honduras.

Doucement, l’Europe commence à faire les gros yeux à Micheletti, et tente de l’amener à négocier une sortie de crise pacifique, en faisant par là même un interlocuteur acceptable.

Le gouvernement « de facto » a donc pris un sérieux plomb dans l’aile, mais cela ne l’empêche pas de camper sur ses positions, tel une bernique sur son rocher. Gardé, certes, par l’armée et les détenteurs de capitaux nationaux. Cependant, pas de bol, l’opinion publique comme les honduriens se sont mobilisés pour dénoncer cette usurpation de pouvoir, obligeant les gouvernements, comme ce fut le cas pour le Venezuela, à condamner le coup d’Etat. Même si, on le voit à la longueur du temps de réaction, lesdits gouvernements n’étaient (et ne sont toujours) pas pressés de demander le retour de Zelaya.

A l’international, c’est toujours Zelaya qui représente le Honduras, où il ne peut mettre les pieds, et il nomme encore les ambassadeurs du Honduras un peu partout.

Micheletti, lui, a comme objectif les élections de novembre, dont la campagne vient de démarrer.

 

Aujourd’hui, on parle des accords de San José, organisés par l’OEA et censés permettre une sortie négociée de la crise, sous la médiation d‘Oscar Aria, président du Costa Rica. Cependant, il y a désormais cinq candidats qui demandent à ce que leur légitimité soit reconnue après les élections de novembre, mais qui ne demandent pas, par contre, le retour de Zelaya (menacé d’être poursuivi en justice s’il rentre au Honduras, car la Cour suprême considère que le gouvernement de facto est légitime).

L’un des candidats, Felicito Avila du parti démocrate chrétien, a ainsi expliqué dans La Tribuna en rentrant de San José que « Nous ne prétendons pas faire revenir Zelaya au pouvoir, il s’agit de renforcer la démocratie et que la communauté internationale reconnaisse le gouvernement ainsi que le résultat des élections régionales de novembre ». Au cas où quelqu’un a cru qu’il était encore question de remettre les choses en ordre, voilà qui sera plus clair. Toujours dans La Tribuna, un autre candidat, Elvin Santos du parti libéral, demande instamment (et dans le titre du papier) à Zelaya de « cesser immédiatement les menaces, les hostilités, la diffamation et le mensonge qu’on a vus augmenter ces derniers jours », et dénonce un Zelaya qui se bat « contre les intérêts du Honduras ». Rappelons seulement que Zelaya est exilé bien loin et n’a pas, lui, les médias à sa botte. Son pouvoir de nuisance reste donc limité.

 

De fait, la question s’est déplacée du coup d’Etat illégitime et illégal vers le concept beaucoup plus flou et général de « crise ». Aujourd’hui, comme par magie, le débat ne porte plus vraiment sur le retour de Zelaya, mais sur la sortie de crise, si possible sans effleurer les susceptibilités de l’oligarchie hondurienne qui a usurpé le pouvoir. On se réunit, on discute, on tergiverse, mais depuis le début de l’été force est de constater que c’est bien Micheletti qui tient les rênes du pays. Etrangement, il a refusé (parce que oui, on lui a poliment demandé son avis) un accord prévoyant le retour de Zelaya.

Pendant ce temps-là, on lit dans la presse alignée, comme La Prensa de Canahuati, que Zelaya cherche (encore) à « créer l’anarchie et détruire le parti libéral ». Le combat de la propagande et contre-propagande n’est certes pas fini, et cela encore une fois au détriment de la légitimité démocratique du moins ce qu’il en reste. Les prochaines élections promettent donc de se dérouler dans un climat des plus tendus, voire des plus malsains pour la démocratie.

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17 septembre 2009

Encore 5 ans d’ultra libéralisme pour l’Europe

 

C’est passé comme une lettre à la poste : Barroso remet ça pour encore cinq ans, sans que personne n’y trouve à redire, bien au contraire. Même si le bilan économique, social et politique dudit Barroso est lamentable, l’ensemble des chefs d’Etat soutenait monsieur le président, et le Parlement, malgré quelques remous, a suivi hier. Et les « socialistes » avec, d’ailleurs.

 

Bien qu’en principe, l’Europe ne soit pas encore complètement devenue un groupe de Républiques bananières, Durao_Barroso_cartoonl’ami des multis régulièrement présent (entre autres) au Bilderberg a surtout été reconduit parce qu’il était le seul candidat à sa propre succession. Interdit de glousser, tout est démocratique, on vous dit !

L’ancien maoïste devenu chantre de la « concurrence libre et non faussée » qui a toujours une oreille attentive pour les lobbyistes des banques et des multinationales pourra donc continuer à libéraliser autant qu’il peut. Le libéralisme décomplexé a encore de beaux jours devant lui en Europe.


Le silence sur les enjeux de cette nomination révèle l’ampleur du désastre démocratique qu’est devenue l’Europe : il s’agit en effet du poste le plus important en Europe et donc pour les Etats. L’absence de campagne expliquant les enjeux montre bien que le but n’est pas de « rapprocher l’Europe des citoyens », comme on nous le dit quand on doit voter, mais bien d’assurer la pérennité d’un système qui n’a décidément rien de démocratique. Car c’est bien Barroso qui va nommer les commissaires européens, et il faut également rappeler au passage les –très- larges compétences de ces gugusses non élus qui forment la sacro sainte commission européenne, celle qui dicte une majorité des lois votées en France comme dans l’ensemble des pays européens.

Une fois plus, le citoyen a comme l’étrange impression que l’Europe se fait sans lui. Et même, que l’Europe n’a rien à faire de son avis, un peu comme ce fut le cas quand nous avons refusé le traité constitutionnel que sarkoléon nous a refourgué un an après.

