La lutte antidrogue, prétexte de Trump pour vassaliser et exploiter l'Amérique latine
Nous subissons actuellement une dérive mondiale vers le totalitarisme, bien perceptible aujourd'hui sur de nombreux plans. L'Amérique latine est aujourd'hui ciblée par Trump, qui vassalise les Etats à coups d'élections truquées et de militarisation au prétexte de la "lutte contre la drogue" et les cartels. Cet article a pour objectif
de décrire l'hypocrisie de ces arguments, et les manœuvres destinées à favoriser le business contre les droits des populations.
Depuis le début du XXe siècle, les Etats-Unis interviennent pour placer des dictateurs en Amérique latine dès qu'un mouvement d'opposition est au pouvoir et menace les intérêt du capital US. Ce continent est traversé depuis le XIXe siècle par des révolutions, par une culture politique forte, et un sens du combat collectif qui a souvent porté ses fruits, hélas détruits très rapidement par l'ingérence US, comme celle que Trump est en train de réimposer.
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Dans les années 1920 déjà, United Fruit qui avait presque un monopole sur la production et la vente [1], imposait sa loi dans les régions où elle exploitait la banane, du Guatemala où le dictateur en place l'aidait à réprimer les grèves en 1923, à la Colombie où la compagnie a fait massacrer par l'armée des travailleurs qui réclamaient de meilleures conditions de travail, en décembre1928 à Ciénaga. 25 000 employés étaient en grève pour des revendications telles que des rémunérations en pesos et pas en coupons alimentaire valables dans les magasins de la compagnie, des compensations pour les accidents du travail, une assurance collective, des semaines de 6 jours au lieu de 7. L'armée a tué 1000 personnes en tirant sur la foule, ce qui a mis fin à la grève.
Après la guerre, une des premières interventions de ce type a démarré au Guatemala en 1952, quand la CIA à peine créée a décidé de mettre fin à la démocratie instaurée depuis dix ans [2], et au gouvernement de Jacobo Arbenz, qui avait entrepris une réforme agraire déplaisant fortement à United Fruits Company, proche des dictatures précédentes, et avait autorisé le Parti Communiste.
La United Fruits était aussi solidement implantée au Costa-Rica, au Panama, au Nicaragua ou encore au Honduras, où elle construisait certes églises, écoles et dispensaires, mais où il n'était pas plus question de démocratie, de distribution des terres ou de nationalisations qu'au Guatemala.
Allen Dulles, patron de la CIA, a été l'avocat [3] d'United Fruits et même rejoint le conseil de direction
On aurait même pu remonter à encore avant, avec l'histoire du Mexique par exemple, mais restons à la période contemporaine.
Une organisation internationale fasciste pour réduire l'opposition au silence
Dans les années 1970, un alignement de dictatures s'est produit du Chili avec le coup d'Etat de la CIA et de Pinochet en 1973 à la Bolivie, en passant par le Paraguay, l'Argentine, le Brésil... Ces pays, qui furent des havres de paix pour les nazis, se mis à appliquer les politiques néo libérales imposées par Washington (privatisations, réduction des dépenses publiques) en échanges de prêts et d'investissements, tout en réprimant dans le sang les oppositions.
Organisée par la police politique secrète de Pinochet, la DINA, et la police politique argentine, l'opération Condor, menée sous les auspices de la CIA évidemment, visait à échanger les informations sur les opposants, à organiser leur arrestation dans n'importe quel pays, à les déporter, les interroger et très souvent, à les éliminer.
Le plan Condor a été très actif de 1975 au début des années 1980, mais ses réseaux ont très probablement encore commis des crimes dans les années 1990. Le nombre de victime est inconnu, les estimations sont d'au moins 60 000 assassinats, dont la moitié en Argentine, et plus de 400 000 personnes emprisonnées, et généralement torturées avec des techniques, là encore, inculquées par des nazis comme Walter Rauff, créateur des chambres à gaz mobiles et réfugié au Chili où il était très proche de Pinochet et a contribué à construire la DINA (Dirección de Inteligencia Nacional, sa police politique secrète), sur le modèle de la Gestapo. C'est tout une génération de militants de gauche qui a été effacée, forcée au silence, et aujourd'hui encore nous sommes loin d'avoir éclairci tous les crimes commis par ces dictatures à la solde des US.
Dès le début du processus, des voix se sont élevées pour dénoncer cette organisation, calquée sur la Gestapo et Interpol (créé dès 1923 et passé sous contrôle de la gestapo pendant la guerre), mais elles ont été ignorées et les dictatures les ont fait taire. Pinochet et ses sbires de la junte militaire, par exemple, n'avaient aucun complexe à affirmer qu'ils allaient éradiquer l'opposition. Et pour cela, l'armée a été formée par des nazis, par les US et même par des israéliens, de même que des groupes armés d'extrême-droite, parfois carrément nazis, tandis que la CIA fournissait des armes, finançait, et mettait à disposition des agents tels que Michael Twonley au Chili, impliqué dans l'assassinat à Washington d'Orlando Letelier à la demande de Pinochet. Le schéma était le même dans les autres dictatures.
Parmi les nazis les plus connus à avoir aidé ce système de répression en formant les militaires et policiers, en conseillant les dictateurs sur la manière de les organiser, en mettant leur réseau à leur service, il y avait Klaus Barbie en Bolivie, Walter Rauff au Chili, l'entrepreneur Ludwig Freude en Argentine, Friedrich Schwend au Pérou puis en Bolivie, Hans-Ulrich Rudel au Paraguay, Joseph Mengele en Argentine et au Paraguay... D'autres comme Gerhard Bohne ont été conseillers auprès des militaires argentins dans les années 60, avant d'être extradé en 1966.
Evidemment, la CIA était parfaitement au courant, et le Mossad bien souvent aussi.
Aujourd'hui encore, les USA protègent les anciens agents des services de répression de ces dictatures : récemment, un ancien agent de la DINA, a été interpellé par l'ICE de Trump en Floride où il vivait sans ennuis, et l'a immédiatement relâché. Alors qu'il a été condamné pour son rôle dans l'assassinat d'Orlando Letelier, opposant à Pinochet en exil, à Washington en 1976 et aurait dû être renvoyé au Chili pour y être jugé.
Les suppôts des Etats-Unis en place actuellement ont une fâcheuse tendance à s'en prendre à la mémoire de ces crimes. Au Chili, Kast a par exemple annulé la création d'un site mémoriel sur les crimes de la dictature de Pinochet. Abelardo a annoncé qu'il allait détruire le Monumento a la Resistencia à Cali, fabriqué en 2021 lors des mouvements de contestation contre les régressions du gouvernement d'alors, réprimées dans le sang (j'en avais parlé ici). C'est le fascisme décomplexé.
