g20torontoJuste après la réunion du Bilderberg, les politiques ont fait leur G8, suivi du G20. Comme on s’y attendait, il s’agissait surtout de ne rien faire. Car depuis le début officiel de la crise fin 20071], les sommets et les grandes déclarations se sont multipliés, pourtant rien n’a changé.

Au final, donc, après quelques jours de réunion à grand frais (1,2 milliard de dollars), les pays ont décidé de ne rien décider et que chacun fait comme il le sent. Donc l’Europe continue à se couler elle-même avec son austérité improductive, pendant que les Etats-Unis misent sur une politique de relance2] et que nombre de pays asiatiques ou latino américains continuent à se développer.

 

Ambiance sécuritaire

Accessoirement, ce G20 était le cliché même du délire actuel, de la déconnexion totale entre les « dirigeants » et la réalité de ce que vivent leurs sujets. 20.000 flics, des tireurs d’élite, des avions de chasse étaient sur le pied de guerre et avaient quasiment tous pouvoirs, comme on l’a déjà vu à Strasbourg l’année dernière, par exemple. Les canadiens ont ainsi pointé du doigt des « pouvoirs spéciaux » octroyés par décret aux flics pendant le sommet, permettant de fouiller les gens qui se trouvaient à moins de 5 m de la clôture de sécurité, et pouvaient les arrêter s’ils n’avaient pas de papiers. En outre, les flics pouvaient fouiller et arrêter n’importe qui dans l’ensemble du périmètre de sécurité, et toutes les rues qui s’y trouvent. Le problème, c’est que les gens n’en avaient pas été informés. 900 personnes ont été arrêtées durant ces trois jours, y compris dans des zones autorisées, du jamais vu Canada3].

Bref, les canadiens disent qu’on a bafoué leurs libertés civiles, un truc qui ne viendrait même plus à l’idée d’un manifestant gauchiste en sarkoland. On avait presque oublié cette notion, d’ailleurs. Eux réclament une enquête publique.

Et puis, comme c’est le cas chez nous sauf que ça ne se dit jamais dans les médias commerciaux, des observateurs de article_RTR2FS89l’Association canadienne des libertés civiles (ACLC) ont relaté des dizaines de « gestes illégaux » de la part des flics. Pire : des manifestants, dont le dirigeant d’un grand syndicat, dénoncent la présence d’agents provocateurs masqués et armés de matraques qui circulaient tranquillement dans le centre ville pour tout casser pendant que les manifestants pacifistes se prenaient les CRS locaux dans la figure. Certains disent qu’il s’agissait des Black Blocks, connus pour ce genre de débilités. Facile, d’autant qu’on n’en a jamais arrêté un. Par contre, on a vu des types qui ressemblaient à des Black Blocks se réfugier derrière les cordons de flics ou monter dans leurs camionnettes. A Toronto, ils ont même été filmés. Comme ce fut le cas en 2007 au sommet de Montebello, où cette fois la Sureté du Québec avait du reconnaître, face aux vidéos, qu’elle avait eu recours à des agents provocateurs.

Une des vidéos, explique le quotidien Le Devoir, montre clairement des flics déguisés en manifestants, « parfois armés de matraques et de bâtons, qui se réfugiaient derrière un cordon de sécurité de la police. L’un d’eux est habillé tout en noir avec un capuchon sur la tête, comme les radicaux du Black Bloc qui vont aux manifestations pour faire du grabuge ».

Au passage, la police a reconnu que certains objets qu’elle avait présentés comme étant des armes appartenant à des manifestants (comme par exemple une arbalète, une scie mécanique, un bouclier et des bâtons4]) n’avaient en fait jamais appartenu à des manifestants. Une autre fois, juste avant le sommet de Québec sur le libre échange nord américain en avril 2001, la police avait arrêté un groupe équipé de bâtons, fumigènes, simulateurs de grenades et masques à gaz, affaire qui a fait grand bruit dans les médias et permis de justifier les mesures de sécurité importantes prises lors du sommet. Pas de chance, il est apparu très vite que ce groupe, appelé Germinal5], était un coup monté : il était infiltré par des flics et d’anciens soldats, qui en plus ont poussé pour l’utilisation de cocktails Molotov, ce que les autres ont refusé.

Pendant que rien ne se passe dans les salles de conférences, la rue tente de se faire entendre. Pourtant, aucune chance : la seule réponse est de pourrir les manifestations et de criminaliser les militants. La pensée unique ne souffre aucune contradiction.

