11 novembre 2009
La régulation financière joue l'arlésienne
Au
cas où certains auraient abusé sur les pilules roses, voici une sorte de résumé
d’une étude sur le lobbying anti-réforme dans banques, auprès de la Commission
européenne censée prendre les mesures en matière de régulation financière. Depuis
le début de la crise, outre leurs activités spéculatives traditionnelles, les
banques ont mis le paquet sur le lobbying (mais officieux) auprès, notamment,
de la Commission européenne.
C'est ALTER EU (Alliance for Lobbying Transparency and Ethics Regulation), un
groupe d'information sur le lobbying à Bruxelles, qui met les points sur les
'i': la grande majorité des experts financiers qui conseillent la Commission
européenne représentent des banques et des investisseurs responsables de la
crise économique globale. C'est ce que dit un
rapport intitulé "Une Commission captive".
On sait au vu des textes européens que ladite Commission a une fâcheuse
tendance à prêter une oreille attentive aux lobbies divers et variés. Mais,
surtout ceux des banques (cf. CECA, Marché commun, "concurrence libre et
non faussée", euro etc.).
En
général, les lobbies et autres s’incrustent dans les groupes d’experts que la
commission réunit systématiquement avant de légiférer. Ou alors, ils sont
carrément à l’origine des textes.
En
l'occurrence, il s'agit de peser sur les décisions qui seront prises (ou pas,
du coup), en matière de régulation.
Le système est simple: des "groupes d'experts" (qui pullulent)
conseillent les représentants européens de la Commission en matière de
finances.
Détail
important: les groupes d'experts en question sont largement composés de
personnes issues de l'industrie financière, y compris celle des paradis
fiscaux. Dans les 19 de ces groupes qui conseillent en matière de politique
financière, il y a 229 personnes issues de ladite industrie, contre 150 issues
de la société civile.
Et
c’est pareil dans tous les groupes, en fait. Alter Eu a observé au moins 110
groupes d’experts dans lesquels les représentants du monde des affaires sont le
groupe le plus important, et 40 dans lesquels ils sont plus nombreux que les
représentants de la société civile, les élus, les syndicats etc.

Du coup, pour résumer, les banques fixent elles-mêmes les risques qui leur
conviennent. Comme par hasard, depuis des plombes, la tendance est au laxisme.
Ce qui nous a amené là où on en est aujourd'hui. Mais, bref.
C'est ainsi que, par exemple:
- la
régulation des hedge fund a été confiée à des groupes d'experts qui ont
recommandé de continuer avec la régulation "light" qui a tant
bénéficié à tout le monde...
- les
agences de notation des crédits (qui sont censées évaluer les risques encourus
avec un crédit ou une obligation) ont expliqué à la Commission que des règles
de notation n'étaient pas nécessaires. Pourtant, il est vrai que les notations
excessivement euphoriques desdites agences ont largement contribué à
l'emballement sur les crédits pourris qui a mené à la crise.
On
retrouve donc des personnes représentant de banques telles que Barclays, ABN
Amro, Merrill Lynch, Lloyds, Goldman Sachs, Paribas, BNP… qui ont participé aux
groupes de travail préparatoires au FSAP (Financial Services Action Plan) de la
Commission, censé réguler le secteur financier européen. Sans surprise, les
normes sont un peu moins contraignantes à chaque révision.
Après
avoir établi ces normes, la Commission s’est occupée en 2001 de réformer la
manière dont sont prises les décisions européennes en matière de régulation
financière, afin de les « harmoniser » et de créer un marché commun
des services financiers. Détail significatif : on appelle ça le « Lamfalussy Process »,
du nom du banquier qui a piloté le groupe de travail.
Je vous le donne en mille :
ledit groupe était composé de huit personnes, dont 4 membres de fonds
d’investissement, deux banquiers nationaux, et un du New York Stock Exchange.
A aucun moment du processus de décision,
le Parlement n’est consulté.
Ce sont des groupes comme le Committee of European Banking
Supervisors (CEBS), le Committee of European Insurance and Occupational
Pensions Supervisors (CEIOPS, dont 14 des 17 membres sont liés au secteur
financier privé), et le Committee of
European Securities Regulators (CESR, composé de 13 représentants du secteur
financier privé) qui mettent les réformes sur les rails et les font avancer
jusqu’au bout.
En
pleine crise, le « groupe de Larosière », du nom du leader du groupe1]
qui est aussi conseiller du PDG de BNP Paribas, est mis en place pour
conseiller la Commission sur les moyens de réformer l’industrie financière. La
Commission, fort conciliante (ou confiante, on ne sait trop), a déclaré d’avance
qu’elle serait d’accord avec les conclusions du groupe, histoire de mettre tout
le monde en confiance.
Sur
huit membres, quatre sont liés aux grandes multinationales de la finance
impliquées dans la crise, à savoir Lehman Brothers (représentée par Rainer
Masera), Goldman Sachs (par Otmar Issing), BNP Paribas (de Larosière) et City
group (Onno Ruding). Un cinquième, Callum McCarthy était à la tête de
l’autorité de régulation des Services Financiers anglais., et un autre s’est
déjà affiché par son opposition à toute régulation.
Au
final, au lieu de régulation, on a parlé de mettre en place des
« systèmes d’alerte ». Même Le Monde l’a dit :
« Le groupe d'experts renoncerait, en revanche, à la mise au point de
règles de contrôle uniformes pour l'ensemble des Vingt-Sept, comme le
réclamaient certains Etats ». Et hop, un beau travail de sape de
réussi !
Le
processus normatif : entre initiés
Les
propositions de la Commission en matière financière sont principalement
initiées par la Direction
Générale du Marché Intérieur, dirigée par Charlie Mc Creevy. Cette DG
utilise les expertises de 19 groupes composés de 538 experts. Un seul de ces
groupes a à peu près autant de membres issus des ONG que des entreprises
financières. Au final, 84% des « membres de la société civile »
viennent tout droit de l’industrie financière, en particulier de la Deutsche
Bank, BNP Paribas, la Société Générale et SWIFT, un système d’échanges
européen.
Pourquoi
la crise est elle survenue ? A cause de l’absence de contrôle et de
régulation des activités spéculatives. Alors le citoyen peut
s’interroger : pourquoi a-t-on laissé des margoulins jouer avec des
milliards, sans aucun contrôle ?
Eh
bien, tout simplement parce que ce sont les margoulins en question qui ont fait
les règles en matière de contrôle et de régulation. Conclusion : l’auto
régulation fut un bide. Total.
En
2004, le Basel Committee on Banking Supervision (BCBS), le comité de Bâle,
crée par les gouverneurs des banques centrales d’une dizaine de pays, a élaboré
la norme Basel II ( ou Bâle
II). Le but était officiellement de calculer un standard de cash que les
banques doivent avoir pour assurer leurs énormes crédits. Mais au final, la
norme n’est pas obligatoire…
Bâle
II, évidemment, a été élaborée par les mêmes groupes d’experts que les
« normes » précédentes, si toutefois on peut encore parler de normes,
et le BCBS est composé de représentants des banques centrales et des pays du
G-10.
Bâle
II, donc, permettait aux banques d’évaluer elles-mêmes les risques liés à leurs
investissements, ce qui leur a permis de faire apparaître des actifs toxiques
comme solides. On ne s’étonnera donc pas que Lehman Brothers, par exemple,
était encore notée AAA la veille de sa faillite.
Et
puis, les agences de notation des crédits n’ont pas été regardantes non
plus : normal, elles sont payées par les banques et assurances qu’elles
auditent !
Bâle
II, finalement, préconise que les banques aient dans leurs caisses… 8% du total
des crédits qu’elles ont en cours.
La
Commission européenne, toujours pressée de transposer les pires dérives, s’est
empressée d’inclure Bâle II
dans la « Capital
Requirements Directive », la directive sur l’adéquation des
fonds propres du 14 juin 2006. Précision : une directive n’a pas à être
entérinée par le Parlement. Et deux ans plus tard, à l’aune de la crise, il
faut déjà la réviser. On constate l’efficacité de l’auto régulation, qui
avait pourtant été choisie après moult et moult discussions au cours desquelles
nos pauvres banquiers ont crié au péril de leur profession si jamais on
s’avisait de les réguler nous-mêmes…
Enfin bref, la Commission a aussi réuni ses groupes d’experts,
dont le groupe d’experts bancaires dont 22 des 23 membres sont issus de
l’industrie financière (BNP Paribas, Deutsche Bank, Société Générale, Banco
Bilbao etc.).
Et l’organisme chargé d’élaborer la législation n’était autre que
le Committee on European Banking Supervision (CEBS), dominé comme par hasard
par les représentants des grandes banques, telles que la Credit Suisse, BNP
Paribas, Deutsche Bank, the Dunbar Bank, the Royal Bank of Scotland,
Skandinaviska Enskilda Banken, mais aussi la European Banking Industry
Commission, the Portuguese and Polish Banking Associations, the Spanish
Federation of Savings Banks, and the Danish Bankers Association. Et, sans
surprise, ils n’ont pas recommandé un contrôle externe.
En février 2009, le groupe de Larosière conclut que Basel II « a sous
estimé d’importants risques et a surestimé la capacité des banques de les
supporter ».
Le processus a été le même pour
réguler les hedge fund, les agences de notation de crédit etc. Pour ces
dernières, c’est un groupe d’experts composé de KPMG, Price Waterhouse Coopers,
Deloitte, Ernst & Young et surtout l’European
Round Table qui est si souvent à l’origine des directives de la commission,
qui a travaillé sur la réforme.
Si bien qu’il a été impossible de
créer des standards comptables
pertinents : l’International Accounting Standards Board (IASB) était encore le fruit d’une auto
régulation. Certaines normes, comme IAS 32 et IAS 39, portant sur les fonds propres,
ont d’ailleurs fait l’objet de nombreuses
et vives polémiques.
Les
agences de notation de crédit sont des institutions privées qui analysent et
classifient les risques liés aux différents produits financiers. Le hic :
les spéculateur leur ont fait une confiance aveugle. Le scandale Enron, où on a
vu l’agence d’audit Andersen surnoter la boîte
dont les comptes bidon étaient en réalité dans le rouge depuis des plombes, est révélateur de cette tendance. Au
final l’Etat avait (un peu) resserré la
vis auxdites agences.
En
2004, la Commission consulte le Committee of European Securities Regulators
afin qu’il mette au point un système de régulation. Que fait le CESR en premier
lieu ? Nommer un groupe d’experts. Et pour ceux qui ont suivi, quel est le
point de vue dudit groupe d’experts ? Qu’il n’y a pas besoin de réguler
les agences de notation, pardi !