 

La commission a seule l’initiative des lois et de la rédaction des textes législatifs dans les matières suivantes, c’est-à-dire pour à peu près tout :

· Union douanière et marché unique

· Politique agricole commune (du moins ce qu il en reste) et politique commune de la pêche

· Protection de la sacro sainte concurrence, ce qui permet de regarder de près les « barrières » qui existent un peu partout comme les services publics, les subventions publiques, les normes sanitaires etc

· Union économique et monétaire

· Citoyenneté de l’Union ( Tiens, nous aurions déjà une « citoyenneté » européenne, au-delà peut-être de nos nationalités ?)

· Education (à ce propos je vous suggère de lire ce papier un peu long certes sur la collusion entre la commission européenne et les multinationales en ce qui concerne les grands réformes de l’éducation, initiées par la commission contrairement à ce que les gens pensent) et culture

· Transports, et toujours n’est-ce pas avec en tête l’impératif écologique.

· « Protection des consommateurs », mais pas des OGM, ni des produits chimiques, ni des vaccins, ni des téléphones portables, ni du poulet hormoné US, ni contre les compagnies d’assurance qui tondent leurs clients, ni les banques qui tondent leurs clients, ni les pétrolières qui… bref, la liste est longue

· Santé (ça c’est l’humour de la commission européenne, il n’y a qu’à voir ce qu’est le contrôle européen des médocs et autres substances toxiques…)

· Recherche (évidemment, on sait au profit de qui, d’où les réformes de l’université etc)

· Protection de l’environnement (là, on est franchement plié de rire)

· Et la meilleure : la Politique sociale (no comment)

· Une autre, pas mal aussi, si c’est du douzième degré : l’espace de liberté de sécurité et de justice européen, ce qui permet à la commission de décider en matière de défense et de sécurité de l’Europe. L’immigration est donc de son seul ressort, ainsi que les normes en matière de frontières.

 

Autant de domaines pour lesquels le Parlement est réduit au simple rôle d’une chambre d’enregistrement. Bien sur, les commissaires (grassement rémunérés au demeurant : 240.000 euros par an !!!), avant de prendre des décisions, savent s’informer auprès des multinationales et de leurs représentants sur les sujets qui les préoccupent.

Pour le reste (droits de l’homme, terrorisme et quelques chimères du même genre) les Etats membres peuvent aussi avoir l’initiative des lois. Mais en aucun cas le Parlement, qui pourtant est le seul organe élu par la population en Europe. Mais enfin, tout le monde sait qu’on peut passer outre l’avis des parlementaires européens si le Conseil suit.

La commission, donc, concentre presque tous les pouvoirs, sur presque toutes les matières. Et celui qui impulse la « dynamique », comme on dit, c’est Barroso.


Il est donc très inquiétant qu’il n’y ait pas eu de campagne officielle, au moins pour que les gens connaissent son programme et sachent pourquoi tout le monde semble lui faire confiance malgré les dérives ultra libérales de ladite commission.

Il est également très inquiétant qu’il y ait un consensus des élites européanistes pour reconduire ce type. A droite comme à gauche, tout le monde est d’accord, et tout va bien.

 

Certes, Blair ou Fillon, c’était pareil. Le pantin ne change rien à l’orientation de l’Europe : depuis 60 ans elle fonctionne contre les peuples, et tout va bien !

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12 septembre 2009

Quand l’absence d’humanité devient un mode de management

<p><p>France Télécom</p></p>


« France Télécom, ce n’est décidément plus ce que c’était », voilà le constat qui revient dans les bouche des consommateurs (ex usagers) mais aussi des salariés du groupe. Depuis bientôt une dizaine d’années, en effet, la réorganisation est en cours. Ancienne entreprise publique, dans laquelle l’Etat reste encore le plus gros actionnaire avec 26% environ (contre 64% avant 2000), mais près de 70% du capital (soit 1. 381 millions d’actions) est détenu par un certain « public » (cf. p 245) dont il est difficile de savoir qui se cache derrière. L’opacité en ce qui concerne l’actionnariat individuel de France Télécom est d‘ailleurs assez particulière. Enfin bref, cette entreprise, qu’on a dit à l’époque la plus endettée de France histoire de justifier la privatisation, vit depuis quelques années sa période noire en ce qui concerne la « gestion du personnel », comme disent ces messieurs dames des RH (enfin ceux qui retsent).

 

Un « changement de culture » radical

 

Bref, oui, en devenant une bête entreprise privée, FT a comme disent certains « changé de culture », et les FT_AA_9salariés ont du comprendre que désormais, la qualité du service passait après l’impératif de rentabilité à court terme (pour satisfaire des actionnaires qui spéculent plus qu’ils n’investissent). En dehors de cela, il a fallu « réorganiser ». N’importe quel salarié vous dira que FT a toujours été un chantier perpétuel. Mais avant, au moins, « on savait où on allait ».

Ce changement de culture a pris une forte accélération avec l’arrivée de Thierry Breton, un ancien de Thomson, puis conseiller de la banque Rothschild, puis PDG d’Atos, à la tête de la boîte de 2002 à 2005. Au passage, celui-ci a réussi à augmenter son salaire de manière conséquente au moment où, un peu comme sarkoléon, il demandait aux autres de se serrer la ceinture.


Le management à la « pression » a alors démarré afin de « redresser » l’entreprise, c’est-à-dire en augmenter le capital afin de la rendre plus alléchante pour les actionnaires. Breton voulait donc de « fortes améliorations des performances opérationnelles», ce qui veut dire réduire les coûts au maximum, l’œil rivé sur la colonne « débit » de la comptabilité. Des consultants sont venus dire comment faire des économies, et on a donc remplacé les gens des ressources humaines par des comptables, dont le seul objectif était de réduire les coûts. Désormais l’avancement se ferait en fonction des réductions de coûts, voire des gains dégagés. Breton l’a dit lui-même : il allait mettre l’entreprise « sous pression ».

