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Petit tour à Majorque, pour regarder de plus près la disparition d'une ado de 15 ans, comme il en arrive souvent. Depuis trois ans, personne n'a plus de nouvelles de Malen Zoe Ortiz, disparue en pleine journée dans une zone fréquentée. Et puis cet été, un patron de boîte du coin est mort dans d'étranges circonstances, juste après avoir écrit que le meurtre de Malen était probablement lié aux activités d'un culte satanique local. 

 

Le 2 décembre 2013, la jeune Malen quitte son école à Magaluf, dans le sud ouest de l'île de Majorque, peu après 15h. Elle doit prendre le bus et rejoindre son petit ami pour manger chez lui à San Ferro. La dernière fois qu'une caméra de surveillance la filme, c'est à 16h45 sur le trajet de moins de 2 km qu'elle a fait à pied, juste à côté d'un golf avec country club et d'une pépinière. 

Mais selon des témoignages oculaires mentionnés dans le dossier, ce serait au marché de Noël, qui se tenait en ville, qu'elle a été vue pour la dernière fois. On peut aussi s'étonner que le père et le frère de Malen, le jour de sa disparition, aient été retenus pas moins de 9 heures au commissariat pour témoigner, au lieu de pouvoir chercher l'adolescente. 

Etonnamment encore, les autorités ont décidé de mettre fin aux recherches, qui n'avaient déjà lieu qu'en journée et sans aucune perquisition [1], dès le 6 décembre. En effet, la représentante du gouverneur local a déclaré ce jour-là devant les médias qu'il y avait "une forte probabilité pour qu'il s'agisse d'une fugue volontaire". Bref, circulez y'a rien à voir. Puis, les recherches ont repris le 9 décembre.

Certes, la piste n'est pas à écarter quand on sait que sur un forum où les jeunes peuvent se poser des questions et y répondre, Malen avait décrit son père comme étant bipolaire, comme un homme caractériel qui se sentait ou "très bien, ou très mal", et qu'elle était en conflit avec lui au quotidien.

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Mais elle avait l'air très accrochée à son frère et à son copain, et elle est partie sans argent sur elle, avec seulement 5 euros en poche, que son père lui avait donnés le matin.

Sur ce réseau social, l'ado raconte aussi qu'elle a vécu des choses bien pires dans sa vie que ses déboires avec son père, et qu'elle a même tenté de se suicider.

Au fil des messages, on comprend en effet que son état d'esprit n'était pas à l'euphorie dans les mois qui ont précédé sa disparition. Malen a aussi écrit qu'elle a pris quelques drogues. Aurait-elle eu de mauvaises fréquentations? On a déjà vu des jeunes disparus, qui en fait ont été emarqués par leurs nouveaux amis très peu fréquentables [2], des cas sur lesquels les enquêtes n'ont jamais permis d'aboutir à la vérité malgré diverses pistes pourtant très claires.

La famille était arrivée d'Argentine en 2002, puis les parents se sont séparés en 2007. Depuis plusieurs années, l'adolescente vivait seule avec son père et son petit frère, leur mère ayant quitté le père, et ce dernier ayant obtenu la garde des enfants. La mère de Malen, elle aussi, décrit le père Ortiz comme "tyrannique", expliquant qu'il l'a détruite pendant la moitié de sa vie.

Pendant près de trois ans, on ne parle plus de Malen Zoe Ortiz. Malgré de fortes sommes (100.000€) promises par la famille à quiconque ramènerait une information valable, et malgré l'aide d'un clan de narcotrafiquants du coin. On n'a pas non plus retrouvé de corps ni de trace de son passage nulle part, et aucune piste n'est apparue. Quant à l'enquête, rien ne dit qu'elle soit restée en cours.

Le père signale qu'il n'a jamais reçu d'informations de la part de la Guarda Civil et des autorités, ou alors des infos minimales.

 

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Un crime invraisemblable 

C'est là, justement cet été, que l'affaire aurait pu rebondir si toutefois les autorités avaient eu à coeur d'éclaircir cette histoire. Le 11 août 2015, on retrouve sur le bord d'une route de l'île le camion en partie calciné de Massimiliano Rossi, un italien de 42 ans qui était propriétaire d'une boite de nuit. Et son corps juste à côté, avec un poignard planté dans la poitrine.