Tout
ceci, évidemment, est le fruit de longues réflexions menées avec les agences de
crédit et un groupe d’experts du CESR largement composé de banquiers et d’investisseurs2.
Mais deux ans plus tard, avec la crise, un autre groupe d’experts a dit que les
agences de notation étaient en grande partie responsables des dérives du
système qui ont mené au krach. Alors on a fait un
accord sur la régulation des agences de notation (et leur supervision par
un organisme européen), un
peu plus restrictif que les autres.
Alors…
On
pourrait faire la morale et parler du krach de 1929. Faire comprendre qu’il est
temps de prendre les choses
en main. Cet hiver, ils ont été nombreux à s’agiter,
à vanter ce « nouvel
ordre mondial » de la finance, ces sommets où Sarko a dirigé le monde
vers la régulation et la fin des privilèges. Et puis, l’éléphant a accouché d’une
souris. La mauvaise foi est intrinsèque à ce système financier, où les banques
ont tout le pouvoir puisqu’ils tiennent la bourse.
On
aurait pu croire qu’avec la crise, les banquiers et spéculateurs de tout poil
auraient compris qu’il est temps de réformer sérieusement les choses. Sarko s’est
agité tout l’hiver pour réformer la finance mondiale, paraît-il, et les médias
français n’ont pas manqué d’applaudir (on a eu droit à des titres tels que « Sarkozy
a transcendé les écarts sur la régulation » ou « Accord
historique au G 20 », etc»…).
En
fait –qui s’en serait douté ?- rien n’a changé, non rien de rien.
Prenons
juste un exemple : au G 20, en fait, il a surtout été question de ne rien
changer3].
Et les quelques timides décisions qui ont été prisses n’ont toujours amené aucune
réforme, six mois après. On a parlé d’un nouveau monde, ou presque, mais de quelles
mesures s’agit-il ?
- augmentation
des
pouvoirs et des fonds du FMI (quant à la « réforme » annoncée, je
me demande de quoi il s’agit : le fonctionnement et les principes sont les
mêmes, les Etats-Unis ont toujours un droit de veto avec 17% des voix, les
conditions des prêts n’ont pas changé non plus)
- fixation
presque maniaque sur les rémunérations des traders. Ce qui, en plus d’être
accessoire, n’a servi à rien,
- pseudo
contraintes à quelques paradis
fiscaux, mais en effet quand on sait que BNP Paribas, par exemple, a 189
filiales dans des paradis fiscaux, on comprend que les mesures n’aient pas
été contraignantes là non plus4] ;
- « maintien
des
politiques expansionnistes » pilotées par les banques centrales et ce « d'une
manière compatible avec la stabilité des prix » (c’est-à-dire qu’il
faut limiter l’inflation, donc les salaires, selon la logiques desdites banques
centrales)
- « renforcement »
de la coopération internationale pour établir des systèmes d’alerte précoces en
cas de crise. Bonne idée, mais comment ? Avec quels instruments ? Quelle
autorité ? Quels pouvoirs ?
- reconnaissance
de la nécessité d’améliorer les normes comptables. Super, et après ?
Au
final, on a continué avec exactement les mêmes acteurs, les mêmes règles et le
même système. On a endormi l’opinion publique avec des titres grandiloquents et
des discours, mais rien ne se passe.
Ah,
si. En fait, les banques ont recommencé à spéculer sur des produits toxiques, les
agences de notation à fermer les yeux, et les contribuables ont mis des
milliards sur la table5].
Pour
en finir avec toutes ces conneries, appelons un chat un chat, il serait temps
de réformer -pour faire rapide- les banques centrales et le système d’émission
du crédit (donc, de la monnaie). Il fut un temps où ce pouvoir appartenait au
roi, dans la mesure où il n’avait pas besoin de fonds des banquiers, puis
Napoléon a transmis ce pouvoir aux banquiers à peine 12
ans après la révolution.
Mais
au final, qui s’enrichit quand l’Etat s’endette ? Qui s’enrichit quand les
ménages s’endettent ? Quand il y a une guerre ? Quand on brade le patrimoine
de l’Etat ? Quand les actionnaires s’engraissent ?
Au
lieu de faire du replâtrage d’amateur, autant « réformer le capitalisme »,
comme ils disaient, et réviser tout le système. Parce que depuis que le
capitalisme existe, les krachs se sont succédés et les avancées sociales sont
toujours restées limitées. Question de répartition…
[1] Pour qui la crise est due
aux taux d’intérêt trop bas de la
Réserve Fédérale US, plus qu’aux dérives du système financier et de la
spéculation, couplée avec une politique d’austérité salariale qui pousse les
gens à s’endetter pour consommer. Il a beau jeu, aujourd’hui, de
prôner une régulation qu’il n’a pas préconisée quelques temps plus tôt.
[2] Tels que Banco
Comercial Português, Centrobanca, Deutsche Bank, AXA Investment Managers, Euroclear
Bank, BNP Paribas, Spanish Association of Investment and Pension Funds (INVERCO)
[3] Ce qui ‘na pas empêché Sarko de déclarer que les
résultats du G 20 étaient « au-delà
de ce que nous pouvions imaginer » et que « Contrôler les
fonds spéculatifs ne crée pas d’emplois dans l’industrie française du textile,
mais tourne la page de la folie de toutes ces années de dérégulation ».
[4] On se rappelle que même pour établir la liste des
paradis fiscaux, il y a eu plusieurs
mois de négociation
[5] 11.000 milliards de dollars aux Etats-Unis, notamment
12 septembre 2009
Quand l’absence d’humanité devient un mode de management
<p>France Télécom</p>
« France
Télécom, ce n’est décidément plus ce que c’était », voilà le constat qui
revient dans les bouche des consommateurs (ex usagers) mais aussi des salariés
du groupe. Depuis bientôt une dizaine d’années, en effet, la réorganisation est
en cours. Ancienne entreprise publique, dans laquelle l’Etat reste encore le
plus gros actionnaire avec 26% environ (contre 64% avant 2000), mais près de
70% du capital (soit 1. 381 millions d’actions) est détenu par un certain « public »
(cf. p 245) dont il est difficile de savoir qui se cache derrière. L’opacité en
ce qui concerne l’actionnariat individuel de France Télécom est d‘ailleurs
assez particulière. Enfin bref, cette entreprise, qu’on a dit à l’époque la
plus endettée de France histoire de justifier la privatisation, vit depuis
quelques années sa période noire en ce qui concerne la « gestion du
personnel », comme disent ces messieurs dames des RH (enfin ceux qui
retsent).
Un
« changement de culture » radical
Bref,
oui, en devenant une bête entreprise privée, FT a comme disent certains « changé
de culture », et les
salariés ont du comprendre que désormais, la qualité
du service passait après l’impératif de rentabilité à court terme (pour
satisfaire des actionnaires qui spéculent plus qu’ils n’investissent). En
dehors de cela, il a fallu « réorganiser ». N’importe quel salarié
vous dira que FT a toujours été un chantier perpétuel. Mais avant, au moins, « on
savait où on allait ».
Ce
changement de culture a pris une forte accélération avec l’arrivée de Thierry Breton, un
ancien de Thomson, puis conseiller de la banque Rothschild, puis PDG d’Atos, à
la tête de la boîte de 2002 à 2005. Au passage, celui-ci a réussi à augmenter
son salaire de manière conséquente au moment où, un peu comme sarkoléon, il
demandait aux autres de se serrer la ceinture.
Le
management
à la « pression » a alors démarré afin de « redresser »
l’entreprise, c’est-à-dire en augmenter le capital afin de la rendre plus
alléchante pour les actionnaires. Breton voulait donc de « fortes améliorations des
performances opérationnelles», ce qui veut dire réduire les coûts au maximum,
l’œil rivé sur la colonne « débit » de la comptabilité. Des
consultants sont venus dire comment faire des économies, et on a donc remplacé
les gens des ressources humaines par des comptables, dont le seul objectif
était de réduire les coûts. Désormais l’avancement se ferait en fonction des
réductions de coûts, voire des gains dégagés. Breton l’a dit lui-même : il
allait mettre l’entreprise « sous pression ».
Il
avait à cet effet mis en oeuvre le « programme Top » (sic.) :
40 grands chantiers destinés à réduire la dette de FTde
15 milliards d’euros.
35 à 40% des « économies » devant concerner les « coûts
opérationnels », et les effectifs ont commencé à baisser (moins 5% des effectifs en 2002
déjà, moins 40% d’emplois en CDD et moins 30% pour l’intérim, avec en revanche
+ 17% d’accidents de travail et sur le trajet. En 2007, 17.000
emplois ont encore été supprimés). En quelques années, 70.000 salariés ont
disparu, en laissant encore 100.000 sur le territoire pressurés et stressés
comme rarement cela se voit dans une entreprise :on comptait environ
170.000 salariés en France en 2000, 125.000 en 2004, et 100.000 aujorud’hui. On
a donc réorganisé
sec, à FT.
Réorganisation
permanente et incertitudes
Comme
par hasard, après les derniers suicides de salariés (qui sont intervenus après
que les personnes aient appris une nouvelle concernant cette « réorganisation »
permanente de FT), la direction a décidé de bloquer
lesdites réorganisations et des mutations forcées jusqu’au 31 octobre, un
sursis pour beaucoup d’employés de FT. Car la stratégie est de mettre les gens
dans l’incertitude la plus complète : « personne, à FT, ne sait où
il sera ni ce qu’il fera dans trois mois », explique un salarié du
groupe, « ils peuvent très bien supprimer le service, ou juste ton
poste, ou décider de te muter ou de te renvoyer… »
Les
suppressions de postes à FT correspondent à des activités qui, le plus souvent,
ont été sous-traitées. C’est ainsi que les travailleurs de FT se retrouvent
avec des collaborateurs indiens ou égyptiens qui ne connaissent pas le métier
et sont donc moins efficaces, et qui, d’autre part, ont l’inconvénient d’être
loin, ce qui fait prendre des jours à des procédures simples qui auparavant
prenaient quelques heures voire quelques minutes. De ce fait, le travail se
complique et le stress augmente surtout si l’on tient compte de l’ambiance
détestable dans l’entreprise. Ainsi, de nombreux métiers techniques sont
externalisés, ceux qui restent en France devant changer de métier au sein de FT,
parfois en trouvant seuls où se recaser.
Les
résultats purement économiques de FT semblent, en tout cas, montrer que cette
manière de faire est la bonne : les comptes se sont redressés, la dette a
été colmatée, et le bénéfice (la fameuse marge brute opérationnelle) du groupe
a atteint 35,6%
de son chiffre d’affaires en 2008 (qui était de 53,5 milliards d’euros, une
paille), contre
36,3% en 2007. Mais les miracles de la comptabilité ne peuvent dissimuler
le caractère relativement improductif de ces bénéfices : en 2007, pas
moins de 53,7% desdits bénéfices ont été reversés
aux actionnaires, ce qui avait tout de même fait gagner 900 millions à l’Etat.