 

090223_capitalisme_500Immobilisme et gesticulations

Enfin bref, pour en revenir au G20, le cirque a continué comme d’habitude. Ca c’était pour l’ambiance dans les rues, passons à celle des salons feutrés.

Officiellement, le but de ce sommet était carrément de sortir de la crise. Nous y sommes encore, et pour un bon moment. Pas étonnant : c’est déjà le quatrième depuis novembre 2008, et aucun de ces G20 n’a abouti à quoi que ce soit de positif du point de vue de l’intérêt général. Pourtant, les dirigeants s’étaient félicités largement de nous avoir fait entrer dans un « nouvel ordre mondial » de l’économie, sarkoléon avait déclaré après le G20 d’avril 2009 que « le temps du secret bancaire est révolu » et la taxe sur les banques était considérée comme acquise il y a plus d’un an6], comme si leurs incantations suffisaient à changer les choses.

Paradoxalement, les gesticulations des dirigeants sont inversement proportionnelles aux résultats, et les médias manquent clairement de recul.

On n’a abouti à rien, encore une fois parce que les lobbies ont su, eux,  se faire entendre. Ainsi, les 25 et 26 juin s’est déroulé le « sommet d’affaires du G20 », organisé par le Conseil canadien des chefs d’entreprise (CCCE).  « Le secteur privé a un rôle crucial à jouer dans l’atteinte d’une croissance forte, équilibrée et durable », a déclaré le ministre des Finances canadien Flaherty, « J’espère qu’en plus d’éclairer les discussions des dirigeants du G20 ce sommet permettra aux entreprises de nous aider activement à trouver des solutions pratiques aux problèmes auxquels toute la communauté internationale est confrontée. Je serai heureux d’entendre leurs conseils au sujet des moyens d’enclencher une reprise solide de l’économie mondiale. » Le décor est donc planté.

Le programme était pour le moins ambitieux, avec des thèmes de travail cruciaux tels que la « croissance durable et équilibrée », la « réforme du secteur financier », la  « réforme des institutions financières internationales » ou encore le « commerce international et la croissance ».

Cherchez le mot « social », il n’y est pas. Ce programme était tellement utopiste que l’éléphant a accouché d’une souris, d’ailleurs peut-être était-ce même une grossesse nerveuse.

Ce n’est pourtant pas ce qui apparaît quand on lit la déclaration du sommet, qui relève davantage de l’autocongratulation que du programme. Pour ce qui est des engagements, ils restent limités : « nous nous engageons à agir ensemble pour honorer les engagements de réformer le secteur financier que nous avons pris aux sommets de Washington, de Londres et de Pittsburgh ». En gros, depuis deux ans on ne fait que jaser.

Alors qu’on nous parle des « progrès accomplis par le comité de Bâle » (censé réguler la finance et les banques) en citant par capitalismefgexemple « le montant des capitaux [qui] sera beaucoup plus élevé »7], même le Financial Times explique que ledit comité « recule »  face au lobbie bancaire8], et va assouplir les exigences de liquidités, c’est-à-dire l’importance des fonds propres que doit avoir une banque pour effectuer des prêts et autres, actuellement fixés à 8%9] du total des prêts. Au lieu de faire ce qui est dit dans les sommets, on fait l’inverse.  Pourtant, le communiqué du G20 ose dire que « Le montant des fonds propres sera beaucoup plus élevé lorsque les nouvelles réformes auront été entièrement mises en œuvre »10].

De même, nos dirigeants ne sont pas peu fiers d’eux quand ils expliquent que « grâce aux mesures stratégiques extraordinaires et hautement coordonnées dont nous étions convenus lors des Sommets du G‑20 tenus à Washington, Londres et Pittsburgh, l’économie mondiale récupère plus rapidement que prévu. Nos actions décisives et sans précédent des deux dernières années ont contré le ralentissement de l’économie et stimulé la reprise ». Les « actions sans précédent » étant des plus discrètes au regard de la récession qui s’installe et des difficultés économiques des classes moyennes et populaires. Le FMI continue à imposer des mesures d’austérité contre productives pour les pays, y compris en Europe11], les paradis fiscaux se portent bien, merci, et en matière de régulation financière et de transparence de la spéculation, ni sœur Anne ni personne ne voit rien venir non plus.