 

Il avait à cet effet mis en oeuvre le « programme Top » (sic.) : 40 grands chantiers destinés à réduire la dette de FTde 15 milliards d’euros. 35 à 40% des « économies » devant concerner les « coûts opérationnels », et les effectifs ont commencé à baisser (moins 5% des effectifs en 2002 déjà, moins 40% d’emplois en CDD et moins 30% pour l’intérim, avec en revanche + 17% d’accidents de travail et sur le trajet. En 2007, 17.000 emplois ont encore été supprimés). En quelques années, 70.000 salariés ont disparu, en laissant encore 100.000 sur le territoire pressurés et stressés comme rarement cela se voit dans une entreprise :on comptait environ 170.000 salariés en France en 2000, 125.000 en 2004, et 100.000 aujorud’hui. On a donc réorganisé sec, à FT.

 

FRANCE_TELECOMRéorganisation permanente et incertitudes

 

Comme par hasard, après les derniers suicides de salariés (qui sont intervenus après que les personnes aient appris une nouvelle concernant cette « réorganisation » permanente de FT), la direction a décidé de bloquer lesdites réorganisations et des mutations forcées jusqu’au 31 octobre, un sursis pour beaucoup d’employés de FT. Car la stratégie est de mettre les gens dans l’incertitude la plus complète : « personne, à FT, ne sait où il sera ni ce qu’il fera dans trois mois », explique un salarié du groupe, « ils peuvent très bien supprimer le service, ou juste ton poste, ou décider de te muter ou de te renvoyer… »

 

Les suppressions de postes à FT correspondent à des activités qui, le plus souvent, ont été sous-traitées. C’est ainsi que les travailleurs de FT se retrouvent avec des collaborateurs indiens ou égyptiens qui ne connaissent pas le métier et sont donc moins efficaces, et qui, d’autre part, ont l’inconvénient d’être loin, ce qui fait prendre des jours à des procédures simples qui auparavant prenaient quelques heures voire quelques minutes. De ce fait, le travail se complique et le stress augmente surtout si l’on tient compte de l’ambiance détestable dans l’entreprise. Ainsi, de nombreux métiers techniques sont externalisés, ceux qui restent en France devant changer de métier au sein de FT, parfois en trouvant seuls où se recaser.

 

Les résultats purement économiques de FT semblent, en tout cas, montrer que cette manière de faire est la bonne : les comptes se sont redressés, la dette a été colmatée, et le bénéfice (la fameuse marge brute opérationnelle) du groupe a atteint 35,6% de son chiffre d’affaires en 2008 (qui était de 53,5 milliards d’euros, une paille), contre 36,3% en 2007. Mais les miracles de la comptabilité ne peuvent dissimuler le caractère relativement improductif de ces bénéfices : en 2007, pas moins de 53,7% desdits bénéfices ont été reversés aux actionnaires, ce qui avait tout de même fait gagner 900 millions à l’Etat. Il s’agira probablement de presser le citron jusqu’au bout avant de se retirer.

Ce ne sont donc pas les actionnaires qui remettront en cause la gestion actuelle de FT. Cependant, il faut bien le dire, il est dans l’air du temps de ne se préoccuper que de bénéfice à court terme, sans tenir compte des aspects humains dans le travail, sans même d’ailleurs se rendre compte que ce sont des humains qui travaillent. Car il semble que le phénomène des suicides au travail soit apparu ces dix ou quinze dernières années, en même temps que la mondialisation et l’avènement de l’ultra libéralisme.

Là où la chose est dramatique (je finis ma parenthèse là-dessus) c’est quand ce sont des gens, des salariés normaux avec un salaire normal, qui se mettent à spéculer et qui deviennent responsables, d’une certaine manière, de leur propre licenciement dans le cadre de ce type de restructuration. Passons…

 

Une stratégie d’entreprise

 

En un an, 23 salariés du groupe se sont donné la mort, et cinq depuis le début de l’été, pour des raisons en partieft_suicide_licenciement au moins liées à leur travail. L’un d’eux était encore en ligne avec son délégué syndical quand le train est passé. Pourquoi en arrive-t-on à cette extrémité ? Pourquoi sauter par la fenêtre à cause d’une réorganisation des services, devenue chose banale à FT ?

Les syndicats du groupe dénoncent depuis longtemps déjà la dérive sérieuse du « management à la pression » instauré depuis longtemps aussi, mais qui s’est fortement accentué sous Breton. Un salarié qui s’est suicidé en juillet avait dénoncé quant à lui le « management par la terreur » qui règne à FT.

 

Car la réorganisation, c’est quoi ? Mutations forcées (« votre poste est supprimé, la seule place libre est à 400 kilomètres »), parfois fréquentes et souvent pour des postes inférieurs, histoire de pousser les gens à partir, réorganisations permanentes des services, course au rendement, pressions des RH pour vous montrer la porte de sortie (par exemple en envoyant chaque semaine une liste de jobs dans la fonction publique, et malheur à qui cliquera dessus : il sera identifié par les RH comme candidat au départ), obligation de changer de métier (il y aurait ainsi eu 70.000 changements de métier en cinq ans à FT, pas mal pour des « fonctionnaires » forcément encroûtés dans leur train-train), entretiens individuels réguliers et infantilisants, objectifs irréalistes, heures sup non payées, isolement dans le travail et donc d’avec ses collègues, pressions diverses et variées (par exemple exiger que les gens demandent la permission au responsable pour aller aux toilettes,

Pour certains cadres, la rémunération dépend pour moitié des réductions d’effectifs qu’ils seront capables de faire. Et dans deux ou trois ans, on changera de cadre…

Des médecins du travail de FT auraient même démissionné parce que la direction du groupe ne tenait aucun compte de leurs rapports de plus en plus alarmants sur la santé morale notamment des salariés.