Il s’agira probablement de presser le citron jusqu’au bout avant de se retirer.
Ce
ne sont donc pas les actionnaires qui remettront en cause la gestion actuelle
de FT. Cependant, il faut bien le dire, il est dans l’air du temps de ne se
préoccuper que de bénéfice à court terme, sans tenir compte des aspects humains
dans le travail, sans même d’ailleurs se rendre compte que ce sont des humains
qui travaillent. Car il semble que le phénomène des suicides au travail soit
apparu ces dix ou quinze
dernières années, en même temps que la mondialisation et l’avènement de l’ultra
libéralisme.
Là
où la chose est dramatique (je finis ma parenthèse là-dessus) c’est quand ce
sont des gens, des salariés normaux avec un salaire normal, qui se mettent à
spéculer et qui deviennent responsables, d’une certaine manière, de leur propre
licenciement dans le cadre de ce type de restructuration. Passons…
Une
stratégie d’entreprise
En
un an, 23 salariés du groupe se sont donné la mort, et cinq depuis le début de
l’été, pour des raisons en
partie
au moins liées à leur travail. L’un d’eux était encore en ligne avec
son délégué syndical quand le train est passé. Pourquoi en arrive-t-on à cette
extrémité ? Pourquoi sauter par la fenêtre à cause d’une réorganisation
des services, devenue chose banale à FT ?
Les
syndicats du groupe dénoncent depuis longtemps déjà la dérive sérieuse du « management
à la pression » instauré depuis longtemps aussi, mais qui s’est fortement
accentué sous Breton. Un salarié qui s’est suicidé en juillet avait dénoncé
quant à lui le « management
par la terreur » qui règne à FT.
Car
la réorganisation, c’est quoi ? Mutations
forcées (« votre poste est supprimé, la seule place libre est à 400 kilomètres »),
parfois fréquentes et souvent pour des postes inférieurs, histoire de pousser
les gens à partir, réorganisations
permanentes des services, course au rendement, pressions des RH pour vous
montrer la porte de sortie (par exemple en envoyant chaque semaine une liste de
jobs dans la fonction publique, et
malheur à qui cliquera dessus : il sera identifié par les RH comme
candidat au départ), obligation de changer de métier (il y aurait ainsi eu
70.000 changements de métier en cinq ans à FT, pas mal pour des « fonctionnaires »
forcément encroûtés dans leur train-train), entretiens individuels réguliers et
infantilisants, objectifs irréalistes, heures sup non payées, isolement
dans le travail et donc d’avec ses collègues, pressions diverses et variées
(par exemple exiger que les gens demandent la permission au responsable pour
aller aux toilettes,
Pour
certains cadres, la rémunération dépend pour moitié des réductions d’effectifs
qu’ils seront capables de faire. Et dans deux ou trois ans, on changera de
cadre…
Des
médecins du travail de FT auraient même démissionné parce que la direction du
groupe ne tenait aucun compte de leurs rapports de plus en plus alarmants sur
la santé morale notamment des salariés.
Suite
à ces suicides, la direction de FT a dit qu’ils allaient embaucher 100
personnes aux RH (des RH « de proximité », ce qui est le but 1er
des RH en principe), mais c’est après avoir viré, depuis trois ou quatre ans,
quasiment tous les salariés des ressources humaines de France Télécom. C’est
comme cela qu’à Rennes, par exemple, il n’y a aujourd’hui personne aux RH pour
un bon millier de salariés. Tout a été centralisé à Paris, où en fait de RH ce
sont des comptables qui mènent la danse.
FT,
finalement, révèle ce qu’est notre époque. Avec les nouvelles valeurs de la
mondialisation et du grand « défi » de la concurrence mondiale que
nous rabâchent les politiques nationaux et internationaux, mais aussi nos patrons,
la préoccupation n’est plus l’humain mais ce qu’il vaut dans ce bordel qu’est
le monde mondialisé actuel. En tant qu’être humain, avec sa vie, ses rêves, ses
valeurs, ses envies, on peut effectivement se sentir vite à l’étroit dans cet « environnement
concurrentiel » qui n’apporte rien de bon à personne.
On
peut effectivement, quand on est entré à FT à l’époque du service public, quand
la satisfaction des clients et le travail bien faits étaient des valeurs d’entreprise,
se demander à quoi ça sert de travailler d’une manière si incohérente, sans
savoir où on va, dans une entreprise dont on ne partage pas la seule valeur qui
est la course au profit à court terme.
C’est
la question d’une génération entière de travailleurs, coincés entre ce qu’on
leur demande de faire et leurs principes moraux.

19 janvier 2009
Plans de relance (bis)
Presque tous les Etats sont en train, ô surprise !, de préparer ou de lancer un deuxième « plan de relance ». Evidemment, il ne s’agit pas de soutenir la consommation, ni les salaires d’ailleurs, mais les banques et les grosses entreprises. A quand le troisième plan de relance ?
L’Allemagne, la Grande Bretagne, les Etats-Unis, la France n’ont pas hésiter à filer des milliards au banques, en
août 2007, puis en août, septembre et octobre 2008. Les banques, on le sait bien aujourd’hui, se sont contentées d’empocher l’oseille sans faciliter pour autant l’accès au crédit des ménages et des PME, bien au contraire.
Alors forcément, ça coince.
Si bien qu’aujourd’hui, les deuxièmes « plans de relance » sont sur les rails. Sans surprise, il n’est jamais question de réévaluer les salaires en général, ni même les salaires les plus bas. Normal, les entreprises, comme la BCE, le FMI et consorts cherchent surtout à compresser lesdits salaires (ou ce qu’il en reste).
En Allemagne, où la récession est bien installée, on table sur des baisses d’impôts et de cotisations, ce qui fait autant de marge en manœuvre en moins pour l’Etat, qui perd des recettes fiscales conséquentes. L’Etat s’endette donc (50 milliards d’euros cette fois-ci, amenant le déficit à 4% du PIB), pour le plus grand profit des banques actionnaires de la Deutsche Bank, privée comme toutes les banques centrales.
En Angleterre, idem : après 37 milliards de livres injectées dans les banques, le gouvernement espère « renforcer la stabilité du système financier, accroître la confiance et la capacité à prêter et enfin soutenir la reprise de l'économie ». Rien pour les salariés, donc, mais a priori ledit plan visera aussi à garantir les actifs pourris de certaines banques, soi-disant pour assurer les emprunts de la population, comme d’habitude. La BBC parle de 100 milliards d’euros d’actifs pourris, d’autres experts évoquent le double, ce qui promet quelques déficits pour l’Etat anglais en 2009.
L’Etat a l’intention de monter dans le capital de la banque RBS en partie publique désormais, passant de 58 à 70%. Il va même garantir les produits ABS, issus de ce qu’on appelle la titrisation des crédits subprime. Pour un pays qui a connu Thatcher, Major et Blair, ce virage vers l’interventionnisme est tout de même à noter.
Obama lui aussi prépare un deuxième plan de relance, avec déjà 20 milliards de dollars pour la Bank of America, en grande partie nationalisée elle aussi, ses actifs étant quant à eux garantis pour 118 milliards par l’Etat. Le nouveau plan pourrait s’élever à 825 milliards de dollars, rien de moins, dont 275 millions de baisses d’impôts (ou 310 milliards selon les sources) pour la classe moyenne et les entreprises essentiellement. Pour les pauvres, rien apparemment.
En France, Sarko est lui aussi obligé, après un premier plan aussi « massif » qu’inefficace, de penser à en lancer un second. D’ailleurs, le premier n’était même pas lancé qu’on planchait déjà sur le suivant, preuve que la confiance était loin de régner déjà à l’époque. Et il veut tellement qu’on relance l’économie qu’il a crée un « ministre de la relance » doté d’un budget dérisoire de 26 milliards d’euros, dont on espère qu’il sera plus efficace que la secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme, autre poste fantoche avec la prospective etc.
Par exemple, l’Etat avait prévu 22 milliards pour faciliter l’accès des PME au crédit, mais les PME n’en ont toujours pas vu la couleur… Normal, les banques ont encaissé, et utilisé le pognon pour compenser les pertes gigantesques qu’elles cherchent à dissimuler. Et puis il ne faut pas oublier les multinationales de l'automobile, pour lesquelles Sarko prévoit rien de moins que des Etats Généraux pour "sauver" le secteur: d'après le Figaro, Sarko veut même que les contribuables entrent dans le capital des multis en difficulté. Comme aux Etats Unis avec le plan Bush, après les banques, place à l'automobile. Malgré le fait que les syndicats dénoncent les plans de restructuration entrepris par le secteur automobile bien avant la crise, restructurations cautionnées de fait par l'Etat.
Et on recommence : Sarko l’a dit pour lui la relance ne passe pas par la consommation mais par l’investissement, alors on va encore aligner pour les banques puisque ce sont elles, n’est-ce-pas, qui sont censées soutenir ledit investissement. CQFD.
Mais pour ne pas affoler le chaland, on ne veut pas parler d’un deuxième plan même si on sait que le premier ne servira à rien.
Voilà donc où nous en sommes aujourd’hui. Après deux ans à s’enfoncer dans la crise, des plan de replâtrage
décidés extrêmement tardivement n’ont servi à rien, si ce n’ets éviter que certaines banques coulent trop vite.
Dans les années 30, qui ont suivi le krach de 1929, les gouvernements ont alterné (même à la fin du Front Populaire) les mesures d’austérité, les mesures déflationnistes et la pression sur les salaires, ce qui n’a pas suffi à remettre les économies dans le vert. Les gouvernements ont « valsé » pendant deux décennies, mettant à mal la IIIème République, et le fascisme remontait en même temps que le chômage explosait. Rien n’a pu enrayer le marasme. A tel point qu’il a fallu une guerre pour que les industriels et les banques parviennent à se renflouer. Qu’en sera-t-il à l’aube du XXIème siècle ?
02 décembre 2008
Commission européenne: le statu quo
En pleine crise économique, la Commission Européenne reste inflexible. Pas de déficit, pas de renflouement des banques, pas de solution non plus à vrai dire. A l’horizon, un vague problème de crédibilité…
On
connaît le credo de Maastricht dit le « pacte de stabilité » :
un déficit inférieur
à 3% du PIB, quoi qu’il advienne.
