24 septembre 2009
La carte électronique, une panacée en Belgique!
En Belgique, on aime la technologie. Tellement, que la carte d’identité électronique fut un succès, et son introduction advint sans aucune critique. C’est même « une pièce maîtresse de l'e-gouvernement » , dans ce pays qui fut le premier à l’adopter en 2003!
La carte dite eID et ses multiples applications y passent pour la panacée, et un site Internet a même été crée rien que pour sa promotion. Si en France on évite d’évoquer l’avenir de la carte électronique en raison des critiques des défenseurs des libertés, en Belgique on ne se prive pas de vanter les avantages de ladite carte.
Suivant la commune où vous habitez, vous pouvez faire un certains nombre de démarches administratives. Vous pouvez même la connecter à votre ordinateur, chez vous ou dans votre entreprise : grâce à la puce de votre carte, vous aurez accès à vos dossiers. Et des flics qui mèneraient une enquête sur vous, aussi. Ce contrôle permet de laisser accéder seulement les majeurs à certains sites, ou de filtrer l’accès à certains documents.
La carte eID est lisible à distance, ainsi que toutes les informations contenues dans la puce. Pas besoin que vous tapiez votre code PIN pour permettre l’accès à toutes les infos vous concernant.
La carte eID permet ainsi, par exemple :
- de signer électroniquement des docs, mails et autres paperasses. C’est vrai que taper son nom, c’est vraiment compliqué.
- Via la Poste, vous pouvez envoyer un recommandé
- Dans certaines communes, vous pouvez demander des documents en ligne (ce qui, en France, se fait sans avoir besoin de la carte d’identité)
- Dans les facs, comme à l ‘Ecole Pratique des Hautes Etudes Commerciales à Bruxelles, l’administration peut ainsi contrôler les entrées et sorties, les présences, l’accès au réseau des étudiants. Mais le contrôle d’accès marche aussi pour les entreprises. La carte eID pourra remplacer la carte d’étudiant, par exemple, une carte de membre ou encore une carte professionnelle (journalistes, avocats…)
- Vous pouvez remplir et signer votre déclaration d’impôts (ce qui en France se fait encore sans la carte)
- Des banques comme Dexia ou Fortis utilisent l’eID pour identifier leur clients, d’autres pour sécuriser les transactions.
- Les hôtels complètent les fiches de police grâce à l’eID de leurs clients. Bientôt plus de 5 à 7 anonymes ?
- Le vote à distance via Internet
- Elle peut aussi remplacer les titres de transport dans le train ou le métro. Comme ça, on suit vos déplacements à la trace.
A l’origine, elle contenait les mêmes informations que la carte d’identité papier : nom, prénom, lieu et date de naissance, sexe, nationalité, photo, signature, n° de carte, dates de validité,
La carte eID permet maintenant d’être reconnu à distance grâce à la puce, et d’avoir votre adresse officielle actuelle
Maintenant que tous les Belges ont leur carte électronique, la carte SIS, équivalent belge de la carte Vitale, sera aussi intégrée à l’eID suite à une décision du ministère de la santé.
Top du top, la Belgique a même crée une carte spéciale pour les moins de 12 ans : la KidsID, qui contient un numéro d’urgence en cas de problème (et si il y a de quoi lire la carte sur place).
18 septembre 2009
Le Honduras, ou comment l'oligarchie reprend le pouvoir
Alors que l’Europe
continue avec persévérance à s’enfoncer dans le paroxysme de l’ultra
libéralisme qu’est la crise actuelle, on occulte ce qui se passe en Amérique
Latine. Les évènements politiques et sociaux qui s’y déroulent, qu’ils aillent
dans le sens de l’intérêt général ou bien dans celui des détenteurs de
capitaux, pourraient préfigurer ce que sera l’après libéralisme : social
ou carrément anti social. En plusieurs volets, on va essayer de faire un tour
de la situation.
Honduras
Un peu
d’histoire
Commençons par ce
qui devrait être une actualité chaude pour nos grands pays démocratiques :
un coup d’Etat
organisé par une élite parce que des réformes sociales se
profilaient à l’horizon. Un bon vieux coup d’Etat à l’américaine comme on n’en
avait plus vus depuis le dernier en date en avril 2002 contre Chavez, au
Venezuela.
Eh bien que nenni.
Aucune réaction indignée en Europe. Aucun de nos grands démocrates de dirigeant
n’est monté sur ses grands chevaux, en appelant à la mobilisation de la
« communauté internationale » contre les vilains putschistes. Au
contraire, on étouffe l’affaire et on accepte ce « gouvernement de
facto », nouveau concept fort intéressant qu’il conviendrait de préciser
dans un cadre constitutionnel.
Situons d’abord
les choses : le Honduras est un petit pays très montagneux d’Amérique
centrale, de plus de 7 millions d’habitants (contre 700.000 en 1926), troisième
pays le plus pauvre d’Amérique Latine dont 60% de la population vit sous le
seuil de pauvreté. La délinquance est prégnante au Honduras, où le taux
d’homicides, un des plus élevés au monde, est de 57 pour 1.000 habitants.
Le pays est
essentiellement exportateur de café, de minerai et de bananes grâce à cette
philanthropique multinationale qu’est Chiquita, ex United Fruits. L’appellation
contrôlée de « république
bananière » doit d’ailleurs beaucoup à l’interventionnisme de la quasi
monopolistique United Fruits (69% des
importations US de bananes en 1899) mais aussi de ses concurrentes de l’époque dans
les affaires du Honduras notamment, et ce depuis un bon siècle.
Comme ses voisins,
le pays a connu tout au long du XIX è et du XXè siècles (et surtout depuis la doctrine
Monroe en 1823) des successions de guerres civiles et de coups d’Etat,
entre libéraux et conservateurs, ces derniers réussissant à se maintenir au
pouvoir jusque dans les années 70. Mais en gros, les libéraux qui arrivaient au
pouvoir s’alignaient bien vite sur les conservateurs, souvent très proches des
pays étrangers.
Un des grands coups
d’Etat qu’a connus le Honduras, en 1912, a été provoqué par un exploitant de
bananes US dénommé Zémurray
qui s’est appuyé sur un ancien président hondurien en exil aux Etats-Unis, le
général Bonilla, pour prendre le contrôle du pays. Grâce à quelques
mercenaires, le coup d’Etat a pu se faire en l’espace d’un an, et Bonilla a
donné à Zemurray 10.000 hectares pour 20 ans.
Comme dans
beaucoup de pays latino américains, l’Etat offrait en fait des concessions plus
ou moins longues aux entreprises. Un bel exemple est constitué par l’extraction
minière, fin XIXè : pas de taxe sur l’exportation de l’or, de l’argent, du
cuivre, et les entreprises pouvaient aussi utiliser toutes les ressources en
eau et en bois qu’elles voulaient dans le pays. Le gouvernement a même fourni à
ces entreprises des listes de travailleurs, histoire de fournir la nombreuse
main d’œuvre nécessaire. Et cela leur a bien servi : en 1905, les métaux
précieux représentaient, tout comme la banane, 43,7% de la valeur des
exportations du pays.
Les compagnies et
l’Etat ont aussi construit des lignes de chemin de fer : pour les
gouvernements il s’agissait de développer le transport et l’économie du pays,
hélas pour les bananières il était seulement question d’acheminer les
cargaisons vers les ports. Et c’était le jackpot pour les bananières :
elle devaient construire les lignes (mais, au final, suivant le tracé qui les
arrangeait) et en échange le gouvernement leur donnait des terres (d’après
le
livre d’André Marcel d’Ans, 71.000 hectares ont été donnés à United Fruits
par le Honduras soi disant pour le chemin de fer). Dans les années 20, United
fruits accapare un bon quart des meilleures terres cultivables du pays. Au
passage précisons qu’a capital d’United Fruits, on retrouve le trust Morgan et
la famille Meiggs, qui a pris comme créneau la construction de chemins de fer.
Les bananières
pouvaient aussi exploiter le bois qu’elles voulaient dans tout le pays,
récolter de l’eau à 50 km des lignes, bénéficier d’un détaxage de toutes les
activités de construction etc. En 1935, les 1.450 km de voies ferrées du Nord
est étaient ainsi toutes en zone de production bananière.
Les concessions,
en outre, étaient prévues pour une longue durée : 99 ans pour la Standard
Fruits (soit jusqu’en 2009), et ad vitam eternam pour United Fruits, et
les bananes n’étaient pas taxées au départ avant de l’être légèrement.
En 1920, Zémurray,
patron de la Cuyamel, obtient du successeur de Bonilla, le général Gutierrez,
un « contrat d’antichrèse » un peu spécial lui donnant la main sur
l’ensemble du chemin de fer du Honduras, et ce pour pas un rond ! Zémurray
a proposé au Honduras de prêter, via une société créée pour cela, de quoi
rénover le chemin de fer à 8% d’intérêts. En échange, ladite entreprise
recevait le chemin de fer en gérance. Et l’Etat, qui s’était endetté pour ces
infrastructures, ne pouvait plus rien en espérer. Par contre, il devait
rembourser sa dette envers Zemurray, ce qui a pris une trentaine d’années.
Tout cela a énervé
United Fruits, qui décide de mettre en place son propre dictateur, le général
Andino. Si bien
qu’en 1923 le pays est déchiré par les factions rivales de
Cuyamel et de United Fruits. Les Etats-Unis convoquèrent tout le monde en
croisière sur le Milwaukee et commencent à mettre le Honduras sous la coupe US.
En 1929, Zemourray fait absorber Cuyamel par United Fruits et en devient l’un
des plus gros actionnaires puis le PDG dans les années 40. Cette année-là, les
exportations de bananes représentaient 85% de la valeur des exportations
honduriennes. Le monopole pouvait commencer, déstructurant au passage la vie
politique du Honduras.