Une caméra de vidéosurveillance qui se trouvait sur le mur d'une usine juste en face montre que le feu a démarré vers 2 h du matin alors que Rossi était sur le siège conducteur. On voit ensuite Massimiliano Rossi en train de ramper à terre, avec des flammes sur lui. D'après certaines sources, notamment la télé Italienne qui a mis la main sur les images, on voit aussi un homme tourner autour du camion peu avant qu'il prenne feu. 

Trois minutes avant l'arrivée sur les lieux de  Rossi, on voit une voiture blanche qui s'arrête, mais la caméra ne voit pas le côté passager, si bien quelqu'un a pu descendre et se planquer sur le bas-côté. La police a conclu au suicide, avec un scénario des plus improbables: selon la Guardia Civil, Rossi se serait planté le couteau dans le coeur parce qu'il était désespéré que son camion ait pris feu.

Les proches de Rossi s'étonnent aussi que suite à l'alerte donnée par un témoin qui a vu le camion en feu, les pompiers sont venus sans ambulance.

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Le soir du 6 août, cinq jours avant sa mort, Rossi avait appelé la Guardia Civil durant quatre minutes, mais la police n'a pas communiqué à ce sujet. La veille de sa mort, il a aussi envoyé un message à sa mère, restée en Italie, pour lui dire que s'il lui arrivait quelque chose, ce serait probablement à cause de l'affaire Malen Ortiz.

"En tenant compte de ce qu'il est arrivé à la fille qui a déisparu à Magaluf il y a deux ans... Une secete satanique présente à Majorque et je crois que je sais où ils ont fait la messe noire... si je meurs...tu sais pourquoi" Il s'agit d'un message lacunaire mais assez clair. En tout cas, Rossi semblait sûr de lui.

La dame explique que son fils a aussi confié à l'un de ses amis l'endroit où était caché le corps de Malen Ortiz, endroit qu'il a donné à la Guardia Civil.

Aujourd'hui encore, la mère de Massimiliano Rossi cherche à obtenir la vérité au sujet de la mort de son fils, même si l'issue de son combat semble compromise. En outre, son avocat Italien l'a mâchée quand, face à l'inaction des autorités espagnoles, elle a décidé de parler sur les plateaux de télé. On sait à quel point les avocats aiment la discrétion, mais cela empêche de débloquer des affaires pourries dès le départ. 

Le 29 octobre 2015, la mère de Rosse demandait la réouverture de l'enquête concernant la mort de son fils. 

Les proches de Rossi ne le décrivent pas comme quelqu'un de déprimé, au contraire. Personne ne pense qu'il s'est réellement suicidé.

Le culte satanique dont parlait Massimiliano Rossi n'était probablement pas du même acabit que celui qui a plusieurs fois figuré dans les faits divers à Majorque ces derniers temps: des espèces de sorciers africains qui se livreraient à des cultes vaudous ou sataniques sur l'île.

 

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Sur la piste du puits

En Italie, plusieurs médias ont été intrigués par cette histoire de meurtre et de satanisme, et ils ont pris contact avec le père de Malen, Alejandro Ortiz, qui a lui aussi décidé de poursuivre ses recherches, au moins pour retrouver le corps de sa fille. 

Ils ont été faire ce que la Guardia Civil n'a pas fait: retrouver l'endroit désigné par Rossi. Là où est le puits dans lequel l'Italien aurait déclaré que le groupe satanique avait dissimulé le cadarvre de Malen, à côté d'une petite baraque.

La police, elle, n'a fait des recherches que du côté de Magaluf, alors que Rossi a parlé d'une zone de l'autre côté de l'île, à Son Serra de Marina. Cependant, Alejandro Ortiz n'a pas pu aller plus en avant dans ses recherches, car il aurait fallu d'importants moyens techniques.

Le père dit qu'il n'a reçu aucune aide des autorités dans ses recherches, au contraire. 

L'affaire en est là, et elle rappelle l'affaire Alcacer: trois adolescentes enlevées et massacrées, si l'on en croit les corps retrouvés par la suite. 

 


[1] Les médias ont beaucoup exagéré, semble-t-il, quant à l'importance de ces recherches. Le père de Malen a d'ailleurs tenu à porter plaintes contre certains journalistes locaux afin de rétablir certaines vérités.

[2] Je pense par exemple au jeune Manuel Schadwald, qui avait commencé à parler avec des types de la gare de Berlin d'où partaient les jeunes por Amsterdam, où ils étaient prostitués, ou à Christine Van Hees de l'affaire Dutroux, qui trainait depuis peu avec la bande de tarés de Nihoul et Dutroux, ou à d'autres jeunes en Angleterre...