La lutte contre les drogues, un conte pour enfants
Depuis Nixon et sa "war on drugs" lancée en 1971, la lutte contre le narcotrafic est une blague. Car pendant ce temps-là aux Etats-Unis, la CIA organisait son trafic, diffusait les drogues psychédéliques et les drogues dures dans la jeunesse qui contestait la guerre au Vietnam et le système politico-économique, puis le crack dans les communautés Noires, et en Amérique latine les cartels ont commencé à se mettre en place dans les années 80, avant de gagner en puissance et en capacité de nuisance, notamment grâce à des armes US et israéliennes, au fil des décennies et des grands plans antidrogue. Un ancien collaborateur de Nixon a d'ailleurs dit que l'objectif de la démarche était surtout de harceler les Noirs et les hippies.
Ces grandes actions anti-drogue servent principalement à militariser des pays vassaux obligés d'agir s'ils veulent éviter l'asphyxie économique. A la clé, des dizaines de milliers de morts.
Prenons l'exemple du Mexique, où le premier cartel militarisé, qui a fait exploser la violence en éliminant la concurrence, los Zetas, était à l'origine un petit groupe de militaires formés et déployés pour lutter contre les cartels. Ils se sont constitués à la fin des années 1990 et ont créé une forte instabilité dans le pays en commençant par le Nuevo León, d'abord au service du Cartel del Golfo avant d'en prendre le contrôle [4]. Ultra-violents, les Zetas ont aussi largement développé le concept de cartel : ils contrôlaient les routes de la drogue vers les Etats-Unis, puis ont pris le contrôle des casinos, des bars, ont commencé les séquestrations contre rançon, ont levé un "impôt" sur tous les commerces, et ont corrompu à grande échelle la police, l'armée où ils recrutaient, et évidemment les autorités politiques.
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Alors que les Zetas continuaient à terroriser le nord du pays et s'étendaient jusqu'à Cancun, Felipe Calderón qui a été président (de droite) de 2006 à 2012, a lancé une "guerre contre la drogue" qui a entraîné la militarisation du pays, l'augmentation de la violence des cartels, et 60 000 morts. Ce fut aussi une période où la corruption par le narcotrafic fut sans précédent.
L'ami qu'il a nommé au poste de chef de la Sécurité nationale, Genaro García Luna, s'est réfugié aux Etats-Unis en 2012 à la fin du mandat de Calderón, car de sérieuses accusations à son encontre circulaient depuis un moment, notamment autour de sa mise en scène d'arrestations et saisies, comme l'affaire impliquant la française Florence Cassez, et aussi de son rôle dans le trafic de drogue (des narcos l'ont accusé d'être encore plus puissant qu'eux) [5].
García Luna rendait des services à la Fédération, qui était l'alliance du cartel de Sinaloa et de celui des frères Beltrán Leyva, coalition de narcos la plus puissante du pays avec plus de 3000 points de vente aux Etats-Unis, déjà au début du mandat précédent de Vicente Fox (droite), quand il était coordinateur des renseignements de la Police Fédérale Préventive puis directeur adjoint du Centre national de sécurité et d'enquête (CISEN, très proche de la CIA).
Il avait ainsi facilité la première évasion de Joaquín Guzmán Loera (El Chapo) en 2001 et évité qu'il soit repris rapidement, ce qui a commencé à éveiller les soupçons. Il informait aussi le cartel sur les enquêtes préliminaires du procureur général [6], organisait avec eux la liquidation et l'arrestation des ennemis du Cartel del Golfo et des Zetas ainsi que les saisies, et les narcos espéraient qu'il leur donnerait accès à la Présidence.
Pourtant, après 2001 García Luna a continué à prendre du galon, jusqu'en 2005 quand Interpol l'intègre à son comité exécutif et que la DEA lui décerne une médaille pour son aide dans la lutte antidrogue, et en 2006 quand il a été récompensé par le gouvernement. Quant aux enquêtes à son sujet, elles piétinaient. Aucun témoin ne se risquait à parler, les enquêteurs prenaient leur temps.
Sous Calderón, cinq gouverneurs ont été arrêtés pour corruption par les narcos [7], et des journalistes estiment que le plus haut niveau de l'Etat était aussi payé par les cartels. Les Etats-Unis en ont arrêté certains pour les condamner pour avoir blanchi de l'argent aux Etats-Unis, alors qu'ils étaient poursuivis au Mexique pour des charges plus graves.
Le procès d'El Chapo (qui lui n'a pas dit grand chose) a aussi amené son lot de révélations, telles que l'implication des ex présidents Enrique Peña Nieto et Felipe Calderón, de Garcia Luna, des généraux Roberto Miranda, Humberto Eduardo Antimo Miranda [8], Salvador Cienfuegos Zepeda (ex secrétaire à la Défense nationale sous Peña Nieto, arrêté en 2020) ou encore du colonel Marco Antonio León Adams, accusés par les narcos d'avoir reçu des millions de dollars pour laisser faire les cartels de Sinaloa et d'Alfredo Beltrán Leyva, qui s'étaient entendus et étaient le cartel le plus puissant à l'époque.
Peña Nieto aurait, selon un ancien collaborateur de El Chapo, aurait reçu 100 millions de dollars alors qu'il venait d'être élu président en 2012 – alors qu'il en demandait 250 millions, pour ne pas arrêter El Chapo (mais il a été arrêté en 2014 durant son mandat [9]). Une somme qui permettait de disposer de tout l'appareil sécuritaire.
L'avocat Gabriel Regino, très proche du président précédent Andrés Manuel López Obrador dont il a été le collaborateur, aurait aussi reçu 3 millions de dollars pour permettre la libre circulation de la drogue à Mexico [10] quand il était sous-secrétaire à la Sécurité Publique à Mexico pendant que López Obrador dirigeait le gouvernement de la capitale (2000-2005).
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Sous pression des Etats-Unis, Felipe Calderón a militarisé la lutte contre les cartels, en commençant par l'Etat du Michoacan où il a placé 16 000 militaires, puis dans tout le pays. Sauf que la stratégie était définie par García Luna, qui a créé une nouvelle agence fédérale d'investigation qui remplaçait la police judiciaire fédérale, et centralisait tous les pouvoirs. Les civils ont été les premières victimes des armes, qu'il s'agisse des cartels, de la police ou de l'armée, totalement corrompues, la criminalité a augmenté et les bandes criminelles se sont multipliées au fil des attaques des autorités et des arrestations des leaders.
Selon un observateur des narcos, le Cartel de Sinaloa et Beltran auraient donné 20 millions de dollars à García Luna pour qu'il les verse à Calderón afin d'obtenir le poste stratégique de chef de la Sécurité nationale. Aux Etats-Unis, García Luna a été hébergé gracieusement dans une villa à Miami appartenant à la famille Weinberg, du groupe Weinberg basé à Washington DC, qui l'a aussi aidé à obtenir un visa d'investisseur pour ouvrir un resto tenu par sa femme. Au total les Weinberg lui auraient donné une dizaine de millions de dollars [11], jusqu'en 2012 quand un article dans Forbes a placé García Luna parmi les 10 individus les plus corrompus. Il avait accumulé plus de 90 millions de dollars [12], sans commune mesure avec sa rémunération officielle, et a fait entrer plus de 50 tonnes de drogue aux Etats-Unis.
