urlcharlieVous vous rappelez, en janvier? Ces attentats, à l'issue desquels on a eu l'injonction d' "être Charlie". Six mois plus tard, après un procès d'Outreau où la censure a battu son plein, où les esprits critiques ont été taxés de "secte", d' "allumés du missel", de "groupuscule", de "révisionnistes", de "complotistes" et même "d'extrême droite" par de trop nombreux médias, où est Charlie? Il n'est certes pas dans ces médias, qui, en revanche, n'hésitent pas à propager les théories d'un lobby très actif pour discréditer la parole des enfants victimes.

 

Il m'était impossible à l'époque de m'exprimer au sujet de ces attentats, parce que les suites m'ont littéralement coupé la chique. Déjà choquée par la violence du massacre, j'ai été ensuite atterrée de voir la parole de tous les extrêmes se libérer, jusque sur le plateau du JT de France 2 où une journaliste politique a réclamé qu'on "repère" tous ceux qui n'étaient "pas Charlie", qui "ne pensent pas que ce combat [la manif organisée par Hollande et ses copains] est le leur".

Ces attentats, en fait, on décomplexé tous ces extrémistes (extrême droite, sionistes, islamistes, fanas du tout sécuritaire...). Le gouvernement en a profité pour faire passer des lois consternantes pour les libertés. Au nom de la liberté d'expression on a imposé la pensée unique. Belle inversion encore une fois.

En tout cas au procès de Daniel Legrand à Rennes, on a vu que Charlie, ce n'étaient pas les grands médias.

 

Des salves d'insultes

Screenshot - 14_06_2015 , 19_37_22Depuis les premiers procès d'Outreau, nous devons faire face à une véritable offensive contre une prise en compte sérieuse de la parole des enfants. Certains parlent même de "jurisprudence Outreau".

Pour ne pas argumenter, pour éviter qu'on aborde le fond du dossier, en fait pour éviter toute réflexion, les Delarue, Dupont & Co ont commencé par traiter ceux qui osaient poser des questions, ceux qui soutenaient les frères Delay et les autres victimes, de "révisionnistes".

On a tous compris qu'il était question de nous comparer aux négationnistes de la Shoah. Pourquoi une telle comparaison? Pour créer un écran de fumée, nous diaboliser et faire en sorte que les gens aient peur de ce que l'on raconte avant même de savoir de quoi il retourne exactement.

C'est amusant, parce que nous, nous avons toujours cherché à argumenter sur le fond. On aurait aussi pu traiter le fan club de Daniel Legrand de révisionnistes, puisqu'ils ont passé 10 ans à nier l'existence des 12 enfants victimes.

Puis on nous a traités de "complotistes". Là encore, le but est de nous diaboliser, d'empêcher la réflexion et encore plus le débat. Qui a envie d'écouter un "révisionniste/complotiste"? Cet argument est assez osé quand on regarde les choses objectivement: ce sont eux, ces médias+avocats de la défense, qui voient des complots partout, et même d' "extrême droite" en plus.

Ils ont d'abord vu un complot d'enfants mythomanes et d'assistantes maternelles contre des gens qu'elles n'ont jamais vus de leur vie. Ensuite, ça a été le complot du juge Burgaud et de Badaoui, jamais démontré lui non plus, bien au contraire. Aujourd'hui, c'est le complot d'on ne sait trop qui d'ailleurs, contre Daniel Legrand dont personne parmi nous n'a stricement rien à cirer. On nous a parlé de "secte", de "galaxie", avec des "associations" et "l'entourage de Soral", de gens "qui se disent bonjour" et "envoient des Tweets" (dixit Aubenas). Bref, dans leur vision complètement paranoïaque du monde, ces gens croient qu'on s'est tous concertés depuis 10 ans pour envoyer un type qu'on ne connait pas au tribunal alors qu'il n'avait rien à y faire.

Screenshot - 14_06_2015 , 19_41_03Cette vision a pour seul mérite d'être simpliste. En réalité, la plupart des gens qui se trouvaient là se rencontraient pour la première fois. Et la plupart n'étaient même pas du tout impliqués dans le problème de la pédocriminalité. Par contre, on se doutait tous qu'il allait y avoir des problèmes d'honnêteté intellectuelle du côté de la presse, quant à la justice on n'en parlera pas, mais il est évident que beaucoup étaient méfiants.

On a donc été traités de "secte" et de "malfaisants" par un avocat, Régis De Castelnau, qui est lui-même mis en examen dans le cadre de l'affaire Guérini (affaire de marché public qui lui a rapporté 50.000€) pour "complicité de corruption active commise par un particulier". C'est lui qui vient nous faire la morale et réclame que "les pouvoirs publics" se penchent sur note cas. Philippe Torreton a utilisé, lui, l'expression de "groupe sectaire" pour définir ceux qui étaient venus à Rennes en tant que citoyens pour soutenir les parties civiles. Il a dit beaucoup de bêtises, d'ailleurs, sur le plateau du Grand Journal.

Je ne résiste pas à reproduire un paragraphe très agressif de cet avocat qui semble terrifié à l'idée qu'on puisse écouter les enfants sérieusement. "Depuis quinze ans une bande d’illuminés organisés en véritables sectes, continue, tout à l’assouvissement de ses fantasmes, à prétendre contre l’évidence qu’il y avait bien des réseaux de notables pédophiles à Outreau. Accompagnés de stars du complotisme [Soral et Serge Garde, qui sont à l'opposé sur l'échiquier politique], se servant abusivement du bouclier de "la protection de l’enfance" et surfant sur l’horreur de la pédophilie, ils multiplient les pressions sur la justice, et embrigadent les fragiles à coups de psychologie de bazar, de "souvenirs retrouvés" et autres insanités. Tous ceux qui s’opposent à ces entreprises délétères font l’objet de campagnes d’intimidation et d’injures. Il serait plus que temps que les pouvoirs publics se penchent sur l’activité de ces groupes qui ont fait de la manipulation leur gagne-pain".