 

Suite à ces suicides, la direction de FT a dit qu’ils allaient embaucher 100 personnes aux RH (des RH « de proximité », ce qui est le but 1er des RH en principe), mais c’est après avoir viré, depuis trois ou quatre ans, quasiment tous les salariés des ressources humaines de France Télécom. C’est comme cela qu’à Rennes, par exemple, il n’y a aujourd’hui personne aux RH pour un bon millier de salariés. Tout a été centralisé à Paris, où en fait de RH ce sont des comptables qui mènent la danse.

 

FT, finalement, révèle ce qu’est notre époque. Avec les nouvelles valeurs de la mondialisation et du grand « défi » de la concurrence mondiale que nous rabâchent les politiques nationaux et internationaux, mais aussi nos patrons, la préoccupation n’est plus l’humain mais ce qu’il vaut dans ce bordel qu’est le monde mondialisé actuel. En tant qu’être humain, avec sa vie, ses rêves, ses valeurs, ses envies, on peut effectivement se sentir vite à l’étroit dans cet « environnement concurrentiel » qui n’apporte rien de bon à personne.

On peut effectivement, quand on est entré à FT à l’époque du service public, quand la satisfaction des clients et le travail bien faits étaient des valeurs d’entreprise, se demander à quoi ça sert de travailler d’une manière si incohérente, sans savoir où on va, dans une entreprise dont on ne partage pas la seule valeur qui est la course au profit à court terme.

C’est la question d’une génération entière de travailleurs, coincés entre ce qu’on leur demande de faire et leurs principes moraux.

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08 septembre 2009

La grippe, occasion d'instaurer l'Etat d'urgence?

Source: AFP, Libération

Syndicat de la magistrature: plan grippe H1N1 "liberticide" pour la justice

PARIS — Un projet gouvernemental envisageant de bouleverser la procédure pénale en cas de pandémie de grippe H1N1 alarme le Syndicat de la magistrature (SM) qui dénonce un "dispositif liberticide".

Le SM s'inquiète de la "volonté de créer une justice d'exception par ordonnances gouvernementales, sans débat démocratique", dans une lettre adressée à la ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie et révélée par Libération.

Dans ce courrier, dont l'AFP a pris connaissance, le SM cite notamment le projet de confier les audiences pénales à un seul magistrat, "en violation du principe de collégialité". Le huis clos des débats pourrait être généralisé, et les mineurs envoyés devant le tribunal correctionnel.

Par ailleurs, le gouvernement envisagerait de ne permettre aux gardés à vue de voir leur avocat qu'à la 24ème heure de détention, plutôt qu'au début, mais aussi "de prolonger les délais de détention provisoire de 4 à 6 mois sans audience ni débat devant le juge des libertés et de la détention qui statuerait sur dossier".

Enfin, "tous les délais de prescription" seraient suspendus.

Dans la lettre adressée à Mme Alliot-Marie, le syndicat assure ne pouvoir "tolérer que de telles atteintes aux principes démocratiques soient envisagées par le gouvernement" et "demande expressément" à la ministre "de renoncer à la mise en oeuvre d'un tel dispositif liberticide".

Le SM critique en outre que les textes du plan gouvernemental aient été "transmis dans le plus grand secret" aux chefs de cour en juillet 2009.

Interrogée par l'AFP, la Chancellerie a "formellement contesté qu'il s'agisse de mesures attentatoires aux libertés", sans infirmer les informations du syndicat.

"Ce mesures sont au contraire protectrices des libertés", selon Guillaume Didier, porte-parole du ministère de la Justice.

"Nous avons prévu un plan équilibré, avec différents stades, établissant des mesures graduées dont les plus dérogatoires au droit commun n'auront vocation à s'appliquer qu'en cas de crise sanitaire très grave", a-t-il expliqué.

"Il s'agit d'un document de travail", a-t-il ajouté, précisant qu'aucun calendrier permettant d'aboutir à une législation par ordonnance n'était établi et qu""on ne sait même pas si la situation imposera d'adopter ce texte".

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                  Evidemment, le Ministère de la justice nie l'existence d'un tel plan d'après le Nouvel Obs, mais d'un autre côté MAM a dit qu'il fallait "envisager toutes les situations". Certes, mais est-il nécessaire de transformer la Justice en un trou noir légal incapable d'assurer son rôle qui est justement de rendre justice?


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07 septembre 2009

Quand le liquide coule à flots: les marchés publics de l'eau

Je reviens sur mes histoires de flicage et de barbouzes, mais cette fois sous un angle plus local : l’attribution de marchés publics, une dépense qui en 2008 s’est élevée pour l’Etat à plus de 144 milliards d’euros, d’après le Ministère de l’économie, et à plus de 98 milliards pour l’année 2009 jusqu’à présent. Ca fait quand même des sous, jusqu’à 15% du PIB des pays de l’OCDE, et 10 % en France, qui doivent être dépensés de manière juste, dans le cadre de la loi sur les marchés publics, qui a déjà été bien aménagée ces derniers temps. Aujourd'hui nous allons nous pencher sur la situation de la distribution de l'eau en France, un cas emblématique des abus en matière de marchés publics.

 

Je ne suis pas spécialiste du droit des marchés publics, mais on sait qu’à partir d’un certain montant (revu à la march__public_1_infGrhausse en 2008) il doit y avoir mise en concurrence, c’est-à-dire appel d’offre. Pour les travaux c’est à partir de 5 millions et quelques.

Enfin, bref : la procédure, en principe, est encadrée.

 

Sauf que des petits malins, par l’odeur du magot alléchés, ont évidemment trouvé des moyens de s’en mettre plein les poches et/ou de s’adonner à un népotisme de bas étage. A ce propos, le CNRS a rédigé une petite fiche pratique assez succincte certes, mais claire et didactique, recensant les grands classiques des abus liés aux attributions de marchés publics. Où l’on s’aperçoit au passage que ça ne rigole pas du côté de la loi, lesdits délits (appelés également « prise illégale d’intérêts », « trafic d’influence » ou même « corruption », de ces délits qui seraient bien temporisés par la fumeuse « dépénalisation du droit des affaires » de sarkoléon) étant passibles de 10 ans de prison.