Les conditions de
travail dans ces exploitations seront quant à elles à l’origine de la création
clandestine du Parti Communiste vers 1926. Puis avec la crise de 29, les
baisses de salaires et les licenciements massifs, le PC sort de l’ombre lors
des grandes grèves qui éclatent dans les exploitations en sous activité. Les
affrontements sont nombreux avec les milices des bananières et la police.
A la suite de la
grande dépression, les Etats-Unis parviennent à installer des alliés au pouvoir
dans de nombreux pays d’Amérique latine : Ubico au Guatémala, Martinez au
Salvador, Somoza au Nicaragua, Batista à Cuba, Trujillo en Rép. Dominicaine et
au Honduras, Tiburcio Carias
Andino, qui a su réprimer les mouvements populaires, jugés trop nombreux
par les multis US pendant que le PNB du pays revient à son niveau de 1937, le
plus bas.
Sous la
coupe US
Après le pillage
des conquistadors puis celui de la bourgeoisie locale, vint donc celui des
multinationales, puis l’avènement du populisme dans l’après guerre. Les
tensions sociales sont inévitables, surtout dans les villes.
Au début des
années 50, le président guatémaltèque Arbenz, avec sa réforme agraire qui
reprend aux bananières et consorts plusieurs dizaines de milliers d’hectares,
fait peur à United Fruits et aux US. Les potiches mis au pouvoir par les
Américains s’empressent alors de faire front commun pour bloquer le communisme
et les réformes sociales. Le Honduras, par exemple, permet en 1951 à un putschiste
guatémaltèque soutenu par la CIA d’entraîner ses troupes sur son sol, pour
qu’en juin 1954 cette petite armée renverse Arbenz.
Quelque temps
avant, le Honduras passe un accord de coopération militaire avec les US, qui
pourront envoyer des troupes dans le pays, officiellement pour former l’armée
hondurienne. C’est d’ailleurs le rôle qu’a encore joué le Honduras dans les
années 70, servant de base arrière US pour déstabiliser le Salvador et le
Nicaragua.
A partir de là, la
contestation est réduite à peau de chagrin au Honduras et United Fruits ne cède
à aucune revendication sociale. D’autant plus que les syndicats US bidons
prennent en main la propagande anti marxiste.
Puis une junte militaire dirigée par le général Rivera et le colonel Moncada s’installe
au pouvoir en 1954, après diverses péripéties électorales. Immédiatement, un
accord d’assistance bilatéral est signé avec les US. Les militaires restent
jusqu’en 1981.
Dans les années
70, Suazo, anti communiste fervent, s’oppose aux sandinistes au Nicaragua, et
le Honduras sert de base arrière aux opérations militaires des contras et des
US pendant que le pays s’enfonce dans la crise économique et que la répression
s’abat sur tout contestataire.
Le –très
bref- épisode Zelaya
Bref, le Honduras
n’échappe pas au schéma qui règne d’une manière générale en Amérique
latine : la mainmise US et les gouvernements fantoches ont traversé
l’histoire du pays jusqu’à aujourd’hui.
De fait, si la
dernière élection régulière a vu le libéral à forte tendance conservatrice Manuel
Zelaya, un grand propriétaire foncier, arriver au pouvoir en novembre 2005
(avec 50% d’abstention), il est arrêté le 28 juin 2008 par l’armée et expulsé
au Costa Rica (puis au Nicaragua et au Salvador), le jour même d’une
« consultation populaire » pour savoir s’il fallait ou non convoquer
une assemblée afin de faire une nouvelle constitution.
Elu avec un
programme qui pourtant n’avait pas grand-chose de social, Zelaya misait sur la
sécurité et la lutte contre
les gangs en proposant le désarmement ou la prison à leurs membres (dont
les deux principaux, également présents aux Etats-Unis, la Mara Salvatrucha et
la Mara 18). Hélas, l’insécurité n’a pas diminué et la crédibilité du
gouvernement a commencé à être sérieusement mise en cause par l’opposition, qui
a mené des campagnes afin de convaincre les électeurs que Zelaya laissait
faire, et même était complice d’une vague d’assassinats impunis de jeunes
hommes des quartiers pauvres. Car, des motifs d’inquiétude se font jour, comme
l’augmentation de 60% du salaire minimum ou la gratuité scolaire.
Il convient de
préciser que le FMI, au même moment et fidèle à lui-même et à ses « politiques
d’ajustement structurels » qui ont plongé plusieurs continents dans la
crise, préconisait
la privatisation de Hondutel, l’entreprise nationale de téléphone, mais
aussi de l’ENEE (Empresa Nacional de Energia Electrica), l’entreprise de
fourniture d’énergie, afin de combler la dette du pays.
Pendant ce temps,
Zelaya célèbre avec Chavez et Ortega la révolution sandiniste, ce qui fait
passer notre libéral pour un gauchiste aux yeux de beaucoup de monde qui avait
cru mettre au pouvoir un vrai gugusse de droite. Sacrilège s’il en est, il se
rend même à Cuba. Dans une interview au quotidien espagnol El Pais, il a
expliqué la raison de son virage à gauche : “ J’ai pensé faire des
changements depuis l’intérieur du schéma néo libéral. Mais les riches ne cèdent
pas un penny. Les riches ne cèdent rien de leur argent. Ils veulent tout pour
eux. Alors, logiquement, pour faire les changements il faut intégrer le
peuple ».
Ce qui n’arrange
rien pour Zelaya, c’est quand début 2008 Chavez a proposé, via la compagnie
pétrolière
vénézuelienne à vocation « sociale » Petrocaribe, des produits
pétroliers à bas prix avec des facilités de
paiement, incluant des formes de troc de produits agricoles contre le
pétrole. L’accord portait sur 20.000 barils de brut par jour pendant deux ans
ce qui représentaient 100% des besoins en fioul pour faire de l’électricité, et
30% du gasoil nécessaire au pays. Le Honduras a donc rejoint
le consortium Petrocaribe, faisant craindre aux pétrolières
traditionnellement installées au Honduras (Exxo, Texaco, Shell) pour leurs
petites affaires.
Ensemble, elles
ont donc rejoint la
coalition putschiste de Micheletti.
Même s’il fallait
bien reconnaître que l’accord passé avec le Venezuela était bénéfique
pour le Honduras, d’aucuns se sont inquiétés de savoir s’il n’y avait pas
derrière un accord politique à tendance socialiste, d’autant plus que Zelaya avait
intégré le Honduras à l’Alternative
Bolivarienne (ALBA) de Chavez en août 2008. Les « grands médias »
le patronat s’excitent, et les 150 multinationales US implantées au Honduras,
idem.
En plus de cela,
Zelaya a dit qu’il comptait virer
les américains de leur QG hondurien de Soto Cano (Palmerola) pour
transformer la base en aéroport international.
Il convenait donc
de circonscrire l’incendie, malgré (ou surtout à cause) des résultats plutôt
satisfaisants de Zelaya en ce qui concerne les conditions de vie des plus
pauvres.
Très vite, la
campagne de désinformation fut si virulente que Zelaya a tenté d’obliger une
dizaine de radios et TV à diffuser des informations sur les actions du
gouvernement, pendant 10 jours entre 22 h et minuit. Evidemment, il a été
traité de totalitariste et, pire encore, de chaviste.
Du côté de Micheletti,
on retrouvait l’armée (dont les cadres ont été formés par les US), le Congrès,
l’Eglise (comme la cardinal Oscar Rodriguez) , la Cour suprême (qui a fortement
contribué au putsch), l’ambassadeur
US Llorens, les médias nationaux privés et bien sûr la plupart des patrons
de multinationales. Depuis
près d’un an, des réunions avaient lieu entre certains de ces protagonistes
afin –au moins- de freiner Zelaya. En face de Micheletti et sa clique, une
grande partie de la population et les chefs d’Etat de
tendance de gauche du continent.
C’est donc le jour
d’une grande consultation au sujet de l’Assemblée constituante, le 28 juin 2009,
que Zelaya est arrêté par les militaires, menés par le général Velasquez afin
dit-il de « sauver la
démocratie ». D’après lui, le coup était même préparé
de longue date en raison des relations de Zelaya avec des pays comme le
Venezuela ou la Bolivie, où la tension avec les US est forte.
Les Etats-Unis,
malgré moult dénégations, auraient été au courant du projet de putsch depuis le
début. De
mauvaises langues, d’après les coups d’Etat précédents, pourraient même
dire qu’il y a de fortes chances pour qu’ils en aient été les instigateurs.
D’ailleurs, ça serait même parti de la base US de Soto Cano, à une centaine de
kilomètres de la capitale, où squatte une troupe sous commandement du Southern
Command (division de l’armée US qui gère l’Amérique Latine). D’ailleurs, quelques
Contras en sont partis jadis. Des gens très bien, comme l’ambassadeur US au
Honduras, Hugo Llorens, ou le conseiller d’Hillary (Clinton) John Négroponte,
qui a été dans ce pays au moment de la lutte contre la guérilla sandiniste, ont
discuté âprement de virer Zelaya. Llorens a d’ailleurs reconnu avoir participé
à des réunions au sujet du fameux putsch.
Le 28 juin au
petit matin, donc, Zelaya est arrêté dans la résidence présidentielle. Au
passage, les ambassadeurs
de Cuba, du Venezuela et du Nicaragua sont séquestrés
également. Pas besoin de décision de justice, on verra ça plus tard. D’ailleurs,
rien dans tout ce cirque n’est légal.