Pour l'intervention au Venezuela, c'est encore le prétexte du trafic de drogue qui a été retenu par Trump pour enlever le président Nicolas Maduro et son épouse, et les envoyer en prison aux Etats-Unis. Aucun élément ne permet d'étayer cela, mais il sera quand-même jugé en 2027 pour trafic de drogue, d'armes et narcoterrorisme.
En Equateur aussi, la "lutte contre la drogue" est affichée comme une priorité. Pourtant, le poulain des Etats-Unis, Daniel Noboa, a été élu avec le soutien financier et des voix apportées par des groupes criminels [13] et son entreprise d'exportation de bananes transporte aussi de la cocaïne dans ses conteneurs, comme l'ont montré des saisies récentes. En mars 2025 la Revista Raya publiait un article au sujet des saisies de coke dans les stocks de bananes envoyés par l'entreprise de la famille Noboa, Noboa Trading.
On dira peut-être que c'est comme les tonnes de drogues saisies sur les navires de CMA-CGM dirigée par le très macroniste Rodolfe Saadé (qui lui doit sa fortune) et ceux de MSC, appartenant à la famille d'Alexis Kohler qui fut durant des années le directeur de cabinet du micron : tout cela se ferait à l'insu des individus liés au pouvoir. Et puis, qui irait enquêter à ce sujet?
En Equateur en tout cas, le premier journaliste à avoir révélé des saisies en 2020- 2022 de plusieurs tonnes de coke sur des cargaisons de Noboa Trading a été forcé de quitter le pays après des menaces de mort. Par ailleurs, le seul type arrêté dans l'histoire après ces premières saisies, censé lutter contre le trafic dans l'entreprise, a été relâché grâce à l'actuel ministre de la Santé.
Depuis 2023, les saisies ont continué et même augmenté en Equateur [14], sur des cargaisons expédiées par la famille Noboa ou par ses concurrents, comme la famille Wong. En 2023, 200 tonnes ont saisies dans le pays. Le phénomène commence même à faire tiquer de notre côté de l'Atlantique, où se déversent les bananes à la coke : en mars 2026, Challenges a même titré "L'Equateur, le narco-Etat épargné par Donald Trump : pourquoi Quito passe entre les mailles", qualifiant le pays de "plaque tournante du trafic de drogue". Selon cet article, ledit narco-Etat est protégé par Trump parce que Noboa s'en prend à ses voisins de gauche, principalement la Colombie qu'il accuse d'approvisionner l'Equateur en drogue.
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Selon l'article de Raya du 29 mars 2025 "En Équateur, le groupe Noboa contrôle l'intégralité de la filière banane, de la culture à l'exportation, ce qui soulève des questions quant à l'étendue de son contrôle. La famille Noboa possède les terres de culture, les conteneurs, l'entreprise d'emballage et même les navires. Ecuadorian Line, compagnie maritime, est un pilier du groupe et exporte vers plusieurs ports européens". Les cargaisons ont continué depuis 2023 avec par exemple la saisie de 2,3 tonnes de coke, cette fois entre des caisses de cacao, sur un navire à destination d'Anvers, affrété par Blasti qui appartient à des membres de la famille Noboa [15]. D'autres saisies partaient pour la Croatie, l'Italie, la Turquie, où une nouvelle saisie a été réalisée le mois dernier, toujours dans une cargaison de Noboa Trading. En 2024 des lots de bananes à la coke ont été retrouvés dans quatre magasins Grand Frais en Bourgogne-Franche-Comté. Ces dernières années on retrouve de la coke dans des cartons de bananes au Portugal, en Italie, en Angleterre, au Danemark, en Allemagne, en Turquie, bien souvent en provenance d'Equateur.
La famille Noboa possède plus de 110 entreprises présentes dans l'agriculture, l'immobilier, l'import-export, la logistique (elle a même une compagnie maritime) [16]. Dans un article d'avril 2026 à ce sujet, Raya explique que le groupe Noboa, leader mondial de l'exportation de bananes, "possède une infrastructure complète comprenant le transport et des ports privés pour l’exportation. Grâce à ce modèle de contrôle, Luis et Álvaro Noboa – grand-père et père de Daniel Noboa – ont bâti une fortune qui a fait d’eux les figures les plus emblématiques de l’élite économique équatorienne." La famille est aussi connue pour mettre une bonne partie de ses bénéfices dans les paradis fiscaux.
Des liens entre Noboa Corporation et des trafiquants de drogue des Balkans ont été révélés, notamment avec deux types qui revendaient la drogue venue dans les cargaisons de la famille, parfois sur des navires MSC comme en janvier 2021 avec une cargaisons passée par le port de Gioia Tauro en Calabre, racheté par MSC en 2019 et gangrené par la mafia.
Dans ce contexte, la "lutte contre la drogue" de Noboa vise t-elle à éliminer les concurrents ou à enrayer le trafic, qui semble exploser comme chez nous ces dernières années?
Que dire d'autre sur la "lutte antidrogue"? Quand la présidente mexicaine (de gauche) Claudia Sheinbaum a décidé en février 2026 de décapiter le Cartel de Jalisco Nouvelle Génération qui était implanté dans tout le pays, la violence des cartels s'est déclenchée avec des barrages de routes et des destructions de bus, de banques, de bâtiments publics... Les armes saisies étaient américaines et israéliennes, comme l'ont rappelé les autorités mexicaines. D'ailleurs, le cartel s'est reconstitué depuis, plutôt côté US.
Par ailleurs, comme les pseudo opérations antidrogue au Venezuela (ayant amené l'enlèvement de Maduro) n'ont eu aucun impact sur le trafic – en Floride par exemple, le prix du kilo de coke est au plus bas entre 13 et 15 000 $ - Trump cible maintenant la Colombie, où il craint manifestement un maintien de la gauche au pouvoir, et met une pression maximale sur le Mexique. Pourtant, c'est bien Gustavo petro qui a battu les records de saisies de cocaïne (3300 tonnes en 4 ans, autant que les saisies des 3 mandats précédents ensemble et des milliers d'hectares de culture de coca en moins) et son candidat de La Espriella a de nombreux liens avec les narcos - ainsi qu'avec les paramilitaires.
Abelardo est soutenu depuis des années par un proche de l'ex-président Alvaro Uribe, le procureur Mario Iguarán Arana, lui-même nommé à la demande du chef paramilitaires de Salvatore Mancuso, qui a fait classer toutes les plaintes sur ses liens avec les AUC, un groupe paramilitaire. Abelardo a été avocat à Miami et a défendu des narcos comme Julio Lozano Pirateque qui dirige un empire de la drogue depuis Dubaï, des entreprises lui appartenant sont soupçonnées de blanchiment d'argent, il a fait des transactions commerciales avec des narcos-paramilitaires [17]...