On nous promet –encore une fois- de réguler un peu d’ici fin 2012, de manière adaptée à chaque pays, et on parle vaguement de transparence, de « mettre un place un système » pour éviter de faire payer les contribuables à chaque crise, et même de « protéger les contribuables ». Car, nous disent ces messieurs : « Nous convenons que la corruption menace l’intégrité des marchés, porte atteinte à la juste concurrence, fausse l’allocation des ressources, mine la confiance du public et affaiblit la primauté du droit ». Nous voilà rassurés. Et pour la situation sociale, on repassera.

A un moment, on peut lire une fois le mot « chômage », jugé « inacceptablement élevé dans de nombreux pays du G20 ». Mais qu’on ne s’y trompe pas, pour nos dirigeants, la reprise passe surtout par le « redressement du secteur financier »12].

En effet, il est quand-même étonnant de lire, après quatre G20, que ces messieurs sont « résolus à prendre des mesures concertées pour soutenir la reprise, créer des emplois er assurer une croissance plus forte », ce qui est devenu le lieu commun le plus banal des discours européens et internationaux depuis plus de 60 ans. Pourtant, là encore, force est de constater que les résultats ne sont pas à la hauteur du lyrisme de ces déclarations. Pêle-mêle, on nous présente les différents vœux pieux, dont certains, comme « développer les marchés financiers », ont plus de chances d’être concrétisés que les autres (tels que « renforcer les filets de sécurité sociale » ou « investir dans les infrastructures »).

Dans la plus pure orthodoxie ultra libérale, on propose aussi de « renforcer la compétitivité dans le secteur des services », ce qui veut dire que ce qui n’a pas encore été complètement privatisé, comme l’éducation nationale, les prisons etc. doit l’être au plus vite. Pourtant, à terme, la compétitivité engendre la concentration et donc l’absence de compétition.

Autres idées géniales qui montrent que la fixation sur les normes fiscales, sociales et sanitaires (appelées ‘barrières à la concurrence’) : « la réduction des barrières à la concurrence dans les industries de réseaux (sic.) ainsi que dans les secteurs des services professionnels et du détail », « une réduction plus poussée des barrières à la concurrence étrangère », mais encore « réduire les restrictions à la mobilité de la main-d’œuvre (c’est la bonne vieille directive Bolkestein), accroître les occasions dans le domaine des investissements étrangers, et simplifier la réglementation du marché des produits dans les économies de marché émergentes. ». Cette simplification, comme d’habitude, visera à éviter toute « entrave » au commerce, c’est-à-dire les normes sociales, les taxes, les normes sanitaires ou environnementales, qui ne doivent pas empêcher les autres de vendre leurs produits dans un pays donné.

D’ailleurs, l’essentiel de la pensée du G20 pourrait se résumer à ce leitmotiv : pas de protectionnisme, libéralisation du commerce. Principes qui se retrouvent en bonne place dans la déclaration d’intention dudit G20.

La mesure phare qui se détache de cette liste à la Prévert, c’est « l’assainissement des finances publiques [qui] mettra l’accent sur des mesures qui favoriseront la croissance économique », ce qui est contradictoire. Pour eux, il faut résorber un déficit créé largement par les aides aux banques, à l’automobile, aux riches etc. en rognant sur les dépenses publiques dont le rôle est justement de rééquilibrer les richesses.

bankforwebAu titre des vœux pieux, on a aussi « une supervision plus efficace » y compris sur « les produits dérivés hors cote », mais aussi « réduire l’aléa moral dans le système financier », alors que le principe même de la spéculation joue avec l’incertitude, répartir les « pertes de manière à réduire l’aléa moral et à protéger les contribuables » (l’ « aléa moral » étant probablement le caractère amoral de cette manœuvre de socialisation des pertes des banques), « la coopération et l’échange de renseignements sur le plan national et entre les juridictions en cas de défaillance d’une institution transfrontalière », etc. Pris dans une envolée lyrique de plus, ces messieurs évoquent même « l’intégrité des marchés ».

Et on revient sur les « normes comptables », qui définissent notamment les fonds que doivent avoir les banques, comment doivent être faits les bilans des banques et multinationales (c’est-à-dire en tenant compte de certains déficits ou pas). Mais pour ça, on nous dit texto que « nous pressons le Conseil des normes comptables internationales de redoubler d’effort pour achever son projet de convergence d’ici la fin de 2011 ». On en déduit que c’est ledit conseil (International Accounting Standards Board, IASB), qui aura la main sur le sujet. L’IASB, créé en 1973, est chapeauté depuis 2001 par l’IASCF pour International Accounting Standards Committee Foundation, basée dans le Delaware, l’Etat le plus opaque du monde (qui ne figure pas dans la liste des paradis fiscaux…).