On fait signer à
Zelaya une lettre
de renonciation à la présidence, et la Cour suprême déclare qu’il a voulu
modifier la Constitution pour se faire réélire, ce qui est très mal (Sarko en
sait quelque chose, lui qui nous a modifié la constitution une bonne dizaine de
fois en 2 ans). Cependant, Zelaya ne pouvait pas se faire réélire puisque les
élections suivantes étaient encore soumises à l’ancienne Constitution, qui
limite à un seul mandat de quatre ans. Par ailleurs, on notera qu’Uribe,
président colombien ami des américains, a fait réviser la Constitution pour
être réélu en 2006, et cela a recommencé cette année grâce
au Congrès. Enfin, bref. Au passage, on accuse aussi Zelaya d’usurpation
d’autorité et de trahison à la patrie.
Les manifestations
populaires sont réprimées (ce qui est
encore la cas pour toute
manif de soutien à Zelaya), et c’est donc le président du Congrès, un
collègue du parti libéral concurrent de Zelaya, qui est mis sur le trône par le Congrès,
justement, sans que les médias commerciaux n’aient rien à redire, dans leur
ensemble. Immédiatement, Micheletti déclare le
couvre-feu.
Très vite, la cour
suprême retire à Zelaya le pouvoir de commander l’armée, et donne ce pouvoir au
général putschiste Vasquez Velasquez. Dès le 23 juin, le Congrès interdit
tout référendum ou consultation durant les 180 jours précédant ou suivant
une élection, ce qui empêche Zelaya de demander aux électeurs de lui confirmer
leur confiance, et qui rend illégale la consultation qui était prévue le 28
juin.
Au départ, il y a
eu comme une sorte d’attentisme à l’international. Mais, face aux critiques qui
se sont faites entendre de plus en plus fort, l’ONU a refusé de reconnaître le
gouvernement putschiste, et Obama aussi.
Toutefois, en négociant avec Micheletti et consorts pour arranger le retour de
Zelaya, Obama donne une légitimité certaine à ce gouvernement non sorti des
urnes. L’Organisation des Etats Américains a également refusé cette
reconnaissance, ce qui a été jugé « illégitime » par Micheletti.
Contrairement à la
Banque Interaméricaine de Développement, le FMI et notre ami de
la démocratie DSK ont quant à eux ouvertement soutenu Micheletti, qui lui
au moins, va faire les réformes demandées par l’ultra libérale institution, et
laissera le FMI (en très mauvaise position en Amérique Latine du fait du rachat
des dettes des pays par le Venezuela) faire un prêt
de 150 millions de dollars (+13 milliards) au Honduras.
Actuellement, la
Cour suprême a donné le feu vert pour le début de la campagne électorale des
législatives le 29 novembre, et ce avant même d’avoir rétabli l’ordre
démocratique dans le pays. Mais Hillary Clinton vient d’annoncer la
suspension de l’aide au Honduras, dont le versement est conditionné au
« retour d’un gouvernement démocratique et constitutionnel au
Honduras ».
Pas de
« coup » sans les médias
Comme on l’avait
déjà constaté à maintes reprises, les médias commerciaux adhèrent immédiatement
à la version officielle du coup d’Etat, et légitiment les putschistes ne
serait-ce qu’en leur donnant exclusivement la parole. Le jour du coup d’Etat,
la seule chaîne TV publique a été fermée, puis rouverte quelques jours plus
tard, ainsi que les radios jugées dangereuses par l’armée, comme Radio Globo (accusée
actuellement « d’inciter à l’insurrection » et menacée de
fermeture ainsi que de la saisie de tout son matériel). L’électricité a même
été coupée pour que personne n’émette ni ne reçoive d’infos.
Car, l’un des
miracles des médias, surtout les grands médias bien commerciaux, c’est qu’il
suffit qu’ils disent
quelque chose dans la case « infos » pour que
tout le monde prenne cela pour argent comptant. Ainsi, en avril 2002 au
Venezuela, les chaînes privées ont immédiatement avalisé les putschistes en
leur donnant la parole pendant que Chavez était détenu par l’armée. Eh bien là,
on a refait exactement pareil : on a montré Micheletti, on l’a laissé
développer ses arguments, on a fait des reportages allant dans son sens, et
tout le monde s’est dit « ah ben on a changé de gouvernement » sans
savoir pour quoi et surtout pour qui.
On voit ainsi le
quotidien espagnol El
Pais, le jour même du coup d’Etat,
qualifier Zelaya de populiste dans l’introduction d’une interview réalisée deux
jours plus tôt pour justifier la destitution du général Vasquez Velasquez car
celui-ce refusait de faire distribuer le matériel électoral (la Cour suprême l’a
rétabli juste après). Comme par hasard, on demande à Zelaya s’il « a le
contrôle du pays », s’il contrôle l’armée aussi… ce à quoi il doit
bien répondre qu’ « en ce moment les forces armées sont insubordonnées ».
C’est le moins qu’on puisse dire. Comme une prémonition, Zelaya explique qu’une
« conspiration » s’est mise en place, et évoque « la
Cour [qui] a confectionné trois résolutions afin de déclarer illégale la
consultation de dimanche », le 28 juin, et « le Congrès qui
tente de me déclarer incompétent pour gouverner (…) pour pouvoir demander
ensuite aux Forces Armées de faire un coup d’Etat ». Pour autant,
personne n’a bronché, l’info est passée comme une lettre à la poste du temps du
service public.
Innocemment,
Zelaya répond au journaliste qu’il ne pense pas que l’ambassade US soit dans la
conspiration, car, dit-il, « si l’ambassade des Etats-Unis l’avait
approuvé, ils auraient déjà fait le coup d’Etat. Mais l’ambassade des
Etats-Unis n’a pas approuvé le coup d’Etat. Et croyez-moi », ajoute le
chef d’Etat, sûr de lui « si en ce moment même je suis ici, dans la
résidence présidentielle, en train de parler avec vous, c’est grâce aux
Etats-Unis ». Il faut croire qu’ils ont changé d’avis dans les 48
heures suivantes ! Zelaya explique même qu’ « on » l’a
averti qu’à trois heures du matin on viendrait le capturer et l’envoyer loin ou
même pire. Du coup, 1.000 à 2.000 personnes tournent autour de la résidence :
« pour pouvoir me capturer, ils devraient faire un massacre »,
assurait alors le président.
A part Tele Sur,
dont les journalistes ont été renvoyés du pays, peu de médias ont réellement
tenté de rétablir les choses ou au moins de les recadrer. Pendant que les
journalistes dissidents se font virer, reçoivent des menaces de mort (comme le
directeur de El Liberador), se font agresser (voire sont liquidés, comme
Gabriel
Fino Noriega de Radio Estelar et Radio America, qui a été criblé de balles
le 3 juillet 2009 en sortant de la radio où il prenait position contre le
putsch, ce qui n’empêche pas Reporters Sans Frontières de préciser que ce
meurtre n’a rien à voir avec le coup d’Etat), ou se font même arrêter, comme quatre journalistes de la TV Canal 5,
détenus par les militaires, les médias commerciaux passent en boucle la
propagande mélangée à des programmes insipides.
Les radios et TV un
peu indépendantes qui osaient critiquer le nouveau régime ont été fermées et/ ou mitraillées par
l’armée, comme Radio Justicalpa. Celles qui soutenaient la consultations
populaire, comme Radio Globo, Canal 8, Canal 36, Maya TV, Radio Progreso et d’autres
ont été occupées par l’armée le 28 juin et parfois après.
A d’autres, les
militaires ont bien spécifié qu’il était interdit de diffuser des infos qui ne
venaient pas de Micheletti.
L’ambiance au
Honduras est donc loin d’être propice à la liberté d’expression, et les
journalistes non alignés sont les
premières cibles des putschistes, qui tiennent bien sûr à contrôler entièrement
l’information dans le pays si ce n’est à l’extérieur. Aujourd’hui, tout n’est
pas rentré dans l’ordre, loin de là. La chaîne Canal 36, par exemple, dénonce le
fait que son
signal soit saboté par le gouvernement avec l’aide de Hondutel et de la Commission
Nationale des Télécommunications.
Quand Zelaya est
parvenu à rentrer
brièvement au Honduras le 24 juillet, les chaînes privées ont diffusé des
feuilletons et une manif en faveur de Micheletti.
Les médias privés
qui continuent font, comme on l’a vu en France sous l’Occupation, de la
propagande (même
RSF le dit !), mêlant campagnes de dénigrement de Chavez et du
Venezuela à des pseudo revendications démocratiques. La Tribuna, l’un
des principaux quotidiens, appartient à un ami de Micheletti, Carlos Flores
Facussé, qui a été président du Honduras de 1998 à 2002. La Prensa
et El Heraldo appartiennent
quant à eux à Jorge Canahuati, président de la commission internationale et
de la Société Interaméricaine de Presse. La Prensa, un peu comme Paris
Match qui fait disparaître les bourrelets de sarko, fait disparaître les traces
de sang sur un jeune manifestant mort lors d’un défilé de soutien à Zelaya.
Aujourd’hui, on
apprend que Canahuati et son frère, Jesus, président des maquiladoras, ainsi
que quelques entreprises importantes, ont versé de l’argent (28.000
dollars paraît-il, mais ça fait peu) à des lobbyistes US pour préparer le coup
d’Etat.
L’Université
Leticia Salomon a même réalisé une étude montrant que Facussé, proprio de La
Tribuna,
Canahuati, mais aussi les chaînes de TV 2, 3, 5 et 9 « étaient
les piliers fondamentaux du coup d’Etat ». Une bonne partie des
télévisions (Grupo Televicentro, Telecadena, 7y4, Telesistema, 3y7,
Multivisión, Multidata, Multifon, Televicentro Online) et des radios (Emisoras
Unidas, HRN, Radio Norte, Suave FM, Rock n' Pop, Vox FM, XY, 94 FM, Radio
Satélite, Radio Caribe, Radio Centro) appartiennent à Rafael
Ferrari, un autre comploteur. Il est vrai que, sans la propagande
médiatique, les choses auraient été bien plus difficiles.