Retour du terrorisme d'extrême-droite
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Les groupes paramilitaires d'extrême-droite existent en Colombie depuis le développement des cartels, et s'opposent officiellement aux guérillas de gauche comme les FARC. Financés par les narcos, par des politiciens, par de grandes entreprises comme Coca-Cola, ou par les grands exploitants agricoles, notamment dans le secteur de la banane, ils ont fait régner la terreur dans la populations dans les années 2000-2010.
Trump a imposé par une fraude électorale massive (le président sortant Gustavo Petro parle de 7 millions de votes détournés au second tour [18]) le candidat d'extrême-droite Abelardo de la Espriella, et on voit déjà se multiplier ce qu'en france on appellerait des barbouzeries, du terrorisme d'extrême-droite. Cela a commencé progressivement avant le scrutin, en juin, avec une montée notable des violences autour du second tour, et à nouveau juste après l'intronisation d'Espriella à Cali le 7 août 2026, avec l'armée, trois jours avant le tremblement de terre de magnitude 7,4 qui a ravagé plusieurs villes et donne un prétexte à Abenarco pour déclencher l'état d'urgence.
"Abenarco", arrivé sans programme en plein milieu de la campagne électorale avec son parti "Défense de la patrie", a annoncé qu'il allait harceler la gauche et détruire tout ce qui a été fait ces quatre dernières années. Avant même son élection, la tension est montée dans le pays, et des risques de violences avaient été identifiés dans 386 municipalités, "dans un contexte d'attaques accrues contre les dirigeants politiques et d'expansion du contrôle territorial par les groupes armés", soulignait en mai 2026 l’ONG VerdadAbierta. Les violences se sont concentrées dans l’État d’Antioquia, déjà le plus marqué par les crimes des groupes armés.
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Depuis l'annonce de sa victoire en juillet, des paramilitaires se montrent et tentent de s'imposer dans différents territoires par des démonstrations de force comme par exemple une embuscade contre l'armée, des syndicalistes et militants de gauche sont agressés, on a même eu le 3 août un attentat avec le meurtre d'un représentant de communautés indigènes et d'un policier (ainsi que 5 blessés) à Valle del Cauca, un média est attaqué pour détruire des archives impliquant le PAN et le PRI (partis dominants) dans des magouilles, un député de gauche découvre des micros dans son bureau au parlement, des communautés sont attaquées, probablement pour les faire fuir et laisser la place à des entreprises. L'armée aussi semble s'en prendre aux civils dans des villages et les FARC aussi ont repris du service, ce qui énerve les paramilitaires.
L'avocat chargé de la plainte pour les fraudes électorales, Miguel Ángel del Río, a reçu des photos de corps démembrés, une menace qui ressemble aux pratiques des groupes de narcos et de paramilitaires, et il avait déjà dénoncé des pressions en mars, en pleine campagne électorale.
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La Colombie redevient un pays de non-droit: depuis qu'Abelardo a passé la barre du deuxième tour, de nombreuses attaques ont lieu contre des communautés paysannes dans le cadre d'un processus d'appropriation des terres réparties lors de la réforme agraire de Gustavo Petro, qui a redistribué 380 000 hectares de terres à ceux qui les cultivent, et qui sont la cible principale de ces attaques. Pourtant, ces terres avaient souvent été volées -par les paramilitaires- et revendues à des propriétaires privés, comme l'entreprise d'extraction de charbon Drummond.
Comme l'analyse l'avocate María Consuelo del Río dans une tribune publiée le 4 juillet 2026 dans la Revista Raya, "Les menaces proférées contre les bénéficiaires de terres indiquent une tentative délibérée d'anéantir les progrès sociaux accomplis par le gouvernement sortant par le biais d'un terrorisme local.
Cette « contre-réforme » vise à rétablir le statu quo d'avant 2022, en recourant à la pression paramilitaire pour contraindre les populations à abandonner leurs terres. Il s'agit d'une tactique classique de géopolitique autoritaire : frapper la base sociale de l'adversaire pour détruire son capital politique à long terme. En privant les paysans de leurs moyens de subsistance, l'objectif est de discréditer les politiques de l'administration Petro et, simultanément, de semer la terreur : « Ceux qui ont reçu des terres du gouvernement précédent ne sont pas les maîtres légitimes de leur propre destin.» L'intention est d'anéantir, par la violence, les progrès accomplis en matière d'accès démocratique à la terre.
Des rapports de l'Agence nationale foncière (ANT) révèlent des attaques brutales, comme celle qui a eu lieu à la ferme La Primavera (Puerto López, Meta), où des familles ont été torturées et leurs moyens de subsistance détruits par des hommes armés qui leur ont donné un ultimatum pour quitter les lieux. Des actions similaires ont été signalées à la ferme La Palmira (Córdoba) et contre des communautés afro-colombiennes à Tuluá."
Beaucoup de projets destructeurs pour l'environnement et les habitants sont déjà sur les rails, comme l'exploitation minière dans des zones protégées pour la sécurité alimentaire, ou le fracking pour extraire le gaz de schiste, qu'il veut développer au maximum.
L'entourage d'Espriella interroge aussi. Lors d'une perquisition chez un narco dénommé Henry Carrillo, El Barriga, des tracts de campagne et des véhicules utilisés pour sa campagne électorale ont été retrouvés.
Abelardo a nommé deux généraux à la retraite, impliqués dans le scandale des faux positifs, pour piloter la "transition" du secteur de la Défense. Le scandale des faux positifs est l'élimination de paysans par l'armée afin de les afficher comme des "terroristes". C'était une pratique courante, l'armée intervenant souvent en soutien des paramilitaires, mais elle n'a été révélée qu'en 2008. Plus de 7 800 personnes auraient ainsi été assassinées par l'armée, totalement corrompue. L'un de ces généraux, Moreno, était visé par une opération anticorruption du contre-espionnage dans les hauts grades de l'armée, qui a été stoppée nette avec l'arrivée au pouvoir d'Ivan Duque, de droite "radicale", en 2018.
Parmi ses porte-parole, il y a Miller Soto, proche des milieux criminels, notamment d'un certain Santander Lopesierra, à la fois narco et générateur de groupes paramilitaires. Le secrétaire général du ministère de l'Agriculture, Manuel Alejandro Pretelt Patrón, vient d'une famille qui a acheté aux paramilitaires deux exploitations agricoles volées à des paysans (ils ont dû les restituer). L'avocat de son père, alors juge à la cour constitutionnelle, n'était autre qu'Abelardo.