Les administrateurs sont des gens aussi neutres que des dirigeants ou ex dirigeants ou consultants de la Deutsche Bank, Repsol, Morgan Stanley, Vinci, Bombardier, de l’agence de notation Pricewaterhouse Coopers de moult institutions financières ou de contrôle qui nous ont montré leur inefficacité, etc. Ces messieurs sont aussi souvent passés par la commission européenne ou le même genre de machin en Chine ou en Amérique latine, ainsi que par divers lobbies ou think tank, comme l’IFRI, les Amis de l’Europe… Pourtant, la première chose à faire aurait été de virer tous ces types et pour une fois de recruter hors des ultra libéraux. Mais, passons. Comme après, guerre quand on a recyclé les collabos, on recycle les plus acharnés parmi ceux qui ont contribué à couler l’économie mondiale.

Mais en réalité, évidemment, le casino reste ouvert et rien ne va plus. Car pendant qu’on nous hypnotise avec grandes intentions, on a socialisé les pertes des banques en renflouant le secteur et en rachetant massivement des produits pourris, on a consolidé le système des bonus, on a oublié de vérifier les comptes des établissements financiers, les Etats se sont endettés auprès des marchés financiers au lieu de leur permettre de se financer eux-mêmes via leurs banques centrales (qui n’ont plus aucun pouvoir en Europe à part la BCE évidemment)… On nous a même parlé de monnaie mondiale, de banque centrale mondiale, mais là ça risque de devenir plus concret.

 

La gouvernance économique mondiale

Ce qui avance à peu près, par contre, c’est ce qu’ils appellent le « renforcement des institutions financières internationales » Five_Pillars_of_the_Liberal_Faith(IFI). Le FMI, qui commençait à n’avoir plus beaucoup de pays à mettre à genoux13], a vu ses pouvoirs renforcés, et ses caisses renflouées. Mais, on n’a toujours pas commencé à le rendre à peu près démocratique, et les Etats-Unis y ont toujours un droit de veto.

Au G20, un chapitre entier a été consacré à l’ « amélioration de la légitimité, de la crédibilité et de l’efficacité des IFI et soutien accru aux besoins des plus vulnérables ». 1.235 milliards de dollars ont été mis sur la table par ces IFI et les Etats depuis 2008. On se félicite du « renforcement » des banques multilatérales de développement (BMD14]), qui sont en fait des banques centrales au niveau continental, parce qu’elles prêtent aux Etats endettés et sont financées par l’argent des contribuables des pays plus riches ainsi que par des « levées de fonds » sur « les marchés des capitaux ».

Au passage, elles imposent elles aussi des réformes structurelles intenables pour les pays endettés et leurs populations. Par renforcement, il faut entendre l’augmentation des prêts15], par exemple en favorisant l’implantation du secteur privé dans les pays endettés : « Un soutien accru au développement du secteur privé, entre autres grâce à l’augmentation des opérations et des investissements du secteur privé, facteur essentiel d’un développement durable et inclusif. ».

Cet aspect avance bien, mais on reconnaît bien la langue de bois internationaliste : « nous édifions des BMD non seulement plus imposantes, mais aussi plus robustes, qui se concentreront davantage, de manière stratégique, sur l’amélioration de la qualité de vie des pauvres et sur des actions propres à encourager la croissance, à promouvoir la sécurité, à contrer les changements climatiques et à assurer la sécurité alimentaire ». Car il serait fort étonnant que grâce à ces banques, les pauvres deviennent moins pauvres. Ce n’est pas pour rien qu’on retrouve leurs dirigeants à moult sommets internationaux très préoccupés du bien être commun, comme le Bilderberg, la Trilatérale, ou des forums comme un l’an passé, qui avait pour thème « s’adapter au nouvel ordre mondial »16].

Mais, pour ce qui est de l’ « amélioration de la légitimité, de la crédibilité et de l’efficacité » des institutions financières internationales, eh bien on se contente de nommer leurs dirigeant selon une méthode inédite : on les choisira en fonction de leur « mérite ». Mais pas tout de suite, après le sommet de Séoul.