De hauts cadres de
Grupo Continental, qui chapeaute la banque du Honduras, l’agro industrie et de
nombreux moyens de communication, Gilberto Goldstein et Jaime Rosenthal (parmi les hommes
les plus riches du pays), étaient aussi dans le coup, ainsi
que des familles qui contrôlent une grande partie des richesses du pays
comme le banquier Camilo Atala, Fredy Nasser, le sucrier Guillermo Lippman et
d’autres du même acabit.
Bilan
A l’heure
actuelle, aucun gouvernement n’a eu le culot de reconnaître Micheletti et ses
copains, contrairement à ce qui s’était produit lors du coup d’Etat au
Venezuela (en effet, Bush et Aznar se
sont empressés de reconnaître le gouvernement putschiste).
Tout l’été et encore aujourd’hui, des manifestations de soutien à
Zelaya ont lieu, dans
la capitale et ailleurs, et sont réprimées dans la violence. Les syndicats,
regroupés dans le Front Syndical Contre le Coup d’Etat, ont aussi lancé une grève
générale la semaine dernière, et des
marches vers la capitale sont organisée par le Front de Résistance Contre
le Coup d’Etat. Les manifestants, parfois, s’en prennent à des symboles de l’entreprise
capitaliste, comme les magasins Burger King, signe qu’ils savent très bien à
qui ils doivent le putsch.
Une mission
internationale d’observation est venue constater que le nouveau gouvernement ne
respectait pas les
droits de l’homme, et recommandait la rupture des relations diplomatiques
avec le Honduras.
Doucement, l’Europe
commence à faire les gros yeux à Micheletti, et tente de l’amener
à négocier une sortie de crise pacifique, en faisant par là même un
interlocuteur acceptable.
Le gouvernement « de
facto » a donc pris un sérieux plomb dans l’aile, mais cela ne l’empêche
pas de camper sur ses positions, tel une bernique sur son rocher. Gardé,
certes, par l’armée et les détenteurs de capitaux nationaux. Cependant, pas de
bol, l’opinion publique comme les honduriens se sont mobilisés pour dénoncer
cette usurpation de pouvoir, obligeant les gouvernements, comme ce fut le cas pour
le Venezuela, à condamner le coup d’Etat. Même si, on le voit à la longueur du
temps de réaction, lesdits gouvernements n’étaient (et ne sont toujours) pas
pressés de demander le retour de Zelaya.
A l’international,
c’est toujours Zelaya qui représente le Honduras, où il ne peut mettre les
pieds, et il nomme encore les ambassadeurs du Honduras un peu partout.
Micheletti, lui, a
comme objectif les
élections de novembre, dont la campagne vient de démarrer.
Aujourd’hui, on
parle des accords de San José, organisés par l’OEA et censés permettre une
sortie négociée de la crise, sous la médiation d‘Oscar Aria, président du
Costa Rica. Cependant, il y a désormais cinq
candidats qui demandent à ce que leur légitimité soit reconnue après les
élections de novembre, mais qui ne demandent pas, par contre, le retour de
Zelaya (menacé d’être poursuivi
en justice s’il rentre au Honduras, car la Cour suprême considère que le
gouvernement de facto est légitime).
L’un des
candidats, Felicito Avila du parti démocrate chrétien, a ainsi expliqué dans La Tribuna
en rentrant de San José que « Nous ne prétendons pas faire revenir
Zelaya au pouvoir, il s’agit de renforcer la démocratie et que la communauté
internationale reconnaisse le gouvernement ainsi que le résultat des élections
régionales de novembre ». Au cas où quelqu’un a cru qu’il était encore
question de remettre les choses en ordre, voilà qui sera plus clair. Toujours
dans La Tribuna, un autre candidat, Elvin Santos du parti libéral, demande instamment (et dans
le titre du papier) à Zelaya de « cesser immédiatement les menaces, les
hostilités, la diffamation et le mensonge qu’on a vus augmenter ces derniers
jours », et dénonce un Zelaya qui se bat « contre les intérêts
du Honduras ». Rappelons seulement que Zelaya est exilé bien loin et n’a
pas, lui, les médias à sa botte. Son pouvoir de nuisance reste donc limité.
De fait, la
question s’est déplacée du coup d’Etat illégitime et illégal vers le concept
beaucoup plus flou et
général de « crise ». Aujourd’hui, comme par magie, le débat ne
porte plus vraiment sur le retour de Zelaya, mais sur la sortie de crise, si
possible sans effleurer les susceptibilités de l’oligarchie hondurienne qui a
usurpé le pouvoir. On se réunit, on discute, on tergiverse, mais depuis le
début de l’été force est de constater que c’est bien Micheletti qui tient les rênes
du pays. Etrangement, il a
refusé (parce que oui, on lui a poliment demandé son avis) un accord
prévoyant le retour de Zelaya.
Pendant ce temps-là, on lit dans la presse alignée, comme La Prensa de Canahuati, que Zelaya cherche (encore) à « créer l’anarchie et détruire le parti libéral ». Le combat de la propagande et contre-propagande n’est certes pas fini, et cela encore une fois au détriment de la légitimité démocratique du moins ce qu’il en reste. Les prochaines élections promettent donc de se dérouler dans un climat des plus tendus, voire des plus malsains pour la démocratie.



17 septembre 2009
Encore 5 ans d’ultra libéralisme pour l’Europe
C’est
passé comme une lettre à la poste : Barroso
remet ça pour encore cinq ans, sans que personne n’y trouve à redire, bien au contraire. Même si le bilan économique,
social et politique
dudit Barroso est lamentable, l’ensemble des chefs d’Etat soutenait monsieur le
président, et le Parlement, malgré quelques remous, a suivi hier. Et les
« socialistes » avec, d’ailleurs.
Bien
qu’en principe, l’Europe ne soit pas encore complètement devenue un groupe de
Républiques bananières,
l’ami des multis régulièrement présent (entre autres)
au Bilderberg a surtout été reconduit parce qu’il était le seul candidat à sa
propre succession. Interdit de glousser, tout est démocratique, on vous
dit !
L’ancien
maoïste devenu chantre de la « concurrence libre et non faussée »
qui a toujours une oreille attentive pour les lobbyistes
des banques et des multinationales pourra donc continuer à libéraliser autant
qu’il peut. Le libéralisme décomplexé a encore de beaux jours devant lui en
Europe.
Le silence sur les enjeux de cette nomination révèle l’ampleur du désastre
démocratique qu’est devenue l’Europe : il s’agit en effet du poste le plus
important en Europe et donc pour les Etats. L’absence de campagne expliquant
les enjeux montre bien que le but n’est pas de « rapprocher l’Europe des
citoyens », comme on nous le dit quand on doit voter, mais bien d’assurer
la pérennité d’un système qui n’a décidément rien de démocratique. Car c’est
bien Barroso qui va nommer les commissaires européens, et il faut également
rappeler au passage les –très- larges compétences de ces gugusses non élus qui
forment la sacro sainte commission européenne, celle qui dicte une majorité des
lois votées en France comme dans l’ensemble des pays européens.
Une
fois plus, le citoyen a comme l’étrange impression que l’Europe se fait sans
lui. Et même, que l’Europe n’a rien à faire de son avis, un peu comme ce fut le
cas quand nous avons refusé le traité constitutionnel que sarkoléon nous a
refourgué un an après.
La
commission a seule l’initiative des lois et de la rédaction des textes
législatifs dans les matières suivantes, c’est-à-dire pour à peu près tout :
· Union
douanière et marché unique
· Politique
agricole commune (du moins ce qu il en reste) et politique commune de la pêche
· Protection
de la sacro sainte concurrence, ce qui permet de regarder de près les
« barrières » qui existent un peu partout comme les services publics,
les subventions publiques, les normes sanitaires etc
· Union
économique et monétaire
· Citoyenneté
de l’Union ( Tiens, nous aurions déjà une « citoyenneté »
européenne, au-delà peut-être de nos nationalités ?)
· Education
(à ce propos je vous suggère de lire ce
papier un peu long certes sur la collusion entre la commission européenne
et les multinationales en ce qui concerne les grands réformes de l’éducation,
initiées par la commission contrairement à ce que les gens pensent) et culture
· Transports,
et toujours n’est-ce pas avec en tête l’impératif écologique.
· « Protection
des consommateurs », mais pas des OGM, ni des produits chimiques, ni des vaccins,
ni des téléphones portables, ni du poulet hormoné US, ni contre les compagnies
d’assurance qui tondent leurs clients, ni les banques qui tondent leurs
clients, ni les pétrolières qui… bref, la liste est longue
· Santé
(ça c’est l’humour de la commission européenne, il n’y a qu’à voir ce qu’est le
contrôle européen des médocs et autres substances toxiques…)
· Recherche
(évidemment, on sait au profit de qui, d’où les réformes de l’université etc)
· Protection
de l’environnement (là, on est franchement plié de rire)
· Et
la meilleure : la Politique sociale (no comment)
· Une
autre, pas mal aussi, si c’est du douzième degré : l’espace de liberté de
sécurité et de justice européen, ce qui permet à la commission de décider en
matière de défense et de sécurité de l’Europe. L’immigration est donc de son
seul ressort, ainsi que les normes en matière de frontières.
Autant
de domaines pour lesquels le Parlement est réduit au simple rôle d’une chambre
d’enregistrement. Bien sur, les commissaires
(grassement
rémunérés au demeurant : 240.000 euros par an !!!), avant de
prendre des décisions, savent s’informer auprès des multinationales et de
leurs représentants sur les sujets qui les préoccupent.
