hubertDenis Gauthier Sauvagnac est chargé des relations sociales (" la négociation avec les syndicats pour la modernisation du marché du travail ") au Medef, vice-président de l’Unedic et président de la puissante Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM), la fédération la plus riche du Medef, et également le plus gros contibuteur au syndicat patronal. Il est dans la ligne de mire de la justice pour avoir probablement tapé dans la caisse. Mais au bénéfice de qui ?

L'UIMM est une fédération  de patrons de l'industrie métallurgique et dit elle-même qu'elle "défend les intérêts professionnels d'une communauté [et qu'elle est] créée par et pour les chefs d'entreprise,  avec un objectif d'efficacité maximum dans le contexte économique du moment ".

Sur son site (au chapitre "champ d'action" de la rubrique de présentation), l'UIMM explique qu'elle "appréhende dès leur conception les projets de textes législatifs, les étudie, en fait une analyse critique à la lumière de l'intérêt des entreprises", mais aussi qu'elle "exerce des fonctions d'analyse, d'interprétation des textes tant législatifs,       réglementaires que contractuels. Pour aider les entreprises dans l'application de ceux-ci, elle développe des activités multiples d'information, d'asistance et de conseil". De fait, l'UIMM collabore de très près à la création des lois et autres règlements, rédigeant elle-même les amendements par exemple.

Tracfin, la cellule anti blanchiment du minstère des Finances et le parquet de Paris s’intéressent depuis quelques semaines aux conditions dans lesquelles Gauthier Sauvagnac a retiré 15 ou 17 millions d’euros (selon les sources) en liquide des caisses de l’organisation patronale qu’il dirige.
Cinq perquisitions ont eu lieu au siège et chez des membres de l'UIMM, dont Denis Gauthier Sauvagnac, qui nie toute malversation mais vient de renoncer à son rôle de "négociateur social" du Medef. Il pourrait être remplacé par l'actuelle chef des ressources humaines du groupe Accor, bien connu pour son humanisme dans le domaine.

Grâce à une loi de 1884 sur les syndicats portée par Waldeck Rousseau, l'UIMM n'est pas obligée de tenir de comptabilité de ses transactions, comme l'a rappelé le suspect devant le Medef. Toutefois cela semble contestable au vu de la réglementation plus récente. L'UIMM possède donc "plusieurs centaines de millions d'euros" répartis dans différents "fonds de réserve", selon les Echos qui annonce ainsi l'existence d'Epim, une caisse anti grève de 160 M € créée en 1968 pour pousser les patrons à résister à la pression des grèves. Gauthier Sauvagnac aurait donc, entre autres, tapé dans cette caisse, et aurait ensuite déposé cet argent sur des comptes à lui ou l'aurait redistribué. Les impôts et l'Urssaf ont tout de même le droit de lui demander où a été cet argent.

Une partie des fonds serait allée vers la CFE CGC Métallurgie, mais la CFDT et la CFTC, selon certaines "rumeurs" seraient également concernées. Lesdites rumeurs viennent notamment de l'ancien chef du CNPF (ex Medef), de 1981 à 1986, Yvon Gattaz, qui explique que les retraits en liquide effectués par Gauthier Sauvagnac sur le compte de l'UIMM, "c'est le financement des syndicats". Daniel Dewavrin, président de l'UIMM de 2001 à 2006 et prédécesseur de Gauthier Sauvagnac explique même au Monde qu'il s'agit là d'une pratique "courante" mais qui "doit cesser". Si tel était le cas, nous pourrions peut-être comprendre l'apathie de certains syndicats. Il faudrait ensuite vérifier si ce genre de pratique est répandue ou marginale. Le Canard Enchaîné du 10 octobre 2007 évoque même des rémunérations de "parlementaires amis" par Gauthier Sauvagnac lors du "suivi" des textes de loi par l'UIMM.

siderurgieCôté Medef, Parisot commence à prendre ses distances avec Gauthier Sauvagnac malgré les 2,5 M € de contributions versées chaque année au Medef. L'organisation patronale estime par ailleurs qu'il faut une "gouvernance plus démocratique" des syndicats, et annonce une réforme imminente de ses statuts ainsi que l'obligation pour ses adhérents de publier des comptes certifiés.

Côté syndicats, on nie toute implication. La CGT demande cependant l'ouverture de négociations sur la représentativité syndicale, car seule une réforme pourrait éviter ce genre de transactions.

Encore une fois, affaire à suivre.