Que Me De Castelnau, soupçonné d'être un corrupteur actif, se rassure: si on faisait des choses illégales, si on manipulait vraiment les victimes, et si en plus on faisait "pression" sur la justice, il y a bien longtemps que les "pouvoirs publics" nous auraient collés à l'hôpital psychiatrique ou au trou. Mais, on est encore en liberté. C'est peut-être parce qu'on n'a rien fait de mal.

Screenshot - 14_06_2015 , 19_46_06Parce qu'il faut replacer les choses dans leur contexte au lieu de sombrer dans la psychose: nous, on veut juste que la parole des enfants, les frères Delay et tous les autres, soit entendue. C'est tout. Alors à Outreau, on a soutenu les victimes parce qu'on connaissait le dossier suffisamment pour penser qu'ils disaient la vérité, et parce qu'on savait que les six avocats de la défense ne reculeraient devant aucune mesquinerie pour obtenir l'acquittement de Legrand.

Quant à l'argument qu'utilise Régis De Castelnau selon lequel on "se sert abusivement du bouclier de la protection de l'enfance", on est plié de rire. Aujourd'hui la "protection de l'enfance" est quasi inexistante, et l'impunité est la règle pour les pédocriminels, les condamnations étant l'exception (6.000 plaintes pour viols sur mineurs en 2012, et 383 condamnations pour viol sur mineur). De quoi a peur ce monsieur? Qu'on passe à 500 condamnations par an?

Cela ne risque pas avec les théories qui sont véhiculées par sa chère épouse et par des psys comme Bensussan, Van Gijseghem et cette clique de négationnistes de la pédocriminalité.

On a été traités d'illuminés, d'ailleurs, par Florence Rault, mariée à Castelnau et sur laquelle on va revenir. Deux jours après son mari, elle nous a publié une tribune incendiaire qui condamnait la trop forte répression des "pédophiles".

Or, on sait tous que l'insulte est le dernier argument de celui qui est acculé. Alors autant dire que ça ne nous impressionne pas, et comme le disait Courteline, "passer pour un idiot aux yeux d'un imbécile est une volupté de fin gourmet".

Parallèlement à cette campagne d'insultes, on a eu droit à une censure conséquente de la part des médias. En effet, déjà avant que le procès de Rennes ne commence, de nombreuses personnes ont signalé que les commentaires qu'elles postaient au sujet de l'affaire d'Outreau étaient censurés. Par exemple, sur la page Facebook de l'émission Envoyé Spécial, la quasi totalité des commentaires de gens qui ne pleuraient pas sur le sort de Daniel legrand et posaient des questions intéressantes sur l'affaire étaient supprimés dans les 3 jours. Sur le site du Figaro, des commentateurs ont même été expulsés après avoir publié à la suite d'articles sur l'affaire d'Outreau. Idem avec Le Monde, La Voix du Nord et d'autres médias. Pourtant, ces commenataires n'avaient rien d'insultant.

 

urlsapPanier de crabes

Des arguments, ces gens n'en ont pas: on a entendu pendant des heures deux groupies des faux souvenirs, dont Van Gijesghem qui répand assidument sa théorie dans les tribunaux, et son discours ne tenait pas la route.

Il a cité quelques expériences faites auprès d'enfants pour montrer à quel point ils sont suggestibles, maix aucune de ces experiences ne portait sur des faits aussi perturbants pour un enfant que des abus sexuels. Heureusement d'ailleurs, car depuis Kinsey on évite de violer les enfants pour faires des expériences.

Van Gijseghem a aussi eu beaucoup de difficultés quand un avocat des frères Delay a commencé à la questionner sur des références sérieuses en matière de pédopsychiatrie. Des références qui lui étaient apparemment inconnues.

Venons-en à ce couple d'avocats, qui gèrent le cabinet De Castelnau, "Acteur Engagé au service de l’Intérêt Public" (sic.).

Je note avec grand amusement que la page Wikipedia concernant Régis de Castelnau est un copié collé de sa biolgraphie publiée sur son site, avec le passage sur sa mise en examen et son mariage en prime.

Quant à Florence Rault, on lit sur le site du cabinet que "Elle est aujourd’hui reconnue au niveau national comme une des meilleurs spécialistes des sujets de société délicats : pédophilie, fausses allégations d’abus sexuel, paternité forcée, tueurs en série". Me Rault travaille donc sur un créneau bien précis, qui est celui de la défense des personnes accusées d'actes pédocriminels. L'avocate serait ainsi spécialisée en "fausses allégations, aliénation parentale, faux souvenirs induits ou mémoire retrouvée..." Vaste programme.

sexe innocentCette dame a du beaucoup apporter à la République, car elle est tout de même "Chevalier de la Légion d’Honneur (2005) et Chevalier de l’Ordre National du Mérite". Ca en jette. Elle défendu, à grand renfort de sa "dictature de l'émotion", plusieurs enseignants accusés d'actes pédophiles, et d'autres personnes comme un certain Serge Machado, accusé par sa fille puis "blanchi", que Roselyne Godard est venue soutenir lors de son procès, ou encore un certain Eric Martin, ancien de l'Ecole en bateau, directeur d'un centre pour jeunes garçons en difficulté appelé "L'Arbre Voyageur", et condamné à 20 ans de prison l'année dernière [1].

Elle aussi défendu quelques pères accusés d'abus sexuels, avec conflit de garde d'enfants à la clé [2].

Et "elle se spécialise aujourd’hui dans des conférences données à l’occasion de colloques scientifiques".

En 2013, on lisait qu'elle "intervient régulièrement auprès des collectivités publiques pour des formations ou conseils relatifs aux responsabilités des agents publics, prise de décision en matière de signalement, et toutes questions ayant trait à la mission de protection de l’enfance" [3]. Le lobbying passe donc par la formation des autorités mais aussi des professionnels, puisque cette avocate intervient dans des "colloques scientifiques".