"Abenarco" comme certains l'appellent, s'exprime comme Trump et a le même niveau d'intelligence, a aussi annoncé le renforcement des liens avec Israël, et a déjà montré différents signes de soumission à l'Etat sioniste, qui n'est qu'une autre forme de fascisme. Et en retour, ceux-ci l'ont soutenu durant sa campagne, notamment en pourrissant les réseaux sociaux ou en manipulant les remontées des votes de l'étranger. En Colombie, Abenarco a pu compter sur le lobby sioniste local, dans les milieux économiques, religieux, politiques. Comme avec macron qui se démène pour l'A69 alors qu'un de ses principaux soutiens financiers a tout intérêt à ce chantier inutile pour l'intérêt général et désastreux pour l'environnement, des retours d'ascenseur et à tout le moins une grande bienveillance sont à prévoir.
Il a dit que sa première visite d'Etat sera en Israël et a décidé de placer Israël au centre de ses priorités politiques parce que "le peuple juif est le peuple de dieu". Il veut aussi une alliance "de sécurité" avec achat d'armes et de technologies israéliennes, particulièrement en pointe dans la traque et l'élimination des opposants (en l'occurrence les Palestiniens). Il est aussi question de soutenir le génocide à Gaza (pour lutter contre les "terroristes" qui s'en prennent à Israël). On va probablement voir apparaître prochainement des colons juifs hystériques tenter de s'installer en Colombie.
Dans différents pays, des tensions montent vis-à-vis du sionisme en général, qui s'affiche et s'affirme de plus en plus, ou bien directement vis-à-vis des colons juifs qui semblent vouloir installer des colonies comme ils l'ont fait en Palestine. Au Mexique, le lobby sioniste est de plus en plus bruyant et imposant, et semble s'activer en vue des élections présidentielles en 2027.
L'ensemble de ces pouvoirs de droite est foncièrement sioniste et s'affiche comme soutien d'Israël, de Netanyahou et donc du génocide. Milei, quant à lui, se revendique "le président le plus sioniste du monde", se pavane auprès des Israéliens et exhibe leur drapeau pendant que les argentins manifestent contre le génocide. Même le fils de nazi José Antonio Kast, président du Chili depuis décembre 2025, a annoncé rétablir les relations diplomatiques avec Israël. Les temps changent.
Militarisation de l'Amérique latine
La militarisation consiste à augmenter la présence militaire et à renforcer les pouvoirs des militaires, tout en militarisant la police, en lui donnant des outils militaires pour la répression. Sur le continent, elle continue sous l'impulsion de Washington, que la Maison Blanche et le Congrès soient d'un parti ou de l'autre. Mais depuis les années 1950 au moins, les US forment les militaires d'Amérique latine, essentiellement des dictatures à l'époque des dictatures, aux techniques de guerre, notamment la guerre psychologique, aux techniques d'interrogatoire – torture comprise, au renseignement etc. L'Ecole des Amériques, une école militaire US à Fort Benning, a ainsi formé 60 000 militaires latinos depuis sa création.
Ce processus de militarisation, entamé avec les "guerres contre la drogue" au début des années 2000, s'accélère. Les pays dirigés par l'extrême-droite ou par l'extrême-centre néolibéral, comme le Pérou désormais (où la fille du dictateur Fujimori [19] a été "élue" en juillet 2026, là encore avec des fraudes pendant le scrutin et un soutien massif de certains médias), font appel à l'armée pour des tâches de maintien de l'ordre public classiques pour lesquelles la police est compétente. L'armée est ainsi de plus en plus présente dans l'espace public, et entre les mains des sous-fifres de Trump elle constitue toujours un risque direct pour les droits de l'homme.
D'autant que les US (Southcom, le commandement sud des Etats-Unis) renforcent leur stratégie de coordination des armées du continent avec la création d'une "Force opérationnelle interarmées – Hémisphère occidental" (JTF-WHEM), avec 18 pays alliés d'Amérique latine et des Caraïbes. Cela, dans le cadre du projet Escudo de las Américas (Bouclier des Amériques) dont l'objectif serait de "contrer les menaces, renforcer la sécurité régionale et réagir rapidement aux crises dans tout l'hémisphère occidental" (sic.). Le Pérou vient de le rejoindre, et immédiatement les militaires fleurissent dans les rues.
Escudo de las Américas est un genre d'OTAN local puisque les US décideront de tout, mais que les moyens seront mutualisés (en réalité essentiellement à charge des Etats vassaux), mais aussi un programme d'occupation du terrain au prétexte du narcotrafic, et un volet économique devrait permettre de mettre des bâtons dans les roues de la Chine qui étend ses Nouvelles Routes de la Soie, et donc ses investissements, sur le continent.
Selon un article de TeleSur TV, "Le commandant du Southcom, le général Francis L. Donovan, a expliqué que cette mesure vise à "synchroniser les capacités militaires et à exercer une pression soutenue contre les réseaux qui menacent notre sécurité collective". Le major général des Marines Kevin Jarrard prendra le commandement de la force interarmées, qui sera dirigée par l'agence basée en Floride et responsable des opérations militaires dans toute la région". Or, quand on entend le discours des extrémistes de droite, voire des fascistes assumés que Trump a mis au pouvoir, à l'encontre de tout ce qui s'oppose à leur orientation pro business et autoritaire, dans un grand glissement obscurantiste, il y a lieu de s'inquiéter de l'usage de ces moyens de répression particulièrement puissants, disséminés sur tout le continent, éventuellement comme cela a été le cas dans les années 1970 avec l'opération Condor.
Au Chili, si la dictature a permis de séparer la justice et la police judiciaire de l'armée, l'Etat recourt régulièrement à l'état d'exception pour confier des tâches de sécurité publique à l'armée, par exemple lors de catastrophes ou de mouvements sociaux. Une étude à ce sujet publiée en 2025 [20] analyse : "Dans le discours de la quasi-totalité de l'échiquier politique, y compris les milieux conservateurs et progressistes, la croyance en une coopération interinstitutionnelle entre la police et l'armée s'est renforcée, révélant un constat selon lequel les ressources policières sont limitées et les capacités militaires plus efficaces pour maîtriser les nouvelles menaces". Le millionnaire fils d'officier de la Wehrmacht Kast, qui tient en permanence un discours sécuritaire, ne cesse de renforcer les moyens de l'armée et a annoncé en mars 2026 un "gouvernement d'urgence" pour lutter contre la délinquance et l'immigration illégale.
En Colombie, les conflits armés, les groupes paramilitaires, alliés aux narcos et à l'armée, ainsi que dans une moindre mesure les FARC et ELN (guérillas de gauche), ont fait plus de 280 000 morts (surtout des paysans, ainsi que des ouvriers, des commerçants, des militants indigènes, des syndicalistes, mais très, très peu de paramilitaires qui ne représentent que 0,76% des victimes du conflit [21]), dont plusieurs dizaines de milliers depuis les années 2000. Sans compter les violences sexuelles, massives également, les séquestrations, les violences physiques et psychologiques permanentes contre les populations dans les régions d'implantation des narcos. Une enquête a été menée pendant plusieurs années, un centre de mémoire et un observatoire public tentent de recenser ces exactions. Les paramilitaires ont été réintégrés dans la société civile, à grands frais, dans les années 2010, les FARC et ELN bien plus récemment.