 

obama_banques_taxes_lobbying_L_1Quant au FMI, l’institution phare du système avec la Banque mondiale, les gugusses du G20 se disent « déterminés à améliorer la légitimité, la crédibilité et l’efficacité du FMI afin qu’il puisse remplir son mandat ». Oh, mais le FMI est très crédible auprès des banques et des multinationales, c’est seulement auprès des populations que son image est déplorable.

Là encore, le renforcement passe d’abord par le renflouement, avec 750 milliards de dollars qui sont ensuite allés dans des prêts à des pays comme la Lettonie ou la Grèce. On nous explique ainsi que « nous avons souligné notre détermination pour que le FMI dispose des ressources dont il a besoin pour jouer son rôle si important dans l’économie mondiale ». Il faut noter que cet argent n’est pas virtuel, et qu’il vient des Etats contributeurs, donc des contribuables.

 Et puis, sans changer le mode de calcul et la répartition des droits de vote17], on dit qu’on veut transférer « au moins 5% » des votes (et du financement)18] des pays riches vers, non pas les pays pauvres, mais les « marchés émergents et pays en développement dynamiques ». On l’aura compris : il ne s’agit de transformer le FMI en une institution démocratique, ni même qui s’en rapproche.

Et ce qui avance encore très bien, c’est ce qu’ils appellent le « redressement du secteur financier », c’est-à-dire le renflouement des banques par l’argent public. En la matière, on s’en remet essentiellement aux délires du « comité de Bâle », qui venait à peine de déréguler à mort avec les normes Bâle II passées juste avant la crise subprime, et en est aujourd’hui à rédiger les normes Bâle III, pour continuer à déréguler sans en avoir l’air.

Ces messieurs se congratulent d’avoir solidifié le « système financier mondial », mais les arguments avancés laissent mortage_crisisperplexe : ce seraient donc, dans un parfait jargon de banquier orthodoxe, le renforcement des contrôles, l’amélioration de la « gestion du risque », l’encouragement, disent-ils, à la transparence, qui auraient « renforcé » ledit « système financier mondial ». Les gauchistes rient jaune, les banquiers peuvent rire franchement.

Mais, cela ne suffit pas. En effet, « il est crucial de fournir un effort plus poussé de remise en état du secteur financier pour redresser l’économie mondiale ». Autrement dit, ces types croient encore que de la santé du « système financier » découle obligatoirement celle de l’ « économie mondiale », bien que la crise subprime (et toutes les autres) nous aient prouvé le contraire. Et quelle est la grande mesure qui va avec ce vœu pieux supplémentaire ? Aucune : ces messieurs se contente d’accueillir « favorablement » l’autre vœu pieux mais européen cette fois-ci, qui est de publier le résultat des « crash tests » des banques (appelés ‘stress tests’)19]. Et puis, on n’est pas pressé, on se donne deux ans. Quant au 1er rapport sur « les recommandations visant à renforcer la surveillance et la supervision », il sera en principe rendu en octobre 2010, soit près de trois ans après le début officiel de la crise. Et entre temps, on aura eu la crise alimentaire, et la crise de la dette Grecque, devenue crise de l’euro, toutes deux liées directement aux produits les plus spéculatifs, dans l’opacité la plus totale.

 

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Conclusion

Avec Bâle III, comme d’hab, les banques crient au « tsunami réglementaire ». Et comme d’hab, elles sont aux commandes. Ben oui, si on leur demande d’avoir plus de capital pour financer les prêts, qu’on limite l’effet de levier, qu’on les contrôle et qu’en plus on leur demande de la « transparence », les banques « craignent que Bâle III pénalise le crédit », ou selon l’Institut International de la Finance20] que Bâle III ait « de graves conséquences pour l’économie mondiale », et surtout pour leur compétitivité21]. D’aucuns ont même menacé de la destruction de 10 millions d’emplois et de la perte de 3 points de PIB, si d’aventure ces « normes » venaient à passer, ou bien ont accusé ces pseudo normes d’être des « freins à la croissance » (mais laquelle ?). Bref, ça s’agite dans le poulailler. Alors, à la demande des banques le comité de Bâle a dû « revoir sa copie »22].

Ca fait seulement un siècle qu’on entend le même refrain.