Pour
le reste (droits de l’homme, terrorisme et quelques chimères du même genre) les
Etats membres peuvent aussi avoir l’initiative des lois. Mais en aucun cas le Parlement,
qui pourtant est le seul organe élu par la population en Europe. Mais enfin,
tout le monde sait qu’on peut
passer outre l’avis des parlementaires européens si le Conseil suit.
La
commission, donc, concentre presque tous les pouvoirs, sur presque toutes les
matières. Et celui qui impulse la « dynamique », comme on dit, c’est
Barroso.
Il est donc très inquiétant qu’il n’y ait pas eu de campagne officielle, au
moins pour que les gens connaissent son programme et sachent pourquoi tout le
monde semble lui faire confiance malgré les dérives ultra libérales de ladite
commission.
Il
est également très inquiétant qu’il y ait un consensus des élites européanistes
pour reconduire ce type. A droite comme
à gauche, tout le monde est d’accord, et tout va bien.
Certes, Blair ou Fillon, c’était pareil. Le pantin ne change rien à l’orientation de l’Europe : depuis 60 ans elle fonctionne contre les peuples, et tout va bien !

12 septembre 2009
Quand l’absence d’humanité devient un mode de management
<p>France Télécom</p>
« France
Télécom, ce n’est décidément plus ce que c’était », voilà le constat qui
revient dans les bouche des consommateurs (ex usagers) mais aussi des salariés
du groupe. Depuis bientôt une dizaine d’années, en effet, la réorganisation est
en cours. Ancienne entreprise publique, dans laquelle l’Etat reste encore le
plus gros actionnaire avec 26% environ (contre 64% avant 2000), mais près de
70% du capital (soit 1. 381 millions d’actions) est détenu par un certain « public »
(cf. p 245) dont il est difficile de savoir qui se cache derrière. L’opacité en
ce qui concerne l’actionnariat individuel de France Télécom est d‘ailleurs
assez particulière. Enfin bref, cette entreprise, qu’on a dit à l’époque la
plus endettée de France histoire de justifier la privatisation, vit depuis
quelques années sa période noire en ce qui concerne la « gestion du
personnel », comme disent ces messieurs dames des RH (enfin ceux qui
retsent).
Un
« changement de culture » radical
Bref,
oui, en devenant une bête entreprise privée, FT a comme disent certains « changé
de culture », et les
salariés ont du comprendre que désormais, la qualité
du service passait après l’impératif de rentabilité à court terme (pour
satisfaire des actionnaires qui spéculent plus qu’ils n’investissent). En
dehors de cela, il a fallu « réorganiser ». N’importe quel salarié
vous dira que FT a toujours été un chantier perpétuel. Mais avant, au moins, « on
savait où on allait ».
Ce
changement de culture a pris une forte accélération avec l’arrivée de Thierry Breton, un
ancien de Thomson, puis conseiller de la banque Rothschild, puis PDG d’Atos, à
la tête de la boîte de 2002 à 2005. Au passage, celui-ci a réussi à augmenter
son salaire de manière conséquente au moment où, un peu comme sarkoléon, il
demandait aux autres de se serrer la ceinture.
Le
management
à la « pression » a alors démarré afin de « redresser »
l’entreprise, c’est-à-dire en augmenter le capital afin de la rendre plus
alléchante pour les actionnaires. Breton voulait donc de « fortes améliorations des
performances opérationnelles», ce qui veut dire réduire les coûts au maximum,
l’œil rivé sur la colonne « débit » de la comptabilité. Des
consultants sont venus dire comment faire des économies, et on a donc remplacé
les gens des ressources humaines par des comptables, dont le seul objectif
était de réduire les coûts. Désormais l’avancement se ferait en fonction des
réductions de coûts, voire des gains dégagés. Breton l’a dit lui-même : il
allait mettre l’entreprise « sous pression ».
Il
avait à cet effet mis en oeuvre le « programme Top » (sic.) :
40 grands chantiers destinés à réduire la dette de FTde
15 milliards d’euros.
35 à 40% des « économies » devant concerner les « coûts
opérationnels », et les effectifs ont commencé à baisser (moins 5% des effectifs en 2002
déjà, moins 40% d’emplois en CDD et moins 30% pour l’intérim, avec en revanche
+ 17% d’accidents de travail et sur le trajet. En 2007, 17.000
emplois ont encore été supprimés). En quelques années, 70.000 salariés ont
disparu, en laissant encore 100.000 sur le territoire pressurés et stressés
comme rarement cela se voit dans une entreprise :on comptait environ
170.000 salariés en France en 2000, 125.000 en 2004, et 100.000 aujorud’hui. On
a donc réorganisé
sec, à FT.
Réorganisation
permanente et incertitudes
Comme
par hasard, après les derniers suicides de salariés (qui sont intervenus après
que les personnes aient appris une nouvelle concernant cette « réorganisation »
permanente de FT), la direction a décidé de bloquer
lesdites réorganisations et des mutations forcées jusqu’au 31 octobre, un
sursis pour beaucoup d’employés de FT. Car la stratégie est de mettre les gens
dans l’incertitude la plus complète : « personne, à FT, ne sait où
il sera ni ce qu’il fera dans trois mois », explique un salarié du
groupe, « ils peuvent très bien supprimer le service, ou juste ton
poste, ou décider de te muter ou de te renvoyer… »
Les
suppressions de postes à FT correspondent à des activités qui, le plus souvent,
ont été sous-traitées. C’est ainsi que les travailleurs de FT se retrouvent
avec des collaborateurs indiens ou égyptiens qui ne connaissent pas le métier
et sont donc moins efficaces, et qui, d’autre part, ont l’inconvénient d’être
loin, ce qui fait prendre des jours à des procédures simples qui auparavant
prenaient quelques heures voire quelques minutes. De ce fait, le travail se
complique et le stress augmente surtout si l’on tient compte de l’ambiance
détestable dans l’entreprise. Ainsi, de nombreux métiers techniques sont
externalisés, ceux qui restent en France devant changer de métier au sein de FT,
parfois en trouvant seuls où se recaser.
Les
résultats purement économiques de FT semblent, en tout cas, montrer que cette
manière de faire est la bonne : les comptes se sont redressés, la dette a
été colmatée, et le bénéfice (la fameuse marge brute opérationnelle) du groupe
a atteint 35,6%
de son chiffre d’affaires en 2008 (qui était de 53,5 milliards d’euros, une
paille), contre
36,3% en 2007. Mais les miracles de la comptabilité ne peuvent dissimuler
le caractère relativement improductif de ces bénéfices : en 2007, pas
moins de 53,7% desdits bénéfices ont été reversés
aux actionnaires, ce qui avait tout de même fait gagner 900 millions à l’Etat.
Il s’agira probablement de presser le citron jusqu’au bout avant de se retirer.
Ce
ne sont donc pas les actionnaires qui remettront en cause la gestion actuelle
de FT. Cependant, il faut bien le dire, il est dans l’air du temps de ne se
préoccuper que de bénéfice à court terme, sans tenir compte des aspects humains
dans le travail, sans même d’ailleurs se rendre compte que ce sont des humains
qui travaillent. Car il semble que le phénomène des suicides au travail soit
apparu ces dix ou quinze
dernières années, en même temps que la mondialisation et l’avènement de l’ultra
libéralisme.
Là
où la chose est dramatique (je finis ma parenthèse là-dessus) c’est quand ce
sont des gens, des salariés normaux avec un salaire normal, qui se mettent à
spéculer et qui deviennent responsables, d’une certaine manière, de leur propre
licenciement dans le cadre de ce type de restructuration. Passons…
Une
stratégie d’entreprise
En
un an, 23 salariés du groupe se sont donné la mort, et cinq depuis le début de
l’été, pour des raisons en
partie
au moins liées à leur travail. L’un d’eux était encore en ligne avec
son délégué syndical quand le train est passé. Pourquoi en arrive-t-on à cette
extrémité ? Pourquoi sauter par la fenêtre à cause d’une réorganisation
des services, devenue chose banale à FT ?
Les
syndicats du groupe dénoncent depuis longtemps déjà la dérive sérieuse du « management
à la pression » instauré depuis longtemps aussi, mais qui s’est fortement
accentué sous Breton. Un salarié qui s’est suicidé en juillet avait dénoncé
quant à lui le « management
par la terreur » qui règne à FT.
Car
la réorganisation, c’est quoi ? Mutations
forcées (« votre poste est supprimé, la seule place libre est à 400 kilomètres »),
parfois fréquentes et souvent pour des postes inférieurs, histoire de pousser
les gens à partir, réorganisations
permanentes des services, course au rendement, pressions des RH pour vous
montrer la porte de sortie (par exemple en envoyant chaque semaine une liste de
jobs dans la fonction publique, et
malheur à qui cliquera dessus : il sera identifié par les RH comme
candidat au départ), obligation de changer de métier (il y aurait ainsi eu
70.000 changements de métier en cinq ans à FT, pas mal pour des « fonctionnaires »
forcément encroûtés dans leur train-train), entretiens individuels réguliers et
infantilisants, objectifs irréalistes, heures sup non payées, isolement
dans le travail et donc d’avec ses collègues, pressions diverses et variées
(par exemple exiger que les gens demandent la permission au responsable pour
aller aux toilettes,
Pour
certains cadres, la rémunération dépend pour moitié des réductions d’effectifs
qu’ils seront capables de faire. Et dans deux ou trois ans, on changera de
cadre…
Des
médecins du travail de FT auraient même démissionné parce que la direction du
groupe ne tenait aucun compte de leurs rapports de plus en plus alarmants sur
la santé morale notamment des salariés.