Un rapport du Service Central de Prévention de la Corruption de 2007 (pages 79 à 94) détaille ainsi différentes techniques pour détourner une partie de l’argent des marchés publics ou bien favoriser des copains.

 

Prenons l’exemple de l’eau, un bien public par excellence, dont les élus sont bien obligés, en raison du retrait de l’Etat dans les services publics, de passer avec le privé des contrats de « délégation de service public » avec un secteur privé qui détient aujourd’hui plus des trois quarts du marché français (Véolia en 1er, avec près de 40% du marché).

Et cela, via les fameux marchés publics. Dans le domaine de l’eau, il y a des monopoles, nationaux et internationaux : une dizaine de multinationales, dont trois françaises, se partagent le gros du marché. L’ex Lyonnaise des eaux, Suez, par exemple, a la grande chance d’être en bonne position aux deux niveaux. Et la Saur (Société d’aménagement urbain et rural, propriété de Bouygues puis d’un fonds d’investissement) ou Vivendi, ex Générale des Eaux devenue Véolia, idem. Pour cette dernière, présente dans 57 pays avec 132 millions de clients, l’eau représentait 12 ,5 milliards d’euros de chiffre d’affaire en 2008. A l’étranger des boîtes comme la hollandaise Bechtel, qui a été mise dehors par les boliviens, ont à leur actif les mêmes abus que nos multi Françaises.


corruption_ttazimutEn 2007 en France, pas moins de 883 collectivités locales ont lancé un appel d’offre pour la distribution d’eau, mais dans 96% des cas on reprend la boîte qui avait déjà le contrat. Dans 1% des cas seulement, l’eau revient à une régie municipale, même si, pourtant, les tarifs sont moins élevés.

 

A tous les niveaux, les marchés peuvent être bidonnés. Tout le monde le sait, personne ne le dit ou presque. Et ça se bidonne d’autant plus facilement que les pontes de ces multinationales de l’eau usent et abusent du tourniquet, cette méthode qui consiste à passer du secteur public au secteur privé, avant de revenir dans le public pour favoriser certains textes législatifs ou les petits copains.

C’est ainsi que Stéphane Richard, le chef de Véolia Transports, s’est retrouvé directeur du cabinet du ministre de l’Economie et des Finances en 2007, ou que Villepin soi-même est lui aussi passé par Véolia, qui avait le monopole de l’eau en Ile de France depuis les années 60 avant de devoir partager avec Suez et dont l’Etat est actionnaire, en tant que « conseiller international » entre 2005 et 2007, puis plus récemment après les dernières élections, en tant que consultant pour Véolia Environnement. Etrangement, Villepin avait poussé pour un rapprochement entre EDF et Véolia en 2006, par exemple, et aujourd'hui on parle d'Henri Proglio, patron de Véolia, pour prendre la tête d'EDF. Jean-Luc Touly, un ancien cadre de chez Véolia, ajoute quelques exemples venus de chez Véolia, comme Rainier d’Haussonville, qui a fini comme conseiller aux affaires économiques européennes dans le cabinet de Villepin en 2007.

Gérard le Gall, ancien conseiller de Jospin pour les sondages d’opinion et prof à la fac, a quitté son poste pour rejoindre Suez en 2004. Un dénommé Eric Besson, avant le PS et avant l’UMP, était à la tête de la fondation Vivendi. Un ancien conseiller de Chirac, Jérôme Monod, était quant à lui à la lyonnaise des Eaux…

 

Bref, du coté des multinationales de l’eau, on reste entre soi. Ce qui facilite grandement les mics-macs et la suspensiontolérance du pouvoir envers les agissements de ces boîtes.
Car, les affaires de marchés publics bidonnés par ces entreprises ne manquent pas, au national comme à l’international. A Abu Dhabi, par exemple, Véolia aurait versé des commissions occultes afin d’obtenir un marché : 18 millions de dollars (et 317 millions d’euros avaient été surfacturés aux usagers) auraient été versés à des « intermédiaires ». Je souligne ce dernier mot car il est important : ce qu’on appelle « intermédiaires », en général, sont les membres des cabinets de consulting et autres lobbyings dont nous avons relaté certains exploits récemment. Rappelons encore que ces 18 milliards sont payés par les pouvoirs publics, c’est-à-dire par les contribuables.

 

On n’évoquera pas non plus les abus divers et variés, liés aux droits de l’homme, au respect de l’environnement, du droit du travail ou même des affaires, que ces multinationales peuvent commettre à travers le monde. Revenons à nos marchés publics.

 

00rv20charmag_client4Le Courrier, un quotidien suisse, nous apprend ainsi qu’il est question de surfacturations et de détournements de fonds de la part de Vivendi, ainsi que de ses « méthodes anticoncurrentielles ». En ce qui concerne les surfacturations, cela expliquerait que les prix augmentent systématiquement avec le privé, en l’occurrence Vivendi : 4,5 milliards payés par les clients en eau de Vivendi se sont évaporés.

A Grenoble en 1997, le Conseil d’Etat avait finalement décidé que la privatisation de l’eau en faveur de Vivendi par l’élu local bien connu des tribunaux Alain Carignon, était illégale. Au passage, quelques méthodes de facturation plus que douteuses ont été mises à jour lors de l’enquête judiciaire, et les tarifs de l’eau appliqués ont été déclarés illégaux. Carignon a pris 5 ans dont un avec sursis, 5 autres d’inéligibilité et 400.000 Francs d’amende.