Car il faut être clair : la spéculation c’est parier avec une mise minimale (voire rien du tout ou seulement 10% de la valeur du produit, c’est l’effet de levier, justement), pour gagner beaucoup plus. Et plus le risque est grand, plus le gain est important tant que personne ne s’aperçoit que très vite on n’a plus misé que sur du vent. Donc, on ne peut pas demander à des banques et des spéculateurs de minimiser les risques, justement. Et encore moins de réglementer.

En fait, Bâle I puis Bâle II étaient déjà censés régler la question des fonds propres, à la suite de la bulle internet. Mais, les « experts » qui sont consultés, (c’est-à-à dire des banquiers et spéculateurs à 99%) ont dit que la « norme » ne devait pas être obligatoire, et que les spéculateurs s’auto régulaient parfaitement. Circulez… Lors des débats sur Bâle II, nous étions en 2004, à peine deux ans avant le déclenchement de la crise subprime. Depuis, ils ont spéculé allègrement, ont mis l’économie et les classes moyennes mondiales à genoux (sans parler des pauvres, déjà out depuis longtemps), et on leur a filé du pognon pour compenser leurs pertes. Normal. Mais en fait, ledit comité existe depuis 1974, après le choc pétrolier, et avait pour but de renforcer la « sécurité et la fiabilité du système financier », d’établir des règles minimales en matière de fonds propres et de contrôle, de promouvoir de « meilleures pratiques bancaires » etc. Là encore, on a plutôt vu le contraire, comme si ces grands principes ne servaient qu’à endormir la population pendant qu’on aggrave les risques et la spéculation.

Pour Bâle III -comme c’est étonnant !- on s’aperçoit que les tractations de couloir sont intenses afin de vider de toute substance la prochaine « réforme » révolutionnaire que vont nous pondre les crâne d’œuf du Comité de Bâle et leurs copains (et souvent ex collègues) banquiers.

Bref, ne pensons surtout pas que ces sommets changeront quoi que ce soit. Au contraire, il s’agit de gagner du temps, du temps pour spéculer et s’en mettre plein les poches ; ceux qui ont le pouvoir, on le constate après deux ans d’immobilisme dans l’agitation, ne sont pas nos élus mais ceux qui ont l’oseille. Avant même que les grandes lignes de Bâle III ne soient posées sur le papier, les banques savent qu’elles « devraient obtenir des aménagements significatifs »23], et toutes les mesures vaguement pertinentes sont « révisées » les unes après les autres. Et on sait déjà que la mise en application sera « progressive », pour ne pas trop bousculer les banques. On a vraiment hâte de connaître la finalité de cette réglementation censée remettre la finance à sa place…



 

[1] Car depuis l’automne 2006, les gens un peu lucides et informés savaient parfaitement que la crise subprime démarrait et qu’elle allait prendre des proportions folles très rapidement.

 

[2] Bien leur déficit soit autrement plus important que celui de l’Europe.

 

[3] Chez nous, il n’est pas rare que les flics arrêtent 400 à 800 personnes lors de ce type de manifestation.

 

[4] « Armes » qui appartenaient, on l’a su plus tard, à un type se rendant à un défilé médiéval qui a été arrêté dans un parc.

 

[5] En fait, ce groupe existait depuis quelque temps, et a été repéré apparemment en novembre 2000. Pour mener l’infiltration, les flics ont monté une fausse boite de transport, et ont embauché un des membres du groupe. Puis un autre flic a été embauché. Quand le type de Germinal a parlé du projet, le faux employé a été emballé et le patron a proposé de fournir les véhicules. Les gars de Germinal ont bien envisagé une infiltration, mais ils se sont dit que les flics ne mettraient pas autant de moyens juste pour les infiltrer eux, qui étaient une douzaine. Les numéros appelés et appelants sur leurs téléphones étaient tous repérés, certains étaient surveillés 24 heures sur 24.

Puis, le 17 avril, deux d’entre eux sont arrêtés au volant d’une camionnette des flics avec l’employé bidon, les autres sont arrêtés le lendemain en présence du FBI. 7 membres de Germinal ont été accusés de complot, et les trois autres ont en plus pris l’accusation de possession d’explosifs en vue de commettre un attentat. Le coût minimal de l’opération d’infiltration est estimé à 750.000 $.

 

[6] Mais cette taxe n’est pas près de voir le jour en raison du lobbying des banques (jusqu’à la Banque centrale européenne) et de certains pays qui disent qu’elle ferait augmenter le coût du crédit et bien sûr, cela menacerait la reprise. Mais quand on ‘n’est pas en crise, ils pleurent pour la croissance qui serait en péril à chaque tentative de régulation. Rien ne change sous le soleil, et le but des banques est toujours de faire ce qu’elles veulent.