Suite
à ces suicides, la direction de FT a dit qu’ils allaient embaucher 100
personnes aux RH (des RH « de proximité », ce qui est le but 1er
des RH en principe), mais c’est après avoir viré, depuis trois ou quatre ans,
quasiment tous les salariés des ressources humaines de France Télécom. C’est
comme cela qu’à Rennes, par exemple, il n’y a aujourd’hui personne aux RH pour
un bon millier de salariés. Tout a été centralisé à Paris, où en fait de RH ce
sont des comptables qui mènent la danse.
FT,
finalement, révèle ce qu’est notre époque. Avec les nouvelles valeurs de la
mondialisation et du grand « défi » de la concurrence mondiale que
nous rabâchent les politiques nationaux et internationaux, mais aussi nos patrons,
la préoccupation n’est plus l’humain mais ce qu’il vaut dans ce bordel qu’est
le monde mondialisé actuel. En tant qu’être humain, avec sa vie, ses rêves, ses
valeurs, ses envies, on peut effectivement se sentir vite à l’étroit dans cet « environnement
concurrentiel » qui n’apporte rien de bon à personne.
On
peut effectivement, quand on est entré à FT à l’époque du service public, quand
la satisfaction des clients et le travail bien faits étaient des valeurs d’entreprise,
se demander à quoi ça sert de travailler d’une manière si incohérente, sans
savoir où on va, dans une entreprise dont on ne partage pas la seule valeur qui
est la course au profit à court terme.
C’est
la question d’une génération entière de travailleurs, coincés entre ce qu’on
leur demande de faire et leurs principes moraux.

08 septembre 2009
La grippe, occasion d'instaurer l'Etat d'urgence?
Source: AFP, Libération
Syndicat de la magistrature: plan grippe H1N1 "liberticide" pour la justice
PARIS — Un projet gouvernemental envisageant de bouleverser la procédure pénale en cas de pandémie de grippe H1N1 alarme le Syndicat de la magistrature (SM) qui dénonce un "dispositif liberticide".
Le SM s'inquiète de la "volonté de créer une justice d'exception par ordonnances gouvernementales, sans débat démocratique", dans une lettre adressée à la ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie et révélée par Libération.
Dans ce courrier, dont l'AFP a pris connaissance, le SM cite notamment le projet de confier les audiences pénales à un seul magistrat, "en violation du principe de collégialité". Le huis clos des débats pourrait être généralisé, et les mineurs envoyés devant le tribunal correctionnel.
Par ailleurs, le gouvernement envisagerait de ne permettre aux gardés à vue de voir leur avocat qu'à la 24ème heure de détention, plutôt qu'au début, mais aussi "de prolonger les délais de détention provisoire de 4 à 6 mois sans audience ni débat devant le juge des libertés et de la détention qui statuerait sur dossier".
Enfin, "tous les délais de prescription" seraient suspendus.
Dans la lettre adressée à Mme Alliot-Marie, le syndicat assure ne pouvoir "tolérer que de telles atteintes aux principes démocratiques soient envisagées par le gouvernement" et "demande expressément" à la ministre "de renoncer à la mise en oeuvre d'un tel dispositif liberticide".
Le SM critique en outre que les textes du plan gouvernemental aient été "transmis dans le plus grand secret" aux chefs de cour en juillet 2009.
Interrogée par l'AFP, la Chancellerie a "formellement contesté qu'il s'agisse de mesures attentatoires aux libertés", sans infirmer les informations du syndicat.
"Ce mesures sont au contraire protectrices des libertés", selon Guillaume Didier, porte-parole du ministère de la Justice.
"Nous avons prévu un plan équilibré, avec différents stades, établissant des mesures graduées dont les plus dérogatoires au droit commun n'auront vocation à s'appliquer qu'en cas de crise sanitaire très grave", a-t-il expliqué.
"Il s'agit d'un document de travail", a-t-il ajouté, précisant qu'aucun calendrier permettant d'aboutir à une législation par ordonnance n'était établi et qu""on ne sait même pas si la situation imposera d'adopter ce texte".
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Evidemment, le Ministère de la justice nie l'existence d'un tel plan d'après le Nouvel Obs, mais d'un autre côté MAM a dit qu'il fallait "envisager toutes les situations". Certes, mais est-il nécessaire de transformer la Justice en un trou noir légal incapable d'assurer son rôle qui est justement de rendre justice?
07 septembre 2009
Quand le liquide coule à flots: les marchés publics de l'eau
Je reviens sur mes histoires de
flicage et de barbouzes, mais cette fois sous un angle plus local :
l’attribution de marchés publics,
une dépense qui en 2008 s’est élevée pour l’Etat à plus de 144
milliards d’euros, d’après le Ministère de l’économie, et à plus de 98
milliards pour l’année 2009 jusqu’à présent. Ca fait quand même des sous, jusqu’à
15% du PIB des pays de l’OCDE, et 10 % en France, qui doivent être dépensés de manière juste, dans
le cadre de la loi sur les marchés publics, qui a déjà été bien aménagée ces
derniers temps. Aujourd'hui nous allons nous pencher sur la situation de la distribution de l'eau en France, un cas emblématique des abus en matière de marchés publics.
Je
ne suis pas spécialiste du droit des marchés publics, mais on sait qu’à partir
d’un certain montant (revu à la
hausse en 2008) il doit y avoir mise en
concurrence, c’est-à-dire appel d’offre. Pour les travaux c’est à partir de 5
millions et quelques.
Enfin,
bref : la procédure, en principe, est encadrée.
Sauf
que des petits malins, par l’odeur du magot alléchés, ont évidemment trouvé des
moyens de s’en mettre plein les poches et/ou de s’adonner à un népotisme de bas
étage. A ce propos, le CNRS a rédigé une petite
fiche pratique assez succincte certes, mais claire et didactique, recensant
les grands classiques des abus liés aux attributions de marchés publics. Où
l’on s’aperçoit au passage que ça ne rigole pas du côté de la loi, lesdits
délits (appelés également « prise illégale d’intérêts »,
« trafic d’influence » ou même « corruption », de ces
délits qui seraient bien temporisés par la fumeuse « dépénalisation du
droit des affaires » de sarkoléon) étant passibles de 10 ans de prison.
Un
rapport
du Service Central de Prévention de la Corruption de 2007 (pages 79 à 94)
détaille ainsi différentes techniques pour détourner une partie de l’argent des
marchés publics ou bien favoriser des copains.
Prenons
l’exemple de l’eau, un bien public par excellence, dont les élus sont bien
obligés, en raison du retrait de l’Etat dans les services publics, de passer
avec le privé des contrats de « délégation de service public » avec
un secteur privé qui détient aujourd’hui plus des trois quarts du marché
français (Véolia en 1er, avec près de 40% du marché).
Et
cela, via les fameux marchés publics. Dans le domaine de l’eau, il y a des
monopoles, nationaux et internationaux : une dizaine de multinationales,
dont trois françaises, se partagent le gros du marché. L’ex Lyonnaise des eaux,
Suez,
par exemple, a la grande chance d’être en bonne position aux deux niveaux. Et la Saur (Société d’aménagement
urbain et rural, propriété de Bouygues
puis d’un fonds d’investissement) ou Vivendi, ex Générale des Eaux devenue
Véolia, idem. Pour cette dernière, présente dans 57 pays avec 132 millions de
clients, l’eau représentait 12 ,5 milliards d’euros de chiffre d’affaire en
2008. A l’étranger des boîtes comme la hollandaise Bechtel,
qui a été mise dehors par les boliviens, ont à leur actif les mêmes abus que
nos multi Françaises.
En
2007 en France, pas moins de 883 collectivités locales ont lancé un appel
d’offre pour la distribution d’eau, mais dans
96% des cas on reprend la boîte qui avait déjà le contrat. Dans 1% des cas
seulement, l’eau revient à une régie municipale, même si, pourtant, les tarifs
sont moins élevés.
A
tous les niveaux, les marchés peuvent être bidonnés. Tout le monde le sait,
personne ne le dit ou presque. Et ça se bidonne d’autant plus facilement que
les pontes de ces multinationales de l’eau usent et abusent du tourniquet,
cette méthode qui consiste à passer du secteur public au secteur privé, avant
de revenir dans le public pour favoriser certains textes législatifs ou les
petits copains.
C’est
ainsi que Stéphane Richard, le chef de Véolia Transports, s’est retrouvé
directeur du cabinet du ministre de l’Economie et des Finances en 2007, ou que Villepin soi-même est lui
aussi passé par Véolia, qui avait le monopole de l’eau en Ile de France depuis les
années 60 avant de devoir partager avec Suez et dont l’Etat est
actionnaire, en tant que « conseiller international » entre 2005 et
2007, puis plus
récemment après les dernières élections, en tant que consultant pour Véolia
Environnement. Etrangement, Villepin avait poussé pour un rapprochement entre
EDF et Véolia en 2006, par exemple, et aujourd'hui on parle d'Henri Proglio, patron de Véolia, pour prendre la tête d'EDF. Jean-Luc Touly, un ancien cadre de chez
Véolia, ajoute
quelques exemples venus de chez Véolia,
comme Rainier d’Haussonville, qui a fini comme conseiller aux affaires
économiques européennes dans le cabinet de Villepin en 2007.
Gérard
le Gall, ancien conseiller de Jospin pour les sondages d’opinion et prof à la
fac, a quitté son poste pour rejoindre Suez
en 2004. Un dénommé Eric Besson, avant le PS et avant l’UMP, était à la tête de
la fondation Vivendi. Un ancien conseiller de Chirac, Jérôme Monod, était quant
à lui à la lyonnaise des Eaux…
Bref,
du coté des multinationales de l’eau, on reste entre soi. Ce qui facilite
grandement les mics-macs et la
tolérance du pouvoir envers les agissements de
ces boîtes.