De fait, les taux de marge de ces boîtes peuvent atteindre le pharamineux sommet de 58% dans certains endroits. D’après l’Institut français de l’environnement (Ifen), on payait en moyenne en 2,19 pour un m cube d’eau fournie par une régie municipale, et 2,93 avec un privé. Et des villes qui ont quitté le privé pour revenir à la distribution municipale ont pu voir leur facture d’eau baisser de 20%. No comment.

 

Le cas de la commune de Neufchâteau, paisible bourgade de 8.000 âmes, est assez symbolique, d’autant plus qu’on devine les jeux d’influence derrière les étapes de la rupture qui s’est produite entre le maire de la ville et une filiale de Véolia, le premier ayant en 2001 décidé de rompre le contrat de fourniture d’eau suite à des augmentations de prix sans justification. En fait les prix, qui devaient être de 2,92 euros le mètre cube, étaient montés à 3,65 euros (24 francs de l’époque). Véolia a en retour traîné la commune en justice pour réclamer des « indemnités » de plus de 7 millions d’euros représentant les bénéfices espérés par Véolia sur les 21 ans qu’il restait au contrat et à 700.000 euros pour l’atteinte à l’image de la boîte. Au final, ladite indemnité s’est limitée à 1,7 million d’euros. Avant qu’il ne prenne la décision de remunicipaliser l’eau, Véolia avait quand même tenté de payer un voyage à notre bon maire et à la personne de son choix, tous frais payés (au prétexte d’un colloque à Madrid), une technique classique de corruption.

Par contre, le Conseil général des Vosges, présidé par l’inénarrable Christian Poncelet, a refusé une subvention de 700.000 euros destinés à la station d‘épuration qu’il fallait rénover, ce qui va obliger la ville, désormais gestionnaire de l’eau, à investir enfin et donc à augmenter les prix. Mais en 2005, il y avait bien une nouvelle station d’épuration à Neufchâteau, et les tarifs étaient redescendus en dessous de 3 euros le mètre cube.

 

 A Castres, Véolia a pratiqué des tarifs illégaux de 1990 à 2001, et avait aussi aidé la maire de droite de l’époquejpg_jpg_freg1_0494b à faire passer le coût de quelques grands chantiers sur les factures d’eau au lieu des impôts.

A Rennes, certains dénoncent le contrat de fourniture d’eau renouvelé en 2004 avec Véolia, au motif que certains élus (et délégués syndicaux) seraient trop proches de la multinationale et que les prix seraient surévalués de 11% par rapport à une régie municipale. Les Verts expliquent ainsi que Véolia fait passer sur les factures ses frais de communication, charges de recouvrement, subventions au comité d’entreprise, frais du siège de Véolia et j’en passe, alors que c’est interdit, ces prestations n’ayant rien à voir avec le service de l’eau. Accessoirement, entre 1996 et 1999, Véolia aurait mis au chaud plus de 3,3 millions d’euros censés servir à des travaux de renouvellement toujours pas entamés. Rappelons quand même que c’est le client et le contribuables qui paient la note.

Comment cela est-il possible ? Un ancien syndicaliste de Véolia cite entre autres l’exemple de cet élu local, Marcel Rougemont qui, après avoir perdu son siège de député, est passé chez Véolia, puis a retrouvé un mandat de Conseiller Général d’Ille et Vilaine, où Véolia assure une grande partie des transports en commun ainsi que la distribution d ‘eau. Le cas Jean-Michel Henry, pourtant élu communiste en charge de l’eau au conseil municipal de Rennes, est également révélateur : il a voté la reconduite du contrat Véolia, qui fournit l’eau à Rennes depuis des plombes et des plombes, d’autant plus facilement que sa fille y travaille.

Mais à Rennes, Véolia c’est aussi les transports, le ramassage des déchets, le chauffage de certains nouveaux quartiers… N’en jetez plus !

 

Bref, les affaires du genre ne manquent hélas pas, dans tous les départements de France, mais aussi à l’international. Preuve que les marchés publics permettent tous les excès, surtout quand il y a une certaine collusion entre les élus et lesdites multinationales, et le tout est payé au final par le consommateur et par le contribuable.

 

 

vaseline

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01 septembre 2009

Quand les barbouzes se prennent pour les RG

Il y a un sujet qu’il faut aborder, même si c’est en plusieurs volets : cette vague de ce qu’on appelle l’intelligence économique, et ses corollaires à différents niveaux tels que le recrutement de flics et autres anciens des services secrets pour des actes d’espionnage divers et variés. On revient en ce moment sur l’affaire EDF/Greenpeace, qui avait démarré il y a déjà quelques années, quand une officine payée par EDF avait été surprise à espionner le directeur de campagne de Greenpeace. EDF nie, mais le cas n’est pas isolé.

 

Où il est question d’espionner Greenpeace

 

Après quelques mois de tergiversations, le groupe EDF vient d’être mis en examen en tant que personne morale frap13mai_webpour complicité et recel d’intrusion frauduleuse dans un système informatique. En gros, EDF a payé Kargus Consultants, une officine chargée d’assurer l’ « appui opérationnel à la veille stratégique sur les modes d’action des organisations écologistes» pour EDF, qui a elle-même payé un informaticien pour s’introduire dans l’ordinateur de Yannick Jadot, ex directeur de campagne de Greenpeace qui a aujourd’hui rejoint Europe Ecologie. Ca aurait commencé dès 2004 selon certains,

 

Depuis le printemps, quand l’affaire est sortie au grand jour, quatre personnes ont été mises en examen par le tribunal de Nanterre: deux officiers à la retraite chargés de la sécurité d’EDF (qui auraient mandaté Kargus) et deux agents de Kargus, dont Alain Quiros, l’informaticien spécialisé dans le piratage informatique.

Plus récemment, il serait même question de surveillance rapprochée de membres de Greenpeace et même d’infiltration, en France, en Belgique, au Royaume Uni ou en Espagne.