Mais, l'équipe du cabinet Castelnau écrit aussi des livres. On a les livres du "cabinet Castelnau", de Régis de Castelnau, de Florence Rault, de Florence Rault et Paul Bensussan: "La dictature de l’émotion. La protection de l'enfant et ses dérives" (2002)...

2002, c'est une date intéressante: pile quand l'affaire d'Outreau a commencé à faire scandale, quand la presse a commencé à dire que tout était bidon parce qu'on n'a pas retrouvé le corps de la petite fille tuée dont quatre témoins avaient parlé.

Ils ont continué sur leur lancée. De son côté, l'avocate Florence Rault a contribué à une oeuvre collective intitulée "Enfants, sexe innocent? Soupçons et tabous" en 2005.

 

Screenshot - 13_06_2015 , 00_07_54Propagande

Florence Rault et Paul Bensussan ont commencé à collaborer il y a plus de 10 ans. C'est marrant, parce que Dupont Moretti et ses copains nous reprochent à nous d'être sur le coup depuis 10 ans, ce qui est juste impossible. En fait, ils ont publié un article commun le 2 mars 2001 dans Libération. L'article s'appelle "Du "tous pourris" au "tous pédophiles"".

Les auteurs y dénoncent le "triptyque": "émotion, surenchère, judiciairisation excessive" qui "nous conduit tout droit à une inquiétante régression". En fait, c'est un de leurs leitmotivs, et Me Rault est revenue là-dessus dans l'Obs. Ils trouvent qu'on gère trop souvent les cas de pédophilie via la justice. Et ils caricaturaient à l'envi la position de ceux qui dénonaaientà l'époque une omerta sur la parole des enfants.

D'ailleurs, que se passait-il à l'époque, en mars 2001?

Delay et Badaoui ont été placés en garde à vue puis en préventive 10 jours plus tôt et des examens médicaux montraient des traces probables d'abus sexuels répétés sur leurs enfants.

urlangersEn 2001, on parlait aussi de l'affaire Véronique L., cette jeune femme qui a expliqué avoir été la proie d'un réseau pédophile qui la trimballait dans toute la France et même à l'étranger. Elle a même été identifiée sur des photos des CD Roms de Zandvoort. En fait, c'était un peu la même histoire qu'Outreau: des parents qui prostituent leurs enfants, des viols collectifs filmés, et même des meurtres d'enfants. Seuls les parents de Véronique L. ont été jugés et condamnés à des peines minimalistes (on a laissé tomber le proxénétisme), aucun client n'a été inquiété.

La jeune fille expliquait pourtant "qu'elle a participé à des messes noires à Nanterre (Hauts-de-Seine), à Bruxelles et à Londres lors desquelles elle et d'autres enfants auraient subi des sévices sexuels par des adultes. Ses parents l'auraient "louée" pour des gens beaucoup plus fortunés", comme nous l'expliquait Le Parisien du 13 janvier 2002

L'affaire Véronique L. se déroulait à Cholet notamment, à 70 km d'Angers. Angers, où en mars 2002 a explosé l'affaire dite "du réseau pédophile d'Angers", quand l'instruction a démarré. En chiffres, ça donnait: 66 adultes accusés et 27 victimes âgées de 6 mois à 12 ans [4]. Là aussi on a parlé de clients non identifiés, et qui venaient dans de grosses voitures, pas du tout le genre de ce quartier défavorisé. Mais ils n'ont jamais été retrouvés.

Comme à Outreau, il a été dit que les films et les autres preuves avaient été détruits.

 

Screenshot - 15_06_2015 , 13_19_43> Florence Rault:

En 2002, Florence Rault dénonçait la "sacralisation" de la parole des enfants, mais aussi une circulaire de Ségolène Royal de 1997 obligeant les directeurs d'établissements scolaires à faire des signalements lorsqu'il constatait des comportements non adaptés. Beaucoup de critiques s'étaient alors fait entendre, parmi lesquels Jack Lang, et certains avaient même crié à "la délation". Force est de constater aujourd'hui que ladite circulaire a eu peu d'effets.

En mai 2004, toujours dans Libération (décidément), Florence Rault a publié une nouvelle tribune intitulée "Des "Outreau" par dizaines". Cet article commençait fort: "Ce qu'il est déjà convenu d'appeler la catastrophe d'Outreau vient d'enclencher le désolant et habituel mécanisme de défausse des principaux responsables de cette tragédie". "Catastrophe", "tragédie"... Elle nous sortait déjà les éléments de langage qu'on nous a serinés pendant 10 ans, sorte d'hare krishna du clan révisionniste (ceux qui cherchent à faire oublier l'existence des victimes de cette affaire, bien-sûr).

Elle dénonçait (encore) la "régression de notre pays en matière de répression de la délinquance sexuelle". Parce que prendre en compte sérieusement les accusations de dizaines d'enfants est en effet jugé par certains comme une régression. Mais qu'ils se rassurent: c'est fini, grâce aux "faux souvenirs". Magique.

Son propos était de dire qu'il y a plein d'innocents accusés partout en France par des mômes délirants et elle entendait "s'opposer à ces dérives". On a vu que cette mouvance a en effet été d'une efficacité redoutable depuis 10 ans.

"Près du quart des détenus français le sont pour des infractions à caractère sexuel. Chiffre considérable et inconnu chez nos voisins européens. Il devient moins risqué de commettre un meurtre ou un braquage que d'être accusé de viol", écrivait-elle. Sauf qu'à l'étranger, en tout cas en Belgique et en Angleterre, c'est encore pire que chez nous. Quant aux nombre de pédophiles condamnés, on arrive au chiffre de 1 sur 100, et encore je pense qu'on surestime ce chiffre, on  a déjà eu l'occasion d'en parler.

ta_dutroux_0Me Rault dénonçait donc les experts (ceux qui valident la parole des enfants, bien-sûr), et surtout sur la justice.