En Equateur, où l'instabilité politique règne depuis plusieurs années, le candidat favori pour l'élection présidentielle de 2024, le journaliste d'investigation Fernando Villavicencio qui avait dénoncé plusieurs scandales politico-financiers ou encore le contrôle des ports par les mafias, a été assassiné en 2023. Une vidéo de la bande criminelle Los Lobos a d'abord revendiqué le crime, avant d'en diffuser une deuxième niant leur implication et dénonçant un complot. La plupart des suspects ont été éliminés [22]. Selon le média indépendant La Fuente, l'un de ses opposants de gauche, Ronny Aleaga, a commandité l'assassinat. Il est aussi lié à un groupe de narcotrafiquants, ce qui lui a valu un refus de son visa pour les Etats-Unis.
Selon La Fuente, les preuves présentées lors de la procédure contre lui montrent que "Aleaga faisait en réalité partie de l'organisation criminelle qui aurait planifié l'assassinat", et "Alors qu'il siégeait à l'assemblée RC5, il aurait également agi de manière à faciliter les plans de Xavier Jordán et Leandro Norero, précisément au sein du pouvoir législatif, visant à discréditer Fernando Villavicencio". Dans un autre article, le média explique qu'un ex-ministre de l'Intérieur et de la Justice et ex-président de l'assemblée sur lequel Villavicencio enquêtait pour des faits de corruption, José Ricardo Serrano Delgado, a financé l'assassinat. Selon un ponte de la bande Los Tiguerones qui ont soutenu le président actuel Daniel Noboa, ce serait Noboa qui a ordonné l'assassinat de Villavicencio, mais aucune preuve n'étaye cette accusation.
La criminalité monte en flèche en Equateur, et comme au Mexique [23] les groupes criminels enlèvent des adolescents et adolescentes dans les rues pour en faire des assassins et des trafiquants, ou pour le trafic sexuel (71% des mineurs enlevés sont des filles). Des gamines de 13 ans sont enlevées, on les retrouve dans des bordels ou tuées lors d'attaques de ces bandes de criminelles et on découvre qu'elles ont rejoint de force les rangs de ces gangs. Ce phénomène a commencé en 2021 et est multiplié par 10 depuis. Parfois, ces jeunes (ou des adultes aussi) disparaissent entre les mains de la police ou de l'armée, et les parents s'entendent dire que leur enfant est mort.
Noboa a réagi en déployant depuis le mois de juin 13 000 militaires dans les provinces les plus "instables" selon lui, dont 4 000 à Quito où d'importantes manifestations ont lieu régulièrement, ce qui n'est autre que le lancement d'un conflit armé interne. Officiellement il s'agit de lutter contre le crime organisé, mais il y a fort à parier que ces troupes serviront à mater les mouvements de contestation de ses politiques néo-libérales et autoritaires. Il a aussi militarisé le système pénitentiaire dès janvier 2024 et envoyé l'armée calmer les perturbations et prendre en main le système pénitentiaire, déjà bien délabré, avec à la clé une augmentation des exactions [24].
Cette militarisation du continent, sous des prétextes d'ordre, installeront certainement le désordre en augmentant le degré de violence, dont les populations sont les premières victimes.
Les gouvernements mis en place par Trump sont tous complètement dévoués au capital international, ces intérêts transnationaux qui sont en train de siphonner les richesses des Etats, par plusieurs leviers tels que :
• La vente à la découpe des actifs et des ressources naturelles du pays
• La dette
• L'austérité
Ils sont soutenus par les capitalistes, nationaux et transnationaux, qui ont financé leurs campagnes et les médias pour la propagande, qui ont organisé la fraude et qui comptent bien un retour sur investissement. Comme au macronistan, les exemples de spoliations des populations de biens communs pour les offrir au business ne manquent pas, citons quelques exemples récents:
Au Pérou, "Les habitants de la communauté paysanne quechua de Juan Velasco Alvarado, située sur les hauts plateaux de La Libertad, ont récemment appris que 99,6 % de leur territoire a été concédé à 13 compagnies minières et 7 hommes d'affaires. Sur ces terres se trouvent des rivières et des lagunes prenant leur source dans la réserve de Huaylillas et irriguant les cultures de plus de 500 agriculteurs. La réserve de Huaylillas est désormais menacée non seulement par l'exploitation minière à grande échelle, mais aussi par l'exploitation minière artisanale, devenue un problème social et environnemental", explique le journal El Foco.
En Argentine, 3 millions d'hectares de zones naturelles qui ont brûlé entre 2004 et 2014 seront convertis en terrains agricoles. Cela représente la superficie de la Bretagne, ou de la Belgique, réparties dans plusieurs régions du pays. Il y a d'ailleurs beaucoup d'incendies dans des régions convoitées pour l'exploitation agricole, minière ou autre, et les incendies permettent souvent de convertir des terres naturelles en business, comme en Patagonie.
Des communautés d'autochtones refusant de quitter leurs terres après une procédure inique sont attaquées par la police, comme la communauté d'Humahuaca Jujuy qui est en train d'être spoliée par Milei et sa clique alors que leurs terres sont censées être protégées. D'ailleurs, le 6 août 50 000 personnes sont descendues dans la rue pour dénoncer les accaparements de terres, qui se généralisent dans le pays. Là aussi, la violence de la répression a surpris les gens.
Depuis 2022, Milei a renforcé les relations économiques avec les Etats-Unis, et avec Israël qui investit beaucoup dans les secteurs stratégiques, comme l'extraction minière (lithium), l'eau [25], cybersécurité et IA... Quant à Trump, il veut aussi des matières premières et a annoncé de gros investissement pour récupérer des métaux critiques. Avec à la clé beaucoup de gros projets polluants, consommateurs d'eau et d'énergie, et des déplacements de populations à prévoir.
En Colombie l'usine Coca-Cola de La Calera peut depuis des lustres pomper toute l'eau qu'elle veut même en période de sécheresse et des restrictions d'accès à l'eau pour les paysans du coin, forcés de boire du Coca. Un collectif local vient seulement de faire imposer quelques restrictions malgré des menaces, des campagnes de harcèlement en ligne et un fort soutien des autorités locales à Coca-Cola.
Par ailleurs, dans ces pays où les bandes criminelles font la loi, développer l'économie sans précautions revient à développer les cartels, qui s'infiltrent dans l'économie réelle et contrôlent parfois tout une filière, comme celle -non négligeable- de la tortilla au Mexique. Une fois que ces groupes sont installés sur un territoire, ils étendent leurs activités et rongent l'économie réelle, la politique, la sécurité publique et vérolent tout.