Et une dette publique
inférieure à 60% du PIB. La logique est simple : l’Etat ne doit pas vivre
à crédit, ce qui pourrait être une louable intention si toutefois le même
traité n’obligeait pas l’Etat à vendre ses services publics au plus offrant et
à mener des politiques de rigueur voire d’austérité afin d’équilibrer les
comptes. Lesdites politiques de rigueur, on les connaît aussi trop bien. En
temps de crise ou pas, on nous a expliqué depuis des années qu’il faut
« faire des sacrifices ». Si bien qu’aujourd’hui, en pleine
récession, on se demande si on a un jour connu une période de prospérité.
La
Commission, donc, n’en démord
pas : il faut que la France rentre
dans le rang et ramène son déficit sous la barre des 3% du PIB, quand on
s’attend à un déficit à
3,8% en 2009. Pareil pour l’Irlande,
en plein marasme, pour l’Italie et tous les autres.
Almunia
et Barroso, les prêtres du néo libéralisme à l’européenne, continuent sans
relâche à marteler leur slogan à des pays de plus en plus incapables de payer
les frais courants. Que faut-il faire alors ?
Ce
ne sera évidemment pas une baisse
de la TVA, ni une augmentation des investissements. Ni le remplissage
des caisses des banques. Mais alors quoi ? Même le journal de Serge
Dassault, qui véhicule des « idées saines », critique
l’inaction et l’inefficacité de la commission et de son Chef, Barroso. Mais
où va-t-on ?
Certes,
il y a bien ce « plan
de relance » déjà contesté par Sarko (entre autres) dans le système,
mais si la commission s’entête avec les politiques qui nous ont permis d’en
arriver là, nous avons fort peu de chances de sortir de la récession dans un
avenir proche. Pour ne pas être mauvaise langue, on peut noter l’effort extrême
de la Commission, qui recommande « d'augmenter temporairement les
allocations chômage ou d'en allonger momentanément la durée » ainsi que « baisser la taxation des bas
salaires et de réduire les cotisations salariés ou employeurs sur les revenus
les plus faibles », ce qui il faut bien le dire est une première.
Mais
si la politique depuis 50 ans avait été de favoriser les salaires, et en
particulier les plus bas, nous n’en serions probablement pas à un tel niveau
d’étranglement économique. Les ménages sont en effet de plus en plus nombreux à
ne plus avoir aucune marge de manœuvre, voire à être complètement endettés.
Le
plan prévoit aussi de soutenir l’immobilier et l’automobile, deux secteurs à
forte main d’œuvre qui prennent la crise de plein fouet. Mais au lieu d’engager
des politiques de grands travaux ou de préparer la reconversion des employés, on va prêter aux
multinationales pour qu’elles « innovent ».
Au
passage, on augmente aussi le budget européen, de 1 à 1,5%
du PIB total des 27.
Barroso
voudrait aussi que la BCE (la banque centrale européenne) baisse
ses taux d’intérêt, histoire qu’on dépense au lieu d’épargner, ce qui est
une tendance logique des ménages en temps de crise. Pourtant, on est déjà passé
de 4,24% à 3,25% en l’espace de quelques mois. De plus, l’absence de
concertation entre les 27 Etats membres risque de rendre assez contre
productive l’essai pour relancer l’économie.
Au
final, eh bien pas
grand chose. L’Europe, qui depuis 60 ans n’a qu’un rôle économique,
n’assure même pas dans son domaine de prédilection. On nous a vanté une
« Europe solide » etc. , on nous a fait passer des traités néo
libéraux donnant toujours plus de pouvoir à quelques gugusses à la commission
et toujours moins aux peuples, quitte à imposer par la force les traités les
plus iniques, tout cela pour en arriver à ce néant aujourd’hui. Diantre, mais
quelle efficacité !
03 novembre 2008
Krach: un malencontreux hasard?
On en avait déjà parlé récemment: la crise n'est pas une calamité pour tout le monde. Loin de là, même. Aujourd'hui, on s'aperçoit qu'un mouvement de concentration des banques est en cours, au profit de certaines d'entre elles. Comme par hasard, les milliards des contribuables injectés danse certaines banques servent à ces rachats, de banques qui, elles, n'ont pas eu de milliards. En gros: on se moquerait du chaland, les choses ne se passeraient pas autrement.
Le foutage de gueule (appelons un chat un chat, pour une fois dans cette crise) est tel que même le New York Times
dénonce le gâchis des fonds publics et la malhonnêteté des dirigeants politiques qui ont justifié ces dons de milliards par la necéssité de relancer les crédits octroyés par les banques. De quoi s'agit-il? Du fait que les milliards (250 milliards au final) injectés dans les banques n'ont pas pour but de développer le crédit.
Non, il s'agirait davantage de consolider certaines banques en leur permettant d'en racheter d'autres. Un exemple: quand l'Etat donner 25 milliards de dollars à JP Morgan, qui rachète Bear Sterns ou Washington Mutual qui bien sur n'ont pas bénéficié du "plan Paulson" (secrétaire US aux Finances et ancien co-président de Goldman Sachs, la banque de Rockefeller).
On peut encore noter, au passage, que depuis ledit plan l'économie US ne va certes pas mieux. Mais comment les choses auraient-elles pu être différentes avec un plan aussi bâclé, qui n'engage en rien les banques? Les milliards de cette année n'ont pas davantage servi l'économie réelle que les milliards injectés l'été dernier.
Ce n'est pas la peine de revenir sur les krachs de 1907 (qu'on a même appelée la "panique des banquiers") et 1929, ni sur les suivants, qui ont toujours les mêmes causes pour les mêmes conséquences. A savoir: d'intenses mouvements spéculatifs avant une contraction rapide du marché (à cause d'une augmentation des taux d'intérêt et/ ou de reventes massives d'actions sur les marchés financiers), qui ont pour conséquence un bon gros krach, et de nombreuses faillites. Il ne reste alors plus qu'à mettre la main sur les banques les plus faibles avec (ou parfois aussi sans) l'argent des contribuables. Ces mêmes contribuables qui se retrouvent au chômage voire à la rue, et sans un rond évidemment.
Ce n'est pas non plus la peine de revenir sur ce que sont les banques centrales, et où est leur intérêt, il est désormais connu que ces banques, qui émettent la monnaie et décident de débloquer ou non le crédit, sont des établissements privés appartenant aux grandes banques. Leur intérêt est donc logique: encaisser du cash. Quitte à pousser tout le monde à s'endetter, comme on l'a vu et comme on le constate aujourd'hui.
Le mouvement, donc, est toujours le même. Et les gesticulations de Sarko n'y changent évidemment rien, au contraire.
Toujours le même processus
Alors soyons clair, pour une fois: si cette crise n'a pas été créée de toutes pièces, ce serait déjà la première fois, et ensuite ça n'y ressemble absolument pas. De nombreux commentateurs dénoncent déjà le système imparable qui nous a amenés à la catastrophe, lentement mais sûrement, depuis 3 ou 4 ans.
Il faudrait même être aveugle, ou profondément débile, pour ne pas être amené à se poser quelques questions sur le processus en cours dans le monde bancaire et financier.
Que penser d'un Greenspan patron de la Réserve Fédérale, chantre des politiques néo libérales, qui incitait les ménages à l'endettement, et même au surendettement, avant de faire brusquement augmenter les taux d'intéret de 1 à 5% en quelques mois en 2005, contractant ainsi l'économie ? Ce qui ne l'a pas empêché de "prédire" en septembre 2007 que les prix de l'immobilier allaient baisser, et que donc les gens ne pourraient plus revendre leur maison à un prix qui leur permette de rembourser les crédits subprime pourris qu'il avait tant développés depuis quelques années. Celui qui parle aujourd'hui de "la pire crise depuis 50 ans" était pourtant l'un des seuls à pouvoir la prévoir et l'empêcher, ou du moins en limiter les effets. Aujourd'hui, Greenspan a beau jeu de parler d' "autorégulation" du marché: il sait que ça ne sert à rien.
Depuis des décennies, on enchaîne les récessions, les périodes où il "faut se serrer la ceinture", et les krachs. Jamais depuis 40 ans il n'y a eu de retombées favorables pour les travailleurs à qui on dit pourtant aujourd'hui que "c'est la crise". Ah bon, mais n'a t-on pas toujours été en crise?
Bref, le mot d'ordre semble être de ne surtout rien faire. Parce que malgré les discours péremptoires des "experts" de la finance, certains avaient déjà analysé depuis longtemps les mécanismes de la crise, et savaient donc que le krach était imminent. D'ailleurs, même des non spécialistes le savaient.
Les étapes? Chute des prix de l'immobilier (nous en sommes à environ 30% dans les zones US les plus touchées) entraînant d'importantes pertes dans les emprunts subprime (normal, la plupart de ces emprunts ont été octroyés à des ménages non solvables, car on comptait sur les 15% de hausse annuelle des prix de l'immobilier). on en arrive à l'étape 3: les autres types de crédit (comme ceux à la consommation) non solvables sont touchés.
Evidemment, les banques les plus faibles et qui ont octroyé trop de crédits pourris sont en faillite. C'est là qu'intervient un magnifique produit financier: les LBO, qui permettent de racheter une entreprise à crédit, mais en mettant ledit crédit à la charge de l'entreprise qu'on souhaite racheter (et on espère créer de la valeur en limitant les coûts de l'entreprise rachetée, donc en virant des salariés ou en limitant l'investissement au profit des actionnaires). Il s'agit ni plus ni moins de vent, sans aucune valeur en cas de crise. Ces LBO dont on savait depuis longtemps qu'ils pourrissaient encore plus le système, se cassent donc eux aussi la figure. De nombreuses banques et donc des entreprises se retrouvent alors très vite à court de liquidités. La suite, on la connait par coeur.
Les Etats, les communes, se retrouvent aussi avec des finances au plus bas. Et ca ne s'arrangera pas, puisque nous
sommes obligés de creuser les déficits pour renflouer les caisses des banques, voire les nationaliser (avant probablement de les revendre à prix bradés comme EDF ou les autoroutes dès qu'elles seront renflouées). Sans surprise, le contribuable est de nouveau sollicité, pendant que les gros poissons du monde de la finance encaissent tranquillement les intérêts.
05 octobre 2008
Crise: qui profite, qui paie?
Comme lors de chaque crise, le désastre profite à quelques uns pendant que les contribuables doivent éponger les dettes. Ce sont toujours les mêmes qui tirent bénéfice de ces crises, d'ailleurs: les plus grosses banques, celles qui ont survécu aux crises successives et qui aujourd'hui rachètent les concurrents à bas prix.
Aujourd'hui, scandale: on soupçonne la banque JP Morgan d'avoir précipité par le fond la banque Lehman Brothers.