Il y a juste un détail: au moment où elle écrit cette tribune, le 24 mai 2004, le procès en première instance, à Saint-Omer, avait débuté depuis 20 jours et n'était pas encore terminé. A l'issue de ce procès, 10 personnes ont été condamnées, dont 6 sont acquittées ensuite à Paris. Mais on n'en est pas encore là, en mai 2004.

En décembre 2006, Florence Rault et Paul Bensussan ont participé à une table ronde organisée par un groupe appelé JAMAC, monté pour défendre plusieurs enseignants accusés d'actes pédophiles. Cette table ronde avait pour thème: "Abus sexuels sur les enfants: protection de l'enfance et présomption d'innocence. Après Outreau, où en est-on? Quelles évolutions?".

Une question fort étrange car pour beaucoup d'associations et de défenseurs des enfants, depuis Outreau on a régressé dans la prise en compte de la parole des enfants. Depuis Outreau, plus de réseaux pédophiles, plus de scandale de pédocriminalité, en fait depuis Outreau les enfants sont juste inaudibles et les parents protecteurs avec. On peut même aller plus loin: la répression envers le parent protecteur est devenue systématique. Tout cela aurait été un travail de déminage, ils ne s'y seraient pas pris autrement.

Florence Rault s'est aussi préoccupée de l'affaire Dutroux. Elle a contribué à un autre ouvrage collectif intitulé "Procès Dutroux: penser l'émotion". Oui, parce que "l'émotion", pour Rault comme pour Bensussan, c'est l'argument phare à opposer à ceux qui soutiennent et croient les enfants victimes: ils sont dans "l'émotion", ils prennent des vessies pour des lanternes. Ils n'ont pas de discernement, et même ils insufflent de faux souvenirs aux enfants. C'est exactement ce qui a été reproché aux assistantes maternelles dans l'affaire d'Outreau, et ce qui est reproché aux parents qui tentent de protéger leurs enfants contre des abus sexuels, qu'il s'agisse d'inceste ou pas.

urlviols enfantsDans ce livre publié en 2007, l'équipe d'auteurs a dénoncé l'augmentation de soi-disant "fausses allégations" depuis l'affaire Dutroux. Le chapitre de Florence Rault s'intitulait "Les risques de dérive quand l'opinion publique veut rendre justice elle-même".

Elle y écrivait déjà à l'époque la même chose que dans son blog de l'Obs cette semaine: " Depuis une vingtaine d’années, nos pays occidentaux sont sporadiquement interpellés par l’abomination de délits et crimes sexuels perpétrés sur des mineurs. À bien y réfléchir, les mouvements d’opinion qui entourent la révélation de méfaits pédocriminels ne sont pas exempts de contradictions, de simplifications exagérément rudimentaires ou de calculs inavouables"

Elle dénonçait déjà la "dérive" qui consistait à juger sévèrement les pédocriminels, sous la pression de l'opinion publique, rappelant qu'il faut un "procès équitable", ce que personne n'a nié jamais évidemment. Elle dénonçait aussi la presse qui s'y donnait à coeur joie, voilà au moins un aspect qui a été bien corrigé depuis.

Me Rault a aussi beaucoup critiqué, sans le citer, le seul et unique reportage diffusé en France au sujet des abus sexuels rituels: le documentaire de France 3 "Viols d'enfants: la fin du silence", d'Elise Lucet.

"Cette émission supposée montrer à quel point le danger pédocriminel est menaçant, s’appuyait sur le cas de deux enfants, une fillette et son frère, qui racontaient avoir été, de longue date et à plusieurs reprises, non seulement abusés et violés par leur père et ses complices, mais encore conduits à des cérémonies rituelles organisées en région parisienne par une secte abjecte. Le débat était biaisé d’emblée: il s’agissait d’une tragique erreur judiciaire. La présentatrice, journaliste réputée, laissait très clairement entendre, que la justice n’avait pas "cru" les enfants,qu’elle n’avait pas su – ou pas voulu - les protéger, au point que leur mère avait dû s’enfuir à l’étranger", écrivait Me Rault, devenue depuis une "spécialiste" des enfants menteurs, "La recherche effrénée de sensationnalisme de ce reportage était évidente: vraiment, l’obscénité ne résidait pas dans la crudité sordide des scènes évoquées ..."

urlviols f3Elle a bon dos, la vérité judiciaire. Qui peut être assez hypocrite pour dire que la justice ne se trompe jamais? Qu'elle ne subit jamais aucune influence? On pourrait sortir des exemples pendant des heures. Dans ce reportage, on voit beaucoup de choses intéressantes, je vous laisse juges.

L'obscénité, elle est dans la mauvaise foi de l'auteur. Parce qu'on ne parle pas des prix de la salade, mais bien d'enfants qui disent avoir été torturés, certificats médicaux et expertises à l'appui. Mais il est vrai que, malgré tous ces éléments, et malgré les témoignages concordants de frères et soeurs, il est courant que ces affaires soient classées sans suite.

Elle continue "L’absence de signes ou de preuves n’ébranle jamais la conviction des inconditionnels". C'est un pur mensonge: on ne se contente jamais de la parole d'un enfant. Parce qu'on sait qu'ils vont se faire traiter de menteurs, même s'ils sont 40 à raconter les mêmes choses. Pour Me Rault, tous ces abus rituels décrits dans le reportage étaient "inspirés par le discours des adultes", en l'occurrence et comme souvent, la mère des enfants.

Je vous épargne le détail de cet article incroyable, c'est page 129 et suivantes du PDF. Elle conclut en recommandant de ne pas être dans "l'émotion" pour juger. Tout ce blabla pour enfoncer une porte ouverte? Non, le but était de diffuser quelques concepts, quelques éléments de langage.