L'Amérique latine est en train de replonger dans des années de troubles en raison de la montée des groupes armés, sans oublier la corruption, le copinage, le népotisme qui se généralisent en même temps. Cela ressemble, en bien pire car la situation au départ était déjà limite, à ce qu'on a subi avec 10 ans de micronie : tout pour le business et la répression, et des salaires au rabais pour les autres, les actifs étant seulement mis au service du capital au coût le plus bas. On socialise les pertes, on privatise les profits, et on prépare les forces de l'ordre, en les militarisant, pour répondre aux revendications sociales.
Sauf que l'Amérique latine est, encore plus que l'Europe, le terrain de jeux des US, et que l'obscurantisme peut aller très loin, le nombre de morts dans les populations civiles, qu'il s'agisse de militants ou non, le prouve. Je pense qu'il faut suivre de très près les dérives en cours sur ce continent, aussi bien pour les ravages qui risquent de se produire pendant des années, que parce que ce schéma préfigure certainement ce qu'il va nous arriver à nous aussi en Europe.
L'équipe d'Abelardo, le nouveau "président" de Colombie, mélange corruption et proximité avec les milieux du narcotrafic : plusieurs de ses futurs ministres, portes paroles et autres membres de sa cour rapprochée ont déjà des casseroles judiciaires, même si parfois le dossier a été classé miraculeusement juste avant la nomination. Une des premières régression annoncées par De la Espriella, comme le micron l'a fait chez nous, est la suppression de l'impôt sur le patrimoine. Au Chili aussi, Kast veut faire passer une baisse de cet impôt, pour les particuliers comme pour les grandes entreprises, cela bien évidemment sans contreparties comme l'obligation d'investir ou à minima ne pas mettre les actifs dans des paradis fiscaux.
Ces individus sont tellement similaires qu'ils doivent avoir les mêmes soutiens. Il s'est déjà entouré d'individus issus du business comme l'ont fait Noboa en Equateur [26], ou Kast au Chili, et comme s'apprête à le faire Keiko Fujimori au Pérou. Le but est manifestement de se servir et de gaver les petits copains en faisant payer les travailleurs.
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Cette poussée pro-business et autoritaire, cette omniprésence des armes et de la corruption qui va avec les gouvernements de droite, et bien souvent de gauche aussi, auront des conséquences sur les conditions de vie de la plupart des gens, et sur l'ambiance sociale. Ces gouvernements d'extrême-droite chercheront certainement à faire taire l'opposition, même si au début certaines formes sont encore respectées. Cependant, on observe que les règles, qui n'ont aucune valeur pour ces individus, sont piétinées avec ostentation dès lors qu'elles dérangent les intérêts qu'ils défendent.
Tout est prétexte à renforcer la pression, en premier lieu le narcotrafic qui, à n'en pas douter, va prospérer. La situation est à suivre de très près car après la droite décomplexée, voilà les fascistes décomplexés. Nous avons les mêmes ici, encore en train d'attendre leur tour. Nous avons aussi ce lobby US-sionistes qui s'active pour qu'il se passe en Europe, et en particulier en France, la même chose qu'en Amérique latine, quitte à manipuler les scrutins par tous les moyens. Le génocide et le business coûte que coûte, voilà le credo cette internationale fasciste.
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[1] Au début du XXe siècle la banane s'est démocratisée, en raison d'un lobbying des acheteurs et consommateurs pour baisser les prix et donc supprimer les taxes : les ambassadeurs US au Costa Rica, au Panama, au Guatemala et au Nicaragua ont demandé au président Wilson de faire baisser les taxes à l'importation.
[2] DOYLE, Kate et KORNBLUH, Peter, "CIA and Assassinations: The Guatemala 1954 Documents",National Security Archive Electronic Briefing Book No. 4. URL : https://nsarchive2.gwu.edu/NSAEBB/NSAEBB4/
[3] United Fruits était client du cabinet d'avocats de Wall Street Sullivan & Cromwell où travaillaient les frères Dulles dans les années 30-40. Les deux ont travaillé pour les filiales d'United Fruits au Guatemala, American & Foreign Power Company, qui possédait Empresa Eléctrica de Guatemala, et International Railways of Central America qui possédait le réseau ferré par lequel les bananes étaient expédiées. Voir : KINZER, Stephen, The Brothers: John Foster Dulles, Allen Dulles, and Their Secret World War, Saint Martin's Griffin, U.S., 2014.
[4] CORREA-CARRERA, Guadalupe, Los Zetas Inc., Temas de hoy, 2015.
[5] García Luna a été arrêté aux Etats-Unis en 2019 grâce au témoignage du fils du bras droit d'EL Chapo Jesús Zambada García, après avoir tout de même demandé la nationalité US en 2018, se sentant certainement protégé sur ce territoire. Il a été jugé en 2023 et condamné pour corruption et trafic de drogue. Il doit aussi plus de 2 milliards de dollars au gouvernement mexicain qui a fait saisir ses avoirs. Il a quand-même été prptégé tout le temps du mandat de Calderón alors que la DEA et les services US avaient parfaitement connaissance de ses activités, une connaissance qui constituait un moyen de pression certain. Il a fallu le travail, risqué, de nombreux journalistes, pour que le scandale éclate et que les US soient obligés de réagir.
[6] LEMUS, J.Jesús, El Licenciado. García Luna, Calderón y el Narco, HarperCollins México, 2020.
[7] Les 5 étaient membres du PRI, au pouvoir depuis les années 30 jusqu'en 2000, l'équivalent des socialistes:
- Jorge Torres López de Coahuila (arrêté en 2019, extradé aux Etats-Unis il a pris 3 ans de prison en 2021 pour blanchiment d'argent);
- Eugenio Hernández Flores (condamné en 2025 pour blanchiment d'argent aux Etats-Unis, il est toujours libre au Mexique et a même réussi à se présenter aux élections sénatoriales, cette fois sur les listes du parti écologiste)
- Tomás Yarrington Ruvalcaba de Tamaulipas (condamné pour blanchiment d'argent en 2021 aux USA où il était accusé "avoir aidé un cartel de la drogue en échange de millions de dollars de pots de vins, ainsi que pour avoir participé à un trafic de cocaïne entre le port de Veracruz et les Etats-Unis de 2007 à 2009. Les pots de vins auraient été versés par des membres corrompus de la police et dissimulés dans des comptes en banque américains" (24heures.ch));
- Jesús Reyna García, du Michoacán (libéré sans charges après 4 ans de prison),
- et Mario Villanueva Madrid, du Quintana Roo (déjà condamné pour blanchiment d'argent en 2001, puis pour trafic de drogue en 2007 cette fois aux Etats-Unis, où il a été extradé et condamné en 2013 à 11 ans de prison) – les deux derniers accusés d'avoir laissé les cartels opérer dans leur État.
[8] Chef d'état-major de la présidence sous l'administration d'Ernesto Zedillo Ponce de León, en lien avec le cartel de Sinaloa depuis 1997, qui a protégé les intérêts économiques d'El Mayo dont certains étaient alors menacés.