Car, les affaires de marchés publics bidonnés par ces entreprises ne manquent
pas, au national comme à l’international. A Abu Dhabi, par exemple, Véolia
aurait versé des commissions occultes afin d’obtenir un marché : 18
millions de dollars (et 317 millions d’euros avaient été surfacturés aux
usagers) auraient été versés à des « intermédiaires ». Je souligne ce
dernier mot car il est important : ce qu’on appelle
« intermédiaires », en général, sont les membres des cabinets
de consulting et autres lobbyings dont nous avons relaté certains exploits
récemment. Rappelons encore que ces 18 milliards sont payés par les pouvoirs
publics, c’est-à-dire par les contribuables.
On
n’évoquera pas non plus les abus divers et variés, liés aux droits de l’homme,
au respect de l’environnement, du droit du travail ou même des affaires, que
ces multinationales peuvent commettre à travers le monde. Revenons à nos
marchés publics.
Le
Courrier, un quotidien suisse, nous
apprend ainsi qu’il est question de surfacturations et de détournements de
fonds de la part de Vivendi, ainsi que de ses « méthodes
anticoncurrentielles ». En ce qui concerne les surfacturations, cela
expliquerait que les prix augmentent systématiquement avec le privé,
en l’occurrence Vivendi : 4,5 milliards payés par les clients en eau de
Vivendi se sont évaporés.
A
Grenoble en
1997, le Conseil d’Etat avait finalement décidé que la privatisation de
l’eau en faveur de Vivendi par l’élu local bien connu des tribunaux Alain
Carignon, était illégale. Au passage, quelques méthodes de facturation plus que
douteuses ont été mises à jour lors de l’enquête judiciaire, et les tarifs de
l’eau appliqués ont été déclarés illégaux. Carignon a pris 5 ans dont un avec
sursis, 5 autres d’inéligibilité et 400.000 Francs d’amende.
De
fait, les taux de marge de ces boîtes peuvent atteindre le pharamineux sommet
de 58% dans certains endroits. D’après l’Institut français de l’environnement
(Ifen), on payait en moyenne en 2,19 pour un m cube d’eau fournie par une régie
municipale, et 2,93 avec un privé. Et des villes qui ont quitté le privé pour
revenir à la distribution municipale ont pu voir leur facture d’eau baisser de
20%. No comment.
Le
cas de la commune
de Neufchâteau, paisible bourgade de 8.000 âmes, est assez symbolique,
d’autant plus qu’on devine les jeux d’influence derrière les étapes de la
rupture qui s’est produite entre le maire de la ville et une filiale de Véolia,
le premier ayant en 2001 décidé de rompre le contrat de fourniture d’eau suite
à des augmentations de prix sans justification. En fait les prix, qui devaient
être de 2,92 euros le mètre cube, étaient montés à 3,65 euros (24 francs de
l’époque). Véolia a en retour traîné la commune en justice pour réclamer des
« indemnités » de plus de 7 millions d’euros représentant les
bénéfices espérés par Véolia sur les 21 ans qu’il restait au contrat et à
700.000 euros pour l’atteinte à l’image de la boîte. Au final, ladite indemnité
s’est limitée à 1,7 million d’euros. Avant qu’il ne prenne la décision de
remunicipaliser l’eau, Véolia avait quand même tenté de payer un
voyage à notre bon maire et à la personne de son choix, tous frais payés
(au prétexte d’un colloque à Madrid), une technique classique de corruption.
Par
contre, le Conseil général des Vosges, présidé par l’inénarrable Christian
Poncelet, a refusé une subvention de 700.000 euros destinés à la station d‘épuration
qu’il fallait rénover, ce qui va obliger la ville, désormais gestionnaire de
l’eau, à investir enfin et donc à augmenter les prix. Mais en 2005, il y avait
bien une nouvelle station d’épuration à Neufchâteau, et les tarifs étaient
redescendus en dessous de 3 euros le mètre cube.
A Castres, Véolia a pratiqué des tarifs
illégaux de 1990 à 2001, et avait aussi aidé la maire de droite de l’époque
à
faire passer le coût de quelques grands chantiers sur les factures d’eau au
lieu des impôts.
A
Rennes, certains
dénoncent le contrat de
fourniture d’eau renouvelé en 2004 avec Véolia, au motif que certains élus
(et délégués syndicaux) seraient trop proches de la multinationale et que les
prix seraient surévalués de 11% par rapport à une régie municipale. Les Verts
expliquent ainsi que Véolia fait passer sur les factures ses frais de
communication, charges de recouvrement, subventions au comité d’entreprise,
frais du siège de Véolia et j’en passe, alors que c’est interdit, ces
prestations n’ayant rien à voir avec le service de l’eau. Accessoirement, entre
1996 et 1999, Véolia aurait mis au chaud plus de 3,3
millions d’euros censés servir à des travaux de renouvellement toujours pas
entamés. Rappelons quand même que c’est le client et le contribuables qui
paient la note.
Comment
cela est-il possible ? Un ancien syndicaliste de Véolia cite entre autres
l’exemple de cet élu local, Marcel Rougemont qui, après avoir perdu son siège
de député, est passé chez Véolia, puis a retrouvé un mandat de Conseiller
Général d’Ille et Vilaine, où Véolia assure une grande partie des transports en
commun ainsi que la distribution d ‘eau. Le cas Jean-Michel Henry, pourtant élu
communiste en charge de l’eau au conseil municipal de Rennes, est également
révélateur : il a voté la reconduite du contrat Véolia, qui fournit l’eau
à Rennes depuis des plombes et des plombes, d’autant plus facilement que sa
fille y travaille.
Mais
à Rennes, Véolia
c’est aussi les transports, le ramassage des déchets, le chauffage de
certains nouveaux quartiers… N’en jetez plus !
Bref,
les
affaires du genre ne manquent hélas pas, dans tous les départements de
France, mais
aussi à l’international.
Preuve que les marchés publics permettent tous les excès, surtout quand il y a
une certaine collusion entre les élus et lesdites multinationales, et le tout
est payé au final par le consommateur et par le contribuable.

01 septembre 2009
Quand les barbouzes se prennent pour les RG
Il
y a un sujet qu’il faut aborder, même si c’est en plusieurs volets : cette
vague de ce qu’on appelle l’intelligence économique, et ses corollaires à
différents niveaux tels que le recrutement de flics et autres anciens des
services secrets pour des actes d’espionnage divers et variés. On revient en ce
moment sur l’affaire EDF/Greenpeace, qui avait démarré il y a déjà quelques
années, quand une officine payée par EDF avait été surprise à espionner le
directeur de campagne de Greenpeace. EDF nie, mais le cas n’est pas isolé.
Où
il est question d’espionner Greenpeace
Après
quelques mois de tergiversations, le groupe EDF vient d’être mis en examen en
tant que personne morale
pour complicité et recel d’intrusion frauduleuse dans
un système informatique. En gros, EDF a payé Kargus
Consultants, une officine chargée d’assurer l’ « appui opérationnel
à la veille
stratégique sur les modes d’action des organisations écologistes» pour
EDF, qui a elle-même payé un informaticien pour s’introduire dans l’ordinateur
de Yannick Jadot, ex directeur de campagne de Greenpeace qui a aujourd’hui
rejoint Europe Ecologie. Ca aurait commencé dès
2004 selon certains,
Depuis
le printemps, quand l’affaire est sortie au grand jour, quatre
personnes ont été mises en examen par le tribunal de Nanterre: deux
officiers à la retraite chargés de la sécurité d’EDF (qui auraient mandaté
Kargus) et deux agents de Kargus, dont Alain Quiros, l’informaticien spécialisé
dans le piratage informatique.
Plus
récemment, il serait même question de surveillance rapprochée de membres de
Greenpeace et même d’infiltration, en France, en Belgique, au Royaume Uni ou en
Espagne.
Patrick
Lorho, le patron de Kargus, est un ancien agent de la DGSE de 44 ans et fait
partie des mis en examens. Il a déclaré en avril qu’il « assume
complètement la mise sous surveillance de l’ordinateur du responsable de
Greenpeace Yannick Jadot, mais je n’assumerai pas le reste et j’aimerais bien
que EDF, qui a commandité l’opération, prenne aussi ses responsabilités ».
Evidemment,
EDF nie avoir ordonné un tel suivi, dit n’avoir été au courant de rien et
conteste le bien-fondé de sa mise en examen. Mais il semble qu’Edf ait déjà été
mis en cause dans une affaire d’écoute téléphonique du porte-parole de Sortir
du Nucléaire par l’officine d’intelligence économique Securewyse. Sortir du
Nucléaire précise à ce sujet que « depuis 2003, une "source"
interne à EDF a fait parvenir au Réseau "Sortir du nucléaire"
plusieurs documents sensibles, dont un qui concerne l'inadaptation des
centrales EDF au risque sismique, et un qui n'est autre que le fameux document
Confidentiel défense qui reconnaît la vulnérabilité du réacteur EPR en cas de
crash d'avion de ligne».
Où
Taser se prend pour les RG
On
se souvient également de la fois où c’est la société Taser France qui a été
mise en cause pour avoir espionné Olivier Besancenot (après l’avoir
poursuivi pour diffamation, d’ailleurs), celui-ci ayant eu l’outrecuidance
de critiquer l’arme, dite « non létale ». Sept
personnes ont été mises en examen, dont deux policiers et un douanier, pour
«violation du secret professionnel», «détournement de finalités de
données», «divulgation intentionnelle de données confidentielles» et
«accès frauduleux à un système de traitement automatisé de données ».
Enfin, mis en examen pour « complicité par instruction », nous avons
Antoine Di Zazzo, le patron de Taser, deux membres de l’ « agence de
détectives » Dusaussy et un ancien flic.
Décidément,
on retrouve souvent dans ces affaires d’espionnage d’ONG le trio
infernal : groupe quelconque – sécurité du groupe avec d’anciens flics –
officine avec anciens flics.