Ce qui est intriguant quand on connaît les positions de Florence Rault, c'est que ce livre a été édité par la Coordination de l'aide aux victimes de maltraitances qui l'a "diffusé gratuitement à 20.000 exemplaires". Quelle chance.

En tout cas, les ouvrages de Florence Rault et Paul Bensussan font partie de la bibliographie officielle des masculinistes, de même que "La Méprise" de Florence Aubenas et les livres des acquittés.

 

> Paul Bensussan:

urldesirpbQuant à Paul Bensussan, expert auprès de la cour d'appel de Versailles depuis 1996, auprès de la cour de cassation depuis 2007, à la Cour pénale internationale depuis 2011, il recommandait de mener des expertises sur le modèle anglo saxon. Lui aussi contribue à la formation des magistrats à l'ENM, mais aussi des médecins.

Son premier livre, une collaboration (mais il n'est pas cité parmi les auteurs), il l'écrit en 1984 et il s'intitule "Guide pratique de la vie du couple"...

Il apparaît dans les médias à la fin des années 90, avec son deuxième livre "Inceste: le piège du soupçon", publié en 1999 pour dénoncer "la multiplication des affaires d’abus sexuels ‘’fantasmés’’ mettant en cause des parents, plus généralement des pères", lors de séparations. Son option "sexologue" l'a "plus particulièrement orienté, en matière de psychiatrie légale, vers la délinquance et la criminalité sexuelle. Sa réflexion porte enparticulier sur les rapports entre la transgression et la perversion".

Mais c'est avec l'affaire d'Outreau qu'il arrive sur le devant de la scène, après avoir été appelé à l'aide par les avocats des accusés [5]. Il n'a pas vu les enfants victimes mais continue, encore aujourd'hui, à se positionner en tant que connaisseur de l'affaire, surtout pour critiquer les experts qui avaient validé la parole des enfants.

Il est resté très actif dans les colloques et autres commissions, comme la Commission "Allégations d’abus sexuels dans le contexte de séparations parentales" organisée de novembre 2000 à novembre 2002, à la Chancellerie, Direction des Affaires Criminelles et des Grâces.

En 2001, son mémoire s'intitule "Allégations d’inceste : de la vigilance à la déraison". La même année, il passe un diplôme de "sexologie".

Screenshot - 08_06_2015 , 23_29_36Il participe aussi à une assemblée générale du collectif JAMAC, qui avait pour but de défendre des enseignants accusés de pédophilie par des élèves. Son intervention a été intitulée "Allégation d'abus sexuels: le poids de la parole de l'enfant". Ce qui, on l'a déjà dit, est une aberration quand on regarde les statistiques de l'Intérieur et de la Justice à ce sujet. Jusque là, l' "expert" professionnel ne nous a pas encore parlé de chiffres et d'études sérieuses sur le sujet. Il ne prend que des exemples par-ci par-là, et en fait des généralités.

D'ailleurs, il ne s'embarrasse pas de la question des chiffres, mettant sur le même plan des déclarations de van Gijseghem et de chercheurs qui ont mené de réelles études de cas: "On me demande souvent la fréquence des accusations infondées d'abus sexuels. Les chiffres sont tellement disparates que vous allez tout de suite comprendre à quel point ils sont vides de sens. Un de mes éminents confrères chef de service de pédopsychiatrie disait récemment lors d’une émission que selon lui les allégations infondées s’étendaient de 3 à 6%, pour certains auteurs au contraire comme Hubert Van Gijseghem on estime ce chiffre allant jusqu’à 50 à 75%, l’American Psychological Association qui n’a pas l’habitude d’avancer des chiffres au hasard parle de 50%. Vous voyez que quand la disparité va de 3 à 75%, ça ne prouve qu’une seule chose, c’est que finalement on n’en saura jamais rien". Donc, continuons à dire ce qu'on veut, puisqu'on est dans le flou.

En 2002, c'est "la dictature de l'émotion" écrit avec Florence Rault. Cette année-là le psychiatre a aussi participé à un colloque sur la protection de l'enfance, où il a tapé sur le seul et unique spot de prévention qui a été diffusé la télé en France pour inciter à dénoncer les abus sexuels. Il considère que si on assiste à une augmentation des signalements d'abus sur les enfants, c'est surtout parce qu'il y a davantage de fausses accusations, et il considère qu'il ne faut pas "traiter" ces accusations en terme de vérité ou de mensonge. Le hic, c'est que pour la justice il faut des certitudes, sinon le pédophile est acquitté au bénéfice du doute. C'est d'ailleurs ce qu'il se passe: en 2012, un mineur violé avait seulement 6,3% de chances de voir la condamnation de son agresseur quand il avait porté plainte (383 condamnations pour plus de 6.000 plaintes).

Screenshot - 15_06_2015 , 19_44_15Les associations de pères ont alors repéré Paul Bensussan, et diffusent allègrement ses interviews., de même que celles de Van Gijseghem (sur lequel on est déjà revenus) et d'autres fans des théories anti victimaires. En 2002, le petit journal d'une asso pro pères Suisse relate largement ses considérations sur l' "aliénation parentale", ainsi que celles de Jacques Barillon, un avocat suisse  très impliqué dans la défense des pères, selon lui injustement accusés d'abu sexuels par des ex revanchardes.

Jacques Barillon, avec qui Bensussan écrira ensuite deux livres, nous apprend dans ce journal qu'il a même décidé de fonder une association pour défendre encore mieux ces pères accablés. On voit que dès cette époque, plusieurs leaders dans ce mouvement de négation de la parole des enfants ont commencé à se démarquer, et même à se coordonner.

Ils sont toujours en train d'occuper le paysage médiatique au sujet de la pédocriminalité.