 

Patrick Lorho, le patron de Kargus, est un ancien agent de la DGSE de 44 ans et fait partie des mis en examens. Il a déclaré en avril qu’il « assume complètement la mise sous surveillance de l’ordinateur du responsable de Greenpeace Yannick Jadot, mais je n’assumerai pas le reste et j’aimerais bien que EDF, qui a commandité l’opération, prenne aussi ses responsabilités ».

Evidemment, EDF nie avoir ordonné un tel suivi, dit n’avoir été au courant de rien et conteste le bien-fondé de sa mise en examen. Mais il semble qu’Edf ait déjà été mis en cause dans une affaire d’écoute téléphonique du porte-parole de Sortir du Nucléaire par l’officine d’intelligence économique Securewyse. Sortir du Nucléaire précise à ce sujet que « depuis 2003, une "source" interne à EDF a fait parvenir au Réseau "Sortir du nucléaire" plusieurs documents sensibles, dont un qui concerne l'inadaptation des centrales EDF au risque sismique, et un qui n'est autre que le fameux document Confidentiel défense qui reconnaît la vulnérabilité du réacteur EPR en cas de crash d'avion de ligne».

 

jpg_Taser_71314Où Taser se prend pour les RG

 

On se souvient également de la fois où c’est la société Taser France qui a été mise en cause pour avoir espionné Olivier Besancenot (après l’avoir poursuivi pour diffamation, d’ailleurs), celui-ci ayant eu l’outrecuidance de critiquer l’arme, dite « non létale ». Sept personnes ont été mises en examen, dont deux policiers et un douanier, pour «violation du secret professionnel», «détournement de finalités de données», «divulgation intentionnelle de données confidentielles» et «accès frauduleux à un système de traitement automatisé de données ». Enfin, mis en examen pour « complicité par instruction », nous avons Antoine Di Zazzo, le patron de Taser, deux membres de l’ « agence de détectives » Dusaussy et un ancien flic.

Décidément, on retrouve souvent dans ces affaires d’espionnage d’ONG le trio infernal : groupe quelconque – sécurité du groupe avec d’anciens flics – officine avec anciens flics.

 

Où Nestlé s’intéresse à Attac

 

Cette fois, l’affaire se passe en Suisse et ça a fini en non lieu pour cause de prescription, du moins au pénal, après un procès assez étrange où maintes preuves ont pourtant été fournies par Nestlé soi-même, et une investigation faite à décharge pour Sécuritas et Nestlé. Le groupe Nestlé a donc mandaté Sécuritas, grosse compagnie de sécurité, pour espionner Attac et en particulier des membres qui écrivaient à ce moment-là un livre sur Nestlé, justement. En outre, il semble qu’il y ait eu une certaine coopération entre Sécuritas et la police locale du canton de Vaud où l’affaire se passe, et même la police fédérale de Berne.

 

Encore une fois on retrouve des anciens flics, dont un ancien officier, le chef de la sécurité de Nestlé John Hedley, un ancien du MI6 britannique engagé en 2002, ou encore un ancien cadre de la police fribourgeoise, qui a été pour  Sécuritas « responsable pour Securitas SA à Lausanne du Centre opérationnel investigation service dont les points forts étaient l'observation, la filature, l'enquête et la surveillance » et donc de la personne qui s’est infiltrée chez Attac auprès des rédacteurs du bouquin.

 

Quelque temps plus tard, Sécuritas était à nouveau mis en cause, cette fois pour avoir espionné LausAnimaliste, une association de libération des animaux et ce peut-être dès octobre 2004.

Puis, c’est le Groupe Anti Répression qui dit a été infiltré par une cadre de Sécuritas.

 

Où on nous refait le coup des faux plombiers

 

L’affaire Rhôdia, qui est sortie en 1999, est assez révélatrice de l’atmosphère qui règne autour de ces officines. 05Deux boites d’intelligence économique, Egideria et Astarte, avaient été payées pour espionner deux actionnaires mécontents : le banquier Edouard Stern, décédé plus tard en tenue de latex et le financier Hugues De Lasteyrie, lui aussi décédé mais d’un infarctus foudroyant semble-t-il. Ils disaient que lors de la fusion qui a crée Rhôdia, Aventis avait dissimulé son passif.

Enfin bref, les rapports sur les deux actionnaires ont été remis notamment à un des administrateurs de Rhôdia à l’époque, un certain Thierry Breton, qui nie tout.

 

En Belgique, on parlait en 2007 de l’Eletragate, pour une autre affaire de barbouzerie moderne : le groupe Suez et cinq français ont été inculpés pour « piratage informatique" et "tentative d’interception de communications privées". En 2004, on découvre que le système informatique d’Elecrtabel (l’équivalent belge d’EDF) a été piraté. L’enquête avait montré qu’une nuit de février 2004, un ancien de la DGSE qui avait créé sa boîte de sécurité, Richard Guillet, était entré chez Electrabel déguisé en plombier avec deux collègues, et avait installé des micros espions dans les ordinateurs.

Le trio aurait ensuite déclaré aux enquêteurs qu’ils étaient mandatés par O’Foll Consultants, une officine dirigée par un ancien directeur de la police judiciaire, Olivier Foll, elle-même mandatée par le secrétaire général de Suez, Patrick Ouart (devenu conseiller de Sarko) et Jean Pierre Hansen qui représentait Suez au conseil d’administration d’Electrabel. Ce dernier aurait même carrément prêté sa carte d’accès au siège d’Electrabel aux trois plombiers.

 

Quand des officines de renseignement ont plus de pouvoir que la police

 

Une des grandes questions que tout cela pose est celle du pouvoir de ces officines : Sécuritas, Kargus, Securewyse… toutes ont finalement pris des libertés que la police elle-même ne peut prendre : c’est bien le juge d’instruction qui permet ou non aux flics de lancer des écoutes, des perquisitions, des infiltrations etc.