Où
Nestlé s’intéresse à Attac
Cette
fois, l’affaire se passe en Suisse et ça a fini en non
lieu pour cause de prescription, du moins au pénal, après un procès assez
étrange où maintes preuves ont pourtant été fournies par Nestlé soi-même,
et une investigation faite à décharge pour Sécuritas et Nestlé. Le groupe
Nestlé a donc mandaté Sécuritas, grosse compagnie de sécurité, pour espionner
Attac et en particulier des membres qui écrivaient à ce moment-là un livre sur
Nestlé, justement. En outre, il semble qu’il y ait eu une certaine coopération
entre Sécuritas et la police locale du canton de Vaud où l’affaire se passe, et
même la
police fédérale de Berne.
Encore
une fois on retrouve des anciens flics, dont un ancien officier, le chef de la
sécurité de Nestlé John Hedley, un ancien du MI6 britannique engagé en 2002, ou
encore un ancien
cadre de la police fribourgeoise, qui a été pour Sécuritas « responsable pour Securitas
SA à Lausanne du Centre opérationnel investigation service dont les points
forts étaient l'observation, la filature, l'enquête et la surveillance »
et donc de la personne qui s’est
infiltrée chez Attac auprès des rédacteurs du bouquin.
Quelque
temps plus tard, Sécuritas était à nouveau mis en cause, cette fois pour avoir espionné
LausAnimaliste, une association de libération des animaux et ce peut-être
dès octobre 2004.
Puis,
c’est le
Groupe Anti Répression qui dit a été infiltré par une
cadre de Sécuritas.
Où
on nous refait le coup des faux plombiers
L’affaire
Rhôdia, qui est sortie en 1999, est assez révélatrice de l’atmosphère qui
règne autour de ces officines.
Deux boites d’intelligence économique, Egideria
et Astarte, avaient été payées pour espionner deux actionnaires
mécontents : le banquier Edouard Stern, décédé plus tard en tenue de latex
et le financier Hugues De Lasteyrie, lui aussi décédé mais d’un infarctus
foudroyant semble-t-il. Ils disaient que lors de la fusion qui a crée Rhôdia,
Aventis avait dissimulé son passif.
Enfin
bref, les rapports sur les deux actionnaires ont été remis notamment à un des
administrateurs de Rhôdia à l’époque, un certain Thierry Breton, qui nie tout.
En
Belgique, on parlait en 2007 de l’Eletragate,
pour une autre affaire de barbouzerie moderne : le groupe
Suez et cinq français ont été inculpés pour « piratage informatique"
et "tentative d’interception de communications privées". En
2004, on découvre que le système informatique d’Elecrtabel (l’équivalent belge
d’EDF) a été piraté. L’enquête avait montré qu’une nuit de février 2004, un
ancien de la DGSE qui avait créé sa boîte de sécurité, Richard Guillet, était
entré chez Electrabel déguisé en plombier avec deux collègues, et avait
installé des micros espions dans les ordinateurs.
Le
trio aurait ensuite déclaré aux enquêteurs qu’ils étaient mandatés
par O’Foll Consultants, une officine dirigée par un ancien directeur de la
police judiciaire, Olivier Foll, elle-même mandatée par le secrétaire général
de Suez, Patrick Ouart (devenu conseiller de Sarko) et
Jean Pierre Hansen qui représentait Suez au conseil d’administration
d’Electrabel. Ce dernier aurait même carrément prêté sa carte d’accès au siège
d’Electrabel aux trois plombiers.
Quand
des officines de renseignement ont plus de pouvoir que la police
Une
des grandes questions que tout cela pose est celle du pouvoir de ces
officines : Sécuritas, Kargus, Securewyse… toutes ont finalement pris des
libertés que la police elle-même ne peut prendre : c’est bien le juge
d’instruction qui permet ou non aux flics de lancer des écoutes, des
perquisitions, des infiltrations etc.
Le
fait que la prescription pour ces histoires soit de 3 ans en Suisse n’empêche
pas que même le juge qui a posé le non-lieu reconnaisse que les choses étaient
allées trop loin.
Lesdites
officines, ces dernières années, se sont multipliées : par six en cinq
ans. Forcément, on trouve de tout depuis la boite de consultants ultra standing
jusqu’à la boite de privé miteux. Mais, toutes ont des clients qui peuvent être
des grosses boîtes ou des petites aussi, et qui demandent d’espionner tel ou
tel concurrent /politique /opposant /employé ou autre. Avec des méthodes qui
peuvent être très variables, dans toute la palette de l’illégalité et / ou de
la légalité.
On
parle d’intelligence économique, mais ce terme recouvre des réalités bien
différentes. Ca a toujours existé, si on veut, mais aujourd’hui le
phénomène prend de l’ampleur, et les méthodes se développent elles aussi. Or,
l’éthique n’est certes pas ce qui va étouffer les personnels de la plupart de
ces boîtes où pullulent les anciens flics et autres RG, qui bien sûr ont gardé
de fructueux contacts parmi leurs anciens collègues.
Les
cas de flics
pris en train de refiler, contre rétribution ou non, des informations
confidentielles tirées des innombrables fichiers de police à des officines
privées de renseignement ne manquent hélas pas ces derniers temps. Rien que de
très banal, finalement. Patrick Moigne, un commissaire
de la Brigade des fraudes aux moyens de paiement de Paris touchait ainsi 50
euros à chaque consultation du fichier stic sur les infractions constatées,
pour recevoir au final plus de 20.000 euros sur son compte entre janvier 2006
et juillet 2007. Il aurait entre autres rendu quelques services au patron d’une
boîte d’intelligence économique, JLR Conseil (il aurait refilé les infos à un dénommé
Leroy, ancien flic de la brigade financière et cadre de JLR), comme la
fourniture d’infos sur
le groupe Total.
Dans
l’affaire des frégates de Taïwan aussi, la Direction des Constructions Navales
(DCN) qui a construit les fégates a été soupçonnée par le parquet de Paris d’avoir
obtenu
des informations sur l’enquête des frégates, ainsi que sur celle au sujet
de Clearstream. Et ce, via
la boîte d’intelligence économique Eurolux Gestion, basée au Luxembourg,
qui aurait à son tour recruté un sous-traitant, MJM Partners consultants,
dirigée par des anciens de la DGSE et de la DST. L’enquête, appelée « mission
Bonaparte », aurait même été
étendue à des magistrats comme Renaud Van Ruymbeke.
Les mêmes officines se seraient également vu confier une « mission
Lustucru » visant à obtenir des informations sur le groupe Thalès qui
cherchait à entrer au capital de la DCN. Eurolux aurait ainsi pu entrer en
possession via des milieux judiciaires, pour la modique somme de 18.550 euros, de
différentes pièces de la procédure, dont la copie de l’original des listings à
l’origine de l’affaire Clearstream.
Des
cursus universitaires et de nombreuses formations à l’intelligence économique
ont été créées ces derniers temps, institutionnalisant certaines pratiques,
d’autres pas.
On
arrive parfois à des pratiques illégales, et les barbouzes reconvertis en pros
du renseignement privé peuvent
se retrouver pris la main dans le sac (ou pas).
Patrick Baptendier, un ancien gendarme qui a crée sa boîte de renseignement, a collaboré
avec la DST durant ses différentes missions pour deux grosses boîtes
d’intelligence économique notamment : Kroll
et la française Géos, en
informant la DST de ce qu’il apprenait des personnes suivies, telles qu’un
patron de presse, un responsable syndical ou le patron de Vivendi. DST qui, échange
de bons procédés oblige, refilait
à Baptendier les renseignements qu’il demandait.
Autant
de missions accomplies pour différents grands groupes comme Bolloré ou les
Mutuelles du Mans, ou encore Optimum, la boîte de l’actuelle patronne du medef,
la mère Parisot.
Comme
le souligne Le Point, aucun membre de la DST n’a été sanctionné ou mis en
examen à la suite de cette affaire.
De
fait, tout le monde semble collaborer, sur le dos des cibles et à la demande de
grands groupes. Les renseignements et les officines, de fait, font le même
métier, les seconds ayant davantage de marge de manœuvre que les premiers du
fait de l’absence de cadre réglementaire.
Le
paysage français de ce secteur est d’abord constitué de petites structures,
autonomes. Et c’est un métier de réseau, où tout le monde ou presque se
connaît, ce qui facilite les accointances de tous côtés. Une étude intéressante de
Christophe Jorge montre comment fonctionnent ces réseaux de personnes et
d’officines en France, du moins une partie.
La
technique du tourniquet, comme pour les cabinets de lobbying, tourne ici aussi
à plein : on passe de la police à une officine, et pourquoi pas faire les
deux en même temps ? Un exemple
révélateur est celui
d’Alain Juillet, ex n°2 de la DGSE où il était chargé d’aider les
entreprises françaises à conquérir de nouveaux marchés, passé au cabinet d’avocat
d’affaires US Orrick. Il y a rejoint notamment Pascal Clément, ancien ministre
de la Justice.
Tout ce petit monde travaille la main dans la
main, et certains sont évidemment plus borderline que d’autres. Quand on
regarde la clémence de la justice envers lesdites officines, on peut craindre pour
la préservation des libertés, le droit à la vie privée et le droit de se réunir
pour discuter de choses alternatives, par exemple.
Que
ce soit au niveau national ou bien au niveau international, le jeu est le même
avec des enjeux proportionnels. A l’international, les méthodes ne sont pas
toujours très orthodoxes non plus, et on parle de renversements de
gouvernements et de soutien à des groupes insurrectionnels. L’assassinat est
également envisageable, ainsi que le chantage. Et au niveau national, pareil :
il y a toute une palette de méthodes pour faire peur à un concurrent ou un
opposant, ou pour s’assurer un marché.