"Même si ces faits n'existent que dans l'imagination de la dénonciatrice, l'homme est pris au piège", écrivait le rédacteur de l'article, "La machine judiciaire démarre. Avec comme premier effet la coupure des relations entre le père et sa progéniture". Puis on donnait la parole à Jacques Barillon: "Après de longues années de procédure avec arrestation, interrogation et inculpation à la clé. Même s'il est innocenté – et ce n'est pas le cas de tout les prévenus – le mal est fait. La police, le juge d'instruction et parfois même les tribunaux cèdent à cette tentation de faire fi de la présomption d'innocence dans ces cas-là. C'est à l'origine de l'affaire qu'il faut mesurer l'ampleur des ravages."

 

urlsospapa"Et l'avocat genevois de s'élever contre cette dérive judiciaire: "Quand la femme accuse de mauvaise foi son mari, c'est l'arme absolue, et tout homme y est exposé. C'est pourquoi j'ai lancé l'idée de créer une association de défense des hommes victimes de dénonciations abusives de leur conjoint." On note qu'il parle de "conjoint", mais ce sont bien les mères qui sont visées. Je suis également interloquée quand il dit que "tous" les prévenus ne sont pas "innocentés". Cela laisse supposer que pour lui toutes les accusations sont fausses, ce qui 'nest bien évidemment pas le cas.

 

Et puis pourquoi une mère prendrait-elle le risque de perdre la garde de son enfant (car c'est ce qu'il se passe souvent) en racontant des mensonges qui ne peuvent pas tenir la route?

 

Dans ce même journal, Paul Bensussan y allait de son couplet: "Psychiatre à Paris, le Dr Paul Bensussan a présenté les thèmes développés dans son livre: "Inceste, piège du soupçon". "Cet ouvrage m'a permis d'ouvrir un dialogue avec les magistrats. Quelles que soient la consistance du dossier et la crédibilité des allégations, les décisions étaient dans le passé univoques: on suspendait le droit de visite du père jusqu'à la conclusion de l'enquête. Je constate maintenant que certains juges prennent des décisions courageuses qui évitent la suspension des rencontres père-enfants." Le psychiatre semble regretter qu'on ait préféré appliquer un principe de précaution. N'est-il pas normal qu'on éloigne un enfant de celui qu'il dénonce comme étant son agresseur?

 

urlnamblaPaul Bensussan ne s'arrête pas en si bon chemin. En 2004 il co écrit avec l'avocat Jacques Barillon"Le désir criminel". On y lit beaucoup de poncifs sans fondement, à partir d'exemples montés en épingle. Les auteurs insistent sur la "présomption dinnocence" pour les types accusés d'actes pédophiles, réclament des confrontations avec leurs victimes (des enfants, donc), tapent sur les experts non alignés sur leur théorie, et ils concluent que si on trouve graves leurs propos, c'est parce que "la sexualité est maudite". Je ne dirai pas chez qui j'ai retrouvé le même genre discours, mais cherchez du côté des inventeurs des faux souvenirs et du SAP (syndrome d'aliénation parentale), et de certains politiciens ou "intellectuels" parisiens...

En 2007, encore avec  Jacques Barillon [6], il publie"Le nouveau code de la sexualité", dans lequel les auteurs trouvent qu'on dénonce trop facilement des actes finalement anodins selon eux.

En 2009, nouveau mémoire: "Aliénation parentale: vers la fin du déni?". Un fort déni en effet, puisque même les psychiatres américains refusent de reconnaitre le SAP, alors qu'ils font rentrer tout un tas de nouveaux syndromes dans leur DSM à chaque révision. Toutefois, la mobilisation pour faire reconnaitre ce machin ne fait que croître depuis 30 ans et je crains que ce ne soit qu'une question de temps avant qu'il ne soit recensé. Les "faux souvenirs" suivront.

En 2010, le ministère de la justice pousse pour l'octroi à Paul Bensussan d'une breloque de "Chevalier dans l’Ordre national de la Légion d’honneur". 

 

Screenshot - 15_06_2015 , 16_33_36Toujours sur son site, il nous explique que l'un de ses axes de "recherches" est "Les abus sexuels sur mineurs (alternatives au traitement judiciaire, poids de la parole de l’enfant). Les fausses allégations d’abus sexuels" (c'est moi qui souligne). Nous y voilà: "l'alternative au traitement judiciaire". Soudain, les choses deviennent plus claires.

L'alternative au traitement judiciaire, on en a déjà parlé: c'est la "justice réparatrice". En gros, pour faire des économies et ne pas surcharger une justice moribonde, on va favoriser la "médiation" directe entre la victime et l'agresseur. C'est un système applaudi par les professionnels qui travaillent auprès des agresseurs, mais fortement décrié par ceux qui travaillent avec les victimes. Car au final, la victime n'aura pas le statut de victime, l'agresseur n'aura pas celui d'agesseur.

Il s'agit d'une "requalification du crime en conflit".  Selon la criminologue Mylène Jaccoud, "Cette politique [de justice réparatrice] s’est concrétisée par l’instauration de programmes de déjudiciarisation particulièrement actifs dans le secteur juvénile". Ce ne sont donc pas de simples délits, comme des vols, qui passent en justice réparatrice, mais des crimes commis contre les enfants.

Dans le domaine de la justice réparatrice comme dans celui de la pédorciminalité, le lobbying est mené de manière intensive ces dernières années. La ministre Taubira a d'ailleurs eu une oreille très attentive pour ces revendications.

Quant à l'aliénation parentale que les scientifiques refusent depuis 30 ans d'inscrire dans le guide des maladies mentales, le DSM, en raison de son absence de fondement scientifique, Bensussan fait du lobbing pour qu'il soit reconnu malgré tout: il explique avoir été "Co-auteur d’une proposition d’inscription de cette pathologie dans les classifications américaine et européenne : Parental Alienation Disorder, DSM-V, and ICD-11. Article “Parental Alienation, DSM-V, and ICD-11”, The American Journal of Family Therapy 38:2, 76-187, mars 2010". Heureusement pour les enfants, ça a encore raté [7]. Mais on n'est pas à l'abri qu'à force d'acharnement, ledit SAP soit finalement reconnu, d'autant que Bensussan en donne une définition de plus en plus large.