Le fait que la prescription pour ces histoires soit de 3 ans en Suisse n’empêche pas que même le juge qui a posé le non-lieu reconnaisse que les choses étaient allées trop loin.

 

sarkozykarcherclearstreai2Lesdites officines, ces dernières années, se sont multipliées : par six en cinq ans. Forcément, on trouve de tout depuis la boite de consultants ultra standing jusqu’à la boite de privé miteux. Mais, toutes ont des clients qui peuvent être des grosses boîtes ou des petites aussi, et qui demandent d’espionner tel ou tel concurrent /politique /opposant /employé ou autre. Avec des méthodes qui peuvent être très variables, dans toute la palette de l’illégalité et / ou de la légalité.

 

On parle d’intelligence économique, mais ce terme recouvre des réalités bien différentes. Ca a toujours existé, si on veut, mais aujourd’hui le phénomène prend de l’ampleur, et les méthodes se développent elles aussi. Or, l’éthique n’est certes pas ce qui va étouffer les personnels de la plupart de ces boîtes où pullulent les anciens flics et autres RG, qui bien sûr ont gardé de fructueux contacts parmi leurs anciens collègues.

Les cas de flics pris en train de refiler, contre rétribution ou non, des informations confidentielles tirées des innombrables fichiers de police à des officines privées de renseignement ne manquent hélas pas ces derniers temps. Rien que de très banal, finalement. Patrick Moigne, un commissaire de la Brigade des fraudes aux moyens de paiement de Paris touchait ainsi 50 euros à chaque consultation du fichier stic sur les infractions constatées, pour recevoir au final plus de 20.000 euros sur son compte entre janvier 2006 et juillet 2007. Il aurait entre autres rendu quelques services au patron d’une boîte d’intelligence économique, JLR Conseil (il aurait refilé les infos à un dénommé Leroy, ancien flic de la brigade financière et cadre de JLR), comme la fourniture d’infos sur le groupe Total.

 

Dans l’affaire des frégates de Taïwan aussi, la Direction des Constructions Navales (DCN) qui a construit les fégates a été soupçonnée par le parquet de Paris d’avoir obtenu des informations sur l’enquête des frégates, ainsi que sur celle au sujet de Clearstream. Et ce, via la boîte d’intelligence économique Eurolux Gestion, basée au Luxembourg, qui aurait à son tour recruté un sous-traitant, MJM Partners consultants, dirigée par des anciens de la DGSE et de la DST. L’enquête, appelée « mission Bonaparte », aurait même été étendue à des magistrats comme Renaud Van Ruymbeke.
Les mêmes officines se seraient également vu confier une « mission Lustucru » visant à obtenir des informations sur le groupe Thalès qui cherchait à entrer au capital de la DCN. Eurolux aurait ainsi pu entrer en possession via des milieux judiciaires, pour la modique somme de 18.550 euros, de différentes pièces de la procédure, dont la copie de l’original des listings à l’origine de l’affaire Clearstream.

 

Des cursus universitaires et de nombreuses formations à l’intelligence économique ont été créées ces derniers temps, institutionnalisant certaines pratiques, d’autres pas.

 

On arrive parfois à des pratiques illégales, et les barbouzes reconvertis en pros du renseignement privé peuvent jpg_freg1_0494bse retrouver pris la main dans le sac (ou pas). Patrick Baptendier, un ancien gendarme qui a crée sa boîte de renseignement, a collaboré avec la DST durant ses différentes missions pour deux grosses boîtes d’intelligence économique notamment : Kroll et la française Géos, en informant la DST de ce qu’il apprenait des personnes suivies, telles qu’un patron de presse, un responsable syndical ou le patron de Vivendi. DST qui, échange de bons procédés oblige, refilait à Baptendier les renseignements qu’il demandait.

Autant de missions accomplies pour différents grands groupes comme Bolloré ou les Mutuelles du Mans, ou encore Optimum, la boîte de l’actuelle patronne du medef, la mère Parisot.

Comme le souligne Le Point, aucun membre de la DST n’a été sanctionné ou mis en examen à la suite de cette affaire.

 

De fait, tout le monde semble collaborer, sur le dos des cibles et à la demande de grands groupes. Les renseignements et les officines, de fait, font le même métier, les seconds ayant davantage de marge de manœuvre que les premiers du fait de l’absence de cadre réglementaire.

 

Le paysage français de ce secteur est d’abord constitué de petites structures, autonomes. Et c’est un métier de réseau, où tout le monde ou presque se connaît, ce qui facilite les accointances de tous côtés. Une étude intéressante de Christophe Jorge montre comment fonctionnent ces réseaux de personnes et d’officines en France, du moins une partie.

La technique du tourniquet, comme pour les cabinets de lobbying, tourne ici aussi à plein : on passe de la police à une officine, et pourquoi pas faire les deux en même temps ?  Un exemple révélateur est celui d’Alain Juillet, ex n°2 de la DGSE où il était chargé d’aider les entreprises françaises à conquérir de nouveaux marchés, passé au cabinet d’avocat d’affaires US Orrick. Il y a rejoint notamment Pascal Clément, ancien ministre de la Justice.

 

Tout ce petit monde travaille la main dans la main, et certains sont évidemment plus borderline que d’autres. Quand on regarde la clémence de la justice envers lesdites officines, on peut craindre pour la préservation des libertés, le droit à la vie privée et le droit de se réunir pour discuter de choses alternatives, par exemple.

 

Que ce soit au niveau national ou bien au niveau international, le jeu est le même avec des enjeux proportionnels. A l’international, les méthodes ne sont pas toujours très orthodoxes non plus, et on parle de renversements de gouvernements et de soutien à des groupes insurrectionnels. L’assassinat est également envisageable, ainsi que le chantage. Et au niveau national, pareil : il y a toute une palette de méthodes pour faire peur à un concurrent ou un opposant, ou pour s’assurer un marché.

 

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Posté par Ceri à 20:27 - Magouilles - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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