Depuis quelques mois, le FBI enquête sur certaines faillites jugées un peu rapides. 26 entreprises US de Wall Street sont donc passées au crible, à l'instar de Fannie Mae, Freddie Mac, Lehman Brothers et AIG,ces banques qui, à cause de leur faillite, ont entraîné le fameux plan de 700 milliards de dollars pour racheter les actions les plus pourries de ces "grandes" banques d'affaires. Que recherche t-on? Des fraudes, pardi. Des dissimulations comptables, des comptes off shore, les mics-macs habituels en somme.
La Securities and Exchange Commission (censée surveiller la bourse US) se demande par exemple si certains fonds spéculatifs n'auraient pas manipulé à la baisse le cours des "credit default swaps" (des actions portant sur des sortes d'assurances sur les crédits hypthécaires, que l' "acheteur" n'est pas obligé de payer intégralement, mais sur lesquels il peut toucher des bénéfices quand même!), notemment les actions de banques comme Lehman Brothers, Merryl Lynch, Morgan Stanley ou l'assureur AIG.
On se demande aussi, par exemple, si JP Morgan n'aurait pas gelé 17 milliards de dollars de liquidités appartenant à Lehman Brothers, qui a -forcément- coulé deux jours plus tard. C'est du moins ce que mentionnent des documents remis au tribunal des faillites par les plus gros créanciers de Lehman, qui accusent JP Morgan d'avoir coulé Lehman.
Le Sunday Times, qui a sorti l'info, considère que la chute de Lehman a été la conséquence la plus importante de la crise financière, et qu'elle a engendré des "effets inattendus" car la plupart des grandes entreprises de Wall Street ainsi que les poids lourds de la finance mondiale sont d'importants créditeurs de Lehman. Par effet de dominos, beaucoup de banques ont ensuite été davantage fragilisées.
Noton au passage que JP Morgan avait déjà racheté en mars Bear Stearns (ex 5ème banque d'investissement US), pour un montant dérisoire: 236 millions de dollars et l'équivalent de 2 dollars paraction , alors que le dernier cours connu était à 30 dollars. Elle récemment racheté Washington Mutuals (première caisse d'épargne US) pour 1,9 milliard de dollars...
BNP Paribas aussi surfe sur la vague, en venant de s'offrir les activités belges et luxembourgeoises de Fortis pour 14,5 milliards d'euros. Comme ça, BNP devient rien moins que la première banque de dépôt de la zone euro!
A côté de cela, d'autres alignent les euros (ou les dollars), puisqu'une partie des banques (celles dont les comptes sont les plus plombés) ont été simplement nationalisées, en vertu du vieil adage libéral: privatisons les profits, nationalisons les pertes! La Northern Bank anglaise, par exemple, qui a refourgué ses actions pourries aux contribuables, ce qui a occasionné la première nationalisation en Angleterre depuis l'ère Thatcher. Evidemment: ceux qui voulaient reprendre, comme Virgin, ne proposaient pas assez! Les banques belges Fortis et Dexia ont failli y passer complètement. Mais déjà, Dexia n'est sauvée que grâce à l'apport de 3 milliards d'euros par les contribuables français, 2 milliards de la Caisse des dépôts et consignations et encore d'autres milliards des contribuables belges. Et encore, si les clients de Dexia continuent à retirer leurs économies (ils ont retiré 100 millions d'euros en une semaine, mais chut!), la banque risque de n'être pas sortie d'affaire avant un moment.
Même scénario pour Fennie Mae et Freddie Mac, qui devaient (en principe) garantir à elles deux plus de la moitié des prêts hypothécaires américains, soit autour de 5.000 milliards de dollars. Autrement dit, pour assurer les créances douteuses de ces banques, il faudrait aligner quelques centaines de milliards. Surtout qu'à l'heure actuelle, 9% des propriétaires endettés n'arrivent plus à rembourser leur emprunt. Alors ce sont les américains qui vont payer, pour environ 100 milliards de dollars par banque, et qui devront éponger les 1000 et quelque milliards de dettes desdites banques.
Pendant ce temps, des pays comme l'Angleterre, ont déjà plafonné l'épargne garantie en cas de faillite d'une banque. Ainsi, celui qui a épargné dans une banque en faillite pourra récupérer au maximum 50.000€ (au lieu de 35.000€ il y a encore une semaine), et les Etats Unis débloquent royalement 700 milliards de dollars pour renflouer les caisses de banques qui avaient juste beaucoup déliré avec leurs actions pourries.
Et c'est fort probablement à perte, car si on veut assainir le marché, comme ils disent, il faudra liquider les actions pourries que l'Etat a achetées. Ou alors, l'Etat essaie de les revendre et on continue à faire circuler desdites actions pourries sur les marchés, avec les conséquences qu'on connaît.
La crise, donc, comme chaque fois, va engendrer davantage de concentration dans le monde de la finance et de la grande banque. Les plus gros mangeront les plus petits, même si à la fin on retrouve le système économique mondial entre les mains de quelques banques quasi monopolistiques, avec les conséquences habituelles sur la régulation. Car, il s'agira alors d'autorégulation bien plus que de régulation, n'est-ce-pas...
24 septembre 2008
Bientôt une "organisation mondiale de la finance"?
La crise qui n’existait pas l’été dernier nous frappe aujourd’hui de plein fouet. Qu’a t-on fait depuis le krach de 1929 pour réguler les excès des spéculateurs et de la haute finance ? Absolument rien. Aujourd’hui, de savants économistes nous vantent les mérites d’un bon krach, pour que tout revienne à la normale, comme par enchantement. D’autres nous parlent déjà d’une « organisation mondiale de la finance »…
Sarkozy, lundi, réclamait devant l’ONU des « sanctions » contre ceux qui selon lui sont « responsables du désastre ». C’est un peu osé, puisque cette crise est liée à l’excès de prêts hypothécaires, que le même Sarko préconisait encore de développer pendant la campagne électorale, alors que les subprime (les crédits hypothécaires en question) commençaient à faire chuter sérieusement l’économie US. Car il l’a dit été répété : « une économie qui ne s'endette pas suffisamment, c'est une économie qui ne croit pas en l'avenir, qui doute de ses atouts, qui a peur du lendemain. C'est pour cette raison que je souhaite développer le crédit hypothécaire pour les ménages et que l'Etat intervienne pour garantir l'accès au crédit des personnes malades. » Outre l’inconséquence de tels propos alors que la crise subprime se déclenchait, on ne peut que relever l’extrême mauvaise foi de celui qui est hélas notre Président . A la tribune de l’ONU, l’irascible ( qui a étrangement reçu le prix d’ « homme d’Etat de l’année » des mains d’un rabbin US) a parlé de « reconstruire un capitalisme nouveau et régulé»
C’est
marrant, on avait déjà entendu ça au début du XXème siècle. Quand, juste après
une crise financière liée à un excès de spéculation (comme d’habitude)
et au retrait massif des grandes banques des marchés financiers, des banquiers
(dont JP Morgan, puis James Warburg, Rockefeller etc.) ont crée le système de
la Réserve Fédérale,
qui pouvait émettre la monnaie à la place du Congrès américain et dont le
fonctionnement est pour le moins opaque. Ce n’était rien moins qu’une usurpation.
En même temps, on a obligé les gens à revendre leur or à ladite Réserve Fédérale,
quitte à en interdire purement et simplement la possession, et on a crée
l’impôt sur le revenu, histoire de remplir les caisses. Depuis, la FED n’a
jamais empêché un e seule crise, bien au contraire.
Car, la crise subprime est due à un excès de crédits hypothécaires pourris, mais ce qui a tout déclenché est la forte augmentation des taux d’intérêt, qui a contracté l’économie en très peu de temps, provoquant la panique qu’on subit aujourd’hui les conséquences. En effet, entre le 30 juin 2004 et le 29 juin 2006, la FED a augmenté 12 fois son taux d’intérêt, le faisant passer de 1% à 5, 25%, ce qui a plongé les gens ayant contracté des prêts hypothécaires à taux variables dans le surendettement.
Le système de banques centrales
donc, loin de « réguler » la finance, provoque aussi les crises. Normal,
puisque ces banques dites centrales sont privées, et appartiennent à des
actionnaires qui sont les grandes banques.
C’est aussi pour cela que ces banques centrales réinjectent des centaines de milliards de –vrais- euros dans un système financier en pleine bérézina : on cherche à sauver les bijoux de famille. Mais à part cela, que font-elle ? Parle t-on de contrôler le système financier, d’imposer des règles ?
Non, aujourd’hui on en
est à nous parler d’ « organisation
mondiale de la finance », qu’on mettrait en place à
partir du FMI (dont
l’efficacité laisse sérieusement à douter). Une super banque mondiale, en
somme ? Ne gloussons pas, une telle idée serait absolument catastrophique, car
elle permettrait à quelques banquiers de décider de l’économie mondiale de
manière absolument anti-démocratique.
On nous referait ainsi un « nouveau Bretton Woods » (dixit le Cercle des économistes ou encore François Hollande, qui prône « un renforcement des institutions financières internationales et des organismes de contrôle des banques »), forcément aussi opaque et inefficace que le premier. Aujourd’hui, la monnaie ne correspond plus à rien, comment peut-on alors garantir un système viable à long et moyen terme, particulièrement si l’on veut préserver la liberté de spéculer sans contraintes ?
Ce « nouveau Bretton Woods », évidemment, servirait essentiellement à conserver le statu quo actuel, afin que le système monétaire et financier n’échappe surtout pas aux banques. On va préconiser de « maîtriser les déficits publics », de mener des politiques de rigueur, d’ « améliorer la compétitivité des entreprises », d’aller vers un système « plus transparent »… Mais finalement les spéculateurs pourront continuer leurs petits jeux nuisibles, et le contribuable renflouera les caisses. Privatisons les profits, nationalisons les pertes, n’est-ce pas. C’est ce que font les Etats Unis, qui prévoient un plan de 700 milliards de dollars pour limiter les dégâts, mais ce sont 700 vrais milliards, ceux des contribuables, qui vont partir en fumée. En fait, l’Etat va racheter des actions pourries, qui ne valent plus rien à part des dettes, aux frais du contribuable, uniquement pour éviter que les banques aient des comptes qui ressemble davantage au gouffre de Padirac qu’à une comptabilité saine.
DSK, lui, nous parlait
dans Le Monde de mardi d’une«
solution globale » à la
crise. Tant qu’à faire… On
nous a bien crée l’ONU et le système de Bretton
Woods après la crise de la 2ème guerre mondiale, pourquoi ne pas
avancer encore d’un cran vers le gouvernement mondial en nous imposant une
instance supra nationale et mondiale ? DSK explique même, au cas où on pensait
que sa solution globale pousserait les spéculateurs à se serrer la ceinture,
que « A court terme, une telle approche doit prendre en compte trois
éléments : l'approvisionnement en liquidités ; le rachat des actifs dévalorisés
; l'apport de capitaux aux institutions financières ». Simple question :
avec quel argent ? Du vrai argent tiré sur les compte épargne des citoyens, ou
bien avec des prêts pourris ?