En 2012, il publie en anglais un texte appelé "The Outreau Case and False Allegations of Child Sexual Abuse" ("L’affaire Outreau et les fausses allégations d’abus sexuels") qui est, si je puis dire, le pompon.  Déjà dans le titre, il associe les mensonges des enfants et l’affaire Outreau. Alors qu'il n’avait toujours pas vu une seule seconde un seul des enfants d’Outreau.

Concernant Bensussan, je n'ai pas connaissance que d'une seule fois où il a conclu à la réalité d'abus sexuels (mais le coupable était une femme!). Une association vient de déposer deux plaintes contre lui auprès de l'Ordre des Médecins parce qu'il a utilisé le SAP pour faire retirer la garde de leurs enfants à des mères qui dénonçaient des abus commis par les pères.

urlchild abuseCar, le SAP n'existe pas scientifiquement parlant: il n'y a aucune étude qui prouve l'existence de ce phénomène.

Et Paul Bensussan le sait, puisqu'il a expliqué qu'il ne nommait pas le SAP en tant que tel afin d'éviter la polémique :"La façon de dépassionner le débat, notamment lorsque je rédige un rapport d'expertise, c'est de ne pas nommer la chose. Il suffit de décrire la situation dans l'expertise : on peut toujours prétendre que l'aliénation parentale n'existe pas ; mais qui réussira à convaincre un juge aux affaires familiales que, dans le cas de séparations parentales très conflictuelles, les enfants ne sont jamais contaminés par la guerre que se livrent leurs parents?", disait-il dans L'Express en 2013.

On constate que la mythologie diffusée par voie de presse au sujet d'Outreau a surtout servi à donner un semblant de fond à la théorie du SAP, puis avec le procès de Rennes à la théorie des faux souvenirs, toutes deux inventées par des pédophiles, pour des pédophiles, comme on l'a déjà dit maintes fois. Si on regarde la page Wikipedia consacrée au"accusations infondées d'abus sur mineurs en France", la bibilographie ferait rire un élève de CP:

  • Hubert Van Gijseghem, L'enfant mis à nu : à la recherche de la vérité, Éditions Méridien (Québec), 1992
  • Paul Bensussan, Inceste, le piège du soupçon, Belfond, 1999
  • Georges Dupuy, Coupable d'être un homme. « Violence conjugale » et délire institutionnel, VLB, 2000
  • Élisabeth Loftus, Le syndrome des faux souvenirs et le mythe des souvenirs refoulés, Éditions Exergue, 2001, (ISBN 2911525124 et 9782911525124), 350 pages
  • Paul Bensussan et Florence Rault, La dictature de l'émotion, Belfond, 2002
  • Karine Duchochois, Moi, Karine, innocente et cassée, Plon, 2004
  • Antony Bernabeu, Journal d'un instituteur en garde à vue, Calmann-Lévy, 2005, (ISBN 2702146805 et 9782702146804), 168 pages
  • Alain Marécaux, Chronique de mon erreur judiciaire : une victime de l'affaire d'Outreau, Flammarion, 2005
  • Florence Aubenas, La Méprise : l'affaire d'Outreau, Paris, éditions du Seuil, coll. « H.C. ESSAIS »,‎ 14 octobre 2005, 252 p. (ISBN 978-2020789516)
  • Claude Lelièvre, Francis Lec, Les Profs, L'École et la sexualité, Odile Jacob, 2005, (ISBN 273811623X et 9782738116239), 352 pages
  • Marie-Monique Robin, L'école du soupçon. Les dérives de la lutte contre la pédophilie, La Découverte, 2006, (ISBN 2707178640 et 9782707178640), 901 pages
  • Virginie Madeira, Vital-Durand Brigitte, J'ai menti, Stock, 2006, (ISBN 978-2-2900-0514-9)
  • John Goetelen, La femme est-elle vraiment l'avenir de l'homme ?, Éditions Osez dire, 2006
  • Daniel Legrand, père et fils, avec Youki Vattier, Histoire commune, Stock, coll. « Les documents », 2008, 350 p.
  • Michèle Agrapart-Delmas, Femmes fatales, les criminelles approchées par un expert, Max Milo, 2010

Paul Bensussan est finalement très utile aux associations de pères ou de simples machos. Dans les associations de pères, il n'est pas rare que des membres soiennt accusés d'abus sexules sur leurs enfants. Ces pères montent sur des grues pour émouvoir les politiques et l'opinion publique, et appellent à l'aide des experts comme Paul Bensussan pour les tirer d'affaire grâce à leurs théories magiques. Mais il est évident que tous ces pères accusés ne sont pas innocents. Pourtant ils sont défendus avec la même véhémence par ces groupuscules de pères, qu'ils soient innocents ou coupables

Et du côté de la protection de l'enfance, on cherche beaucoup à "faire la part des choses entre le conflit qui oppose les parents et un danger réel et immédiat pour l'enfant". Les mères sont soupçonnées d'entrée de jeu de manipuler leur enfant qui dénonce des abus sexuels. Aujourd'hui ce sont des situations devenues quotidiennes, et ce phénomène ne fait qu'empirer.

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Il y a de quoi être consterné quand on connait les conséquences pour les victimes qui ne sont pas entendues. Quand on sait à quel point la question des violences sexuelles sur les mineurs est sous estimée. On ne peut que s'interroger sur l'importance de ce lobby de l'omerta, comme on pourrait l'appeler, un lobby qui met en avant des cas extremement minoritaires pour en faire des généralités, avec pour résultat de porter un discrédit systématique sur la parole des enfants ainsi que des parents protecteurs. On ne peut pas croire qu'il est possible de mettre sous le tapis une catastrophe sanitaire et sociale aussi grave que la pédocriminalité sans en payer un jour les conséquences, d'une manière ou d'une autre.