 

[7] A ce sujet, on compte beaucoup sur le prochain sommet du G20 à Séoul, en novembre.

 

[8] Mais ce n’est qu’une expression puisque le Comité de Bâle est composé de banques et de banquiers.

 

[9] Et encore, tout ce qui relève des dérivés, les CDS, CDO etc. qui sont utilisés dans les subprime ou la spéculation sur la dette des pays, ne sont pas pris en compte dans les encours de la banque car ils sont des contrats privés.

 

[10] Mais, on nous avait dit la même chose pour la grande réforme Bâle II qui devait aussi renforcer la transparence, pourtant ça ne s’est pas du tout passé comme ça. Et, alors que le comité de Bâle prépare Bâle III, le G20 en est encore à évoquer une amélioration de Bâle II !

 

[11] On voit que la Roumanie, en pleine cure d’austérité grâce au FMI, est déjà revigorée, de même que la Grèce... Rappelons au passage le B-A BA de la politique du FMI : privatisations, baisse des dépenses sociales et donc des investissements, des services publics, libéralisation maximale du commerce, des échanges, des flux financiers.

 

[12] « Il est crucial de fournir un effort plus poussé de remise en état du secteur financier pour redresser l’économie mondiale », nous disent-ils.

 

[13] Notamment grâce à des politiques de rachat de la dette, comme en Amérique latine.

 

[14] A savoir : la Banque asiatique de développement (BAsD), la Banque africaine de développement (BAfD), la Banque interaméricaine de développement (BID), la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) et le Groupe de la Banque mondiale, en particulier la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) et la Société financière internationale (IFC). Autant d‘institutions fort démocratiques qui n’ont jamais tendu à l’équité sociale.

 

[15] Plus de la moitié des 235 milliards de dollars prêtés venaient de la Banque mondiale.

 

[16] Où était aussi présent DSK, entre autres.

 

[17] Au FMI comme à la Banque Mondiale, les droits de vote sont basés sur les cotisations versées par les Etats membres suivant le fabuleux et fort égalitaire principe du 1$ = 1 voix. D’où le droit de veto de fait des Etats Unis, qui ont près de 17% des votes alors que la minorité de blocage est de 15%. Mais, le FMI se finance aussi beaucoup par emprunts.

 

[18] C’est le système des quote part, qui attribue des droits de vote aux pays en fonction de l’argent qu’ils mettent dans le FMI. Ca marche pareil pour la banque mondiale, du coup les Etats-Unis ont un droit de veto.

 

[19] Les banques US y sont déjà passées mais évidemment ces tests sont complètement inutiles.

 

[20] Un lobbie international de 70 banques, dirigé par Josef Ackermann, patron de la Deutsche Bank et grand habitué du Bilderberg (entre autres) et William R. Rhodes, PDG de Citigroup, proche de Rockefeller et habitué lui aussi du Bilderberg. Mais, au comité directeur, on retrouve aussi des gens comme le PDG de Seb, Marcus Wallenberg (ô surprise, un autre fan du Bilderberg depuis une dizaine d’années, quand il a repris le siège encore chaud qu’y avait laissé papa), des dirigeants des diverses banques internationales dont BNP Paribas, Crédit Suisse, la Société Générale, JP Morgan Chase, Intesa... Quant aux membres qui versent leur obole, certaines ont leur siège aux Bermudes, à Trinidad et Tobago, en Suisse, au Luxembourg…

 

[21] Ainsi, le Crédit Agricole a calculé que si Bâle III entrait en vigueur tel que prévu, il perdrait 9,8 milliards d’euros en capacité de financement, BNP Paribas perdrait 2,7 milliards, la Société Générale 2,2…

 

[22] Car en fait, le comité de Bâle regroupe des dirigeants de 13 puis 27 banques centrales (de pays riches, cela va de soi) qui consultent leurs collègues banquiers (en général les fédérations, lobbies et autres groupuscules de banques) avant de faire toute proposition. Forcément, entre les vœux pieux des politiques et le résultat final, l’écart est conséquent.

 

[23] Notamment le droit de continuer avec les produits dérivés (également appelés « titres de capital hybrides ») qui ont montré tous leurs bienfaits lors de la crise subprime, de la crise alimentaire qui a suivi, puis de la crise de l’euro…

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