En tout cas, l’épargnant devra laisser ses sous à la banque. Et puis, si tout le monde retire en même temps, les banques rencontreront un léger problème…
D’ailleurs, notre ami Strauss Kahn (le socialiste vous vous rappelez) vient encore de confirmer que ce sera bien au contribuable d’éponger les dettes des traders fous, car bien sûr « une recapitalisation du système financier s'impose, et nécessitera vraisemblablement un soutien public ». Sans blague ?
Histoire de bien rassurer le contribuable, DSK enchaîne : « L'effort initial des finances publiques doit être massif, mais cela n'implique pas que, à l'arrivée, le contribuable doive y perdre (même si ça semble très mal parti). L'expérience internationale montre que, en s'y prenant bien (on lui fait confiance…), l'Etat peut espérer recouvrer une grande partie de son investissement initial. Mais, si cela n'était pas le cas, des efforts budgétaires importants seront alors nécessaires pour garantir la stabilité à long terme des finances publiques. ».
Et puis, Hollande s’aligne, comme par hasard , en déclarant qu’au niveau européen ce serait bien de « coordonner » les politiques économiques… Mais dans quel sens ?
Sarko, quant à lui, évoquait, toujours devant l’ONU, une « gestion collective » de la crise, à l’intérieur d’un très démocratique G8 élargi… Mais ladite crise n’a probablement pas gâché son voyage New Yorkais, au milieu du ghotta local et de ses copains du CAC 40. Car, il est visiblement très aimélà-bas, au moins par quelques sionistes comme ceux de la Fondation Elie Wiesel qui lui ont remis leur « prix humanitaire »…
Voilà donc le programme.
On le savait bien, comme d’habitude c’est l’argent public qui finit aspiré dans
le gouffre des crises spéculatives.
Les représentants des pays du Sud, à l’instar du président brésilien, peuvent toujours dénoncer les « fondamentalistes du marché », ou bien comme le président nicaraguayen constater que « Ce sont toujours les pauvres qui payent le prix de la cupidité débridée et de l'irresponsabilité des puissants », ce ne sont ni un G8 ni un gouvernement économique mondial qui empêcheront les prochaines crises. Bien au contraire même, si l’on jette simplement un œil sur les crises du siècles dernier, toutes liées à la spéculation et aux délires des banques.
Complément (19/10/08)
Sur le site de l'UMP, on peut lire quelques jours à peine après le début des gesticulations de Sarko, une page intitulée "Pour un nouvel ordre économique mondial". Mais bien sûr, tout ça c'est pour avoir "un capitalisme moral", le même qu'on nous prônait après le krach de 1929, et qui a justifié Bretton Woods, le Consensus de Washington, le FMI, la Banque Mondiale, l'OMC et les crises qui s'en sont suivies. Car, ce que Sarko veut, c'est qu'on ne change surtout rien au système financier. On se rappelle de son credo de la retraite par capitalisation, des mutuelles complémentaires ou des prêts hypothécaires même pour les plus pauvres, par exemple. Ils erait fort étrange qu'il ait changé d'avis en l'espace d'un été. La preuve, c'est que dans la même page de l'UMP, on nous dit que justement il faut "poursuivre les réformes sur le terrain du travail, de l'investissement et de la solidarité". Et ça commence par quoi? Supprimer 36.000 postes de fonctionnaires (pour "redonner à l'Etat" les "marges de manoeuvre" qu'il a perdues notamment avec les cadeaux fiscaux de l'été 2007...), ou une "réforme" de la taxe profesisonnelle (on craint le pire).
Etrangement, le MEDEF évoquait déjà un "nouvel ordre économique mondial" en ... 2006! Il y a exatement 2 ans. En 2001 c'était Elie Cohen, un des "intellectuels" français ayant pignon sur rue et systématiquement voix au chapitre dans les médias commerciaux français, qui parlait de ce concept. Certes, Giscard avait déjà l'idée en tête en 1975, donc après le krach pétrolier de 73 -comme c'est étrange. Le terrain est donc préparé depuis un moment, aujourd'hui au simple nom d'un "capitalime moral", on va pouvoir passer la sauce.
C'est donc à Camp David que deux semaines après le début du brassage d'air international (manifestement stérile mais on s'y attendait) au sujet de la crise, nos dirigeants vont "refonder le capitalisme" et préparer en petit comité, avec quelques banquiers et commissaires européens, ce nouvel ordre économique mondial.
16 juillet 2008
Quand les banques font spéculer (et perdre) les communes
Quand les Etats s’endettent, c’est bien connu, ce sont les banques qui encaissent. En pleine crise subprime, alors que les taux d’intérêt grimpent, les Etats mais aussi les communes et des collectivités territoriales se retrouvent avec des ardoises bien salées. Au passage, les banques ont fait des marges, et aujourd’hui elles augmentent les taux d’intérêt…
Oui, certaines villes sont créancières de grandes banques, et en plus ont accepté de jouer avec la finance. Le Canard
donnait ce matin l’exemple de la bonne ville de Tulle, dont François Hollande était maire jusqu’aux dernières élections. Endettée à hauteur de 8,55 millions d’euros chez Dexia, les taux d’intérêt variables s’étant mis à grimper, il a fallu renégocier ladite dette. Ils ont obtenu un délai de 2 ans avec un taux réduit. Magnifique.
Renégociation, donc, parce que les taux d’intérêt (variables) sont passés de 3,26% à 9,20%, et les agios sont passés de 223 000 à 630 000 euros par an. Et pourquoi un taux variable ? Parce que, écrit le Canard, « les banquiers promettaient aux élus de réduire la charge de leur dette grâce à des emprunts à taux variable, joliment appelés ‘produits structurés’ ». Il ne s’agit de rien de moins que d’actions, jouées en bourse. Bien que Citybank explique que les produits structurés, c’est « investir sans risque », en cas de crise ça coince (forcément).
Car c’est tout un processus : Jacques Godart, un avocat, dénonce le système : « Dans les années 2000 à 2004 environ, les banques ont proposé de manière très importante aux collectivités territoriales, d’emprunter dans des conditions qui pouvaient apparaître intéressantes. Les banques proposaient en effet des taux inférieurs à un index.
Dans un premier temps les banques proposaient des crédits calculés en fonction d’une fourchette de variations d’un indice. Par la suite le système s’est sophistiqué et les banques ont proposé de nouveaux produits. Il s’agissait là de proposer des prêts dont le taux était déterminé en fonction d’un écart de variations entre les taux longs et les taux courts. L’index était là encore choisi de manière classique par exemple sur l’euro. Les collectivités territoriales pouvaient faire de substantielles économies sur ces écarts de taux.
Mais dernièrement le système s’est encore plus sophistiqué et l’indexation qui était proposée par les banques était calculée sur des indices parfois étrangers à la zone euro.
Evidemment ces produits génèrent de fortes marges pour les banques dans des proportions nettement supérieures à ce que peuvent proposer les banques qui prêtent suivant des taux fixes à long terme. »
Puis il ajoute que le tribunal de commerce de Toulouse a condamné la caisse d’épargne de Midi Pyrénées dans une affaire de « prêts contractés sur la base de produits structurés » et annulé le contrat qui liait le bailleur social ‘Patrimoine SA Languedocienne’ . Pour que Les Echos titrent « les collectivités locales prises au piège des produits structurés », c’est qu’il y a bien un problème. Le journal donnait le chiffre de 10 milliards d’euros de dettes, qui auraient été « exposés » en Bourse pas lesdites collectivités.
Dans l’affaire, c’est la banque qui se faisait des marges 10 fois supérieures à une dette normale (sans spéculation hasardeuse). Le Portail de la vie citoyenne, où s’expriment les élus locaux, explique que les banques ont tellement poussé pour les « produits structurés », qu’aujourd’hui « il est devenu difficile pour les établissements hospitaliers, par exemple, d’obtenir des prêts à long terme à taux fixes ».
Il suffit de voir le nombre d’offres d’emploi des banques pour des postes de courtier pour ces produit, et on a une vague idée de l’ampleur du phénomène. En Allemagne et en Italie, on en serait au même point. En Belgique, c’est parti aussi, avec une plainte d’une société de gestion française contre la banque flamande KBC à cause de « manœuvres frauduleuses » avec des produits structurés. La banque, qui aurait du adapter régulièrement les actifs de la dette histoire d'éliminer les plus pourris, a tout laissé dormir. Du coup la valeur du « portefeuille » a chuté. C’est sur qu’avec la crise subprime, les actifs pourris se sont multipliés comme des petits pains, et il était difficile de trouver un placement pas trop foireux.
13 juillet 2008
Pour la FED, les banques US doivent "développer le crédit"
Finance toujours, avec le dernier délire de la FED, la réserve fédérale US. Comme pour enfoncer le dernier clou, histoire d’être bien certains que la crise subprime détruire tout le système « monétaire » actuel, la FED vient d’expliquer que pour elle, le plus important c’est que les banques continuent à émettre du crédit. Comme d'habitude c'est suicidaire, mais comme l'orchestre du Titanic, ce n'est pas le moment d'arrêter...
La FED, c’est la banque centrale US, créée officiellement pour émettre la monnaie. A l’origine, ce sont quelques
banquiers qui ont profité d’une crise financière au début du siècle, pour pousser en 1913 le président Wilson (mis au pouvoir pour cela) à transférer la création monétaire de l’Etat vers les grande banques, réunies dans ladite FED. Les banques derrière cette idée géniale sont les banques liées à Rothschild, comme JP Morgan, Kuhn & Loeb, ou aux Rothschild, et quelques hommes clé comme Paul Warburg, de la banque allemande Warburg.
La FED est créée comme une sorte de cartel de banques, comme la banque centrale française, ou anglaise, ou allemande. Réunies, ces banques décident d’émettre ou non du crédit, et donc finalement de la monnaie. Elles prêtent aux Etats, elles prêtent aux autres banques, et encaissent des intérêts sur de la argent qu’elles ont créé pour l’occasion. Ingénieux n’est-ce pas…
Les plus grosses banques actionnaires de la FED, au début, sont donc :
Ainsi, ces banques ont pu accumuler une bonne partie de l’or mondial, et décréter ensuite (avec Bretton Woods), que le dollar était la monnaie de référence pour toutes les autres monnaies, et que seul le dollar sera basé sur l’or, puis sur rien du tout.