 

[1] Eric Martin avait fondé L'Arbre Voyageur en 1985, la grande époque des lieux de vie comme le Coral ou l'Ecole en Bateau, où il avait faits es armes auprès du épdophile condamné en même temps Léonid Kameneff qui avait été cité dans l'affaire du Coral, d'ailleurs. Le monde est petit. En 1999, quand il a appris qu'une plainte avait été déposée contre lui par un ancien résident du centre, il se trouvait en voyage en Inde avec d'autres jeunes et a décidé de ne pas rentrer. Il a donc été condamné en son absence en 2006. Puis il a été arrêté et extradé en France. Martin, véritable prédateur, a pu sévir impunément pendant plus de 30 ans. "Eric Martin les a considérés chacun comme ses enfants, il s'est comporté en père, mais en père incestueux. Il n'a pas compris les limites, il n'a pas compris qu'il y avait une différence de génération", avait plaidé Me Rault.

[2] Dans le cas de Jean-Chistophe Henriette, accusé de viols, tentatives de viols et agressions sexuelles sur ses trois filles, "la défense a fait citer beaucoup de témoins, certains se sont contredits, d’autres, comme le souligne maître Rémy Boniface, “ont été pris en flagrant délit de faux témoignage”. Devant les nouvelles révélations dans les rangs de la famille Henriette, le président s’était exclamé, la veille : “Ce dossier, c’est un chapeau de magicien ! A chaque audition, on a un lapin qui sort !” Me Rault avait aussi tenté "de démonter la crédibilité de Muriel. “Elle est schizophrène, elle est persuadée que ce qu’elle prend pour la réalité est la réalité.” Donc, quand on lui dit qu’elle a été violée par son père, elle le croit. Quant aux deux sœurs, elles “ont poussé toutes seules, sans tuteur”. Henriette, qui avait dénoncé un "complot" ourdi contre lui par le mère de ses filles, a finalement été condamné à 18 ans de prison. Un certain nombre de témoins favorables à l'accusé ont aussi raconté n'importe quoi.

[3] Elle intervenait au milieu de divers psys lors d'un colloque intitulé "le sexe des anges ou tout ce que la protection de 'lenfance a toujours voulu savoir".

[4] En première instance, 62 accusés ont récolté des peines "s'étalant de 28 ans de réclusion criminelle à quelques mois avec sursis. Les principaux organisateurs du réseau, trois récidivistes, ont été condamnés, à des peines allant de 16 à 28 ans de réclusion criminelle". 12 ont fait appel et ont été à nouveau condamnés.

[5] Il explique sur son site "le docteur Bensussan a contribué à la manifestation de la vérité dans des procès sensibles, au premier rang desquels l’affaire d'Outreau. Cité par les avocats de la défense devant la Cour d’assises de Paris, il a contribué à démontrer, dans cette affaire, les lacunes méthodologiques des expertises judiciaires (...) Lors de son audition du 05 avril 2006 à l’Assemblée Nationale par la Commission d’enquête parlementaire chargée de rechercher les causes des dysfonctionnements de la justice dans l’affaire d’Outreau, Paul Bensussan souligne notamment le poids excessif de l’expert psychiatre dans le procès pénal et le rôle joué par les associations et l’idéologie dans la sacralisation de la parole des enfants, dérives dramatiquement illustrées par l’affaire d’Outreau. Le rapport remis au Garde des Sceaux le 06 juin 2006 cite à plusieurs reprises ses préconisations".

Capturebarillon[6] Sur son site, Barillon explique (il parle de lui à la 3 e personne): "En début de carrière, Jacques Barillon s'est spécialisé dans les affaires pénales et a plaidé dans d'importants procès, en Suisse et à l'étranger, en particulier en France (assassinat du juge Michel, comptes de l'OM, Ordre du Temple solaire, Elf, etc.)", ce qui est intéressant quand on sait à quel point ces dossiers sensibles ont subi de l'enfumage. "Il est aujourd'hui, sur le plan pénal, un spécialiste reconnu, en Suisse et à l'étranger, des affaires d'allégations d'abus sexuels et de violences domestiques, domaine dans lequel il a écrit, avec le Dr Paul Bensussan, psychiatre, sexologue et expert près la Cour de cassation, en France, deux ouvrages qui font autorité". Eh bien, on n'est pas sortis de l'auberge.  

Dans l'affaire de l'OTS où il défendait des familles de victimes Suisses, il a fondé avec un des proches de victimes l'Association internationale de défense des victimes de l'OTS (AVOTS), qu'il a présidée.

[7] Autour de Bensussan, une soixantaine d' "experts", juristes et autres lobbyistes du SAP ont tenté de faire pression pour faire passer le SAP. mais une vingtaine de sommités, des chercheurs reconnus, s'y sont opposés  pour plusieurs motifs principaux:

- il y a toujours un manque de fondement adéquat dans les recherches, et il n’existe même pas encore une définition unique de l’aliénation parentale

- la recherche sur l’étiologie est encore exploratoire

- il n’est toujours pas possible de distinguer de manière fiable une aliénation parentale due à une manipulation, du processus dans lequel un enfant se détache d’un parent parce que ce dernier a une attitude éducative problématique ou abusive.

- l’aliénation parentale due à une manipulation peut être confondue avec d'autres comportements des enfants.

- une aliénation parentale peut co-exister avec un détachement justifié d’un parent.

- les symptômes habituellement présentés pour diagnostiquer une aliénation parentale semblent avoir été choisis arbitrairement, que ce soit par leur nombre ou leur nature, et ne reposent sur aucune analyse validée,

- aucune étude à ce jour n’a pu évaluer l’efficacité des solutions préconisées par les promoteurs de l’aliénation parentale (visites obligatoires, changement de garde, etc.).