[9] Il s'est évadé en 2015 grâce à la corruption également, et avec un tunnel de plus d'1 km, avant d'être repris en 2016 après un entretien avec l'acteur Sean Penn (manifestement proche du Département d'Etat US) et extradé aux Etats-Unis. Il a été condamné à perpétuité en 2019.
[10] LEMUS, J. Jesús, op. cit.
[11] García Luna est soupçonné d'avoir détourné 600 millions d'euros du gouvernement mexicain grâce à des contrats bidons, en passant par un réseau d'entreprises écran un peu partout dans le monde, liées à la famille Weinberg – le père et le fils sont poursuivis par l'Etat Mexicain qui cherche à récupérer l'argent.
[12] Les USA ont identifié 91 millions de dollars acquis frauduleusement.
[13] Par la bande Los Tiguerones, qui est une filiale locale du Cartel Jalisco Nouvelle Génération présent dans tout le Mexique.
[14] Au total il est question de 8 cargaisons de cocaine, pour diverses destinations en Europe.
[15] L'article de Raya paru le 3 avril 2026 interroge : "Blasti, centre logistique de pointe situé au sud de Guayaquil, est spécialement conçu pour desservir les exportations de bananes et de cacao du groupe Noboa. Son personnel joue un rôle essentiel dans la préparation, la sécurisation et l'expédition de chaque conteneur vers le port. L'entreprise assure un contrôle permanent sur chaque conteneur. Si elle dispose d'un système de traçabilité aussi complet, qui est responsable de la prétendue « contamination » à la cocaïne ?"
[16] La famille a commencé sa fortune en exportant du riz aux Etats-Unis grâce à une licence obtenue pendant la 2e guerre. Pour cela, ils ont pris les terres de communautés paysannes. Puis ils se sont mis à la banane, en collaborant avec United Fruit et Standard Fruit et ont commencé à en planter massivement pour l'exportation. Les salaires étaient minables, sans assurance, et l'exploitation des travailleurs a permis la richesse qui créé des présidents dans ce monde délirant.
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[17] Par exemple l'achat à très bon prix de terres à la famille d'un narco et paramilitaire, Hugues Rodríguez Fuentes alias "commandante Barbie", ex membre de la bande d'extrême-droite "Jorge 40" qui a commis de nombreuses exactions contre la population. De la Espriella a des intérêts dans des entreprises de la famille, et a aussi été avocat pour des entreprises de la famille, et pour l'épouse de "Barbie", qui est toujours très puissant dans la région. Selon le média Vorágine, "Plusieurs propriétés voisines des terres de De la Espriella, appartenant au « Commandant Barbie » ou à ses proches, étaient sous le contrôle de la Société des Biens Spéciaux et de l'Unité de Restitution des Terres. Selon le parquet, ces propriétés étaient liées à des affaires d'accaparement de terres et de trafic de drogue. Mais « Barbie » les a récupérées l'année dernière à la suite d'une décision de justice controversée qui a laissé en suspens le versement des réparations à des dizaines de victimes du conflit". Barbie a été condamné en 2007 à 9 ans de prison pour ses activités paramilitaires, mais il a préféré aller aux Etats-Unis "pour répondre d'accusations de trafic de drogue dans lesquelles il était impliqué aux côtés des puissants chefs paramilitaires Hernán Giraldo et Rodrigo Tovar, alias « Jorge 40 ». Là-bas, il a négocié avec la justice et a été brièvement détenu".
[18] Une procédure est toujours en cours pour faire annuler le résultat annoncé du scrutin.
[19] Alberto Fujimori au pouvoir de 1990 à 2000 a été condamné pour deux massacres dans des villages, mais il en a ordonné beaucoup plus à ses escadrons de la mort, ainsi que des stérilisations forcées essentiellement dans les populations indigènes, de 270 000 femmes et 22 000 hommes entre 1997 et 2000. Officiellement il s'agissait de réduire la pauvreté. C'était aussi le gouvernement le plus corrompu depuis des années, et lui-même a été accusé de 59 faits de corruption.
[20] SANCHEZ, Lisa (dir.), "Militarización de la seguridadpública en América LatinaCasos Brasil, Chile, Colombia, El Salvador y México", Consorcio Latinoamericano sobre Militarización, Seguridad Ciudadana y Democracia, 2025.
[21] Selon l'observatoire, 14% des victimes étaient des militants politiques – de gauche évidemment, 11% des responsables de communautés paysannes ou indigènes.
[22] Six colombiens arrêtés pour le crime ont été tués lors d'une émeute en prison à Guyaquil, et un autre condamné équatorien a été tué de la même manière, à la même époque, dans une autre prison, avant le procès. Trois ou quatre autres types condamnés ont survécu et se sont mis à table en échange d'une protection.
[23] Adultes et enfants confondus, les organisations des droits de l'homme mexicaines estiment qu'entre 200 000 et 300 000 personnes, des civils principalement, ont été enlevés chaque année, avec une augmentation d'année en année. Officiellement le chiffre est de 130 000 par an en 2024. Là aussi, ce sont principalement des adolescentes de 15 à 19 ans, probablement en majorité à des fins d'exploitation sexuelle.
[24] Selon un article sur le site NACLA magazine du North American Congress on Latin América, il y a eu 732 morts en 2025 dont au moins 119 morts violentes, pour 37 000 détenus, il est questions de tortures et traitements inhumains, un problème qui n'existe que dans les prisons où l'armée est aux manettes. "Des témoignages de violences homophobes contre les femmes transgenres, de restrictions d'approvisionnement en eau, de privation délibérée de nourriture, de torture, d'une prolifération de cas de tuberculose non traités, ainsi que de passages à tabac et de mauvais traitements quotidiens ont rapidement émergé et persistent encore aujourd'hui.
La campagne de Noboa visait à démanteler le contrôle criminel au sein des prisons, à réduire la violence et la mortalité parmi les détenus et à instaurer un contrôle bureaucratique officiel sur le système pénitentiaire. Or, plus de deux ans après, cette stratégie a échoué sur tous les plans. Les décès en détention ont atteint des niveaux records, la plupart des prisons restent largement hors du contrôle de l'État et de nombreux rapports indiquent que les gangs de prison ont réussi à corrompre l'armée."
[25] L'entreprise israélienne Mekorot impliquée dans la privation d'eau des palestiniens, est en train de s'installer dans toute l'Amérique latine et même aux Etats-Unis. En Palestine et Cisjordanie, les colonies israéliennes sont systématiquement installées sur les nappes phréatiques et points d'eau et ils coupent l'approvisionnement des palestiniens.
[26] Sa responsable des relations internationales, Gabriela Sommerfeld, est la fille du principal vendeur d'armes du pays et représentant de l'entreprise Israël Aerospace Industries en Equateur, et elle est vice-présidente de la chambre de commerce de Quito.
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