Aujourd’hui, en jouant essentiellement sur les taux d’intérêt, c’est elle qui décide de la politique monétaire des Etats-Unis. Elle gère aussi le système des banques US. Divisée en 12 banques régionales dont la plus importante est celle de New York, avec le plus gros paquet de lingots du monde (dont très peu appartiennent aux US), elle a un fonctionnement assez opaque. Mais dans ces banques régionales, on retrouve les Lehman de Lehman Brothers, Rockefeller, Rothschild, JP Morgan, les Harriman, les Lazard, les Warburg, ou Jacob Schiff, passé à la tête de multiples banques déjà citées.
Comme pour la BCE, le but officiel est de contenir l’inflation, honnie des néo libéraux.
Depuis, la FED n’a jamais empêché une seule crise, bien au contraire. Du krach de 1929 à la crise subprime, c’est bien elle qui provoque les crises en restreignant d’un coup l’émission de crédit (donc de monnaie). Comme ça a été le cas avec la crise subprime.
Pour la crise subprime, qui a vraiment commencé en avril 2007, il faut remonter à mi 2006, quand, après une réunion du Bilderberg, le président de la FED a dit 5% des ménages américains vont perdre leur logement ». A cette époque, pourtant, tout allait bien : les crédit hypothécaire explosaient, les taux restaient bas, et rien ne laissait encore présager que « 5% des ménages US » seront à la rue sous peu. Là où c’est intéressant, c’est que le seul qui pouvait savoir ça est aussi le seul qui pouvait l’empêcher, ou pas.
En avril 2007, paf, la FED augmente fortement ses taux d’intérêt, ce qui limite la demande de crédit, donc de « monnaie », et l’économie se contracte : les banques ne prêtent plus quand elle s’aperçoivent qu’elles ont misé sur des crédits pourris. Etc.
Si on ajoute à cela que, pour limiter l’inflation tout en maintenant une croissance décente, la FED a cherché à limiter à mort l’augmentation des salaires. Alors pour que la consommation des ménages continue à augmenter, on a développé le crédit. Sauf que les ménages US se retrouvent les plus endettés du monde, à près de 140% avant la crise subprime.
Certains, candides, parlent d’ « incompétence » des chefs de la FED. On peut aussi pencher pour l’autre solution : ce sont des escrocs.
Et puis, ça nettoie le paysage bancaire : seules les plus grosses banques survivront à la crise subprime, même si les banques centrales réinjectent des centaines de milliards comme en août 2007, ça ne suffira jamais à boucher les gouffres dans les comptabilités.
Quoi qu’il en soit, cette semaine Ben Bernanke, patron de la FED, présent aux Bilderberg depuis qu’il est à ce poste, a dit que pour « continuer de croître », les banques doivent « developper le crédit ». A priori donc, les taux d’intérêt vont de nouveau baisser pour favoriser le recours au crédit. On en est à 2,25%, ce qui favorise l’inflation, et menace l’euro d’atteindre des sommets (on est à 1 euro pour 1,60 $).
Chose extrêmement cohérente, la BCE, elle, reste dans la perspective d’une augmentation des taux, justement pour comprimer le crédit et limiter l’inflation (on est à 4,25%). C’est d’ailleurs pour ça que l’immobilier se casse la figure, les prix baissant à cause du manque d’acheteurs potentiels (à cause de la restriction de l’accès au crédit).
Côté FED, donc, on n’a manifestement pas compris la leçon des subprime puisque le crédit reste le seul levier auquel la FED envisage de recourir, pour se relever d’une crise due à des excès de crédit. En plus, les rares investisseurs privés aptes à éviter la faillite à certaines banques semblent avoir de plus en plus peur d’investir dans des établissements dont on ne connaît pas le montant exact des dettes ni du passif. Ses taux ont ainsi baissé de plus de 3% depuis septembre 2007.
On a donc deux stratégies opposées, contre productives l’une par rapport à l’autre. Même l’Express s’inquiète d’une « guerre monétaire » qui sera forcément dommageable à tout le monde, comme on a toujours pu le constater, notamment après 1929, suite au krach dû à à la spéculation et à un très fort excédent de monnaie (bulle monétaire, un peu comme la bulle du crédit aujourd’hui). Comme pour le krach de 1929, c’est parce que, après avoir financé à crédit plus de la moitié des placements faits à la bourse de New York au cours de l’année 1928, c’est parce que le FED au fortement augmenté ses taux d’intérêt (de 3,5 à 6%) que l’économie s’est tout d’un coup contractée. Ainsi, en 1933 il y a 25% de chômeurs aux Etats Unis, et plus une seule grève.
Mais peut-être est-ce le but poursuivi ?
13 avril 2008
Endettez-vous, qu'ils disaient...
Pour
l’UMP comme pour le PS, il faut faire venir la croissance afin d’obtenir le
plein emploi. Depuis plus de vingt ans, quelle que soit la majorité, nos
politiques justifient la casse sociale par ce credo. Et pour avoir la
croissance, il faut être flexibles, travailler plus, oublier les retraites,
oublier les services publics, oublier notre pouvoir d’achat, mais surtout il faut s'endetter. Sarko l'a dit: les Etats Unis sont un exemple, eux qui ont 5% de croissance. Mais à quel prix, au juste?
La
tendance
sur une éventuelle baisse
des salaires de 3,7 % pour gagner 1 point de croissance dans la zone euro,
on comprend que les réformes vont avoir un goût amer. C’est logique : le
prix du baril flambe (on est autour de 115$), les matières premières et
l’énergie aussi. Alors, il faut baisser les salaires pour limiter l’inflation.
Il
y a deux types d’inflation : par les prix (les prix augmentent donc
tout augmente, y compris les salaires en principe) ou par les salaires (c’est
ce qu’avait fait le Front populaire en augmentant les salaires, et donc les
prix augmentent). Là on a l’inflation des prix, et on veut contrebalancer cette
inflation en diminuant les salaires pour que les gens consomment moins, et que
les prix ne montent pas trop. Super, ce sont donc les gens qui vont faire le
tampon pour faire plaisir à la BCE.
Pour
DSK, ex ministre
(socialiste n’est-ce pas) de l’Economie aujourd’hui patron du FMI, grande
institution sociale, la mondialisation est une très bonne chose
et pour la « réussir » il a fixé des objectifs : « J'en
distinguerai quatre. Trois sont classiques : les échanges, les financements,
les changes. J'en ajouterai un quatrième, qui l'est moins : la gestion de
l'environnement global. »
DSK,
on le sait, est libéral et atlantiste, il vient d’ailleurs de monter un European Council on Foreign
Relations, à l’image du CFR américain, plus ou moins piloté
par Georges Soros. Et c’est lui qui va incarner l’orthodoxie libérale.
Je
ne vais pas énumérer les sorties ultra libérales de nos
« socialistes » nationaux, ni les lois anti sociales qu’ils nous ont
fait passer, du « tournant libéral » de Fabius en 83 au traité de
Lisbonne en passant par l’AMI
(accord multilatéral sur l’investissement) ou l’AGCS (accord général sur le
commerce des
services) qu’on doit à Jospin, une des taupes infiltrées au PS.
Mais il faut comprendre que à droite comme « à gauche », le parti
pris est résolument libéral. On ne remet surtout pas en cause le credo plus que
périmé de Bretton Woods, défini par des ultra libéraux du genre de Milton
Friedmann, au contraire on prône d’aller vers toujours moins de droits sociaux,
et toujours
plus de « compétitivité ».
La
tendance, donc, c’est « faire des sacrifices », dixit Balladur à
l’époque, ou subir des politiques de rigueur pour nous rendre
« compétitifs ».
Pourtant,
depuis toutes ces années de politiques allant toujours dans le même sens, on se
retrouve presque en récession, du moins en stagflation (stagnation de la croissance et inflation), comme dans les années 30. De très mauvaises langues parlent même d'un risque de "récessflation".
Les
conséquences de ces politiques sont donc claires :
-
en 25 ans, la part des salaires dans le PIB (les richesses produites dans l’année)
a baissé de 12% (de presque 70% en 1975 à 58% aujourd'hui, soit près de 200 milliards d'euros qui sont passés directement au capital au lieu d'aller dans la poche des salariés. Avec ça on aurait aussi comblé depuis longtemps le "trou de la sécu"). C’est énorme. En France, comme partout dans le monde. Michel Rocard pourtant de tendance libérale, explique que cette nouvelle répartition du PIB "ne permet plus à la consommation de soutenir la croissance". D'où quelques problèmes à venir, car il serait plus logique de renforcer les salaires si l'on veut une croissance par la consommation (eh oui, force est de constater que ce ne sont pas les entreprises, malgré les exonérations et autres avantages, qui tirent la croissance vers le haut. Il faut donc se rabattre sur la consommation et pour des libéraux ça fait mal...). Tout cela en grande partie parce que les fonds de pension et autres spéculateurs réclament leurs 15% de bénefs chaque année quand le PIB mondial, lui, n'augmente que de 5%.
-
on exige de plus en plus de flexibilité des salariés, ça implique une augmentation des emplois précaires au détriment des emplois stables et convenablement rémunérés.
- la dette du pays augmente beaucoup plus vite que le PIB.
-
le CAC 40 augmente ses bénéfices de plus de 50% chaque année.
- les salaires augmentent moins vite que l’inflation des prix, malgré une forte augmentation de la productivité horaire (qui contrebalance largement le fait qu’on travaille un peu moins chaque semaine en France qu’ailleurs). Certains expliquent même que le salaire réel (qui prend en compte le pouvoir d'achat du salarié, lié au salaire) a diminué dans tous les pays européens depuis le début des années 80. Les Irlandais auraient même perdu 2% par an en moyenne.
Le
modèle US :
On
entendait Sarko nous répéter que les Etats-Unis, avec leurs 5% de croissance et
leur « plein emploi », (et une
dette
monstrueuse autour de 44 milliards de dollars) étaient un modèle à suivre,
y compris sur le plan « social ». La situation « sociale »
des Etats-Unis n’a pas de quoi rendre jaloux (par exemple, les dépenses en
soins de santé sont la 1ère cause de faillite personnelle, aux Etats-Unis
en 2008), alors si on doit s’aligner il faut vraiment que le jeu en vaille la
chandelle et que la Croissance
finisse par venir… Mais à quoi est due cette croissance américaine, au
juste?
Dans
un pays où les emplois précaires, à temps partiel (un US travaille en moyenne
33 h par semaine) et mal payés sont légion, un pays où l’épargne est à son
plus bas niveau historique, où les salaires augmentent moins que
l’inflation, où seuls les 5% des ménages les plus riches se sont enrichis ces 5
dernières années, où un habitant sur 8 vit sous le seuil de pauvreté, comment
maintenir une consommation élevée ? Les gens ne gagnent plus assez pour
consommer et maintenir la croissance, alors on les pousse à s’endetter. En
2003, par exemple, on a inventé le crédit subprime pour ceux qui n’avaient
normalement pas accès au crédit faute d’être solvables. Crédits très risqués,
donc à taux élevés, mais très rentables pour les banques si les gens parviennent à rembourser ou la
banque à saisir la maison (et si les prix de l’immobilier continuent à grimper)…
Le
système est simple : la croissance US repose essentiellement sur la
consommation intérieure (70% du PIB), qui a été boostée ces dernières années
par la bulle immobilière : comme les prix de l’immobilier augmentaient
beaucoup (15% par an ces dernières années), les ménages qui faisaient une
hypothèque ne prenaient pas trop de risques et la banque qui prêtait non plus
(et les spéculateurs qui achetaient des actions portant sur ces hypothèques non
plus…). Mais la
bulle s’est dégonflée, les prix ont commencé à baisser mi 2007, les
hypothèques ont perdu leur valeur, les gens leurs maisons, et les banques, du
fric.
Aux
Etats-Unis, avant le krach de 1929, la dette représentait 140% du PIB.
Aujourd’hui, c’est 220%. Et la dette des ménages en représente une importante
partie (10,3 milliards de dollars en 2005). Cette dette est peu viable surtout depuis que la bulle immobilière a explosé et que les ménages se retrouvent souvent dans l'incapacité de rembourser.
Et les risques? Comme le dit Isaac Josua dans Solidarités "Si l’économie américaine entrait en récession, elle le ferait dans un contexte particulièrement délicat, car elle a vécu jusqu’ici au-dessus de ses moyens, à crédit, en s’endettant à tout va. Le taux d’épargne des ménages américains est pratiquement nul (ce taux compare l’épargne des ménages à leur revenu disponible), alors que, par exemple, celui des ménages français s’élève à 15,5% en 2006. Le taux d’endettement de ces ménages américains atteint en 2006 l’extraordinaire niveau de 140% (ce taux compare leur endettement à leur revenu disponible). Quant au déficit extérieur (financé jour après jour par le reste du monde), devenu abyssal, il représente 6,5% du PIB des Etats-Unis en 2006. Autant de traits qui sont plus ceux d’une puissance finissante, qui tente coûte que coûte de se maintenir, que ceux de l’hyperpuissance habituellement décrite."
Dans le même ordre d'idées, d'autres se demandent comment Sarko et autres atlantistes libéraux ont pu fermer les yeux sur l'état réel des
Etats-Unis, où les services publics sont bradés, entraînant une dégradation du niveau de vie des plus pauvres. Alors qu'il suffit de se promener dans le pays pour le savoir, comment ont ils pu ignorer que les Etats Unis
sont en état d'"appauvrissement généralisé"?
Moralité : penser que l’endettement des ménages pourra indéfiniment tenir la croissance est complètement débile. Anton Brender, auteur avec Florence Pisani de Déséquilibres financiers internationaux explique que « l’endettement des ménages américains est arrivé au-delà des limites du raisonnable, et beaucoup ne vont plus pouvoir rembourser. C’est l’origine de la crise financière actuelle. Le risque est qu’elle débouche sur une récession aux États-Unis. »
Le grand ami de Sarkoléon, celui sur qui il voulait copier tellement la croissance US est géniale, j'ai nommé Bush junior, a un bilan à la hauteur de la stupidité de ses réformes: le déficit s'est creusé de près de 70%, la balance commerciale est négative (comme en France depuis Sarko), l'endettement des ménages a doublé pendant que leur revenu moyen diminuait. La guerre en Irak est un fiasco qui a couté jusqu'à présent 2000 milliards de dollars (même s'il est difficile de faire une évaluation précise) selon l'économiste Joseph Stiglitz. Le déficit budgétaire tourne déjà autour de 500 milliards de dollars (et si Sarko continue, en France on rentrera dans cette compétition), et le déficit commerical, lui, ne serait que de 3 milliards.
En 2006 aux Etats Unis, les bénéfices des entreprises ont augmenté en moyenne de 40%, quand les salaires n'ont augmenté que de 0,3%. Et voilà que la part des salaires dans le PIB américain est au plus bas depuis... 1928.
Entre janvier et juillet 2007, un foyer sur 112 a perdu sa maison, et un "record historique" d'expulsions a été atteint fin 2007, avec 0,8 % des hypothèques saisies. 6% des emprunteurs n'arrivaient plus à rembourser depuis au moins 30 jours. Et en 2007, 1,3 million de logements ont été saisies, soit une augmentation de près de 80% par rapport à 2006. Tout est normal...
Et
pourtant, c’est le credo de Sarkoléon.
Et
puis, Sarko aime les hypothèques : aux Echos,
il a dit fin 2006 « Je veux développer le crédit hypothécaire en
France. C’est ce qui a permis de soutenir la croissance économique des
Etats-Unis ».
Sauf
qu’entre temps, la bulle immobilière US a explosé, que les gens n’ont plus pu
rembourser, et que les banques qui avaient spéculé sur ces crédits
hypothécaires ont perdu des masses d’argent (du vrai, celui-là). C’est juste la
crise
subprime qui est passée par là. Mais soyons certains que s’il n’y avait pas
eu cette crise, le processus pour développer l’hypothèque et donc l’endettement
des ménages serait déjà bien enclenché.
Le
même Sarko, toujours très inspiré, a aussi dit pendant la campagne (alors que
la crise subprime avait commencé), que « Les ménages français sont
aujourd’hui les moins endettés d'Europe. Or, une économie qui ne s'endette pas
suffisamment, c'est une économie qui ne croit pas en l'avenir, qui doute de ses
atouts, qui a peur du lendemain. C'est pour cette raison que je souhaite
développer le crédit hypothécaire pour les ménages et que l'Etat intervienne
pour garantir l'accès au crédit des personnes malades. Je propose que ceux qui
ont des rémunérations modestes puissent garantir leur emprunt par la valeur de
leur logement. »
Il
y a la dette publique, celle de l’Etat, qui est viable tant que l’Etat peut
rembourser. C’est sur cette dette-là que les libéraux crient haro, et qu’ils prônent
une politique de rigueur pour limiter la dépense.
Et
puis, il y a la dette privée. Dans le cas des Etats-Unis, avec la crise
subprime, cette dette pose un gros problème puisqu’elle pourrait ne jamais être
épongée. Les créanciers sont donc moins gentils, prêtent moins, et l’économie
se contracte. C’est cette dette-là que les libéraux veulent développer.
Ca
tombe bien, l’Europe aussi. D’ailleurs, la dette des ménages européens a
augmenté de moitié en 9 ans, pour arriver à 75% environ.
En Angleterre, l’endettement des ménages représente 100
% du PIB, en France environ 45%, en Espagne et au Portugal, près de 80%.
En
fait, dans tous les pays européens le processus est le même : on pousse
les ménages à s’endetter toujours plus, pour tenir la consommation sans
augmenter les salaires. En Irlande et en Espagne, l’endettement des ménages
augmente de 25 % par an. En France, en Belgique,
en Finlande, aux Pays Bas c’est autour de 10%.
L’inflation
des prix de
l’immobilier est
pour beaucoup dans
cette augmentation de l’endettement, mais la multiplication des crédits
revolving et des cartes de crédits est la 1ère cause du
surendettement. Depuis 2004, les ménages ont plus de crédits envers les banques
que de dépôts
Pierre
Larrouturou, dans Le Livre Noir du Libéralisme, cite Patrick Artus,
économiste à IXIS et auteur de "Le Capitalisme est en train de s'autodétruire" : « dans la zone euro, sur les dix
dernières
années, la dette privée est passée de 75 % à 145 % du PIB. Sans la
hausse de la dette des ménages, la croissance de la zone euro serait
nulle depuis 2002 ». En Angleterre, ce serait même la récession depuis 2002. Ca veut dire qu’on reproduit
exactement le même processus que les Etats-Unis depuis Reagan, comme le
rappelle l’auteur.
Evidemment, on évite de crier ce genre de vérités sur les toits aujourd'hui. Mais le Sénat a déjà fait un rapport sur la question. Car on avait remarqué qu'il y avait une certaine "déconnexion entre la forte croissance de la consommation des ménages américains et l'augmentation plus mesurée de leur revenu au cours du dernier ralentissement - qui s'est traduite par la chute du taux d'épargne des Américains", c'est-à-dire que les ménages US consommaient plus quand leurs revenus augmentaient très peu (voire qu'ils diminuaient, pour la plupart) et qu'ils épargnaient moins (processus entamé depuis le début des années 80, en pleine période libérale avec Reagan). Paradoxal?
Mais non: cet "endettement
des ménages américains, et tout particulièrement leur endettement hypothécaire,
a nettement augmenté favorisant ainsi la dynamique de leur consommation" et ce depuis 1996. Voilà la réponse. Ca explique donc la croissance US malgré une précarisation croissante des salariés.
Qu'on se rassure: la FED (l'équivalent de la Banque Centrale) a dit que seulement un quart de ces crédits hypothécaires a servi à la consommation, ça ne joue donc presque pas dans l'augmentation de la croissance qui est soutenue à 70% par la consommation des ménages c'est-à-dire leur endettement (endettement favorisé par une politique de taux d'intérets bas qui incite à emprunter). Seulement voilà: avec la crise subprime qui déferle d'ouest en est, cette consommation est fortement menacée. C'est pour cela que certains, à l'instar du FMI ou du président de la FED, parlent de récession aux Etats Unis. C'est donc cela que Sarko veut pour la France?
Et en Europe, c'est pareil: c'est encore le Sénat qui constate la "forte contribution du crédit aux ménages" dans la "croissance économique de quelques pays étrangers" (l'Angleterre et les Etats Unis sont cités en exemple, comme par hasard). Entre 2001 et 2002, les crédits des ménages espagnols ont augmenté de 18,2%, ceux des portuguais de 12%, ceux des anglais de 11,8%, ceux des Pays Bas de 11,2%, ceu des suédois et des finlandais de presque 10%, ceux des français de 6,4%. Est-ce qu'aujourd'hui, alors que l'on sait les conséquence de ce processus pour les Etats Unis et bientôt pour le monde, le Sénat ressortirait ce rapport?
Eh bien probablement pas, car en fait ce rapport est destiné à assouplir l'octroi de crédits, dénoncant l'exagération à propos du surendettement et affirmant que "toute phase d'augmentation de l'endettement ne débouche pas systématiquement sur une crise macroéconomique". En effet, pour le Sénat "les risques de l'endettement sont souvent exagérés tandis que ses avantages ne doivent pas être minimisés", d'ailleurs on utilise "trop peu" ce levier pour stimuler la croissance dans notre pays sclérosé et frileux (comparé à nos voisins, bien évidemment). No comment...




